Coran d'Ali
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Le Coran d'Ali est une recension coranique attribuée à Ali. Selon les récits des chiites des premiers siècles, la version coranique d'Ali aurait été beaucoup plus importante que la recension dite « othmannienne » qui aurait fait l'objet d'une falsification en vue de supprimer les références à Mahomet et à sa famille, et ce afin d'asseoir le pouvoir du califat omeyyade. Cette idée de falsification politique, très présente dans le monde chiite, se retrouve dans certains écrits sunnites critiquant la canonisation d'un Coran unique sous le califat d'Othman, Reculant après la prise de pouvoir des bouyides au Xe siècle, de retour aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette thèse a évolué au cours de l'histoire de l'islam.
Des écrits chiites présentent des exemples de versets modifiés mais ces modifications ont une historicité complexe à établir.
La période de mise en place du Coran est, d'après des sources musulmanes, une période de grandes violences et de guerres civiles. Selon Amir-Moezzi, les sources religieuses sunnites ont eu tendance à cacher et atténuer cette violence afin de légitimer l'arrivée au pouvoir d'Abu Bakr[1]. Dans le chiisme, les sources présentent Ali comme le successeur légitimement désigné par Mahomet selon un schéma classique de successions des prophètes bibliques[1]. Pour Madelung, l'étude des textes sunnites permettrait à eux seuls de prouver le coup d'état illégitime d'Abu Bakr au détriment d'Ali[2]. Des références voire une défense de la famille de Mahomet sont présentes dans de nombreux écrits sunnites des premiers siècles[3].

Selon Amir-Moezzi, le sunnisme a essayé a posteriori d'occulter les polémiques sur le texte coranique des débuts[4]. Une étude historique ne se basant que sur les écrits sunnites ne correspond pas aux critères d'une recherche scientifique[5]. En effet, la recherche coranologique a montré un processus de rédaction du Coran plus long et plus complexe que ce que rapportent les traditions sunnites. Bien que teintées d'idéologie (comme les premiers écrits sunnites), les sources chiites concordent davantage avec la recherche historico-critique[5]. Moins connus que les sources sunnites, ces textes ont fait l'objet de moins d'études dans le monde de la recherche[5]. Pour Amir Moezzi, le point de vue des vaincus converge avec les données historiques connues et transparaît dans certains écrits sunnites « malgré la censure »[6]. Pour Amir Moezzi, « cette théorie de la falsification du Coran est appuyée par un grand nombre d'orientalistes qui, se servant de sources sunnites comme chiites, ont montré que pendant les trois ou quatre premiers siècles de l'islam, plusieurs Corans, de forme et de contenu différents, ont circulé sur les terres musulmanes »[7]. Pour l'auteur, « le Coran officiel mis a posteriori sous le patronage de `Utman, a en fait été établi plus tard, probablement sous le califat de l'omeyyade 'Abd al-Malik (685-705) »[8]. À suivre ces données, « afin de justifier ces exactions, le pouvoir califal […] altéra tout d'abord le texte coranique et forgea tout un corpus de traditions faussement attribuées au Prophète […] »[9]. « Selon la vision historique du shi'isme, « l'islam » majoritaire officiel, la religion du pouvoir et ses institutions, ont été élaborés par les ennemis de Muhammad […] »[10].
Face au message apocalyptique incompatible avec un pouvoir installé, les Omeyyades ont réagi en réinterprétant la tradition et en infléchissant les textes en vue d'une mise en place de la mémoire collective. Cette réécriture a pu même commencer plus tôt. Celle-ci a permis la mise en avant de la figure du calife, au détriment du prophète de l’islam et de sa famille[11]. La malédiction d’Ali depuis la chaire des mosquées devient alors systématique. Cette évolution inclut la mise en place de corpus de textes conformes à la nouvelle mémoire (Coran, hadith) et leur diffusion. ‘Abd al-Malik est un des jalons majeurs de la naissance de l’islam comme religion impériale. Mahomet est « démessianisé » et son enseignement arabisé[11]. C'est pour réduire les accusations de falsification que le traditions sunnites ont fait remonter la mise par écrit du Coran à Abou Bakr[12].