Coup d'État de 2025 à Madagascar
Coup d'État
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Le coup d'État de 2025 à Madagascar[4],[5],[6] survient le après des semaines de manifestations à Madagascar lorsque le Corps d'armée des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT) des forces armées malgaches commence à refuser de suivre les ordres du gouvernement d'Andry Rajoelina et exhorte le reste de l'armée à se joindre à la manifestation avant de s'emparer de la capitale Antananarivo sans trop de résistance[7]. Plus tard dans la journée, le chef du Sénat est démis de ses fonctions et le candidat de CAPSAT à la tête des forces armées est accepté par les autorités civiles.
- Andry Rajoelina fuit Madagascar
- Destitution de Richard Ravalomanana de la présidence du Sénat[1]
- Nomination du général Demosthène Pikulas, nommé au CAPSAT, au poste de chef d'état major des forces armées
- Michaël Randrianirina est investi à la tête de l'État
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Madagascar |
| Casus belli | Violentes répressions lors des manifestations pacifiques |
| Issue |
|
Jeunes manifestants Éléments de la gendarmerie nationale |
|
| 1 mort |
Manifestations de 2025 à Madagascar
Contexte
Le , des manifestations éclatent dans tout Madagascar en raison des coupures d'électricité et d'eau très fréquentes dans tout le pays, notamment dans la capitale Antananarivo[8]. Les forces de sécurité, envoyées par le gouvernement en place, sont intervenues pour disperser les manifestants en utilisant des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et, selon plusieurs sources, des tirs réels. Cette intervention a causé des décès et des blessures, aggravant la tension entre le gouvernement et la population.
Sous la pression populaire, le président Andry Rajoelina a annoncé la dissolution du gouvernement dirigé par le Premier ministre Christian Ntsay. Cette décision visait à apaiser les manifestants, mais elle n’a pas suffi à répondre aux revendications concernant les services publics et la gouvernance.
Un général militaire, Ruphin Zafisambo, a été nommé Premier ministre. La mesure a été perçue comme une tentative de militarisation du gouvernement et n’a pas satisfait la population, qui continuait de demander des solutions concrètes aux problèmes d’eau et d’électricité. Les manifestations ont donc continué. Plusieurs civils ont été blessés et détenus sans explication concrète par les forces de l'ordre. Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux montrent certains membres des forces de l'ordre en train de frapper des civils à coups de pied, de brûler les cheveux d’une femme à genoux et de lancer des bombes lacrymogènes dans des maisons qui ne sont pas concernées par les manifestations.
L’unité d’élite CAPSAT, ont refusé d’obéir aux ordres de répression et ont exprimé leur soutien aux manifestants, marquant un tournant dans la crise. Celle-ci joue un rôle majeur dans la mutinerie de 2009 (en) qui porte Rajoelina au pouvoir[9].
Déroulement
Dans la matinée du , Andry Rajoelina annonce une tentative de prise de pouvoir par les unités CAPSAT qui ont rejoint les manifestants la veille. L'alerte est déclenchée pour la première fois après que quelques militaires sont vus quittant la caserne pour rejoindre les manifestants tandis que le Premier ministre et chef de l'armée Ruphin Zafisambo appelle au calme[10]. Un général du CAPSAT déclare qu'un de ses soldats a été abattu par la gendarmerie lors des manifestations[11]. CAPSAT déclare avoir pris le contrôle des forces armées[12]. Après l'annonce de CAPSAT, des soldats mutins sont vus en train d'escorter de jeunes manifestants jusqu'à la place du à Antananarivo, où se déroulent la plupart des manifestations.
L'unité CAPSAT annonce la nomination du général Demosthène Pikulas comme nouveau chef d'état-major des forces armées malgaches[13], ce qui est accepté par le ministre des Forces armées, Manantsoa Deramasinjaka Rakotoarivelo. Le général Richard Ravalomanana, un proche allié de Rajoelina, est démis de ses fonctions de président du Sénat (en), ce qui peut ouvrir la perspective d'une démission de Rajoelina. Un commandant du CAPSAT, le colonel Michael Randrianirina, nie qu'un coup d'État ait lieu, affirmant qu'ils n'ont fait que « répondre aux appels du peuple »[9]. Après sa nomination, Pikulas déclare qu'il a refusé de « discuter de politique au sein d'une installation militaire » lorsqu'il est interrogé sur les demandes de démission de Rajoelina.
Le , l'ancien Premier ministre Christian Ntsay et l'un des conseillers de Rajoelina, Mamy Ravatomanga, arrivent à Maurice à bord d'un vol privé. Un porte-parole du gouvernement déclare que Rajoelina est toujours dans le pays pour gérer les affaires nationales[14]. Rajoelina doit s'adresser à la nation lundi soir, cependant, Reuters déclare que Rajoelina a quitté le pays à bord d'un avion militaire français au départ de l'aéroport de Sainte Marie, dans le nord-est de Madagascar, après que les éléments de la gendarmerie nationale commencent à cesser de suivre les ordres et qu'il est dit qu'il a conclu un accord avec le président français Emmanuel Macron pour quitter le pays[15]. Cependant, interrogé par des journalistes sur la situation à Madagascar, Macron, qui participe à un sommet en Égypte, refuse de commenter si Rajoelina a été évacuée par la France[16]. On apprend par la suite que Rajoelina a été évacué dans un aéronef CASA CN-235 de la base aérienne 181 Saint-Denis-La Réunion[17].
Le , Rajoelina annonce par vidéo, depuis la page Facebook officielle de la présidence malgache[18], qu'il a été évacué vers un lieu sûr tenu secret après une tentative d'assassinat perpétrée contre lui par « un groupe de militaires et de politiciens ». Il appelle au respect de la constitution, affirmant qu'il est « en mission pour trouver des solutions »[19]. Ce discours est prononcé après que son message soit retardé à deux reprises à la suite de tentatives de l'armée de s'emparer du radiodiffuseur d'État. Rajoelina publie également un décret accordant la grâce à huit personnes, dont Paul Maillot Rafanoharana, qui a la double nationalité franco-malgache, condamné en 2021 à 20 ans d'emprisonnement pour une précédente tentative de coup d'État[20]. Le parti d'opposition Tiako i Madagasikara déclare qu'il engagera une procédure de destitution contre Rajoelina pour « abandon de poste »[21].
Le , dans une dernière tentative pour sauver sa présidence, Rajoelina publie un décret depuis la France pour dissoudre l'Assemblée nationale qui doit lancer des mesures de destitution à son encontre après des consultations avec les présidents de l'assemblée et du Sénat[22]. Cela aurait permis de tenir des élections en 60 jours[23]. Cependant, le chef de l'opposition Siteny Randrianasoloniaiko déclare que le décret n'est « pas juridiquement valide » et insiste sur le fait que Rajoelina n'a pas consulté le président de l'assemblée, Justin Tokely[24]. Malgré les ordres de Rajoelina, l'Assemblée nationale procède à sa destitution avec 130 voix pour et une voix blanche[25]. Le colonel Randrianirina annonce, outre la dissolution du Sénat et de la Haute Cour constitutionnelle, la formation d'un comité composé d'officiers de l'armée, de la gendarmerie et de la police nationale chargé d'assurer le travail de la présidence, tandis qu'un Premier ministre sera nommé pour former « rapidement » un gouvernement civil[26],[27].
Réactions
En réponse à la mutinerie, Air France suspend tous les vols à destination de Madagascar jusqu'au au moins, tandis qu'Emirates suspend tous les vols à destination du pays jusqu'à nouvel ordre[28],[29]. Le Royaume-Uni déconseille tout voyage à Madagascar, sauf essentiel, en réponse à la crise[30]. L'ambassade des États-Unis exhorte ses citoyens à Madagascar à se mettre à l'abri, citant une situation « très volatile et imprévisible ».
L'Union africaine exhorte toutes les parties, civiles et militaires, à faire preuve de calme et de retenue, avant de suspendre le pays de ses rangs[31].
L'investiture de Michaël Randrianirina a eu lieu le en devant les Hauts Conseillers de la Haute Cour constitutionnelle[32].