Manifestations de 2025 à Madagascar

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Les manifestations de 2025 à Madagascar sont des mouvements sociaux survenus à la suite des coupures fréquentes d'eau et d'électricité dans le pays depuis des dizaines d’années, qui ont évolué en une contestation plus large du pouvoir en place et de la corruption y gravitant, organisés par des étudiants et de jeunes citoyens.

Date - (19 jours)
Localisation Drapeau de Madagascar Madagascar
Revendications
  • Lutte contre les coupures fréquentes d'eau et d'électricité
  • Lutte contre la corruption
  • Responsabilité gouvernementale et transparence
  • Départ d'Andry Rajoelina[1],[2]
Faits en bref Date, Localisation ...
Manifestations de 2025 à Madagascar
Description de cette image, également commentée ci-après
Barrage improvisé par les manifestants à Antananarivo.
Informations
Date - (19 jours)
Localisation Drapeau de Madagascar Madagascar
Caractéristiques
Revendications
  • Lutte contre les coupures fréquentes d'eau et d'électricité
  • Lutte contre la corruption
  • Responsabilité gouvernementale et transparence
  • Départ d'Andry Rajoelina[1],[2]
Types de manifestations Manifestations, hacktivisme et activisme sur Internet
Issue
Bilan humain
Morts 28
Blessés 400
Parties au conflit civil
Personnages-clés
Pas de leadership centralisé Gouvernement de Madagascar
Pertes
27 manifestants
1 militaire
Fermer

Les organisateurs, issus de la génération Z, se présentent sous le pavillon des Pirates au Chapeau de Paille issu de la série d'animation japonaise One Piece, régulièrement accompagné du bidon jaune[6]. On dénombre au moins 400 blessés et 28 morts[7], dont celle du député de Betioky Sud Jean-Jacques Rabenirina[8]. Ces chiffres, cités par les organisations internationales, sont notamment encore contestés par les autorités locales en l'attente d'un bilan officiel[9].

Après quatre jours de manifestations pacifiques violemment réprimandées, le président de la République, Andry Rajoelina, dissout le gouvernement de Christian Ntsay en réponse aux protestataires[10]. Le , une partie de l'armée rejoint les manifestants en refusant l’ordre de leur tirer dessus. Ces derniers parviennent alors à prendre le contrôle de la place centrale de la capitale, jusque-là barricadée. L'ensemble de l'armée finit par se mutiner, mettant en fuite le président qui quitte le pays le , tout en niant l’abandon de ses fonctions. Le même jour, le colonel Michael Randrianirina accède au pouvoir par invitation de la Haute Cour Constitutionnelle, dissout les institutions et promet des élections dans un délai de deux ans.

Contexte

Contexte socio-économique

Depuis plusieurs mois, toutes les villes de Madagascar sont en proie à des coupures fréquentes d'eau et d'électricité — principalement la capitale, Antananarivo — dues au manque d’infrastructures et à la baisse du niveau des barrages hydroélectriques en saison sèche[11].

Madagascar reste marqué par une pauvreté massive : 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans le sud du pays, plus d’un million de personnes se trouvent depuis plusieurs années en situation d’insécurité alimentaire aiguë[11].

Malgré une croissance économique élevée (4,2 % en 2024), les défaillances structurelles du système social et politique empêchent toute amélioration significative du niveau de vie[11]. L’économie, dépendante des marchés extérieurs et freinée par l’absence d’infrastructures fiables, repose principalement sur le tourisme et les télécommunications. D'autre part, la forte croissance démographique (+2,4 % par an) alimente un marché du travail saturé, largement dominé par l’informel. Avec un salaire médian avoisinant 22 euros par mois (108 000 ariary), plus de la moitié de la population survit avec moins d’un euro par jour[11].

La compagnie nationale de distribution, la Jirama, ne parvenant plus à tenir le rythme de production face à l'augmentation croissante des besoins en eau et surtout en électricité, a annoncé une rotation des coupures dans la capitale Antananarivo. Pendant ce temps est inauguré en , le téléphérique d’Antananarivo, présenté comme l’un des projets emblématiques de la politique de modernisation des infrastructures et financé par un prêt d’institutions publiques françaises, fait l’objet de critiques[12]. Jugé peu écologique et d’efficacité limitée face aux embouteillages, il est considéré par une partie de l’opinion comme déconnecté des besoins prioritaires de la population[13].

Le président Andry Rajoelina, également de nationalité française, est devenu un sujet de mécontentement public en raison de la richesse et des privilèges visibles de sa famille. Sa fille Ilona Rajoelina porte souvent des vêtements de créateurs, tandis que son fils Arena Rajoelina fréquente l'école hôtelière d'élite EH Lausanne, des opportunités inaccessibles à la grande majorité des Malgaches en raison de son coût d'inscription élevé[14],[15]. Des vidéos devenues virales, TikTok, dénoncent leur style de vie luxueux, établissant des parallèles avec des exemples internationaux tels que Shrinkhala Khatiwada, ancienne Miss Népal et fille d'un ancien ministre de la Santé, dont les voyages et le statut d'élite ont suscité une vive réaction publique qui précéda les manifestations de septembre 2025[16].

La veille des manifestations, le président de la République, Andry Rajoelina, annonce devant l'Assemblée générale des Nations unies une augmentation de 66 % en 6 ans du niveau d'accès à l'électricité sur l'île, un chiffre contesté par les manifestants[17].

Contexte politique

La manifestation intervient dans un contexte de contestation de la légitimité du président Andry Rajoelina, une majorité de la population ayant boycotté l'élection présidentielle de 2023 en raison de l'invalidité pourtant acceptée de sa candidature et de nombreuses irrégularités pendant le scrutin[18].

En , cinq Boeing 777-200 sont localisés en Iran, pourtant sous sanctions américaines, sous les couleurs de la compagnie iranienne Mahan Air. Il sera plus tard révélé que ces avions, provenant de divers pays du sud-est asiatique, ont d'abord été immatriculés provisoirement à Madagascar pour contourner ces sanctions[19],[20]. L’affaire soulève des questions de conformité au droit international, de détournement d’immatriculation civile malgache à des fins politiques ou commerciales dissimulées, ainsi que d’éventuelles complicités au sein des plus hautes sphères de l’État.

La manifestation débute une semaine après l'arrestation des conseillers municipaux d'Antananarivo Alban Rakotoarisoa et Clémence Raharinirina, issus du groupe d'opposition Firaisankina, par la police nationale à la suite d'une plainte du Sénat pour intrusion puis placés sous contrôle judiciaire le lendemain[21].

Le mouvement, mené principalement par des membres de la génération Z, se déroule dans le cadre d'une vague globale de protestations de jeunesse dans plusieurs autres pays, dont le Népal, le Maroc ou l'Indonésie[22],[23].

Contexte immédiat

Le , deux élus municipaux de l’opposition sont placés sous contrôle judiciaire après avoir déposé une demande d’autorisation pour un rassemblement destiné à dénoncer les pénuries, puis s’être présentés devant le Sénat[11].

La veille des manifestations, le , les hauts responsables de l'État-major mixte opérationnel à l'échelle nationale (Emmo-Nat) ont mis en garde, lors d'une déclaration sur la chaîne de télévision publique, contre toute manifestation prévue pour le . Le général de division Jean Herbert Andriantahina Rakotomalala, commandant de la gendarmerie nationale, a qualifié le rassemblement anti-délestage prévu à Ambohijatovo d'« infraction à la loi parce qu'elle n'a reçu aucune autorisation officielle », évoquant un « risque d'escalade vers des violences »[24],[25].

Cette journée est marquée par l'absence du président Andry Rajoelina et de sa délégation, partis à New York pour la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies, où il a prononcé un discours[26], ainsi que par l'absence de plusieurs officiels qui sont à Maurice.

Déroulement

Drapeau utilisé par les manifestants, inspiré du manga japonais One Piece avec un chapeau traditionnel en raphia.

Les manifestations commencent le , initialement prévues pour commencer à la place MDRM à Ambohijatovo dans le centre-ville d'Antananarivo. Cependant, cette place est occupée par les forces de l'ordre dès l'aube, empêchant le rassemblement prévu. Malgré cela, les manifestations s'étendent à Antananarivo puis dans toute l'île.

La manifestation initialement pacifique dégénère face à la riposte des forces de l'ordre. Ces dernières utilisent des bombes lacrymogènes, tirent à balles réelles et procèdent au déploiement d'un char d'assaut de l'armée de terre pour disperser les manifestants[27].

Face à cette répression, les revendications s'élargissent, passant des simples problèmes de délestage à des demandes de plus de transparence dans les comptes de l'État, de lutte contre la corruption, et même à la démission du président Rajoelina. Dans les marches, les chants patriotiques comme l'hymne « Mitsangana ry Tanora » côtoyaient les chants moqueurs émis contre le président dont « Andry Rajoelina Masosopory » qui est une parodie de la chanson de campagne électorale d’Andry Rajoelina en 2018 chantée à l'origine par les étudiants du Campus de Vontovorona lors des manifestations estudiantines de mars 2023.

Près de 400 blessés sont dénombrés à la fin de la journée, transférés d'urgence à l'hôpital Joseph Ravohangy Andrianavalona à Ampefiloha[28].

Des pillages massifs dans divers établissements de vente au détail, banques et magasins d'électroménager ont commencé à avoir lieu à Antananarivo dans l'après-midi. Les individus issus des classes défavorisés, mêlés parmi les manifestants, et supposés à la solde du régime, ont également incendié un hôtel, une banque et des stations du nouveau système de téléphérique du pays[29]. Selon une source hospitalière, 5 personnes sont décédées, toutes porteuses de blessures par balle d'AK-47, et un nombre encore indéterminé de personnes ont été blessées.

Les nombreux éléments de forces de l’ordre, présents toute la journée contre les manifestants, n’ont pas été aperçus pour lutter contre le pillage. En fin de journée, ceux chargés de la protection de l'hôtel de ville quittent les lieux dans la précipitation[30].

En conséquence, le préfet de police d'Antananarivo, Angelo Ravelonarivo, mets en place un couvre-feu à compter du de 19 heures au soir à 5h au matin[31]. D'autres grandes villes suivent le pas : de 20 heures à 4 heures et demie à Mahajanga et de 19 heures à 4 heures à Antsirabe.

26 septembre

La journée du est marquée par une tentative de réparation d'une part et la multiplication des vandalisme d'autres parts.

À Antsirabe, les manifestants se sont rassemblés à la gare de la ville vers 10 heures avant d'être dispersés par les forces de l'ordre à l'aide de gaz lacrymogène. Vers midi, des pillages ont commencé à viser des bâtiments commerciaux dans la ville, avec une présence policière limitée car la plupart des policiers avaient été redéployés à Antananarivo[32].

Vers 16 heures, le décès de Jean-Jacques Rabenirinia, député de Betioky issu du groupe d'opposition Firaisankina et doyen de l'Assemblée nationale, est annoncée, après avoir succombé à ses blessures à la suite d'un accident de la circulation au niveau d'une barricade lors des manifestations sur la route nationale 60 à Andoharanofotsy[33].

Lors de son allocution débutant à 19 heures et demi, en direct depuis New York, Andry Rajoelina annonce le limogeage de Olivier Jean-Baptiste, le ministère de l'énergie et des hydrocarbures, sous prétexte qu'il « ne faisait pas son travail »[34]. Rajoelina a en outre condamné les violences survenues après les manifestations comme des « actes de déstabilisation » et de « tentative de coup d'État[35],[36].

27 septembre

Les manifestants ont continué à se rassembler à Antananarivo le , certains portant des chapeaux de paille colorés comme symbole[36].

Ces manifestations ont pris un caractère plus spécifiquement étudiant et lycéen, avec des rassemblements organisés dans six grandes villes de Madagascar. Les jeunes manifestants dénonçaient leurs conditions de vie difficiles et réclamaient le droit à des conditions d'études équitables, exigeant notamment d'avoir les mêmes opportunités que les enfants des dirigeants malgaches qui étudient à l'étranger. À Antananarivo, les forces de l'ordre ont repoussé les manifestants avec une forte détermination, utilisant des AK-47 et des gaz lacrymogènes tout le long de l'avenue du général Charles-de-Gaulle à Tsiadana, jusqu'au campus d'Ankatso de l'université d'Antananarivo[37]. Cette répression a suscité une indignation supplémentaire en raison de la présence, le long de cette avenue, de l'hôpital privé Mpitsabo Mikambanana 24/24, l'un des établissements hospitaliers les plus prestigieux du pays[38].

Le mécontentement des étudiants s'est cristallisé autour de projets énergétiques comme Sahofika et Volobe, dont les retards sont pointés du doigt, comme en témoignent les slogans demandant des comptes sur l'état d'avancement de ces initiatives. En réponse à ce mouvement, le président de la République s'est exprimé dans une déclaration télévisée dès le vendredi soir précédent. Il a déclaré être prêt à accueillir, écouter et dialoguer avec les jeunes manifestants, affirmant vouloir leur partager les efforts en cours pour trouver des solutions aux problèmes qu'ils soulèvent[39].

À Antsiranana, la répression a été encore plus violente, avec la mort d'un étudiant, tué sur le coup par une balle.

29 septembre

Le , après un dimanche de trève, le mouvement de contestation s'étend et gagne plusieurs grandes villes de l'île, dont Toliara, Antsiranana et Toamasina. À Antananarivo, un rassemblement se tient à Tsiadana - Ankatso, organisé par le mouvement Génération Z Madagascar et réunissant étudiants, influenceurs, activistes et citoyens. Les revendications, initialement centrées sur l'accès à l'eau, à l'électricité et la sécurité, s'élargissent et se radicalisent. Les manifestants exigent désormais la démission du gouvernement de Christian Ntsay et du préfet d'Antananarivo, ainsi que des excuses publiques de la part de l'exécutif, marquant une escalade significative dans la crise politique[40].

De retour des Nations unies, le président Andry Rajoelina s'est rendu dans le quartier d'Anosibe, au centre de la capitale, à l'invitation du député Désiré Rafidimanana. Lors de ce rassemblement tenu face à ses partisans, le chef de l'État a déclaré avoir accepté d'« endosser les erreurs et les fautes ». Il a ajouté, pour conclure : « qui suis-je pour échapper aux critiques ? Même Jésus n’y a pas échappé »[40].

Le député élu de la district d'Arivonimamo originaire d'Imerintsiatosika, Antoine Rajerison, est interpellé par les forces de l'ordre alors qu'il participait aux manifestations à Tsiadana, dans le 2e arrondissement d'Antananarivo[41]. Son arrestation provoque une mobilisation immédiate dans sa circonscription. Les habitants d'Imerintsiatosika et d'Arivonimamo descendent spontanément dans les rues pour exiger la libération de leur élu. Cette mobilisation locale s'ajoute aux protestations déjà en cours dans les grandes villes malgaches.

Plusieurs députés de l'opposition rejoignent le mouvement de protestation en exigeant la libération immédiate de leur collègue. Cet événement contribue à renforcer la dimension politique de la crise, illustrant les tensions croissantes entre le pouvoir exécutif et les représentants élus de la nation[42].

Lors de l'intervention radiotélévisée du chef de l'État, les manifestants obtiennent partiellement gain de cause, ce dernier décidant de dissoudre le gouvernement, et confirmant ne pas briguer de troisième mandat[10].

30 septembre

Au lendemain de l'allocution du chef de l'État et en dépit de la dissolution du gouvernement, les manifestations reprennent à Antananarivo et à Diego-Suarez et exigent désormais le départ d'Andry Rajoelina, qu'ils jugent incapable de garantir un « état de droit » et la « justice sociale »[1]. De violents heurts ont lieu dans la capitale, entre les forces de l'ordre et les manifestants, notamment aux Jardin d'Ambohijatovo[43].

Plusieurs mouvements syndicaux font part de leurs soutient aux manifestants dont le syndicat des employés de la Jirama et appellent à la grève générale. L'ordre des avocats dénonce des violations graves et répétées des droits humains[1].

1er octobre

Les manifestations s'étendent à d'autres villes, dont Toliara, au sud du pays[44]. Le gouvernement accuse les manifestants de vandalisme et de promouvoir un coup d'État[44] Le leader de l'opposition Rivo Rakotovao annonce que son parti et ses alliés ne rejoindront aucun gouvernement sous la direction de Rajoelina et lui demande de démissionner[44],[45]

Les syndicats commencent à rejoindre les protestations, et des appels à la grève générale sont lancés. Les manifestations du 1er octobre sont relativement contenues par les forces de police, et la violence est nettement moindre que les jours précédents[46],[47]. Rajoelina rencontre des diplomates étrangers au palais d'Iavoloha le , et la porte-parole présidentielle Lova Ranoromaro affirme que les manifestants se sont largement dispersés « sans qu'un leader clair n'émerge »[47]. Les groupes pro-Rajoelina commencent à annoncer qu'ils organiseront des contre-manifestations[48].

5 octobre

Les contre-manifestations pro-régime ne comptaient que quelques centaines, un nombre inférieur aux attentes du président Andry Rajoelina[49].

6 octobre

Proche conseiller du président, l'homme d'affaires Mamy Ravatomanga est conspué depuis le début des manifestations pour sa mainmise sur l'économie et la politique malgache, son statut de proche du président Rajoelina et pour sa participation à la répression de la population par le biais d’une société de sécurité privée appartenant à son conglomérat, présentée par certains comme une milice[4],[50],[5].

Dans une allocution télévisée, le 6 octobre 2025, il rejette l’ensemble des accusations, affirmant que toutes les procédures judiciaires le visant ont été abandonnées[4],[5].

11 octobre

Une faction de l'armée de terre, le CAPSAT — Corps d’administration des personnes et des services de l’Armée de terre, la même unité qui avait conduit le coup d'État de 2009 — se mutine et rejoint les manifestants en les protégeant des tirs et des bombardements de la gendarmerie. Le commandement du CAPSAT appelle également toutes les forces armées à « se lever du côté du peuple » et à refuser toute forme de corruption[51].

Grâce à cette intervention décisive, les manifestants parviennent finalement, après trois semaines de mobilisation, à atteindre le parvis de l'hôtel de ville, également appelé « place du 13 mai 1972 » ou « place de la Démocratie ». Dans la foulée, le président Andry Rajoelina aurait fui Antananarivo pour se réfugier à Mahajanga, son avion personnel aurait été aperçu à l'aéroport Philibert-Tsiranana, et ce malgré l'appel à la fermeture de l'aéroport international d'Antananarivo-Ivato par le CAPSAT[52].

Dans la soirée, la présidence affirme que Rajoelina se trouve toujours sur le territoire malgache, alors que les tensions retombent à Antananarivo et que les manifestants se dispersent. Cependant, plus aucune force policière ou militaire n'est présente pour assurer l'ordre[53]. Un militaire rangé du côté des manifestants aurait été tué lors d'une entrevue avec les gendarmes.

Mamy Ravatomanga, accompagné de ses enfants, l'ex-premier ministre Christian Ntsay et leurs épouses respectives, fuient vers Maurice à 21 heures à bord d'un avion de sa propre compagnie. Parti dans la précipitation, l'avion n'eut pas de créneau d'atterrissage à l'aéroport international Sir-Seewoosagur-Ramgoolam et dû patienter dans les airs pendant près d'une demi-heure avant d'obtenir l'aval des autorités mauriciennes[54],[55].

Mutinerie de l'armée le 12 octobre

Le CAPSAT annonce prendre le contrôle complet de l'armée, ralliant la totalité des forces armées, y compris la gendarmerie et la police nationale, à la cause des manifestants. Le président Andry Rajoelina, depuis Mahajanga, dénonce une tentative de coup d'État et affirme qu'« une tentative de prise illégale du pouvoir est en cours »[56].

D'autre part, le Sénat destitue son président, Richard Ravalomanana, ayant fui vers Dubaï la veille.

Le , Andry Rajoelina est exfiltré du pays via l'île Sainte-Marie et La Réunion vers une destination inconnue par un CASA CN-235[57],[58], de l'armée de l'air française[59],[60].

14 octobre

Le , Le président Andry Rajoelina publie un décret dissolvant l'Assemblée nationale, un jour après sa fuite vers un lieu inconnu, alléguant craindre pour sa vie à la suite d'une mutinerie militaire[61]. L'Assemblée nationale refuse de se conformer au décret de Rajoelina et vote sa destitution par 130 voix sur 163, soit plus que la majorté des deux tiers requises. Dans le même temps, l'armée affirme avoir désormais pris le pouvoir et annonce la dissolution du Sénat et de la Haute Cour constitutionnelle[62]. Cette dernière, ayant constaté la « vacance » du poste de président, a « invité l’autorité militaire compétente incarnée par le colonel Randrianirina Michaël, à exercer les fonctions de chef de l’État »[63].

16 octobre

Le colonel Randrianirina annonce finalement l'annulation de dissolution de la Haute Cour constitutionnelle[64].

17 octobre

Le colonel Randrianirina est investi « président de la refondation » de la République de Madagascar, au siège de la Haute Cour constitutionnelle (HCC)[65].

Actes de vandalisme

Au cours des manifestations, la résidence privée du député Naivo Raholdina précédée de celle de la sénatrice Lalatiana Rakotondrazafy ont été incendiées[27].

Plusieurs supermarchés ont également été détruits, notamment des magasins U franchisés par Habibo, dont le PDG franco-malgache Malik Karmaly est réputé proche du pouvoir et couvert par l'État dans des accusations de corruption. Les entreprises du groupe Inviso et du groupe Talys, proches du parti au pouvoir, ont été les principales cibles du mouvement.

En fin de journée, des pillages et des sabotages ont eu lieu, notamment l'incendie de la station de téléphérique d'Ankorondrano[66].

Violences policières

De nombreuses violences policières ont été documentées par des vidéos postées sur les réseaux sociaux[11]. Selon Le Monde, le pouvoir a choisi la voie d'une forte répression pour faire face au mouvement de protestation[67].

Les manifestants sont visés par des tirs de balles en caoutchouc, subissent des arrestations violentes et un usage massif de gaz lacrymogènes. Au moins 5 personnes sont tuées et plusieurs dizaines blessés lors du premier week-end de manifestations[11].

Le , au moins deux personnes sont tuées[53].

Conséquences

Les destructions matérielles incluent l'incendie des résidences du député Naivo Raholdina et de la sénatrice Lalatiana Rakotondrazafy, la destruction de plusieurs enseignes U de la franchise Habibo, ainsi que la station de téléphérique d'Ankorondrano[66].

Des couvre-feux sont mis en place à compter du de 19 heures à 5 heures à Antananarivo, de 20 heures à 4 heures et demie à Mahajanga et de 19 heures à 4 heures à Antsirabe[31]. Ils sont suspendus le lendemain à la suite de l'intervention télévisée de la veille du chef de l'État.

Le , le chef de l'État, Andry Rajoelina, limoge le ministre de l'énergie et des hydrocarbures Olivier Jean-Baptiste, sous prétexte qu'il « ne faisait pas son travail »[34].

Les actes de pillage et de vandalisme subis par les grandes enseignes de distribution ont des conséquences immédiates sur l'approvisionnement du pays. Le Groupement des professionnels de la grande distribution alerte que le réapprovisionnement des stocks de marchandises volées ou détruites pourrait prendre jusqu'à trois mois, en raison des difficultés logistiques, notamment maritimes. Cette situation aggrave considérablement la pénurie existante et menace l'approvisionnement en biens essentiels pour l'ensemble de l'île. Les distributeurs dénoncent également un « gaspillage massif » de produits et soulignent les risques encourus par leur personnel durant ces incidents[68].

Réactions

Nationales

L'usage de la force, notamment le déploiement d'un char d'assaut et l'utilisation de balles réelles, provoque l'indignation de la population malgache et de la communauté internationale[69].

Du chef de l'État

Le président de la République, Andry Rajoelina, a déclaré, le , condamner les violences survenues après les manifestations comme des « actes de déstabilisation » et de « tentative de coup d'État[35],[36]. Il annonce également, en réponse aux demandes des manifestants, le limogeage de Olivier Jean-Baptiste, le ministère de l'énergie et des hydrocarbures, sous prétexte qu'il « ne faisait pas son travail »[34].

Au retour à Madagascar, Rajoelina se rend dans le quartier d'Anosibe, au centre de la capitale, sur invitation du député Désiré Rafidimanana du 4e arrondissement. Lors de ce rassemblement tenu face à ses partisans, le chef de l'État déclare avoir accepté d'« endosser les erreurs et les fautes ». Il a ajouté, pour conclure : « qui suis-je pour échapper aux critiques ? Même Jésus n’y a pas échappé »[40].

Andry Rajoelina quitte finalement le pays le [70].

Des institutions religieuses

Le Conseil des Églises chrétiennes à Madagascar (en) (FFKM) a publié un communiqué appelant à la cessation des violences, des pillages et des destructions de biens, tout en soulignant que « la population doit jouir de ses droits les plus fondamentaux, celui d'avoir de l'électricité et de l'eau potable »[71].

Internationales

Des organisations régionales

Le , la SADC exprime son inquiétude dans un communiqué officiel concernant les violences survenues depuis le . L'organisation, à travers son secrétaire exécutif Elias Magosi, déplore le nombre de morts et de blessés, ainsi que des dégâts matériels importants, tout en rappelant son attachement aux principes de paix, d'unité et de développement durable. Il appelle toutes les parties à faire preuve de calme et de retenue et à privilégier le dialogue constructif pour une résolution pacifique de la crise[72].

De son côté, l'Union Africaine propose son aide à Madagascar et à la SADC afin de trouver une solution de sortie de crise[73].

Des organisations internationales

Le , le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, exprime son consternation face à la violente répression des manifestations à Madagascar. Dans une déclaration officielle, il révèle que les violences ont causé la mort d'au moins 22 personnes et fait plus d'une centaine de blessés. Il précise que les victimes incluent à la fois des manifestants et des passants tués par les forces de sécurité, ainsi que des personnes décédées lors des pillages généralisés qui ont suivi[7].

Türk déclare être « choqué et attristé par les pertes en vies humaines » et exhorte les autorités malgaches à respecter leurs obligations internationales en matière de droits humains, particulièrement concernant la liberté d'expression et de réunion pacifique. Il condamne l'usage de la force par les forces de sécurité, qualifiant leur intervention de non nécessaire et disproportionnée, et dénonce l'utilisation de gaz lacrymogènes, de violences physiques et même de balles réelles contre les manifestants.

Le haut-commissaire appelle également à la libération immédiate de tous les manifestants arbitrairement arrêtés et demande aux autorités de mener des enquêtes « rapides, approfondies, indépendantes et transparentes » sur les violences, en vue de traduire en justice les responsables.

Des organisations non-gouvernementales

Reporters sans frontières a pour sa part dénoncé des « violences policières contre au moins trois journalistes » lors des événements du [74].

Du Saint-Siège

Le pape Léon XIV s'est exprimé sur la situation malgache lors de l'audience générale, déclarant : « Prions le Seigneur afin que toute forme de violence soit toujours évitée ». Le pape a appelé à prier afin que « la recherche constante de l’harmonie sociale soit favorisée par la promotion de la justice et du bien commun »[75].

Notes et références

Voir aussi

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