Crise du détroit d'Ormuz (2026)

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La crise du détroit d’Ormuz de 2026 est une escalade militaire et diplomatique survenue dans le contexte de la guerre en cours entre l’Iran et les États-Unis et leurs alliés, autour du contrôle et de la sécurité de cette voie maritime stratégique pour le commerce mondial de pétrole.

Date Depuis le
(3 mois et 20 jours)
Participant Iran, États-Unis, compagnies maritimes
Issue

En cours

  • Flambée mondiale des prix du pétrole et du gaz
  • Condamnation de l'ONU par la résolution n° 2817[1]
Faits en bref Localisation, Date ...
Crise du détroit d'Ormuz de 2026

Pendant la guerre d'Iran

Description de cette image, également commentée ci-après
Image satellite du détroit.
Localisation Détroit d'Ormuz et golfe Persique
Date Depuis le
(3 mois et 20 jours)
Participant Iran, États-Unis, compagnies maritimes
Issue

En cours

  • Flambée mondiale des prix du pétrole et du gaz
  • Condamnation de l'ONU par la résolution n° 2817[1]
Pertes
  • 1 remorqueur coulé
  • Au moins 11 navires marchands endommagés, dont 6 abandonnés[2]
  • 10 marins tués ou portés disparus
  • 1 docker tué et 2 blessés à Bahreïn
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Le détroit d’Ormuz connaît depuis le d’importantes perturbations géopolitiques et économiques à la suite de frappes militaires conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui ont notamment entraîné la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei. En réponse, l’Iran lance des attaques de missiles et de drones contre des bases militaires américaines, le territoire israélien et d’autres États du Golfe, tandis que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) avertit les navires de ne pas traverser le détroit, provoquant un arrêt quasi total du trafic maritime.

Les avertissements et les attaques qui suivent contre des navires entraînent une forte baisse du trafic maritime : le passage des pétroliers chute d’abord d’environ 70 %, tandis que plus de 150 navires jettent l’ancre à l’extérieur du détroit afin d’éviter les risques[3],[4]. Peu après, le trafic tombe pratiquement à zéro. Cette perturbation affecte environ 20 % de l’approvisionnement quotidien mondial en pétrole ainsi que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui conduit de grandes compagnies maritimes à suspendre leurs opérations dans la zone[5],[6]. Les prix du pétrole et du gaz augmentent fortement en raison des craintes de pénuries prolongées ; le prix du Brent dépasse 100 dollars le baril le pour la première fois depuis quatre ans, atteignant jusqu’à 126 dollars au plus fort de la crise[4],[7],[8],[9]. La fermeture du détroit est décrite comme la plus importante perturbation de l’approvisionnement énergétique depuis la crise énergétique des années 1970[10].

Contexte

Diagramme montrant la moyenne quotidienne de GNL transporté par le détroit en 2024.

Le détroit mesure 55 km à son point le plus étroit et constitue une voie maritime entre l’Iran et Oman. Ses deux voies de navigation à sens unique permettent le transit d’environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 20 % du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime, principalement en provenance de producteurs tels que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Qatar[3],[11]. En 2024, environ 84 % des expéditions de pétrole brut et de condensats passant par le détroit sont destinés aux marchés asiatiques[5], la Chine recevant à elle seule environ un tiers de son pétrole par cette route et disposant d’environ un milliard de barils de réserves stratégiques (soit quelques mois d’approvisionnement)[12]. L’Europe, de son côté, obtient entre 12 % et 14 % de son gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar via ce détroit[13].

Les tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël s’intensifient à l’approche de 2026, notamment en raison de l’échec des négociations sur le nucléaire menées à Genève et d’un précédent conflit aérien de douze jours en 2025[14]. L’Iran avait déjà évoqué la possibilité de perturber le trafic dans le détroit d’Ormuz en réponse aux menaces, allant jusqu’à procéder plus tôt dans le mois à une fermeture partielle temporaire du passage à titre d’avertissement[14].

Entre le 15 et le , l’Iran augmente ses exportations de pétrole à environ trois fois leur niveau habituel et réduit ses stocks afin de limiter les risques de perturbations en cas d’escalade. L’Arabie saoudite entreprend également des mesures similaires[15].

Dans les jours précédant les frappes, les primes d’assurance contre les risques de guerre pour les navires traversant le détroit passent de 0,125 % à entre 0,2 % et 0,4 % de la valeur assurée du navire par transit. Pour les très grands pétroliers, cela représente une augmentation d’environ un quart de million de dollars[16],[17].

Escalade

Le , les États-Unis et Israël lancent des frappes aériennes coordonnées contre l’Iran dans le cadre de l’opération Epic Fury, visant des installations militaires, des sites nucléaires et des dirigeants, ce qui entraîne la mort du guide suprême Ali Khamenei[8],[16]. L’Iran réagit par des salves de missiles contre des villes israéliennes et des bases américaines dans le Golfe, notamment aux Émirats arabes unis, au Qatar et à Bahreïn, provoquant des victimes et des dégâts aux infrastructures[18],[19]. Le conflit s’étend également au Liban, où le Hezbollah, soutenu par l’Iran, lance des roquettes contre Israël, entraînant des frappes de représailles israéliennes[20]. Le , l’Iran déclare qu’il garantira davantage la sécurité de la navigation aux pays qui expulseraient les ambassadeurs des États-Unis et d’Israël[21].

Le , les primes d’assurance pour la navigation dans le détroit sont signalées comme ayant augmenté de quatre à six fois par rapport à la semaine précédente. Le gouvernement américain commence à offrir son soutien aux assureurs dans le cadre de la loi sur l'assurance contre les risques de terrorisme[22], tout en continuant de mettre en garde le transport commercial contre les risques dans la zone[23].

Fermeture du détroit

Liste des navires attaqués par l'Iran ou ses proxys

Davantage d’informations #, Date ...
Liste des navires attaqués par l'Iran
# Date Nom Pavillon Type Statut Références
1 1er mars 2026 MT Skylight Drapeau des Palaos Palaos Pétrolier Abandonné ; 2 membres d'équipage tués, dont le capitaine [24],[25],[26]
2 1er mars 2026 MKD VYOM Drapeau des Îles Marshall Îles Marshall Pétrolier Abandonné ; 1 membre d'équipage tué [27],[28]
1er mars 2026 Sea La Donna Drapeau du Libéria Liberia Pétrolier/chimiquier Inconnu [29]
3 1er mars 2026 MT Hercules Star Drapeau de Gibraltar Gibraltar Pétrolier Dommages légers [30]
4 1er mars 2026 Ocean Electra Drapeau du Libéria Liberia Pétrolier Dommages légers [31]
5 1er – 2 mars 2026 LCT Ayeh Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis Pétrolier Endommagé [32],[33]
6 2 mars 2026 Stena Imperative Drapeau des États-Unis États-Unis Pétrolier Endommagé [34]
7 2 mars 2026 Athe Nova Drapeau du Honduras Honduras Asphaltier Endommagé [35]
8 2 mars 2026 Gold Oak Drapeau du Panama Panama Vraquier Dommages légers [36],[37]
9 3 mars 2026 Pelagia Drapeau de Malte Malte Vraquier Aucun dommage [38]
10 3 mars 2026 Libra Trader Drapeau des Îles Marshall Îles Marshall Pétrolier brut Dommages légers [36],[37]
11 4 mars 2026 MSC Grace Drapeau du Libéria Liberia Porte-conteneurs Aucun dommage [36]
12 4 mars 2026 Safeen Prestige Drapeau de Malte Malte Porte-conteneurs Abandonné [39]
13 4 mars 2026 Sonangol Namibe Drapeau des Bahamas Bahamas Pétrolier Endommagé [40]
14 6 mars 2026 Mussafah 2 Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis Remorqueur Coulé ; 3 membres d'équipage portés disparus [41],[42],[43]
7 mars 2026 Prima Drapeau de Malte Malte Pétrolier/chimiquier Inconnu [44]
7 mars 2026 Louis P Drapeau des Îles Marshall Îles Marshall Pétrolier Inconnu [45]
15 10 mars 2026 Inconnu Inconnu Vraquier Aucun dommage [46]
16 11 mars 2026 MV Mayuree Naree Drapeau de la Thaïlande Thaïlande Vraquier Abandonné ; 3 membres d'équipage portés disparus [47],[48]
17 11 mars 2026 One Majesty Drapeau du Japon Japon Porte-conteneurs Dommages légers [47]
18 11 mars 2026 Star Gwyneth Drapeau des Îles Marshall Îles Marshall Vraquier Endommagé [49]
11 mars 2026 Express Rome Drapeau du Libéria Liberia Porte-conteneurs Inconnu [50]
19 11 mars 2026 Safesea Vishnu Drapeau des Îles Marshall Îles Marshall Pétrolier Incendié ; abandonné ; 1 membre d'équipage tué [51],[52]
20 11 mars 2026 Zefyros Drapeau de Malte Malte Pétrolier Incendié ; abandonné [51]
21 12 mars 2026 Source Blessing Drapeau du Libéria Liberia Porte-conteneurs Dommages légers [53]
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Chronologie

Quelques heures après les frappes, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) diffuse par radio VHF des avertissements aux navires traversant le détroit, indiquant qu’aucun navire ne serait autorisé à passer[4],[5],[54]. Bien que cette fermeture ne soit pas juridiquement contraignante, car l’Iran n’a pas déclaré formellement de blocus, des sources militaires et industrielles indiquent que la sécurité ne peut être garantie, et plusieurs navires restent au port ou font demi-tour[55]. Ces menaces entraînent une fermeture partielle, les données de suivi des navires montrant d’abord une réduction de 70 % du trafic[3].

Le , le pétrolier Skylight est touché par un projectile au nord de Khasab, à Oman, tuant deux membres d’équipage indiens et en blessant trois autres. Les 15 autres membres d’équipage sont évacués. Le navire est sanctionné par le département du Trésor américain pour ses liens avec la flotte fantôme iranienne. Le MKD Vyom est frappé par un drone de surface naval, provoquant un incendie et une explosion dans sa salle des machines ; un marin indien est tué et les 21 membres d’équipage sont évacués sur le MVSand, battant pavillon panaméen[27]. Par ailleurs, un autre marin indien est grièvement blessé à bord du LCT Ayeh[56],[57].

Le , un haut responsable du CGRI confirme officiellement la fermeture du détroit et menace tout navire tentant de le traverser[58]. Le Stena Imperative, battant pavillon américain, est touché à deux reprises dans le port de Bahreïn, provoquant un incendie[34]. Un employé du port est tué et deux autres sont blessés, tandis que l’équipage du navire reste indemne[59]. L’Athe Nova, ayant des liens avec l’Iran, est frappé par deux drones après avoir tenté de franchir illégalement le détroit d’Ormuz, selon l’agence de presse Tasnim, affiliée au CGRI[35].

Juste après minuit le , aucun pétrolier dans le détroit n’émet de signaux via le système d’identification automatique (AIS), indiquant un trafic faible ou nul[60], bien que les données soient jugées peu fiables et basées sur des dispositifs de navigation par satellite[17],[61]. L’assurance protection et indemnité (P&I) étant essentielle pour le transport maritime, la couverture contre les risques de guerre est suspendue pour le , rendant le passage économiquement trop risqué pour les armateurs. Le détroit est déclaré zone à haut risque, offrant des primes supplémentaires et un droit de refus pour l’équipage. Bien que techniquement ouvert, le détroit reste en pratique fermé[60].

Le , le CGRI affirme avoir pris le contrôle complet du détroit[62]. À cette date, au moins huit navires ont été endommagés. Le navire battant pavillon maltais Safeen Prestige est touché, obligeant son équipage à évacuer. Par ailleurs, le Pola, qui avait précédemment désactivé son transpondeur AIS, parvient à traverser le détroit et à livrer sa cargaison aux Émirats arabes unis malgré le blocus[37]. Dans la nuit, une grande explosion provoquée par un drone maritime frappe le pétrolier Sonangol Namibe[63], ancré près du port de Mubarak Al Kabeer au Koweït, à plus de 800 kilomètres du détroit, marquant une expansion significative du conflit. L’attaque entraîne une fuite de pétrole représentant un risque environnemental. Un petit navire est observé quittant la zone après l’attaque[64],[40]. Le CGRI revendique avoir touché un pétrolier américain[65]. Le , un remorqueur dépêché pour assister le Safeen Prestige est frappé par deux missiles puis coule, laissant au moins trois membres d’équipage portés disparus[66],[42]. Le , le CGRI déclare avoir frappé le pétrolier Prima avec un drone dans le golfe Persique[44] et le pétrolier américain Louis P dans le détroit d’Ormuz[45].

Le , un vraquier signale un éclaboussement suivi d’une explosion à 67 km au large d’Abou Dhabi, marquant le premier incident maritime signalé depuis plusieurs jours[67]. Le même jour, des sources de renseignement militaire américaines indiquent que l’Iran commence à poser des mines navales dans le détroit d’Ormuz. À la suite de ces informations, le président américain Donald Trump exige que l’Iran retire immédiatement toute mine posée, et l’armée américaine déclare avoir détruit seize mouilleurs de mines iraniens[68],[69]. Le , une importante vague d’attaques contre des navires cause des dommages à au moins trois d’entre eux[47]. Vingt membres d’équipage du Mayuree Naree, battant pavillon thaïlandais, sont secourus par la Marine royale d'Oman après un incendie à bord, tandis que trois autres sont portés disparus[70]. Le CGRI revendique également, sans vérification, une attaque contre l’Express Rome[50]. Plus tard dans la journée, deux pétroliers sont attaqués par un drone naval iranien au large du port de Bassorah, en Irak, provoquant des incendies et la mort d’au moins un membre d’équipage. La Compagnie générale des ports irakiens sauve 38 membres d’équipage des deux navires[71].

Le , Reuters rapporte qu'« au moins seize navires » ont été attaqués dans la région depuis le début des hostilités[72].

Le , des sources rapportent que l'Iran aurait déployé une douzaine de mines dans le détroit, compliquant davantage une éventuelle réouverture[73].

Exceptions au blocus

Le , des informations indiquent que l’Iran autoriserait uniquement le passage des navires chinois dans le détroit, invoquant le soutien de la Chine à l’Iran depuis l’intensification du conflit. La Chine, premier acheteur de pétrole iranien, avait souligné l’importance de protéger les voies maritimes mondiales[74],[75]. Le , le vraquier Iron Maiden, exploité par Cetus Maritime Shanghai Ltd., traverse le détroit en signalant « Propriétaire chinois ». Plus tôt, le méthanier Bogazici, affirmant appartenir à un armateur musulman et exploité par la Turquie, avait également réussi à franchir le détroit[76]. Le , un autre vraquier, le Sino Ocean, battant pavillon libérien, signale son statut de navire chinois possédé et exploité pour traverser le détroit après avoir chargé sa cargaison au port Mina Saqr aux Émirats arabes unis[77].

Le , le Corps des gardiens de la révolution islamique annonce que l’Iran maintiendra le détroit d’Ormuz fermé uniquement aux navires des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés occidentaux, confirmation renouvelée le [78],[79]. Le , le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloğlu (en), déclare que l’Iran a autorisé le passage d’un navire turc à travers le détroit[80]. Il est également signalé que deux transporteurs de gaz battant pavillon indien[81] et un pétrolier saoudien transportant un million de barils destinés à l’Inde ont été autorisés à franchir le détroit[82].

Le , un porte-conteneurs du groupe de transport maritime français CMA CGM a franchi le détroit d’Ormuz en empruntant une route approuvée par les Gardiens de la Révolution Islamique. Les bateaux autorisés à prendre cet itinéraire doivent s’acquitter d'une grosse somme, l'île de Larak ayant été baptisée le « péage de Téhéran » par la société de données maritimes Lloyd's List[83].

Contournement et escorte

La zone iranienne du détroit peut théoriquement être contournée par les eaux territoriales d’Oman et des Émirats arabes unis au sud. Les ports en eaux profondes d’Oman, tels que Duqm, Salalah et Sohar dans la mer d’Arabie, permettent aux pétroliers d’éviter le point de passage stratégique[84]. Cependant, en , plusieurs drones frappent Duqm et Salalah, endommageant au moins un réservoir de stockage de carburant à Duqm[84]. Sohar se trouve quant à lui dans une zone à risque de guerre définie par un assureur, ce qui peut augmenter les coûts d’affrètement et d’assurance des navires[84]. Le Joint War Committee du marché londonien de l’assurance inclut les eaux autour d’Oman dans sa liste des zones maritimes à haut risque[84]. La plupart des compagnies maritimes décident alors d’opter pour un contournement plus long via le cap sud de l’Afrique[85]. Maersk annonce l’utilisation du canal de Suez à partir de [85].

À court terme, il est possible d’escorter trois à quatre navires commerciaux par jour avec sept à huit destroyers assurant une couverture aérienne, en fonction du risque posé par les sous-marins de poche iraniens[85]. Cependant, maintenir une telle opération de manière durable sur plusieurs mois nécessite des ressources beaucoup plus importantes.

Au , l’Arabie saoudite redirige de plus en plus de pétrole vers le port de Yanbu sur la mer Rouge via l'oléoduc Est-Ouest, qui relie les champs pétroliers de l’est du pays, tandis que les Émirats arabes unis transfèrent leur pétrole via le pipeline de pétrole brut d’Abou Dhabi vers le port de Fujaïrah sur la mer d’Arabie. Cependant, la capacité de ces oléoducs ne permet pas de compenser le volume de pétrole transporté habituellement par le détroit, avec un déficit d’environ 12 millions de barils par jour, et la route passant par la mer Rouge reste vulnérable à d’éventuelles attaques des Houthis[86],[87].

L'opération américaine « Freedom Project » (« Projet Liberté »), qui avait débuté le lundi , était censée permettre à des centaines de bateaux bloqués dans le golfe Persique de franchir le détroit d'Ormuz, escortés par les forces armées des États-Unis. À la surprise générale, Donald Trump annonce le mardi 5 au soir mettre fin à l'opération après que le porte-conteneurs San Antonio de la CMA CGM[88] est touché par l'Iran et plusieurs marins[89].

Blocus américain

Le , Donald Trump annonce répondre au blocage du détroit d'Ormuz par le blocus de l'Iran à partir de 18 heures ce jour-là, heure d'Iran. La marine américaine précise que le blocus concerne « les navires entrant ou sortant des ports et des zones côtières iraniens ». Les Iraniens continuent pour leur part de menacer le trafic maritime qui ne coordonne par son passage avec eux[90].

Le , dans le golfe d'Oman, le destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke USS Spruance, équipé du système Aegis, de l'US Navy intercepte et prend le contrôle du Touska, un porte-conteneurs battant pavillon iranien, après sa tentative de forcer le blocus des ports iraniens décrété par les États-Unis[91],[92].

Le , selon les autorités iraniennes, les États-Unis attaquent deux bateaux civils transportant des marchandises vers l’Iran, tuant cinq personnes[93].

Bataille navale du

Dans la soirée du , une flottille de trois destroyers de l'US Navy, les USS Truxtun (DDG-103), USS Rafael Peralta (DDG-115) et USS Mason (DDG-87) naviguant du golfe Persique en direction de la mer d'Oman, est attaquée par des tirs combinés de missiles balistiques et de croisière anti navires, de munitions rôdeuses et de petits bateaux. Des hélicoptères d'attaque AH-64 Apache de l'US Army Aviation interviennent pour l'interception des drones. Le Commandement central des États-Unis déclarent que les destroyers n'ont pas été touchés[94] tandis que les Gardiens de la révolution annoncent les avoir touchés.

L'armée américaine mène également des frappes sur l'île de Qeshm et à Bandar Abbas, ainsi que sur une base navale iranienne à Minab, en représailles à une frappe iranienne contre les Émirats arabes unis et leur centre pétrolier de Fujairah le [95].

Impacts

Passage par le détroit d'Ormuz

Tard le , le trafic sortant du détroit d’Ormuz est dense, tandis que le trafic entrant reste faible[96]. Au moins trois pétroliers sont touchés à proximité du détroit, dont un au large d’Oman qui prend feu[7],[97]. Au moins 17 pétroliers poursuivent leur transit dans le détroit[98]. Les 1er et , aucun navire n’est visible dans le détroit[60].

Les principales compagnies de transport de conteneurs, dont Maersk, CMA CGM et Hapag-Lloyd, suspendent leurs transits à travers le détroit ainsi que sur les routes connexes, comme la mer Rouge[99],[100]. Le , le Yémen contrôlé par les Houthis annonce qu’il reprendra ses attaques contre Israël et les navires commerciaux dans la mer Rouge[101], obligeant le trafic passant par le canal de Suez à contourner le cap de Bonne-Espérance en Afrique. Cela prolonge de plusieurs semaines les temps de transit et augmente les coûts de transport. La crise perturbe l’approvisionnement énergétique mondial et immobilise des pétroliers dans le golfe Persique[102].

Les croisiéristes réduisent leurs activités dans le golfe Persique et cessent d’utiliser le détroit[103], laissant au moins 15 000 passagers bloqués à bord de six navires de croisière majeurs : l'Aroya de la compagnie saoudienne Aroya Cruises ; les deux navires de Celestyal Cruises, Celestyal Discovery et Celestyal Journey ; le MSC Euribia de MSC Croisières ; et deux navires de TUI Cruises, Mein Schiff 4 et Mein Schiff 5[104].

Économie mondiale

La crise soulève des inquiétudes en matière de sécurité car environ 20 % du pétrole et du gaz naturel consommés dans le monde transitent normalement par le détroit. Dès le , au tout début de la crise, les analystes financiers avertissent que le prix d'un baril de pétrole pourrait dépasser cent dollars si les interruptions du trafic pétrolier persistent. Dès les premières cotations au début de la crise, les analystes avertissant que le baril pourrait atteindre 100 $ ou plus si les interruptions persistent une hausse de 10 à 13 % du prix du Brent est constatée[7],[105],[106].

Cette flambée est particulièrement préoccupante pour les pays d’Asie, où de grands importateurs comme la Chine et l’Inde pourraient subir des pénuries et une forte volatilité des prix[107]. Les prix du gaz naturel en Europe augmentent également, passant de 30 €/MWh la semaine précédente à 46 €/MWh le lundi [13], atteignant plus de 60 €/MWh le mardi (près du double de la semaine précédente)[108], avant de redescendre à 48 €/MWh le mercredi [109]. Les perturbations maritimes contribuent à la volatilité des marchés énergétiques au Royaume-Uni, où les analystes avertissent que la hausse des prix de gros pourrait augmenter les factures d’énergie des ménages et révéler la dépendance du pays aux marchés mondiaux du carburant[110]. Cette crise est décrite comme la plus importante perturbation de l’approvisionnement énergétique depuis les crises pétrolières des années 1970[10].

Selon des experts en politiques énergétiques, ces tensions extrêmes de , lors de ce nouveau rebondissement de la crise au Moyen-Orient, ont montré que la Chine peut en être victime, sous la forme d'une déclinaison des inconvénients d'une guerre économique[111].

L’OPEP+ s’engage à augmenter sa production de pétrole de 206 000 barils par jour afin d’atténuer les pénuries[7]. Ces perturbations suscitent également des inquiétudes concernant l’inflation et un éventuel ralentissement économique dans les pays importateurs de pétrole[112].

Des analystes d’institutions telles que Barclays et Goldman Sachs soulignent les risques d’une hausse prolongée des prix du pétrole si le détroit reste restreint sur une période prolongée[8],[16].

Le , Bloomberg rapporte que l’Irak commence à suspendre les opérations du champ pétrolier de Rumaila en raison d’un manque d’espace de stockage, les pétroliers étant incapables de quitter le détroit[113].

Le , le Pakistan, pays dépendant des importations de pétrole et cherchant des routes alternatives en raison de la fermeture du détroit, demande officiellement à l’Arabie saoudite de rediriger ses approvisionnements pétroliers vers le port pétrolier de Yanbu sur la mer Rouge. L’Arabie saoudite fournit des garanties et organise au moins un envoi de brut pour contourner le détroit fermé. Les autorités saoudiennes redirigent également une partie de leurs propres exportations de pétrole via Yanbu afin de limiter l’impact des perturbations[114].

En raison de l’escalade des tensions au Moyen-Orient impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, les raffineurs japonais demandent au gouvernement de libérer une partie de leurs stocks de pétrole. Ces raffineurs s’approvisionnent à environ 95 % en pétrole brut auprès de l’Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et du Qatar, et souhaitent accéder à ces réserves pour assurer le bon fonctionnement de leurs raffineries et maintenir un approvisionnement suffisant en brut. Environ 70 % de ce pétrole en provenance du Moyen-Orient est livré au Japon par des navires traversant le détroit d’Ormuz[115].

Le , le ministre qatari de l’Énergie, Saad Sherida Al-Kaabi, avertit que si la guerre se poursuit, d’autres producteurs d’énergie du Golfe pourraient être contraints d’arrêter leurs exportations et de déclarer la force majeure (le Qatar ayant déjà suspendu sa production de gaz le et déclaré la force majeure sur ses contrats gaziers le ), ajoutant que « cela ferait s’effondrer les économies du monde »[116],[117].

Le , le Koweït déclare la force majeure et annonce qu’il réduira sa production de pétrole[118]. Les Émirats arabes unis réduisent également leur production pétrolière[9].

Le , le prix du pétrole brut dépasse 100 $ le baril pour la première fois depuis quatre ans, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. À cette date, la production des trois principaux champs pétroliers du sud de l’Irak avait chuté de 70 % depuis le début de la guerre, passant de 4,3 millions de barils par jour à 1,3 million[9]. Les États-Unis suspendent temporairement l’embargo sur le pétrole russe jusqu’au pour 30 pétroliers liés à la Russie en Asie, transportant au total 19 millions de barils de pétrole[119].

Le , les 32 États membres de l’Agence internationale de l'énergie (AIE) conviennent à l’unanimité de libérer 400 millions de barils de pétrole, représentant environ quatre jours de consommation mondiale, issus de leurs réserves d’urgence[120]. Selon l’AIE, au , les États arabes du Golfe ont réduit leur production d’au moins 10 millions de barils par jour, ajoutant que, si le trafic maritime ne reprenait pas rapidement, d’autres réductions seraient nécessaires. Le , l’Arabie saoudite diminue sa production pétrolière de 20 % par suite de l’arrêt de deux champs en mer, dont le champ pétrolier de Safaniya[121].

Lors de la deuxième semaine de , les prix de l’essence en Californie ont dépassé 5 dollars le gallon en raison du conflit entre les États-Unis et l’Iran[122].

La crise a également entraîné une légère augmentation du nombre de navires traversant le canal de Panama[123].

Réponses internationales

Le , le président américain Donald Trump déclare que la marine américaine commencera à escorter les pétroliers à travers le détroit « dès que possible »[124]. Le gouvernement indien propose également de déployer la marine indienne pour protéger les approvisionnements en pétrole qu’il reçoit[125]. Le , le président français Emmanuel Macron annonce que la France et plusieurs autres États mettent en place une mission d’escorte « purement défensive et de soutien » pour les navires marchands transitant par le détroit, dans le cadre de l’opération Aspides, et que la France envoie une douzaine de navires au Moyen-Orient. La marine française s’engage à dépêcher deux frégates pour escorter les navires à travers le détroit[126],[127]. Au , la Grande-Bretagne, avec l’Allemagne et l’Italie, travaille à soutenir le transport commercial dans le détroit d’Ormuz[128]. Le même jour, le président des chefs d’état-major américains, le général Dan Caine, indique que l’armée américaine examine une « série d’options » pour rétablir le trafic des pétroliers[129].

Le , les nations du G7 conviennent d’étudier la possibilité d’escorter les navires à travers le détroit[130]. Le , le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, déclare que la marine américaine pourrait commencer à escorter les navires à travers le détroit d’ici la fin mars, l’armée restant toutefois concentrée sur « la destruction des capacités offensives de l’Iran et de l’industrie qui les fournit »[124].

Trois semaines après le début du blocage du détroit d’Ormuz, la persistance du conflit ravive la crainte apparue depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avec l'épisode coïncidant avec la guerre d'Iran de 2026, débuté depuis que l’Iran ferme le détroit d'Ormuz, perturbant les exportations mondiales de pétrole et de gaz[131], celle d'un approvisionnement mondial en pétrole menacé, avec le risque de se retrouver à cours d’essence, de diesel, de fioul ou de kérosène, en particulier dans les économies d'Asie, les plus directement dépendantes du passage par Ormuz[132].

Millions de barils quotidiens perdus, repères historiques

Le voit une alerte du directeur exécutif de l’Agence internationale de l'énergie (AIE) qui estime que la fermeture prolongée de ce détroit est « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire »[133]. Il souligne que les baisses de production, auxquelles ont été contraints les grands pays exportateurs du golfe Arabo-Persique représentent environ 11 millions de barils par jour, en cumulant celles de pétrole brut et de produits distillés[133], ce qui représente un volume quotidien plus élevé que celui perdu lors des deux chocs pétroliers des années 1970 réunis, car en 1973 comme en 1979, les pertes s’étaient élevées à 5 millions de barils quotidiens[133].

Le quotidien Le Monde rappelle cependant que la consommation mondiale d’or noir était alors, au total, moins élevée, ne représentant qu'environ la moitié de celles des années 2020[133].

Le blocage du détroit d’Ormuz de a entravé l’exportation du pétrole et du gaz mais aussi l’approvisionnement en denrées essentielles pour les pétromonarchies du Golfe[134].

Impacts industriels du manque à gagner dans l'hélium

Le , le patron de l’Agence internationale de l'énergie (AIE) Fatih Birol estime qu'un manque à gagner pour l'économie mondiale, causé par une raréfaction de la production du Qatar dans l'hélium, dont un volume considérable devient indisponible, doit être suivi de près[133]. Le Monde rappelle que le Qatar, à lui seul, assure un tiers de la production mondiale de ce gaz rare, récupéré lors de l’extraction ou de la liquéfaction du gaz naturel[133]. Depuis quelques années, « l’hélium est essentiel pour les semi-conducteurs et les équipements médicaux », a souligné Fatih Birol le [133]. En raison de son caractère inerte, sa grande conductivité thermique, sa transparence aux neutrons et parce qu'il ne forme pas d'isotope radioactif au sein des réacteurs, on utilise l'hélium comme fluide de transfert de chaleur dans certains réacteurs nucléaires refroidis au gaz[135]. L'hélium est utilisé comme atmosphère protectrice lors de la croissance du silicium monocristallin destiné à la fabrication de circuits intégrés et des fibres optiques, pour la production de titane et de zirconium, et en chromatographie en phase gazeuse. Il est également utile dans les souffleries supersoniques[136] ou pour les installations d'étude de phénomènes transitoires[137].

Notes et références

Voir aussi

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