Divinités celtiques
divinité
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On connaît les dieux et déesses des Celtes préchrétiens grâce à diverses sources, notamment d'anciens lieux de culte, des statues, des gravures, des objets de culte, ainsi que des noms de lieux ou de personnes. Les anciens Celtes semblent avoir possédé un panthéon de divinités comparable à ceux de la religion proto-indo-européenne, chaque divinité étant liée à des aspects de la vie et du monde naturel. Par un processus de syncrétisme, après la conquête romaine des régions celtiques, la plupart de ces religions s'associent à leurs équivalents romains, et leur culte perdure jusqu'à la christianisation. Epona fait exception et est conservée sans association avec aucune divinité romaine. L'art celte préromain produit peu d'images de divinités, et celles-ci sont compliquées à identifier, manquant d'inscriptions, en revanche, durant la période post-conquête, de nombreuses autres images sont réalisées, certaines avec des inscriptions nommant la divinité. La plupart des informations précises dont nous disposons proviennent donc d'auteurs latins et de l'archéologie de la période postérieure à la conquête. Plus prudemment, des liens peuvent être établis entre les anciennes divinités celtiques et des figures de la littérature irlandaise et galloise du haut Moyen Âge, bien que toutes ces œuvres aient été produites longtemps après la christianisation.

Le locus classicus pour les divinités celtiques de la Gaule est le passage des Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César dans lequel il nomme six d'entre eux, ainsi que leurs fonctions. Il déclare que Mercure est le plus honoré de toutes les divinités et on trouve de nombreuses images de lui. Mercure est considéré comme l'inventeur de tous les arts, le patron des voyageurs ainsi que des marchands, et la divinité la plus puissante en matière de commerce et de profit. Après lui, les Gaulois honore Apollon, qui chasse les maladies, Mars, qui contrôle la guerre, Jupiter, qui gouverne les cieux, Minerve, qui promeut l'artisanat. Il ajoute que les Gaulois considèrent comme leur ancêtre un dieu qu'il compare à Dis Pater[1].
Dans la plus pure tradition romaine, César ne désigne pas ces personnages par leurs noms indigènes, mais par les noms des divinités romaines auxquelles il les assimile, une procédure qui complique la tâche d'identifier ses divinités gauloises avec leurs homologues dans les littératures celtiques insulaires. Il présente également une équation schématique élégante entre divinité et fonction, assez étrangère au témoignage littéraire vernaculaire. Cependant, compte tenu de ses limites, son bref catalogue est un témoin précieux.
Les divinités nommées par César sont bien attestées dans les inscriptions épigraphiques plus tardives de Gaule et de Bretagne. Il n'est pas rare que leurs noms soient associés à des théonymes et épithètes celtiques autochtones, tels que Mercure Visucius, Lenus Mars, Jupiter Poeninus ou Sulis Minerve. Les théonymes non syncrétisés sont également répandus, notamment parmi les déesses telles que Suleviae, Sirona, Rosmerta et Epona. Au total, plusieurs centaines de noms contenant un élément celtique sont attestés en Gaule. La plupart n'apparaissent qu'une seule fois, ce qui a conduit certains chercheurs à conclure que les divinités celtiques et leurs cultes sont locaux et tribaux plutôt que nationaux. Les partisans de cette opinion citent la mention par Lucain d'une divinité appelée Teutatès, qu'ils interprètent comme « dieu de la tribu » (on pense que teuta- signifiait « tribu » en celtique)[2].
Caractéristiques générales
Les témoignages de la période romaine présentent un large éventail de dieux et de déesses représentés par des images ou des inscriptions[3]. Certaines divinités sont largement vénérées à travers le monde celtique, tandis que d'autres se limitent à une seule région, voire à une localité spécifique[3]. Certaines divinités locales ou régionales peuvent jouir d'une plus grande popularité dans leurs sphères respectives que les divinités suprarégionales. Par exemple, dans le centre-est de la Gaule, la déesse guérisseuse locale Sequana, de l'actuelle Bourgogne, est probablement plus influente dans l'esprit de ses fidèles locaux que les Matres, vénérées dans toute la Grande-Bretagne, la Gaule, ainsi que la Rhénanie[3].
Cultes suprarégionaux
Parmi les divinités transcendant les frontières tribales figurent les Matres, Cernunnos, le dieu du ciel Taranis et Epona. Epona, la déesse-cheval, est invoquée par des fidèles vivant dans des régions aussi éloignées que la Bretagne, Rome et la Bulgarie. Une caractéristique distinctive des Matres, ou déesses-mères, est leur représentation fréquente sous forme de triade dans de nombreuses régions de Bretagne, en Gaule et sur les rives du Rhin, bien qu'il soit possible d'identifier d'importantes différences régionales au sein de ce groupe[3].
Le dieu celtique du ciel présente également des variations dans sa perception et l'expression de son culte. Cependant, le lien entre le Jupiter celtique et la roue solaire se maintient sur une vaste zone géographique, du mur d'Hadrien à Cologne et Nîmes[3].
Cultes locaux
Il est parfois possible d'identifier des divinités régionales, tribales et sous-tribales. Spécifique aux Rèmes du nord-ouest de la Gaule, un groupe distinctif de sculptures sur pierre représente un dieu à trois visages avec des traits faciaux communs et des barbes luxuriantes. Dans l'Âge du fer, cette même tribu émet des pièces de monnaie avec trois visages, un motif que l'on retrouve ailleurs en Gaule[3]. Un autre dieu tribal est Lenus, vénéré par les Trévires. Il est vénéré dans plusieurs sanctuaires trévériens, dont le plus somptueux se trouve à Trèves, la capitale tribale. Son culte s'étend également à d'autres régions : des autels lui sont dédiés à Chedworth, dans le Gloucestershire, et à Caerwent, au Pays de Galles[3].
De nombreuses divinités celtiques sont extrêmement localisées, n'apparaissant parfois que dans un seul sanctuaire, peut-être parce que l'esprit concerné est un Genius loci, un esprit gouvernant un lieu particulier[3]. En Gaule, plus de quatre cent différents noms de divinités celtiques sont enregistrés, dont au moins 300 n'apparaissent qu'une seule fois. Sequana est confinée à son sanctuaire de source près de Dijon, Sulis appartient à Bath. Le couple divin Ucuetis et Bergusia est vénéré uniquement à Alésia, en Bourgogne. Le dieu britannique Nodens est surtout associé au grand sanctuaire de Lydney (bien qu'il apparaisse également à Cockersand Moss en Cumbria). Deux autres divinités britanniques, Cocidius et Belatucadros, sont tous deux des divinités martiales et sont chacun vénérés dans des territoires clairement définis dans la région du mur d'Hadrien[3]. Il existe de nombreuses autres divinités dont les noms peuvent révéler des origines d'esprits topographiques. Vosegus règne sur les montagnes des Vosges, Luxovios sur la station thermale de Luxeuil et Vasio sur la ville de Vaison dans la vallée du Bas-Rhône[4].
Couples divins
Une caractéristique notable de la sculpture gauloise et romano-celtique est l'apparition fréquente de divinités masculines et féminines par paires, telles que Rosmerta et « Mercure », Nantosuelte et Sucellos, Sirona et Apollon Grannus, Borvo et Damona, ou Mars Loucetius et Nemetona[5].
Types de divinités notables
Divinités à bois de cerf

Une figure récurrente de l'iconographie gauloise est une divinité assise en tailleur, portant des bois et parfois entourée d'animaux, portant ou tenant souvent un torque. Le nom fréquemment employé aujourd'hui pour désigner cette divinité, Cernunnos, n'est attesté que quelques fois : sur le Pilier des Nautes, un relief à Paris (où l'on peut lire actuellement ERNUNNOS, mais une esquisse ancienne montre qu'il portait l'inscription CERNUNNOS au XVIIIe siècle) ; sur une inscription de Montagnac (αλλετ[ει]νος καρνονου αλ[ι]σο[ντ]εας, "Alletinos [a dédié ceci] à Carnonos d'Alisontea") ; ainsi que sur une paire d'inscriptions identiques de Seinsel-Rëlent ("Deo Ceruninco"). Des représentations figuratives de ce type de divinité sont cependant répandues ; Le plus ancien exemplaire connu se trouve à Val Camonica dans le nord de l'Italie, tandis que la plus célèbre est la plaque A du chaudron de Gundestrup, un récipient du Ier siècle avant J.-C. trouvé au Danemark. Sur le chaudron de Gundestrup et parfois ailleurs, Cernunnos, ou une figure similaire, est accompagné d'un serpent à tête de bélier. À Reims, la figure est représentée avec une corne d'abondance débordant de grains ou de pièces de monnaie[2].
Divinités guérisseuses
On connaît les divinités guérisseuses dans de nombreuses régions du monde celtique ; on les associe fréquemment aux sources thermales, aux puits de guérison, à l'herboristerie et à la lumière.
Brigid, la triple déesse de la guérison, la poésie, ainsi que la forge, est peut-être la plus connue des divinités celtiques insulaires de la guérison. Elle est associée à de nombreuses sources et puits aux vertus curatives. Airmed, une déesse irlandaise de la guérison moins connue, est également liée à un puits aux propriétés curatives et à l'art de la phytothérapie.
Dans la tradition romano-celtique, Belenos (traditionnellement dérivé d'une racine celtique *belen- 'brillant', bien que d'autres étymologies ont été proposées de manière convaincante), se rencontre principalement dans le sud de la France et le nord de l'Italie[6],[7]. Apollon Grannus, bien que concentré dans le centre et l'est de la Gaule, « se rencontre également associé à des eaux médicinales en Bretagne [...] et très loin dans le bassin du Danube »[8]. La compagne de Grannos est souvent la déesse Sirona. Une autre divinité celtique importante de la guérison est Bormo ou Borvo, particulièrement associée aux sources thermales telles que Bourbonne-les-Bains et Bourbon-Lancy. On attribue à de telles sources chaudes des vertus thérapeutiques. Green interprète le nom Borvo comme signifiant « eau de source bouillonnante, bouillonnante ou frémissante »[8].
Divinités solaires
Dans la culture celtique, on suppose que le soleil était une femme, et plusieurs déesses ont été proposées comme étant potentiellement de nature solaire[9],[10].
En irlandais, le nom du soleil, Grian, est féminin. On suppose généralement que le personnage connu sous le nom d'Áine était soit synonyme d'elle, soit de sa sœur, assumant le rôle du Soleil d'Été tandis que Grian est le Soleil d'Hiver.
De la même façon, Étaín a parfois été considéré comme un autre théonyme associé au soleil ; si tel est le cas, alors l'Epona panceltique pourrait également avoir été à l'origine de nature solaire, bien que le syncrétisme romain la pousse vers un rôle lunaire.
Le nom de Sulis, divinité britannique, est apparenté à celui d'autres divinités solaires indo-européennes telles que l'Hélios grec et le Surya indien, et présente certaines caractéristiques solaires, comme une association avec l'œil ainsi que des épithètes liées à la lumière[6],[11]. Le théonyme Suleviae, plus répandu et probablement sans lien avec Sulis, est parfois interprété comme suggérant un rôle panceltique en tant que déesse solaire[5],[9]. Elle pourrait bien avoir été la divinité solaire de facto des Celtes.
La déesse galloise Olwen a parfois été considérée comme un vestige de la déesse solaire locale, en partie à cause d'une possible association étymologique avec la roue et les couleurs or, blanc et rouge[9].
On a parfois soutenu que Brigit possédait une nature solaire, ce qui correspond à son rôle de déesse du feu et de la lumière[9].
Divinités des eaux sacrées
Déesses
En Irlande, il existe de nombreuses sources sacrées dédiées à la déesse Brigit. On trouve des dédicaces à Minerve en Grande-Bretagne et dans toutes les régions celtiques du continent. À Bath, Minerve est assimilée à la déesse Sulis, dont le culte est centré sur les sources thermales.
D'autres déesses sont également associées à des sources sacrées, comme Icovellauna chez les Trévires et Coventina à Carrawburgh. Damona et Bormana remplissent aussi cette fonction en compagnie du dieu des sources Borvo.
Un certain nombre de déesses sont des rivières divinisées, notamment Boann (de la rivière Boyne), Sinann (du fleuve Shannon), Sequana (de la Seine divinisée), Matrones (de la Marne), Souconna (de la Saône divinisée), et peut-être Belisama (du Ribble).
Dieux
Tandis que la plus célèbre divinité de la mer est le dieu Manannan Mac Lir, son père Lir est généralement considéré comme le dieu de l'océan. Nodens est associé à la guérison, la mer et les chiens.
Dans le polythéisme lusitanien et celtique, Borvo (également Bormo, Bormanus, Bormanicus, Borbanus, Boruoboendua, Vabusoa, Labbonus ou Borus) est une divinité guérisseuse associée à l'eau de source bouillonnante[12]. Condatis est associé aux confluences des rivières de Bretagne et de Gaule, Luxovios est le dieu des eaux sacrées de Luxeuil et est vénéré en Gaule. Diancecht est le dieu guérisseur des Irlandais. Il guérit grâce à la source de guérison et est indirectement à l'origine du nom de la rivière Barrow[13]. Grannos est une divinité associée aux spas, aux sources thermales et minérales aux vertus curatives, ainsi qu'au soleil.
Divinités équines
Déesses

Le cheval, un instrument de l'expansion indo-européenne, joue un rôle dans toutes les mythologies des différentes cultures celtiques. Le culte de la déesse gauloise des chevaux Epona se répand et omme indiqué plus haut, pourrait avoir des affinités avec le soleil. Adopté par la cavalerie romaine, le culte d'Epona se répandit dans une grande partie de l'Europe, jusqu'à Rome même. Elle semble incarner la puissance équestre, probablement perçue comme une force vitale pour le succès et la protection de la tribu. Elle a des analogues insulaires dans la Rhiannon galloise et dans l'Édaín Echraidhe irlandaise (echraidhe, « équitation ») et dans Macha, qui a dépassé les chevaux les plus rapides.
Un nombre de pièces de monnaie celtiques pré-conquête montrent une cavalière qui pourrait être Epona.
La déesse irlandaise des chevaux Macha, peut-être une déesse triple, est associée à la bataille et à la souveraineté. Bien qu'une déesse dans son propre droit, elle est également considérée comme faisant partie de Morrigan, la triple déesse de la bataille et du massacre. D'autres déesses dans leur propre droit sont associées aux Morrígan, à savoir Bodb et Nemain.
Dieu
En Gaule celtique, Atepomaros est un dieu guérisseur, et des inscriptions ont été trouvées à Mauvières (Indre). L'épithète est parfois traduite par « Grand Cavalier » ou « possédant un grand cheval ».
Déesses mères

Les déesses mères sont une caractéristique récurrente dans les religions celtiques. Les inscriptions épigraphiques révèlent de nombreuses dédicaces aux Matres ou Matronae, particulièrement nombreuses aux alentours de Cologne, en Rhénanie[5]. Dans l'iconographie, les déesses mères celtiques peuvent apparaître seules ou, assez souvent, par trois ; elles tiennent généralement des fruits, des cornes d'abondance ou des patères ; il peut également s'agir de figures à forte poitrine (ou à plusieurs seins) allaitant des nourrissons.
Les traditions galloise et irlandaise conservent un certain nombre de figures maternelles telles que les galloises Dôn, Rhiannon (« grande reine ») et Modron (de Matrone, « grande mère »), et les irlandaises Dana, Boann, Macha et Ernmas. Cependant, tous ces éléments remplissent de nombreux rôles dans la mythologie et le symbolisme des Celtes, et ne peuvent se limiter à la seule maternité. Dans la plupart de leurs récits, le fait qu'elles aient des enfants n'est mentionné qu'en passant et ne constitue pas un aspect central de leur identité. Les déesses « mères » peuvent aussi être des déesses de la guerre et du massacre, ou encore de la guérison et de la forge.
Les déesses mères sont parfois des symboles de souveraineté, de créativité, de naissance, de fertilité, d'union sexuelle, ainsi que de protection. D'autres fois, on pourrait les considérer comme des punisseuses ainsi que des destructrices : leur progéniture peut être utile ou dangereuse à la communauté, et les circonstances de leur naissance peuvent entraîner des malédictions, des geis ou des épreuves, comme dans le cas de la malédiction de Macha sur les Ulstermen ou de la possible dévoration de son enfant par Rhiannon et de la punition qui s'ensuit.
Lugus
Selon César, Mercure est le dieu le plus honoré par les Gaulois, et ceci est confirmé par de nombreuses images et inscriptions. Le nom de Mercure est souvent associé à des épithètes celtiques, notamment dans l'est et le centre de la Gaule ; les noms les plus courants sont Visucius, Cissonius et Gebrinius[5]. Un autre nom, Lugus, est déduit du toponyme récurrent Lugdunon (« le fort de Lugus »), dont tirent les noms des villes modernes de Lyon, Laon et Loudun en France, de Leyde aux Pays-Bas et de Lugo en Galice ; un élément similaire se retrouve à Carlisle (anciennement Castra Luguvallium), à Legnica en Pologne et dans le comté de Louth en Irlande, dérivé de l'irlandais « Lú » qui vient de « Lugh ». Les cognats irlandais et gallois de Lugus sont respectivement Lug et Llew, et certaines traditions concernant ces personnages s'accordent parfaitement avec celles-ci du dieu gaulois. La description que César fait de ce dernier comme « l'inventeur de tous les arts » pourrait presque être une paraphrase de l'épithète conventionnelle de Lug, samildánach (« doté de nombreux talents »), tandis que Lleu est désigné comme « maître des vingt métiers » dans le Mabinogion[14].
On raconte que Lug aurait institué le festival de Lugnasad, célébré le 1er août, en commémoration de sa mère adoptive, Tailtiu[15].
Taranis

Le Jupiter gaulois est souvent représenté avec un éclair dans une main ainsi qu'une roue solaire distinctive dans l'autre. Les érudits identifient fréquemment ce dieu de la roue/du ciel à Taranis, mentionné par Lucain. Le nom Taranis pourrait être apparenté à ceux de Taran, un personnage mineur de la mythologie galloise, et de Tuireann, le père des « trois dieux de Dana » dans la mythologie irlandaise.
Des amulettes de roue sont retrouvées dans les régions celtiques d'avant la conquête.
Toutatis
Les Teutatès, parfois appelé Toutatis (Celtique : « Celui de la tribu »), est l'un des trois dieux celtiques mentionné par le poète romain Lucain au Ier siècle, les deux autres étant Esus (« seigneur ») et Taranis (« tonnerre »)[16]. Selon les commentateurs ultérieurs, les victimes sacrifiées aux Teutatès sont tuées en étant plongées la tête la première dans une cuve remplie d'un liquide non spécifié. Les chercheurs contemporains parlent fréquemment des « toutates » au pluriel, faisant référence respectivement aux patrons des nombreuses tribus[2]. Parmi les deux commentateurs postérieurs du texte de Lucain, l'un identifie Teutatès à Mercure, l'autre à Mars. Il est également connu grâce à des dédicaces en Grande-Bretagne, où son nom était écrit « Toutatis ».
Paul-Marie Duval, qui considère le Mars gaulois comme un syncrétisme avec les toutates celtiques, et note que :
Les représentations de Mars, beaucoup plus rares [que celles de Mercure] (une trentaine de bas-reliefs), plus monotones dans leur académisme classique, et ses surnoms plus de deux fois plus nombreux (une cinquantaine) s'équilibrent pour mettre son importance à peu près sur le même plan que celle de Mercure mais sa domination n'est pas de même nature[2].
Esus
Ésus apparaît dans deux monuments continentaux, dont le Pilier des Nautes, comme un bûcheron coupant des branches d'arbres.
Dieux avec des marteaux
Sucellos, le « bon frappeur », est généralement représenté comme un homme barbu d'âge mûr, avec un marteau à long manche, ou peut-être un tonneau de bière suspendu à un poteau. Sa compagne, Nantosuelte, la déesse de la nature, de la terre, du feu et de la fertilité, est souvent représentée à ses côtés. Ensemble, ils sont accompagnés de symboles associés à la prospérité et à la vie domestique. Cette figure est souvent identifiée à Sylvanus, vénéré dans le sud de la Gaule sous des attributs similaires ; à Dis Pater, dont, selon César, tous les Gaulois se croyaient descendants ; et au Dagda irlandais, le « bon dieu », qui possédait un chaudron jamais vide et une énorme massue.
Dieux de la force et de l'éloquence
Un dieu brandissant une massue, identifié comme Ogmios, est fréquemment observé dans l'iconographie gauloise. En Gaule, il est identifié à Hercule romain. Il est dépeint comme un vieil homme au teint basané, armé d'un arc et d'une massue. Il est également un dieu de l'éloquence, et sous cet aspect, il est représenté traînant avec lui une compagnie d'hommes dont les oreilles sont enchaînées à sa langue.
L'équivalent irlandais d'Ogmios est Ogma. L'écriture oghamique, un système d'écriture irlandais datant du IVe siècle après J.-C., aurait été inventée par lui.
Le taureau divin
Un autre type de divinité zoomorphe important est le taureau divin. Le Tarvos Trigaranus (« taureau aux trois grues ») est représenté sur des reliefs de la cathédrale de Trèves, en Allemagne, et de Notre-Dame de Paris.
Dans la littérature irlandaise, le Brun de Cúailnge joue un rôle central dans l'épopée Táin Bó Cuailnge ("Le raid du bétail de Cooley").
Le serpent à tête de bélier
Un serpent à tête de bélier caractéristique accompagne les dieux gaulois dans de nombreuses représentations, dont Cernunnos du chaudron de Gundestrup, Mercure et Mars.
Liste
Cette liste présente certains des dieux et déesses celtiques et romano-celtiques mentionnés ci-dessus, sous forme romanisée, ainsi que d'anciens noms gaulois, britanniques ou ibériques, ainsi que ceux des Tuatha Dé Danann et des personnages du Mabinogion. Elles sont agencées de manière à suggérer certaines associations linguistiques ou fonctionnelles parmi les anciennes divinités ainsi que les figures littéraires ; il va sans dire que toutes ces associations font l'objet de révisions et de désaccords constants de la part des chercheurs. En particulier, des érudits comme Sjoestedt ont fait remarquer qu'il est inapproprié de tenter d'adapter les divinités celtiques insulaires à un format romain, car de telles tentatives déforment gravement ces divinités.
| Interpretatio Romana | Gaulois, britannique et Celtibère | Gallois | Vieux irlandais |
|---|---|---|---|
| Apollon | Belenos | Beli Mawr | Bel |
| Maponos | Mabon | Mac Óc | |
| Bran le Béni | Bran | ||
| Victoire | Catubodua | Bodb | |
| Brigantia | Brigit | ||
| Nemetona | |||
| Cicolluis | Cichol | ||
| Cernunnos | Conall Cernach | ||
| Dôn | Dana | ||
| Dis Pater | Donn | ||
| Déméter | Epona | Rhiannon | Macha |
| Vulcain | Gobannos | Gofannon | Goibniu |
| Neptune | Manawyddan | Manannan | |
| Hécate | Matrones | Modron | Morrigan |
| Hercule | Ogmios | Eufydd | Ogma |
| Maïa | Rosmerta | ||
| Hygie | Sirona | ||
| Sylvanus | Sucellos | Dagda | |
| Minerve | Sulis | ||
| Genius | Suleviae | ||
| Jupiter | Taranis | Taran | Tuireann |
| Mars | Nodens | Lludd / Nudd | Nuada |
| Teutatès | |||
| Neton | Neit | ||
| Mercure | Lugus | Llew | Lug |
| Viducus | Gwydion | ||
| Nemedus | Nemed | ||
| Crouga | Crom Cruach |
Articles connexes
- Mythologie celtique brittonique (comprend une liste plus complète des divinités galloises, ainsi que des cosmogonies et des mythes proposés)