Duchés Tyrrhéniens

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Statut Circonscription de l'exarchat de Ravenne, puis du Catépanat d'Italie. De facto indépendant après 840.
Duchés Tyrrhéniens

vers 590  1137

Description de cette image, également commentée ci-après
Carte des états d’Italie méridionale vers l'an 1000.
Informations générales
Statut Circonscription de l'exarchat de Ravenne, puis du Catépanat d'Italie. De facto indépendant après 840.
Langue(s) Latin, Grec

Entités suivantes :

Les Duchés Tyrrhéniens sont des circonscriptions administratives civiles et militaires de la seconde moitié du premier millénaire, dépendantes originellement de l'Empire byzantin et dirigée par un gouverneur militaire (dux). Comme dans d'autres territoires byzantins d'Italie, la noblesse locale réussit à transformer ces duchés en États autonomes ne dépendant plus que formellement de Constantinople. Le principal de ces États, qui dura plus de cinq siècles, est le duché de Naples.

Territoire

Les duchés Tyrrhéniens occupent chacun une étroite zone côtière répartie entre le sud de l'actuel Lazio et le nord de la Campanie jusqu'à la péninsule amalfitaine.

Du nord au sud, on trouve[1] :

Les importantes villes de l'arrière-pays Napolitain, comme Sarno, Nocera ou Nola, ont en revanche toujours échappés à l'autorité des ducs Tyrrhéniens et dépendaient des princes lombards de Capoue ou Salerne, formant une importante voie de communication entre les deux principautés[2]. Les duchés tyrrhéniens ont, malgré des alliances matrimoniales régulières entre les dynasties lombardes et napolitaine ou gaétane, entretenu des relations très conflictuelles avec ces principautés lombardes pendant la majorité de leur existence.

Population

Bien que les apports génétiques lombards ou byzantins aient été extrêmement limités dans le mezzogiorno, les peuples médiévaux définissent principalement leur ethnicité par le droit avec lequel ils régissent leur société[3]. On distingue donc dans le sud de l'Italie de la fin du premier millénaire trois populations qui se considèrent bien distinctes.

En premier lieu les populations de droit lombard, qui peuplent la quasi-totalité du sud de la péninsule, y compris la majorité des Pouilles byzantines. Ensuite, les populations de droit byzantin, qui occupent le Salento, la Calabre et la Sicile jusqu'à son invasion par les musulmans durant du IXe siècle[4]. Et enfin, les populations des duchés tyrrhéniens.

Ces populations tyrrhéniennes se distinguent de leurs voisines par l'archaïsme et le particularisme de leur droit, qualifié de romain[5]. Dans les faits, il s'agit du Code de Justinien dans son état du VIe siècle, préservé de la majorité des innovations législatives byzantines ultérieures. Leur particularisme ne s'arrête pas là, puisque contrairement à l'écrasante majorité des populations sous suzeraineté byzantine, elles pratiquent et s'administrent en latin, et non en grec, alors que sur le plan religieux, et malgré un important essor local du monachisme grec, elles restent dans l'orbite romaine et papale, malgré la rupture de la Papauté avec Constantinople suite à la crise iconoclaste[6]. Par ailleurs, les principautés lombardes ne sont pas des états urbains, et les anciennes métropoles antiques sont progressivement abandonnées au profit de petits établissements ruraux. Les Byzantins, eux, préfèrent développer de nouveaux centres urbains plutôt que de s'appuyer et repeupler les villes antiques. Dans ce contexte, l'ancienne métropole antique de Naples, avec ses 30 à 35 000 habitants au cœur des VIII et IXe siècle, est une des villes les plus peuplées d'occident. Par ailleurs, en maintenant son sénat local et une vie culturelle urbaine, certes rabougrie, mais résolument active, elle fait figure d'anachronisme.

Les chroniqueurs lombards du Mont-Cassin les distinguent ainsi nettement des populations sous suzeraineté byzantine plus directe, les qualifiant de Quirites[3]. Les populations du duché de Naples constituent en somme, avec Venise, les derniers reliquats des populations romaines de l'antiquité tardives.

Histoire

Antiquité tardive

Suite aux éphémères royaumes d'Odoacre (476-493) et ostrogoth (493-536), l'ensemble de la péninsule italienne repasse sous suzeraineté romaine à la suite de la guerre des goths menée par l'empereur Justinien. Cette reconquête est cependant temporaire, car le territoire dépeuplé et ruiné par 20 ans de guerre n'est pas en mesure de résister aux invasions lombardes qui surviennent dès la du VIe siècle[7]. Le mezzogiorno est occupé dans sa quasi intégralité dès les premières années du VIIe siècle, limitant l'autorité impériale à l'Exarchat de Ravenne, aux Pouilles, à la Calabre, à la Sicile et au duché de Naples (qui comprend à l'époque les autres duchés tyrrhéniens qui ne prendront leur indépendance qu'au IXe siècle).[8]

Ce dernier est créé à cette époque probablement à l'initiative du pape Grégoire le Grand[8], mais reste un office temporaire et élargi à toute la Campanie sous l'autorité de l'exarque de Ravenne[9]. Ce n'est qu'en 661, sous le règne de Constant II qui tente de chasser les lombards d'Italie du sud au cours d'une campagne militaire[7], que Naples obtient d'être dirigé par dux local afin de contrer au mieux les entreprises lombardes dans la région. Ces derniers resteront les adversaires principaux des ducs pour les siècles à venir.[10]

Indépendances

Le VIIIe siècle apporte des changements dans la péninsule italienne, qui vont affecter le duché de Naples. Occupé par ses conflits contre les arabes et les slaves, l'Empire romain n'est pas en mesure de porter assistance à ses possessions italiennes et Ravenne et son exarchat tombe aux mains des lombards. Le pape, ne pouvant plus compter sur Constantinople, fait appel aux Francs qui battent et annexent le royaume Lombard, avant de finir par consommer définitivement la rupture avec une Constantinople en pleine crise iconoclaste en couronnant empereur Charlemagne. Les lombards, eux, se replient sur le duché de Bénévent qu'ils transforment en principauté, et dont ils ambitionnent de faire une seconde Pavie, leur ancienne capitale.

Dans ce contexte, le duché de Naples en profite pour affirmer son autonomie. Faisant fluctuer son allégeance entre la Papauté, l'empire carolingien et l'empire byzantin, selon les périodes de puissance et de crises de chacun de ces états, le duché Napolitain parvient à s'émanciper du contrôle direct de Constantinople[11], dont il n'acceptera plus la tutelle que contraint et forcé à l'avenir[12]. Dès 763, il choisit de se placer sous suzeraineté papale, plus à même de lui apporter soutien face aux lombards que la lointaine Constantinople. L'obéissance aux directives impériales devient fluctuante, comme illustre le refus du duc Antimus de Naples de participer à l'expédition de Léon V l'Arménien contre les sarrasins en Sicile[13], ou le remplacement du grec et du visage de l'empereur par le latin et l'effigie de San Gennaro, Saint patron de la ville, sur les monnaies frappées à Naples. C'est à cette époque que les duchés de Gaète et Amalfi, jusque là fiefs du duché de Naples, prennent leurs indépendances respectives de la cité parthénopéenne, profitant de la prise d'indépendance de Naples pour se placer directement sous l'autorité impériale[14]. Cela consacre le glissement progressif du pouvoir de l'ancienne métropole antique vers ces nouvelles riches cités portuaires et commerçantes durant le milieu du IXe siècle. Sorrente reste en revanche un fief Napolitain, dirigé par un préfet, jusqu'en 1027.[15]

Cette déliquescence de l'influence byzantine permet la patrimonialisation des duchés. Dès 840, le duc Serges Ier instaure l'hérédité de la charge de Dux, auparavant théoriquement simple fonctionnaire impérial, et installe sa dynastie des Sergi qui gouvernera le duché jusqu'en 1137. Sous le règne du duc-évêque Athanase II, le duché de Naples atteint son apogée, étant en mesure de tenir tête tant au pape qu'à l'empire Byzantin et de maintenir au pas les lombards de Capoue. S'installe également à Gaète la dynastie ducale des Docibili[16],[17], alors qu'Amalfi conservent un mode de désignation électoral. C'est également à cette époque qu'Amalfi s’érige comme la première grande république marchande italienne, avant Venise ou Gênes, et que seront rédigées les Tables amalfitaines, recueil de lois et de réglements maritimes qui serviront de base à la jurisprudence du commerce et de la navigation dans toute l'aire de la mer Méditerranée jusqu'au XVIe siècle.

Ces indépendances de fait n'empêchent pas les duchés tyrrhéniens de collaborer activement quand leurs intérêts convergent. Ainsi, lorsque le prince lombard Sicard de Bénévent, dernier souverain d'une Lombardie mineure unifiée et rêvant de régner sur l’ensemble de l'Italie méridionale, prend Amalfi en 838 et attaque Sorrente l'année suivante, Naples vient au secours de son homologue et permet la défaite et la partition de la principauté de Bénévent, notamment en employant des mercenaires musulmans.

Prenant conscience de la faiblesse des états du Mezzogiorno, ces derniers commencent à s'installer sur les côtes de Campanie et pillent les villes de la région. Suite au sac de Rome en 846, les duchés tyrrhéniens s'organisent en une Ligue Campanienne afin de lutter contre la piraterie sarrasine qui ravage maintenant régulièrement les côtes italiennes depuis leur conquête de la Sicile en 827, ces derniers s'étant même implantés à demeure dans les Pouilles, à Agropoli ou Traetto[18]. Après avoir défait la même année une flotte sarrasine à Licosia, ils remportent en 849 une importante victoire lors de la bataille d'Ostie, sauvant Rome d'un second sac, sous le commandement de Césaire de Naples. La menace sarrasine sera au final définitivement écartée après la bataille du Garigliano durant laquelle l'ensemble les puissances chrétiennes du Mezzogiorno s'allient pour expulser les sarrasins d'Italie continentale.

Fin

Le début du Xe siècle est le théâtre de conflits réguliers entre les princes lombards et les ducs tyrrhéniens, qui ne forment pas nécessairement des blocs homogènes. Ainsi par exemple, en 946, Amalfi soutien Salerne attaqué par Naples et Bénévent[19]. Ces luttes intestines permettent à l'Empire Byzantin de revenir en force dans la région lors de période de forte expansion territoriale impulsée par la dynastie macédonienne. Il soumet de nouveau la totalité des Pouilles via le thème de Longobardie ainsi qu'une partie de la Lucanie pour former avec la Calabre le Catépanat d'Italie. Tant les ducs tyrrhéniens que les princes lombards sont contraint de se reconnaître vassaux du catépan tout en conservant une très large autonomie. Ils oscillent fréquement entre soumission forcée et rébellion ouverte selon la conjoncture[20]. L’Italie reste toutefois un théâtre secondaire pour les byzantins, a fortiori confrontés à l'arrivée des Seldjoukides au XIe siècle, et les duchés tyrrhéniens sont souvent seuls dans leur lutte face aux lombards.

C'est dans ce contexte que les premiers aventuriers normands arrivent en Italie du sud. D'abord simples mercenaires au services des princes lombards en lutte contre les byzantins, c'est le duc Serge IV de Naples qui le premier leur octroi un fief en 1029 en confiant le comté d'Aversa à Rainulf Drengot[21]. Cette concession a pour but de protéger Naples des ambitieux princes lombards Pandolf IV de Capoue et Guaimar IV de Salerne qui offrent le dernier âge d'or de leurs états. Le premier occupe Naples entre 1027 et 1030, permettant l'émancipation définitive du duché de Sorrente déjà très autonome[15], et annexe Gaète et Amalfi en 1032 et 1034 respectivement[16]. Le second hérite des titres du premier et annexe Sorrente en 1040, isolant Naples. Guaimar IV se fait cependant assassiner à Amalfi en 1052 dans une traditionnelle querelle intestine, mettant un coup d'arrêt définitif à la puissance lombarde. Saisissant alors la faiblesse des principaux potentats locaux, qu'ils soient byzantins ou lombards, les normands vont quitter leur état de mercenaire pour se livrer à la conquête de l'Italie du Sud pour leur propre compte. Ils vont alors prendre le contrôle de l'ensemble du Mezzogiorno en moins d'un siècle, achevant leur œuvre avec la création du royaume de Sicile en 1130. Le duché de Naples sera la dernière principauté à tomber aux mains de la Maison de Hauteville, puisque le dernier duc Serge VII de Naples se soumet cette même année, avant de voir son duché annexé en 1137. Naples conservera cependant longtemps un fort particularisme dans ses actes, utilisant des formulaires spécifiques hérités de l'antiquité tardive et incompréhensibles aux autres notaires du royaume. Elle datera ses actes non pas des années de règne du roi, mais des années de sa "domination" sur la ville. Ce particularisme durera toute la période normande, et c'est Frédéric II qui y mettra fin en 1220.[22]

Bibliographie

  • Éric Thoreau-Girault, Une société chrétienne : Naples, Amalfi, Gaète (vie-xiie siècle), Leuven/Paris/Bristol, Peeters, 2022.
  • Jean-Marie Martin, Italies Normandes XIe - XIIe siècles, Paris, Hachette Litterature, 1994.
  • Jean-Marie Martin, « Les contrats agraires dans les duchés tyrrhéniens », dans L’héritage byzantin en Italie (VIIIe-XIIe siècle), Rome, Publications de l’École française de Rome, (ISBN 978-2-7283-1225-2, lire en ligne), p. 319 à 340.
  • Jean-Marie Martin, « Les aristocraties des duchés tyrrhéniens (Xe-XIIe siècle) : parcours variés de Byzance à l’Occident », dans L’héritage byzantin en Italie (VIIIe-XIIe siècle), Rome, Publications de l’École française de Rome, (lire en ligne), p. 585 à 604.
  • Ferdinand Chalandon, « L'état politique de l'Italie méridionale à l'arrivée des Normands », Mélanges de l'École française de Rome, vol. 21, no 1, , p. 411-452 (lire en ligne)
  • Barbara M. Kreutz, Before the Normans: Southern Italy in the Ninth and Tenth Centuries, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, (lire en ligne)
  • Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, Histoire des républiques italiennes du moyen âge, Treuttel et Würtz, (lire en ligne)

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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