Fédora (pièce de théâtre)

From Wikipedia, the free encyclopedia

GenreDrame
Nb. d'actesQuatre
Lieu de parutionParis
Fédora
Sarah Bernhardt dans le rôle de Fédora (photographie Nadar, 1882)
Sarah Bernhardt dans le rôle de Fédora (photographie Nadar, )

Auteur Victorien Sardou
Genre Drame
Nb. d'actes Quatre
Lieu de parution Paris
Éditeur L'Illustration théâtrale
Date de parution
Nombre de pages 32
Date de création en français
Lieu de création en français Théâtre du Vaudeville (Paris)
Metteur en scène L'auteur
Rôle principal Sarah Bernhardt
Pierre Berton
Représentations notables
, Théâtre de la Porte-Saint-Martin (Paris)
Fedora : Sarah Bernhardt, Loris Ipanoff : Pierre Berton
, théâtre de la Renaissance (Paris)
Fedora : Sarah Bernhardt, Loris Ipanoff : Lucien Guitry
Lieux de l'action
Adaptations
Chronologie

Fédora est un drame en quatre actes de Victorien Sardou représenté pour la première fois au théâtre du Vaudeville à Paris le , Sarah Bernhardt jouant le rôle-titre.

  • Loris Ipanoff
  • De Siriex
  • Gretch
  • Rouvel
  • Boroff
  • Désiré, valet de chambre
  • Tchileff, joailler
  • Cyrille, cocher
  • Ivan, agent
  • Princesse Fédora Romazoff
  • Comtesse Olga Soukareff
  • Dimitri, groom — travesti
  • Mme de Tournis
  • Baronne Ockar
  • Marka, femme de chambre
  • Le docteur Loreck
  • Le docteur Muller, personnage muet
  • Boleslas Lasinski, personnage muet

Résumé

Scènes de Fédora, répétition générale au Théâtre du Vaudeville (Théâtre illustré, lithographie de Mars).

Fédora, une princesse russe, attire Loris Ipanoff pour le rendre amoureux d'elle, espérant le contraindre à avouer qu'il a assassiné le capitaine Vladimir auquel elle était fiancée. Après avoir piégé Loris, elle découvre que Vladimir était un misérable et qu'elle aime trop Loris pour le trahir. Or, elle l'avait déjà dénoncé, causant la mort du frère et de la mère de Loris. En l'entendant proférer sa haine de la personne responsable de cet acte, elle se suicide.

Genèse

Depuis Monsieur Garat, écrit en pour Virginie Déjazet, jusqu'à Odette, donné au Vaudeville avec Réjane en , en passant par La Haine ou Le Roi Carotte, opéra bouffe sur une musique de Jacques Offenbach, Victorien Sardou est un auteur à succès. Il n'a pas encore écrit pour Sarah Bernhardt qui, depuis son départ fracassant de la Comédie-Française, a parcouru l'Europe et les deux Amériques et, depuis son retour à Paris, s'occupe de peinture, de sculpture, de son fils Maurice Bernhardt et de son mari Jacques Damala. Théodora et les pièces historiques qu'il écrira pour elle viendront après le succès de Fédora[1].

Scènes de Fédora, théâtre du Vaudeville.

Mais pour l'heure, il va porter Fédora ou Fœdora, comme le dévoile Émile Blavet sous la signature du Monsieur de l'orchestre dans Le Figaro du , sur la scène du Vaudeville. Raymond Deslandes et Ernest Bertrand[2] sont aux cent coups : Tête de Linotte, la comédie d'Edmond Gondinet qui fait le maximum et devrait durer plusieurs mois, devra être retirée de l'affiche. Madame Sarah Bernhardt, engagée par Raymond Deslandes aux conditions de mille francs par soirée et cent représentations assurées[3], jouera la pièce que Sardou lui a destinée cet hiver ou elle ne la jouera pas, du moins au Vaudeville[4].Il faudrait une révolution pour refréner l'engouement du public pour Tête de linotte et ainsi s'en débarrasser[5]. La lecture de Fédora est donnée aux artistes du Vaudeville le 6 octobre 1882[6] et la distribution ainsi arrêtée[7] :

Arthur Meyer, qui signe sous le pseudonyme de Parisis[25] dans Le Gaulois, fait paraître dans le supplément littéraire de son journal, illustré entre autres par Alfred Stevens et Louise Abbéma, le , jour de la générale au théâtre du Vaudeville, un entretien dans lequel Victorien Sardou relate la genèse de sa nouvelle pièce[26] :

« La pièce qu'on joue lundi prochain au Vaudeville n'a pas de genèse particulière. Je l'ai conçue comme toutes mes autres pièces et exécutée, l'heure venue, selon mes procédés habituels […] L'idée première trouvée, ou plutôt la situation maîtresse — car il faut toujours, au théâtre, que l'idée s'incarne dans une situation autour de laquelle tout pivote — je lui ouvre un dossier. Ce dossier, composé d'abord d'une pièce unique, s'enfle peu à peu, comme la serviette d'un avocat. Le fait divers à sensation, la cause célèbre, l'original qui passe, la conversation saisie au vol, y introduisent successivement, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, un document nouveau, sous forme de petits papiers couverts d’hiéroglyphes dont j'ai la clef. Ce travail d'accumulation dure parfois des années entières. Mais un jour l'actualité se dresse palpitante, un gros événement se produit, un théâtre se fonde, une grande artiste émerge du milieu banal, que sais-je encore ? Ce jour-là la pièce s'envole du dossier […] Ce n'est, à ce moment, qu'un embryon ! Sera-t-il dieu, table ou cuvette ? Ici commence le gros œuvre. L'idée est là, les développements aussi. Reste à savoir dans quel milieu je vais la faire vivre, à quelle époque, quels personnages je ferai mouvoir autour, de quels noms je nommerai les personnages et de quels costumes je les habillerai […] Mes héros n'ont pas de nom, ce sont des forces : A, B, C, - la femme, le mari, l'amant, si vous voulez. Du contact et du heurtement de ces trois forces doit naître une situation capitale, qui est le nœud de l'intrigue. Ma première pensée dramatique se présente toujours sous cette formule. Après quoi je cherche quelles causes peuvent amener cette situation et quelles déductions logiques on en peut tirer. C'est seulement après ce triple travail que je m'inquiète des noms et des costumes à donner à mes personnages, du pays et du temps les plus propres à les mettre en relief […] Mes confrères vont généralement du point de départ au but ; moi, je vais toujours du but au point de départ. Ils cherchent le plus court chemin de A à Z, moi de Z à A. C'est la même chose, sauf que c'est tout le contraire. »

Sardou précise cependant, quant à la formule adoptée pour Fédora[26] :

« Une femme A adore un homme B. B périt victime d'un meurtre. A soupçonne C d'être l'assassin. Elle s'acharne après lui, se fait son ombre vengeresse, le ruine, le déshonore, le fait condamner à mort. Puis, cette œuvre de haine accomplie, A découvre que C est innocent. Remarquez qu'avec cette formule on peut tout faire. C'est si vrai que j'en voulais faire d'abord un opéra-comique, puis une comédie à la manière noire, enfin une pièce à costumes qui se serait passée sous le Consulat. Mais cela n'allait guère avec la nature de Sarah Bernhardt et le cadre étroit du Vaudeville. De là, le quatrième avatar […] La vérité humaine est indépendante des costumes, des noms, des époques et des milieux, ou plutôt, malgré les milieux, les époques, les noms et les costumes, elle reste la vérité. Prenez Shakespeare. Il n'est pas une de ses pièces, sauf les féeries, qui ne pût se jouer en habit noir. Un jeune homme revient d'Amérique ; il trouve sa mère en puissance d'un second mari qu'il soupçonne être le meurtrier de son père. C'est Hamlet. La situation, pour être modernisée, est-elle moins tragique ? S'en dégage-t-il une moindre horreur ? Ophélie, pour sortir du Sacré-Cœur ou des Oiseaux, sera-t-elle moins touchante et moins digne de pitié ? Et les artifices imaginés par le poète, pour changer les soupçons du fils en certitude, ne seraient-ils pas, sauf la scène de l'ombre, aussi bien de mise à Paris qu'à Elseneur ? Les annales de la cour d'assise fourmillent d'Othellos. Eh bien, cette terrible passion de la jalousie est-elle moins intéressante parce que ceux qu'elle pousse au crime sont des bourgeois et qu'ils ne sont pas nègres ? Iago, de nos jours, est à la Bourse, et porte des moustaches rousses. En est-il moins sinistre et moins répugnant ? Est-ce que le Roi Lear vous inspire plus de sympathique pitié que le Père Goriot ?… Je pourrais multiplier les exemples. »

Mort de Fédora. En médaillon, portrait de Sarah Bernhardt.

Le même jour, Anatole Claveau, sous le pseudonyme de Quidam dresse dans la rubrique des « Figures contemporaines » en une du Figaro, un portrait, mi-chèvre mi-chou, mi-figue mi-raisin, de Sardou et de sa dramaturgie : Sardou est une poule pondeuse, mais chacun de ses œufs est une fête ; Sardou est un truqueur, mais le plus ingénieux depuis Eugène Scribe ; Sardou n'est qu'un amuseur, mais de la veine d'Alexandre Dumas et d'Eugène Labiche. Et de rappeler qu'« à chaque pièce, et presque à chaque scène de Sardou il se trouve quelqu'un pour l'accuser de tricherie, de poudre aux yeux, et de sortilège. On lui en veut de son esprit étincelant, de son étourdissante vivacité, du mouvement qu'il se donne et du bruit qu'il fait. On affecte d'y voir une fantasmagorie abusive, une sorte de charlatanisme ingénieux, un adroit escamotage consistant à remplacer les caractères absents, à rajeunir les situations usées par un gracieux papillotage de costumes, de décors, d'épisodes étrangers à l'action, enfin une espèce de piperie préméditée, de rouerie tapageuse substituée au développement régulier des passions, au jeu naturel de l'intrigue, une parade assourdissante, à la place d'une comédie fine qu'on attend toujours et qui ne vient pas. »

Sardou n'a pas de style, mais lorsqu'on reconnaît du style à ses plus beaux drames, à ses caractères les plus vrais, c'est qu'il les a volés, « Sardou a tout volé […] son immense bagage ne se composerait que de razzias littéraires ; il a pris la Smalah ! C'est bouffon ! » Et de conclure : « Je ne sais rien de Fœdora ; mais tenez d'avance pour certain que c'est une pièce amusante, bruyante, vivante, passionnée, à la suite de laquelle on lira dans les journaux que Sardou, avec son prodigieux talent, n'a ni le style d'Augier, ni l'amertume de Barrière, ni la force de Dumas, ni la gaîté de Labiche ; et que, malgré tout, il y a encore quelqu'un qui crie : Au voleur[27] ! »

Création

Fédora est créée au théâtre du Vaudeville de Raymond Deslandes et Ernest Bertrand[2] à Paris le avec pour interprètes principaux Sarah Bernhardt dans le rôle de Fédora et Pierre Berton dans celui de Loris Ipanoff[28].

Sarah Bernhardt, lithographie d'Alfred Stevens pour le supplément illustré du Gaulois du 11 décembre 1882 à l'occasion de la création de Fédora au Théâtre du Vaudeville.

Le nom de Sarah Bernhardt, de retour à Paris après deux ans de pérégrination de par le monde, associé pour la première fois à celui de Victorien Sardou, a depuis beau temps piqué la curiosité des critiques et des amateurs de théâtre. Depuis le début des répétitions la presse a commencé à dévoiler des informations sur la pièce, sur l'auteur, sur ses interprètes. Le théâtre affiche complet pour la première et la demande du public est telle que la générale, n'admettant habituellement qu'un nombre restreint de personnes choisies, est, pour la première fois, publique : sept à huit-cents personnes y assistent, l'orchestre est comble, le balcon déborde, les loges et les baignoires sont bondées[29]. L'engouement est tel que quelques rares fauteuils pour la première sont réservés par les journaux pour leurs abonnés ou mis aux enchères[30]. À la lecture des comptes rendus publiés le lendemain, le public se précipite dans les bureaux de location et la salle du Vaudeville est aussitôt louée pour une trentaine de représentations[1].

À la suite de la critique de la pièce et des acteurs par Henry de Pène dans Le Gaulois du 12 décembre 1882, et sur la lancée du billet d'Octave Mirbeau sous la signature de Tout-Paris qui annonce dans le journal de l'avant-veille lui laisser la primeur de la présentation des toilettes de Fédora « qui sont des poèmes »[29], Pierre Decourcelle, sous le pseudonyme de Choufleuri, poursuit, après un tour chez Sardou, chez Sarah Bernhardt puis à l'entrée du théâtre pour donner la température de cette « Soirée parisienne » de générale, par un tour d'horizon de la salle au gré de sa lorgnette en attendant les trois coups. Il note notamment la présence des personnalités suivantes :

La brillante liste est complétée (Marianne de Béchevet, Adolphe Belot, Raphaël Bischoffsheim, Alphonse Daudet,Louise Abbéma, Gaston Boissier, Arthur Ranc, Jean-Jacques Weiss, le général Pittié, Paul Déroulède, Céline Chaumont, Maurice Bernhardt, Alfred Stevens, Henri de Bornier, Mme Charles Buloz, Gustave de Rothschild, marquis Rainulphe Marie Eustache d'Osmond, Lia Félix, Auguste Maquet, Ernest Camescasse, Gabriel Lippmann, Mme Laurent Amodru, Olivier Halanzier-Dufresnoy, Francine Cellier, Edmond Audran, Maurice Hennequin, Auguste Vacquerie, Émile Perrin, le colonel Lichtenstein, Henri Liouville, Charles Yriarte, Mme Henri Germain), dans « La Soirée théâtrale » du Figaro du qui suit la première de Fédora, par le Monsieur de l'orchestre qui se désole d'être réduit dans ces colonnes à détailler quelques toilettes et quelques chapeaux, même Diavolo, même rouge brigand, quand il rêve d'exprimer l'admiration que lui inspire le merveilleux talent de la grande actrice pour laquelle Sardou vient d'écrire sa nouvelle pièce, de raconter les émotions de la salle, les sublimes emportements de Sarah Bernhardt, les grands élans dramatiques de Pierre Berton, les ovations et les rappels. Ce n'est pas là ce qu'on attend de lui. Ce rôle est réservé à Auguste Vitu chargé de la critique de la pièce à la une du journal. Aussi annonce-t-il, peut-être par dépit, qu'aucun décor ne mérite d'être décrit :

« Salons sans goût aux ameublements sans cachet artistique, ce sont des intérieurs ayant servi bon nombre de fois, quelques-uns rafistolés pour la circonstance, tous mal et presque pauvrement meublés, avec des accessoires peints sur les toiles […] La représentation de ce soir est le triomphe de ceux qui prétendent que les beaux décors et les accessoires luxueux sont inutiles aux bonnes pièces[3]. »

Reprises

Le , la pièce est reprise pour quinze jours au Théâtre de la Porte-Saint-Martin de Félix Duquesnel, avant le départ de Sarah Bernhardt pour une tournée américaine qui faillit être ajournée : lors de l'une des dernières répétitions de la scène dite du « Canapé nihiliste » du quatrième acte, Pierre Berton ayant mal calculé son geste ou le canapé ayant été déplacé, la tragédienne fut violemment projetée sur le sol ce qu'elle reprocha vertement à son camarade dans une missive en ces termes :

« Monsieur, Votre habitude de me lancer dans l'espace est de mauvais goût, donc vous êtes un homme brutal doublé d'un maladroit. Signé : Sarah[32] »

Fort de l'enseignement de cette mésaventure, le « Monsieur » a soigneusement évité de casser les reins à sa partenaire lors de la première de cette reprise[33].

Dans la rubrique de « la Soirée parisienne » du Gaulois du 25 mars 1886, Raoul Toché, sous le pseudonyme de Frimousse, décrit ainsi la mise en scène, les décors et les costumes de cette nouvelle production :

« Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a repris hier soir Fédora, le grand succès de M. Victorien Sardou et de Mme Sarah Bernhardt. On pense bien que, si M. Duquesnel, ami du faste, a consenti à monter cette simple comédie, c'est à condition de la modifier complètement au point de vue de la mise en scène et d'y introduire quelques-uns de ces clous dont lui seul a le secret. C'est donc une Fédora nouvelle qu'on vient de nous montrer, une Fédora féerique, une Fédora à tout casser. Ainsi, au Vaudeville, le premier décor représentait un simple salon russe. À la Porte-Saint-Martin, on voit tout le palais avec des escaliers de marbre et des colonnades de porphyre. La maison est occupée par deux cents domestiques avec livrées éblouissantes et par cent femmes de chambre, qui chantent un très joli chœur inédit, musique de M. Massenet. À la fin de l'acte, le décor change et représente la perspective Nevski. Fédora se précipite à la recherche de l'assassin, mais elle est arrêtée dans sa route par la retraite des chevaliers-gardes qui passent à cheval et en jouant de la trompette. C'est d'un effet grandiose. Le second acte se passe dans une soirée. M. Duquesnel a décidé que cette soirée serait costumée, ce qui lui a permis de prodiguer un luxe de travestissements vraiment incroyable. Quatre cents figurants se promènent dans les salons, couverts de soie et de velours. Il y a même un ballet qui laisse bien loin derrière lui tout ce qu'on a vu jusqu'à ce jour. D'unanimes applaudissements ont accueilli cette merveille de richesse et de bon goût. Pas beaucoup de changements au troisième acte. Là, la situation s'impose, et il serait malencontreux de la cacher sous les fleurs. Pourtant, M. Duquesnel a trouvé moyen de se rattraper sur les meubles, qui sont tous historiques. Ainsi, le canapé dont Mme Sarah Bernhardt se sert pour s'asseoir est celui sur lequel Napoléon Ier a rédigé le décret de Moscou. On n'est pas plus actuel. Le difficile était de finir la pièce d'une façon brillante. Par bonheur, le dénouement est amené par un crime, ce qui a permis à M. Duquesnel de nous servir un des plus jolis morceaux de son répertoire. Je veux parler d'un défilé de commissaires de police, de gardiens de la paix et de reporters. Il n'y a pas moins de huit cents personnes en scène. C'est féerique. Les costumes des principaux personnages ont un peu plus embarrassé le généreux directeur. La pièce se passant de nos jours, il était malaisé de se lancer dans la somptuosité. Avec Mme Sarah Bernhardt, il s'en est tiré en lui faisant porter au premier acte une robe en argent, au deuxième acte une robe en or, au troisième acte une robe brodée de perles fines, au quatrième acte une robe couverte de diamants. On m'affirme que les jarretières que la grande tragédienne porte au troisième acte, n'auront pas coûté moins de huit mille francs. Quant à MM. Pierre Berton et Angelo, ils sont forcément en habit noir. Mais M. Duquesnel a fait lui-même le voyage d'Elbeuf et a découvert un drap unique, un drap exceptionnel qui coûte douze cents francs le mètre et qui ne peut servir qu'une fois. Ai-je besoin de dire que le public n'a pas été ingrat et que l'enthousiasme le plus déréglé a récompensé ces louables efforts ? Les artistes, qui disparaissent un peu au milieu de cette profusion, ont été néanmoins rappelés quatorze fois à la fin de chaque acte. On a fait bisser à Mme Sarah Bernhardt presque toutes ses tirades et tout le monde est tombé d'accord que la pièce se jouerait certainement quinze fois, ainsi, d'ailleurs que le déclarent les affiches. Pour bien peindre l'impression générale, je ne puis que répéter cette phrase convaincue que j'ai entendue à la sortie : — C'est plus beau que le Petit Poucet. Frimousse.
P.-S. — Au moment où je termine cet article, on m'apprend que la reprise de Fédora n'a pas eu lieu et que le théâtre de la Porte-Saint-Martin a fait relâche hier soir. M. Duquesnel ayant oublié d'en prévenir les journaux, il n'y a rien d'étonnant à ce que je n'en aie point été informé. F.[34] »

Sarah Bernhardt dans Fédora au Théâtre de la Renaissance (photographie de Nadar pour l'Illustration).
Costumes de Sarah Bernhardt pour Fédora au Théâtre de la Renaissance (gravure de Marie de Solar).

Le , la pièce est à nouveau reprise au théâtre de la Renaissance que dirigent depuis peu Sarah Bernhardt et Maurice Grau. Le rôle de Loris Ipanoff est ici joué par Lucien Guitry[35]. Huit ans après la reprise à la Porte-Saint-Martin, Frimousse tient toujours la chronique de « la Soirée parisienne » du Gaulois. Cette fois il a vu la pièce et peut décrire les toilettes de Sarah Benrhardt, les vraies :

« Premier acte. Robe brochée vert d'eau, toute brodée de paillettes d'argent. Corsage décolleté garni de point d'Angleterre et de velours ciel. Pelisse de velours vert brodée d'émeraudes et toute doublée de zibeline.
Deuxième acte. Robe de velours violette de Parme avec dalmatique de satin noir brodée de saphirs et d'améthystes.
Troisième acte. Robe byzantine en poult-de-soie blanc, couverte d'une tunique de blonde brodée de perles fines. Garniture de zibeline.
Quatrième acte. Habit Louis XIII en brocart jaune orange lamé d'argent, ouvert sur une robe de moire aurore. »

Sarah Bernhardt photographiée par William Downey dans le costume de Fédora lors de la tournée londonienne.

et décrire les quatre salons : « d'abord le salon russe, très slave et très chic puis le salon franco-russe, d'un goût quelque peu cosmopolite et tout à fait amusant puis le salon correct, d'une belle architecture, et enfin le salon bien parisien, très gai, très ensoleillé, d'un arrangement exquis[36]. »

Dès , Fédora est donnée sur la scène londonienne, pour neuf représentations du 22 juin au 22 juillet 1892 au Royal English Opera House (Sarah Bernhardt Fédora, Albert Darmont Loris Ipanoff), trois représentations les 26 mai, 31 mai et 16 juin 1893 au Lyric Theatre (Eleonora Duse Fédora, Flavio Andò (it) Loris Ipanoff), quatre représentations du 4 au 21 juillet 1894 au Daly's Theatre (en) (Sarah Bernhardt Fédora, Lucien Guitry Loris Ipanoff), cinquante-cinq représentations de l'adaptation de Herman Charles Merivale à Haymarket du 22 mai au 19 juillet 1895 (Mrs Patrick Campbell/Mrs H. B. Tree (en) Fédora, Herbert Beerbohm Tree Loris Ipanoff), deux représentations les 15 et 17 juin 1897 au Comedy Theatre (en) (Sarah Bernhard Fédora, Abel Deval Loris Ipanoff)[37], deux représentations les 3 et 5 juillet 1897 à l'Adelphi Theatre (Sarah Bernhardt Fédora, Albert Darmont Loris Ipanoff)[38].

Réception

La critique

Le Gaulois

Après avoir décrit la pièce par le menu, acte par acte, scène après scène, en s'étonnant par-ci par-là de quelques détails (« Celui ci est le cocher (pourquoi diable n'a-t-il pas sa barbe ? où vit-on jamais un cocher russe sans barbe ?) » ; « Fédora ouvre la fenêtre — ce qui ne s'est jamais vu en hiver, de mémoire de Russe, depuis le jour où Pierre le Grand jeta les fondements de Saint-Pétersbourg »), sans s'attarder cependant dans la critique du texte ou de la scénographie et avant de consacrer trois mots au talent de Pierre Berton et des autres acteurs, Henry de Pène dans Le Gaulois du lance une vibrante tirade à la gloire de Sarah Bernhardt :

« Fédora est morte vive Sarah ! Oui, vive Sarah Bernhardt ! Je vous le dis en toute vérité, ce qu'elle vient de nous faire voir est prodigieux. J'en appelle à ceux qui se souviennent de Rachel, à ceux dont Marie Dorval a mouillé les yeux; Sarah Bernhardt, dans Fédora, est l'égale des plus grandes et des plus irrésistibles. Certes, si l'on veut épiloguer, il y a des défauts dans le détail de sa diction, des mots qui échappent, des articulations tantôt incomplètes, tantôt exagérées. Mais, l'ensemble est unique. C'est la vie, la vérité, la passion, la nature même c'est un personnage creusé avec une grande profondeur de psychologie, et rendu avec une puissance de relief tout à fait extraordinaire. Fédora est toute la pièce, et d'acte en acte, de scène en scène, on monte avec elle les degrés de l'angoisse jusqu'au sommet de la montagne de douleurs que couronne une agonie nouvelle, qu'elle a trouvée après toutes les agonies dont le théâtre est jonché[39]. »

Le Gaulois poursuit avec la publication de la scène clé (Acte III ; scène III) entre Fédora et Loris Ipanoff et avec la relation de cette « Soirée parisienne » par Pierre Decourcelle, sous le pseudonyme de Choufleuri [31]. Le journal publie le même jour un supplément « extraordinaire »[40] consacré à l'événement, illustré par des dessins originaux et inédits de Louise Abbéma et Alfred Stevens[26].

Lors de la reprise de la pièce au Théâtre de la Porte-Saint-Martin le , Henry de Pène est toujours aussi admiratif pour le prestige de Sarah Bernhardt, le talent de Pierre Berton et le grand art de Victorien Sardou dont il loue l'habileté à émouvoir le spectateur dès le premier acte : « Ce n'est, si l'on y réfléchit bien, que la mise en scène d'un fait-divers. Mais je vous défie de réfléchir quand Sardou veut que vous soyez haletant. La consigne est de frissonner, et on frissonne[41]. » Admiration partagée par Raoul Toché, sous le pseudonyme de Frimousse. Frappé par la stratégie de Sarah Bernhardt dans la conduite de sa carrière qui, avant son départ en Amérique, termine la série de ses représentations en France par un triomphe dans le drame de Sardou avec lequel elle avait triomphalement débuté, le journaliste traduit son émotion par la composition d'un petit conte qu'il dit Arabe :

« Dieu créa Sarah Bernhardt.
Quand il l'eut créée, il s'aperçut qu'il faudrait quelqu'un pour l'habiller.
Alors, il créa Sardou[33]. »

Outre le toujours fidèle Frimousse, le critique de la reprise, huit ans plus tard, au Théâtre de la Renaissance, le , est cette fois Hector Pessard qui constate que le drame de Victorien Sardou n'a rien perdu de sa vigueur et de son élan, que Sarah Bernhardt a trouvé le moyen de surprendre encore une fois ses plus fervents admirateurs et que le jeune comédien Lucien Guitry a interprété de rôle de Loris Ipanoff avec une sobriété, une justesse et une puissance d'émotion d'un grand effet[42].

Le Figaro

« Fédora est un véritable drame qui s'ouvre et s'achève entre deux morts. » Ainsi débute la critique de la pièce de Victorien Sardou par Auguste Vitu dans le Figaro du . Une pièce « écrite d'une langue forte, expressive, poignante, qui dédaigne les ornements inutiles pour toucher droit au cœur ». Suit la description du premier acte, qualifié de prologue par le journaliste fasciné par son effet foudroyant, « prologue, tout en action, dans lequel les personnages ne disent que le petit nombre de paroles nécessaires, et qui, par la vérité des détails, la simplicité en apparence ingénue des moyens, mais en réalité par l'intensité concentrée des épisodes, donne la sensation de la vie réelle. » Un « merveilleux trompe-l’œil » cependant, dont la faiblesse se fera jour à la fin du troisième acte. La relation du deuxième acte s'ouvre sur la présentation de la comtesse Olga Soukareff, « une très grande dame, très jeune, très jolie, très coquette, très-dépravée à la fois et très naïve, qui mêle dans ses plaisirs le dilettantisme et le nihilisme, la poudre de riz et la nitroglycérine. ». Vitu poursuit en contestant l'objection avancée par ses collègues, qu'il considère plus spécieuse que fondée : un télégramme rectificatif de Fédora n'aurait pas annulé l'effet meurtrier de sa lettre au père de Vladimir, chef de la police et « tigre affamé de sang ». En revanche il s'étonne d'une invraisemblance qui relève d'une ficelle de théâtre pour faire avancer la pièce : le tiroir ouvert qui a permis à Loris de découvrir la lettre de sa femme, la comtesse Vanda Ipanoff, à son amant le prince Vladimir Garishkine[43].

« Un débit, saccadé, précipité, et souvent trop bas, qui ne laisse arriver aux oreilles qu'une faible partie des phrases [attribué] à une anxiété nerveuse » au premier acte, n'empêche pas le journaliste de reconnaître à Sarah Bernhardt « les qualités exceptionnelles d'une artiste hors ligne, plus proche peut-être de madame Dorval que de Rachel, mais à coup sûr douée de cette spontanéité dans l'inspiration qui plonge l'émotion comme un poignard dans les fibres et dans les nerfs [qui] a le mouvement, le geste, l'art suprême d'écouter, de donner une expression au silence et de s'absorber dans l'action comme si c'était sa vie réelle qu'elle jouât naturellement », de s'émouvoir des mots qu'elle détache « comme des plaintes de l'âme » et du « monde d'idées et de passion » qu'elle fait passer dans un mot. Quant à Pierre Berton, il y a beau temps que Vitu l'a placé au premier rang des artistes contemporains et son appréciation est largement confirmée par la prestation de la soirée : « Amoureux, délicat, charmant dans les premières scènes, bientôt énergique, et dramatique au plus haut degré dans le récit du meurtre […] La douleur a rarement rencontré un interprète plus éloquent et plus pénétré[43]. »

Adaptations

Le compositeur italien Umberto Giordano écrit pour la soprano Gemma Bellincioni un opéra vériste en trois actes, Fedora, dont le livret d'Arturo Colautti est tiré de la pièce de Victorien Sardou et dont la première, donnée au Théâtre lyrique de Milan le , révèle le ténor Enrico Caruso dans le rôle de Loris Ipanov[44].

La pièce a été adaptée au cinéma en 1928 par Ludwig Berger sous le titre La Femme de Moscou (The Woman from Moscow).

Commentaires

Sarah Bernhardt à propos du rôle de Fédora

« Fédora ? demandez-vous… Pour moi, Fédora, c'est comme une seconde création de la femme. Ève, la création de Dieu, c'est la femme. Fédora, la création de Sardou, c'est toutes les femmes. C'est du moins ainsi que j'ai compris le rôle. Fédora, c'est l'incarnation de tous les charmes et de tous les défauts féminins. Pour rendre à souhait la conception de l'auteur, elle doit être à la fois coquette comme une Slave, violente comme une Espagnole, amoureuse comme une Italienne, raffinée comme une Française, racée comme une Anglaise ; un ange déchu aux ailes blanches. J'ai tâché d'être tout cela, et pour la première fois ça m'a servi d'avoir beaucoup voyagé, car j'ai pu prendre tous ces types divers sur le vif[1]. »

Némésis

En se défendant d'y trouver une identité de donnée dramatique, Henry de Pène, dans le Gaulois du , compare la leçon à l'adresse de Némésis vengeresse contenue, à la fois, dans Le roi s'amuse et dans Fédora : dans le drame romantique de Victor Hugo, Triboulet, voulant venger sa fille qu'il aime plus que tout au monde, la tue en croyant tuer son séducteur ; chez Sardou, Fédora, voulant venger son fiancé, livre à la police du tsar celui qu'elle découvre aimer en réalité et, ne pouvant le venger de sa forfaiture, se venge d'elle-même en s'empoisonnant. Et de Pène de conclure : « On ne badine pas plus avec la vengeance qu'avec l'amour » en référence aux jeux de l'amour et de la vengeance dans le drame d'Alfred de Musset[39].

Instinct du théâtre, génie dramatique, puissance et simplicité

Douze ans après la création de Fédora, Hector Pessard, reconnaît toujours à son auteur l'instinct du théâtre, le génie dramatique, la puissance et la simplicité qui ont fait son succès et les exprime en ces termes dans le Gaulois du à l'occasion de la reprise du drame de Victorien Sardou au théâtre de la Renaissance :

« Ramassée à la façon d'un fauve, l'action angoissante saute à la gorge des spectateurs et, d'un coup de griffe, sec, rapide, déchirant, les retient haletants à leur place, dans l'écrasement d'une terrifiante hallucination. On n'essaie même pas de se défendre. Sceptiques ou blasés, sous le poids de la terrible patte, s'abandonnent sans résistance aux sillons qu'elle trace dans les cervelles et dans les cœurs. On n'a pas le temps de respirer. M. Victorien Sardou, guidé par un sens littéraire très juste, s'est interdit dans cette œuvre toute littérature, au sens étroit du mot […] Strictement, presque sèchement, les héros de la tragédie échangent le minimum possible d'idées et de répliques. C'est une escrime meurtrière, dans laquelle l'épée ne s'écarte pas d'une ligne et ne s'attarde pas en d'inutiles élégances. Elle est là pour faire souffrir, pour tuer. Elle martyrise et tue avec un acharnement qui cache l'incomparable maîtrise de celui qui en tient la poignée […] Le romanesque le plus violent, contenu, comprimé par une des plus puissantes mains dramatiques de ce temps, a des allures simples, naturelles et presque réalistes »

Le Drame de la rue de la Paix

La question s'est posée de savoir si Fédora était ou non un plagiat du Drame de la rue de la Paix d'Adolphe Belot. Auguste Vitu y répond en écrivant dans sa critique de la pièce de Victorien Sardou dans le Figaro du  : « Il existe entre le beau drame d'Adolphe Belot et Fédora un point de contact évident c'est la découverte par une femme, dans l'homme qu'elle aime, de l'assassin dont elle poursuivait le châtiment situation profondément émouvante, qui appartient en propre à M. Belot. Mais elle formait le dénouement de son drame, et c'est là précisément que commence la pièce de Victorien Sardou. Tandis que le héros de Belot n'était coupable que d'un homicide involontaire, celui de Sardou a vengé à la fois son honneur conjugal et l'amour trahi de la femme qui maintenant se donne à lui ce développement absolument nouveau constitue à lui seul une pièce toute nouvelle aussi, et qui comptera parmi les plus puissantes créations de ce maître du théâtre[43]. »

Exotisme et décadence

La mise en scène tient de manière générale une place essentielle dans le travail de création de Victorien Sardou particulièrement estimé par les réformateurs Antoine et Lugné-Poe. Dans Fédora, l'expression diffuse de l'exotisme et du sentiment de la décadence servent l'efficacité de son intrigue et la construction du rôle principal[45].

La « tentation de la décadence » participe en effet des caractéristiques du personnage et de l'aura de Sarah Bernhardt dans les milieux du décadentisme. L'exotisme s'y trouve aussi, dans une moindre mesure cependant que dans la plupart des pièces historiques que Sardou écrit pour elle. Dans Théodora par exemple c'est toute l'imagerie byzantine qui est portée sur la scène. Ici, Fédora est une Russe du grand Empire finissant. Ce choix de Victorien Sardou ne relève pas du hasard : la « russité » qu'a acquise Sarah Bernhardt à l'occasion de sa tournée triomphale en Russie la saison précédente culminant avec les représentations de Saint-Pétersbourg devant le tsar Alexandre III entre pour une grande part dans sa décision[45].

Pour l'autre part, c'est l'actualité du début des années 1880, dans laquelle la Russie est au premier plan, qui guide le choix de Sardou : articles d'Anatole Leroy-Beaulieu publiés à partir de 1880 dans la Revue des Deux Mondes qui seront plus tard publiés dans L'Empire des tsars et les Russes, préparation par Eugène-Melchior de Vogüé du Roman russe qui sera édité en 1885, représentation des Danicheff d'Alexandre Dumas fils en 1876 au théâtre de l'Odéon, triomphe de Michel Strogoff de Jules Verne et Adolphe d'Ennery sur la scène du théâtre du Châtelet en 1880. Mais c'est surtout dans l'actualité de l'assassinat en 1881 du tsar Alexandre II et de la violente répression organisée en riposte par Alexandre III que Sardou place l'intrigue de Fédora[45].

Le premier acte se passe à Saint-Pétersbourg, les trois autres à Paris. Dans le premier, la « russité » est paradoxalement à peine suggérée par un élément du décor presque concédé : on « entrevoit, au fond, les saintes images ». L'exotisme est laissé de côté au bénéfice de la démonstration du caractère francophile de Pétersbourg : Désiré, le valet de chambre de Vladimir est un Parisien, la troupe du théâtre Michel où l'on se donne rendez-vous joue le répertoire français[46], le restaurant Borel[47] où l'on se retrouve pour dîner est un établissement français[45].

L'action du deuxième acte se déroule dans les salons parisiens de la haute société cosmopolite. Le dialogue dans lequel la comtesse Olga Soukareff décrit sa vie avec son tempérament infiniment slave à l'attention de Sirieix, l'attaché de l'ambassade de France de retour de Pétersbourg, révèle l'étendue de cette mode décadente en condensant pratiquement tous les thèmes chers à Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski : l'instabilité, la frénésie sexuelle, le jeu, l'errance, la tentation religieuse. Il montre aussi l'influence d'Arthur Schopenhauer et la tendance à l'esthétisme qui explosera dans le Très Russe de Jean Lorrain. Le décor du dernier acte présente le même paradoxe que celui du premier : le samovar posé dans un coin du salon Louis XVI donnant sur le Cours la Reine pose aussi discrètement que les « saintes images » une touche d'exotisme, une trace de couleur russe sur fond de valeurs parisiennes[45].

L'exotisme n'est pas visible dans Fédora. La « russité » y a simplement pour fonction d'installer la notion de décadence qui se fait jour dans l'esprit fin de siècle de la société parisienne. Violence, névrose, cruauté sont les caractéristiques d'une princesse Fédora qui, sous des dehors civilisés représente un Orient « bizarre […] pour nous autres occidentaux », les caractéristiques du personnage créé en 1882 par Victorien Sardou pour Sarah Bernhardt[45].

Argument

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI