Georges Ronin
général français de l’Armée de l’air
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Georges Ronin, né le 20 janvier 1894 Cherbourg[1],[2] et mort le 8 mai 1954 au Val-de-Grâce à Paris[3], est un général français de l’Armée de l’air, chef d'un réseau de résistants pendant la Seconde Guerre mondiale.
5e arrondissement de Paris
| Georges Ronin | |
| Nom de naissance | Georges Marie Abel Louis Ronin |
|---|---|
| Naissance | Cherbourg[1], Manche, Normandie |
| Décès | (à 60 ans) 5e arrondissement de Paris |
| Origine | |
| Arme | Armée de l’air |
| Formation | École spéciale militaire de Saint-Cyr |
| Grade | |
| Commandement | SR Air |
| Conflits | Première Guerre mondiale Seconde Guerre mondiale |
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Commandant du 2e bureau de l'Armée de l'air à partir de 1936, il organisa un service de renseignement clandestin en zone occupée et des transmissions radio avec Londres.
Il s’envola pour Alger après le débarquement américain de novembre 1942 et se rallia au général Giraud, qui le nomma directeur des services spéciaux. Il fut écarté par les gaullistes en même temps que Giraud.
Biographie
Georges Ronin était le fils d’Emmanuel Marie Auguste Ronin[4] (1860-1943), capitaine de vaisseau issu d’une lignée d’officiers[5], et d’Anna Bergasse du Petit Thouars (1864-1954), fille du vice-amiral du Petit Thouars. Il était le frère cadet du général de division Emmanuel Auguste Abel Ronin[6] (1886-1953).
Première Guerre mondiale
Georges Ronin intégra en 1913 la 98e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Le , après la mobilisation, il fut affecté au 2e escadron du 16e régiment de dragons (5e division de cavalerie).
Le , son escadron était cerné par l’ennemi dans la forêt, à quelques kilomètres au sud-ouest de Soissons, non loin de Mortefontaine. Au crépuscule, un paysan signala aux dragons français la présence d'une escadrille de huit Aviatik stationnés pour la nuit. À 1 heure du matin, les 40 dragons chargèrent les avions allemands. Le commandant de l’escadron Gaston de Gironde et le sous-lieutenant Gaudin de Villaine furent tués par des tirs de mitrailleuse, tandis qu’Henri de Kérillis fut grièvement blessé. Le chef d'escadrille allemand fut tué et ses huit appareils furent détruits. Cette escarmouche, qui précéda la bataille de l’Aisne, connut un écho important dans l’armée[7] (la cavalerie se mesurant à l’artillerie moderne et à l’aviation). Le sous-lieutenant Ronin fit partie des 27 survivants français et resta prisonnier près de Leipzig jusqu’en 1919[8].
Après un passage en Algérie, au 6e régiment de chasseurs d'Afrique, il rejoignit l’Aéronautique militaire en 1921, à la base d’Istres, d’abord comme observateur puis comme pilote en 1922. Promu capitaine l’année suivante, il commanda une escadrille puis un groupe du 21e régiment d’aviation à Nancy[2].
SR Air
À partir de 1936, il fut responsable de la section aérienne du 2e bureau – le service de renseignement de l’Armée française, dirigé par Louis Rivet et installé avenue de Tourville. Il était chargé de s’informer sur la Luftwaffe et l’Aeronautica Militare. En 1934, André Sérot avait été mis sur la piste d’un officier de l’état-major de la Luftwaffe, qui avait été approché par Paul Stehlin et avait accepté de livrer contre rémunération les plans détaillés du programme de réarmement aérien allemand[9]. Début 1940, Sérot fit une synthèse des informations recueillies grâce à ses correspondants travaillant chez Heinkel et Messerschmitt.
Georges Ronin prit contact avec Wilfred Dunderdale – chef de la station parisienne du MI6 – et Frederick Winterbotham, son alter ego britannique[10] de la Royal Air Force. Il organisa plusieurs opérations de reconnaissance aérienne avec Winterbotham. À l’automne 1937, Roger Henrard photographia l’Allemagne à bord d’un Farman. Il réalisa 11 missions et 3600 clichés verticaux et obliques. Plusieurs pilotes comme Léon Challe et James Hennessy participèrent au programme avec des avions de tourisme. Paul Badré, pilote du CEMA, survola en septembre 1938 la frontière des Alpes et la plaine du Pô à bord d’un Potez 540. Au début de l’année 1939, Roger Henrard et Roger Gérard pilotèrent deux Lockheed L-12 (17 ans avant les premiers vols du Lockheed U-2 pour la CIA), photographiant l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie[11].
Seconde Guerre mondiale
Pendant la « drôle de guerre » et la bataille de France, Georges Ronin commanda la 11e escadre de bombardement. Il s’envola pour Oran à la veille de l’armistice, y retrouvant Paul Badré et René Gervais. Ronin décida de reconstituer en France un service en contact avec l’Angleterre[12].
Le général Bergeret, nommé secrétaire d’État à l’aviation par le maréchal Pétain, le rappela en août à Vichy. Il servit d’abord comme chef de cabinet de Bergeret, puis au Bureau des menées antinationales, sous l’autorité de Louis Rivet. Il recruta une vingtaine d’officiers de l’Armée de l’air, provenant du 2e bureau ou d'unités combattantes qu’il avait commandées.
Jusqu’en janvier 1941, la mise en place du SR Air fut confiée à Michel Bouvard : le but de l’organisation était de recueillir des informations sur l’aviation ennemie – l’état de l’industrie, les bases occupées, les consignes du commandement, les radars, les défenses antiaériennes, etc. – pour les transmettre au général Bergeret ainsi qu’à la Royal Air Force, ce dernier point étant caché au commandement de l’Armée d’armistice, en particulier au très anglophobe amiral Darlan, chef du gouvernement du maréchal Pétain.
Les activités clandestines du SR Air risquèrent d’être démasquées dès le mois de juillet 1941. Georges Groussard, membre de la « Cagoule », rencontra Winston Churchill à Londres à la demande du général Huntziger (ministre de la guerre) et du docteur Ménétrel (conseiller et médecin personnel de Pétain). Cette entrevue s’ébruita rapidement à Vichy et parvint aux oreilles de l’amiral Darlan. Ami proche de Groussard, le colonel Ronin fut immédiatement soupçonné d’intelligence avec les Anglais. Le 16 juillet, le préfet Henri Rollin ordonna son arrestation et celle de son adjoint Jean Bezy. Ce dernier fut averti à temps et vida le bureau des papiers compromettants avant la perquisition[13]. Grâce à l’intervention de Bergeret et Huntziger, Ronin fut remis en liberté le lendemain, non sans avoir été longuement sermonné au garde à vous par Darlan.
Organisation du SR Air
Le poste directeur – P1-AV – était installé à l’hôtel international de Vichy, dans trois pièces mises à disposition par Louis Baril, chef du 2e bureau. Le colonel Ronin put compter sur son adjoint Jean Bezy, sur le lieutenant Demange pour la partie administrative, le sergent Jacques pour la cryptographie et le sergent Lechat pour la forgerie des documents officiels.
Il était en relations confiantes avec le colonel de Gorostarzu (membre du cabinet de Pétain), le colonel Masnou (l’un des fondateurs de l’Organisation de résistance de l'Armée) ou Suzanne Borel au ministère des affaires étrangères. Fin juin 1941, il effectua personnellement une liaison à Paris, pour s’entretenir avec l’aviateur Alfred Heurteaux, chef du réseau Hector, qui fut dès lors subventionné par le SR Air en zone occupée[14]. Les officiers de Ronin financèrent également Les Petites Ailes de France et Combat Zone Nord[15].
Le contact fut renoué avec le Secret Intelligence Service par l’entremise du commandant de Berroëta, ancien attaché militaire à Madrid, et de son successeur le colonel Malaise. En février 1941, Berroëta fut pris en charge à Lisbonne par le MI6, qui le conduisit à Londres où Winterbotham lui remit des valises diplomatiques contenant des émetteurs-récepteurs, des plans d’émission, des cristaux et un code[16]. Les liaisons radio avec l’Angleterre furent confiées à Paul Badré, qui dirigea une antenne – P2-AV – depuis sa maison de Bellerive, de l’autre côté de l’Allier. Il recruta Robert Masson et transmit aux Alliés des retranscriptions de la source K[17].
Le SR Air comptait six antennes principales hors de Vichy, trois en zone libre et trois en Afrique française du Nord. Celle de Limoges – P3-AV – était sous la responsabilité de Michel Bouvard[18], assisté des lieutenants Rupied et Delage (anciens du 2e bureau). Bouvard installa deux postes à Marmande et Argenton-sur-Creuse, confiés respectivement aux capitaines Hériard-Dubreuil et Boué. Son réseau fournit après la bataille d’Angleterre des renseignements à la Royal Air Force sur l’ordre de bataille de la Luftwaffe en territoire occupé. Rupied et Delage faisaient la liaison avec des réseaux en Normandie, en Bretagne, à Paris et à Bordeaux. Marc Desserée, un de leurs agents, fut arrêté à Paris avec son courrier en février 1941. Il fut exécuté par la Gestapo le 5 novembre, le jour de ses vingt ans[19]. En mai 1942, un document trouvé sur un espion allemand arrêté à Limoges révéla que l’Abwehr était au courant de l’existence du SR Air, de son implantation géographique et des pseudonymes de la moitié de ses cadres.
L’antenne de Lyon – P4-AV – était dirigée par le capitaine Richard, assisté du capitaine de Reviers[20] qui obtint des renseignements précieux sur le chantier du mur de l’Atlantique et sur les abris de sous-marins. P4-AV fut rattaché au poste de Limoges en 1942[21].
L’antenne de Marseille – P5-AV –, qui se focalisait sur l’Italie, fut confiée à André Sérot, lequel rejoignit au printemps 1941 Paul Paillole (chef du contre-espionnage) et fut remplacé par le commandant de Berroëta, puis par le capitaine Boiron[22]. Un poste fut aussi tenu par René Gervais à Perpignan, mais il s’avéra inutile, le renseignement en Espagne étant l’apanage du colonel Malaise, qui échangeait par radio depuis Madrid avec P2-AV à Bellerive-sur-Allier, où Gervais devint l’adjoint de Badré en juillet 1941.
L’antenne d’Alger – P6-AV – était gérée par le capitaine de La Chenelière (appelé à Vichy en juillet 1941, après l’incident avec l’amiral Darlan) puis par le commandant Michel[23]. Celle de Casablanca – P7-AV – fut confiée au capitaine Richard[24]. L’antenne de Tunis – P8-AV –, commandée par le lieutenant Lacat assisté du lieutenant Rauscher[25], communiquait avec la station maltaise du MI6[26]. Des informations furent aussi expédiées à Gibraltar via les canaux du consulat général américain[13].
Les émissions radio de P8-AV avec Malte furent opérationnelles à partir d’octobre 1940 et le restèrent jusqu’à la fin de la campagne de Tunisie, en mai 1943. Après l’opération Torch, Lacat signala aux Britanniques un convoi de 27 bateaux allemands transportant vers la Libye une division motorisée pour renforcer l’Afrikakorps du général Rommel. Bombardé par la Royal Air Force, le convoi fut en grande partie détruit. Churchill félicita les informateurs et les exécutants de cette opération[27],[28].
Débarquement américain en Afrique du Nord
Le 19 octobre 1942, prévenu par le général Revers[29] (chef d’état-major de la défense nationale), Paul Badré échappa de justesse à l’Aktion Donar, une opération des services spéciaux allemands pour identifier les émetteurs clandestins en zone libre[30].
Le 2 novembre, le SR Air fut avisé par les Américains de l’imminence du débarquement en Afrique du Nord[31]. Le général Bergeret s’envola pour l’Algérie le 5 novembre. Dans la nuit du 9 au 10 novembre, la veille de l’invasion de la zone libre, Ronin, Bezy, Bouvard et Badré décollèrent pour Biskra à bord de deux Dewoitine D.338 mis à disposition par le général d’Harcourt[32].
Georges Ronin se rallia au général Giraud. Les bureaux du SR Air d’Alger fusionnèrent avec les services de Louis Rivet. En décembre 1942, à la demande de l’OSS et du MI6, Ronin organisa avec le général Chrétien la mission secrète Pearl Harbour, qui visait à planifier la Libération de la Corse en se coordonnant avec la résistance locale. Il nomma Robert de Schrevel (alias Roger de Saule) à la tête du commando[33],[34].
Selon Winterbotham, le jour de l'assassinat de l’amiral Darlan, Ronin et Rivet dinaîent à proximité des lieux du crime avec Stewart Menzies, le chef du Secret Intelligence Service. Quand arriva la nouvelle, « ils n'y prêtèrent aucune attention[35]. »
Après la mort de Darlan, le général Giraud réorganisa le renseignement militaire en plaçant les trois sections – Air, Terre et Mer – sous l'autorité d'un unique organisme : la Direction des services spéciaux (DSS). Promu général, Ronin fut choisi par Giraud comme chef de la DSS. Il s’installa au palais d’été[36].
Conflit avec les gaullistes
Pour reprendre contact avec le SR Air en métropole – désormais dirigé par René Gervais –, il s’appuya une fois encore sur les Britanniques. Il était à Londres le 20 décembre 1942 avec Paul Paillole (rencontré par hasard à Gibraltar). Reçu par Winterbotham et Dunderdale, il fut présenté à Stewart Menzies, chef du MI6. À l’approche de la conférence de Casablanca, Churchill cherchait à utiliser Giraud comme contrepoids à de Gaulle. Menzies proposa à Ronin de créer un poste du SR Air au sein même de l’Intelligence Service, ce qui mécontenta les gaullistes. À la demande de Giraud, il s’abstint de rencontrer de Gaulle pendant son séjour[37].
De retour à Alger le 3 janvier 1943, Ronin confia à Badré cette nouvelle antenne londonienne, avec la mission de reprendre les émissions radio avec Gervais et d’organiser le parachutage d’agents en France. Masson fit partie des volontaires.
Le 30 mai, de Gaulle débarqua à Alger pour rencontrer Giraud. Les deux chefs de guerre annoncèrent le 3 juin la fondation d’un Comité français de libération nationale (CFLN), dont ils étaient les coprésidents. Ronin refusa de céder le contrôle des services spéciaux aux agents du général de Gaulle – qui entretenait avec lui des relations exécrables. Rivet et Ronin défendirent la fonction strictement militaire de leur organisation et n’acceptèrent pas l’autorité politique du Général. La rivalité avec les gaullistes déboucha sur l’éviction de Giraud en novembre 1943. Le général Ronin fut mis en retraite anticipée à l’âge de 49 ans[38]. Un civil, Jacques Soustelle, lui succéda aux commandes d’une nouvelle agence, la DGSS, née de la fusion de la DSS et du BCRA de Passy[39].
Georges Ronin fut accusé de collaboration pour son rôle à Vichy entre 1940 et 1942. Son ami Frederick Winterbotham indique être intervenu personnellement auprès du général de Gaulle pour le défendre[40].
Il continua de conseiller officieusement ses anciens agents jusqu’à la Libération. En mai 1944, Le réseau de Maurice Challe transmit l’ordre de bataille de la Luftwaffe en territoire occupé. Le QG du général Eisenhower envoya ses félicitations pour ce travail. Traitées par le SR d’Alger, les informations furent remises à de Gaulle le 3 juin, à l’approche du débarquement de Normandie. Les réseaux de Robert Masson et de René Gervais[41] localisèrent les rampes de missiles V1 et permirent la neutralisation de nombreux radars ennemis[42]
Fin
Georges Ronin mourut le 8 mai 1954 au Val-de-Grâce à Paris. À son décès, il était domicilié rue Copernic[2]. Il avait épousé 30 ans auparavant Odette Dubois de Saran (1907-1990), dans le 16e arrondissement.
Décorations
Bibliographie
- Jean Bezy, Le SR Air, éditions France Empire, , 318 p..
- Jean Danis, Les espions de l’armée de l’air française : Le SR Air (1935–1945), éditions Hugues de Chivré, , 1376 p..