Histoire de Cannes

From Wikipedia, the free encyclopedia

Blason de Cannes
Vue de Cannes (1772), Michel Campion.

L'histoire de Cannes, à l'origine, modeste village méditerranéen de pêcheurs et de moines, est indissociable de celle des îles de Lérins, l'île Sainte-Marguerite et l'île Saint-Honorat, à quelques coups de rames de la côte.

Apparue seulement au Moyen Âge, la modeste bourgade de la Provence orientale se développe très modestement durant l'Ancien Régime, tout en étant témoin des luttes franco-anglaises et franco-espagnoles qui s'exercent essentiellement sur les îles de Lérins.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que la ville prend véritablement son essor, grâce notamment à lord Henry Brougham and Vaux, grand Chancelier d’Angleterre, qui en s'installant, attire l'aristocratie anglaise et européenne qui édifie de magnifiques demeures secondaires pour l'hiver. Comme la plupart des stations du littoral de la Côte d'Azur et de la Riviera, la ville connaît, grâce à cette population de prestige, un développement sans précédent.

Son statut de renommée internationale n'est acquis qu'au milieu du XXe siècle par le Festival du film. Cannes devient rapidement une ville sur-médiatisée. Elle exerce encore aujourd'hui le même pouvoir d’attraction sur une clientèle française et étrangère fascinée par son aura de ville de stars. De cette intense activité touristique, les secteurs ultra développés de l’hôtellerie, de la restauration et des commerces de luxe offrent, entre mer et soleil, une prestigieuse vitrine du luxe français.

Occupation celtique et romaine

Le premier texte mentionnant l'occupation celtique dans la Gaule Transalpine date du IIe siècle av. J.-C., il mentionne que les Helvètes (tribus de celtes) seraient descendus de l'actuelle Allemagne avec les Cimbres (peuple nordique) pour aller, de -113 à -101, envahir la Gaule Transalpine, aussi appelée Gaule Narbonnaise, (Toulouse-Genève) qui était à l'époque sous domination romaine. En -107, les Romains tentent d'anéantir les Tigurins (une tribu helvétique), mais les Tigurins remportent la victoire à Agen (Italie) en tuant leur consul Lucius Cassius. Finalement les Helvètes sont vaincus en -101, date de leur départ pour l'actuelle Suisse. Aujourd'hui les vestiges de leur passage sont enfouis dans le sol.

La Gaule Narbonnaise

Occupation protohistorique du site du Suquet

L'origine de la ville est le piton du Suquet, un excellent promontoire pour surveiller les environs et un site défensif naturel efficace pour répondre aux attaques. La théorie selon laquelle Cannes était l’Aegitna évoquée par Polybe est aujourd'hui totalement écartée. D'après la tradition locale, les premiers hommes à avoir occupé le site semblent être les Ligures. Ils sont censés avoir bâti un oppidum au sommet de la colline. Aucun vestige archéologique n'a cependant jamais été découvert sur le site venant attester cette légende. La première évocation de Cannes dans les textes remonte au XIe siècle. Elle renvoie à un castrum marcellini (château de Marcelin)[1].[réf. non conforme] Si le terme n'est pas clair, il ne renvoie en aucun cas à un « château des Marseillais » ou à une place forte des Grecs de Marseille, comme l'ont affirmé certains érudits locaux de façon abusive.

Occupation antique des îles de Lérins

Les îles de Lérins face au massif de l'Esterel.

Ce sont les îles de Lérins qui ont intéressé plus particulièrement les auteurs antiques. Ce minuscule archipel au carrefour des routes maritimes offrait quelques atouts remarquables. Pour les navigateurs à voiles en provenance de l’ouest, les îles constituaient un mouillage sûr avant Antipolis (Antibes), la seule véritable ville de la région après Fréjus.

Il semble que l'île Sainte-Marguerite soit occupée avant le IIe siècle av. J.-C., comme le montre la présence de quelques amphores massaliètes, mais il est difficile de caractériser et de dater précisément cette occupation protohistorique. Les sources évoquent une occupation dès le Néolithique, mais celle-ci n'est pas démontrée à ce jour. Des fouilles archéologiques dans le fort royal ont mis en évidence un véritable habitat urbanisé pourvu d'un cryptoportique remontant à l'époque républicaine (IIe siècle av. J.-C.-début du Ier siècle av. J.-C.) et probablement abandonné à l'époque tibérienne (deuxième quart du Ier siècle apr. J.-C.). Les découvertes sous-marines et dans le secteur de l'étang du Batéguier permettent de définir une occupation jusque durant l'Antiquité tardive, au plus tôt.

Les traces archéologiques vont dans le sens des textes des auteurs antiques comme Strabon ou bien encore Pline l'Ancien. L'archipel est évoqué comme une étape importante dans les circuits maritimes de l’époque. Strabon, voyageur et géographe grec, évoque le nom de la plus grande des îles sous le nom de Lero (d’où les îles de Lérins). Il fait mention d'un sanctuaire où on vouait un culte à un demi-dieu que les Grecs nommaient Heros et dont l'appellation la plus connue est Héraclès ou Hercule. L'auteur romain Pline l'Ancien mentionne aussi dans ses écrits le nom des deux îles et ainsi que celui de la fortification sur la falaise : « Lero et Lerina (la plus petite) en face d’Antipolis (Antibes) où l’on se souvient de l’oppidum de « Vergoanum ». L'archéologie, les textes antiques ainsi que le nom du lieu (« Ler » – de Lero et dans « Verg » – de Vergoanum des racines gauloise) témoignent de l'importance accordée par les communautés ligures à ce site. Cette colonie maritime, doublée d’un lieu de culte réputé était probablement très animée. Cette position géostratégique suscita l'intérêt des Romains qui, dès l’époque républicaine, s'emparèrent de l'île et fortifièrent l'agglomération qui se trouve actuellement sous le fort royal. Il est fort probable que les Romains ont construit des remparts flanqués de tours à l’ouest de l’île. On peut encore admirer quelques vestiges en suivant le parcours historique.

Ad Horrea - Saint-Cassien

Un des sites antiques les plus importants de la commune de Cannes est sans conteste celui de Saint-Cassien. De nombreuses découvertes se sont succédé depuis le XIXe siècle sur la butte de Saint-Cassien, dans le secteur de l'aérodrome et des terrains de sports situés sur le territoire partagé entre les communes de Cannes et de Mandelieu.

Les traces d'occupation les plus anciennes remontent au premier Âge du fer. Elles furent mises au jour dans les années 1970, sur les pentes de la butte et au pied de cette dernière lors de l'installation de citernes. Il s'agit d'un grand nombre de céramiques modelées de belle facture appartenant à un faciès culturel provençal, associées à quelques rares céramiques importées (amphores massaliètes et puniques) remontant au Ve siècle av. J.-C. Elles ne sont liées à aucune structure conservée, mais on devine un habitat de plein air au pied de la butte[2]. Sous les terrains de sport, à l'ouest de l'aérodrome, les traces d'une agglomération antique ont été mises au jour. L'élément architectural le plus spectaculaire est un vaste entrepôt de 1 000 m2 qui semble avoir été édifié dans le courant du Ier siècle apr. J.-C. Le site semble occupé jusqu'au VIe siècle et a livré d'importantes quantités d'objets qui montrent la vitalité du site jusqu'à cette époque au plus tôt. Au pied de la butte, on a découvert une importante nécropole d'époque romaine avec des sépultures datant du Ier siècle au IVe siècle apr. J.-C. On peut rapprocher ces découvertes de la petite agglomération de Ad Horrea à mi-chemin entre Forum Iulii (Fréjus) et Antipolis (Antibes) sur la Table de Peutinger. La présence d'une petite ville bien reliée au réseau de communications antiques à cet emplacement explique la présence d'une communauté de moines venant des quatre coins de l'empire sur les îles de Lérins.

Autres vestiges antiques dans la commune de Cannes

L'ensemble du littoral est fortement occupé à l'époque romaine, notamment autour de la via Julia Augusta construite durant la période augustéenne qui longe la côte depuis l'Italie, passant par Antibes et Saint-Cassien notamment. Quelques traces d'occupation antiques ont été identifiées sur le territoire de la commune de Cannes. Au centre-ville, rue de la République, les travaux de percement de la pénétrante ont permis la mise au jour d'un atelier de céramique antique qui semble avoir fonctionné entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le milieu du Ier siècle apr. J.-C. Il a produit de la vaisselle de table dans un premier temps[3], puis des amphores[4] destinées à conditionner la production viticole locale. Sous la chapelle Saint-Nicolas, des fouilles anciennes ont permis la découverte de lampes à huile de l'Antiquité tardive qui laissent entendre la présence de sépultures de cette période.

Installation des moines sur l'île de Saint-Honorat

Honorat d'Arles, fondateur de l'abbaye de Lérins.

Durant la Pax Romana, l’Église chrétienne étend son évangélisation en Europe. On assiste à l'apparition et l'organisation d'évêchés ainsi qu'au développement de monastères. La plus petite île de l'archipel (l'île Saint-Honorat), appelée aussi Planasia (l’île plate), voit la fondation du monastère de Lérins par le moine Honorat venant de la grotte du Cap Roux. En compagnie de son ami Caprais[5], il choisit la vie d'ermite, mais son aura est telle que de nombreux anachorètes, de tous les coins de l'Occident, vinrent le rejoindre et ce, durant près de deux siècles. Il y bâtit sept chapelles entourées de quelques cellules. En 426, Saint Honorat dut accepter l'archevêché d'Arles et mourut en 429. L’abbaye devint un centre spirituel chrétien qui forma de nombreux prélats partis évangéliser l'Occident chrétien, administrer l'Église naissante, dont certains deviendront des saints (selon certains chroniqueurs saint Patrick, saint Loup, saint Vincent de Lérins, saint Salvien, saint Césaire). Le poète chrétien Sidoine Apollinaire dira de cette île : « Cette île plate d’où tant de sommets avaient atteint le ciel ».

Moyen Âge

Haut Moyen Âge : le castrum d'Arluc

À la fin de l'Antiquité tardive, l'Empire romain se désagrège progressivement. La Provence, éloignée du théâtre des opérations des invasions barbares, en subit peu les conséquences. Elle passe sous la domination relativement théorique des Wisigoths, de l'Empire byzantin, des Francs et connaît une certaine prospérité entre le Ve siècle et le VIIe siècle que l'on note par l'éclosion de grands monastères, comme celui de Lérins. Elle entretient aussi des liens commerciaux intenses avec l'ensemble de la Méditerranée, notamment l'Italie, l'Afrique du Nord, la mer Égée, la Syrie, comme le montrent les découvertes faites à Saint-Cassien. La plupart des moines de Lérins sont originaires de la Méditerranée orientale. Ils arrivent par des voies maritimes régulières. Ils s'installent à Lérins, à proximité d'une voie romaine encore fréquentée (la via Julia Augusta) et d'un petit centre urbain prospère, Ad Horrea. Le mobilier le plus récent mis au jour sous le stade de Saint-Cassien date du VIIe siècle. Il s'agit de céramiques sigillées produites en Afrique du Nord (dans l'actuelle Tunisie) et dans la région de Phocée (en Turquie).

Au début du VIIe siècle, les moines investissent la butte de Saint-Cassien[6]. D'après la tradition lérinienne, saint Nazaire y édifie un couvent dédié à saint Étienne après y avoir détruit un temple païen. Ce couvent devient le centre d'une agglomération liée au monastère de Saint-Honorat et qui se substitue à ad Horrea, le castrum Arluc. Arluc semble prospérer jusqu'au XIe siècle malgré un incendie du couvent au VIIIe siècle et la mise à sac par les Sarrazins au Xe siècle, après la reprise en main de la Provence par Guillaume le Libérateur qui, sous le prétexte de chasser les Sarrasins du Fraxinet, en profite pour imposer le pouvoir féodal auquel les populations et la noblesse locale s'étaient toujours opposés[7].

Arluc possédait un port important, débouché du commerce grassois. Au XIXe siècle, des murs étaient encore visibles près de la tour de contrôle de l'aérogare. L'ensablement progressif de la rade va déplacer le littoral de plus d'un kilomètre. La disparition du port va permettre le développement d'un concurrent à Arluc en privilégiant le très modeste castrum du Suquet et son extension, Cannes. Au XIIIe siècle le village d'Arluc semble avoir disparu. Il ne subsiste plus que la chapelle Saint-Cassien qui sera détruite au XIVe siècle, reconstruite et à nouveau incendiée durant la guerre de Succession d'Autriche. Le bâtiment actuel date du XVIIIe siècle.

XIe siècle : apparition de Cannes au Suquet

La tour du Suquet.

Dès l'Antiquité des peuplades ligures occupent le site, qui constitue une position stratégique, pour y installer un oppidum dominant à la fois la baie et l'intérieur des terres. Culminant à 66 m, c'est ce lieu élevé de peuplement originel qui donnera son nom à la commune, le terme ligure Canoa signifiant « hauteur » ou « piton ».

Au Moyen Âge, le pouvoir des comtes de Provence s'appuie sur les fortifications qui servent autant à se garantir d'attaques venues de la mer qu'à montrer sa puissance aux populations et à la noblesse locale, peu enclines à accepter l'ordre féodal[7]. Parmi ces places fortes, se trouve, au sommet de la colline du Suquet, un Castellum Marcellini château de Marcellin »). Guillaume Ier le Libérateur, après sa reprise en main du comté de Provence, donne, en 960, ce qui n'était encore qu'un très modeste castrum à Rodoard[8], chef d'une branche de la puissante famille de la maison de Grasse, avec le fief d’Antibes dont Cannes fait partie, en récompense de sa fidélité.

Vers l’an 1030, Guillaume-Gruette, fils aîné de Rodoard, entre dans les ordres et cède une partie de ses terres à l’abbaye de Lérins. L'acte de donation est en même temps l'acte de création du territoire qui deviendra la commune de Cannes. Il fait mention d'un château sur la colline du Suquet, au centre d'une nouvelle agglomération qui se développe[9],[10],[11]. L'acte de 1030 fait encore référence à un port qui n’était en réalité qu’une plage. On peut lire : De Portu Canue, forme la plus authentique, provenant du mot ligure Canoa signifiant « hauteur » ou « piton » et se rapportant au lieu antique d’occupation humaine sur la colline du Suquet.

Vers 1080, l'abbé de Lérins Aldebert II entreprend la construction de la grande tour du Suquet pour mettre le site à l'abri des attaques des corsaires et des sarrasins. En 1131, la donation est confirmée par le comte de Provence, acte que le pape scellera lui-même. « Le Comte déclare notre cité libre et exempte de toutes charges. Elle est devenue une terre « franche ». Cela veut dire qu’elle n’a pas à payer les taxes ni les impôts comtaux… elle paiera les autres. »[12]. Un système de signalisation par des feux entre la tour du monastère fortifié de l'abbaye de Lérins et celle du Suquet est installé en 1327. La tour du Suquet n'est terminée que trois siècles plus tard en 1365 par l'abbé Jean de Thornafort. Avec ses vingt deux mètres de hauteur elle permet de surveiller la rade de Cannes[13].

En 1178, le Castellum Marcellini prend l'appellation de Castellum Francum (château franc). On voit se développer un véritable habitat féodal avec un château, des maisons, un hôpital, des églises dont Notre-Dame-du-Puy qui, après la construction de Notre-Dame-d’Espérance, deviendra la chapelle Sainte-Anne. Ce site constitue dès lors un castrum, c’est-à-dire un village fortifié, groupé autour du château (aujourd'hui musée de la Castre). On observe un bâti serré autour du château et de l’église, sur la crête et le long des pentes à l’est et au nord surtout, à l’abri des remparts : les bàrri. Une seule source d'eau douce coule au pied du Suquet. Les activités du village sont l’agriculture (blé, olivier) et la pêche, strictement règlementée. Le dynamisme commercial est étroitement lié à l'activité portuaire et à la riche et commerçante ville de Grasse qui y exporte ses tissus et ses cuirs.

Fin du Moyen Âge : les grands fléaux

Aux XIVe et XVe siècles, Cannes est touchée par les grands fléaux que sont les épidémies de peste, les guerres et les mauvaises conditions climatiques. En 1520, la peste fait disparaître la moitié de sa population. Cannes est aussi affectée par les conflits entre les seigneurs locaux et les guerres entre les royaumes. Lorsque Cannes passe sous l’autorité de la dynastie des comtes Catalans elle connaît une période de paix et d’expansion. Peu après, les Angevins, branche cadette des rois de France, récupèrent la Provence et Cannes se retrouve au milieu du conflit (des pirates aragonais viennent tirer des bordées le long des rivages) qui oppose les Angevins, comtes de Provence et rois de Naples, au royaume d'Aragon. Après une série de guerres pour la succession de la reine Jeanne, le Comté de Nice devient possession du duc de Savoie en 1388. À partir de ce moment le fleuve Var devient une frontière naturelle et Cannes une ville frontière exposée aux conflits terrestres et maritimes entre les puissants. En 1481 la Provence est intégrée au royaume de France.

Période moderne

Cannes sous l'Ancien Régime

Le fort royal de l'île Sainte-Marguerite.

Durant l'Ancien Régime, Cannes continue de souffrir des conflits entre les puissances monarchiques et impériales européennes : guerres entre François Ier et Charles Quint, le duc de Savoie lors de la « guerre de Trente Ans », le prince Eugène et le roi Victor-Amédée II de Sardaigne au XVIIe siècle, la guerre de succession d’Autriche au XVIIIe siècle, le maréchal Brown et ses Croates. Les Anglais en profitent pour occuper les îles mais ils y restent peu de temps : le chevalier de Belle-Isle rétablit l'ordre en les chassant. La ville est également exposée aux rafles des pirates et corsaires de toutes nationalités qui vendent leurs prises sur les marchés aux esclaves. En 1635, les Espagnols prennent possession des îles de Lérins. Ils y édifient une fortification et s'y installent. Une bataille éclate sur les îles entre Français et Espagnols et la flotte française chasse les occupants par la force des canons. À cette occasion on emploie, pour la première fois, des bateaux à fond plat capables de transporter les chevaux. Ce sont les ancêtres des barges de débarquement. Vauban fait fortifier l'île Sainte-Marguerite grâce à son système de défense moderne et efficace. Le fort devient une prison d’État utilisée par tous les régimes. Plusieurs « illustres » prisonniers y séjournent : en 1687, le mystérieux masque de fer (il y resta onze ans) ; en 1689, six pasteurs protestants y meurent ; en 1772, on y enferme Claude Jouffroy d’Abbans, l’inventeur du bateau à roues à aubes ; en 1758, le comte de Monteil qui au bout de 32 ans refusa sa libération en prétextant qu'il s’y trouvait bien.

À la fin de l’Ancien Régime, en 1777, Louis XVI accorde au Cannet de se séparer de la ville de Cannes. À la même époque, les hivers rigoureux et le prix élevé du pain entraînent la colère des villageois qui deviennent menaçants. Lors de la guerre d’indépendance des États-Unis soixante-treize marins cannois sous les ordres de l’amiral de Grasse aident les États-Unis à obtenir leur liberté. Certains le payent de leur vie. Le poids des impôts et les inégalités devant la justice mécontentent fortement la population. Le commerce maritime favorise la vie économique du village, mais la mer, qui déborde de son lit, menace les demeures des habitants : le port de Cannes se limite à une petite anse découpée dans les rochers au pied des remparts de la ville. Les bateaux ne peuvent accoster qu'à la Carenco dei Catalans[14] qui se trouve au milieu de l'actuel quai Saint-Pierre, construit entre 1838 et 1841.

Cannes durant la période révolutionnaire

La période révolutionnaire commence au début de l'année 1789 par la rédaction des cahiers de doléances. À Cannes cette rédaction se fait par la réunion de la communauté dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde[15]. La nouvelle de la prise de la Bastille est accueillie favorablement, cet événement annonçant la fin de l’arbitraire royal et, peut-être, des changements plus profonds dans l’organisation de la France. Immédiatement après l’arrivée de la nouvelle, un grand phénomène de peur collective s’empare de la France. Des rumeurs de troupes de plusieurs milliers d’hommes en armes, soldés par les aristocrates et dévastant tout sur leur passage, se propagent à grande vitesse et provoquent la panique. On sonne le tocsin, on s’arme, on envoie des messages aux villages voisins pour se renseigner, ce qui propage la peur. Les solidarités se créent ainsi ; les milices formées à cette occasion constituent la base des bataillons de la Garde nationales. Cette Grande Peur, venant de Castellane via Roquesteron et Vence, et appartenant au courant de la « peur du Mâconnais », atteint Cannes et sa région le avant de se propager vers Digne[16].

Les biens ecclésiastiques de la municipalité de Cannes sont liquidés en 1791. L’abbaye est acquise 37 000 livres par Jean-Honoré Alziary qui la rétrocède à sa fille, une comédienne connue sous le pseudonyme de Mademoiselle de Sainval. Elle s'y installe tout en apportant une décoration personnelle profane bien éloignée des codes artistiques de l'Église. L'évêque de Fréjus racheta l'abbaye en 1859. La vente de la chapelle Saint-Cassien provoque un violent élan contestataire de la part de la population qui s'oppose vigoureusement à la vente et réussit à conserver ce bien ecclésiastique convoité par un notable de Grasse.

Plaque commémorative du bivouac de Napoléon à Cannes « où il arriva tard et d’où il repartit tôt ».

Sous la Révolution, on débaptise les îles de Lérins de leur nom de sainte et de saint du christianisme pour les appeler îles Marat et Lepeletier, deux martyrs des idées nouvelles qui ont tous deux péri assassinés. Depuis 1790 et la création des départements par l'Assemblée constituante, Cannes fait partie du département du Var. Les citoyens élisent un nouveau conseil municipal avec à sa tête André Fery premier maire de la commune. Cannes dépend du canton d'Antibes jusqu'en 1820. Ce n'est qu'en 1823 que la ville devient chef-lieu de canton. Les guerres d'Italie, l'occupation du comté de Nice, amènent le passage de troupes que la cité doit approvisionner. La chapelle Sainte-Anne sert d'hôpital et de prison[15].

Cannes durant la période napoléonienne

Si la population de tradition royaliste, accueille favorablement l’Empire à ses débuts, les guerres incessantes changent radicalement sa position. Le , Napoléon Ier, échappé de l’île d’Elbe et après avoir débarqué à Golfe-Juan décide de bivouaquer à Cannes. Avec sa petite troupe, il gagna Cannes « où il arriva tard et d’où il repartit tôt ».

Période contemporaine

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI