Histoire de Lorient

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La tour de la Découverte dans l'enclos du port, datant de la Compagnie perpétuelle des Indes, et un des derniers vestiges de cette époque encore visibles.

L’histoire de Lorient commence avec la fondation de la ville en 1666 avec l'objectif de fournir une base à la Compagnie française des Indes orientales. Ce rôle est renforcé en 1675 lors de la guerre de Hollande lorsqu'il est décidé d'abandonner l'autre implantation de la compagnie, au Havre, au seul profit de Lorient. D'autres compagnies commerciales à monopole s'installent par la suite et utilisent le port et l'enclos qui l'entoure jusqu'à la fin de l'ancien régime, participant ainsi à fournir à la ville ses équipements ; le site devient ainsi la principale agglomération du sud de la Bretagne dès le milieu du XVIIIe siècle. À partir de 1688, le port est également utilisé par la Marine royale qui y fait construire ou armer ses navires.

Le poids politique de Lorient s'affirme à partir de la Révolution française, et la ville gagne un rôle administratif à partir du premier Empire. Les activités commerciales restent alors en retrait dans la première moitié du XIXe siècle en raison des conflits fréquents, mais les activités militaires gagnent en importance. Les arsenaux bénéficient alors des vagues de modernisation successives dues à la vapeur, puis aux constructions métalliques. À compter de la fin du XIXe siècle, le développement de la pêche apporte un nouveau pôle d'activité à la ville, qui se renforce par la création du port de pêche de Keroman au début des années 1920.

La ville connaît une époque marquante de son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale. La presqu'île de Keroman est choisie par l'occupant pour héberger la plus grande base de sous-marins de l'époque, entraînant la destruction presque totale de la ville par les bombardements alliés entre janvier et . L'occupation de la ville dure jusqu'à la reddition de la poche de Lorient le . Commence alors une époque de reconstruction qui façonne un nouveau visage pour la ville, et qui s'étend jusqu'au début des années 1960.

L'histoire récente de la ville est marquée par une série de crises successives causées par la baisse d'activité du port de pêche de Keroman dans les années 1980 et 1990, et par la fermeture de la base sous-marine en 1997. La cité entame alors une phase de reconversion, marquée par un développement culturel porté par son festival interceltique, un développement universitaire porté par l'ouverture de l'université de Bretagne-Sud en 1995, et un développement économique s'appuyant sur les activités liées à la plaisance et aux courses nautiques au large.

Les traces les plus anciennes montrant une présence humaine dans la région datent du Néolithique et sont attestées par la découverte de haches polies dans le quartier de Kerolay[1].

La citadelle de Port-Louis.

Au Moyen Âge, l'embouchure du Blavet devient une zone de frontières à partir du XIe siècle. Sa rive gauche appartient à la châtellenie de Nostang, terre ducale, puis royale, alors que sa rive droite, là où s'implantera Lorient, appartient au Kemenet-Héboé, longtemps possession des vicomtes de Rohan. Entre 1264 et 1278, la ville close d'Hennebont est fondée sur la rive gauche du Blavet et devient le siège de la châtellenie de Nostang[2].

À la fin du XVIe siècle, la ville de Port-Louis située à l'embouchure du Blavet commence à prendre une importance militaire puis commerciale à la suite des guerres de la Ligue, et une citadelle y est construite à partir de 1590 pour sécuriser l'entrée de la rade où s'écoule le Blavet. Les armateurs qui étaient jusqu'à cette époque à Hennebont délaissent la ville au profit de Port-Louis, et Hennebont commence à tourner ses activités vers l'arrière-pays[3].

Époque moderne

Création et premiers développements de la ville

La Compagnie française pour le commerce des Indes orientales est créée par Colbert en 1664[4], et vise à concurrencer la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui a alors un quasi-monopole pour le commerce vers l'océan Indien. Elle s'installe en dans le port du Havre mais elle manque d'espace pour se développer et ce mouillage est en outre exposé aux agressions anglaises ou hollandaises[5]. La compagnie achète alors à la fin de la même année des terrains à Bayonne[6]. Des troubles éclatent dans la ville en 1665, les habitants étant opposés à cette implantation et la compagnie doit chercher un autre lieu pour s'implanter. La ville de Paimbœuf est envisagée, mais le gouverneur de Port-Louis, alors lieutenant général du roi en Bretagne, utilise toute son influence et Colbert ordonne aux directeurs de la Compagnie de s'implanter dans la rade bien protégée de Port-Louis[7].

Le port de Lorient au XVIIIe siècle

La Compagnie reçoit, par une ordonnance de Louis XIV de , des terres à Port-Louis, ainsi que de l'autre côté de la rade au lieu-dit du Faouédic[n 1]. L'un des directeurs de celle-ci, Denis Langlois, y achète en des terres au fond de la rade, au confluent du Scorff et du Blavet et y fait construire des cales. Dans un premier temps, le lieu fonctionne seulement comme annexe des installations de Port-Louis où se trouvent les bureaux et les magasins de la Compagnie[8]. Au cours des années suivantes, l'implantation est plusieurs fois menacée d'abandon, mais, en pleine Guerre de Hollande, la Compagnie française des Indes orientales décide en 1675 d'abandonner sa base du Havre, trop exposée en temps de guerre, et d'y transférer ses infrastructures. Dans le domaine qui prend le nom de « l'Enclos », la compagnie construit alors une chapelle, des ateliers, des forges et des bureaux, et quitte définitivement les berges de Port-Louis[9].

La Marine royale s'implante également sur le site sous l'impulsion du Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, fils de Colbert, qui a hérité de la charge de secrétaire d’État de la Marine de son père. Des corsaires venant de Saint-Malo y trouvent également refuge à la même époque[9]. L'opération d'adaptation du port démarre en 1687. Le chantier est réquisitionné pour la Marine royale en 1688 lorsque la guerre de la Ligue d'Augsbourg éclate et, en 1690, les premiers navires de guerre y sont armés. La construction de plusieurs navires y est également assurée et, de 1690 à 1708, dix-huit bâtiments militaires sortent du chantier. Ces chantiers drainent entre 800 et 900 ouvriers, principalement des Provençaux, des Normands, des Basques ou des Nantais. La Compagnie des Indes doit également céder plusieurs structures à la Royale : le magasin général, la corderie et la voilerie sont cédés en 1689, ainsi qu'une partie des logements l'année suivante[10].

La ville se développe en dehors du périmètre de l'Enclos dans le respect d'un arrêt de 1700 qui oblige les populations à quitter les abords de celui-ci pour s'installer sur la grande lande du Faouédic. En 1709, la paroisse de Lorient est créée à partir de celle de Plœmeur. La ville compte alors en 1702 quelque 6 000 habitants, mais les activités de la Compagnie des Indes orientales comme celles de la Marine royale restent réduites et la ville commence à décliner[11].

Alfred Trescat est l'auteur en 1903 d'une superposition des plans de Lorient de 1903 et de 1703[12].

Développements sous la Compagnie perpétuelle des Indes

Essor commercial

La ville connaît un nouvel essor lorsque John Law de Lauriston crée en 1719 la Compagnie perpétuelle des Indes en achetant plusieurs autres compagnies commerciales et qu'il choisit Lorient comme base pour ses opérations[13]. La Marine royale est peu disposée à laisser les installations de l'Enclos à la nouvelle compagnie, mais le Conseil de marine ordonne à celle-là le de libérer les lieux, ce qui est effectif à la fin de la même année[14].

L'hôtel Gabriel est construit en 1732.

Malgré l'effondrement du système de Law en 1720, la ville connaît une nouvelle phase de développement[13]. Par la ville transitent annuellement en moyenne 400 000 livres de poivre, 500 000 livres de thé, 1,5 à 2 millions de livres de café, 150 000 pièces de cotonnades et de mousselines et 150 000 pièces de porcelaines de Chine[15]. C'est pendant cette période que la ville prend part au commerce triangulaire et que 156 navires y participent entre 1720 à 1790 en déportant quelque 43 000 esclaves[16]. À l'époque où la traite nantaise marque le pas et où la Compagnie des Indes obtient « le privilège exclusif de faire le commerce de Guinée, ce qui comprend la traite négrière », Lorient s'affirme comme le premier port négrier français entre 1723 et 1725[17]. En 1732, la Compagnie perpétuelle des Indes décide de transférer de Nantes à Lorient le siège de toutes ses ventes, et demande à l'architecte Jean-Charles Gabriel de construire de nouveaux bâtiments en pierre de taille pour accueillir ces activités et embellir l'espace de l'Enclos[13]. Les ventes s'y réalisent à partir de 1734 et on y traite jusqu'à vingt-cinq millions de livres tournois[18]. Le monopole de la Compagnie est cependant aboli avec la disparition de celle-ci en 1769 sous l'influence des physiocrates[19].

Carte de la ville et de ses fortifications en 1764.

Les capacités de construction navale augmentent avec la mise en chantier en 1728 d'une cale et un premier vaisseau de 600 tonneaux, le Philibert, en sort en 1730. À partir de 1732, trois navires en sortent chaque année, permettant un renouvellement total de la flotte de la compagnie en douze ans. En 1755, trois nouvelles cales sont ouvertes à Caudan sur l'autre rive du Scorff[20].

Structuration de la ville

La ville profite de la prospérité de la Compagnie. Elle compte 14 000 habitants en 1738 et 20 000 en incluant la population des faubourgs de Kerentrech, de Merville, de La Perrière, de Calvin et de Keryado[18]. La population de la ville vient majoritairement de Bretagne. Le personnel navigant présent vient pour 42,8 % de la paroisse de Port-Louis et pour 25,1 % de celle de Saint-Malo[21]. Quant aux officiers, ils sont issus pour 40 % de la paroisse de Saint-Malo et pour 28 % de celle de Port-Louis[22]. Le reste de l'immigration provient pour 88 % des départements bretonnants du Morbihan, du Finistère et des Côtes-d'Armor[23], ce qui oblige la ville à prendre en compte à plusieurs reprises cet élément linguistique pour sa gestion[n 2],[24].

En 1735, de nouvelles rues tirées au cordeau sont tracées intra-muros. En 1738, la ville acquiert le statut de communauté de ville[n 3]. Des travaux d'embellissement commencent alors, comme le pavage des rues, la construction de quais et de cales en bordure du ruisseau du Faouédic, ou encore la démolition de chaumières remplacées par des maisons calquées sur les modèles de l'Enclos[18]. Des murailles sont érigées en 1744 pour fermer la ville, et sont mises à contribution dès par un raid britannique contre la ville[26] (siège de Lorient). Un hôpital municipal, l'Hôtel-Dieu, est ouvert en 1740 grâce au don d'une philanthrope à la ville et dès 1754 la ville et la Compagnie perpétuelle des Indes projettent la construction d'un établissement de santé commun. Celui-ci est obtenu en 1766 par la fusion de la structure municipale et d'une autre structure de la compagnie et, en 1771, il accède au rang d'hôpital de deuxième classe[24]. La disparition de la Compagnie perpétuelle des Indes en 1769 provoque une diminution de l'ordre d'un septième de la population de la ville[27].

Grâce au statut de communauté de ville accordé en 1738, la ville peut envoyer des représentants au parlement de Bretagne. Elle y obtient entre 1738 à 1751 quelque 170 000 livres afin de moderniser ses installations portuaires, ainsi qu'une baisse de sa capitation (impôt par tête) entre 1746 et 1750 à la suite du raid britannique contre la ville. Le poids administratif et politique de la ville reste cependant en deçà de son poids économique et elle dépend d'autres villes proches comme Hennebont pour la justice ou d'autres aspects[24].

Fin de l'ancien régime

La guerre d'indépendance américaine amène à la ville un surcroît d'activité à partir de 1775 et plusieurs corsaires utilisent la ville comme port d'attache. John Paul Jones utilise à partir de 1778 la ville et son port comme lieu d'attache pour son navire, le Bonhomme Richard[28] et plusieurs de ses prises de guerre y sont rapatriées[29]. Au total, 121 prises effectuées sur les Britanniques par John Paul Jones et par d'autres sont acheminées puis vendues à Lorient[30]. À la fin de la guerre en 1783, plusieurs lignes transatlantiques sont ouvertes de Lorient vers les États-Unis[27].

L'Enclos à la fin du XVIIIe siècle

La ville commence sa reconversion avec l'achat par le roi des installations de la Compagnie pour 17 500 000 livres tournois pour y installer sa marine[19]. La construction navale privée se développe et, entre 1769 et 1777, l'équivalent de 13 000 tonneaux sont ainsi mis en chantier. Le tonnage construit par la Compagnie puis par la Royale ne représente plus que 39 % de la production totale lorientaise[31]. Le commerce privé se développe dans le même temps et, entre 1769 et 1785, date de la création de la Compagnie de Calonne, Lorient compte pour 57 800 des 151 955 tonneaux armés en France[32]. Dès 1785, à la demande de Charles Alexandre de Calonne, contrôleur général des Finances, une nouvelle compagnie commerciale est créée, la Compagnie des Indes orientales et de la Chine, qui s'installe à Lorient[27].

Une bourgeoisie commence à émerger et représente 6 % de la population lors de la capitation de 1788. Celle-ci est issue pour 24 % de la construction navale et pour 43,7 % du commerce. Son développement induit l'éclosion d'une vie culturelle : une salle de spectacle est ouverte en 1778[33] et compte 790 places. L'année suivante, la ville compte une troupe de théâtre permanente. La loge maçonnique lorientaise est influente à l'époque et compte 105 membres en 1786[34]. Celle-ci est liée initialement à la présence de la Compagnie des Indes[n 4],[35].

Époque contemporaine

Notes et références

Voir aussi

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