Jules Jouy
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Jules Théodore Louis Jouy |
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Goguettier, écrivain, chansonnier, poète, chanteur |
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Jules Théodore Louis Jouy est un goguettier, poète français et chansonnier montmartrois, né à Bercy le et mort à Paris 12e le .
Origines et débuts
Né quartier de Bercy, Jules Jouy est le fils de Jules Théodore Jouy et d'Anna Udoxie Mech[1].
Issu d'un milieu très modeste, Jules Jouy travaille comme garçon boucher après l'école primaire, tout en continuant à lire autant qu'il le peut, fréquentant les goguettes de son quartier et commençant à composer des chansons. Marqué par la Commune de Paris, il part pour l'armée à 20 ans dans le service auxiliaire en raison d'une malformation au bras droit.
À 21 ans, en , il commence à publier dans Le Tintamarre[2], journal fondé par Léon Bienvenu, plus connu sous le sobriquet de Touchatout, des chansons et articles où percent déjà ses thèmes de prédilection : l'anticléricalisme, la république, l'injustice, les ouvriers, le macabre, avec une véritable fascination pour la guillotine. La même année, il commence à écrire dans Le Sifflet.
Il fréquente la célèbre Goguette de la Lice chansonnière, puis organise une autre goguette, Le Rire gaulois, au Café Michel, rue des Vieilles-Haudriettes, à partir du , où se croisent Georges Baillet, Charles Robinot-Bertrand et des lycéens[3]. En , il commence à collaborer au journal Le Sans-culotte. Ce périodique, fondé par le dessinateur Alfred Le Petit, un républicain virulent qui milite pour l'amnistie des communards et combat le cléricalisme, ne dura que deux années[4].
Parallèlement à son activité de rédacteur dans Le Tintamarre et Le Sans-culotte, Jules Jouy écrit des chansons pour le café-concert, composant des poèmes qu'il publie d'ailleurs dans ces journaux. Jules Jouy qui, après la boucherie, a exercé entre-temps plusieurs petits métiers, est à l'époque peintre en porcelaine. Il développe alors une intense activité d'écrivain de chansons et finit par choisir d'en faire son métier. En dépit du succès de ses œuvres, il connaît des conditions de vie extrêmement précaires.
Ses articles au Tintamarre commence à en agacer certains. Le , un duel à l'épée a lieu entre lui et Georges Duval, journaliste à L'Évènement, accusé d'avoir plagié Balzac, et se tient sur la frontière belge ; blessé à la main, Jouy demanda à ses témoins, dont le journaliste Gustave Batiau, l'arrêt au bout du quatrième assaut[5].
Carrière

Fin 1878, Jules Jouy fréquente le Cercle des Hydropathes animé par Émile Goudeau au Quartier latin[6]. Devenu rédacteur en chef du journal L'Hydropathe, Jules Jouy publie un règlement interne loufoque de ladite société :
- Article 1er : L'assemblée des Hydropathes se compose de la sonnette du Président.
- Article 2 : La susdite sonnette est chargée de faire observer le présent article.
Après la disparition du groupe des Hydropathes en , il continue son activité de rédacteur dans différents journaux et écrit toujours des chansons et des revues. Il rencontre Aristide Bruant et écrit avec lui plusieurs chansons à succès, et une revue à spectacle, La Soupe et le bœuf présentée à La Scala durant l'hiver 1880 — Jouy se fit porter absent durant les répétitions[7]. Le suivant, nouveau duel à l'épée sur la frontière suisse, cette fois l'opposant à Émile Cohl, son ancien camarade des Hydropathes, combat qui se termina par de légères blessures[8].
En , il rejoint le groupe des Hirsutes[9] fondé par le pianiste et organiste Maurice Petit.
À partir de cette époque, il quitte le Quartier latin et la rédaction du Tintamarre, s'installe du côté de Montmartre, et va fonder de nombreux journaux. Avec « l'illustre Sapeck », chef de file des Fumistes, il fonde en L'Anti-concierge[10],[11], éphémère organe officiel de défense des locataires. Il en paraît seulement sept numéros. Le même mois, Jules Jouy commence une activité de chansonnier au cabaret du Chat Noir que vient de fonder Rodolphe Salis et devient un proche de Coquelin cadet.
En , il fonde Le Journal des merdeux[12] dont les textes et dessins sont consacrés aux excréments[13]. Ce journal, dont il écrit les textes et dont les dessins sont de Eschbach, est aussitôt interdit au motif de son « caractère pornographique » et d'outrage aux bonnes mœurs.
Le , il est parmi les très proches de la famille du peintre Édouard Manet, durant son enterrement[14].
En , Jules Jouy fonde le banquet-goguette La Soupe et le Bœuf qui se réunit au Cabaret des assassins[15].
Fin 1883, le succès vient pour lui avec la chanson Derrière l'omnibus[16], musique de Louis Raynal, chantée par Paulus, grande vedette de l'époque à l'Éden-Concert. Peu après, il fait la connaissance de Jules Vallès au cabaret du Chat noir et ébauche une collaboration avec son journal Le Cri du peuple.
Au début de 1884, il collabore au journal La Lanterne des curés qui est condamné pour « outrage et obscénité ». Il publie, du au premier , l'hebdomadaire Le Journal des assassins[17],[18]. Le suivant, nouveau duel à l'épée, cette fois l'opposant à Georges Meusy, journaliste à L'Intransigeant ; le témoin de Jouy est Rodolphe Salis[19].
En , Jules Jouy préside une goguette, La Goguette moderne. Durant l'année 1886, il collabore avec Ernest Gerny ; le duo connait un grand succès à L'Eldorado[20]. En août de la même année, il reprend sa collaboration avec le journal Le Cri du peuple, y publiant quotidiennement « la Chanson du jour », un poème de sa composition, et s'éloigne un temps du Chat noir.
En 1887, il écrit La Veuve[21], poème sur la guillotine et la peine de mort. Il est dit avec un grand succès dans les cabarets montmartrois par lui-même, Paul Félix Taillade et Mévisto. Fin janvier de cette même année, il prenait parti pour Clément Duval, anarchiste condamné à mort (et qui fut gracié) dans Le Cri du peuple. Le , il est présent durant l'incendie de l'Opéra-Comique ; témoignant du drame, on apprend qu'il réside au 158 rue du Faubourg-Saint-Denis[22].
Début 1888, il publie son premier recueil, intitulé Chansons de l'année[23]. Fin , il cesse sa collaboration au journal Le Cri du peuple et commence à écrire pour le journal Le Parti ouvrier, dès le premier numéro du , avec une reprise de sa chronique « la Chanson du jour »[24].
Fin , il quitte Le Parti ouvrier et rejoint le journal Le Paris. La même année, il publie son deuxième recueil, Chansons de bataille[25]. Son troisième paraît en 1890 La Chanson des joujoux[26], qui comprend vingt chansons pour enfants.
En 1892, paraît son quatrième recueil, La Muse à bébé (Flammarion). Faussement adressé aux enfants, il est en fait destiné aux adultes. Son activité de goguettier se poursuit au Chat noir : il préside le la première réunion de la Goguette du Chat Noir et participe à ses activités.

En , il prend la direction du Cabaret des Décadents situé au 16 bis rue Fontaine, qui a succédé au Café des incohérents. Jouy s'y produit, qualifié de « doyen des chansonniers montmartrois »[28]. Ce cabaret, qui inspira à Toulouse-Lautrec des représentations[27], est régulièrement fermé par ordre de la Préfecture de police. En , il est repris par Marguerite Duclerc sous le nom de Concert Duclerc.
Dès le [29], Jouy rejoint le nouveau magazine illustré de Félix Juven, Le Rire[30].
À la suite d'une brouille d'une partie de la troupe du Chat Noir avec Rodolphe Salis, Jouy fonde le Nouveau Cabaret du Chien Noir en , au Nouveau-Cirque, situé 251 bis rue Saint-Honoré, avec Alphonse Allais, Théodore Botrel, Paul Delmet, Émile Goudeau, Vincent Hyspa, et Victor Meusy[31].
Dernières années
Les efforts surhumains qu'il a accomplis dans son combat contre le boulangisme, et ses multiples activités de cabaret, achèvent de ruiner une santé déjà très altérée par l'abus du tabac et de l'absinthe. Ses troubles mentaux le rendant dangereux, ses amis sont amenés à le faire interner dans une clinique psychiatrique située 90 rue de Picpus à Paris, début : le 7, est organisé un spectacle à la Gaité, mené par Francisque Sarcey, soirée destinée à récolter des fonds pour son internement[32].
Victime d'une paralysie générale, il meurt fou à l'âge de 41 ans le à 10 h 40 du matin[33]. Trois jours plus tard l'ensemble des chansonniers montmartrois suivent son enterrement au cimetière du Père-Lachaise[34]. Sa sépulture, située dans la 53e division, dans laquelle son corps a été transféré en [35], est ornée d'un buste en bronze par Dalou[36].
En 1902, Léon de Bercy lui rend hommage dans Montmartre et ses chansons (éd. H. Darangon)[37] :
« Jules Jouy – Le roi des chansonniers ! Comme André Gill, son ami, il mourut fou. Nous le conduisîmes au Père-Lachaise par une belle matinée du printemps de 1897, et Xavier Privas prononça sur la tombe ouverte, en quelques mots émus, l'éloge funèbre qui dit le regret unanime de tout ce que Montmartre comptait alors de chansonniers et de poètes. La presse tout entière rendit hommage au talent merveilleux du défunt, qui s'était fait tout seul, avec un courage et une persévérance indomptables. »
Postérité
Pendant quatre ans, durant la crise boulangiste, Jules Jouy parvient à publier chaque jour dans la presse une chanson d'actualité. Sa facilité et sa rapidité le font surnommer « la chanson faite homme ». Pianiste et compositeur à ses heures, Jules Jouy a écrit des centaines de chansons de café-concert qui ont paru à la une de journaux socialement très engagés comme Le Cri du peuple, fondé par Jules Vallès, Le Parti ouvrier, Le Paris[38]... Ces chansons furent créées par les plus grandes vedettes de l'époque : Yvette Guilbert, Thérésa, Marguerite Dufay[39], Polin, Bonnaire, Marguerite Réjeane, Anna Judic, Félix Galipaux, Fragson, Paulus, Sulbac, Mévisto aîné, Kam-Hill, Coquelin cadet, Aristide Bruant, Théodore Botrel, etc., et dans les principales salles parisiennes : L'Eldorado, La Scala, Le Pavillon de l'horloge, Le XIXe siècle, Le Parisiana, La Gaîté, A Ba-Ta-Clan, Les Ambassadeurs, L'Européen, L'Éden-concert, L'Alcazar d'été.
Jules Jouy est l'auteur[Où ?] de la célèbre maxime : « L'heure c'est l'heure : avant l'heure c'est pas l'heure et après l'heure c'est plus l'heure ».
En 1924, le poème de Jules Jouy La Veuve est, à la demande de Damia, mis en musique par Pierre Larrieu. Cette version chantée est créée et enregistrée par elle la même année.
Un virage antisémite (1886-1895)
Tout en étant proche d'Émile Zola dont il vantera plusieurs fois les écrits (i.e. Le Ventre de Paris, La Terre), Jules Jouy opère un virage antisémite au moment de la sortie de La France juive, l'essai d'Édouard Drumont publié en . Sous couvert d'humour, il livre au Grelot le , une parodie de l'hymne national rebaptisé La Marseillaise des Juifs[40]. D' à , Jules Jouy publie dans le journal de Jean Allemane, Le Parti ouvrier, deux cents chansons, dont les trois quarts sont des attaques contre le populisme du général Boulanger, qu'il a baptisé « l'infâme à barbe » ; par ailleurs, il s'en prend aussi à Henri Rochefort (dit « la frousse »). Les boulangistes le baptisent en retour « le Poète chourineur » [« beuglant »]. Les 6 et , après plusieurs jours sans rien publier dans ce journal, Jouy livre Les Accaparés dédié à Édouard Drumont et Jacques de Biez, un texte dans lequel il s'en prend aux financiers, et où on peut lire « Sachez-le, gros barons / Nous vous rattraperons. / Mauvaise teigne, / Nous serrerons à mort : / Quand le Juif saigne : / C'est notre Argent qui sort ! »[41]. Cette première forme d'antisémitisme « de plume » se manifeste chez Jouy alors même que l'Affaire Dreyfus n'existe pas encore (elle est connue du public le ), mais advient quelques semaines avant que Drumont et Biez, dédicataires donc, ne forment la Ligue nationale anti-sémitique de France[42]. Après un nouveau silence, Jouy publie une nouvelle chanson le suivant, La Valse des écus, dans Le Parti ouvrier, à nouveau ouvertement antisémite. Cette hargne chez Jouy ira en s'accentuant alors même que la Ligue meurt en 1890. Proche de Willette, celui-ci l'accueille dans Le Pierrot, lequel journal publia dans les années 1893-1895, des croquis et des chansons à caractère antisémite[43]. Par ailleurs, en , Jouy livre à La Libre Parole illustrée d'Édouard Drumont plusieurs textes dont une chanson pastichant le mythe du Juif errant[44], puis le , son texte le plus extrême, Les Petits Youpins, dont la conclusion sonne comme un appel au meurtre[45].
