Le Lit à la française

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Le Lit à la française
Artiste
Date
Type
Technique
Dimensions (H × L)
120 × 183 mm[N 1]
No d’inventaire
B. 186
Localisation

Le Lit à la française (en néerlandais : Ledikant) est une gravure à l'eau-forte et pointe sèche réalisée par Rembrandt en 1646.

Le sujet, un couple faisant passionnément l'amour dans un lit sans passer par l'allégorie mythologique, a probablement choqué ses contemporains, ce qui aurait poussé Rembrandt à couper la partie de la plaque contenant sa signature, et aurait eu pour conséquence de raréfier les épreuves ayant été produites ou ayant survécu.

Le titre original, Ledikant signifie « lit de parade » ; c'est Edme-François Gersaint (1694-1750) dans le Catalogue raisonné de toutes les pièces qui forment l’œuvre de Rembrandt (1751)[4],[N 2] qui donne le nom sous lequel on connaît cette estampe aujourd'hui : Le Lit à la française[6].

Rangée dans la catégorie des « sujets libres »[4],[7], elle représente un couple faisant l'amour dans un lit surplombé de grands rideaux. Sur l'une des demi-colonnes qui soutiennent le lit, l'homme a laissé sa toque à plume, qui définit son propriétaire comme un séducteur. Sur la table de chevet, une assiette et un verre vides trahissent un festin inaugural[6].

La chambre vide indique qu'il ne s'agit probablement pas de celle d'un ménage. Mais l'artiste ne porte aucun jugement, son sujet étant le plaisir que prend la femme et la position compliquée des deux corps[6].

Il n'est pas impossible qu'avec le Lit à la française, Rembrandt ait cherché à répondre à l'expression d'une luxure classiciste et peu distinguée, en réutilisant les gymnastes athlétiques de l'école romaine par une mise en scène bien plus proche de la réalité. Cela est typique de l'approche artistique de Rembrandt : il cherche souvent à détourner des sujets ayant une certaine tradition artistique. Les ingrédients visuels des estampes de Raimondi et de Rembrandt sont d'ailleurs très similaires[3].

Un très grand nombre d'images présente une atmosphère sensuelle qui précède le moment que Rembrandt a dépeint avec tant d'immédiateté. La plupart sont des estampes montrant les Enfants de Venus ; des représentations allégoriques du Toucher dans des séries abordant le thème des sens ; la Nuit dans les différentes phases d'une journée ; la Luxure dans les séries de personnification des sept péchés capitaux ; les conséquences de l'abus d'alcool ; des scènes bibliques osées ; ou des compositions contenant un discret petit détail piquant en arrière-plan. Certaines d'entre elles, comme les représentations de la Nuit de Crispijn de Passe, contiennent tous les éléments que l'on trouve dans Le lit à la française[8],[9]. Une femme - une prostituée, à en juger par sa coiffure - invite un homme qui s'attarde devant un verre, la tête reposant sur une main, à l'accompagner au lit, dans un coin de la salle. Elle lui a déjà chipé son chapeau à plume. Le fait qu'ils profitent de leur intimité dans un « lit à la française » - le nom donné, au XVIIe siècle, aux lits à rideaux - aurait donné le nom euphémistique de l'estampe de Rembrandt, bien qu'il soit impossible d'en être sûr[10].

Contexte

Selon ce que l'on sait de la morale du XVIIe siècle — très fermée concernant la sexualité et l'érotisme —, il est surprenant de voir des œuvres d'art « risquées » circuler[3]. Ledikant a dû être une image complètement nouvelle pour les contemporains de Rembrandt : elle ne suit ni la tradition mythologique, ni la tradition nord-européenne. L'acte sexuel n'est pas mis au second plan derrière des thèmes antiques ; il n'y a ici pas de dieu déguisé, pas de femme nue idéalisée, pas de décor abstrait ou antique. Tout ce que l'on voit, c'est un garçon, une fille et un lit dans un décor domestique. La composition ne peut pas non plus être catégorisée dans le genre du bordeeltjes (scène de bordel), qui étaient populaires en Hollande depuis le XVIe siècle. Les bordeeltjes reflètent une atmosphère louche et semi-publique. Elles mêlent traditionnellement les personnages à la nourriture, la boisson et la danse[11].

En 1647, un an après que cette gravure a été achevée, quelqu'un à Anvers a décidé de faire main basse sur de nombreuses estampes de sujets érotiques qu'il trouvait en ville. Un groupe de vingt-deux artistes, dont Jacob Jordaens, Jan Bruegel et Jan de Heem, ont témoigné que des « volumes d'estampes montrant des dieux en train de forniquer de Carracci, Rosso et de Jode sont vendues et échangées tous les jours, et ces recueils d'image sont habituellement achetés par des amants de l'estampe ; en effet, de tels recueils d’œuvres de Raphaël d'Urbino sont également vendus et échangés, de même que de nouveaux, faits à Paris par Peter van Mol, qui sont encore plus scandaleux[N 3] ». Arnold Houbraken, suivant Florent Le Comte, décrit beaucoup de ces images comme geiil en onbeschoft (lascives et vulgaires)[12],[3].

Des fragments Survivant de la deuxième édition d'I Modi de Marcantonio Raimondi (1524).

La collection d'estampes de Rembrandt inclut un recueil d'images de scènes érotiques (Boelering) de Raphaël, Rosso, Annibale Carracci et Giulio Bonasone[13]. Boelering signifie à l'origine « faire l'amour » sans connotations négatives, mais au XVIIe siècle, c'était mis en rapport aux lois entre les hommes et les femmes[14]. Plusieurs des estampes de l'album de Rembrandt qui ont été mentionnées dans le témoignage d'Anvers sont connues[15]. Certaines sont très explicites, comme I Modi de Marcantonio Raimondi (1524). Le Pape avait d'ailleurs interdit cette série, et elle avait été retirée de la circulation, mais elle a survécu grâce aux reproductions, en particulier les bois de Pietro Aretino, qui sont accompagnés de sonnets salaces[16],[17],[3],[N 4].

Analyse

Notes et références

Annexes

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