lieu de prêt d'objets en tous genres
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Une objethèque (aussi appelée[1]bibliothèque d'objets, bibliothèque d'outils, outillothèque, outilthèque, ou encore bricothèque) est une structure ayant pour vocation le prêt et l'emprunt d'objets (outils, équipements de jardinage, de nettoyage, de cuisine, électroniques, etc.), fonctionnant soit comme un magasin de location, avec des frais pour l'emprunt, soit plus communément gratuitement comme une forme de partage communautaire.
Une bibliothèque d'objets remplit les tâches principales suivantes[2],[3]:
Prêt: toutes sortes d'outils et d'objets à utiliser par des particuliers ou des bénévoles dans le cadre de projets d'entretien, de rénovation, d'amélioration, de loisirs, etc. Il s'agit d'objets qui d'habitude ne sont pas utiles tout au long de l'année, mais plutôt de façon temporaire ou pour une activité ciblée. Par exemple, un ménage peut avoir besoin d'une perceuse une fois lors d'un déménagement pour effectuer des trous permettant de fixer des étagères et tableaux.
Responsabilisation: pour le retour complet et en temps voulu de tous les objets empruntés, afin de garantir la durabilité à long terme de l'inventaire disponible. Le personnel cherche également à obtenir une compensation pour les outils et objets perdus et rendus en retard.
Entretien: effectuer l'entretien de routine et les réparations sur tous les équipements afin de garantir leur bon état et de prolonger la durée de vie de l'inventaire. Cette fonction est généralement assurée par des bénévoles et des travailleurs des services communaux.
Atelier de réparation de vélos à l'outilthèque de Seattle Ouest (États-Unis)Éducation: Certaines bibliothèques d'objets proposent également des cours éducatifs et ateliers (makerspaces aux États-Unis). Le Vancouver Tool Library and Community Access Center (VTLCAC) de Vancouver, dans l'État de Washington, offre un soutien aux projets individuels et des cours sur le travail du bois et l'entretien de base des voitures. Des objethèques, comme celle de Cornouailles à Quimper, organisent aussi, par exemple, des repair cafés[4].
Les objethèques peuvent exister par elles-mêmes, par exemple sous la forme d'une organisation à but idéal[3]. Ou elles peuvent être liées à d'autres entités ayant les mêmes objectifs de partage, de mutualisation ou de durabilité des biens. Cela peut prendre par exemple la forme d'une colocation avec d'autres associations au sein de lieux communs, ou l'outilthèque peut aussi être une sous-entité ou une entité annexe d'une bibliothèque publique[3],[5].
Catalogue d'objets
Certaines objethèques sont généralistes, d'autres peuvent être spécialisées. Lorsqu'elles proposent uniquement des outils, on parlera alors plutôt de bibliothèques d'outils, d'outillothèques, d'outilthèques, ou de bricothèques.
Dans leur logique de récupération et de réemploi, la plupart des objethèques associatives s'approvisionnent en seconde main[6].
Objets spécialisés: exemple des outils de jardinage
Spécialisée dans le jardinage, l'outillothèque de Libercourt, par exemple, propose les outils suivants: râteau, rouleau, pioche, plantoir, louchet, râteau manche, fourche bêche et à fumier, griffe manche trois dents et à main, binette, taille haie (électrique), tondeuse (électrique), motoculteur, élagueuse 4m (électrique à batterie fournie), débroussailleuse (électrique à batterie fournie), karcher, débroussailleuse (électrique), enrouleur 25m, mini trois dents, mini pelle, sécateur de force et seau, couteau à désherber, coupe bordure et branche télescopique, échelle articulée, scie circulaire / bois à main /à métaux et sauteuse (batterie), pince moly, meuleuse d’angle (batterie) et perceuse (batterie)[7].
Nombre d'objets
Certaines objethèques ont relativement peu d'objets dans leur catalogue, par choix - notamment de spécialisation - ou du fait de leur récente fondation. D'autres en mettent à disposition une grande quantité, à l'exemple de la Rebuilding Together Central Ohio, fondée en 1976, avec plus de 4 500 outils (en 2022).
Les objethèques mettent ainsi en pratique le partage d'outils et d'objets. Cela offre les avantages suivant par rapport à l'achat et la possession individuel[1],[2],[3],[6]:
le prix d'utilisation de ces objets revient à moins cher pour les emprunteuses et emprunteurs;
les objets sont entretenus par les objethèques plutôt que par l'utilisateur propriétaire;
ils sont stockés dans la bibliothèques d'objets et donc ne prennent pas de place chez l'usager une fois rendus;
si un objet est utilisé dix fois par une personne différente, théoriquement cela revient à éviter la production et l'élimination (en fin de vie) de neuf copies de cet objet;
les bibliothèques d'objets et d'outils participent de l'économie circulaire (économie de la fonctionnalité), puisque l'utilisation des biens de consommation est optimisée entre plusieurs personnes différentes;
En plus de s'intégrer harmonieusement dans l'activité originale des bibliothèques de livres, le prêt d'objets peut-être considéré comme une continuité de leurs missions[5]. Des objets peuvent apporter l'élément matériel du contenu d'une documentation, par exemple des livres sur la pratique d'un sport peuvent être complétés par l'équipement de l'activité physique en question. Également, la promotion de savoir-faire manuels véhiculés par les objets, peut s'inscrire dans l'objectif général des bibliothèques d'accroître la connaissance (y compris plus concrète et de la vie quotidienne).
Histoire
La mise en commun, plus ou moins élargie, d'outils et d'objets pour un emploi temporaire a été pratiquée au cours de l'histoire à divers époques, dans différents espaces.
Cependant, nous nous intéressons plus bas à l'émergence des objethèques contemporaines, ayant pris comme modèle celui des bibliothèques classiques[3]. En effet, les objethèques peuvent être décrites comme des «bibliothèques d'objets», au sens où leur fonctionnement est très similaire aux bibliothèques, mais elles prêtent des objets au lieu de livres et autres documents.
Aux États-Unis
Aux États-Unis, une extension des domaines de collections des bibliothèques au-delà des livres s'est observée: «Depuis deux siècles que les bibliothèques publiques sont intégrées à la société américaine, elles n’ont cessé d’expérimenter d’autres supports que le document.»[3]
Dans les années 1970, afin d'aider les ménages à accéder - gratuitement - à des outils dans une «politique de revalorisation urbaine» des maisons et communautés, de l'argent public est investi pour créer des bibliothèques d’outils, telles que la Rebuilding Together Central Ohio et la Tool Lending Library à Berkeley[3]. D'autres outillothèques sont aussi apparues - comme l'Atlanta Community ToolBank - dont les outils sont réservés à l'usage exclusif des organisations à but non lucratif et autres organisations communautaires qui réalisent des projets de bénévolat et d'entretien des installations, avec un inventaire non accessible aux particuliers.
L'année 2008 marque un tournant[3]. À partir de cette date, d'une part, des bibliothèques élargissent leurs collections à toutes sortes d'objets (et plus uniquement aux documents papiers, électroniques, ni seulement aux jeux, outils, vélos et graines) - des libraries of things (bibliothèques de choses) émergent -[2]. D'autre part, ces objethèques se multiplient rapidement. Cela peut s'expliquer par la crise économique qui a «obligé les populations à revoir leur niveau d’équipement.»[3] Également cela s'est inscrit, dans une tendance du public à favoriser l'économie du partage, la lutte contre le gaspillage et le respect de l'environnement[3].
Les bibliothèques ont eu la volonté de répondre à ces attentes, en effet, «Pendant des décennies, les observateurs ont prédit la mort des bibliothèques par obsolescence, à l’heure d’Internet, de l’open access et d’Amazon [...] Les collections d’objets sont directement en lien avec la tendance qui consiste à moins se focaliser sur les collections pour davantage développer des espaces et des services attractifs. Fournir des gadgets et du matériel permet aux bibliothèques de maintenir une utilité pour des usagers qui n’ont nul besoin des ressources traditionnelles d’information.»[3]
Dans cette logique de développement des objethèques, en 2011, le magazinePopular Mechanics classait, la «construction d'une outillothèque locale», parmi ses dix meilleures façons de changer le monde, en mettant en avant l'outillothèque de la communauté de West Seattle, créée en 2009 pour encourager un mode de vie urbain durable. Des organismes ont commencer à proposer des Tool Library Starter Kit (kit de démarrage de bibliothèque d'outils) gratuits à toute communauté intéressée par la création de sa propre objethèque. Ils comprennent par exemple des directives de démarrage, des questions fréquemment posées et des exemples de documents. En outre, le Center for a New American Dream a publié un webinaire qui met en lumière les idées d'une poignée d'outillothèques sur la façon de démarrer.
En 2018, les objethèques connaissent une popularité croissante et un succès avéré, aux États-Unis des dizaines de bibliothèques universitaires, une centaine de bibliothèques municipales et de nombreuses autres organisations proposent des collections d'objets variés[3].
Pour la France, «Des outilthèques existaient déjà dans l’Hexagone, mais les bibliothèques d’objets ont étendu le concept à toutes les catégories d’ustensiles»[2].
En Suisse, les objethèques se développent rapidement[6]. Pour la Suisse romande, 2018 est l'année d'inauguration de la première bibliothèque d'objet à Genève. Trois ans plus tard, une dizaine d'objethèques, réparties dans la région, existaient. Sept ans plus tard (en 2025), on en compte presque vingt.
Mark Robison et Lindley Shedd Francoeur (trad.Catherine Soulé-Sandic et Emily Wieder), «Les «bibliothèques d’objets» aux États-Unis», La revue de la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, vol.18, , p.52-61 (lire en ligne)
Mark Robison et Lindley Shedd Francoeur, «Les «bibliothèques d’objets» aux États-Unis», Catherine Soulé-Sandic et Emily Wieder (trad.), La revue de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, 18, 2018, p. 52-61.