Pere Créixams

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Décès
(à 71 ans)
Barcelone (Espagne)
Nom de naissance
Pere Modesto Luis Créixams i Picó
Nationalité
Pere ou Pedro ou Pierre Creixams (Créixams en catalan)[évasif]
Pere Créixams, photographie anonyme.
Naissance
Décès
(à 71 ans)
Barcelone (Espagne)
Nom de naissance
Pere Modesto Luis Créixams i Picó
Nationalité
Activité
Formation
Autodidacte, à Paris
Mouvement
Enfant
Ramon de Herrera (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Pere Créixams ou Creixams, dit également Pedro Creixams ou Pierre Creixams, né le à Barcelone et mort en 1965 dans la même ville, est un peintre et illustrateur (gravure, lithographie) espagnol.

Peintre figuratif et autodidacte, son œuvre reflète à la fois les sources de l’École de Paris et de la peinture catalane. Pendant toute sa vie, il est partagé, physiquement, entre l’Espagne, pays natal, et la France, pays d’adoption.

Barcelone-Paris, à la recherche de son destin, 1893-1917

Calle dels Tallers, Barcelone

Pere Modesto Luis Créixams est né le à Barcelone, dans le quartier populaire de Poble-sec. Créixams a toujours revendiqué son origine : « je sors du trottoir, du trottoir méditerranéen… »[réf. nécessaire] Pere est le fils unique de Ramon Créixams Roig et de Catarina Picó tous deux issus d’une famille pauvre. Son père meurt jeune en 1906. Il vit alors seul avec sa mère au 5e étage du numéro 61, calle dels Tallers (rue qui conduit de la Rambla de les Estudis à la Universitat).

Pere Créixams s’essaye alors à de nombreux petits boulots. André Warnod restitue : « à sept ans, il était laveur de vaisselle sur un bateau qui naviguait de Barcelone aux Baléares ; à neuf ans, il était apprenti forgeron ; à onze ans, il travaillait chez un menuisier ; à treize ans chez un imprimeur… »[1]. Le soir, il va en classe à la Escuela Moderna (l’École moderne). Il dit avoir appris à lire dans les « livres rouges et anarchistes ». En effet cette école est ouverte en 1901 par Francisco Ferrer, important leader et pédagogue anarchiste. C’était une école laïque dont le projet éducatif était basé sur la pédagogie rationaliste.

Grand théâtre du Liceu

En 1910, Créixams veut alors assouvir sa passion naissante, le théâtre, et il entre au conservatoire du Grand théâtre du Liceu de Barcelone et y obtient un premier prix de comédie. Il commence alors, dit encore André Warnod, « une vie chaotique qui dura sept ans, jouant sur toutes les scènes, directeur même d'une troupe. Et puis, à vingt-deux ans, il fit ses adieux au théâtre, à ses pompes et à ses œuvres et redevint tout bonnement ouvrier typographe. Cest dans ces conditions qu'il arriva à Paris… »[1]

Les débuts parisiens, naissance d’un peintre, 1917-1929

Créixams arrive en 1917 à Paris, à Montparnasse plus exactement au moment où le contexte historique et social n’est pas favorable, et plus encore quand on est étranger. Il débute chez François Bernouard, à La Belle Édition en 1917. Puis c’est au sein de l'Imprimerie Union, engagé en tant que phénicien[2], que le monde littéraire, poétique et artistique s’ouvre à lui[3],[4] : « Créixams, évoque Amanda Herol-Marme, se découvre une vocation artistique au contact du milieu avant-gardiste »[5] : a rencontre avec l’écrivain Florent Fels est décisive. Il lui présente tout le Paris intellectuel : le poète, critique d’art et écrivain André Salmon qui le surnomme Pierre l’imprimeur, l’écrivain suisse Blaise Cendrars, Max Jacob, André Malraux, Raymond Radiguet et le peintre Amedeo Modigliani. Juan Manuel Bonet relève également la rencontre de Henri Michaux[6].

Othon Friesz
Paul Guillaume par Amedeo Modigliani

Il rencontre Marie Lebourg, toujours appelée « Madeleine » par Créixams et tous leurs amis. Il l’épouse le à la mairie de Rouen, ville de la mariée. Créixams s’essaie à l’art sous les conseils du peintre Othon Friesz et c’est le temps des premiers succès. Il expose par deux fois en 1921 au café du Parnasse (47 artistes exposent au café du Parnasse en janvier ; Les Cent du Parnasse exposent au café en juillet, avec un catalogue le disant installé au 5, rue des Fossés-Saint-Jacques[2]) et lors de l'Exposition du nu à la galerie Montaigne à Paris. Comme l'analyse Amanda Herold-Marme, « le style novateur de l'autodidacte subit l'influence d'Amedeo Modigliani mais ses sujets conservent une dimension ibérique comme Corpus Christi (1920)[7]. Ce portrait d'une femme au visage ovale et aux traits simplifiés, vêtue de noir, avec une mantille rehaussée d'un grand peigne, représente l'image modernisée de l'Espagne dévote »[5].

Florent Fels le présente au célèbre marchand de tableaux parisien Paul Guillaume installé 39, rue La Boétie. Celui-ci lui propose de signer un contrat pour s’engager à lui livrer toute sa production artistique de à . Les toiles de Créixams sont exposées aux côtés de celles d'André Derain, de Pablo Picasso, de Maurice de Vlaminck, d'Henri Matisse et d'Amedeo Modigliani…

Par la suite, Créixams travaille avec le galeriste Pierre Loeb avec qui il signe un contrat en 1925. Située à l'angle de la rue de Seine et de la rue des Beaux-Arts, la célèbre galerie Pierre qui, de 1927 à 1963, représenta de nombreux artistes qui marquèrent le XXe siècle (Braque, Klee, Chirico, Derain, Dufy, Gromaire, Léger, Miro, Pascin, Picasso, Soutine, Masson, Man Ray…).

En peinture, il se tourne vers ses ancêtres espagnols, Le Greco, Francisco de Goya, Diego Vélasquez afin d’affirmer leur héritage artistique. Son admiration pour Pablo Picasso se fait aussi sentir dans sa production des années 1920 et il retient la leçon du peintre des miséreux, des saltimbanques et des guitaristes.

À partir de 1922, il s’installe au 55, rue du Chevalier-de-La-Barre à Montmartre[8] et fréquente ses compatriotes, comme Julio González et Pablo Picasso qui s'intéresse à son œuvre naissante[7], mais aussi d'autres anciens du Bateau-Lavoir tels que Max Jacob ou André Salmon. Ses amis du cercle littéraire de Florent Fels le soutiennent et Créixams devient alors l’ami des écrivains. Le peintre se transforme en illustrateur et collabore avec le duo écrivain et éditeur Pascal Pia et René Bonnel sur le poème inédit de Charles Baudelaire publié d'après le manuscrit original qu'il orne de huit eaux-fortes[9].

Créixams se lance dans le portrait et, restitue Florent Fels, prend pour modèle ses amis, artistes et écrivains[10], Edgar du Perron dit Eddy[11], Georges Duhamel[12], Colette[13], Paul Fierens[14], André Gaillard[15], Jean Paulhan[16], André Suarès[17], les frères Tharaud[18]).

Sociétaire du Salon d'Automne en 1927[19], il y expose en 1928 la toile Composition et prend part aussi au Salon des indépendants et au Salon des Tuileries[20]. En janvier 1928, le catalogue du Salon des indépendants le dit installé au 1, rue Leclerc dans le 14e arrondissement de Paris[21] tandis qu'en mai de la même année, le catalogue du Salon des Tuileries le situe au 1, rue d'Orchampt dans le 18e arrondissement[22], offrant ainsi à dater assez précisément un passage de Montparnasse à Montmartre en cette année-là.

La Catalogne, le retour aux sources, les années 1930

Créixams se fait donc un nom en exposant dans les galeries et les salons parisiens et sa peinture va être également diffusée en Catalogne[23]. À Paris, il fréquente des artistes catalans, comme lui exilés, ou séjournant dans la capitale française, tels que Joaquín Torres García, Eugenio d'Ors et Joan Miró. Ce réseau permet une grande solidarité entre artistes. À Barcelone, de la même façon, Créixams entretient des amitiés. Sa rencontre avec le critique et peintre Rafael Benet (es) lui ouvre les portes du monde artistique barcelonais. Le succès de Créixams est total : il est présenté dans les galeries avant-gardistes de la ville, dans les salons et ses œuvres attirent l’œil des collectionneurs (Galeries Dalmau, Sala Parés, Galeries d’Art Syra). Il expose ses œuvres régulièrement à l’Exposició de Primavera [Exposition de Printemps], du Saló de Montjuïc.

La peinture de Créixams s’inspire d'abord du noucentisme catalan. Ce mouvement, qui débute vers 1906 et dure jusqu’au début de la guerre civile en 1936, se veut artistique et politique et propose une rénovation de la société. Eugenio d'Ors, le théoricien de cette nouvelle esthétique, désire une régénération artistique en Catalogne. Puis Créixams rapidement évolue vers un réalisme populaire et direct revendiqué par la nouvelle génération d'artistes appelée Generació del 17. Ses paysages sont très construits, géométrisés, fruit d’une grande admiration pour Paul Cézanne.

Tossa de Mar

L’attachement de Créixams à son pays se manifeste par des séjours réguliers en Catalogne tout au long de sa vie. La période estivale était privilégiée et le petit village de pêcheurs de Tossa de Mar accueillit l’artiste lors de nombreux séjours. Ces retours en Catalogne apportent à Creixams une nouvelle inspiration et un style plus personnel. Tossa, havre de paix et site d’une grande beauté, devient sous son impulsion, un véritable centre artistique et intellectuel. Créixams et Benet attirent avec eux leurs amis catalans : Emili Bosch Roger (ca), Francesc Camps Ribera (ca), Josep Gausachs (ca), Francesc Domingo, Josep Mompou (ca), Manuel Humbert (ca), Emili Grau Sala, Enric Casanovas (ca). Mais l’attraction dépasse les frontières catalanes grâce aux connaissances de l’artiste qui invite ses amis parisiens - « Créixams ouvre les portes de Tossa aux artistes et critiques de l'École de Paris » s'enchante Rafael Benet qui voit de la sorte en Tossa une « Babel des arts »[24],[25] - avec en tête Florent Fels, Georges Charensol, Georges Duthuit et des artistes tels que Albert Marquet, Roger Wild, Georges Kars et Marc Chagall[26].

Après avoir passé l’été 1934 à Tossa en compagnie de nombreux artistes, Créixams ne rentre pas à Paris et reste en Catalogne jusqu’en 1937. En effet, il est nommé professeur à l’Escola superior de paisatge (ca) d'Olot. Puis survient l’année 1937 marquant un tournant historique et politique pour la Catalogne et l’Espagne. Créixams s’engage artistiquement du côté des Républicains. C’est à cette date là que le gouvernement catalan le choisit pour illustrer un ouvrage de propagande édité par le Comissariat de Propaganda de la Generalitat[27].

Il vit à Barcelone les premiers affrontements armés, mais finalement, la situation se dégradant, il retourne vivre à Paris le . Il quitte la Catalogne en pleine guerre civile et il n’y reviendra qu’à la suite d’un exil de onze années. À la suite de ses dessins engagés, il réalise en 1939 des toiles illustrant la Retirada décrivant la fuite vers la France de milliers de Républicains espagnols.

Entre Paris et Barcelone, La double identité : le Catalan de Montmartre, 1937-1965

Ce retour en France, durant la Seconde Guerre mondiale, et la période de l’Occupation sont difficiles. Mais Montmartre l’accueille une nouvelle fois à bras ouverts et Créixams retrouve ses amis de la Butte, écrivains, peintres et chansonniers. Il devient alors une figure montmartroise essentielle aux côtés de Marcel Aymé, Pierre Mac-Orlan, Gen Paul entre autres. La traditionnelle ambiance de fête qui règne à Montmartre convient parfaitement au caractère de bon vivant de Créixams. l’éloignement durant plusieurs années de son pays natal a pour conséquence une peinture aux profonds accents espagnols.

Créixams connaît une période de faible activité artistique. Tout de même, dès 1938, il participe de nouveau aux différents salons parisiens. De plus, il expose en tant qu’artiste montmartrois lors d’expositions collectives mais aussi aux côtés de ses compatriotes catalans. Lui sont consacrées des expositions individuelles régulières par les galeries parisiennes. (galerie Delpierre, galerie Pétridès - C'est dès 1927 que Paul Pétridès fait la découverte de Pere Créixams chez Mazella où il est accroché aux côtés de Pablo Picasso, Maurice de Vlaminck, Tsugouharu Foujita et André Favory[28] -, galerie de L'Élysée, galerie Charpentier…)

À Barcelone, à partir de la guerre civile espagnole, Créixams n’expose plus. Il faut attendre 1948, année qui marque son retour à la Sala Parés (es). Cette galerie, toujours fidèle à l’artiste, lui organise des expositions individuelles ainsi que la galerie La Pinacoteca (ca).

Créixams et Madeleine mariés depuis 1919, se sont éloignés l’un de l’autre. Créixams rencontre vers 1940 Nana de Herrera (1905-1991) et de leur amour naît en 1943 un enfant, Ramon de Herrera dont lui même et Gen Paul laisseront des portraits et qui connaîtra une carrière notable de musicien[29]. Nana de Herrera, figure majeure de la vie mondaine parisienne pendant les années folles, est une danseuse de ballet classique espagnole. Elle fut le modèle de Max Ponty pour son dessin du célèbre paquet de cigarettes Gitanes (de la Seita). Elle incarna également quelques seconds rôles au cinéma (L'Ange rouge de Jacques Daniel-Norman en 1949, Orgueil et Passion de Stanley Kramer en 1957, Le Septième Voyage de Sinbad de Nathan Juran en 1958)[30] mais est demeurée célèbre pour le portrait qu’en fit Tamara de Lempicka en 1928 à la demande du Baron austro-hongrois Raoul Kuffner et qui est entré plus tard dans la collection de la chanteuse Madonna. Lointain écho de la réclame de Joël Martel qui la représentait en posture de danse en 1926, la toile de Lempicka semble avoir été faite pour souligner sa personnalité[31].

Le Lapin Agile

Créixams débute dans les années 1940, une carrière de portraitiste mondain. Il fréquente le milieu du théâtre et du cinéma. Ses sujets de prédilection sont l’espagnolade ou évocation de l’Espagne. Des gitans, des majas, des danseurs, des toreros évoluent entre réalité et fantaisie. Pendant l’Occupation, Créixams fréquente avec le peintre Gen Paul le Lapin Agile au 4, rue des Saules ainsi que les restaurants Chez Manière, rue Caulaincourt et Chez Pomme. À la fin des années 1940, Gen Paul invente sa « Chignolle à Gégène », sorte de fanfare tonitruante, dans laquelle il entraînera tous les artistes de Montmartre : Créixams, Frank-Will, Tony Agostini, Roger Bertin, Jean d'Esparbès

Le peintre s’entourait de nombreuses figures du milieu littéraire. On lit ainsi chez l’écrivain Pierre Mac Orlan : Créixams est un « lutteur aux épaules carrées et au torse massif, il se collette sans peur avec les terribles difficultés du plus subtil des arts »[réf. nécessaire]. Créixams continua d’apporter ses talents d’illustrateurs pour des ouvrages : pour Joie sur la terre de René Fauchois[32], De Tapioca à grand-mère Dobrovna d’Henry Bry[33] et Daphné de Georges Charaire[34].

Créixams vivait à Montmartre mais ne cessa de retourner à Barcelone où il retrouvait ses amis catalans. Il logeait toujours dans un appartement calle Colon. Il s’éteint le d’un arrêt cardiaque dans la ville qui l’a vu naître.

Partagé toute sa vie entre sa Catalogne natale et la France, pays d’adoption, Créixams resta une figure de la butte Montmartre. Sa double identité de Catalan et de Montmartrois résume sa vie : tout en gardant la nostalgie de la Catalogne, l’exil parisien a enrichi sa palette, la complexité de son œuvre en témoigne. Anaïs Bonnel le situe dans sa postérité en évoquant « toute une vie qui fut partagée, physiquement, entre l'Espagne, pays natal, et la France, pays d'adoption. Son art garde l'empreinte de ses origines et s'inscrit dans la tradition espagnole et catalane. L'artiste porte toujours en lui une double identité : "Créixams, le Catalan de Montmartre" »[35].

Contributions bibliophiliques

Marcel Sauvage
Colette
Eddy du Perron
Jean Paulhan
Cèsar August Jordana (ca)

Expositions

Expositions personnelles

Musée municipal de Tossa de Mar
  • Galerie Fabre, Paris, 1925[38].
  • Galerie Colette Weill, Paris, septembre-novembre 1928[39],[40], novembre 1929 - janvier 1930 (Pierre Creixams - La caravane perdue)[41],[42].
  • Salle Parés (es), Barcelone, janvier-février 1930[43], novembre-décembre 1931[44], avril 1933[45], mai 1934[46],[47].
  • Sala Busquets, Barcelone, octobre-novembre 1935[45].
  • Galerie de l'Élysée, Paris, avril 1942[48],[5].
  • Galerie Paul Pétridès, Paris, décembre 1949[49], décembre 1952[50].
  • La Pinacoteca (ca), Barcelone, mai-juin 1958[51], 1962[45].
  • Sala Nonell, Barcelone, 1975[45].
  • Galerie Beaubourg, Barcelone, 1975[45].
  • Pere Créixams i la seva circumstància, Musée municipal de Tossa de Mar et Musée d'Art de Gérone, 1992[52].
  • Créixams - Montparnasse-Montmartre, 1916-1928, Centre d'études catalanes, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, Paris, mai-juin 2011.
  • Pere Créixams, entre Paris et la Catalogne, l'entre-deux-guerres, Maison de la Catalanité, Perpignan, du au . Organisation Conseil général des Pyrénées-Orientales. Commissaire d'exposition : Anaïs Bonnel[53],[54].
Le 103, boulevard du Montparnasse, Paris, aujourd'hui
Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Galeries Dalmau, Barcelone
Carnegie-Stout Public Library (en), Dubuque (Iowa)
Legion of Honor, San Francisco
Charlottenborg, Copenhague
Jeu de paume, Paris
Casino de Manresa (es)
Hôpital royal (es), Grenade
Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid
Sala Parés (es), Barcelone

Expositions collectives

Réception critique

André Warnod
Marcel Aymé
Francesc Fontbona (es)
  • « Avant tout le don de peindre, avec fougue, force et faculté. Mais aussi, le goût de la nuance, une observation aiguë des formes, du pittoresque. Prenant conscience de ses responsabilités, Créixams va, depuis peu, vers la recherche des raisons secondes de la peinture qui conduit à l'étude des caractères, à la création de l'atmosphère propre à chaque sujet. Il est en voie de devenir un des portraitistes les plus puissants de ce temps avec Kees Van Dongen, André Favory, Marc Chagall, Charles Edmond Kayser. » - Florent Fels[38]
  • « Creixams débuta, semble-t-il, sous le signe de Suzanne Valadon. Du moins, ses premières œuvres sont-elles très imprégnées de l'influence de cette puissante artiste. Creixams a subi par la suite l'ascendant du pauvre Amedeo Modigliani, sans jamais l'égaler. Pablo Picasso l'a souvent inspiré. Il a regardé notamment ses arlequins morbides aux corps grêles, aux visages émaciés. Malgré ces influences, Creixams affirme dans le dessin une sensibilité mélancolique et tendre qui lui est personnelle. » - Waldemar-George[87]
  • « Il n'est pas le seul, certes, à avoir peint des arlequins ascétiques, des acrobates hallucinés. Il n'est pas le seul à avoir peint des figures d'un classicisme de musée. Est-il le seul aussi à peindre des joueurs de guitare brûlant d'une fièvre étrange, et des personnages hâves, décharnés, vêtus de loques, mais de loques magnifiques, des enfants aux regards mystérieux, des filles aux yeux de folles ? Cela importe peu. Et le chapeau haut de forme dont il affuble ses personnages et qui, pour luis, symbolise le bluff écrasant des pauvres bougres, d'autres veulent-ils s'en servir ? Cela ne serait rien, acrobates, mendiants, guitares et chapeaux haut de forme, si Créixams ne donnait à tout cela un caractère très particulier. Il peut faire quelque chose de très grand. » - André Warnod[1]
  • « Une peinture française de sève espagnole… » - Marcel Aymé[88]
  • « Sa silhouette était si imposante que, pendant longtemps, le caractère de l'homme a quelque peu occulté celui du peintre, malgré la forte présence de ses tableaux sur le marché, mais pas du tout dans son pays d'origine. "Un type à la Goya, marié à une Française, et cela, à ce moment-là, est très en vogue" évoque Joaquín Torres García lorsqu'il le rencontre à son arrivée à Paris en 1926. Tossa de Mar connaît bien cet aspect essentiel de la personnalité de l'artiste. La ville lui doit une bonne partie de son cosmopolitisme culturel des années trente car Créixams - qui lui est très fidèle depuis la seconde moitié des années vingt - a joué un rôle important dans l'arrivée massive d'artistes européens qui s'en produite vers 1933. Comme l'a dit Rafael Benet (es), "Créixams était détenteur de la clé de Tossa". Mais maintenant, avec le recul du temps, il est inévitable que nous oubliions quelque peu cet homme extraverti, dont les souvenirs personnels s'estompent de plus en plus, et il ne nous reste plus que, renforcée, son œuvre, cette peinture abondante, fluide, qui porte en elle le parfum de ce phénomène artistique tellement imprécis mais tellement évident qu'on a appelé l⁷École de Paris, exaltée par la littérature et le cinéma : une peinture légère, figurative, dépourvue de dérives pathétiques, qui a contribué à donner forme à la grande vague des réalismes florissant en Europe et dans tout l'art occidental à la suite de la première avant-garde. » - Francesc Fontbona (es)[52]
  • « L'œuvre attachante et mélancolique d'un Catalan qui adopta la butte Montmartre et ce qu'il était encore convenu d'appeler la bohème. Des saltimbanques, des arlequins défraîchis, des filles fatiguées : les personnages de ses amis Francis Carco et Pierre Mac Orlan. Mais Créixams, avec un sens plastique très sûr, dans sa vision dramatiquement populiste et blasée, souligne la fierté naturelle et la dignité de ses guitaristes et de ses gitans. Il a également peint des paysages, des nus et des portraits. » - Gérald Schurr[89]
  • « Peintre espagnol, se réclamant de l'École de Paris, il a surtout peint des scènes typiques espagnoles, des dames à l'éventail, des arlequins, des gitanes, traitées à grands coups de brosse, dans des couleurs vives. » - Dictionnaire Bénézit[55]

Conservation

Principauté d'Andorre

Argentine

Espagne

États-Unis

France

  • Musée Hyacinthe-Rigaud, Perpignan, quatre œuvres[107] :
    • Corrida, huile sur toile 57,5 × 42,9 cm[108] ;
    • Nu étendu, fusain 47,5 × 31,4 cm ;
    • Étude de femme assise, encre 32 × 32 cm ;
    • Infants, sculpture, vers 1930.

Royaume-Uni

  • Fitzwilliam Museum, Cambridge, deux dessins[109] :
    • Fille nue, mi-étendue, dessin 48,2 × 30,2 cm ;
    • Portrait de femme aux cheveux dénoués et au grand chapeau, dessin 41,8 × 35,6 cm, 1921..

Suisse

  • Musée du Petit Palais, Genève, deux œuvres :
    • Maternité, huile sur toile 100 × 81 cm, 1921 ;
    • L'exode après la révolution, huile sur toile 97 × 130 cm, ancienne collection Oscar Ghez.

Collections privées

Espagne

France

  • Paul Pétridès, Paris[28].

Récompenses

Notes et références

Annexes

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