Pierre Joseph Duhem
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Lille (France)
Mayence (France au terme du traité de Campo-Formio)
| Député français |
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| Naissance | Lille (France) |
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| Décès |
(à 48 ans) Mayence (France au terme du traité de Campo-Formio) |
| Nationalité | |
| Activités |
Pierre Joseph Duhem, né le à Lille, mort le 24 mars 1807 à Mayence, est un médecin et homme politique de la Révolution française.
Entre 1791 et 1795, il est député du Nord à l'Assemblée nationale législative puis à la Convention nationale, où il vote la mort de Louis XVI.
Médecin à Lille
Né à Lille, Duhem est le fils d'un maître-tisserand. Il fait ses études au collège d'Anchin de Douai. Après l'université, il devient médecin et exerce dans les hôpitaux militaires de Lille et de Douai. Il se fixe finalement dans sa ville natale en 1787.
Carrière à la Législative
La France devient une monarchie constitutionnelle en application de la constitution du 3 septembre 1791. Le même mois, Pierre Joseph Duhem, alors juge de paix à Lille, est élu député du département du Nord, le neuvième sur douze, à l'Assemblée nationale législative[1].
Il siège sur les bancs de la gauche de l'Assemblée. Dès le début de son mandat, il est reçu au club des Jacobins[2].
Le 11 novembre 1791, il soutient la proposition de Maximin Isnard (député du Var) de déporter hors de France les prêtres réfractaires[3] :
J'appuie la proposition de M. Isnard. Je soutiens que si nous faisons mettre les prêtres fanatiques en prison, leurs partisans iront y faire des pèlerinages (Rires et applaudissement). [...] En les exilant hors du royaume, vous préviendrez ces abus.
Le 1er février 1792, il vote en faveur de la mise en accusation du ministre de la Marine, Bertrand de Molleville[4]. Le 31 mars, il dénonce l'ancien ministre de la Guerre, Louis-Marie de Narbonne-Lara, et demande qu'il soit assigné à résidence[5]. Le 9 avril, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séance[6].
Après la journée du 20 juin 1792, Pierre Joseph Duhem devient l'un des députés républicains les plus actifs à l'Assemblée. Le 25 juillet, il appuie la mise en liberté des citoyens Bouland et Pâris, arrêtés pour avoir tenus des propos séditieux[7]. Le 8 août, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La Fayette[8].
La monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple. À l'issue de la journée, Pierre Joseph Duhem se porte à la rencontre des insurgés[9] :
En vertu des ordres que nous avons reçus de l'Assemblée nationale, nous nous sommes transportés au château où nous avons vus plusieurs citoyens qui paraissaient vouloir se disposer à quelques excès. [...] Les citoyens se sont calmés ; ils se sont reposés sur la justice de l'Assemblée nationale, et de la Convention nationale future, et nous ont juré tranquillité, fidélité et soumission à la loi. (Applaudissements.)
Le 20 août, il dénonce la conduite du général Arthur Dillon[10] :
Il est coupable, non seulement d'avoir cherché à égarer l'armée, mais d'avoir adopté le système de défense le plus dangereux, celui de morceler l'armée [...]. Je demande le rapport du décret par lequel vous avez suspendu celui qui déclare que ce général a perdu la confiance de la nation.
Le 21 août, il est élu secrétaire, aux côtés d'Antoine-Louis Albitte (député de Seine-Inférieure), de Claude Basire (député de la Côte-d'Or) et d'Eugène Gossuin (député du Nord)[11].
Mandat à la Convention
Le député Montagnard
En septembre 1792, Pierre Joseph Duhem est réélu député du Nord, le deuxième sur douze, à la Convention nationale[12].
Il siège sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, le 26 décembre 1792, il réclame l'appel nominal et le jugement prompt :
Lorsque les tyrans égorgeaient les patriotes, ils n'ajournaient pas (Applaudissement.)... Lorsque les Autrichiens bombardaient Lille en son nom, ils n'ajournaient pas.
Lors des appels nominaux, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine. Le 21 janvier 1793, il est élu membre du Comité de Sûreté générale[13].
Le 13 avril 1793, Pierre Joseph Duhem est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat. Le 28 mai, il est également absent lors du scrutin sur le rétablissement de la Commission des Douze.
Le représentant en mission
Dès le 30 septembre, Pierre Joseph Duhem est envoyé en mission, aux côtés d'Eustache d'Aoust (député du Nord), de Jean-François Delmas (député de Haute-Garonne), de Louis-Gustave Doulcet de Pontécoulant (député du Calvados), d'Antoine Dubois de Bellegarde (député de Charente) et de Pierre Loysel (député de l'Aisne), auprès de l'armée du Nord[14].
Le 5 février 1793, il s'oppose, avec Augustin de Robespierre (député de la Seine) à l'envoi de Charles Varlet (député du Pas-de-Calais), député girondin, comme commissaire auprès de l'armée du Nord[15] :
Je déclare que la frontière du Nord a assez souffert pour qu'il soit nécessaire de lui envoyer un homme connu pour son patriotisme. [...] Censurez-moi si vous voulez ; mais je déclare que je ne nommerai jamais un député qu'on m'assure être royaliste. (Nouveaux murmures.)
Le 4 avril, il est envoyé en mission, aux côtés de Philippe Briez (député du Nord), de Lazare Carnot (député de la Côte-d'Or), Pierre Delbrel (député du Lot), Louis Dubois du Bais (député du Calvados), d'Ernest Duquesnoy (député du Pas-de-Calais), de Thomas-Augustin Gasparin (député des Bouches-du-Rhône) et de Pierre Roux-Fazillac (député de la Dordogne), à nouveau auprès de l'armée du Nord[16]. Il est rappelé à la Convention le 19 juillet[17].
Au terme sa mission, Pierre Joseph Duhem et son collègue Gaspard Lesage-Senault (député du Nord) sont dénoncés par Ernest Duquesnoy qui les accuse d'avoir violé la loi du Maximum[18]. Le jour de son rappel, il dénonce la conduite du général Jean-Baptiste de Lavalette, qui est défendu par Maximilien de Robespierre (député de la Seine) au club des Jacobins le 22 juillet[19].
Le 22 frimaire an II (12 décembre 1793), lors du scrutin épuratoire du club, Pierre Joseph Duhem est exclu sur motion de Robespierre[20]. Dans ses mémoires, Marc Antoine Baudot (député de Saône-et-Loire) que Duhem fait partie des députés qui s'en prennent à Robespierre le 20 prairial an II (8 juin 1794) lors de la fête de l'Être suprême[21] :
Parmi ceux qui dirent beaucoup d'injures à Robespierre pendant la procession, je distinguai particulièrement Thirion, Montaut, Duhem, Lecointre de Versailles.
Le député Crêtois
Après la chute de Robespierre, Pierre Joseph Duhem siège sur les bancs des « derniers Montagnards » selon l'historienne Françoise Brunel.
Le 3 frimaire an III (23 novembre 1794), il se prononce en faveur de la mise en accusation de Jean-Baptiste Carrier (député du Cantal), accusé d'avoir commis les fusillades et les noyades de Nantes, mais précise[22] :
Je dis oui... Et j'invite la Convention nationale et le peuple français à surveiller et à détruire une faction fondée sur un infâme système de calomnie et de crimes, faction soudoyée par l'étranger, faction dictatoriale de l'opinion publique... J'accuse Tallien et Fréron d'être les chefs de cette faction, et je les dénonce à la France entière.
Il fait notamment décréter comme fête nationale la date anniversaire de la mort de Louis XVI. Fin 1794, il prend la défense de Barère, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne accusés de terrorisme.
Proche des derniers sans-culottes parisiens, il tente de s'en faire le porte-voix. Lors de l'Insurrection du 12 germinal an III (1er avril 1795), il fraternise avec les manifestants. Cela lui vaut d'être décrété d'arrestation. Il est emprisonné à Ham puis à Sedan, mais évite de passer en jugement.
Fin de carrière
Libéré par l'amnistie de frimaire an IV, il devient médecin auprès de l'Armée du Nord.
Il reste cependant impliqué en politique et soutient les principaux mouvements néo-jacobins sous le Directoire, étant ainsi membre du Club du Panthéon en 1795-1796. Licencié en 1797, il est réintégré grâce le Coup d'État du 18 fructidor an V. Il est accusé en 1798 d'avoir fait l'apologie des « martyrs de prairial an III ».
Transféré à l'armée d'Italie puis à celle de l'Ouest, il est affecté en 1802 comme médecin en chef à l'hôpital militaire de Mayence.
Notes et références
- ↑ « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 34, Liste des députés par départements »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ François-Alphonse Aulard, « La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 3 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 35, séance du 11 novembre 1791 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 39, séance du 8 mars 1792 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 41, séance du 31 mars 1792 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 41, séance du 9 avril 1792 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 47, séance du 25 juillet 1792 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 47, séance du 8 août 1792 »
, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émile Laurent, Jérôme Mavidal, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 47, séance du 10 août 1792 »
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, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Émil Laurent, Constant Pionnier et E. Tonnier, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 48, séance du 21 août 1792 »
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, sur Gallica, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 5 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Claveau, Louis, Lataste, Lodoïs (1842-1923), Ducom, André Jean (1861-1923) et Pionnier, Constant (1857-1924), « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 70, séance du 30 juillet 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, séance du 22 juillet 1793 »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Aulard, François-Alphonse (1849-1928), « La Société des Jacobins : recueil de documents pour l'histoire du club des Jacobins de Paris. Tome 5, séance du 22 frimaire an II (22 décembre 1793) »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Baudot, Marc-Antoine (1765-1837), « Notes historiques sur la Convention nationale, le Directoire, l'Empire et l'exil des votants »
, sur https://gallica.bnf.fr, (consulté le ) - ↑ Brunel, Françoise (née en 1948) et Gomez-Le Chevanton, Corinne, « Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 102, séance du 3 frimaire an III (23 novembre 1794) »
, sur https://www.persee.fr, (consulté le ) - ↑ François Xavier de Feller, Supplément au Dictionnaire historique des grands hommes : Aarhusius-Gyllenborg Lyon, 1829, p. 362 en ligne
Voir aussi
Bibliographie
- Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 2005
