Politique étrangère de l'Arménie

From Wikipedia, the free encyclopedia

La politique étrangère de l'Arménie regroupe l'ensemble des liens diplomatiques entretenus par la République d'Arménie depuis son indépendance de l'Union soviétique le .

Depuis son indépendance, l'Arménie a maintenu une politique équilibriste en essayant d'avoir de bonnes relations avec la Russie et l'Iran d'une part et l'Occident d'autre part, notamment les États-Unis et l'Union européenne.

Ararat Mirzoian, Chef de la Diplomatie arménienne depuis le 19 août 2021.

Très enclavée du fait d'une absence totale d'accès à la mer, l'isolement géographique de l'Arménie est accentué par la fermeture de deux de ses frontières terrestres avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. Les tensions accrues entre l'Arménie et ces deux pays frontaliers concernent le génocide arménien perpétré par les Ottomans à partir de 1915 et la souveraineté du Haut-Karabagh disputée avec l'Azerbaïdjan.

Les relations internationales de l'Arménie sont souvent influencées par le parti pris des gouvernements étrangers sur la question de la souveraineté du Haut-Karabagh, et sur la reconnaissance politique du génocide arménien. La Russie, principal allié historique de l'Arménie, se pose traditionnellement en médiateur dans la guerre du Haut-Karabagh opposant les deux anciennes républiques soviétiques[1]. Néanmoins, la Russie est aussi régulièrement accusée de bénéficier de ce conflit en profitant de son rôle d'arbitre pour accroître son influence sur ses deux anciens états satellites[2],[3], et en exportant des armes aux deux pays en guerre[4],[3].

Enfin, les relations internationales de l'Arménie sont largement influencées par l'importante diaspora arménienne estimée à plus de 8 millions d'individus (descendants de réfugiés pendant le génocide arménien), soit 2 à 3 fois plus que le nombre d'habitants recensés en Arménie (un peu plus de 3 millions)[5],[6]. En effet, l'Arménie entretient traditionnellement de bonnes relations avec les États dont les populations comptent d'importantes communautés arméniennes, notamment la Russie (plus de 2 millions), les États-Unis (1,5 million), la France (500 000), et certains pays du Moyen-Orient, principalement l'Iran, le Liban et la Syrie.

L'Arménie est membre de plus de trente-cinq organisations internationales, comme l'Organisation des Nations unies, le Conseil de l'Europe, la Communauté des États indépendants, l'Union économique eurasiatique, ainsi que l'Organisation du traité de sécurité collective.

Le ministre des Affaires étrangères de l'Arménie est Ararat Mirzoian depuis 2021.

La Première République d'Arménie

La République Démocratique d'Arménie a été fondée le , puis a été intégrée à l'Union soviétique le .

Période soviétique

L'Arménie est intégrée à l'URSS de 1920 jusqu'à sa dislocation en 1991, sous le nom de République socialiste soviétique d'Arménie. Entre 1922, l'Arménie fusionne avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie pour former la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, dissoute en 1936[7].

Depuis l'indépendance

L'Arménie déclare son indépendance de l'Union soviétique la , devenant la République d'Arménie.

Entre 1991 et 2025, un enclavement sous pression

Depuis lors, l'Arménie à une série de guerres face à son voisin de l'est l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabagh, entre 1988 et 1994, en avril 2016 en juillet 2020, puis entre septembre et novembre 2020, qui aboutissent à la prise de contrôle de ce territoire disputé par l’Azerbaïdjan. À la suite de la perte des trois quarts des territoires de ce territoire de 11 430 km2, une normalisation des relations diplomatiques entre l'Arménie et la Turquie est envisagée, alors que le contrôle arménien du Haut-Karabagh en était le principal obstacle pour la Turquie alliée de l’Azerbaïdjan[8].

Parallèlement, la politique étrangère arménienne est définie par la recherche de la « complémentarité », l’Arménie s’efforçant de maintenir un équilibre stratégique entre son partenariat de sécurité avec la Russie et son intérêt à approfondir les liens avec l’Europe et l’Occident[9]. L'Arménie est un membre-fondateur de l'Organisation du traité de sécurité collective créée le 7 octobre 2002 regroupant avec l'Arménie la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie, et le Tadjikistan, qui a déployé en janvier 2022 des forces au Kazakhstan confronté à des émeutes[10]. En 2004, l'Arménie, bien que non francophone, adhère également à l'Organisation internationale de la francophonie[11], dont elle organise le sommet à Erevan en octobre 2018[12].

Chefs d'État des pays membres de l'Organisation du traité de sécurité collective lors du sommet de cette organisation en novembre 2018

Mais ses multiples affrontements armés avec l'Azerbaïdjan montrent les limites de cette politique en mettant en exergue la dépendance sécuritaire arménienne à l'égard de la Russie, obligeant Erevan à aligner sa politique étrangère sur celle de Moscou[9], alors même que l'OTSC est impuissante à soutenir militairement l'Arménie[13]. Lors de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’Arménie est confrontée au lourd dilemme, de répondre aux attentes de Moscou en matière de loyauté, sans pour autant soutenir son agression contre l’Ukraine[9].

En mars 2022, le président arménien Vahagn Khachaturyan, déclare dans la foulée de son élection : « Notre région doit devenir une plate-forme de coopération Nous devons établir des relations amicales avec nos voisins, vivre en paix et développer notre pays dans le cadre de cette logique. »[14].

Selon le chercheur et journaliste Tigrane Yégavian, si la première guerre du Haut-Karabakh avait les apparences d’un conflit territorial et de décolonisation (le Haut-Karabakh cherchant à s’émanciper du double joug azéri et soviétique), la donne s'est complexifiées depuis la reprise du conflit en 2020[15]. Au conflit arméno-azérie se greffent désormais deux conflits par procuration, l'un entre Russes (côté arménien) et Turcs (côté azéri), l'autre entre Iraniens (côté arménien) et Israël (côté azéri)[15]. À noter que ces pays sont aussi adversaires en Syrie où ils se livrent à une guerre par procuration, la Russie et l'Iran dans le camp du régime, la Turquie et Israël dans le camp de l'opposition armée[15]. L'Arménie, de son côté, peine à résoudre le dilemme entre sa souveraineté chèrement acquise, et sa sécurité qui risquerait de l'inféoder de nouveau à son puissant voisin russe, dont le chef d'État Vladimir Poutine rêve de reconstituer la zone d'influence de l'Union soviétique[16]. En décembre 2022, Tigrane Yegavian fait le bilan des trente ans de l'indépendance de l'Arménie en écrivant : « Entourée d'ennemis mortels et de faux amis, l'Arménie a voulu fuir le réel pendant trente ans. Elle va devoir composer avec lui si elle entend rester sur la carte. »[16].

Le 19 septembre 2023, une attaque brève mais massive de l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh, lancée à la suite de près de plusieurs mois de blocus de l'enclave, pousse cette dernière à la reddition[17]. Plus de 100 000 Arméniens habitant dans le Haut-Karabagh évacuent ce territoire dont l'Azerbaïdjan reprend officiellement le contrôle[18].

Depuis 2025, une nouvelle ère d'intégration et de croissance ?

En mars 2025, la diplomatie arménienne annonce que l'accord de paix avec son voisin, l'Azerbaïdjan, était « prêt à être signé », quelques heures après que son homologue azérie ait annoncé que les négociations étaient sur le point d'être conclues[19]. Ces deux ennemis de longue date se rapprochent alors que chacun voit ses relations fortement détériorées avec la Russie voisine et médiatrice historique dans leur conflit : Erevan à cause de la passivité de Moscou lors de l'attaque azéri un an et demi avant, et Bakou à cause du crash du vol Azerbaijan Airlines 8243 abattu par erreur par un missile russe Pantsir en décembre 2024[19]. En août, les chefs d'État arménien et azerbaïdjanais annoncent officiellement leur engagement à cesser définitivement tout conflit, à ouvrir les relations commerciales et diplomatiques et à respecter la souveraineté et l'intégralité territoriale de leur voisin[20]. Cet accord de paix historique annoncé depuis la Maison-Blanche en présence du président américain Donald Trump dont la médiation est saluée, marque un virage pro-américain officiellement prs par les deux anciennes républiques soviétiques[20]. La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Turquie, et l'Iran, ainsi que plusieurs organisations internationales comme l'Union européenne et l'OTAN, se félicitent de cet accord[20]. La création d'une zone de transit reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan est annoncée avec le nom de « Voie Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP, son acronyme en anglais)[20].

Selon le chercheur Albert Grigoryan, « la normalisation en cours avec Bakou, l'ouverture programmée de la frontière avec la Turquie, la forte implication des Etats Unis, les efforts soutenus de l'Union européenne et la médiation constante de la France constituent autant de gages de stabilisation »[21]. L'Arménie bénéficie au milieu des années 2020 d'une nouvelle donne, avec une croissance économique de plus de 7 % par an permettant des créations d'emplois, un arrêt de l'émigration, et un modernisation des infrastructures[21].

En mai 2026, se tiendra en Arménie le sommet de la Communauté politique européenne, qui réunira 49 chefs d'État et de gouvernement européens[21].

Relations avec l'ex-Union soviétique

Relations avec la Russie

Selon les dernières estimations, plus de 2 millions d'Arméniens habitent en Russie[22], contre un peu plus de 3 millions en Arménie[6]. Moscou est à la fois le principal client de Erevan avec 28 % de ses exportations en 2019, et son principal fournisseur avec 27 % de ses importations en 2019[23].

Historique des relations

Pendant plusieurs siècles, les ambitions expansionnistes de l'Empire russe sur l'Empire ottoman ont été largement justifiées par le pouvoir russe par une nécessité de protéger l'importante communauté orthodoxe de l'Empire ottoman. Entre le XVIe et XIXe siècles, plus d'une dizaine de guerres éclatent entre les deux Empires, contribuant largement au déclin de l'Empire ottoman ainsi qu'aux revendications indépendantistes de ses communautés chrétiennes.

Ligne de défense arménienne pendant le siège de Van.

À la veille de la Première Guerre mondiale, la plupart des communautés orthodoxes de l'Empire ottoman ont pris leurs indépendances (la Grèce en 1829, et les Balkans après le congrès de Berlin en 1878), à l'exception des Arméniens.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les deux empires s'affrontent de nouveau lors de la campagne du Caucase, au cours de laquelle des volontaires arméniens se battent aux côtés des forces russes. En 1915, le siège de la ville arménienne de Van par les troupes ottomanes est un épisode marquant du génocide arménien, l'un des rares cas où les Arméniens se sont battus contre les forces armées turques. L'intervention de l'armée russe force les troupes ottomanes à se retirer, mais à la suite de la révolution russe de 1917, les troupes russes quittèrent la ville et l'armée ottomane en reprit le contrôle jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Par le traité de Sèvres, la ville fut ensuite brièvement incorporée à la première République d'Arménie en 1920. Mais la guerre d'indépendance turque amputa par la suite l'Arménie de la moitié de son territoire, dont la ville de Van qui fut intégrée à la République de Turquie. Affaiblie, l'Arménie est intégrée à l'Union soviétique après la prise d'Erevan par les bolcheviks le .

Récolte de coton en République socialiste soviétique d'Arménie, dans les années 1930

Pour l'Arménie, l'époque soviétique est très difficile économiquement, jusqu’à la mort de Staline en 1953, après laquelle l’agriculture, favorisée par un climat propice, et l’industrie (surtout l’extraction de matières premières) se développent considérablement[24].

La libéralisation du régime soviétique sous Mikhaïl Gorbatchev permet la mise en place de l’Union pour l’autodétermination nationale en 1987. Le , plus d’un an avant la chute de l’URSS, l’Arménie déclare sa souveraineté par rapport à l’Union soviétique, sous l’influence notable de Levon Ter-Petrossian. La République d’Arménie proclame officiellement son indépendance le et élit son nouveau président, Ter-Petrossian, le [24].

Relations entre la Russie et l'Arménie indépendante

Depuis son indépendance en 1991, l’Arménie a gardé des relations étroites avec la Russie, son indispensable partenaire dans la région, notamment au sein de la Communauté des États indépendants fondée en 1991 et regroupant la plupart des anciennes Républiques soviétiques. Les années suivantes, et particulièrement depuis la première guerre du Haut-Karabagh la protection de la population arménienne de cette région rend l'Arménie, désormais enclavée, tributaire d'une alliance de plus en plus asymétrique avec la Russie[16].

L'Arménie rejoint en 2012 l'Organisation du traité de sécurité collective (dont elle est membre fondateur) et l'Union économique eurasiatique en , deux organisations réunissant des ex-Républiques soviétiques. En 2014, Erevan a apporté son soutien au rattachement,de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie, qualifié d'annexion par les Occidentaux[25]. Sur le volet militaire, les relations entre l'Arménie et la Russie sont régies par un accord de coopération militaire qui court jusqu’en 2059, et prévoit la protection de toutes les zones frontalières en Arménie par l'armée russe[26]. L'Arménie accueille une base militaire russe à Gyumri, et met une partie d'une base militaire arménienne à Erevan à la disposition de la Russie[27]. Le , le gouvernement arménien donne son feu vert à l’élargissement de la présence militaire russe son territoire, incluant le déploiement de 18 hélicoptères de combat russes supplémentaires, ainsi que des missiles balistiques Iskander-M. et la modernisation de 16 avions de combat MiG-29 stationnés en Arménie[26]. La Russie a de nouveau renforcé son implantation à Gyumri en 2015, en y déployant sept hélicoptères MI-24 et MI-8 supplémentaires[27].

Sur le plan énergétique, l'Arménie couvre environ 80 % de ses besoins en gaz par des importations de Russie, qui fournit également le combustible de la seule centrale nucléaire du pays, la centrale de Metsamor[28].

En 2017, afin de réduire sa dépendance au gaz russe, le gouvernement arménien s'est fixé dans une feuille de route énergétique un objectif de 8 % de la consommation d'énergie couverte par les énergies renouvelables d'ici 2021[28]. Ce plan prévoit d'améliorer l'utilisation du potentiel du solaire au pays estimé à 3 000 mégawatts, soit l'équivalent de plus de deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération[28].

Nikol Pachinian, tout juste devenu Premier ministre arménien, rencontre le président russe Vladimir Poutine le 14 mai 2018.

En , le journaliste et opposant politique Nikol Pachinian est élu Premier ministre d'Arménie, marquant une rupture forte après plusieurs années de gouvernance de l'Arménie par des chefs d'État inféodés à la Russie[29]. Après avoir dans un premier temps critiqué la Russie, souhaitant que son pays sorte de l'Union eurasiatique, Nikol Pachinian s'est ensuite engagé à maintenir de bonnes relations avec les Russes, insistant sur les liens fraternels qui unissent les deux pays[30].

En novembre 2020, à la suite de la reprise pendant six semaines de la guerre au Haut-Karabagh entre l'Arménie et l’Azerbaïdjan, la Russie, qui n'intervient pas pendant le conflit, participe à son règlement en parrainant l'accord mettant fin aux hostilités, et en envoyant une force d'interposition de 2000 soldats sur la ligne de front[31].

Mais cette force n'empêche pas plusieurs affrontements d'avoir lieu tout au long des années 2021 et 2022 entre les armées arméniennes et azéries. Selon le chercheur Tigrane Yegavian, la force d'interposition envoyée par Moscou prend le prétexte de défendre les populations civiles, pour faire pression sur les deux pays du Caucase et les obliger à revenir dans sa zone d'influence[32]. De fait, le Karabakh serait devenu une « sorte de protectorat russe » à l’instar de la Transnistrie en Moldavie[32].

En février 2022, l'invasion ruse de l'Ukraine place l'Arménie dans une position délicate, tiraillée entre une attente de fidélité de la part de son protecteur historique, et l'impossibilité de soutenir une odieuse agression largement condamnée par la communauté internationale[9]. Face à ce dilemme, le gouvernement de Nikol Pachinian s’appuie sur une politique tactique de « silence stratégique », visant à ne faire que le minimum pour ne pas défier Moscou, mais sans afficher de soutien[9].

En septembre 2022, l'agressions de l’Azerbaïdjan envers l'Arménie qui fait environ 300 morts montre que l'armée russe, enlisée en Ukraine, n'est plus en mesure de jouer son rôle de protecteur pour l'Arménie, alors que c'est une intervention diplomatique américaine, et non russe, qui permet de mettre fin ce conflit[33]. Cette impuissance de la Russie à protéger l'Arménie, ainsi que l'arrivée en Arménie reçoit de nombreux réfugiés ukrainiens fuyant les exactions de l'armée russe, ainsi que des opposants russes fuyant la mobilisation décrétée par Vladimir Poutine, contribuent à faire changer significativement l'opinion publique arménienne à l'égard de la Moscou[34]. De plus en plus d'Arméniens appellent à sortir de cette relation de dépendance envers la Russie et l'Organisation du traité de sécurité collective, pour se rapprocher de l'Union européenne et des États-Unis[34]. Mais ces derniers n'ayant pas proposé d’aide militaire directe malgré la visite de Nancy Pelosi, l’Arménie est contrainte de continuer son jeu d’équilibriste politique[34].

En octobre, le président russe Vladimir Poutine, soucieux de réaffirmer son influence dans le Caucase, organise un sommet Arménie-Azerbaïdjan à Sotchi, dans le sud de la Russie[35]. Les chefs d'État de ces deux pays ne se rencontrent pas directement, mais s'entretiennent à tour de rôle avec le président russe[35]. Selon le Kremlin, ces discussions portent les « questions de la reconstruction et de l’économie, ainsi que le transport », tandis que Nikol Pachinian se déclare prêt à prolonger le mandat des soldats russes déployés dans le Haut Karabagh pour « dix, quinze, ou vingt ans »[35]. Dans une déclaration commune adoptée à l'issue du sommet, les chefs d'État arménien et azéri s'engagent à « ne pas recourir à la force », ainsi qu'à « régler tous les litiges uniquement sur la base de la reconnaissance de la souveraineté mutuelle et de l'intégration territoriale »[36]. Ils soulignent également « l'importance des préparatifs actifs à la conclusion d'un accord de la paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie afin d'assurer une paix durable et à long terme dans la région »[36]. Le président russe déclare espérer une normalisation des relations entre les deux États[36]. Vladimir Poutine se rend le 23 novembre à Erevan pour assister au sommet annuel Organisation du Traité de Sécurité Collective[37].

En début d'année 2023, la passivité des soldats russes pendant le blocus du Haut-Karabagh exaspère le gouvernement et la population arménienne, plongeant la confiance envers Moscou à un niveau historiquement bas en Arménie[38]. En avril 2024, après la défaite définitive de l'Arménie dans la guerre du Haut-Karabagh, l'armée russe évacue ce territoire[39]. Moscou garde néanmoins une base militaire de 3 000 soldats en Arménie, où sont aussi présents ses gardes-frontières[39]. Mais la Russie est désormais considérée par l'Arménie comme un allié défaillant, voire un traître, en raison de sa passivité face aux attaques azerbaïdjanaises[40].

À partir de 2025, l’intervention directe des États-Unis dans le Caucase du Sud marginalise la Russie, de facto chassée et remplacée par une autre grande puissance extérieure[40]. Soucieux de ne pas laisser la région lui échapper complètement, Moscou se déclare prêt, en février 2026, à participer au projet américain « Tripp », une proposition que le président du Parlement arménien Alen Simonian[40].

Relations avec les autres anciennes républiques soviétiques

Entre 1922, l'Arménie fusionne avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie pour former la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, dont la capitale était Tbilissi, actuelle capitale géorgienne[7]. En 1936, la nouvelle Constitution russe divise la Fédération soviétique de Transcaucasie, rendant leurs autonomies relatives aux trois républiques soviétiques qui restent néanmoins fédérées au sein de l'URSS jusqu'à son effondrement[7].

Relations avec l’Azerbaïdjan

L'Azerbaïdjan et l'Arménie ont respectivement déclaré leurs indépendances et la , soit à moins d'un mois d'intervalle, alors que l'éclatement de l'URSS est officialisé en .

La frontière qui sépare l'Arménie et l’Azerbaïdjan, d'une longueur totale de 787 km, est constituée de deux parties distinctes :

  • le segment principal entre les deux pays mesure 566 km et est situé à l'est de l'Arménie.
  • le deuxième segment de 221 km restant est situé au sud de l'Arménie et la sépare du Nakhitchevan, une enclave azerbaïdjanaise frontalière de la Turquie, séparée du reste du pays.
Soldats arméniens dans le Haut-Karabagh en 1994.

Depuis 1988, les deux États s'opposent dans la guerre du Haut-Karabagh, territoire majoritairement peuplé d'Arméniens dont la souveraineté est revendiquée par les deux pays. À noter que des combats avaient déjà eu lieu pour le contrôle de ce même territoire en , entre les deux républiques éphémères à la suite de la dislocation de l'Empire ottoman, avant leurs intégrations à l'Union soviétique[41]. Le , un cessez-le-feu est signé à Moscou[41], mais aucun armistice ne met véritablement fin au conflit. À la suite d'une victoire militaire arménienne, le Haut-Karabagh est rattaché de facto à l'Arménie provoquant l'exode de près de 800.000 Azéris[15], mais la communauté internationale le reconnaît toujours comme faisant partie de l’Azerbaïdjan[42].

Cette situation géopolitique est lourde de conséquences pour l'enclave du Nakhitchevan séparée du reste de l’Azerbaïdjan. Toutes les voies terrestres transitant par l'Arménie étant fermées, ses habitants azéris ne peuvent rejoindre Bakou que par avion[43]. Cette situation affecte aussi les enclaves azerbaïdjanaises situées en territoire arménien (Barkhudarli, Ashagi Askipara, Yukhari Askipara et Karki) et la seule enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais (Artsvashen), qui sont toutes contrôlées par les pays à l'intérieur desquels elles sont situées. En 2014, l'Arménie lance la construction d'un mur sur la frontière séparant les régions de Tavuch en Arménie et Qazax, en Azerbaïdjan, séparant encore davantage ces enclaves des pays dont elles font officiellement partie[44].

Parallèlement, l'Azerbaïdjan, riche en ressources énergétiques et proche de la Turquie membre de l'OTAN, parvient à devenir un partenaire indispensable de l'Union européenne, des États-Unis et d'Israël, contribuant à sa montée en puissance militaire et à isoler davantage l'Arménie[16]. En , les hostilités entre les deux pays frontaliers reprennent pendant quatre jours sur la ligne de front du Haut-Karabagh, faisant près de 110 morts dans les deux camps[45]. En juillet 2020, les hostilités reprennent de nouveau pendant trois jours le long de la frontière, faisant 16 morts dans les deux camps[46].

En octobre 2020, les hostilités reprennent avec une intensité jamais vue depuis 1994, faisant des centaines de morts de part et d'autre[47]. Au terme d'un conflit de six semaines, un armistice est signé le 10 novembre sous médiation de la Russie, et l'Arménie, défaite, est contrainte de céder le contrôle de la majeure partie du Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan[48]. Cette reprise du conflit entraine par ailleurs des affrontements entre communautés arméniennes et azéris à l'étranger, notamment à Los Angeles, Moscou, et Lyon[49]. Néanmoins, une partie de la population arménienne est autorisée à y rester (tandis que ceux qui évacuent brûlent leurs maisons), et 2000 soldats russes sont déployés pour assurer leur sécurité et surveiller l'application du cessez-le-feu[50].

En 2020, habitations en République d'Artsakh, détruit par les bombardements de l'Azerbaïdjan.

Le 11 janvier 2021, deux mois après la fin de la guerre, les chefs des deux États Nikol Pachinian et Ilham Aliyev se rencontrent à Moscou à l’invitation de président russe Vladimir Poutine qui souhaite les inciter à bâtir une paix durable après une période des conflits récurrents depuis 30 ans[50]. Il s’agissait pour les trois dirigeants de revenir sur l’article 9 de l’accord de paix, qui annonce la liberté de circulation dans la région, afin de relier Bakou au Nakhitchevan et Erevan à la Russie d'une part et à la ville turque de Kars[50]. Les voies de communication envisagées traverseraient l'Arménie et l'Azerbaïdjan, un tel réseau pouvant réactiver des voies ferroviaires datant de l'Union soviétique, complétées par de nouvelles constructions[50].

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian lors d'une conférence de presse après une réunion tripartite à Sotchi en novembre 2021.

En dépit des incertitudes de ce projet ferroviaire (notamment son coût élevé et son acception sociale par les populations), celui-ci est comparé à la Communauté européenne du charbon et de l’acier qui permet en 1952 à la France et à l’Allemagne de poser les bases de la construction européenne[50].

En mars 2022, l'Azerbaïdjan profite du fait que l'attention internationale soit focalisée sur la guerre russo-ukrainienne et l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 dans laquelle l'armée russe, principale protectrice de l'Arménie, est mobilisée, pour tenter de « grignoter » davantage le territoire restant du Haut-Karabagh échappant encore à son contrôle[51]. Plusieurs tentatives d'incursion de l'armée azerbaïdjanaise font trois morts du côté arménien, mais celle-ci renonce après que la Russie ait dénoncé cette violation[51]. En avril, une rencontre entre les chefs d'État arménien et azerbaïdjanais est organisée à Bruxelles sous médiation de l'Union européenne, en présence du président du Conseil européen Charles Michel[51].

À la suite de ces pourparlers, la diplomatie arménienne annonce qu'un accord a été obtenu pour mettre en place une commission bilatérale sur les questions de délimitation de la frontière, et cette commission sera notamment chargée d’assurer la sécurité et la stabilité le long de la frontière[52]. De son côté, le ministère azéri des Affaires étrangères annonce que des travaux sont en cours pour commencer les négociations de paix, tandis que Charles Michel déclare que « le président Aliev et le Premier ministre Pachinian ont tous les deux exprimé leur volonté d’avancer rapidement vers un accord de paix »[52]. Le 22 mai, les chefs d'État des deux pays se rencontrent de nouveau à Bruxelles sous médiation de l'Union européenne, et conviennent de faire avancer les discussions sur le futur traité de paix régissant leurs relations bilatérales[53].

En juillet, les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan Ararat Mirzoian et Djeyhoun Baïramov se rencontrent Tbilissi, capitale de la Géorgie, marquant leurs premiers pourparlers directs depuis la guerre de 2020[54]. Lors de cette rencontre, M. Mirzoïan souligne « l'importance d'une résolution politique du conflit au Karabakh afin de bâtir une paix durable dans la région », tandis que M. Baïramov demande « le retrait des forces armées de l'Arménie hors du territoire de l'Azerbaïdjan », une allusion aux régions du Karabakh encore contrôlées par les arméniens[54]. Malgré les difficultés du processus de normalisation, les diplomates s'engagent à poursuivre le dialogue direct entre leurs deux pays[54].

Points d’affrontements armés le long de la frontière entre l'Arménie et Azerbaïdjan en septembre 2022.

En septembre toutefois, l’Azerbaïdjan lance une campagne de bombardements massifs le long de la frontière entre les deux pays, profitant de la faiblesse de l'armée russe, en grande difficulté sur le front ukrainien, supposée s'interposer entre les deux pays[55]. Pendant deux jours, les échanges de tirs font près de 300 morts dans les deux camps[56]. Ces derniers baissent en intensité à la suite de plusieurs interventions diplomatiques de la France, la Russie, les États-Unis et l'ONU[55]. En octobre, malgré ces violents affrontements et leur bilan élevé, les ministres des Affaires étrangères arménien et azéri se rencontrent de nouveau à Genève pour reprendre les négociations de paix[56].

Le 31 de ce mois, le président russe Vladimir Poutine, soucieux de réaffirmer son influence dans le Caucase, organise un sommet Arménie-Azerbaïdjan à Sotchi, dans le sud de la Russie[35]. Les chefs d'État de ces deux pays ne se rencontrent pas directement, mais s'entretiennent à tour de rôle avec le président russe[35]. Selon le Kremlin, ces discussions portent les « questions de la reconstruction et de l’économie, ainsi que le transport », tandis que Nikol Pachinian se déclare prêt à prolonger le mandat des soldats russes déployés dans le Haut Karabagh pour « dix, quinze, ou vingt ans »[35]. Dans une déclaration commune adoptée à l'issue du sommet, les chefs d'État arménien et azéri s'engagent à « ne pas recourir à la force », ainsi qu'à « régler tous les litiges uniquement sur la base de la reconnaissance de la souveraineté mutuelle et de l'intégration territoriale »[36]. Ils soulignent également « l'importance des préparatifs actifs à la conclusion d'un accord de la paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie afin d'assurer une paix durable et à long terme dans la région »[36]. Le président russe déclare espérer une normalisation des relations entre les deux États[36].

En décembre 2022, un groupe de manifestants azerbaïdjanais se présentant comme des militants écologistes bloque le corridor. Selon Erevan, ces militants seraient en fait envoyés par Bakou. Ce blocage entraîne la mise sous blocus du Haut-Karabagh[57]. Le lendemain, l'Azerbaïdjan interrompt l'approvisionnement en gaz du Haut-Karabagh depuis l'Arménie[58], avant de le rétablir le 16 décembre[59].

En février 2023, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian annonce avoir remis au gouvernement azéri un projet de traité de paix visant à mettre un terme au conflit entre les deux pays[60].

Le 19 septembre 2023, une attaque brève mais massive de l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh, lancée à la suite de près de plusieurs mois de blocus de l'enclave, pousse cette dernière à la reddition[17]. À la différence de la guerre de 2020, l'Arménie consciente du déséquilibre du rapport de force et qu'aucune aide ne viendra de de la Russie enlisée dans la guerre d'Ukraine, décide de ne pas intervenir et d'acter de la victoire de son ennenmi. Plus de 100 000 Arméniens habitant dans le Haut-Karabagh évacuent ce territoire dont l'Azerbaïdjan reprend officiellement le contrôle, mettant fin au conflit qui durait depuis plus de trente ans[18]. En trois décennies de guerre, plus de 37 000 soldats ont été tués des deux côtés en trois décennies, 90 000 blessés et près de 5 000 disparus[40].

À l'instar de la guerre de 2020, cette victoire azérie, bien que désastreuse pour l'Arménie permet à la suite du cessez-le-feu, de ré-envisager des négociations de paix. Alors que l’Azerbaïdjan ne peut plus évoquer le droit international pour légitimer une offensive envers son voisin, l'Arménie consciente qu'elle ne peut pas inverser le rapport de force, renonce officiellement aux territoires disputés entre les deux pays[61]. Après avoir rejeté des propositions de médiations européenne et américaines en jugeant ces acteurs trop favorables à Erevan, le gouvernement azéri accepte finalement au mois de décembre 2023 de s'engager dans un processus de normalisation[61]. Ce processus donne lieu à une déclaration commune des deux États le 8 décembre, qui s'engagent à « des mesures concrètes visant à renforcer la confiance et ont réaffirmé » et réaffirment leur « intention de normaliser leurs liens et de signer un accord de paix »[61]. Fait notable et inhabituel, la Turquie, alliée inconditionnel de Bakou, salue cette déclaration et déclare souhaiter le plus tôt possible un accord de paix entre les deux pays[61]. Après ce communiqué, 32 prisonniers arméniens sont échangés contre deux militaires azerbaïdjanais[62]. Mais en parallèle, Bakou continue de de contester l’autorité d'Erevan sur plusieurs villages arméniens qu’il considère comme azerbaïdjanais dans les régions de Tavouch et d'Ararat, et de réclamer un corridor passant par le territoire arménien de Zanguezour pour relier son territoire principal à son exclave de Nakhitchevan[62]. Tandis qu’Erevan demande l'enclave d'Artsvashen, située en territoire azerbaïdjanais, ainsi que les zones conquises par l'Azerbaïdjan au cours des trois dernières années et qui se trouvent à l'intérieur des frontières arméniennes[63].

En avril 2024, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev assure qu'un accord de paix avec l'Arménie est « plus proche que jamais » et seuls des «  détails » restent à régler, après que les deux pays aient commencé à délimiter leur frontière commune[63]. Les deux gouvernements acceptent également une proposition du Kazakhstan d'accueillir la prochaine réunion de leurs chefs de la diplomatie[63]. Son homologue Nikol Pachinian qualifie les efforts de délimitation de la frontière de « changement significatif sur le terrain », car ces pays « ont désormais une frontière et non plus une ligne de contact, ce qui est un signe de paix »[63]. En froid avec Moscou, le Premier ministre arménien annonce également que les gardes-frontières russes, déployés dans la région depuis 1992, seraient remplacés par des militaires arméniens qui travailleront en coopération avec les azéris[63]. En septembre 2024, Nikol Pachinian déclare à la tribune de l'ONU qu'un accord de paix avec l’Azerbaïdjan était « à portée de main », et se dit prêt à consentir à une demande clé de son voisin, assurer les liaisons de Bakou, son exclave du Nakhitchevan et la Turquie via le territoire arménien[64]. Malgré sa supériorité économique et militaire, l’Azerbaïdjan, hôte de la COP29, fait l'objet d'une attention internationale croissante et a intérêt à pacifier ses relations avec son voisin pour améliorer sa réputation[64]. Fin janvier 2025, Nikol Pachinian affirme que la majeure partie de l'accord de paix avec l'Azerbaïdjan avait été conclu, et que quelques différents restaient encore à régler[65]. Le 13 mars, la diplomatie arménienne annonce que l'accord de paix avec son voisin, l'Azerbaïdjan, était « prêt à être signé », quelques heures après que son homologue azérie ait annoncé que les négociations étaient sur le point d'être conclues[19]. En août, les chefs d'État arménien et azerbaïdjanais annoncent officiellement leur engagement à cesser définitivement tout conflit, à ouvrir les relations commerciales et diplomatiques et à respecter la souveraineté et l'intégralité territoriale de leur voisin[20]. La création d'une zone de transit reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan est annoncée avec le nom de « Voie Trump pour la paix et la prospérité internationale », alors que la médiation du président américain semble avoir été décisive pour conclure cette paix[20].

En septembre 2025, Nikol Pachinian reconnait dans un discours la difficulté d'entrer dans cette nouvelle ère après trois décennies de conflit : « Nous devons, pratiquement à partir de zéro, apprendre ce que signifie vivre en paix. »[40]. Les plus jeunes qui n'ont connu que la guerre sont de part et d'autre les plus sceptiques, alors que les plus âgés qui ont connu l'Union soviétique se souviennent d'une période de stabilité et d'échanges entre les deux voisins du Caucase[40]. La « Voie Trump » suit en effet une ancienne ligne ferroviaire ouverte en 1965 lorsque ces derniers étaient deux républiques soviétique, fermée en 1993 lors de la première guerre du Haut-Karabagh[40]. Ils espèrent que la prochaine génération, née après la dernière guerre, s'engagera pleinement dans un rapprochement entre les deux états[40]. En décembre, les Arméniens ont une preuve tangible de la normalisation avec la possibilité d'acheter de l'essence azerbaidjanaise bon marché, même si certains refusent d'en acheter pour ne pas enrichir leurs ennemis héréditaires[40].

Cette évolution, quoi que positive, est davantage considérée comme une vassalisation de l'Arménie à son puissant voisin qu'un paix équilibrée, tant les concessions arméniennes pour l'obtenir ont été immenses, tandis que le rapport de force reste très favorable à l'Azerbaïdjan[40]. Ce dernier continue d'ailleurs de s’armer massivement : ses dépenses militaires sont passées d’environ 2,2 milliards de dollars, en 2020 à près de 3,8 milliards, en 2024[40]. Mais le remplacement de la Russie comme « arbitre » par les États-Unis redonne confiance des deux côtés dans l'idée commune que la guerre ne peux pas reprendre[40].

Relations avec la Géorgie

L'Arménie et la Géorgie sont séparés par une frontière de 164 km et partagent des liens socio-culturel et des relations étroites après l'éclatement de l'URSS[66]. Les relations entre les deux États sont d'une importance particulière pour l'Arménie pour qui la Géorgie est un point de passage obligé dans ces échanges avec la Russie[67].

La Géorgie offre à l'Arménie sa liaison terrestre, ainsi que le passage à proximité de Tbilissi d'un gazoduc entre Vladikavkaz et Erevan. Des communautés arméniennes, mais aussi azéries, résident dans le sud de la Géorgie où leur cohabitation est plutôt paisible, et parfois marquée par des métissages, malgré les affrontements réguliers entre leurs deux pays d'origine[49].

L'Arménie a été fortement affectée par la fermeture des frontières entre la Géorgie et la Russie entre 2006 et 2009, en raison de fortes tensions entre les deux pays qui ont culminé avec la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008[67].

Le , le Premier ministre arménien Nikol Pachinian reçoit le ministre géorgien de la Défense Irakli Gharibachvil[66]. Les deux hommes d'État s'entretiennent sur la coopération arméno-géorgienne en matière sécuritaire.et la mise en place d'un programme de coopération bilatérale pour la défense en 2020[66]. Le lendemain, Nikol Pachinian se rend en Géorgie où il est accueilli par la Présidente géorgienne Salomé Zourabichvili, qui déclare apprécier hautement la qualité des relations amicales entre les deux pays et vouloir donner un nouvel essor au développement et au renforcement des relations[68].

En juillet 2022, Tbilissi accueille une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan Ararat Mirzoïan et Djeyhoun Baïramov destinée à poursuivre le processus de paix entre l'Arménie et l’Azerbaïdjan[54].

Relations avec le Kazakhstan

L'Arménie et le Kazakhstan sont tous les deux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire réunissant d'anciennes républiques soviétiques dominée par la Russie[69]. Les deux pays ont chacun une ambassade chez l’autre. En septembre 1999, le président arménien Robert Kotcharian effectue une visite officielle au Kazakhstan, tandis qu'en mai 2001, c'est le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev qui effectue une visite officielle en Arménie.

En janvier 2022, dans le contexte d'importantes manifestations anti-gouvernementales au Kazakhstan, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian annonce l'envoi d'un contingents de 70 soldats arméniens au sein de l'Organisation du traité de sécurité collective pour aider le gouvernement kazakh à protéger les infrastructures[70].

En 2024, le Kazakhstan propose d'accueillir les pourparlers de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïjan[63].

Relations avec le Kirghizistan

L'Arménie et le Kirghizistan sont tous les deux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire réunissant d'anciennes républiques soviétiques dominée par la Russie[69].

Relations avec le Tadjikistan

L'Arménie et le Tadjikistan sont tous les deux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire réunissant d'anciennes républiques soviétiques dominée par la Russie[69].

Relations avec le Biélorussie

L'Arménie et la Biélorussie sont tous les deux membres de l’Organisation du traité de sécurité collective, une alliance militaire réunissant d'anciennes républiques soviétiques dominée par la Russie[69].

Relations avec l'Ukraine

En raison de sa forte dépendance sécuritaire à l'égard de Moscou, Erevan a apporté son soutien au rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie[25], et n'a pas condamné l'invasion russe de l'Ukraine en 2022[9]. Néanmoins, l'année suivante, l'inaction de la Russie pendant le blocus du Haut-Karabagh exaspère le gouvernement et la population arménienne, poussant Erevan à se distancer de Moscou notamment au sujet de l'invasion de l'Ukraine, qui par ailleurs tourne au fiasco pour l'armée russe[38].

En septembre 2023, la journaliste Anna Hakobian, épouse de Nikol Pachinian, se rend à Kiev pour participer à une rencontre des premières dames et premiers gentlemen organisée par Olena Zelenska, la femme du président ukrainien Volodymyr Zelensky, sur des questions humanitaires[71].

Relations avec les pays européens et occidentaux

Depuis la fin de la guerre froide, l'Arménie entretient de bonnes relations avec la plupart des pays occidentaux, mais l'enclavement de ce pays, notamment lié à la fermeture de sa frontière avec la Turquie, limite les possibilités d'échanges commerciaux. En outre, la politique étrangère de l'Arménie est régulièrement alignée avec celle de la Russie, parfois au prix d'importantes divergences avec l'Occident, comme sur leurs positions vis-à-vis de l'Iran[72], de la Syrie[73], ou sur la rattachement de la Crimée à la Russie[25].

L'Arménie est membre du Conseil de l'Europe depuis 2000[74].

Relations avec l'Union européenne

L'Arménie fait partie des pays visés par la politique européenne de voisinage, formulée par la Commission européenne en [75]. Cette politique vise pour l'UE à améliorer ses relations avec les pays riverains n'entrant pas dans une procédure d'adhésion, et favoriser la coopération sur des thèmes tels que la sécurité, la stabilité et le développement économique[76].

En , à la surprise générale, l'Arménie décide de renoncer à signer un accord d'association avec l'Union européenne, préférant rejoindre l'Union économique eurasiatique lancée par Moscou[77]. La Russie a aussitôt exonéré l'Arménie du droit de douane de 30 % sur ses achats de pétrole et lui a offert des tarifs préférentiels pour ses achats de gaz[77].

Rencontre entre Nikol Pachinian et le représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères Josep Borrell à la Commission européenne.

En 2018, sur à la révolution arménienne, la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a exprimé son « soutien total » au programme de réformes du nouveau gouvernement arménien[78].

En mars 2021, un accord de partenariat global et renforcé entre l’Union européenne et l’Arménie (ACPE) entre en vigueur[79]. Celui-ci fournit un cadre permettant à l’UE et à l’Arménie de travailler ensemble dans un large éventail de domaines : renforcement de la démocratie, de l’État de droit, création d’emplois et de débouchés commerciaux, amélioration de la législation, de la sécurité publique, de l’environnement, ainsi que de l’éducation et des possibilités de recherche[79].

En octobre 2022, à la suite de la reprise pendant deux jours des affrontements entre l'Arménie et l’Azerbaïdjan, l'Union européenne annonce l'envoie d'une mission civile dans le Caucase pour « contribuer aux commissions de délimitation des frontières » entre les deux pays[80].

En mars 2024, le ministre arménien des Affaires étrangères évoque une possible candidature de l'Arménie à l'Union européenne, tout en faisant l'éloge des liens entre son pays et le vieux continent[81]. En mars, 2026, alors que l’Arménie n’ait pas entamé le processus d’adhésion, son partenariat avec l’UE entre dans une nouvelle phase, caractérisée par une coopération renforcée en matière de sécurité[82]. Dans le cadre du plan européen de résilience et de croissance, Erevan bénéficie d’un financement de 270 millions d’euros, tandis que les agences telles que Frontex, Europol et l’Agence européenne de lutte contre sur les drogues proposent leur savoir-faire[82]. Le président russe Vladimir Poutine réagit à ce rapprochement en affirmant qu'une adhésion de l'Arménie à l'Union européenne était « tout simplement impossible », notamment car Erevan est déjà membre d'une union douanière avec Moscou[83].

Situation de l'Arménie par rapport à l'Union européenne

Le chercheur Tigrane Yégavian analyse la situation en affirmant que la géographie de l'Arménie rend difficilement envisageable une adhésion à l'UE alors qu'elle restera entourée par des pays qui n'ont aucune chance d'en faire partie[83]. La Géorgie voisine l'avait envisagé, mais a depuis lors de nouveau orienté sa politique étrangère vers la Russie[84].

Relations avec la France

Les sociétés françaises et arméniennes entretiennent de longue date des relations fortes. Parmi les événements historiques illustrant ces relations, on peut citer l'exil en France du dernier roi d'Arménie, Léon VI de Lusignan (1342-1393), enseveli à la basilique de Saint Denis[29], et le rôle de protecteur des chrétiens de l'Empire ottoman revendiqué par la France depuis l'alliance franco-ottomane signée en 1530 par François 1er et Soliman le Magnifique[85].

L'écrivain Anatole France participe à dénoncer le génocide arménien

À partir de la fin du XIXe siècle, plusieurs intellectuels français comme François Clemenceau[86], Anatole France, Charles Péguy, et Jean Jaurès, alertent le gouvernement et l'opinion publique française sur la multiplication des exactions subit par les Arméniens dans l'Empire ottoman[87]. Le , au moment du génocide arménien, Anatole France déclare à la Sorbonne : « L'Arménie expire. Mais elle renaîtra. Le peu de sang qui lui reste est un sang précieux dont sortira une postérité héroïque »[87].

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale rend la France impuissante à agir alors que l'armée allemande envahit une grande partie de son territoire, tandis que la tentative franco-britannique d'ouvrir en 1915 un seconde front contre l'Empire ottoman tourne au désastre lors de la bataille des Dardanelles[88]. Une opération de sauvetage des Arméniens est menée en septembre 1915 par les navires de guerre français, qui évacuent vers l’Égypte environ 4 000 Arméniens assiégés depuis près de deux mois sur la montagne du Musa Dagh[88]. Parallèlement, la France est l'un des principaux pays d'accueil des réfugiés arméniens, dont les descendants forment une diaspora importante (500 000 citoyens en 2007[89]).

Dans les années 1940, pendant l'occupation de la France, Missak Manouchian, rescapé du génocide arménien et réfugié en France, fonde et dirige l'un des principaux groupes de résistants en France, le Groupe Manouchian[90]. Il est arrêté puis fusillé par les nazis au fort du Mont-Valérien le [90].

Le poète et résistant franco-arménien Missak Manouchian.

À partir de 1945, la guerre froide succède à la Seconde Guerre mondiale, caractérisée par de fortes tensions géopolitiques entre d'une part les États-Unis et leurs alliés, et d'autre part l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et ses États satellites.

La fin de la guerre froide en 1991 crée un contexte favorable au rapprochement entre les deux États.

En 2001, le Parlement français vote une loi reconnaissant le génocide arménien[91].

Le , le président français Jacques Chirac se rend en Arménie pour la célébration du 90e anniversaire du génocide arménien, deux jours après la visite du président arménien Robert Kotcharian à Paris[92]. À cette occasion, il rappelle que l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne dépendra de sa capacité à adopter les valeurs de l'Union et « nécessitera naturellement un devoir de mémoire » sur la question du génocide[92].

En , le président Nicolas Sarkozy accueille à Paris son homologue arménien Serge Sarkissian, puis se rend une semaine plus tard à Erevan où il évoque les liens « indestructibles » unissant la France et l'Arménie[89]. Nicolas Sarkozy a également tenté pendant son mandat de faire voter une loi réprimant la négation du génocide arménien, sans succès faute de soutien du Sénat[89].

Dans les années 2010, les échanges entre la France et l’Arménie étaient d'environ à 50 millions d’euros par an, une « goutte d’eau » selon Mourad Papazian du Parti socialiste arménien, comparée à « l’intensité des relations politiques entre ces deux pays »[93].

En 2004, l'Arménie intègre l'Organisation internationale de la Francophonie, bien que n'étant à la base pas un État francophone (200 000 locuteurs francophones y sont quand-même recensés en 2018[29]), puis est désignée pour organiser le 17e sommet de cette organisation internationale en [12]. La communauté d'origine arménienne en France est elle estimée à environ 600.000 membres, dont 400.000 nés dans l'Hexagone, selon les associations arméniennes[94].

En , le président français François Hollande se rend à Erevan, à l'occasion du centenaire du génocide arménien, accompagné d’une délégation de la communauté arménienne de France, notamment le chanteur Charles Aznavour, le député Patrick Devedjian, le musicien André Manoukian, la journaliste Valérie Toranian, et le cinéaste Robert Guédiguian[95].

Statue du chanteur franco-arménien Charles Aznavour dans la ville arménienne de Gyumri.

Le , aux Invalides, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian participe aux funérailles de Charles Aznavour décédé quatre jours plus tôt[96], saluant aux côtés d'Emmanuel Macron un ambassadeur des cultures françaises et arméniennes[97].

Les deux chefs d'État se rencontrent de nouveau à Erevan moins d'une semaine plus tard lors du 17e sommet de la Francophonie[29], à l'occasion duquel le ministre arménien des Affaires étrangères Zohrab Mnatsakanyan déclare que : « La diversité linguistique est extrêmement importante pour un petit État comme le nôtre. C’est primordial du point de vue du développement, des échanges avec nos nombreux partenaires. La Francophonie, ça n’est pas seulement le français, c’est aussi une plateforme pour la promotion et le développement de valeurs telles que la démocratie, les droits de l’homme, la diversité et la solidarité, qui sont au fondement de cette organisation »[98].

En , le président français Emmanuel Macron fait du la journée nationale de commémoration du génocide arménien[99].

Le joueur de l'équipe de France de football d'origine arménienne Youri Djorkaeff, participe à la victoire de la France à la coupe du monde 1998

Pendant la guerre de 2020 au Haut-Karabagh, Emmanuel Macron envoie plusieurs avions d'aide humanitaire pour les déplacés du Karabagh, avec à bord du premier vol, le footballeur français d'origine arménienne Youri Djorkaeff[100]. Le président français condamne la participation de mercenaires syriens au conflit dans le camp de l’Azerbaïdjan, ce qu'il définit comme une « ligne rouge »[101].

En février 2021, alors que Nikol Pachinian est confronté à d'importantes contestations en Arménie en raison de la défaite arménienne face à l’Azerbaïdjan, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian appelle le gouvernement arménien et l'opposition au dialogue et à préserver la stabilité et la démocratie[102].

Entre 2021 et 2022, dans le contexte de la perspective des élections présidentielles française, plusieurs personnalités politique de droite candidates (Éric Zemmour[103] et Valérie Pécresse[104]) se rendent en Arménie pour exprimer leur solidarité auprès de sa population après la guerre, et le soutien de la France en tant que civilisation historiquement chrétienne. Après le déplacement de Valérie Pécresse, candidate du parti « Les Républicains » dans le Haut-Karabakh, celle-ci est la cible de protestation et de menace du président azéri Ilham Aliev, qu'elle condamne et rejette[104].

Le 9 mars 2022, le Président français Emmanuel Macron, candidat favori à sa réélection, reçoit le Premier ministre arménien Nikol Pachinian lors d'une réunion « Ambitions France Arménie », et affirme son « soutien indéfectible » à l'Arménie[94]. Nikol Pachinian de son côté, affirme qu'un an après la guerre, son pays avait « un besoin vital d'attirer de nouveaux investissements » pour renforcer son économie[94]. Près de 200 projets de coopération franco-arméniens sont répertoriés lors de cette réunion, notamment dans la santé, les technologies, la culture ou l'éducation[94].

En septembre 2022, Nikol Pachinian se rend à Paris et rencontre Emmanuel Macron, qui appelle au calme après la dernière agression de l’Azerbaïdjan envers l'Arménie survenue deux semaines plus tôt[105]. En novembre, le Sénat français vote une résolution pour envisager des sanctions contre l'Azerbaïjan après son attaque de mi-septembre et demander le retrait de ses troupes du territoire arménien, tandis qu'Emmanuel Macron rencontre Nikol Pachinian au sommet de la francophonie de Djerba[106]. En juin 2023, Emmanuel Macron annonce, à l'occasion de l'anniversaire de l'appel du 18 juin du général de Gaulle, l'entrée au Panthéon de Missak Manouchian[107]. Deux mois plus tard, le président français déclare qu'il promet « une initiative diplomatique » pour tenter de lever le blocage par l'Azerbaïdjan du corridor de Latchine, seul axe routier reliant l'Arménie à l'enclave du Nagorny-Karabakh[108]. Sur le terrain, une délégation composée d'une quinzaine d'élus français se rend dans la ville arménienne de Kornidzor à la frontière entre Arménie et Azerbaïdjan afin de soutenir un convoi humanitaire, composé d'une quinzaine de camions et pourvu par des collectivités françaises, pour le Haut-Karabakh[109].

En octobre 2023, la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna se rend en Arménie et rencontre son homologue Ararat Mirzoyan[110]. Les deux diplomates signent un accord de livraison d'armes par la France à l'Arménie[110].

Cérémonie d'entrée au Panthéon de Missak Manouchian et sa femme Mélinée Manouchian le 21 février 2024

Le 21 février 2024, Nikol Pachinian se rend de nouveau en France pour assister, aux côtés d'Emmanuel Macron, à la panthéonisation de Missak Manouchian[111]. Les deux jours suivants, ministre français des Armées Sébastien Lecornu se rend en Arménie et rencontre son homologue, Souren Papikian pour conclure un partenariat de défense entre Paris et Erevan[112]. Ce partenariat inclut une aide française à la formation des soldats arménien, ainsi que la livraison de matériels militaires, commençant par 24 véhicules blindés et des jumelles de vision nocturne fabriquées par Safran[112]. D'autres contrats sont signés pour l’achat par l'Arménie de fusils de précision fabriqués par PGM Précision, et d'un radar Ground Master 200 fabriqué par Thalès[112]. Deux mois plus tard, à l'occasion de la commémoration du génocide arménien, le Premier ministre français Gabriel Attal rend hommage à la résilience du peuple arménien à qui il réaffirme le soutien de la France[113]. En juin, Sébastien Lecornu reçoit son homologue arménien Souren Papikian en marge du salon international de la défense Eurosatory à Villepinte, et annonce la signature par l'Arménie d'une commande de 36 canons Caesar[114].

Selon le chercheur Albert Grigoryan, « jamais la coopération entre Paris et Erevan n'a été aussi forte que sous Emmanuel Macron et Nikol Pachinian, lesquels entretiennent une relation de confiance réciproque exceptionnelle. »[21].

Relations avec l'Allemagne

La fin du XIXe siècle siècle est marquée par un rapprochement entre l'Allemagne, État unifié en 1871 et l'Empire ottoman dans lequel la population arménienne est intégrée. Les premiers pas sont faits sous la conduite du chancelier Otto von Bismarck et du sultan Abdülhamid II (1842-1918)[115].

Otto von Bismark, Chancelier d'Allemagne de 1871 à 1890

L’engagement débute par des affaires civiles, car au départ des fonctionnaires allemands sont envoyés pour l’administration et les finances, mais aucun officier[115]. En 1898, Guillaume II se rend en Orient et approuve le projet de chemin de fer Berlin-Bagdad, dont la construction prendra plusieurs années[115].

L'alliance germano-turque pendant la première guerre mondiale se fait au détriment de la communauté arménienne de l'Empire ottoman, ou l'Allemagne avait encouragé un sentiment panislamique et pantouranique en espérait un soulèvement musulman généralisé contre la Triple-Entente[115].

Au moment du génocide arménien, l'armée ottomane est largement sous commandement militaire allemand, et des officiers allemands sont directement impliqués dans les exactions commises contre les Arméniens[116]. Ce n'est qu'un siècle plus tard, en , que l'Allemagne reconnaît officiellement le génocide arménien et le rôle joué par son gouvernement à l'époque[117]. À noter que parmi les députés allemands ayant voté en faveur de cette décision, 11 sont d'origines turques[118].

Sur le front russe lors de la Seconde Guerre mondiale, les Arméniens paient un lourd tribut en combattant les contre l'Allemagne hitlérienne (174 000 morts)[16]. L'engagement de l'Arménie soviétique dans la « grande guerre patriotique » est total, avec notamment une surreprésentation d'officiers supérieurs au sein de l'Armée rouge (une soixantaine de généraux et cinq maréchaux)[16].

Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide voit l'Allemagne se séparer entre deux États, la République démocratique allemande favorable à l'Union soviétique et la République fédérale d'Allemagne membre de l'OTAN. L'effondrement de l’URSS permet la réunification de l'Allemagne en 1990, et l’indépendance de l'Arménie l'année suivante. La souveraineté retrouvée de ces deux États dans un contexte international marqué par la fin de la guerre froide permet un rapprochement entre eux. L'Allemagne devient dans les années 1990 le premier donateur de l’Union européenne[78].

En , le président arménien Armen Sarkissian rencontre la chancelière Angela Merkel en Allemagne et déclare que « l'Arménie considère l’Allemagne un partenaire politique et économique et un pays ami »[119]. Le , le Premier ministre arménien Nikol Pachinian se rend en Allemagne pour une visite de trois jours, et s'entretient avec Angela Merkel à Berlin sur les relations économiques et commerciales entre Erevan et Berlin, ainsi que la sécurité dans la région du Caucase[120]. Le ministre arménien des Affaires étrangères Zohrab Mnatsakanyan, l’Ambassadeur d’Arménie en Allemagne Achot Smbadyan, et le ministre arménien de l’Économie Tigrane Khatchatryan (hy) participent également à cette rencontre[120].

En septembre 2023, le chancelier allemand Olaf Scholz échange par téléphone avec son homologue arménien, et lui fait part de ses « profondes inquiétudes » concernant les tensions croissantes entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et appelé lui à un règlement par la voie diplomatique[121].

Relations avec le Danemark

L'ambassadeur de l'Arménie au Danemark est Alexander Arzumanyan, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Arménie entre 1996 et 1998.

Relations avec le Vatican

En , le pape Jean-Paul II se rend en Arménie, première visite d'un souverain pontife depuis l'indépendance du pays où il évoque les massacres d’Arméniens en 1915 (sans évoquer le terme génocide) et les souffrances du peuple arménien pendant 70 ans d’occupation soviétique[122]. Le terme « génocide » est évoqué par le pape François à l'occasion d'une messe à la Basilique Saint-Pierre dédiée au centenaire de cet événement lors de laquelle le pape déclare : « Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé trois tragédies massives et sans précédent. La première, qui est largement considérée comme le premier génocide du XXe siècle a frappé votre peuple arménien »[123].

Le pape François se rend en Arménie en , et visite le mémorial de Tsitsernakaberd d'où il défend le droit du peuple arménien à « entretenir sa mémoire »[124], et appelle à la paix en l'Arménie et l'Azerbaïdjan, où il se rend également lors de sa tournée au Caucase[125].

Relations avec la Hongrie

Entre 2012, l'Arménie rompt ses relations diplomatiques avec la Hongrie après l'autorisation par le gouvernement hongrois de l'extradition vers l’Azerbaïdjan d'un officier azéri, Ramil Safarov Sahib, coupable du meurtre de l'officier arménien Gurgen Margaryan à Budapest en 2004[126]. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán justifie alors cette extradition du meurtrier vers son pays d'origine après que ce dernier ait purgé une peine de six ans de prison en Hongrie, par la promesse du président azéri Ilham Aliev de l’incarcérer à son tour[126]. Mais celle-ci, peu crédible, n'a pas été respectée, Ilham Aliev était au contraire reconnaissant envers son compatriote d'avoir tué un soldat arménien dans un contexte de tension persistante entre les deux pays[126]. Des investigations ultérieures révèlent une transaction de 7 millions de dollars versée par l'Azerbaïdjan à la Hongrie, probable contrepartie à la « libération » du meurtrier[126].

En décembre 2022, après plus de dix de brouille diplomatique, Erevan et Budapest rétablissent officiellement leurs relations[126].

Relations avec la Pologne

Relations avec l'Amérique

Relations avec les États-Unis

Les États-Unis reconnaissant l'indépendance de l'Arménie le , et ouvrent une ambassade à Erevan en . Les États-Unis abritent la deuxième plus grande communauté arménienne à l'étranger (après la Russie), avec 1.5 million d'Arméniens sur le sol.

Le président arménien Armen Sarkissian rencontre le secrétaire d'État des États-Unis Mike Pompeo en juin 2018

Le , la Chambre des représentants des États-Unis reconnaît formellement le génocide arménien lors d’un vote inédit[127].

Le 24 avril 2021, à l'occasion de la 106e commémoration du génocide arménien, le président américain Joe Biden reconnait officiellement ces événements comme étant un « génocide », déclarant dans un communiqué[128] :

« Les Américains honorent tous les Arméniens ayant péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui. Nous affirmons l'histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s'est passé ne se répètera jamais. »

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian salue une « mesure très forte envers la justice et la vérité historique »[128].

Nancy Pelosi lors d'une réunion avec le ministère arménien de la Défense Vagharchak Harutiunyan en septembre 2022 à la suite de l'attaque de l'Azerbaïdjan contre l'Arménie

En septembre 2022, la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, connue pour ses position pro-arméniennes[129], se rend à Erevan (marquant la visite du plus haut responsable américain en Arménie depuis son indépendance en 1991) et condamne la dernière agressions de l’Azerbaïdjan envers l'Arménie[33]. Le président du Parlement arménien, Alen Simonian, affirme que ces violences survenues une semaine plus tôt ont pu se terminer grâce à une médiation américaine, après l’échec d’une tentative de trêve sous médiation russe, et exprime sa reconnaissance envers les États-Unis[33]. Selon le journal moscovite Moskovski Komsomolets, l'une des raisons de la visite de Nancy Pelosi à Erevan serait de s’informer des besoins de l’Arménie en matière de défense[129]. Concernant la politique intérieure américaine, cette visite pourrait aussi s'inscrire dans une démarche électoraliste visant à récolter les voix des Américains d'origine arménienne dont la communauté est d'environ 450.000 citoyens, en prévision des élections américaines de mi-mandat en novembre 2022[129].

Rencontre entre le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le Secrétaire d'État américain Antony Blinken à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2022

En mai 2023, Blinken organise de nouvelles négociations entre l'Arménie et l’Azerbaïdjan pour lever le blocus du Haut-Karabagh et déclare avoir obtenu des « progrès tangibles vers un accord de paix durable »[130]. Cette implication croissante de Washington dans cette région sert aussi ses objectifs dans sa politique étrangère : ravir un allié de l'Iran et de la Russie, dans un contexte de pression américaine maximale sur ces deux pays alliés dans la guerre contre l'Ukraine[130].

En septembre, l'Arménie annonce mercredi accueillir des exercices militaire communs inédits avec les États-Unis impliquant leurs forces de maintien de la paix, un nouveau signe des efforts d'Erevan de s'éloigner de son allié russe[71]. Ces manœuvres baptisées « Eagle Partner 2023 » visent selon le ministère arménien de la Défense, à « augmenter le niveau inter-opérationnel » des forces américaines et arméniennes participant à des opérations de maintien de la paix[71]. Elles commencent le 11 septembre et impliquent 85 soldats américains et 175 soldats arméniens dans les centres de formation Zar et Armavir, situés près d'Erevan[131].

En août, les chefs d'État arménien et azerbaïdjanais annoncent officiellement leur engagement à cesser définitivement tout conflit, à ouvrir les relations commerciales et diplomatiques et à respecter la souveraineté et l'intégralité territoriale de leur voisin[20]. Cet accord de paix historique annoncé depuis la Maison-Blanche en présence du président américain Donald Trump dont la médiation est saluée, marque un virage pro-américain officiellement prs par les deux anciennes républiques soviétiques[20]. La création d'une zone de transit reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan est annoncée avec le nom de « Voie Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP, son acronyme en anglais)[20]. Le 13 janvier 2026, le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoïan se rend à Washington où il rencontre son homologue américain Marco Rubio, qui affirme sa volonté de faire avancer ce corridor dont la construction doit être confiée à une entreprise américaine[132].

Relations avec le Canada

Relations avec l'Asie

Notes et références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI