Catherine Colonna

femme politique et diplomate française From Wikipedia, the free encyclopedia

Catherine Colonna, née le à Tours (Indre-et-Loire), est une diplomate et femme politique française, élevée à la dignité d'ambassadrice de France.

PrésidentEmmanuel Macron
Premier ministreÉlisabeth Borne
GouvernementBorne
PrédécesseurJean-Yves Le Drian
Faits en bref Fonctions, Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ...
Catherine Colonna
Illustration.
Catherine Colonna en 2023.
Fonctions
Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

(1 an, 7 mois et 22 jours)
Président Emmanuel Macron
Premier ministre Élisabeth Borne
Gouvernement Borne
Prédécesseur Jean-Yves Le Drian
Successeur Stéphane Séjourné
Ambassadrice de France au Royaume-Uni

(2 ans, 8 mois et 18 jours)
Prédécesseur Jean-Pierre Jouyet
Successeur Hélène Tréheux-Duchêne
Représentante permanente de la France auprès de l'OCDE

(1 an, 10 mois et 29 jours)
Prédécesseur Pierre Duquesne
Successeur Jean-Pierre Jouyet
Ambassadrice de France en Italie

(3 ans et 20 jours)
Prédécesseur Alain Le Roy
Successeur Christian Masset
Représentante permanente de la France auprès de l'UNESCO

(2 ans, 8 mois et 26 jours)
Prédécesseur Joëlle Bourgois
Successeur Rama Yade
Ministre déléguée aux Affaires européennes

(1 an, 11 mois et 13 jours)
Président Jacques Chirac
Premier ministre Dominique de Villepin
Gouvernement Villepin
Prédécesseur Claudie Haigneré
Successeur Jean-Pierre Jouyet
Porte-parole de la présidence de la République française

(9 ans, 4 mois et 3 jours)
Président Jacques Chirac
Prédécesseur Jean Musitelli
Successeur Jérôme Bonnafont (es)
Biographie
Nom de naissance Catherine Jeanne Béatrice Colonna[1]
Date de naissance (69 ans)
Lieu de naissance Tours (France)
Nationalité Française
Parti politique DVD
Diplômée de Université de Tours
IEP de Paris
ENA
Profession Diplomate
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Ministres français des Affaires étrangères
Fermer

Porte-parole de la présidence de la République sous Jacques Chirac de 1995 à 2004, elle est ministre déléguée aux Affaires européennes dans le gouvernement Villepin, de 2005 à 2007.

Elle est ensuite représentante permanente de la France auprès de l'UNESCO (2008-2010) et de l'OCDE (2017-2019), ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire en Italie (2014-2017) et au Royaume-Uni (2019-2022).

Du au , elle est ministre de l'Europe et des Affaires étrangères dans le gouvernement Borne, sous la seconde présidence d'Emmanuel Macron.

Biographie

Famille et formation

Catherine Colonna naît à Tours le . Son père est un avocat, né et élevé dans un village corse, qui décide au lendemain de son mariage d'exploiter en Touraine la ferme de sa belle-mère, une directrice d'école à la retraite. Sa mère, licenciée en anglais, est une femme au foyer. Elle grandit dans la ferme familiale à Dolus-le-Sec, près de Loches. Elle a une sœur aînée, Anne-Marie[2].

Après avoir obtenu un DEA de droit public à l'université de Tours, elle poursuit ses études à l'Institut d'études politiques de Paris (section Service public, promotion 1980)[3], puis intègre l'École nationale d'administration (ENA) dans la promotion Solidarité (1981-1983).

Carrière professionnelle et diplomatique

Catherine Colonna en 2007.

À sa sortie de l'ENA en 1983, elle choisit la carrière diplomatique. Pour son premier poste au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères elle est nommée à l'ambassade de France aux États-Unis, à Washington, d'abord au service politique puis au service de presse et d'information (1983-1986).

À son retour à Paris, elle est chargée du droit européen à la direction des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères de 1986 à 1988, puis devient conseiller technique 1988 au cabinet de Maurice Faure, ministre d'État, ministre de l'Équipement de François Mitterrand. Mi-1989, peu avant la chute du mur de Berlin, elle rejoint le Centre d'analyse et de prévision du Quai d'Orsay, où elle est chargée des questions européennes en plein mouvement. Elle deviendra ensuite l'une des porte-paroles du Quai d'Orsay de 1990 à 1993, à la direction de la Communication et de l'Information du ministère des Affaires étrangères, puis porte-parole adjointe du ministère après l'arrivée au Quai d'Orsay en 1993, d'Alain Juppé, et de son directeur de cabinet Dominique de Villepin.

Elle est présidente du Centre national du cinéma et de l'image animée de 2004 à mai 2005[4].

Le , elle est nommée ambassadrice de la France auprès de l'UNESCO.

En , elle décide de rejoindre le cabinet de conseil en communication Brunswick en tant que managing partner[5].

Depuis , elle est membre du conseil d'administration de la fondation Chirac, initiée par l'ancien président de la République. Elle est également vice-présidente du Conseil franco-britannique (2009-2014), présidente du conseil d'administration du Centre international d'études pédagogiques (CIEP) de 2008 à 2011 et présidente du conseil d'administration de l'École du Louvre de 2010 à 2014 et membre du Conseil culturel de la Monnaie de Paris depuis 2008.

Elle a rejoint le conseil de surveillance du groupe BPCE d'avril à , tout en conservant ses fonctions au sein du groupe Brunswick, avant sa nomination comme ambassadrice à Rome.

Elle est ambassadrice de France en Italie de à [6].

Elle est nommée ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le 4 octobre 2017 en Conseil des ministres[7].

Le , elle est nommée ambassadrice de France au Royaume-Uni[8],[9].

Le , Catherine Colonna est élevée en Conseil des ministres à la dignité d’ambassadrice de France[10]. Elle est l'une des trois femmes élevées à cette dignité avec Sylvie Bermann (2019) et Anne-Marie Descôtes (2020).

Parcours politique

Responsabilités sous Jacques Chirac

En mai 1995, Jacques Chirac en fait sa porte-parole à l'Élysée. Elle occupe cette fonction pendant plus de neuf ans. Après la réélection de Jacques Chirac en 2002, souhaitant quitter ses fonctions pour retrouver l'une de ses passions, elle est nommée directrice générale du Centre national de la cinématographie en septembre 2004[11], ainsi que vice-présidente du festival de Cannes[9].

Ministre déléguée aux Affaires européennes

Mais après le référendum sur l'Europe et à l'occasion du changement de gouvernement, le , elle est rappelée aux affaires publiques et nommée ministre déléguée aux Affaires européennes du gouvernement Villepin et le restera deux ans jusqu'au . À l'automne de la même année et jusqu'à l'été 2008, elle fait partie de la Commission du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne, pilotée par Alain Juppé[12],[13].

Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

Nomination

Catherine Colonna avec le président du Brésil Lula da Silva en février 2023.

Le , Catherine Colonna est nommée ministre de l'Europe et des Affaires étrangères dans le gouvernement Borne, sous la seconde présidence d'Emmanuel Macron[14]. Elle est la deuxième femme, après Michèle Alliot-Marie entre et , à se voir confier ce portefeuille ministériel[15],[16].

Peu après sa nomination, Mediapart révèle des signalements à son encontre pour des faits de harcèlement moral envers ses collaborateurs à Rome et Londres[17],[18].

Réforme de la haute fonction publique

Dès sa prise de fonction, Catherine Colonna doit faire face à une vague de contestation au sein de son propre ministère. Celle-ci est liée à une réforme de la Haute fonction publique française qui prévoit la suppression de deux corps diplomatiques afin d'inciter les ambassadeurs et autres diplomates français à travailler dans d'autres ministères. De nombreux membres du Quai d'Orsay se sont opposés à cette réforme, craignant la disparition d'un corps diplomatique français professionnel. Selon Le Monde, la nomination de Catherine Colonna, une ambassadrice de carrière, a été interprétée comme un « message » à l'intention des contestataires[19]. Toutefois, les relations se sont rapidement dégradées et des agents du ministère des Affaires étrangères ont fait grève le , une première en près de 20 ans. Selon l'un des grévistes, « nous ne voulons pas affaiblir la ministre, mais plutôt la conforter afin qu'elle puisse expliquer franchement au président que la réforme pose problème ». Catherine Colonna organise une première réunion avec les syndicats le [20].

Chine

Le , Catherine Colonna s'entretient par téléphone avec son homologue chinois, Wang Yi. Alors que des fichiers de la police du Xinjiang (en) prouvant le génocide culturel des Ouïghours sont publiés par des médias, dont Le Monde, elle appelle le régime chinois à faire preuve de transparence sur ces violations des droits de l'homme et à ne pas entraver le travail de Michelle Bachelet, la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies, alors en déplacement au Xinjiang[21].

OTAN

Le , Catherine Colonna accompagne le président de la République Emmanuel Macron et le ministre des Armées Sébastien Lecornu en Roumanie pour rencontrer les militaires français déployés dans le cadre de la mission AIGLE de l'OTAN[22].

Le , dans un entretien au JDD, elle critique l'opposition de la Turquie à l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN et lui exige de « faire ses choix »[23].

Russie

Le , Catherine Colonna condamne la décision de la Russie d'expulser sans justification l'attaché culturel de l'ambassade de France en Russie[24].

Afrique

Le , Catherine Colonna et le ministre des Armées Sébastien Lecornu se rendent au Niger. Ils rencontrent Hassoumi Massaoudou et Alkassoum Indatou, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense nationale, puis le président Mohamed Bazoum. Les deux pays signent à cette occasion un prêt de 50 millions d'euros et un don de 20 millions d'euros au nom de l'Agence française de développement. Catherine Colonna et Sébastien Lecornu visitent ensuite la base aérienne 101 Niamey, une base aérienne française, puis la base militaire nigérienne d'Ouallam où forces militaires françaises et nigériennes coordonnent leurs opérations contre les groupes terroristes de l'État islamique et d'Al-Qaïda. Le voyage des ministres français se termine au village de Simiri où la France finance un projet de lutte contre la malnutrition. Leur déplacement au Niger marque le début d'une nouvelle politique française à l'égard de l'Afrique. Selon une source diplomatique française, Catherine Colonna et Sébastien Lecornu « incarne[nt] le binôme civil-militaire » au cœur de cette nouvelle politique[25].

Affaire Tayeb Benabderrahmane

Tayeb Benabderrahmane, un consultant franco-algérien, est arrêté par les services de sécurité qatariens en janvier 2020 à Doha, sur fond d’accusations d’espionnage au profit d’un État étranger. Il est détenu plusieurs mois – dénonçant par la suite une séquestration accompagnée de mauvais traitements – avant d’être placé en résidence surveillée. Sa libération intervient fin octobre 2020, sous condition de signer un protocole de confidentialité l’engageant à ne pas divulguer des documents potentiellement compromettants pour le président du Paris Saint-Germain Nasser al-Khelaïfi, sous peine d’une amende de 5 millions d’euros. D’après ses avocats, le ministère français des Affaires étrangères avait été informé dès le 5 mars 2020 de cette détention arbitraire et des violations des droits de M. Benabderrahmane, mais aucune assistance consulaire ne lui a alors été apportée[26].

Après son retour en France, Tayeb Benabderrahmane porte plainte en 2022 pour enlèvement, séquestration et torture. Une information judiciaire française est ouverte en février 2023 pour faire la lumière sur ces accusations. Parallèlement, le 31 mai 2023, le tribunal pénal de Doha condamne par contumace Tayeb Benabderrahmane à la peine de mort (exécution par fusillade) pour « intelligences avec une puissance étrangère » – un verdict prononcé in absentia sans que l’intéressé, alors rentré en France, n’en ait été informé sur le moment[27]. Les autorités qatariennes n’ont rendu publique cette condamnation dans aucun communiqué ; l’existence du jugement n’est portée à la connaissance des autorités françaises qu’en juillet 2023, par la voie diplomatique. En effet, dès avril 2023, le Premier ministre du Qatar Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani avait adressé un courrier à la ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, pour contester l’enquête ouverte à Paris – jugée « infondée » par Doha – et pour rappeler que M. Benabderrahmane, accusé de « crimes graves », était recherché par la justice qatarienne[28].

Le 5 juillet 2023, une équipe de police française intervient à l’aéroport du Bourget lors de l’arrivée de Nasser al-Khelaïfi afin de perquisitionner son avion et d’auditionner le dirigeant du PSG dans le cadre de l’information judiciaire en cours. Le Président du PSG refuse de descendre de son jet pendant plus d’une heure, le temps pour ses avocats et des représentants qataris de négocier avec les agents français. Un diplomate de l’ambassade du Qatar intervient sur le tarmac en affirmant que M. Al-Khelaïfi bénéficie d’une immunité diplomatique – Doha le considérant comme « ministre sans portefeuille » – et déclare que l’ambassadeur qatari a alerté Mme Colonna de la situation. D’après ce témoignage, la ministre française aurait alors contacté son homologue de l’Intérieur pour faire cesser les opérations de police, ce que le Quai d’Orsay a catégoriquement démenti par la suite (assurant que Mme Colonna n’a reçu aucun appel de l’ambassadeur et n’est intervenue « à aucun niveau » dans cette affaire)[29].

Le 21 juillet 2023, en réaction à l’incident du Bourget, le gouvernement qatari adresse une lettre officielle à Catherine Colonna via son Premier ministre. Dans ce courrier diplomatique, Doha proteste contre le traitement réservé à Nasser Al-Khelaïfi par les enquêteurs français, estimant que l’opération policière aurait pu être effectuée « à un moment opportun […] sans porter atteinte à sa réputation ni à celle du Qatar ». Surtout, la missive revient en détail sur le cas de Tayeb Benabderrahmane, rappelant son arrestation à Doha en janvier 2020, son placement en détention puis en résidence surveillée, et son autorisation de quitter l’émirat le 31 octobre 2020. Le Premier ministre informe dans la même lettre la condamnation à mort par contumace du lobbyiste par un tribunal qatari. Cette note verbale, reçue au Quai d’Orsay le jour même, informe donc explicitement les autorités françaises de la condamnation à mort prononcée contre leur ressortissant quelques semaines plus tôt. Aucune réaction publique n’est alors émise par le ministère français : aucune protestation officielle contre la peine capitale ni démarche consulaire de soutien n’est engagée. En septembre 2023, le Quai d’Orsay déclare même n’avoir « été saisi d’aucune demande de protection consulaire » en 2020 pour Tayeb Benabderrahmane[30].

Face à cette absence de soutien consulaire et diplomatique, Tayeb Benabderrahmane décide de porter l’affaire devant la justice, après avoir découvert sa condamnation dans la presse. Le 12 décembre 2024, ses avocats déposent une plainte auprès de la Cour de justice de la République visant Catherine Colonna pour « omission de porter secours » à personne en danger. La plainte, également fondée sur la « mise en danger de la vie d’autrui » et le « refus de répondre à des réquisitions judiciaires », reproche à la cheffe de la diplomatie française d’avoir sciemment omis d’alerter M. Benabderrahmane de sa condamnation à mort et de n’avoir pris aucune mesure pour le protéger, alors même qu’elle avait été informée de sa situation. Selon ses avocats, « Mme Colonna s’est volontairement abstenue d’alerter M. Benabderrahmane sur sa condamnation à mort, lui faisant dès lors courir un risque létal évident ». Interrogé à ce sujet, le ministère des Affaires étrangères n’a fait aucun commentaire sur ces accusations, tandis que l’instruction judiciaire suit son cours[31].

Départ

Elle n'est pas reconduite dans ses fonctions lors de l'annonce du gouvernement Attal le  ; Stéphane Séjourné lui succède[32]. En février 2024, l’ONU nomme Catherine Colonna, pour mener un comité indépendant afin d'évaluer la neutralité de l’UNRWA et de son fonctionnement[33].

Distinctions

Dignité

Le , Catherine Colonna, ministre plénipotentiaire hors classe, est élevée à la dignité d'ambassadrice de France[10].

Décorations

Le , Catherine Colonna est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur[1]. Faite chevalier de l'ordre le , elle est promue au grade d'officier le au titre de « ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire en Italie »[34]. Faite officier de l'ordre le , elle est promue au grade de commandeur le au titre de « ambassadrice de France, ancienne ministre »[35].

Elle est nommée directement au grade d'officier dans l'ordre national du Mérite le au titre de « ancienne ministre, présidente d'un établissement d'enseignement supérieur ; 27 ans de services civils »[36].

Elle est nommée ex officio au grade de commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres en tant que directrice générale du Centre national du Cinéma et de l'Image animée (CNC)[37] et donc membre de droit du conseil de l'ordre des Arts et des Lettres[38], et le au grade de grand officier de l'ordre de l'Étoile d'Italie[39].

En 2001, Catherine Colonna est également nommée dans l'ordre de la Croix de Terra Mariana, troisième classe[40].

Notes et références

Voir aussi

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