Promotion 1949-1951 de l'École nationale d'administration

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La promotion 1949-1951 de l'École nationale d’administration, dite promotion Europe, est la septième promotion d'élèves depuis la création de l'École nationale d'administration en 1945. Elle porte le nom de l'Europe, au nom de l'idée de paix européenne à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

La promotion Europe est remarquée pour le nombre élevé d'élèves ayant par la suite accédé à des postes clefs de la République, parmi lesquels le futur président de la République Valéry Giscard d'Estaing, le ministre et Premier président de la Cour des comptes André Chandernagor, le Secrétaire général du Gouvernement Marceau Long. Il s'agit d'une des plus petites promotions de l'histoire de l'école, avec 37 élèves, pour 46 postes ouverts.

Concours

Le concours d'entrée de 1948 pour une rentrée en janvier 1949 a lieu à partir du 4 octobre. Le président du jury est Léon Julliot de La Morandière, doyen de la faculté de droit de l'université de Paris[1]. Étienne Burin des Roziers et Maurice Duverger font notamment partie du jury du concours externe[1]. Seulement 46 postes sont ouverts, dont 23 places au concours externe et autant en interne. 434 candidats sont admis à concourir en externe, et 322 en interne[1]. Deux postes sont ouverts au titre de le passerelle entre l'École polytechnique et l'ENA ; Valéry Giscard d'Estaing est le premier et, cette année-là, le seul, à l'emprunter[2].

Au concours d'entrée, le sujet de l'épreuve de questions contemporaines est, pour les élèves externes et internes, « Quel rôle, d'après vous, demeure réservé à l'Europe dans le développement de la civilisation mondiale ? »[1]. Si 46 places étaient ouvertes, seuls 37 candidats sont déclarés admis, tous les postes du concours interne n'étant pas pourvus ; 14 personnes sont admis au concours interne sur les 23 postes à pourvoir[1]. Les cinq reçus aux meilleurs rangs du concours externe sont Michel Massenet (major), Xavier Cauzé de Nazelle, Jean Labussière, Marceau Long (qui est aussi le plus jeune admis), et enfin Emmanuel de Margerie[1]. Au concours interne, le major est André Chandernagor[1]. Une seule femme, Jeanne Moevus, fait partie de la promotion ; admise dans la promotion précédente, elle avait obtenu un report d'admission, tout comme Jacques Ratier[1].

Première année de scolarité

La scolarité débute le 3 janvier 1949, alors que la promotion Jean Moulin, troisième et ultime promotion spéciale de l'école, achève sa scolarité[1]. René Cassin donne la conférence solennelle de rentrée[1]. Le jour même, les élèves de la nouvelle promotion choisissent leur nom de promotion, Europe, « semble-t-il à l'unanimité » selon Michel Gentot, et peut-être en lien avec la création récente du Conseil de l'Europe[1]. Ce nom avait manqué, à une voix, d'être adopté par la promotion précédente, qui avait finalement opté pour Quarante-Huit[1]. Le débat s'était donc concentré sur l'adjectif à accoler à Europe ; « libre » avait été proposé, mais n'avait pas obtenu suffisamment de suffrages[3]. La photographie de promotion est prise sans Valéry Giscard d'Estaing, qui en aurait été exclu par la promotion du fait qu'il n'avait pas passé le concours, selon Patrick Gérard[4], ou qui aurait refusé d'y participer[3].

La première année de la scolarité est constituée d'un mois de cours et d'un stage long de formation[2]. L'affectation en stage est révélée aux élèves vers le 20 janvier, et est réalisée en tenant compte dans la mesure du possible de leurs vœux[1]. Le premier mois de cours est toutefois marqué par le suicide du major de la promotion 1946-1947, Philippe Raichlen[1]. Le stage commence le 25 janvier 1949 et prend fin en décembre. Les élèves doivent alors rédiger leur rapport de stage pour le 3 janvier 1950. La meilleure note de stage est attribuée à Valéry Giscard d'Estaing pour son stage dans la Sarre (19/20)[1],[5].

Deuxième année de scolarité

Au retour de leur stage, en janvier 1950, les élèves commencent la deuxième année de leur scolarité à l'hôtel de La Meilleraye, au n°56 de la rue des Saints-Pères. L'élection des délégués a lieu le 27 janvier ; Valéry Giscard d'Estaing est élu délégué de la section économique et financière sans s'y être présenté[1].

Les élèves suivent notamment les cours communs suivant[1] :

  • Louis Armand et Jacques Ratineau : « Les données techniques de l'économie industrielle et agricole française »
  • Pierre Mendès France : « Problèmes économiques et financiers que pose la politique des investissements et de la reconstruction de la France »[2]
  • Pierre Laroque : « Le problème ouvrier à l'époque contemporaine aux États-Unis et en France »
  • Pierre Jacobsen : « Les problèmes des personnes déplacées »
  • Régis Blachère : « Les données historiques fondamentales des problèmes de l'Islam »
  • Jean Dresch : « Géographie et économique de l'Afrique du Nord »
  • Robert Montagne : « Éléments de sociologie musulmane »

Marceau Long indique a posteriori que les cours de Louis Armand et de Pierre Mendès France étaient particulièrement appréciés ; au sujet de ce dernier, il écrit que « il était très bon pédagogue ; nos camarades de la section économique l'ont assailli de questions de fond reflétant d'autres conceptions de politiques économiques : y a-t-il des vérités immuables en sciences humaines, des lois naturelles en économie ? »[6]. Valéry Giscard d'Estaing est, lui, plus critique du contenu des cours d'économie, qu'il considère comme trop keynésiens[7].

Comme pour les promotions précédentes, les élèves sont répartis en des sections (administration générale ; administration économique et financières ; administration sociale ; affaires extérieures), pour suivre les cours qui ne relèvent pas du tronc commun. Seuls quatre élèves sont affectés à la section sociale, ce qui permet un encadrement renforcé[1]. En section d'administration générale, Raymond Odent donne un cours de contentieux administratif approfondi[1]. En section d'administration économique et financière, Maurice Lauré donne un cours sur la comptabilité publique, Maurice Pérouse sur « [l]es problèmes du commerce international » (avec les élèves de section des affaires extérieures), Jean Fourastié sur « [l]es principes fondamentaux de la technique comptable », Pierre Uri sur « [l]es problèmes d'ordre économique et administratif que soulèvent la conception et l'exécution d'un plan »[1]. La section sociale suit notamment le cours de Charles Bettelheim sur « [l]es organisations internationales et [les] problèmes sociaux »[1]. La section des affaires extérieures, enfin, suit notamment le cours de Pérouse et celui de Bettelheim[1].

Parmi les enseignants en conférence de méthode, enseignent Michel de Boissieu, Robert Bordaz, Roger Houin, Jean Kahn, Jean Laloy, et le futur directeur de l'ENA, François Gazier[1].

Les élèves participent au bal annuel de l'Association des anciens élèves de l'ENA, au palais du Louvre, dans les salons du ministère des Finances, en compagnie du président de la République Vincent Auriol et du ministre des Finances Maurice Petsche[1]. Le président de la République visite les locaux de l'ENA en juin et s'entretient avec la promotion[1].

Les enseignements reprennent en septembre, après les vacances d'été. L'arrêté fixant les postes disponibles en sortie d'école est publié le 21 octobre, avec un nombre élevé (16) de postes dans les Grand corps de l'État[1]. Les cours s'achèvent le 2 décembre, laissant le temps aux élèves de se préparer aux épreuves de sortie[1].

Troisième année de scolarité

La troisième année commence par les épreuves de classement, qui débutent le 3 janvier 1951. La première épreuve classante a pour sujet : « Le Président Truman [...] a annoncé la nomination de M. Wilson, président de la General Electric, à la direction de l'Office de la mobilisation défensive. Imaginant une telle désignation en France, quelles réflexions vous suggérerait le principe de l'accession d'un chef d'entreprise à un poste élevé de responsabilité administrative [...] de notre pays ? »[1]. Le 24 janvier, les résultats de classement sont révélés aux élèves, et le 26 janvier a lieu l'amphi-garnison et la signature d'un engagement à servir l’État pendant douze ans[1]. Le président des épreuves de classement, André François-Poncet, adresse une lettre au directeur de l'école, Henri Bourdeau de Fontenay, pour lui dire : « J'ai été frappé du haut niveau du concours auquel j'ai participé ; je crois que vous avez le droit d'être fier. L'expérience que constitue votre École est peut-être encore trop récente pour qu'on puisse porter sur elle un jugement définitif, mais je suis sûr que l'expérience est en bonne voie »[1].

Un stage en entreprise a lieu du 15 février au 30 avril. André Chandernagor effectue son stage à la RATP, Valéry Giscard d'Estaing à la Banque de France, Marceau Long à la Télémécanique de Nanterre, Emmanuel de Margerie chez Péchiney[1]. La scolarité s'achève en décembre 1951[1]. En plus du président de l'école René Cassin, Michel Debré et Jacques Chapsal participent au cocktail de fin de scolarité[1].

Liste des élèves

La liste qui suit est établie par corps de sortie et par ordre alphabétique.

Conseil d'État (3 postes) :

Inspection générale des finances (7 postes) :

Cour des comptes (6 postes) :

  • Étienne Eckert (13e)
  • Jacques Étienne (9e)
  • Georges Gojat (16e)
  • Jean-Claude Isnard (19e)
  • Jacques Ratier (17e)
  • Justin Rohmer (18e)

Ministère des Affaires étrangères (4 postes) :

Ministère des Finances (9 postes) :

  • Joseph Audant (21e)
  • Pierre Chancel (33e)
  • Gilles Dalimier (22e)
  • Roger Gorse (23e)
  • Jacques Grangé (29e)
  • Jeanne Moevus (36e)
  • Pierre Mouterde (24e)
  • Paul Ripoche (31e)
  • Pierre Vigne (37e)

Contrôle général de la Sécurité sociale (1 poste) :

  • Yves Delamotte (25e)

Ministère de l'Intérieur (4 postes) :

  • Jean Dusserre (27e)
  • Michel Gasnot (30e)
  • Jean Lalé (28e)
  • André Rochat-Guille (26e)

Contrôle civil du Maroc et de Tunisie (3 postes) :

  • Francis Boot (35e)
  • Georges Caisson (38e)
  • Paul Rouaze (34e)

Postérité

Voir aussi

Notes et références

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