Royal Crescent (Bath)
bâtiment résidentiel à Bath, Angleterre
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Le Royal Crescent (« Croissant royal ») est un ensemble résidentiel situé à Bath en Angleterre, composé de trente maisons mitoyennes disposées en croissant autour d'une vaste esplanade gazonnée. Il a été conçu par l'architecte John Wood le Jeune et construit entre 1767 et 1774 dans la lignée du développement urbain de Bath initié notamment par John Wood l'Aîné.
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Monument classé de grade I (d) () |
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Le Royal Crescent forme une demi-ellipse longue de 150 m, présentant une façade intérieure uniforme ornée de 114 colonnes d'ordre ionique et une façade extérieure hétéroclite. Le bâtiment est relié à The Circus, construit par John Wood le Jeune et John Wood l'Aîné quelques années avant.
Considéré comme l'un des joyaux d'architecture georgienne et l'un des premiers exemples de bâtiment en croissant, le Royal Crescent est devenu une source d'inspiration pour de nombreux autres projets urbains. De nombreuses personnalités notables y ont séjourné, telles que Elizabeth Montagu, Christopher Anstey ou encore Frédéric d'York. Il a aussi été mis à l'honneur dans plusieurs œuvres de fiction et comme lieu de tournage.
Historique
Contexte
Popularité de Bath
Durant l'occupation romaine de la région, Bath était renommée pour ses thermes, mentionnés par Ptolémée dans sa Géographie. Cependant, après la chute de l'Empire romain, les systèmes hydrauliques laissés à l'abandon ont fait augmenter le niveau de l'eau et les vestiges ont été enfouis sous la vase[1]. Après la visite de la reine Élisabeth Ire en 1591[2], la renommée de Bath s'étend et de nombreuses personnes s'y rendent pour faire une cure thermale[3]. L'année de son accession au trône en 1702 et l'année suivante, la reine Anne se rend à Bath qui, grâce au patronage royal, devient une destination à la mode[4].
Richard « Beau » Nash s'installe à Bath en 1705[4] et souligne que la ville n'a « pas de bâtiments élégants, pas de rues ouvertes, ni de places uniformes »[cit 1],[5]. Il devient rapidement maître de cérémonie de la municipalité de Bath et décide d'améliorer la qualité des divertissements proposés à Bath[6]. De ce fait, la popularité de la ville s'accroît, attirant de plus en plus de monde[7].
En 1716, l'idée d'un nouvel hôpital thermal pour les lépreux émerge. Parmi les prêteurs du projet se trouvent Beau Nash, Ralph Allen, arrivé à Bath en 1712, et Humphrey Thayer. Les plans sont confiés à John Wood l'Aîné, né à Bath en 1704[N 1], qui avait été engagé par Thayer sur d'autres projets antérieurs[9]. Ralph Allen devient propriétaire des carrières de pierre à Combe Down à partir de 1727. Avec John Wood l’Aîné et sous l’impulsion de Nash, il imagine ce que pourrait devenir la ville[10].
Développement urbain de la ville

John Wood l'Aîné, qui a décrit la ville comme « mesquine et méprisable »[cit 2],[11], commence à définir un plan d'urbanisation du nord de la ville dès 1725. Les terrains du nord-ouest appartiennent au membre du Parlement et chirurgien Robert Gay, qui donne à Wood en l'autorité sur quiconque voudrait construire une rue de maisons. Wood construit Barton Street (qui deviendra plus tard Gay Street), puis Queen Square l'année suivante, au bout de la rue. Le conseil municipal reste alors sceptique vis-à-vis des plans de Wood de construire de tels bâtiments à l'extérieur de l'enceinte médiévale de la ville[12].
John Wood continue le développement urbain de Bath jusqu'en 1754, début de la construction de The Circus, qui représente la synthèse de ses intérêts et de ses croyances[13]. Le bâtiment circulaire, de 96 m de diamètre, devait comporter une statue équestre de George II (qui n'existera jamais) et s'ouvre sur trois rues de maisons de 16 m de long : Barton Street, Bennett Street et Brock Street. En , la première pierre de l'ouvrage est posée, mais John Wood meurt trois mois plus tard. Son fils, John Wood le Jeune, reprend le chantier et l'achève en 1759[14].
John Wood le Jeune a commencé à travailler avec son père très tôt et a participé à la construction de Brock Street[15], nommée en l'honneur de Thomas Brock. Celui-ci a rencontré les John Wood père et fils lorsqu'ils supervisaient la construction de l'hôtel de ville de Liverpool en 1749-1750. Sa sœur, Elizabeth Brock, a épousé John Wood le Jeune[16] et Brock est devenu son curateur par décision de John Wood l'Aîné[17].
Au départ, Brock Street doit être une petite rue qui se termine sur un bâtiment massif. Cependant, face à la demande croissante de logement et en présence d'un grand terrain communal ouvert et gazonné, John Wood le Jeune y voit l'endroit parfait pour y construire un bâtiment résidentiel en forme de croissant. De plus, comme rien ne peut être construit sur le terrain communal, les maisons offriront une vue qu’aucun bâtiment n’interrompra. John Wood étend donc Brock Street pour relier The Circus à son nouveau projet : le Royal Crescent[18].
Construction
L'idée d'un bâtiment en croissant est souvent attribuée à John Wood le Jeune, bien qu'un dessin de son père et la disparité entre le Royal Crescent et les autres projets de John Wood laissent penser que l'inventeur de ce style de construction est John Wood l'Aîné[N 2],[19]. La forme caractéristique du bâtiment est souvent comparée à un sanctuaire lunaire druidique (parfois à un hypothétique temple semi-elliptique près de Stonehenge, sans preuve particulière[20]), à un théâtre romain antique (parfois directement au Colisée[21]), ou à la symbolique franc-maçonne (The Circus et le Royal Crescent représenteraient alors respectivement le Soleil et la Lune[21]). La disposition semi-elliptique des colonnes peut aussi faire penser au Teatro Olimpico d'Andrea Palladio ou à la place Saint-Pierre du Bernin. John Summerson voyait dans la façade des emprunts directs au palladianisme britannique, notamment aux façades de Lincoln's Inn Fields de Londres[22].
Dans les années 1700, les maisons mitoyennes forment le type de logement urbain caractéristique de l'Angleterre[7] et marquent l'assouplissement des frontières entre les classes sociales en vogue lors du siècle des Lumières[N 3]. L'architecte Andreas Zeese souligne les ressemblances entre le Royal Crescent et l'Essai sur l'architecture de Marc-Antoine Laugier. Bien que l'ouvrage ait été traduit en anglais douze ans avant la fin des travaux, il note qu'il est impossible de savoir si Wood connaissait le travail de Laugier[22].
L'acte de cession du terrain, daté des 19 et [25], est signé entre John Wood et Thomas Brock d'une part, et le landlord Sir Benet Garrard d'autre part, pour un loyer foncier de 200 £ par an. La première pierre est posée en [N 4]. La pierre utilisée provient des carrières de Ralph Allen à Combe Down[27]. Wood fait appel à des entrepreneurs et artisans qui travaillent indépendamment sur chaque maison. Il leur impose contractuellement de respecter l'uniformisation de la façade (à la fin des travaux, les constructeurs doivent nettoyer et ternir la pierre extérieure pour éviter les fissures et obtenir une couleur uniforme) et les laisse libres de l'arrangement intérieur des maisons, selon les besoins des locataires[18]. Ainsi, bien que les intérieurs des habitations soient hétéroclites, la façade intérieure du croissant n’est pas affectée [28]. Les bâtisseurs sont également chargés de conclure les baux de plusieurs années avec des locataires puis d'obtenir des financements bancaires [18].

Durant la construction, quelques incidents sont signalés, comme la mort de deux ouvriers[N 5],[28]. Après la construction des six premières maisons, Michael Hemmings, qui a construit le no 7, a dû faire une légère correction sur la courbure du bâtiment afin d'occuper tout l'espace loué. Cette correction n'est visible qu'au niveau du toit[29]. Le projet s'achève huit ans après le début des travaux, à la fin de l'année 1774 ou au début de 1775[28]. Une fois achevé, le bâtiment contient aussi bien des habitations permanentes que des logements saisonniers[29]. En même temps que le bâtiment, une route pavée est construite de 1767 à 1775, chaque pierre est taillée de sorte à suivre la courbure[30]. Le toit est d'abord couvert de pierre, puis remplacé par des ardoises bleues du pays de Galles[27]. Le coût total de la construction s'est élevé à au moins 100 000 £[31].
Il est souvent admis que l'adjectif « Royal » a été ajouté à la fin du XVIIIe siècle après le séjour de Frédéric d'York, deuxième fils du roi George III, aux nos 1 puis 16, mais le contrat de location du terrain passé en 1767 entre John Wood et Michael Hemmings comportait déjà le nom complet « Royal Crescent »[32]. Les maisons ne sont pas numérotées avant 1800[33].
Époque contemporaine
Plusieurs années avant la Première Guerre mondiale, de nombreuses maisons sont occupées par des familles uniques, parfois accompagnées de domestiques, puis, alors que les styles de vie changent, de plus en plus d'habitations sont divisées en appartements, parfois en bureaux. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses maisons sont vides et proposées à des prix très bas[34]. Puis, à partir des années 1970, les prix augmentent fortement, pouvant atteindre le décuple[N 6],[35].
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| Wartime bomb damage outside Royal Crescent, Bath 1942, photographie montrant les dégâts causés par le blitz de Bath en 1942. | |
Au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, la British Boxboard Agency est évacuée au no 20 du Royal Crescent[36]. Lors du blitz de Bath en 1942, des bombes incendiaires endommagent les nos 17 et 2, dont les toits sont entièrement détruits. Les bombardements ont aussi causé un cratère d'explosion en face du no 21. La majeure partie des bombes qui visaient le Royal Crescent est tombée plus au nord, sur Julian Road, laissant seulement quelques marques sur le bâtiment[37]. Patrick Abercrombie est commissionné pour la reconstruction de Bath en 1943 et publie en 1945 A Plan for Bath, qui inclut la reconversion des maisons centrales du Royal Crescent en centre d'administration civique, lié à la nouvelle chambre du conseil et la salle du comité à l'arrière du bâtiment, après la destruction des anciennes écuries (en). Son plan n'est pas mis en application[38]. Les nos 2 et 17 sont reconstruits par l'entreprise Hugh Roberts & Davies en 1948 et 1949 respectivement[39].

En 1950, le no 16 est transformé en maison d'hôtes, puis devient, en 1971 avec le no 15, un hôtel[40]. En 1968, le major Bernard Cayzer achète le no 1 et le donne au Bath Preservation Trust pour en faire un musée[27]. À la fin des années 1960, Amabel Wellesley-Colley, qui habite au no 22, peint sa porte et ses volets en jaune, la couleur préférée de son ancêtre, le duc de Wellington. Le , le conseil de la ville lui demande de changer la couleur en blanc afin de respecter la volonté de John Wood. La résidente refuse et le secrétaire d'État à l'Environnement Peter Walker lui donne raison en [35]. Même après son départ du Royal Crescent, la porte est restée jaune[41].
En 1999, les habitants cherchent à obtenir l'interdiction de passage des bus touristiques, qu'ils trouvent intrusifs. Ils expliquent aussi que leur passage endommage la voie pavée construite en même temps que le Royal Crescent[30]. L'interdiction devient officielle et effective vingt ans plus tard, en 2019[42]. Une reconstitution historique est créée à l'occasion du 250e anniversaire de la pose de la première pierre[43]. En 2026, seules dix habitations sont restées des maisons individuelles. Les autres ont été divisées en appartements, ou bien font partie de l'hôtel ou du musée[44].
Description
Architecture

Le Royal Crescent se présente comme une demi-ellipse longue de 152 mètres et haute de 15 mètres (500 ft[15] et 50 ft), comprenant trente maisons à la façade identique[29], composée de pierre de couleur jaune ocre, caractéristique de la pierre de Bath[22]. Les deux maisons aux extrémités possèdent des façades en retour au niveau du grand axe de l'ellipse. Le rez-de-chaussée ne présente aucune décoration particulière mais 114 colonnes d'ordre ionique, de 6 m de haut (20 ft), sont disposées du premier au deuxième étage[28], suivant le style d'Andrea Palladio[45]. Le no 16 se distingue pour deux raisons : il possède quatre colonnes appairées et une fenêtre cintrée d'où il est possible de voir les deux extrémités du bâtiment[40]. On retrouve aussi des paires de colonnes sur les façades en retour des maisons nos 1 et 30[46], dont les portes d'entrée possèdent un fronton et un éteignoir à torches, très commun au XVIIIe siècle[47]. La façade du Royal Crescent contraste fortement avec celle du Circus où les détails abondent[15], Wood ayant aussi abandonné les ornements sur la balustrade qui surplombe l'ensemble[48]. Cette balustrade permet de cacher le grenier[47], dont le toit a été surbaissé. De plus, la fenêtre cintrée du no 16 est plus haute que les autres fenêtres de la façade[49].
La façade est volontairement simple, John Wood cherchant à créer la surprise en découvrant l'architecture palladienne[18],[46]. L'historien de l'architecture Emil Kaufmann estime que la façade se rapproche plus du style baroque et l'urbaniste Arnold Klotz y voit une architecture néo-palladienne, alors que l'historien de l'art Dagobert Frey la qualifie d'architecture classique, en raison de sa conception minimaliste plus éloignée de l'ornementation abondante des bâtiments baroques ou palladiens[22].
L'intérieur des maisons suit le modèle standard du XVIIIe siècle : au rez-de-chaussée, une grande et une petite salle de réception, cette dernière assez grande pour y mettre une table Gateleg pour manger ; des escaliers en pierre en porte-à-faux à l'arrière ; le salon au premier étage ; les chambres au deuxième ; et la chambre de bonne dans le grenier[50]. Les maisons présentent trois à quatre fenêtres sur la façade et leurs décorations intérieures varient beaucoup. L'utilisation de placards et d'alcôves permet de garder des pièces rectangulaires, probablement selon les directives de Wood[15]. Les nos 14 à 16 sont les plus grandes[40].
Alors que la façade est uniforme, l'arrière du Royal Crescent est hétéroclite. En effet, l'arrière de chaque maison était laissé libre au propriétaire. Certains ont préféré la pierre de taille et d'autres la pierre de Bath[51]. De même, la façade arrière du no 18, bâtie aux XVIIIe – XIXe siècles, est de type gothique, alors que celle du no 17, qui date de 1843, présente cinq baies et trois ouvertures centrales avec une balustrade. Les façades des nos 13 à 18 ont été refaites entre 1983 et 1998 par l'entreprise William Bertram & Fell pour l'hôtel du Royal Crescent[52].
- Vue aérienne du Royal Crescent, montrant la différence entre les deux façades.
- Plaque commémorative de la construction du bâtiment.
- Chapiteau de l'une des colonnes.
- No 30, situé à l'extrémité.
- Le Royal Crescent et l'un des lampadaires.

Autour du bâtiment
À sa construction, le Royal Crescent était plutôt isolé : les Marlborough Buildings ne sont construits qu'en 1790 et les maisons permettaient de voir la rivière Avon[28]. Le bâtiment est relié au Circus par Brock Street[15] et le Royal Victoria Park se situe en contrebas[53]. Afin d'éviter d'obstruer la vue, les contrats relatifs aux terrains au sud empêchaient de faire pousser des arbres de plus de 2,5 m (ou 8 ft) et d'y construire des bâtiments[7].

Le Royal Victoria Park est séparé du Royal Crescent par un ha-ha, un mur et un fossé créés pour ne pas interrompre la vue, considéré comme le plus long ha-ha urbain (environ 150 m). On ignore sa date de création, possiblement vers 1775. Des études menées par Wessex Archaeology dans les années 1990 pour déterminer la forme d'origine du ha-ha ont mis en évidence de fréquentes inondations dans le fossé, datées d'au moins 200 ans. Ces inondations sont dues aux fondations du mur : l'étude a montré qu'il repose sur une base d'argile peu propice au drainage de l'eau de pluie. De plus, malgré la présence de mortier à sa base, le ha-ha est principalement constitué de pierres sèches[N 7], sauf aux extrémités. Des vestiges d'une assise, de trente centimètres de long et vieille de cent ans, ont été retrouvés à moins d'un mètre du ha-ha, dans le fossé, sans que ne soient découverts sa forme ou son but d'origine. En 1897, le ha-ha a subi quelques réparations, notamment une reconstruction de certaines parties du mur et un vidage du fossé. Bien que le fossé fasse partie d'un terrain public[N 8], le mur appartient à la pelouse du Royal Crescent et est placé sous la responsabilité des résidents[54].
Au nord du terrain, sur Julian Road, se trouvait une église qui fut détruite lors du blitz de Bath. Lors de sa construction entre 1870 et 1873, une route de gravier menant à l'arrière du Royal Crescent a été découverte[55]. Lors de fouilles archéologiques en 2002 pour l'émission Time Team sur la pelouse et à l'arrière du Royal Crescent, une partie de la Fosse Way a été découverte sous le no 12[N 9]. De plus, des vestiges de bâtiments romains sont mis au jour à l'arrière du Royal Crescent ainsi que trois squelettes humains sous la pelouse. Les trois hommes ont été enterrés du nord au sud selon des rites païens, et non de l'est vers l'ouest comme dans la tradition chrétienne[41].
Maisons remarquables
The Royal Crescent Hotel & Spa
Le premier changement majeur au Royal Crescent a lieu en 1950 lorsque le couple Newman transforme le no 16 en maison d'hôtes, puis en hôtel en 1971, en l'ajoutant au no 15. En 1974, les Newman vendent leurs propriétés à un consortium local qui conserve tel quel l'hôtel deux étoiles[40]. En 1978, John Levis et John Tham[50], à la tête d'un club de Londres, achètent les deux maisons. Poussé par son admiration pour le XVIIIe siècle, Tham supprime les cloisons récentes, redonnant aux pièces leurs dimensions d'origine, et restaure les plafonds endommagés ou modifiés. Il interdit les éléments modernes des hôtels contemporains, tels que l'usage de plastique ou de machine à écrire. Les constructions victoriennes dans les cours sont détruites[57]. Les rénovations, dirigées par l'architecte William Bertram[50], durent douze mois[58]. En 1987, l'hôtel change de mains puis Cliveden plc l'achète neuf ans plus tard et charge son décorateur d'intérieur de modifier l'aspect des lieux : il ajoute des couleurs plus pâles et des rayures Regency[59]. L'hôtel est vendu en 2002 au groupe Von Essen, puis racheté à la faillite de celui-ci en 2011 par Topland Group (en)[60].
L'hôtel est composé de 29 chambres[61] et quatre suites, nommées d'après des personnes liées au Royal Crescent : la John Wood the Younger suite, la Richard Sheridan suite, la Duke of York suite et la Sir Percy Blakeney suite[N 10],[58],[62]. Le lieu est considéré comme l'un des plus beaux hôtels d'Europe par la presse européenne et reçoit le titre d'hôtel de l'année en 1980[63]. Le restaurant Dower House, situé au no 16, a été imaginé par Bertram en accord avec le reste du bâtiment et a été récompensé aux Civic Trust Awards en 1986[59]. En 2022, l'établissement, qui compte alors 45 chambres et suites, obtient à nouveau une récompense dans la catégorie « Grand hôtel de l'année » par VisitEngland Awards[64].
No. 1 Royal Crescent
No. 1 Royal Crescent est la première maison du Royal Crescent, située à l'angle de Brock Street. En 1968, le no 1 est tombé en ruine quand le major Bernard Cayzer l'achète et le donne au Bath Preservation Trust, qui le prend comme siège social, afin qu'il soit restauré dans son style du XVIIIe siècle. Les restaurations extérieures ont nécessité des réparations importantes de la pierre[N 11], le relèvement des appuis de fenêtres qui avaient été abaissés en 1820-1830 pour donner une meilleure vue, et la réfection de la toiture en accord avec le reste du bâtiment[N 12]. À l'intérieur, les escaliers de service sont refaits, les portes murées sont remplacées, certaines cloisons sont détruites, et les cheminées qui avaient disparu sont reconstruites. Le mobilier est fourni par Cayzer ou par des dons[27].
Le , le no 1 ouvre au public après la création d'une boutique au sous-sol et d'un musée sur les ustensiles de cuisine. Une plaque est posée au niveau du porche d'entrée à la mémoire de Cayzer, mort en 1981[27]. Le no 1A, au sud-est du Royal Crescent et vendu séparément vers 1900, est relié au no 1[65]. Le no 1 peut être visité en été[16], et comprend une salle à manger, une salle d'étude, une chambre, un salon et une cuisine[66]. Entre novembre et , le musée ferme en raison de la pandémie de Covid-19 au Royaume-Uni et perd 90 % de ses revenus. À sa réouverture grâce à une subvention de 450 000 £, le musée cherche à se réinventer et à profiter du succès de la série La Chronique des Bridgerton[67].
Résidents notables
Le Royal Crescent a été le lieu d'habitation de nombreuses personnalités. Les premiers propriétaires sont John Wood et Thomas Brock, qui mettent en location la première maison en 1768[15], et la première personne connue à payer un loyer pour cette maison est Henry Sandford, de 1778 à 1796[65]. Selon la tradition, lorsque Madame de Lamballe, une amie de Marie-Antoinette, visite Bath en , elle loge au no 1. En 1796, le prince Frédéric d'York habite brièvement au même numéro, avant de déménager au no 16. Le no 1 est ensuite occupé par Henry Milsom de 1796 à 1800[68]. Jane Austen habite à Queen Square à partir de 1799, mais passe beaucoup de temps chez sa sœur au no 12 du Royal Crescent[69].
L'auteur Christopher Anstey occupe le no 4 à partir de 1770, date à laquelle il quitte le Cambridgeshire pour s'installer à Bath[70], puis déménage dans les Marlborough Buildings en 1792. Une plaque commémorative célèbre son séjour au no 5, où il paye en effet le loyer jusqu'en 1789 bien qu'il n'y vive pas. Il devient célèbre grâce à son ouvrage de 1766 A New Bath Guide, une critique satirique épistolaire de la société de Bath, largement appréciée[71]. À la même époque, la famille Linley emménage au no 11 en 1771. Toute la famille touche aux arts musicaux : le père Thomas Linley est chef d'orchestre et compositeur, le fils Thomas est violoniste et un ami de Mozart, et les filles Mary et Elizabeth sont chanteuses. En 1772, cette dernière décide de s'enfuir en France pour épouser son fiancé Richard Brinsley Sheridan[72].

Philip Thicknesse emménage au Royal Crescent en 1768, possiblement au no 28 bien que la date laisse plutôt penser qu'il vit au no 9, les maisons n'étant pas numérotées avant 1800. Il déménage en 1774[73]. Au no 20 habite le prêtre Thomas Sedgwick Whalley, qui l'achète en 1776 et y héberge sa nièce Fanny Sage, après la mort de sa sœur préférée en 1778. En 1783, il quitte le Royal Crescent pour voyager en Europe mais Fanny continue d'y habiter. Une note, affichée au no 20 durant la Seconde Guerre mondiale et rapportée par la British Box Agency qui y est évacuée, témoigne de l'occupation du logement par Fanny en 1787, puis elle vit en France en 1828[74].
Dans la maison centrale, à partir de son emménagement en 1779, Elizabeth Montagu accueille de nombreuses réunions de la Blue Stockings Society, dont elle est la fondatrice. Elle meurt en 1800[75]. Deux scientifiques se sont succédé : le physicien Sir William Watson (no 23, 1773-1794), un ami de William Herschel, et John Haygarth (en) (no 15, 1798-1800), qui a mis en pratique la séparation des patients dans les hôpitaux[76]. En , William Wilberforce, homme politique et figure de l'abolitionnisme, séjourne au no 2 avec sa nouvelle femme Barbara Spooner[77]. Le maire de Bath et chirurgien John Ford Davis habitait au no 13[78].
Malgré la baisse de popularité de Bath à partir du XIXe siècle, le Royal Crescent continue d'attirer des résidents notables, tels que l'homme politique Francis Burdett, qui se bat pour mettre en lumière les abus de pouvoir, qui habite au no 16 de 1814 à 1822, ou encore l'amiral William Hargood, figure victorieuse de la bataille de Trafalgar, qui vit au no 9 de 1834 à sa mort le . La fille de Burdett et petite-fille du banquier Thomas Coutts, Angela Burdett-Coutts, grandit pendant ses huit premières années au no 16[79]. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le bâtiment est principalement habité par des militaires à la retraite ou des membres du haut clergé. Ainsi, Edward Bulwer-Lytton habite au no 9 en 1866, puis en 1896, Isaac Pitman emménage au no 2 et déménage au no 17 deux ans plus tard. Il y meurt en 1897[80].
En 1912, Frederic Harrison prend possession du no 10 à 82 ans, après une longue carrière d'avocat et d'écrivain. Pour son 90e anniversaire, il reçoit une carte signée par 90 personnes, dont le premier ministre David Lloyd George, les chefs des partis travailliste et conservateur William Adamson et Andrew Bonar Law, et l'évêque de Londres Arthur Winnington-Ingram. Il meurt au début de l'année 1923[81]. Son ami George Saintsbury (en) emménage en 1916 au no 1A[N 13], puis meurt en 1933[82]. Au no 22, Celia Noble meurt à l'âge de 92 ans en 1962. Elle est la fille d'Isambard Kingdom Brunel et reçoit des visites régulières de la princesse Marie-Louise de Schleswig-Holstein et de la reine Mary de Teck. Cette même maison est occupée quelques années plus tard par la descendante du duc de Wellington[35]. En 2016, l'acteur des Monty Python John Cleese achète un appartement au Royal Crescent[83].

Pour commémorer les personnalités ayant séjourné dans les différentes maisons, des plaques en bronze ont été installées sur les murs du Royal Crescent. L'initiative vient du maire Thomas Sturg Cotterell qui souhaite honorer les personnalités de Bath. En 1898, le nombre de 45 tablettes est approuvé. En ce qui concerne le Royal Crescent, cinq plaques ont été posées pour honorer Christopher Anstey, la famille Linley, Isaac Pitman, Frederick Harrison et George Saintsbury, sur leurs maisons respectives[84] (à l'exception d'Anstey dont la plaque est posée au no 5 et non au no 4[72]). Le no 1 n'a plus servi d'habitation depuis 1967 et sa transformation en musée[85], et c'est au no 1A que se trouve la plaque en l'honneur de Saintsbury[86]. Au no 1, on trouve une plaque en l'honneur du major Bernard Cayzer[27].
Postérité
Critiques
Le Royal Crescent est très souvent considéré comme un exemple de l'architecture georgienne. Selon l'historien de l'architecture Walter Ison, il s'agit du « point culminant de l'œuvre palladienne à Bath »[cit 3],[15] et, selon l'historienne Jan Morris, il « offre l'un des moments les plus heureux du tourisme européen »[cit 4]. Pour William Lowndes, le bâtiment représente « le plus bel accomplissement architectural issu de la remarquable renaissance architecturale du XVIIIe siècle à Bath »[cit 5],[87]. David Gadd le décrit comme étant « le summum de l'architecture de Bath ; il n'y a rien de plus beau »[cit 6],[88] et Nikolaus Pevsner dans The Buildings of England note que « cent colonnes, si serrées et si uniformément réparties, sont majestueuses, elles sont splendides » mais rappelle qu'elles « ne sont pas locales »[cit 7],[89].
Dès 1773, The Stranger's Assistant and Guide for Bath se montre critique vis-à-vis du centre du bâtiment, estimant que les colonnes jumelées et la fenêtre cintrée sont noyées dans le reste de la façade et qu'il est ridicule de vouloir marquer le centre du Royal Crescent[cit 8],[89]. Dans L'Expédition de Humphry Clinker, Tobias Smollett fait passer ses critiques sur Bath au travers de son personnage Matthew Bramble. Il s'y moque notamment de la propension de John Wood à imaginer des bâtiments aux formes géométriques simples comme un cercle ou un croissant[cit 9],[90].
Héritage et inspirations
Le Royal Crescent, considéré comme le premier bâtiment de ce genre en Angleterre, est rapidement copié[91] : Bath compte trois édifices en forme de croissant et, à partir de 1800, cette forme s'est répandue dans les plus grandes villes, telles que Londres, Brighton (en), Harrogate, Ramsgate et plus de vingt villes réparties en Angleterre et en Écosse[7]. Les Crescents de Bath, ainsi que son Circus et ses Squares, sont devenus emblématiques de l'architecture georgienne[92]. Depuis 1950, l'ensemble résidentiel est classé grade I[93],[N 14] puis, en 1987, le Royal Crescent a intégré le patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco)[98] avec toute la ville de Bath[99].

Selon plusieurs de ses architectes, la place indienne Connaught Place, à New Delhi, est inspirée du Royal Crescent, malgré plusieurs différences : le bâtiment bathonien est une demi-ellipse à trois étages alors que la construction new-delhienne est circulaire à deux étages[21]. Le Royal Crescent fait aussi partie des bâtiments britanniques représentés au parc Mini-Europe, aux côtés de Big Ben, du château de Douvres ou encore des Chambres du Parlement, ces monuments restant dans le parc malgré le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne[100].
Selon l'architecte Andreas Zeese, le Royal Crescent préfigure les maisons en rangée des cités-jardins conçues au début du XXe siècle et l'inversion du rapport entre le volume bâti et l'espace ouvert telle que définie par Colin Rowe et Fred Koetter (it) en 1978[22].
Dans la culture populaire
Le Royal Crescent a servi de cadre à de nombreux ouvrages, notamment sur ses résidents. Ainsi, plusieurs romans retracent l'histoire d'Elizabeth Linley et de son époux Richard Sheridan, de même que la biographie Dr. Viper: the Querulous Life of Philip Thicknesse[101] de Philip Henry Gosse[102]. Le bâtiment apparaît également dans L'Abbaye de Northanger de Jane Austen, dans L'Expédition de Humphry Clinker de Tobias Smollett,[103], dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club de Charles Dickens et la baronne Orczy en fait la dernière demeure de Percy Blakeney, le personnage principal de certains de ses romans[102].
Du côté du cinéma, le Royal Crescent a été utilisé en tant que lieu de tournage par plusieurs productions. On le retrouve notamment dans Joseph Andrews (1977), l'adaptation du roman du même nom de Henry Fielding, bien que l'auteur soit mort en 1754[104], dans Persuasion (2007) et dans The Duchess (2008), puis il sert de cadre à la maison de la famille Featherington dans La Chronique des Bridgerton (depuis 2020)[105]. Sa pelouse a aussi accueilli un concert de Robbie Williams en 2025[106].
