Sable-de-camargue
région viticole
From Wikipedia, the free encyclopedia
Un sable-de-camargue[note 2] est un vin rosé produit sur les zones sableuses du littoral du golfe du Lion. Il succède à l'appellation d'origine simple « vin des Sables » remontant à 1961, devenue vin de pays des sables du golfe du Lion à partir de 1973, puis l'indication géographique protégée (IGP, le nouveau nom des vins de pays) sable-de-camargue depuis l'arrêté du . Il passe en appellation d'origine contrôlée (AOC) en 2022, reconnu AOP en 2023.
| Sable-de-camargue | |
Vignoble des sables à Aigues-Mortes. | |
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
|---|---|
| Reconnue depuis | 1973 (VDP), 2011 (IGP) et 2022 (AOC) |
| Pays | |
| Région parente | vignoble du Languedoc-Roussillon |
| Sous-région(s) | littoral du Languedoc et Camargue |
| Localisation | Bouches-du-Rhône, Gard et Hérault |
| Saison | deux sèches (hiver et été) & deux pluvieuses (automne et printemps) |
| Climat | méditerranéen |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
2 705 heures (à Montpellier) |
| Sol | sableux |
| Superficie totale | 1 229 hectares (en 2024)[1] |
| Nombre de domaines viticoles | 12 vignerons et une coopérative |
| Cépages dominants | grenache gris G[note 1] et grenache N |
| Vins produits | gris et « gris de gris » (vins rosés) |
| Production | 74 790 hectolitres (en 2024)[1] |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 000 ceps/ha[2] |
| Rendement moyen à l'hectare | 62 hl/ha en gris (en 2024)[1] |
| modifier |
|
Histoire
La viticulture est attestée autour Aigues-Mortes en 1406 et 1431 par des lettres patentes signées par Charles VI et par Charles VII. Elles réglementent la commercialisation des vins de sable[3]. Les quelques vignes sur sable ayant résisté au phylloxéra (ce puceron ne se propageant pas dans les sols sableux), leur vin est présenté à Paris en 1897 pour le Concours général agricole sous la mention « Exploitation de Vignoble de Sables »[3]. Dans les années 1880, la Compagnie des Salins du Midi avait planté en vignes des parcelles sableuses entre Aigues-Mortes et les Saintes-Maries-de-la-Mer, ainsi que sur le lido entre Sète et Marseillan. Pour commercialiser ses vins la marque Listel fut créée en 1955. C'était le nom d'un lieu-dit, « Isle de Stel », petit îlot sableux qui domine le domaine Jarras, aux pieds des remparts médiévaux d’Aigues-Mortes[4].
En 1971, est fondé un syndicat de producteurs[5]. En 1973, le label vin de pays est reconnu au vin local, en blanc, rosé et rouge, sous le nom de « vin de pays des sables du golfe du Lion »[6] ; les quelques contraintes sont modifiées en 1982[7]. Comme la majorité des vins de pays, il passe en indication géographique protégée (IGP) « Sable de Camargue » en [8]. La zone de production s'étend en 2014 sur un total de 2 700 hectares. Elle se diversifie avec des domaines indépendants, en apporteurs en cave coopérative tout en incluant la plus grosse exploitation européenne[9]. L'augmentation de la salinité des sols, sous l'effet du changement climatique, fait perdre 600 hectares en 2021[10].
En 2012, la « Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant », craignant la concurrence, saisi le Conseil d'État pour faire annuler 31 arrêtés homologuant des cahiers des charges (pour autant d'IGP) autorisant du mousseux, au motif que ces documents ne démontraient pas suffisamment l'existence d'un lien entre ces territoires et la production de mousseux. Ils obtiennent gain de cause en [11]. En 2013, un dossier pour passer en appellation d'origine contrôlée (AOC) est déposé par le syndicat auprès de l'INAO[5]. Le cahier des charges de l'appellation est publié par l'arrêté du , concernant uniquement du vin gris[2] ; la Commission européenne lui accorde la protection comme appellation d'origine contrôlée (AOP) en l'enregistrant le [12].
Vignoble
Aire d'appellation
| Images externes | |
| Carte des communes concernées | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |

L'aire d'appellation s'étend sur un total de 14 communes :
- sept du département de l'Hérault : Frontignan, La Grande-Motte, Marseillan, Mauguio, Palavas-les-Flots, Sète, Vic-la-Gardiole et Villeneuve-lès-Maguelone ;
- quatre du département du Gard : Aigues-Mortes, Le Grau-du-Roi, Saint-Laurent-d'Aigouze, Vauvert et Saint-Gilles ;
- une du département des Bouches-du-Rhône : Saintes-Maries-de-la-Mer[2].
Selon le service des Douanes, la superficie revendiquée en 2024 sous l'appellation est de 1 229 hectares[1].
Orographie et géologie
Ce terroir viticole situé en limite de la plaine côtière de la Camargue et de la petite Camargue se prolonge sur les lidos du Languedoc entre les étangs, les lagunes, les graus, les roselières, les dunes et les pinèdes[13].
Le sol est uniquement composé de sables d'origine marine et éolienne. Ils sont dépourvus d’argile et de limon[13]. Ici, le phylloxéra n'attaque pas les ceps de vigne, car le sable, par sa structure et sa mobilité, empêche par écrasement les formes radicicoles de descendre vers les racines[14]. Profitant de cette situation exceptionnelle, le Domaine de Vassal, à Marseillan abrite le Conservatoire mondial des ressources génétiques de la vigne de l'INRA. C'est une collection unique au monde de 2 250 cépages qui participe au maintien du patrimoine génétique viticole international[15].
Climatologie
En été des pics réguliers à plus de 30 °C ne sont pas exceptionnels. Du mois de juin à la mi-août quelques « marinades », grosses pluies, peuvent se transformer en violents orages. De septembre à novembre, l'anticyclone des Açores reculant vers le Sud, de belles journées ensoleillées alternent avec des pluies violentes. Les mois de décembre et janvier marquent des périodes calmes, la Méditerranée étant protégée des dépressions atlantiques. Le mois de février est plus contrasté avec des vents violents et glacés (tramontane et mistral). Le printemps est plus doux et marqué par un temps calme et agréable[13].
Encépagement
Comme le leur permet la législation, les viticulteurs mêlent à leurs cépages traditionnels des variétés qualitatives issus d'autres vignobles[16].
Sont autorisés comme « cépages principaux » (devant représenter au moins 70 % de l'encépagement) le grenache gris G[note 1], le grenache noir N, le cabernet franc N, le cabernet sauvignon N, le carignan N, le cinsault N et le merlot N.
Peuvent être rajoutés comme « cépages accessoires » du chardonnay B, de la clairette B, du grenache blanc B, du marselan N (limité à 10 %), du muscat d'Alexandrie B, de la roussanne B, du sauvignon B, de la syrah N (limitée à 15 %), de l'ugni B, du vermentino B et du viognier B[2].
Les vins « gris de gris » sont issus du seul grenache gris[2].
Méthodes culturales
Elles sont adaptées à ce terroir spécifique. La plantation de vignes en Petite Camargue n'a pu se faire qu'après le drainage et l'assainissement des sols salés et régulièrement inondés. Depuis le XIIe siècle ont été mis en place des canaux permettant d'assécher et de dessaler les sables, ce sont les roubines[17].
Pour éviter la formation de dunes dans le vignoble, les viticulteurs doivent pratiquer l'enjoncage, en plaçant des haies de joncs dans le sable afin de le fixer. De plus, le labourage inter-ceps n'est pas pratiqué qu'avec parcimonie pour permettre la pousse de graminées entre les rangs de vignes afin de protéger le sable du vent. Ces pratiques ont abouti à généraliser la fertilisation et la protection raisonnée du vignoble, ainsi que la culture biologique[17].
Vins
Volumes
Les données de production des années récentes, telles que publiées par le service des Douanes, sont[1] :
| Année | sable-de-camargue gris | sable-de-camargue gris de gris | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2023 | 1 091 | 75 129 | 69 | 121 | 7 508 | 62 |
| 2024 | 1 132 | 70 110 | 62 | 97 | 4 680 | 48 |
Vinification et élevage
Les vendanges ne débutent qu'après le contrôle des maturités des différents cépages. De plus, chaque parcelle subit un contrôle sanitaire avant la récolte. Celle-ci est mécanisée et l'emploi de la machine à vendanger permet de récolter le raisin de nuit à des températures fraîches. Celles-ci permettent d’obtenir une vendange de première qualité[18].
La vinification des vins gris se fait après éraflage. Les grains sont aussitôt pressés et le jus est stocké en cuve pour être clarifié à froid, entre 8 et 10 °C. Il est alors mis à fermenter après levurage durant 15 à 21 jours à une température de 14 à 18 °C. Le maître de chais procède ensuite à une filtration avant l'élevage en cuve et l'assemblage des différentes cuvées[18].
La vinification des rouges nécessite une macération des raisins, pulpe, pépins et pellicules afin de permettre l'extraction de la couleur, des arômes, des tanins spécifiques. Après éraflage des grappes, les raisins foulés sont mis en cuve pour la fermentation alcoolique qui se fait sous régulation thermique. Après celle-ci et la séparation du vin et du marc, ce dernier est décuvé pour être pressuré. Une partie des presses peut être réincorporée au vin. Cet assemblage va ensuite subir une seconde fermentation, dite fermentation malolactique. Elle est obligatoire dans le cahier des charges du sable-de-camargue. Les vins sont ensuite soutirés et filtrés avant d'être élevés en cuve ou en fûts[18].
Gastronomie

En mono-cépage, les vins produits sur ce terroir se distinguent par leur finesse, leur délicatesse et leur légèreté. L'assemblage des différents cépages leur procure plus de complexité. Les vins gris se présentent dans une robe saumonée claire. Ils sont élégants et frais en bouche. Leurs arômes rappellent les senteurs des paysages camarguais. Ils accompagnent parfaitement tous les mets de la cuisine camarguaise et de la cuisine languedocienne. De plus, ils peuvent entrer dans la composition d'un certain nombre de ces mets dont la soupe de poissons à la sétoise, la bourride à la sétoise, le catigot d'anguilles, l'agriade saint-gilloise, la gardianne ou la zézette de Sète.
Structure des exploitations
Les exploitations sont extrêmement diversifiées. Elles vont des petits viticulteurs qui possèdent quelques rangées de vignes, en passant par des domaines familiaux, jusqu'à de très grandes exploitations[9]. Parmi celles-ci, les vignobles des « Grands Domaines du Littoral » s'étendent sur 1 600 hectares et représentent environ 60 % des vignes de l'IGP. Son usine d’embouteillage traite 42 millions de bouteilles/an[15]. La Maison Jeanjean, depuis 2006, a mis en place un partenariat avec huit vignerons pour gérer ensemble la marque « Les Embruns », et produire des vins issus de l'agriculture biologique, dans ce qui est devenu le plus grand vignoble bio de France[19].