Sarcophage des Acceptii

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Dimensions225 cm (longueur)
90 cm (hauteur)
Inventaire2001.0.311
Sarcophage des Acceptii
Image illustrative de l’article Sarcophage des Acceptii
Sarcophage dionysiaque des Acceptii.
Type Sarcophage romain
Dimensions 225 cm (longueur)
90 cm (hauteur)
Inventaire 2001.0.311
Matériau Marbre du Proconnèse
Méthode de fabrication Sculpture, ronde bosse
Fonction Sarcophage
Période Vers 220-250
Culture Haut Empire, Rome antique
Date de découverte 1870
Lieu de découverte rue de Marseille (Lyon)
Conservation Lugdunum Musée et théâtres romains, Lyon
Fiche descriptive Sarcophage de la famille des Acceptii

Le sarcophage des Acceptii est un grand sarcophage romain en marbre, découvert en 1870 dans les ruines d'un mausolée profondément enseveli sur la rive gauche du Rhône, à la périphérie de la colonie de Lugdunum (Lyon). L'extraction par le propriétaire du terrain ne permit de récupérer que les fragments d'un grand sarcophage sculpté de motifs dionysiaques et l'inscription funéraire associée, qui furent offerts au musée des Beaux-Arts de Lyon.

L'inscription nomme le dédicataire, Acceptius, un riche magistrat de la colonie, son épouse et leurs enfants morts en bas âge. Les vestiges du mausolée n'ont pas été conservés, et sa restitution graphique reste incertaine. La détermination des thèmes mythologiques représentés par les reliefs mutilés du sarcophage principal a fait l'objet d'hypothèses controversées, notamment pour la scène principale. En 1958, l'historien Robert Turcan fait le rapprochement avec des sarcophages italiens mieux conservés. Il identifie une fête des vendanges (vendemia), montrant le foulage du raisin, sous le patronage de Dionysos et de son épouse Ariane.

Le sarcophage et l'inscription associée, datés de la fin du IIe ou du IIIe siècle, sont des pièces maîtresses du musée des Beaux-Arts de Lyon, confiées au musée Lugdunum de Lyon, après 1975.

Carte, en bleu les cours d'eau, en orange, zone urbaine
Le mausolée des Acceptii appartient à la nécropole de la rive gauche du Rhône.

Les vestiges antiques sont découverts de façon fortuite, en lors d'un chantier de creusement de fondations pour l'agrandissement d'une usine chimique au 31 rue de Marseille (7e arrondissement de Lyon). Ce secteur était, dans l'Antiquité romaine, le passage de la route romaine reliant Lugdunum à la colonie de Vienne par la rive gauche du Rhône ; cette voie devait être bordée de sépultures, selon l'usage romain[1]. À cinq mètres environ de profondeur, les terrassiers butent sur les débris d'un monument funéraire antique. Leurs dégagements, assurés par l'entrepreneur des travaux, extraient les restes d'un mausolée, avec une grande inscription sur plusieurs blocs de mur, un autel anépigraphique quadrangulaire, des fragments d'un grand sarcophage orné de motifs dionysiaques et de deux autres sarcophages plus petits, ainsi que quelques traces de mobilier funéraire[2]. Ce mobilier, réduit à des débris de céramique commune et de tuiles, n'est peut-être pas lié au mausolée[3].

L'épigraphiste Auguste Allmer, futur conservateur du musée des Beaux-Arts de Lyon, rapporte, au fil des extractions, les découvertes archéologiques dans Le Salut public de Lyon, dans quatre articles, parus les 6 et 19 juin, puis les 7 et . La guerre franco-allemande de 1870 met l'activité archéologique entre parenthèses et les vestiges restent plusieurs années dans une remise de l'usine[4]. L'autel anépigraphique est vendu à des entrepreneurs comme pierre de remploi[5]. Les propriétaires du terrain, MM. Cambon frères, font don des blocs inscrits et des fragments sculptés au musée des Beaux-Arts[6], le reste étant réemployé comme matériaux de construction[7],[8]. Ainsi, une grande dalle rectangulaire (1 × 1,70 m) portant une inscription funéraire[9] est réemployée dans la banlieue lyonnaise à Saint-Fons comme jambage gauche du portail de l'usine Laprérote et Gigodot[10].

La découverte archéologique a un tel retentissement que l'Académie royale des sciences de Prusse délègue, en 1871, un de ses membres, le professeur Martz, pour faire le relevé de l'inscription et dessiner les reliefs, incitant les érudits français à avoir la primauté de la publication. Aidé d'Auguste Allmer, l'industriel et membre de la société linnéenne de Lyon, Isidore Hedde publie leurs relevés et leurs propres dessins dans la Revue du Lyonnais de juin et . Il synthétise ces informations sous la forme d'un mémoire, présenté en à la Sorbonne et repris dans le Bulletin monumental de 1875, revue de la Société française d'archéologie[11].

Conservation

Le sarcophage est remonté en forme de cuve ovale à partir des vingt-quatre débris recueillis. Les fragments sont assemblés avec un léger ressaut sur un ciment blanc et maintenus avec des agrafes de fixation en fer à l’intérieur de la cuve. Un mortier de chaux comble les manques[12]. Le sarcophage réassemblé et les inscriptions sont exposés dans le musée lapidaire aménagé sous les arcades de l'ancien cloître, devenu le musée Saint-Pierre[13],[14].

Un siècle plus tard, l'ensemble est transféré au nouveau musée gallo-romain bâti sur la colline de Fourvière qui est inauguré en 1975[15]. Ce déménagement s’accompagne de quelques travaux de réfection sur le sarcophage, certains comblements en plâtre sont remplacés par des comblements en briques et mortier de chaux[12].

Le sarcophage se révèle encrassé par plus d'un siècle d'exposition à l'air libre sous les arcades du cloître et par les attouchements du public. Il fait l'objet au cours de l'année 2014, d'un traitement de nettoyage confié au restaurateur d'œuvres d'art Lionel Lefèvre. Après le dépoussiérage et les essais préliminaires, le nettoyage doit se limiter à un décapage doux de l’épiderme des sculptures. Il est nécessaire de nettoyer les salissures par la photoablation, complétée par des microsablages locaux afin d'éliminer des petites projections de mortier, des restes de scellement au plomb et des traces de stylo à bille. Le remontage a été laissé en l’état, même pour ses parties incorrectes[12].

L'inscription est référencée en 2018 dans la base Joconde des collections des musées de France, sous le titre « Mausolée des Acceptii » et porte le numéro 10360002672[16].

Description

Le monument funéraire

Auguste Allmer avait observé que les débris archéologiques se trouvaient sous une couche d'alluvions, mélange de galets roulés et de sable. Il supposa avec Isidore Hedde que le monument funéraire avait peut-être été détruit et enseveli lors d'une crue importante du Rhône[17]. Les études sur le cours historique du Rhône constatent une période humide lors des VIe – VIIIe siècles, propice aux crues, et une phase d'écoulement du fleuve en tresses entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, érodant la rive gauche jusqu'au futur emplacement de la rue de Marseille[18].

photo ancienne, tour carrée
Exemple d'hérôon : tombe de Théron d'Acragas, Agrigente en Sicile. Cliché vers 1900.

L'article d'Isidore Hedde, publié en 1875, propose une reconstitution du monument funéraire, d'après les vestiges observés dans les articles d'Auguste Allmer et en formulant plusieurs hypothèses. Tous deux lui donnent la forme prestigieuse du temple-tombeau hellénistique, ou hérôon. Ce petit temple carré, avec un mur de fond et deux murets latéraux, à quatre colonnes et au fronton triangulaire, est construit en pierre de choin, un calcaire dense et fin extrait au sud du Jura. L'inscription funéraire supposée gravée sur le mur du fond et sa largeur de 3,70 mètres donne une idée de la dimension frontale, estimée à 5 mètres. L'élévation est extrapolée à partir de la longueur d'une colonne retrouvée intacte. Supposant que l'effondrement sur lui-même du monument a provoqué, par son poids, la fracturation des sarcophages en de multiples débris, Hedde les place dans le soubassement qu'il munit d'une porte sur la façade. Le petit autel est figuré entre les colonnes[19].

Robert Turcan, puis Djamila Fellague, remarquent des divergences de détail entre les reconstitutions publiées par Hedde et celle d'Allmer. La disparition des fragments qui n'ont pas été donnés au musée ne permet pas de vérification sur les éléments archéologiques. Allmer faisait état de fûts de colonnes de deux diamètres différents, ce qu'omet Hedde qui ne figure qu'un seul modèle de colonnes. Leurs chapiteaux sont en forme de campanule pour Hedde, de double tore chez Allmer[17], le nombre d'assises des murs diffère chez tous les auteurs, la base du soubassement en biseau est imaginée[20].

Une autre restitution est proposée, en 1895, par André Steyert « d'après des monuments analogues existant en Algérie », avec des proportions différentes et des chapiteaux corinthiens[21]. Selon Djamila Fellague, toutes ces propositions sont à considérer avec prudence[22], et sont même qualifiées de « très hypothétiques » par Frédérique Blaizot[23].

L'inscription

Deux des blocs de l'inscription arrivent au musée Saint-Pierre le , les deux autres suivent le [25],[26].

L'épitaphe est gravée sur quatre blocs de choin, un calcaire fin et dur importé du Jura. Chaque bloc mesure 0,92 m de largeur pour 1,50 m de hauteur[14], avec une épaisseur de 0,745 m[3]. Il n'est pas certain que l'inscription se trouve sur le mur du fond du mausolée comme le figurent les restitutions proposées, car ainsi, les colonnes la cachent en partie[22]. Le texte, bien lettré sur douze lignes, bien conservé et déchiffré par les épigraphistes[27], est le suivant[28] :

« D(is) M(anibus) / et memoriae aeternae / Q(uinti) Accepti Venusti dec(urionis) c(oloniae) c(opiae) C(laudiae) Aug(ustae) Lug(udunensium) pueri dulcissimi quem / ostensum non datum iniquitas fati praematura morte parentib(us) / rapuit vixit annis XI mensib(us) VI dieb(us) XXVI quo tempore floruit at stu/dium liberalium litterarum et blanda puerili adfectio ingenio / cum pietate contendit propter quae omnibus karus spem de se / fructus gloriosi brevi cursu aetatis ostendit longi temporis / dolorem parentibus reliquit et Q(uinti) Acceptii [Fir]mini qui vixit / annum menses III d(ies) III et Satriae Firminae quae v[ixi]t annum m(enses) II d(ies) XXVI / ad solacium praecedentis orbitatis nutriti gravi suorum dolore defuncti / Q(uintus) Acceptius Firminus dec(urio) c(oloniae) c(opiae) C(laudiae) Aug(ustae) Lug(udunensium) IIvir et Satria Venusta paren/tes infelicissimi faciend(um) curaver(unt) et sibi vivi sub asc(ia) dedicaverunt. »

Traduction de François Bérard, 2024[3] :

« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Quintus Acceptius Venustus, décurion de la colonie Copia Claudia Augusta de Lyon, le plus doux des enfants, qui n’a pas été donné, mais seulement montré, et que l'injustice du destin a enlevé à ses parents par une mort prématurée ; qui a vécu onze ans, six mois et vingt-six jours, pendant lesquels il s’illustra dans l'étude des lettres et sa tendresse enfantine rivalisa avec son amour pour ses parents, raison pour laquelle il était aimé de tous et laissa malgré la brièveté de sa vie l'espérance d'un fruit glorieux, mais à ses parents une longue douleur, et aux Mânes de Quintus Acceptius Firminus, qui a vécu un an, trois mois et trois jours, et de Satria Firmina, qui a vécu un an, deux mois et vingt-six jours, élevés en consolation du deuil précédent et morts pour la plus grande douleur des leurs, Quintus Acceptius Firminus, décurion de la colonie Copia Claudia Augusta de Lyon, duumvir, et Satria Venusta, leurs parents très malheureux, ont élevé ce tombeau, également pour eux-mêmes, de leur vivant, et l'ont dédié sous l'ascia. »

Le commanditaire du monument est Quintus Acceptius Firminus, citoyen romain et notable en tant que « décurion de la Copia Claudia Augusta de Lugdunum », nom de cette colonie après le règne de Claude ; il a été duumvir, c'est-à-dire un des deux magistrats annuels chargés du gouvernement de la cité[15]. Le monument est édifié pour lui-même et son épouse Satria Venusta, et leurs trois enfants morts en bas âge. L'aîné, Quintus Acceptius Venustus, porte le titre de décurion quoiqu'il n'ait que onze ans et demi. Auguste Allmer suppose qu'il a été admis à titre surnuméraire, à la demande de son père ou sur décision honorifique de la cité, comme décurion praetextatus, c'est-à-dire encore porteur de la toge prétexte des enfants. Les deux autres enfants sont un garçon, mort à un an et trois mois, et une fille décédée à un an et deux mois. Auguste Allmer et André Steyert les présentent comme des affranchis adoptés par les parents en consolation du décès de leur fils unique[29],[30]. Djamila Fellague ne reprend pas cette interprétation[22].

Comme il est d'usage, l'inscription funéraire débute par la mention Diis Manibus Aux dieux Mânes »), et indique l'âge des défunts au jour près. Selon la pratique fréquente à Lugdunum et dans sa région, la tombe a été « dédiée sous l'ascia ». L'ascia est un outil non identifié, nommé dans l'inscription et figuré en marges droite et gauche, dont la signification religieuse ou rituelle reste une énigme[31].

Les petits sarcophages

L'article d'Allmer du mentionne les débris d'un petit sarcophage en marbre bleu veiné, avec des bas-reliefs moins soignés que ceux du grand sarcophage. Ils montraient des personnages agenouillés, interprétés hâtivement comme une scène chrétienne sur une œuvre jugée par Allmer et Dissard « romaine mais de basse époque »[32], avis auxquels Robert Turcan ne croit guère[14].

D'un autre sarcophage, il ne restait que la partie inférieure et le couvercle avec des antéfixes, en calcaire local et de style gallo-romain avec des lignes d'inscriptions dans un cadre bordé d'un appendice en queue-d'aronde, une présentation courante dans la région[14]. L'inscription fragmentaire est l'épitaphe d'une enfant[33], morte à un an, sept mois et vingt-neuf jours[22].

Les vestiges de ces deux sarcophages sont perdus[26].

Le grand sarcophage

La découverte essentielle est le sarcophage dionysiaque, décoré de hauts-reliefs illustrant la vie de Bacchus-Dionysos[15]. Sa forme arrondie évoque un lénos, nom grec de la cuve de vignerons destinée au foulage du raisin. Cette cuve est décorée sur tout son pourtour, ce qui est le signe d'une fabrication de luxe. Les meilleures descriptions des reliefs sont dans les ouvrages de Robert Turcan, dont le texte est résumé dans la Carte archéologique de la Gaule, CAG 69/2 Lyon de 2007[34].

Caractéristiques

Les débris du couvercle « en marbre blanc grisâtre veiné, à grains grossiers », avec une tranche ornée de rinceaux de feuilles de lierre, sont perdus[14].

La grande cuve arrondie du sarcophage est en marbre blanc de Paros selon Hedde[35] et Espérandieu[36] ou en marbre blanc italique pour Turcan[37]. À partir de 2008, le musée gallo-romain demande l'identification d'origine d'une série de pièces archéologiques en marbre au Centre national de recherche scientifique Demokritos d'Athènes. Le rapport des analyses physico-chimiques sur le sarcophage des Acceptii oriente sur un marbre du Proconnèse[38],[39].

La cuve présente les dimensions suivantes[40]:

  • une base ovale allongée, de 2,185 m de longueur,
  • un couronnement un peu plus long (2,25 m) dû au léger évasement de la cuve à son sommet,
  • hauteur entre 0,90 et 0,91 m,
  • largeur maximale 0,98 m,
  • épaisseur variable des reliefs, allant de cm pour la figure de Pan à 21,5 cm pour le mufle de lions.

Décor de l'arrondi gauche

Sculpture, trois femmes debout groupées, un personnage allongé à leurs pieds
Arrondi gauche, les trois femmes et le personnage à demi allongé.
buste féminin de trois-quart face
La prêtresse, concentration et dévotion.

Sur le flanc gauche de la cuve, un personnage féminin, de petite taille et le visage baissé, porte une stola (robe longue). Elle est enveloppée d'un pallium (manteau) qui lui couvre la tête et les bras. Elle est encadrée par deux femmes, l'une dont la tête manque, vêtue d'une stola sans manche et d'un pallium noué sur le ventre, l'autre vêtue de même, est une prêtresse au visage « contemplatif et passionné ». Ces deux assistantes tiennent au-dessus de la tête de la petite femme un objet couvert d'un voile, considéré comme un baldaquin ou un dais par Allmer et Espérandieu. Turcan l'identifie comme un liknon, le van qui transporte le phallus sacré, dissimulé sous un voile aux regards des non-initiés[41]. Au fond la double ramure d'un arbre suggère un cadre champêtre, ce serait un conifère selon Robert Turcan[42].

Détail de la sculpture, deux têtes dont une au visage incomplet
Têtes du satyre échevelé et du personnage portant un calathos frontal.

Un personnage à demi allongé sur le sol fait la transition entre le côté arrondi de la cuve et le panneau latéral. Ses jambes légèrement repliées épousent la courbure, tandis que son torse et sa tête se tournent face au spectateur du panneau. Il est vêtu d'un chiton à manche, serré à la taille par une nébride en peau de bête. Ses jambes et ses cuisses sont enveloppées dans les plis d'un manteau. La partie inférieure de son visage a disparu. Il porte une chevelure roulée autour de la tête et attachée sur la nuque. Il lève le bras droit, mais il manque sa main et l'objet qu'elle tenait. Il porte, fixé à son front, un attribut tronconique dont la partie haute criblée au trépan suggère un contenu de baies, de fleurs ou de fruits. Turcan identifie cet attribut comme un calathos, corbeille légère portant les produits de la Terre et symbolisant la fertilité. À gauche et un peu au-dessus de la tête de ce personnage, apparait en faible relief le buste d'un satyre échevelé. Au sol, sous sa hanche, gigote un lézard[43].

Décor du panneau latéral avant

La face latérale de la cuve apparait très incomplète. Elle est encadrée par deux massives têtes de lion rugissant sculptées en haut-relief, un motif courant sur les sarcophages funéraires. Ces lions sont des figures apotropaïques censées protéger le défunt par leur aspect menaçant[44].

En haut du panneau, accolé à droite de la tête du lion gauche, le torse nu et musclé est celui d'Hercule, portant la peau du lion sur une épaule et tenant ce qui subsiste de sa massue appuyée sur l'autre épaule. Il tient un récipient dans la main droite, peut-être un skyphos, vase à boire[45]. Derrière Hercule apparait le visage d'un jeune satyre qui tient devant sa bouche une flûte de Pan et de son autre main, non visible, un bâton de berger courbe[45].

La base du sarcophage est reconstituée dans toute sa largeur de façon continue et montre quelques fragments de relief, figurés sur le sol. En partant du personnage à demi couché et en allant vers la droite, on distingue un animal dont la tête a disparu, il s'agirait d'une chèvre ou d'un chevreau d'après le pelage ; un félin baisse la tête, lionne ou panthère. L'objet courbe posé au sol visible derrière son museau est un pedum, houlette de berger. À droite, les jambes de bouc d'un satyre sont coupées au niveau des genoux. Entre ses pattes figure une flûte de Pan[45]. À côté, le petit sabot fourchu pourrait être la patte caprine d'un panisque (un jeune Pan). Sous ce sabot est couché un animal, un caprin d'après sa patte arrière. Sa tête disparue semble appuyée à un grand récipient dont seule la base est conservée. Devant cette base, ressort un relief en forme de boule aplatie. Par rapprochement avec d'autres décors dionysiaques mieux conservés, Robert Turcan identifie le grand récipient à la cuve servant à fouler le raisin et la boule à un vase à vin recueillant le jus fermenté[46].

Un fragment accolé à la base du sarcophage montre le torse et la jambe droite d'un petit personnage qui passe devant un félin reconnaissable à sa longue queue. L'animal se dirige vers une femme à demi allongée. Elle est enveloppée d'un chiton sans manche et d'un manteau couvrant ses jambes, le bras gauche accoudé sur une urne renversée, la tête tournée sur le côté, le visage assoupi. Ce personnage épouse la courbure de l'arrondi droit de la cuve, faisant ainsi écho au personnage allongé à l'extrémité gauche du sarcophage. Au-dessus de la tête de cette femme et sous la tête de lion se tient un jeune satyre au torse nu et à la chevelure ébouriffée[47]. À gauche de la tête de ce lion subsiste un torse féminin drapé dans un chiton sans manche, d'où émerge un bras à l'horizontale, tandis que l'avant-bras manque. Robert Turcan interprète la posture légèrement rejetée en arrière et la tenue des bras comme l'attitude d'une joueuse de flûte double[48].

Fragment, torse de femme assise
Morceau flottant : femme assise et enfant posant la main sur son genou.

Il subsiste trois fragments que leur modelé en haut-relief rattache à ce panneau latéral, mais qui ne peuvent être raccordés au reste du remontage. Un morceau en longueur appartient au bord supérieur de la cuve arrondi vers l'extérieur. Il est orné d'une tête couronnée de fleurs et de feuillage, penchée sur la droite. Les deux autres morceaux « flottants » sont placés arbitrairement : le plus grand représente une femme assise, tournée vers la droite, dont il manque la tête, les bras et les pieds. Elle porte un chiton qui laisse un sein nu. Sous sa cuisse droite, une corbeille renforcée par un bourrelet est peut-être un calathos. Près d'elle, apparait le torse nu d'un garçon qui pose la main sur son genou gauche[49].

Le dernier élément flottant est un torse coupé aux cuisses, sans tête ni bras, au ventre gonflé. Ce personnage est nu à part un linge noué sur le bas-ventre. Sur sa droite, subsiste un relief difficile à identifier : extrémité d'aile ou genou plié[50].

Décor de l'arrondi droit

Groupe de personnages
Le cortège de Silène.

Le flanc droit de la cuve montre une scène assez bien conservée, autour du personnage principal, le vieux Silène, père adoptif et précepteur de Dionysos-Bacchus, encadré par deux satyres reconnaissables par leurs oreilles pointues. Obèse, ivre et nu à part un linge entortillé autour de la taille qui passe sur son épaule et pend sur le bras, Silène se tient à califourchon sur un âne, dont la tête disparue se réduit à une oreille. Il est vigoureusement maintenu par un satyre qui l'empêche de tomber, alors que Pan bondit près d'eux. Silène tient contre lui un instrument rond, un tympanon ou un tambourin, tandis qu'un petit satyre, debout sur la pointe des pieds, lui tend les bras. Derrière cet enfant, un bélier est couché les pattes repliées[51].

Derrière et tourné vers le groupe se tient un personnage barbu, vêtu d'un chiton à manches, à la chevelure roulée en couronne autour de la tête comme le personnage à demi-allongé de l'autre côté du sarcophage. Il porte divers attributs dionysiaques : un calathos sur la tête, un long thyrse dans la main gauche et un tympanon sous le bras droit. À ses pieds, une ciste posée sur un piédestal, panier sacré d'où émerge un serpent, autres éléments dionysiaques. En arrière-plan, un arbre étale un bouquet de feuilles lobées et nervurées[52].

Décor du panneau latéral arrière

La face latérale arrière est encadrée par deux visages de Gorgones échevelées avec des ailes sur les tempes et des queues de serpent sous le menton[53]. Avec leur regard pétrifiant, elles protègent le défunt et complètent le rôle apotropaïque des têtes de lion de l'autre panneau[44].

Comme pour le panneau frontal, la partie centrale du panneau arrière a disparu ; la scène figurée, trop mutilée pour établir des analogies avec d'autres reliefs, ne peut être interprétée[54]. Sous la Gorgone de gauche, montent en torsade les flammes d'un petit autel quadrangulaire, et figure un cratère aux anses en volutes. À droite de cette Gorgone, subsistent le torse nu, la tête et le bras d'un satyre qui s'élance vers le centre. Près de sa jambe, un chevreau se dresse sur ses pattes arrière[53]. Au sol et de gauche à droite, apparaissent les pieds du satyre, les moulures de la base d'un piédestal ou d'un grand vase, la queue et les pattes d'un félin tourné vers la droite[55].

Les seuls vestiges du motif central sont les deux jambes d'un personnage assis, tourné vers la Gorgone de droite et drapé jusqu'aux pieds dans un chiton féminin. Entre ce personnage et la Gorgone s'élève le tronc d'un arbre en arrière-plan. Sous la tête de cette Gorgone apparait aussi un cratère aux anses en volutes, mais il est disposé de façon décalée par rapport à la figuration du côté gauche. Cela laisse la place pour les jambes allongées d'un satyre torse nu qui se prélasse, adossé à une colonne et accoudé à un rocher. Il tient un calice dans la main gauche et lève le bras droit au-dessus de sa tête. La colonne est lisse et constitue le piédestal d'un petit personnage barbu et nu, assis sous le bord supérieur du sarcophage, levant un bras au-dessus de sa tête et tenant un objet inidentifiable dans la main gauche. Ce personnage au relief érodé n'est pas reconnaissable, peut-être est-ce simplement un bacchant ivre[56].

Datation

Les thèmes dionysiaques dans la sculpture funéraire romaine couvrent une large période, entre 120 et 330 environ. Le style général du décor du sarcophage des Acceptii, en particulier la facture des crinières des mufles léonins, motif apotropaïque récurrent, conduit Robert Turcan à le rattacher à une série de sarcophages en cuve (lénoi) manufacturés par un atelier de Rome[57], dont il échelonne la production de 210 à 250 environ[58].

Robert Turcan resserre cette fourchette aux années 220, en raison de la composition en plans étagés, et de la manière de meubler de détails le sol et les blancs de l'arrière-fond. Autre trait typique de cette époque, le positionnement frontal des protagonistes, visible sur de nombreux détails : le torse d'Hercule, la torsion un peu forcée du buste de l'homme à demi-allongé, le personnage ventru au centre du panneau latéral, les têtes tournées de Silène et du satyre qui le soutient, tous font face au spectateur. Enfin, l'expressivité des physionomies, le modelé des musculatures, des chevelures et des crinières évoquent le style de nombre de sarcophages des années 220-240. Compte tenu de la qualité de réalisation du sarcophage des Acceptii et de la tendance de l'atelier à une certaine négligence de facture à la fin de cette période, Robert Turcan situe la réalisation du sarcophage des Acceptii au début de cet intervalle, soit vers 220[59].

Cette datation vers 220 est reprise par Jutta Stroszeck dans son corpus des sarcophages antiques à têtes de lion[60],[61].

Par contre, la notice du sarcophage des Acceptii publiée en 2006 dans le Recueil général des sculptures sur pierre de la Gaule - Lyon propose une datation un peu plus tardive, vers 250-260[62].

Interprétations

Références

Annexes

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