Sources et émergences du Blagour de Souillac
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| Coordonnées | |
|---|---|
| Pays |
France |
| Département | |
| Massif | |
| Vallée |
Blagour |
| Localité voisine | |
| Voie d'accès |
D15, puis petite route vers N20 |
| Type |
Emergence |
|---|---|
| Altitude de l'entrée |
118 mètres |
| Cours d'eau |
Ruisseau de Blagour |
Les sources et émergences du Blagour de Souillac (ou de la Borrèze) sont situées sur le territoire de la commune de Lachapelle-Auzac, dans le Quercy (Lot, Occitanie, France)[1].
Les crues de l'émergence du Blagour conjuguées à celle de l’Évent du Boulet, leurs effets dévastateurs sont restées inexpliquées jusqu'au début du XXe siècle. Depping en 1822 qualifiait ces ruisseaux d'extraordinaires[2].

Les émergences et sources du Blagour se trouve à 4 km au nord de Souillac. Elles sont accessibles par la route de Borrèze D15, puis à droite à la sortie du bourg de Lachapelle-Auzac, par la petite route qui passe sous l'extrémité nord du viaduc de Lamothe (ligne de chemin de fer Paris-Toulouse), le long du stade de foot, puis remonte la vallée verdoyante du Blagour sur 2 km jusqu'à la pisciculture[1].
Le grand Blagour, reconnaissable à sa belle couleur bleue, est visible du bord de la D15 à proximité d'un restaurant. la source du Dariben se trouve à flanc de falaise de l'autre coté de la route. La Source de la Castinière jaillit 400 mètres plus à l'est, sur le côté de la vallée, à proximité de la station de pompage. Le ruisseau issu de cette source reçoit, en rive droite, les eaux de l'émergence du Blagour[3]. Plus en amont, la vallée sèche prend l'aspect d'une combe remontant jusqu'à la D820,
Toponymie
Description
Le grand Gour ou Blagour se présente habituellement comme une vasque d'eau immobile et de couleur bleue qui par temps de crue vomit des masses de sable et d'eau qui, selon Jean Gaignebet, inondent la vallée et dévastent les rives de la Borrèze. Son diamètre est de 30 mètres et sa profondeur maximum de 9 mètres[2].
L'évent du Boulet est une autre source faisant partie du même système karstique. Elle est située de l'autre côté du Pech Récu, à 2 km à vol d'oiseau du Blagour[2].
Géologie
Le système karstique des sources et émergence du Blagour se développe dans la formation calcaire sédimentaire compacte, homogène et relativement épaisse du Causse de Martel. Ces dépôts calcaires correspondent à un ancien massif corallien du jurassique, ils sont fortement fissurés ce qui les rend très sensibles aux pollutions, le sol ne permettant pas une filtration efficace. Les vallées, où s'ouvre les émergences du Blagour, se trouvent sur des terrains alluvionnaires en bordure et se terminent sur les calcaires détritiques sur les coteaux secs[5].
Hydrogéologie
Les sources et émergences du Blagour forment le ruisseau du Blagour qui est un affluent en rive gauche de la Borrèze, affluent en rive droite de la Dordogne[4].
Premières références
Dans son ouvrage Voyage en France - Centre Midi écrit de 1888 à 1923 , Victor-Eugène Ardouin-Dumazet met en doute les récits anciens rapportés par Abel Hugo qui décrivent ainsi une alternance entre les crues du Boulet et du Blagour : « Le Bouley sort d'une grotte de 9 pieds de profondeur, par deux ouvertures triangulaires. Après des pluies abondantes, il lance deux jets d'eau divergents qui font avec l'horizon un angle de près de 25 degrés. L'éruption est précédée d'un bruit souterrain assez fort. L'écoulement des eaux est accompagné d'une espèce de sifflement. Il suffit de peu d'instants a ce volcan aquatique pour inonder le vallon, déraciner les arbres et causer de grands ravages. Si les pluies sont continues, ou si les cantons voisins éprouvent de violents orages, la source du Bouley semble presque tarie; mais alors à son tour, le Gourg (Blagour) grossit et s'élance avec une telle impétuosité, qu'en peu de temps le vallon où il coule est complètement inondé. L'éruption du Gourg s'annonce par une espèce de bouillonnement à la surface de la source. Ensuite on voit jaillir du centre une colonne d'eau formant un jet vertical de 12 pieds de haut et de 3 de diamètre. Dès que le Gourg cesse de jaillir, le Bouley recommence à vomir ses eaux avec la même impétuosité. Les deux sources s'épuisent enfin, et rentrent dans leur lit ordinaire. Le temps de leur écoulement et de leur intermittence n'a pas une durée fixe. Il lance ses eaux pendant plusieurs heures, quelquefois cinq jours de suite. En 1783 l'écoulement du Gourg dura dix-sept heures. Les éruptions du Bouley alternent avec celles du Gourg qu'elles précèdent toujours. On remarque autour du Gourg quelques petites sources qui tarissent dès que la source principale commence à couler. »[6].
E. A. Martel indique qu'après les pluies abondantes de fin octobre 1892, on a vu jaillir, à la surface du Blagour, de petites colonnes d'eau hautes de 10 à 40 centimètres de hauteur. Il décrit la relation du Blagour avec l’Évent du Boulet, mais qualifie le fonctionnement du couple Boulet - Blagour d'incompréhensible. Il écrit : « Le tout doit être subordonné à un jeu de siphons diversement coordonnés, et dont on ne saurait deviner la disposition complexe et inconnue. »[4].
Le gouffre du Blagour est voisin de l'évent du Boulet auquel il est lié lors de ses crues. Ils sont seulement séparés par une étroite arête appelée le Pech Récu[2], chacun des ruisseaux ayant son vallon distinct. Le Boulet fonctionne comme un trop plein d'un système karstique dont les eaux sortent aux sources du Blagour. Le décalage de temps entre des pluies importantes et la mise en crue du Boulet est de 7 heures. Les eaux bouillonnantes sont chargées de sable et d'argile[7].
Jean Gaignebet démystifie le phénomène des crues. Il décrit ainsi une crue du Blagour en 1926 [2]:
« Si les averses se succèdent sans arrêt pendant une longue période, le processus du phénomène prend une allure différente. Le Grand Gour paraît d'abord animé d'un mouvement tourbillonnaire ; il se creuse en son centre et ses eaux rendent un grondement comparable à celui d'une violente rafale dans les ramures d'une forêt, ou au bruissement d'un arbre qui s'abat. Soudain, le Gour sort. Du fond de ce lit, d'ordinaire si calme, où le ciel se reflète avec tant de pureté, une bouche subitement formée vomit des masses d'eau et de sable qui bouillonnent a la surface. Un torrent naît. Le lit habituel du ruisseau ne lui suffit pas ; il inonde les prés de la vallée, et ses flots bourbeux — on aurait dit du mortier, tant ils étaient chargés.de sable, nous assure le meunier de Blagour, — s'en vont grossir la Borrèze, dévaster ses berges et menacer les bas quartiers de Souillac. Cependant, les sources pérennes demeurent calmes ; celle du Dariben, au contraire, tarit vingt minutes après l'éruption du Gour, et le Boulet ne tarde pas à faire de même. Cette année-ci, le Gour est sorti à la fin d'avril pendant une quinzaine de jours. Durant cette période, sa surface était troublée de bouillonnements. Parfois il y avait un ralentissement dans leur vigueur, suivi d'une action plus violente. Mais toujours les eaux demeuraient chargées de sable fin. Puis le Gour s'arrêta. »
Jean Gaignebet est le premier à proposer une modélisation expliquant le fonctionnement du couple de résurgence Boulet - Blagour. Il présente une coupe du Pech Récu et une description mentionnant plusieurs siphon et le bouchon de sable au fond du Blagour. Il évalue la différence de hauteur entre le siphon et le fond du Blagour à 25 mètres. Il explore partiellement une igue située sur le Pech Récu entre les deux résurgences[2]. Cette igue pourrait correspondre à l'igue de Péricut située sur le bord gauche de la route entre les hameaux de Dariben et la D820 au sud des hameaux des Mariottes[1].
Études récentes
Jean-Paul Fabre et Alain Perrineau élaborent un modèle plus précis pour le fonctionnement des sources du Boulet et du Bagour à partir d'observations, d'explorations en plongée souterraine et d'expérimentations de laboratoire[3].
En étudiant les crues de 1981 et de 1998, ils observent trois phases successives : tout d'abord, une montée des eaux aux sources du Blagour, jusqu'à un palier aux alentours de 2 m3/s ; Ensuite, une mise en charge de l'évent du Boulet et une augmentation très rapide de son débit avec un seuil maximum qui semble se situer vers 3 m3/s ; Finalement, une fois ce seuil atteint les sources du Blagour connaissent une pointe de crue soudaine et puissante de 20 à 30 m3/s tandis que, presque simultanément, les sources du Boulet se tarissent[3].
Le traçage du , par injection de colorants à l'étiage, met en évidence une communication Boulet-Blagour et une vitesse apparente de circulation de 33 m/h[3].
Les plongeurs ont exploré 800 mètres de galeries noyées se dirigeant du boulet vers le Blagour. Le plongeur Laurent Rouchette du spéléo-club de Brive a découvert que, côté Blagour, la galerie d'entrée possède des dépôts de sable au sol sous forme de monticules et des parois recouvertes d'argile. Les dépôts de matériaux détritiques qui obstrue les conduits peuvent atteindre 30 mètres d'épaisseur[3].
Les chercheurs ont utilisés des modèles hydraulique. Ils ont construit un modèle réduit tenant compte du sable obstruant les conduits. Ce sable est mis en mouvement par effet renard connu des hydrauliciens et par fluidisation de ces sédiments meubles[3].
