École d'administration

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Fondation
Dates-clés
1848-1849
Dissolution
École d'administration
Histoire
Fondation
Dates-clés
1848-1849
Dissolution
Statut
Type
Fondateur
Localisation
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L'École d'administration est une grande école française d'administration publique, ouverte de sa création en 1848 jusqu'à sa fermeture en août 1849. Créée par le gouvernement provisoire de 1848, elle avait vocation à recruter et former les élites administratives de la nation. Elle est un éphémère ancêtre de l'École nationale d'administration (ENA) puis de l'Institut national du service public (INSP), adossée au Collège de France.

Genèse (1800-1848)

Depuis 1800, plusieurs projets d'une école destinée à la formation des hauts fonctionnaires français ont été proposés. En 1800, Antoine Destutt de Tracy avait proposé une École spéciale pour les sciences morales et politiques. Charles Duveyrier propose, en 1843, une École centrale des fonctions civiles[1].

Création (1848)

Le gouvernement provisoire qui dirige la France à l'issue de la révolution française de 1848 travaille très rapidement sur le projet de création d'une école de la haute fonction publique unique, qui unifie le recrutement et la formation des hauts fonctionnaires français[2]. Si la révolution s'achève le 25 février, Hippolyte Carnot écrit dans son journal dès le 26 : « école d'administration notre première pensée »[2].

Carnot est très vite nommé ministre de l'Instruction publique, et est convaincu de la nécessité d'une Grande école de la haute administration. Selon Vincent Wright, cela tient à son engagement saint-simonien et sa fréquentation de l'École polytechnique, ainsi qu'à son rejet du népotisme courant dans la haute administration de la monarchie de Juillet[2]. Une Grande école spécialisée permettait de mettre en place un recrutement fondé sur des critères objectifs, à savoir des épreuves écrites et orales, et non pas fondé sur l'appartenance à une famille noble ou de hauts fonctionnaires[2].

Il crée par le décret du 8 mars 1848 une « École d'administration », qui se veut le pendant administratif de l'École polytechnique ; le décret précise qu'elle est « établie sur des bases analogues à celles du statut de l'École polytechnique ». L'objectif est de « démocratiser le recrutement de l'administration »[3]. Jean Reynaud participe au projet[4].

L'école ouvre le 8 juillet 1848. Le cursus est fixé à une durée de 36 mois[2]. La possibilité d'accueillir des élèves-fonctionnaires étrangers fait l'objet d'une décision négative du fait du coût engendré pour la jeune République[2]. Le règlement du concours exige des candidats qu'ils soient de nationalité française, et âgés de 18 à 22 ans[2]. Les élèves ne sont pas rémunérés par l’État pendant leur scolarité[5]. Les impétrants ne se voyaient pas offrir un poste garanti dans l'administration à la sortie[5]. La conséquence de cela est que les élèves devaient « rivaliser pour les postes administratifs sur la même base que les autres jeunes gens, dont beaucoup étaient [...] soutenus par une famille influente »[5]. Il devait toutefois bien y avoir un classement de sortie, facilitant l'orientation vers des postes de la haute fonction publique[6].

L'école ouvre officiellement ses portes le 8 juillet 1848. Elle s'installe dans l'hôtel du Collège Du Plessis, en état de délabrement avancé, et où se trouvait l'École normale supérieure avant son déménagement rue d'Ulm[2].

Première et deuxième promotion (1848-1849)

L'examen d'entrée de 1848 a lieu entre mai et juin. Les candidats sont au nombre de 865. Une épreuve écrite est donnée dans plus de vingt-quatre centres d'examen sur le territoire français[2]. Selon Wright, les épreuves étaient à la fois un oral « comprena[n]t des questions de grec, de latin et d'histoire littéraire, de littérature française et d'arithmétique, de géométrie et d'algèbre », tandis que les écrits « consistaient en des interrogations écrites et orales de version latine, d'histoire de France, de physique, de chimie et de sciences naturelles »[2]. L'examen autorise 152 élèves à intégrer l'école[2]. L'absentéisme est répandu dans la promotion[5].

La deuxième année de scolarité commence le 1er juin 1849 avec une seconde promotion de 106[1]. Son concours avait été organisé dès novembre 1848[2].

Sur les 258 élèves de l'école, « 8 étaient nés à l'étranger », et 44 (17 %) étaient nés à Paris et 54 au total (21,5 %) en région parisienne[5]. Selon les calculs de Machin et Wright, 35,5 % des admis ont un père salarié de la puissance publique[5]. Peu d'admis disposaient d'un père exerçant des fonctions dans la haute administration, signe de la réussite du projet de l'école[5]. Plus de 60 % des admis ont préparé le concours lors de leur année de Terminale au lycée. Un tiers des admis « était déjà à l'université, préparant la licence de droit »[5].

Achille Tenaille de Vaulabelle, qui succède à Carnot à l'issue d'un vote de défiance l'ayant fait chuter[1], propose au Parlement une loi confortant l'école dans sa permanence le 31 août 1848[2].

Des premières attaques à la suppression (1849)

La mise en place de l'école dans les premiers mois provoque toutefois des mécontentements et une certaine hostilité. Afin de pourvoir en postes de chargés d'enseignement l'école, le Collège de France, auquel elle s'adosse, se voit supprimer certaines chaires[2]. Celle d'économie politique, occupée par Michel Chevalier, en fait ainsi les frais[5]. Aussi, l'école est fortement critiquée par l'establishment universitaire, notamment juridique, qui craint pour son monopole dans la préparation aux concours de la haute fonction publique[2]. L'école perd de son prestige entre le premier et le second concours, qui voit le nombre de candidats chuter[2]. L'école a aussi été critiquée par la haute administration, qui voyait sa capacité à sélectionner elle-même ses fonctionnaires réduite[2].

L'élection présidentielle française de 1848 voit Louis-Napoléon Bonaparte être élu président de la République. Or, son ministre de l'Instruction Alfred de Falloux, et avec lui la droite, sont hostiles à cette école qui contribue à briser la cooptation dans la haute fonction publique[2]. Wright rapporte qu'« une de ses premières mesures fut de demander la démission des occupants des chaires créées au Collège de France », avant de « suspend[re] également des cours à l’École en janvier 1849 ». Ils ne sont rétablis qu'à la suite de protestations d'élèves et de leurs parents[2].

En janvier 1849, les élèves se mobilisent, dans les médias et dans les cercles du pouvoir, afin de défendre l'école et sa pérennisation. Ils rencontrent par exemple Émile de Girardin, mentor d'Émile Boutmy, créateur deux décennies plus tard de l'École libre des sciences politiques[2]. Falloux retire le projet de loi de Vaulabelle, et propose au contraire d'amplifier l'enseignement du droit dans les universités[2]. L'échec aux élections législatives de 1849 de certains des plus importants défenseurs de l'école, y compris de certains de ses enseignants, la condamne. L'école est dissoute le 9 août 1849 par l'Assemblée législative, notamment sous l'impulsion d'Alfred de Falloux[7],[8]. Jean-François Kesler écrit en 1985 : « L’École d'administration était une entreprise révolutionnaire ; elle ne pouvait pas survivre à la contre-révolution »[6].

Les élèves en cours de scolarité sont contraints de changer d'établissement scolaire. La plupart se tournent vers la faculté de droit, notamment de Paris (126 élèves). Dix se tournent vers l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, cinq à l'ENS Ulm, cinq à l’École polytechnique[5].

Postérité (1849-1945)

En 1876, Carnot, désormais sénateur, décide de reprendre le projet initial pour lui donner un second souffle. Émile Boutmy, qui avait entre-temps créé l'École libre des sciences politiques (Sciences Po), s'oppose au projet en envoyant une note au Sénat qui soutient que « [c]e ne sera jamais sans quelque inconvénient qu'il [l’État] couvrira de son nom un enseignement qui touche à la politique ». Grâce à ses relations, Boutmy entre en contact avec Jules Simon, président du Conseil et ancien membre du jury de sélection du concours de l’École d'administration de 1848, qui est favorable au projet de Carnot. Toutefois, le gouvernement Simon chute avant que le projet n'aboutisse[1].

En 1882, pour le dixième anniversaire de l'École libre des sciences politiques, Émile Boutmy rend hommage à l'École d'administration en écrivant : « Elle n'avait vécu que deux fois trois mois, il y a trente-deux ans, et cela a suffi pour que tout ce qui reste des jeunes hommes qu'elle a réunis un instant, de ces hommes devenus éminents et distingués, trouvent plaisir à se réunir dans un banquet annuel et à s'entretenir du passé ; tous sont fidèles au rendez-vous ». Elle ajoute que cette école « possède le puissant prestige des choses qui ne sont plus ; elle a pu se transfigurer et devenir légendaire »[1]. En 1892, il affirme devant le conseil d'administration de Sciences Po : « L’École [...] est un rejeton de l’École d'administration de 1848, œuvre d'Hippolyte Carnot. Ce personnage vénérable s'est, sur la fin de sa vie, attaché à notre École » ; il propose de placer un buste de Carnot sous le préau de l'établissement, à l'hôtel de Mortemart[1].

Personnalités

Notes et références

Voir aussi

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