Érard II de Brienne
seigneur champenois
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Érard II de Brienne, né vers 1130 et mort le ou 1191, est comte de Brienne à partir de 1161 jusqu'à sa mort. Il est le fils du comte Gautier II de Brienne et de son épouse Humbeline de Baudement.
(c. 1161 - c. 1190)
| Érard II de Brienne | ||
| Autres noms | latin : Erardus de Brenensis | |
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| Titre | (c. 1161 - c. 1190) |
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| Prédécesseur | Gautier II de Brienne | |
| Successeur | Gautier III de Brienne | |
| Souverains | ||
| Suzerains | ||
| Biographie | ||
| Dynastie | ||
| Naissance | c. 1130 |
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| Décès | (ou 1191) Saint-Jean-d'Acre |
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| Père | Gautier II de Brienne | |
| Mère | Humbeline de Baudement | |
| Conjoint | Agnès (de Nevers ou de Montfaucon ?) | |
| Enfants | Gautier III de Brienne Guillaume de Brienne André de Brienne Jean de Brienne Ide de Brienne Alix de Brienne Marie de Brienne |
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| Famille | André de Brienne (frère) Jean de Brienne (frère) Barthélemy de Vignory (beau-frère) |
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Blason de la Maison de Brienne (d'azur au lion d'or armé et lampassé de gueules.) |
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Il participe avec son père à la deuxième croisade et tous deux restent en Terre sainte pendant quelques années avant de revenir dans le Briennois. Il succède ensuite à son père lorsque ce dernier meurt environ une décennie plus tard, tandis que son frère puîné hérite de la seigneurie de Ramerupt et que son frère benjamin devient abbé de Beaulieu. Il exerce alors le pouvoir pendant près de trente années lors desquelles ses deux frères sont souvent associés dans ses chartes.
En 1188, lui et son frère André décident de prendre la croix à la suite du comte Henri II de Champagne et des rois Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion. Mais lassés d'attendre la fin des préparatifs des deux monarques, ils devancent la troisième croisade et arrivent au siège de Saint-Jean-d'Acre dès . Son frère meurt héroïquement au combat quelques semaines plus tard et lui-même décède, probablement de la famine ou de la maladie, lors du rude hiver qui suit.
Il est notamment le père de Gautier III de Brienne qui lui succède comme comte de Brienne et qui deviendra prétendant au trône de Sicile du chef de sa femme et de Jean de Brienne, comte de Brienne pendant la minorité de son neveu, mais surtout roi de Jérusalem puis empereur latin de Constantinople.
Biographie
Début de carrière
Érard II est le fils de Gautier II, comte de Brienne, et de son épouse Humbeline de Baudement. Il est cité pour la première fois en tant que témoin dans une charte du de son père en faveur de l'abbaye de Basse-Fontaine, en compagnie de son frère cadet André et de sœur Marie[1]. Tous trois figurent également comme témoins dans un autre acte des mêmes estimé après le [2].
Néanmoins, une charte antérieure de 1133 du comte Gautier II et de son épouse cite comme enfants de ceux-ci Guy et Eustache, et il serait donc possible que ceux-ci soient morts jeunes, puisque non cités dix ans plus tard[3]. Toutefois, le médiéviste Jean-Noël Mathieu estime qu'ils seraient en fait des fils issus d'une précédente union de l'épouse de ce comte, et donc des demi-frères utérins d'Érard II. Toujours d'après lui, ce premier époux serait Eustache II, vidame de Châlons, avec qui elle aurait eu également une fille prénommée Agnès et qui a épousé Jacques Ier de Chacenay[4].
En , à Brienne, il donne son consentement, toujours avec son frère André et sa sœur Marie, à deux actes de son père en faveur du prieuré de Ramerupt dans lesquels il confirme les faveurs faites par son aïeul André de Ramerupt à ce prieuré. Ces documents sont réalisés avant le départ du comte pour la Terre sainte à l'occasion de la deuxième croisade, et l'une d'elles laisse entendre qu'Érard II a accompagné son père pour ce périple, bien que leurs actions lors de ce pèlerinage n'aient pas été rapportées par les chroniqueurs contemporains[5]. Tous deux sont de retour en Champagne en 1151[6],[7].
Comte de Brienne

Érard II apparait encore aux côtés de son père Gautier II — souvent avec son frère André — à de multiples reprises dans des chartes non datées jusqu'à la mort de celui-ci qui survient après 1158. Le premier document où il figure avec le titre de « comte de Brienne » est un acte de 1161 dans lequel l'évêque de Troyes Henri de Carinthie confirme toutes les acquisitions de l'abbaye de Basse-Fontaine, y compris la grange de Nuisement, près d'Onjon, que le comte venait de leur donner. Outre le comte et l'abbé de Basse-Fontaine figure comme témoin Jean de Brienne, frère du comte et abbé de Beaulieu, qui est l'abbaye-mère de Basse-Fontaine[8],[7].
Une autre charte, qui pourrait être datée de 1166, mentionne pour la première fois Agnès, épouse d'Érard II, qui donne son consentement aux actes de son époux, ce qui laisse à penser qu'ils sont mariés depuis peu[9],[10].
En , il est à Besançon comme témoin de l'hommage du comte Henri Ier de Bar à l'empereur Frédéric Barberousse et à son épouse Béatrice Ire de Bourgogne, impératrice-consort et comtesse de Bourgogne. Parmi les autres témoins figurent notamment l'archevêque Guillaume aux Blanches Mains, le comte de Champagne Henri Ier le Libéral, le duc Hugues III de Bourgogne ou encore son beau-frère Barthélemy de Vignory[10].
Une charte de 1184 indique que le comte de Brienne à pris des vivres dans les granges de Molins et d'Auzon, appartenant à l'abbaye Saint-Loup de Troyes, afin d'approvisionner son château, contraint par les nécessités de la guerre, sans qu'il soit toutefois précisé de quel conflit il s'agit[note 1]. Pour indemniser cette abbaye, il renonce à son droit de gîte au prieuré de Molins qui en dépend[12].
En 1185, il a des différends avec l'abbaye de Larrivour à qui il dénie le droit d'usage et de pâturage dans ses bois entre l'Aube et la Barse. Face à « la dureté et la malignité » du comte de Brienne, le pape Lucius III missionne Michel, doyen de Meaux, pour mener une enquête et celui-ci confirme les droits de l'abbaye[12].
Plus tard, en 1189, une dernière charte de ce comte indique qu'il réalise un arrangement avec l'abbaye Saint-Loup de Troyes à propos d'un four à Sacey et précise qu'il est sur le point de partir pour Jérusalem[13],[12].
Troisième croisade

Lors d'une entrevue à Gisors le , les rois Français et Anglais décident de prendre la croix et d'aller en Terre sainte pour la troisième croisade, entrainant avec eux le comte Henri II de Champagne. Ce dernier est rapidement suivi par nombre de ses vassaux, dont le comte de Brienne Érard II et son frère André[note 2]. Mais les deux monarques continuent de se faire la guerre, ralentissant ainsi les préparatifs pour ce pèlerinage et donc le départ de la croisade[15]. Toutefois, plusieurs chevaliers s'impatientent et décident de partir sans attendre leur suzerain. Outre Érard II et André, ce contingent avancé comprend également Guy II de Dampierre, connétable de Champagne, et Geoffroy IV de Joinville, probable sénéchal de Champagne[16],[17].
Très probablement partis de Marseille, ils rejoignent en chemin une flotte composée de Danois et de Frisons ainsi que d'Anglais, également lassés d'attendre leur roi, qui revenait du Siège de Silves (en), au Portugal[16], et arrivent à Saint-Jean-d'Acre vers la mi- où ils se joignent au siège de cette ville mené par le roi de Jérusalem Guy de Lusignan depuis le [18].
Le , les Francs attaquent le camp de Saladin à l'improviste et Érard II, aux côtés du roi Guy de Lusignan, du Landgrave de Thuringe Louis III, des Templiers et des Hospitaliers, parvient jusqu'à la tente de Saladin, mais ils sont violemment repoussés et prennent la fuite. André, chargé du commandement de l'arrière-garde, essaie alors de réorganiser les croisés pour les renvoyer au combat, mais il est submergé et tué par les Musulmans[note 3]. Toutefois, une source contemporaine — l'Itinerarium Peregrinorum et Gesta Regis Ricardi compilé par le chanoine Richard de Templo à Londres au début des années 1220 — indique qu'Érard II aurait été témoin de la chute et des appels de son frère mais aurait néanmoins continué de fuir, alors que les autres sources de cette époque, comme l'Estoire d'Eracles ou L’Estoire de la guerre sainte d'Ambroise, n'en font pas mention[20],[21].
La Gesta Regis Henrici Secundi et Gesta Regis Ricardi du chroniqueur contemporain Roger de Hoveden cite Érard II parmi les victimes de l'hiver 1189-1190 qui se montre particulièrement rude pour les croisés chez qui sévit la disette et la maladie. Il meurt probablement le , bien que certains historiens avancent la date [22],[note 4].
Famille
Mariage et enfants

Avant 1166, il épouse une dame prénommée Agnès, probablement issue de la famille de Montfaucon qui possédait le comté de Montbéliard ou de celle de Nevers qui possédait les comtés de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre. De ce mariage sont nés au moins sept enfants :
- Gautier III de Brienne (mort en en Italie), qui succède à son père en tant comte de Brienne et prétendant au trône de Sicile du chef de son épouse Elvire de Lecce[24] ;
- Guillaume de Brienne (mort en 1199), seigneur de Pacy probablement par héritage de sa mère, qui épouse Eustachie de Courtenay, fille de Pierre de France et d'Élisabeth de Courtenay[24] ;
- André de Brienne (mort en 1181 ou après), cité dans des chartes de 1177 et 1181, probablement mort sans union ni descendance[24] ;
- Jean de Brienne (mort en à Constantinople), comte de Brienne pendant la minorité de son neveu ainsi que roi de Jérusalem puis empereur latin de Constantinople[24] ;
- Ide de Brienne qui épouse en premières noces Anseau III, seigneur de Traînel, d'où postérité, puis, devenue veuve entre entre 1208 et 1212, épouse en secondes noces Arnoul de Reynel, seigneur de Pierrefitte, d'où postérité[note 5],[24] ;
- Alix de Brienne, qui épouse Archambaud IV de Sully, seigneur de Sully, d'où postérité[26].
- Marie de Brienne, qui épouse Pons Ier de Cuiseaux, seigneur de Cuiseaux et de Clairvaux, d'où postérité[26].
Origine de l'épouse d'Érard II
Les historiens ont longtemps affirmé qu'Agnès, l'épouse d'Érard II, serait issue de la famille de Montfaucon, se basant sur les écrits du père Anselme, qui dit dans son Histoire généalogique en 1730 que celle-ci est « AGNES, dite de Montbelliard, fille de Richard feigneur de Montfaucon, & d'Agnès comteffe de Montbelliard, eft nommée dans un titre de l'abbaye de Beaulieu l'an 1156 »[note 6], mais sans citer de source[27]. Il sera par le suite repris par de La Chesnaye-Desbois et Louis de Mas Latrie à la fin du XIXe siècle[28],[29].
Pour cette assertion, le père Anselme se base très probablement sur une déclaration des fils d'Érard II qui se disaient en 1202 neveux des comtes Richard et Amédée de Montbéliard et en a déduit que cette parenté se faisait par leur mère. Toutefois, l'historien Henri de Faget de Casteljeu constate que cette dame est inconnue dans les différentes généalogies de la famille de Montfaucon et fait le lien avec une phrase du chroniqueur Jean de Joinville qui écrit que « à nostre côté de la main senestre vint aborder le comte de Iaphe qui était cousin germain du comte de Montbéliard et du lignage de la maison de Joinville ». Ce comte est le comte de Jaffa Jean d'Ibelin, mort en 1266 et fils d'une Alix de Montfaucon, fille d'Amédée II de Montfaucon et de sa première épouse Béatrice, dame de Grandson. Cette dernière, étant issue de la maison de Joinville, est donc le lien entre la famille de Montfaucon et celle de Joinville, mais elle aussi avec celle de Brienne par l'intermédiaire de sa parente Félicité de Brienne, expliquant par conséquent le lien précité par les frères en 1202[30].
Le médiéviste Édouard de Saint-Phalle émet alors l'hypothèse qu'Agnès, épouse d'Érard II, serait alors issue de la maison de Nevers. Il précise ainsi que les enfants d'Ide de Brienne, fille d'Érard II et d'Agnès, font plusieurs transactions avec des membres de la famille de Nevers concernant des terres dans le Nivernais qui leur venaient de Renaud de Nevers et d'Androuin de Brienne. De même, Jean de Brienne vend la seigneurie de La Marche, toujours dans le Nivernais, à Hervé IV de Donzy, comte de Nevers. Cet héritage et ces possessions pourraient ainsi s'expliquer si Agnès était issue de la famille de Nevers. Il suppose donc qu'elle pourrait être la fille de Guillaume III de Nevers, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre. Cela expliquerait également comment Guillaume de Brienne serait devenu seigneur de Pacy, dans le Tonnerrois, qui aurait alors fait partie de la dot de sa mère ainsi que le prénom de la sœur de ce dernier, Ide de Brienne, plutôt rare en Champagne, mais qui est le même que celui de la mère supposée d'Agnès, Ide de Sponheim. Ces éléments ne permettent pas de définir de manière définitive la parenté d'Agnès, épouse d'Érard II, mais pourraient suffire à rendre cette hypothèse plus crédible qu'une parenté avec la famille de Montfaucon[30].
Relation avec ses frères
Dans sa thèse sur l'histoire des comtes de Brienne, l'historienne Dana Celest Asmoui Ismail estime que les deux frères Érard II et André étaient fâchés de longue date avant leur départ pour la troisième croisade. Elle rappelle une citation, sans source, d'Alphonse Roserot qui précise à propos d'André « Son frère aîné, Erard II, lui avait laissé Ramerupt à la condition de tenir cette terre en fief du comté de Brienne »[31]. De ce postulat, elle déduit qu'André n'est rentré en possession de ses terres qu'environ treize années après le décès de leur père, seulement après avoir juré de tenir ses terres en fief de son frère aîné, faisant par conséquent de lui un vassal ou non un égal[32].
Elle continue en affirmant que les deux frères sont arrivés séparément en Terre sainte en 1189, toujours sans apporter de source, démontrant ainsi la brouille entre eux expliquant ainsi qu'Érard II n'ait pas répondu aux appels à l'aide de son frère lors de la défaite contre les troupes de Saladin le [33].
Quant au médiéviste Édouard de Saint-Phalle, il constate au travers des différentes chartes ponctuant le règne d'environ trente ans du comte Érard II de la présence constante et régulière de ses deux frères puînés, André et Jean. Ce dernier, devenu abbé de Basse-Fontaine en 1157, semble sortir souvent de son abbaye pour témoigner des actes de son frère. Quant à André, il figure lui aussi régulièrement entre 1164 et 1186 dans les actes de son frère, ce qui fait supposer au médiéviste Édouard de Saint-Phalle qu'il habitait autant au château de Brienne qu'à celui de Brienne[34].
Ascendance
| 16. Engelbert IV de Brienne | |||||||||||||||||||
| 8. Gautier Ier de Brienne | |||||||||||||||||||
| 17. Pétronille de ? | |||||||||||||||||||
| 4. Érard Ier de Brienne | |||||||||||||||||||
| 18. Milon de Tonnerre | |||||||||||||||||||
| 9. Eustachie de Tonnerre | |||||||||||||||||||
| 19. Azéka de Bar-sur-Seine | |||||||||||||||||||
| 2. Gautier II de Brienne | |||||||||||||||||||
| 20. Hilduin IV de Montdidier | |||||||||||||||||||
| 10. André de Ramerupt | |||||||||||||||||||
| 21. Alix de Roucy | |||||||||||||||||||
| 5. Alix de Ramerupt | |||||||||||||||||||
| 22. ? | |||||||||||||||||||
| 11. Adélaïde (de Roye ?) | |||||||||||||||||||
| 23. ? | |||||||||||||||||||
| 1. Érard II de Brienne | |||||||||||||||||||
| 24. ? | |||||||||||||||||||
| 12. Hugues de Baudement | |||||||||||||||||||
| 25. ? | |||||||||||||||||||
| 6. André de Baudement | |||||||||||||||||||
| 26. ? | |||||||||||||||||||
| 13. ? | |||||||||||||||||||
| 27. ? | |||||||||||||||||||
| 3. Humbeline de Baudement | |||||||||||||||||||
| 28. ? | |||||||||||||||||||
| 14. Hugues de Braine | |||||||||||||||||||
| 29. ? | |||||||||||||||||||
| 7. Agnès de Braine | |||||||||||||||||||
| 30. Guillaume Busac | |||||||||||||||||||
| 15. Ade de Soissons | |||||||||||||||||||
| 31. Adélaïde de Soissons | |||||||||||||||||||
Annexes

Bibliographie
- J.A. Jacquot, Notice historique sur Brienne, Paris, Faur, (lire en ligne sur Gallica).
- M. Bourgeois, Histoire des comtes de Brienne : contenant un Précis Généalogique de cette illustre Maison, accompagné de nombreux documents historiques, Troyes, Anner-André, , 382 p. (lire en ligne sur Gallica).
- Henri d'Arbois de Jubainville, Catalogue d'actes des comtes de Brienne, 950-1356, Paris, A. Gouverneur, , 48 p. (lire en ligne sur Gallica).
- (en) Dana Celest Asmoui Ismail, History of the Counts of Brienne (950–1210), Royal Holloway University of London, (ISBN 9781911261292, présentation en ligne).
- (en) Guy Perry, The Briennes : The Rise and Fall of a Champenois Dynasty in the Age of the Crusades, c. 950–1356, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-107-19690-2, présentation en ligne).
- Édouard de Saint-Phalle, « Les comtes de Brienne : Première partie : d'Engelbert Ier à Érard II », Mémoires de la Société Académique de l'Aube, vol. 141, .
Liens externes
- Étienne Pattou (dernière mise à jour : 16/10/2025), « Maison de Brienne » [PDF], sur racineshistoire.free.fr, (consulté le ).
- (en) Charles Cawley, « Comtes de Brienne », sur Medieval Lands, Foundation for Medieval Genealogy, 2006-2025 (consulté le ).
- « Érard II de Brienne - grand sceau - 1176 », sur Sigilla : base numérique des sceaux conservés en France (consulté le ).