Éris

déesse de la discorde dans la mythologie grecque From Wikipedia, the free encyclopedia

Dans la mythologie grecque, Éris (en grec ancien Ἔρις / Éris) est une déesse personnifiant la Discorde.

Nom grec ancienἜρις / Éris
Fonction principaleDéesse de la Discorde
Fonction secondaireDéesse de l'Émulation
Lieu d'origineGrèce
Faits en bref Divinité de la mythologie grecque, Caractéristiques ...
Éris
Divinité de la mythologie grecque
Éris représentée sur le médaillon d'une coupe à lèvres attique à figures noires, VIe siècle av. J.-C., Altes Museum.
Éris représentée sur le médaillon d'une coupe à lèvres attique à figures noires, VIe siècle av. J.-C., Altes Museum.
Caractéristiques
Nom grec ancien Ἔρις / Éris
Fonction principale Déesse de la Discorde
Fonction secondaire Déesse de l'Émulation
Lieu d'origine Grèce
Période d'origine Époque archaïque
Groupe divin Divinités primordiales, divinités allégoriques
Équivalent(s) Discordia (mythologie romaine)
Compagnon(s) Arès, Déimos et Phobos
Famille
Mère Nyx
Fratrie
• Enfant(s)
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Pour Hésiode, il s'agit d'une divinité primordiale qui donne naissance seule à de nombreuses autres allégories. Chez divers auteurs, Éris provoque la guerre de Troie en semant le trouble à l'aide d'une pomme en or entre Aphrodite, Athéna et Héra, départagées lors du jugement de Pâris. Elle joue un rôle actif pendant le conflit, notamment dans les poèmes d'Homère et de ses suiveurs, où elle exalte les combattants.

Éris est rarement représentée durant l'Antiquité. Elle bénéficie néanmoins d'une postérité à travers la figure de la Discorde romaine, puis dans les arts et la culture moderne et contemporaine.

Étymologie

En grec ancien, Éris se nomme Ἔρις / Éris[1]. Il s'agit de la personnification de la notion d'ἔρις / éris, désignant le combat et plus largement la discorde[2].

Pour Pierre Chantraine, ce mot n'a pas d'étymologie : il rejette notamment les rapprochements avec le verbe ἐρέθω / eréthō provoquer ») ou avec une obscure racine sanskrite ári-, arí- ennemi »)[2],[3]. Albert Carnoy propose un lien avec l'indo-européen *erei, dont dériverait le verbe ὀρίνω / orínō exciter »)[4],[3]. L'ensemble de ces hypothèses sont réfutées par Robert Beekes (en)[5].

Mythe

Origine et descendance

Éris personnifie la Discorde[6]. Dans la Théogonie d'Hésiode, elle fait partie d'un ensemble de divinités primordiales, la plupart allégoriques, que Nyx (la Nuit) enfante seule[7]. Elle est la sœur de Moros (le Destin), de la ou des Kères (la Destruction ou la Mort violente), de Thanatos (la Mort), d'Hypnos (le Sommeil), des Oneiroi (les Rêves), de Mômos (le Blâme), d'Oizys (la Souffrance), des Hespérides, des Moires  Clotho, Lachésis et Atropos  (la Destinée), de Némésis (la Colère divine), d'Apaté (la Tromperie), de Philotès (l'Amour sexuel) et de Géras (la Vieillesse), auxquels s'ajoutent Éther (la Brillance) et Héméra (le Jour), nés de Nyx et d'Érèbe (l'Obscurité)[7].

D'après le même poème, Éris donne à son tour naissance, sans père, à de nombreux enfants qui n'ont qu'un rôle allégorique : Ponos (le Labeur), Léthé (l'Oubli), Limos (la Faim), les Algea (les Souffrances), les Hysminai (les Combats), les Machai (les Batailles), les Phonoi (les Assassinats), les Androktasiai (les Massacres), les Neikea (les Querelles), les Pseudea (les Mensonges) et les Logoi (les Paroles)  ou les Pseudologoi (les Paroles mensongères)[8] , les Amphillogiai (les Paroles ambiguës), Dysnomie (le Mauvais gouvernement), Até (l'Erreur) et Horkos (le Serment)[9].

Au chant IV de l'Iliade, elle apparait comme la sœur et la compagne d'Arès, dieu de la Guerre[6]. Cependant, pour Geoffrey Kirk, il ne s'agit pas d'une véritable généalogie, Éris n'étant pas personnifiée dans ce passage, mais d'une « description purement ad hoc »[10]. Quintus de Smyrne fait néanmoins d'Éris la tante de Phobos et de Déimos[11].

Homère, au chant XI de l'Iliade, la désigne comme une véritable déesse, tout comme Eschyle dans Les Sept contre Thèbes et Euripide dans Les Phéniciennes[11].

Rôle pendant la guerre de Troie

Les Noces de Thétis et Pélée, Hendrick de Clerck et Jan Brueghel l'Ancien, huile sur cuivre, entre 1600 et 1630, musée du Louvre.

Dans le résumé de Proclos des Chants cypriens, une épopée post-homérique, Zeus et Thémis complotent afin de provoquer la guerre de Troie. Par la suite, Éris se présente lors des noces de Pélée et Thétis et provoque la discorde entre Aphrodite, Athéna et Héra. Hermès, sur ordre de Zeus, les amènent sur le mont Ida, où le prince troyen Pâris doit les départager au sujet de leur beauté : il choisit Aphrodite, qui lui promet la main d'Hélène, déclenchant le conflit entre Troyens et Achéens après son enlèvement[11],[12]. Cet événement est vaguement abordé dans l'Iliade, sans qu'Éris ne soit mentionnée[11],[13].

L'épisode de la pomme d'or de la discorde, portant l'inscription « à la plus belle », apparait chez des auteurs d'époque romaine, comme Lucien de Samosate, Hygin ou le Pseudo-Apollodore, bien qu'il semble présent dans certaines représentations du Ve siècle av. J.-C.[14]. Les deux premiers auteurs précisent qu'Éris aurait agit ainsi car elle n'a pas été invitée aux noces[11],[14].

Éris apparait plusieurs dans l'Iliade et exalte les combattants[15]. Dans le chant IV, elle mène les troupes grecques, avec Athéna, Phobos et Déimos, tandis qu'Arès conduit les Troyens au combat[11]. Elle provoque l'affrontement entre ce dernier et Apollon au chant suivant[11]. Dans le chant XI, Zeus lui-même la dépêche auprès des Achéens pour les réveiller et les envoyer se battre[13] ; elle reste également dans la mêlée[11]. Enfin, elle accompagne Achille lorsque celui-ci retourne au combat dans le chant XX[11].

Dans la Suite d'Homère, Quintus de Smyrne évoque dix-huit fois Éris : elle apparait aussi bien dans la mêlée que lors de combats singuliers, entre Néoptolème et Eurypyle ou Achille et Memnon, et pendant la course entre Teucros et Ajax lors des jeux funéraires en l'honneur d'Achille. Elle donne également sa double-hache à l'Amazone Penthésilée, qui est comparée à Éris lors des combats[11].

Autres mythes

Si Hésiode, dans sa Théogonie, adopte une vision négative d'Éris, celle-ci est contrastée dans Les Travaux et les Jours avec l'apparition d'une deuxième Éris, personnifiant l'émulation[11],[15].

Éris figure sur plusieurs armes mythologiques : sur le bouclier d'Achille (en) dans l'Iliade et la Suite d'Homère, sur l'égide d'Athéna dans le premier texte, ainsi que sur le bouclier d'Héraclès dans le poème du même nom[11].

Le sujet d'une pièce de théâtre perdue de Sophocle, intitulée Éris (d), est inconnu[11],[9].

Dans les Métamorphoses d'Antoninus Liberalis, d'après l'auteur grec Boïos, Éris est envoyée par Héra pour semer la discorde entre Édon et Polytechnos (en), qui avait fait preuve d'hubris en se comparant au couple formé par Zeus et Héra, et pousse Édon à tuer son fils Itys[11].

Éris apparait plusieurs fois dans les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis : elle escorte Typhon, s'occupe du Géant Damasène durant son enfance, apparait en rêve à Dionysos sous les traits de Rhéa et lors d'affrontements entre le dieu et Dériadès (en)[11].

La Discorde romaine

La Discorde ou Discordia (en latin Discordia) est l'équivalent d'Éris dans la mythologie romaine[11], dont elle reprend de nombreuses histoires[réf. souhaitée]. Elle est l'opposée de la Concorde mais, contrairement à elle, Discordia est une simple personnification littéraire et non l'objet d'un culte[16].

Hygin fait de Discordia une fille de la Nuit et de l'Érèbe[11],[16]. Elle est plusieurs fois mentionnée par Virgile dans l'Énéide : elle garde l'entrée des Enfers, coiffée d'une chevelure de serpents, et figure sur le bouclier d'Énée (en), dans la scène prémonitoire de la bataille d'Actium[11],[16].

Représentations

Éris représentée en buste lors du jugement de Pâris, hydrie attique à figures rouges, fin du Ve siècle av. J.-C., Badisches Landesmuseum.

Éris est difficilement identifiable dans les arts visuels antiques en l'absence d'inscription, où elle apparait soit sous les traits d'une femme sans attribut, soit comme une figure ailée : elle peut ainsi être confondue avec de nombreuses autres personnifications, comme Niké, ou avec d'autres femmes anonymes, dans des représentations du jugement de Pâris[17]. Un cratère en calice à figures rouges daté vers et conservé au musée de l'Ermitage figure une discussion entre Éris et Thémis en pendant du jugement de Pâris, suggérant une reprise de la légende développée dans les Chants cypriens[18],[9].

La manière de représenter Éris tranche avec les descriptions monstrueuses de certains textes anciens. Elle s'oppose également à l'Éris hideuse, assistant au combat entre Ajax et Hector, que Pausanias le Périégète raconte avoir observé à Olympie, sur le coffre de Cypsélos, datant du Ve siècle av. J.-C.[19],[9].

Une figure féminine nommée Éris apparait sur deux miroirs en bronze étrusques, dans des scènes non belliqueuses : il pourrait s'agir d'un nom choisi arbitrairement ou d'une erreur des artistes[18].

Postérité et réceptions

Arts

Époque moderne

Joseph Mallord William Turner, La Déesse de la Discorde choisissant la Pomme de la Discorde dans le Jardin des Hespérides, huile sur toile, vers 1806, Tate Britain.

Éris figure dans un tableau de Joseph Mallord William Turner, présenté lors de l'exposition de la British Institution en 1806, en train de choisir la pomme de la discorde parmi les fruits du jardin des Hespérides[20].

Époque contemporaine

Éris est une des antagonistes de l'univers des Chevaliers du Zodiaque, mélangeant les influences japonaises et grecques antiques[21] : elle apparait notamment dans le film d'animation Éris : La Légende de la pomme d'or, sorti en 1987[réf. souhaitée], ainsi que dans le manga Saint Seiya: Saintia Shō, publié entre 2013 et 2021[22].

Éris est également l'antagoniste du film d'animation américain Sinbad : La Légende des sept mers, sorti en 2003, adaptant la légende persane dans un contexte méditerranéen[23].

Éris apparait dans la série d'animation Billy et Mandy, aventuriers de l'au-delà diffusée entre 2001 et 2008 aux États-Unis[24].

Dans le jeu vidéo Hades II, sorti en 2025, Éris est un des boss[25], et l'une des deux romances lesbiennes possibles avec la protagoniste Mélinoé[26].

Astronomie

La planète naine (136199) Éris, découverte le par Michael E. Brown, Chadwick Trujillo et David L. Rabinowitz à l'observatoire Palomar, est nommée en référence à Éris[27]. Ce nom fait écho aux débats scientifiques ayant porté sur sa définition ou non en tant que planète[28].

Philosophie

L'éristique, une posture philosophique et rhétorique antique désignée comme l'art de la controverse, est étymologiquement dérivée de la notion d'ἔρις / éris[29].

Le discordianisme est une parodie de religion, fondée en 1957, centrée sur la figure d'Éris (ou Discordia) en tant que divinité du chaos[30].

Notes et références

Voir aussi

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