Animaux dans le Proche-Orient ancien

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Le Proche-Orient ancien offre un intérêt particulier pour l'étude du monde animal et de ses interactions avec l'espèce humaine, dans la mesure où c'est dans cet espace qu'apparaissent, à partir du IXe millénaire av. J.-C., les premiers cas de domestication d'animaux (après celle du chien), et les premiers textes relatifs aux rapports entre hommes et animaux (dans la seconde moitié du IVe millénaire av. J.-C.), qui portent un éclairage plus profond sur des relations déjà documentées pour les périodes postérieures par des restes archéozoologiques, artefacts et représentations figurées. Ce sont ces diverses sources qui permettent d'étudier ce sujet, profondément renouvelé depuis plusieurs années par diverses recherches sur les relations hommes-animaux (ethnozoologie)[1].

Le Proche-Orient ancien connaît à partir du Xe millénaire av. J.-C. un processus de néolithisation caractérisé par la domestication des plantes et celle des animaux. Cette dernière a profondément bouleversé la vie des sociétés humaines en modifiant leurs activités, leurs ressources et leur rapport à la nature, notamment en reléguant la majeure partie du monde animal dans la catégorie du « sauvage ». La constitution d'une société de plus en plus complexe avec, en point d'orgue, l'apparition de l'État et de l'urbanisation, entraîne par la suite d'autres changements, notamment le développement d'un élevage à grande échelle réparti entre plusieurs acteurs (palais royaux, temples, nomades). D'un point de vue utilitaire, les hommes mobilisent les animaux pour la prestation de divers services dans des activités cruciales (agriculture, transports, guerre) et utilisent les produits animaux à différentes fins (alimentation, vêtements en laine et cuir, etc.).

Les rapports entre les hommes et les animaux ont également un aspect symbolique constant. Plusieurs animaux étaient considérés comme des véhicules de forces surnaturelles, des symboles divins, et pouvaient être mobilisés dans divers rituels majeurs (sacrifices aux dieux, divination, exorcisme). Les nombreuses représentations artistiques d'animaux renvoient généralement à cet aspect symbolique. Les lettrés ont également procédé à des tentatives de classification des animaux qu'ils connaissaient, et ont développé des stéréotypes sur les caractères de plusieurs d'entre eux, qui se retrouvent dans divers textes littéraires, notamment ceux dans lesquels des hommes sont comparés à des animaux pour mettre en avant un trait de leur personnalité. Si certains animaux ont eu un statut symbolique élevé (lion, taureau, cheval, serpent), d'autres se sont en revanche vu dénigrés et parfois frappés d'infamie (porc).

Poids en forme de lion, bronze, Suse, époque achéménide, VIe et IVe siècles av. J.-C.

Les animaux domestiques

Le sud-ouest asiatique est une vaste zone zoologique de transition, assurant la liaison entre différents espaces continentaux (Europe, Asie, Afrique). Les espèces attestées vont de celles caractéristiques du monde tempéré au nord, jusqu'au monde subtropical à l'extrême sud. Le développement de sociétés complexes dans le Proche-Orient qui a apporté des changements dans le monde animal de cette région, lors du processus de « néolithisation »[2], qui voit les premières expériences de domestication des animaux, qui entraînent une coupure entre animaux domestiqués et animaux non domestiqués, et par la suite l'introduction d'animaux domestiqués hors du Moyen-Orient.

Figurines d'animaux domestiques provenant de tombes de Kish (Mésopotamie), datées d'environ 2500-2300 av. J.-C. : de gauche à droite, une vache, un bélier et un porcin. Ashmolean Museum.

Le processus de domestication et ses évolutions

Selon D. Helmer, la domestication peut être définie comme « le contrôle d'une population animale par l'isolement du troupeau avec perte de panmixie, suppression de la sélection naturelle et application d'une sélection artificielle basée sur des caractères particuliers, soit comportementaux, soit culturels. Les animaux deviennent la propriété du groupe humain et en sont entièrement dépendants »[3]. Elle se distingue de l'apprivoisement, qui ne concerne que des individus isolés d'une espèce sauvage.

Le processus de domestication des animaux n'est pas aisé à identifier[4]. Les recherches en archéozoologie (trouvailles de restes d'animaux sur des sites archéologiques) permettent de mieux connaître ce phénomène. Il s'agit d'étudier si un animal est plus présent qu'un autre, ce qui peut indiquer qu'on l'a domestiqué (mais ce peut être un exemple de chasse sélective), si son anatomie a été modifiée par la domestication[5]. Identifier la date d'une première domestication est donc compliqué, mais vu qu'il s'agit de périodes très reculées, la datation est de toute manière très vague. Identifier un lieu ou une région de domestication est également une tâche difficile, dans la mesure où une nouvelle découverte peut rapidement modifier nos connaissances. De plus, on tend à penser qu'il a pu exister plusieurs foyers de domestication pour certaines espèces, même à l'échelle du Moyen-Orient[6]. La domestication est donc un processus complexe, long, progressif, mais cohérent : la domestication des ongulés est effectuée sur en gros un millénaire, ce qui illustre bien le fait que les sociétés d'alors aient été en mesure d'employer les mêmes techniques pour domestiquer plusieurs espèces facilitant leur mode de vie[7]. Les espèces domestiquées sont souvent des espèces très chassées auparavant, et on présume que la domestication a pu être précédée d'une chasse spécialisée voire sélective[8], privilégiant un certain type de gibier, dont les déplacements ont progressivement été organisés, de même que l'alimentation, les lieux de reproduction, sur un territoire précis. Mais une espèce très chassée comme la gazelle n'a jamais été domestiquée. La domestication a pu également se produire après la capture d'animaux, que les groupes humains ont continué à contrôler.

Concrètement, le phénomène est un des éléments marquant le début du processus de néolithisation, sans doute contemporain des premières expériences de domestication d'espèces végétales au Proche-Orient, entre le sud du Levant et le sud de l'Anatolie. Des expériences d'intensification dans la gestion de troupeaux d'animaux ont eu lieu un peu plus tôt, conduisant probablement aux premières expériences de domestication dès 9500 av. J.-C. (au néolithique précéramique A), mais cela reste complexe à déceler car il n'y a pas à ce stade d'évolution morphologique des animaux. La domestication se concrétise assurément à partir de 8500-8300 (durant le néolithique précéramique B), période pour laquelle les modifications morphologiques sont incontestables[9].

La recherche des raisons de la domestication des animaux a donné lieu à plusieurs hypothèses, qui rejoignent celles ayant été développées pour expliquer la « révolution néolithique ». Une idée répandue est que la domestication est une conséquence du réchauffement du climat après la fin de la dernière période glaciaire, provoquant une diminution des ressources disponibles pour les groupes humains (plantes et animaux), qui auraient alors cherché à contrôler celles-ci pour s'assurer une meilleure utilisation. Ce facteur a sans été doute déterminant, mais ne doit pas reléguer les autres au second plan[10]. De plus, les animaux n'ont pas forcément été domestiqués pour leur viande, car la chasse semble rester le moyen le principal pour en obtenir jusque vers le VIIIe millénaire, même si la viande ou la graisse des animaux élevés ont pu permettre d'équilibrer le régime alimentaire des premiers agriculteurs, de même que le lait[11]. La domestication est indissociable d'un processus de sélection des espèces par les hommes. Les animaux domestiqués ne sont pas des concurrents alimentaires potentiels pour les hommes, excepté le chien (ou le chat, peu attesté dans le Proche-Orient ancien), qui joue lui le rôle spécifique de compagnon des humains. Au contraire, ils sont des partenaires alimentaires des agriculteurs puisque si ceux-ci se nourrissent des graines des céréales et légumineuses qu'ils font pousser, ils ne peuvent assimiler la cellulose contenue dans la paille, les tiges et les feuilles, à la différence des ruminants domestiqués : il y a donc peut-être un lien entre la domestication des plantes et celle des animaux. On remarque également que la sélection précède la domestication, et qu'elle se poursuit après, l'homme contrôlant la reproduction des bêtes. Sur le long terme, cela entraîne des modifications des espèces domestiquées, notamment morphologiques et anatomiques, par exemple la perte de cornes par les moutons et surtout la diminution de leur taille, ce qui permet aux archéozoologues d'identifier les premiers animaux domestiques[12]. Elle modifie également le cycle reproductif des animaux, puisque lorsqu'ils sont domestiqués ils n'ont plus de période de rut et de mise à bas et peuvent donc procréer toute l'année.

Selon des approches sous l'angle de la « symbolique », la domestication des animaux s'accompagne d'un changement des conceptions de l'homme vis-à-vis de la nature, dont il se rend compte qu'il peut chercher à la contrôler, à la dominer[13]. Cela rejoint les thèses développées par J. Cauvin, qui fait de la néolithisation la conséquence d'une « révolution des symboles » et voit dans la domestication des animaux avant tout la conséquence d'« un désir humain de domination des bêtes »[14]. La relation hommes-animaux telle qu'elle se construit dans la documentation est désormais moins vue sous l'angle de la domination que par le passé, comme un rapport moins déséquilibré qu'il ne semble. On ne saurait quoi qu'il en soit minimiser l'impact de la domestication des animaux sur les sociétés humaines, qu'elle a profondément bouleversé, aussi bien dans des aspects utilitaires, économiques, biologiques (mise en commun des virus), sociaux par la constitution de communautés d'hommes et d'animaux, et symboliques avec la distinction entre le sauvage qui est extérieur à la société humaine et le domestique qui en fait pleinement partie. En construisant une société avec les animaux domestiques, l'homme est donc amené à se changer lui-même, en s'adaptant lui aussi à ses partenaires, qui ne peuvent être réduits à des simples êtres dominés[15].

La phase de domestication des animaux est suivie par une autre évolution marquante, qui voit les animaux être utilisés non plus pour les produits fournis après leur abattage (peau, viande, graisse, os), mais aussi pour des produits renouvelables, ou secondaires, qui ne nécessite par leur mise à mort (laine, poils, lait) et leur force de travail (trait, bat). Cette étape a été nommée « révolution des produits secondaires » par A. Sherratt[16]. Placée à l'origine au IVe millénaire av. J.-C. (donc au chalcolithique final), cette évolution est sans doute plus ancienne, puisque le lait des animaux domestiqués pourrait avoir été utilisé couramment à partir du VIIe millénaire av. J.-C. d'après l'analyse de la documentation archéologique de ces époques, et peut-être même avant, dès la fin du néolithique précéramique B. De même la force de traction des bovins aurait pu être utilisée dès le néolithique, ainsi que la laine des moutons et les poils de chèvre, même si cela reste difficile à établir par l'archéologie. Le IVe millénaire av. J.-C. verrait plutôt une intensification de l'exploitation de ces produits secondaires, accompagnant l'apparition des structures étatiques et des sociétés urbaines, avec leurs institutions disposant de vastes troupeaux[17].

Les animaux domestiques du Proche-Orient ancien

Plaque en terre cuite représentant un homme conduisant un chien en laisse. Borsippa, début IIe millénaire av. J.-C., British Museum.
Statuette en bronze représentant un taureau, Mésopotamie, IIIe millénaire av. J.-C.

Le premier animal domestiqué est le chien, sans doute dès la fin du Paléolithique : on trouve des chiens enterrés avec des hommes à partir de la période natoufienne (c. 12000-10000), à Mallaha et Hayonim au sud du Levant. Le lieu géographique de sa domestication fait l'objet de débats, et rien ne permet d'affirmer qu'il a été domestiqué au Proche-Orient. Le fait qu'il ait été le premier animal domestique, dans une société antérieure au Néolithique ne pratiquant pas l'agriculture, le place dès les débuts à part des autres animaux dans sa relation avec l'homme[18],[19].

Le Néolithique est la grande période de domestication d'animaux, quand sont domestiqués les quatre ongulés qui fournissent par la suite l'essentiel des animaux domestiques de la région. Le phénomène se fait donc sur quelques siècles, et est centré sur la région du Taurus et du Nord du Levant (hautes vallées de l'Euphrate et du Tigre), avec une diffusion rapide vers le sud du Levant et vers le Zagros à l'est. Les caprinés semblent avoir été les premiers domestiqués, mais les recherches récentes ont mis en avant le fait que les deux autres les ont rapidement suivis. La chèvre apparaît entre 8500 et 8000, à la suite de la domestication de son espèce sauvage (Capra aegagrus) vivant dans les terrains hauts allant de l'Anatolie au Pakistan[20],[21]. Cet animal aurait pu être domestiqué dans plusieurs foyers vers une même période : la région du Taurus et la Syrie (Abu Hureya), et dans le Zagros (Ganj-i Dareh). Le mouton est domestiqué au même moment à partir du mouflon vivant dans les régions sèches de l'Anatolie orientale et du Nord de l'Irak et de l'Iran actuels, là encore dans le Taurus et le Nord du Levant (Hallan Çemi, Nevalı Çori), et met plus de temps à se diffuser sur les sites du Levant Sud et du Zagros où il ne devient important que deux millénaires plus tard[20],[21]. Les premiers bovins sont apparemment domestiqués un peu plus tard que les ovins et caprins, dans le Moyen Euphrate et le Taurus, même si des recherches récentes tendent à remonter leur domestication à une période contemporaine des deux autres. L'auroch est à l'origine des bovins domestiques les plus courants (Bos taurus : vaches, bœufs, taureaux)[22],[23]. Le cochon est domestiqué à partir du sanglier sauvage, dans le même endroit et en gros à la même période ou un peu plus tard (Cafer Höyük, Hallan Çemi), et se retrouve rapidement sur des sites du sud du Levant et du Zagros[24]. Mais à la différence des trois précédents son élevage n'est jamais très répandu et décline à partir du IIe millénaire[25]. Quoi qu'il en soit, au début du néolithique céramique, vers la seconde moitié du VIIe millénaire av. J.-C., les quatre animaux ongulés domestiqués sont présents sur des sites dans tout le Moyen-Orient[26].

D'autres animaux furent domestiqués ultérieurement, mais dans des régions extérieures au Moyen-Orient, depuis lesquelles ils y ont été introduits[27]. Des buffles domestiques sont attestés en Mésopotamie à l'époque historique[28]. Les équidés domestiqués au Proche-Orient sont les ânes, sans doute issus de la domestication de l'âne sauvage d'Afrique au IVe millénaire, en Égypte et au Moyen-Orient, avec des probables croisements avec l'âne sauvage asiatique (hémione ou onagre)[29],[30]. Les chevaux domestiques apparaissent dans les sources mésopotamiennes, syriennes et levantines vers la fin du IIIe millénaire et le début du suivant, et leur utilisation se répand rapidement par la suite, en faisant un des principaux animaux domestiqués aux côtés de ceux à avoir été domestiqués en premier[30]. Les premières traces de chat dont la condition domestique ne fait pas de doute remontent à l'Égypte du Moyen Empire, mais cet animal a peut-être été domestiqué bien avant, comme le montre la découverte d'une sépulture d'un chat à Chypre remontant au VIIIe millénaire[31]. Il reste peu présent dans les sources du Proche-Orient ancien, à la différence de l'Égypte antique[32]. Le dromadaire est domestiqué au plus tard vers le milieu du IIIe millénaire ou au début du suivant, sans doute en Arabie, et il se répand au Proche-Orient au Ier millénaire. Le chameau de Bactriane est sans doute domestiqué vers la même époque en Asie centrale, puis se diffuse au Moyen-Orient dans le courant du IIe millénaire. Ces deux animaux connaissent une grande popularité dans les milieux désertiques à partir de la première moitié du Ier millénaire[33].

Boîte à fard en forme de canard, XIIIe siècle av. J.-C., Minet el-Beida (Syrie).

Quant aux volailles, on sait désormais que la poule est domestiquée en Asie orientale vers 6000 avant notre ère, et est attestée en Mésopotamie au IIIe millénaire[34]. Concernant les pigeons, oies, colombes et canards, attestés très tôt autour des habitats néolithiques, il n'y a pas suffisamment de sources pour savoir s'ils étaient élevés couramment, et donc si certains avaient été réellement domestiqués. Les traces claires de leur élevage se trouvent au Ier millénaire[35]. Les abeilles sont un cas de figure identique. Leur miel est probablement exploité très tôt durant la Préhistoire, mais l'homme ne cherche à les contrôler qu'à partir du IIIe millénaire, en Égypte. On trouve une mention de l'apiculture dans les Lois hittites[36].

Les animaux sauvages

Parmi les ongulés non domestiqués[37], les hippotragues sont surtout représentés par les oryx, divisés en deux sous-espèces dans le Proche et le Moyen-Orient (scimitar et arabe). Les antilopinés (gazelles) sont divisés en diverses espèces vivant dans les biomes arides et semi-arides de l'Afrique du Nord jusqu'à l'Asie centrale et l'Inde. On remarque qu'ils sont beaucoup chassées par les sociétés du Natoufien : s'agit-il d'une chasse sélective, ou d'une pré-domestication qui n'a pas abouti ? Les caprinés non domestiqués comprennent le bouquetin (Capra ibex), la chèvre sauvage (Capra aegagrus), ou encore le mouflon. Les bovinés sauvages (auroch, bison) vivant dans les régions basses du Proche et du Moyen-Orient durant l'Antiquité ont disparu aujourd'hui[38].

Statuette en bronze représentant un cerf, Alacahöyük (Turquie), fin du IIIe millénaire av. J.-C.

Les carnivores les plus nombreux non domestiqués sont les loups. D'autres canidés non domestiqués étaient présents : des chacals, ainsi que diverses espèces de renards. Parmi les félins, le chat sauvage eurasiatique est sans doute le plus répandu. Des lions vivaient durant l'Antiquité dans les régions basses du Moyen-Orient ; on n'en trouve plus de nos jours[39]. Le tigre de la Caspienne vivait au Nord de l'Iran et en Afghanistan, jusqu'au début du XIXe siècle de notre ère. On trouve toujours des léopards dans des régions montagneuses et collinaires du Proche-Orient. L'ours brun est également un des résidents des forêts de l'Asie du sud-ouest[40].

Les cervidés sont présents dans les terrains végétaux, ouverts et tempérés. Trois espèces sont indigènes au Proche et Moyen-Orient : le cerf, aujourd'hui présent en Turquie, au Caucase, et dans le Nord de l'Iran, le chevreuil, le plus petit du groupe, vivant aux mêmes endroits, et le daim, de taille moyenne, divisé en deux sous-espèces vivant dans deux zones différentes (européenne/anatolienne et mésopotamienne/perse)[41]. On trouvait également un type d'éléphant syrien, dans les terres basses et forêts ouvertes de Syrie et même d'Iran, jusqu'au début du Ier millénaire. Il était apparemment proche de l'éléphant asiatique, si l'on se fie aux représentations dont on dispose[42]. Des hippopotames vivaient encore au sud du Levant jusqu'au Ier millénaire.

Peu de renseignements sont disponibles sur les rongeurs et chauves-souris, pourtant les mammifères les plus nombreux en individus. Certains rongeurs émergent avec la sédentarisation, la mise en place de l'économie agricole : la souris domestique, commensale de l'homme, apparaît au Natoufien en Palestine, à partir de souris sauvages. La souris épineuse est très courante dans les régions sèches[43]. On trouvait également des castors, aujourd'hui en voie de disparition avec le recul de la forêt.

Parmi les mammifères marins figurent le phoque de la Caspienne, le phoque moine de la Méditerranée, le dugong dugon qui se rencontre dans le golfe Persique[44] et parfois dans la mer Rouge ; parmi les cétacés, les dauphins sont beaucoup mentionnés dans les sources antiques (en mer Méditerranée, mer Rouge, golfe Persique)[45].

Autruche avec une perdrix sur son dos. Bas-relief du palais de Tell Halaf, IXe siècle av. J.-C.

Parmi les oiseaux, les espèces résidentes sont à distinguer des espèces migrantes. Il a déjà été dit plus haut que rien ne démontre vraiment que le pigeon, l'oie ou la colombe aient été domestiqués, pas plus que le canard. On trouvait encore des autruches au Levant et en Arabie durant l'Antiquité. Beaucoup d'espèces migrantes survolent l'Eurasie pour aller hiverner au Proche-Orient, en Afrique du Nord ou en Asie du Sud[46].

Les insectes les plus mentionnés dans les textes du Proche-Orient ancien sont les criquets, notamment le criquet pèlerin, et les sauterelles (généralement sous une appellation générique ne permettant pas de bien les distinguer)[47], mais on trouve aussi mention des abeilles, papillons, libellules, mouches et autres moustiques. Plus de 70 espèces de scorpions sont répertoriées actuellement dans l'aire géographique concernée, et il devait en aller de même dans le passé. Les poissons sont peu représentés dans les restes archéologiques, ou même dans les textes, mais on en trouve souvent des représentations, indiquant leur importance[48]. Des reptiles apparaissent dans certains textes, avant tous les serpents. Les gastéropodes, notamment le murex, sont plus facilement identifiables par leurs restes. Enfin, les textes mésopotamiens font référence aux crustacés, notamment les crevettes[49],[50].

Les animaux et les hommes : aspects utilitaires et récréatifs

À partir du Néolithique, les sociétés humaines entreprennent de contrôler une grande partie des animaux qui leur sont potentiellement utiles, ce qui amène un grand changement dans les rapports entre hommes et animaux au quotidien en bouleversant le fonctionnement des communautés humaines qui intègrent des animaux en leur sein, même si des formes antérieures peuvent subsister, comme la chasse ou la pêche. Avec l'affirmation de sociétés étatiques et de grands organismes capables de prendre en charge un grand nombre d'activités économiques à une échelle plus importante, le contrôle des animaux prend ensuite une nouvelle dimension. Cela permet aux hommes de disposer de produits issus d'animaux à diverses fins, mais aussi d'avoir de précieux auxiliaires pour les travaux ou les déplacements en des temps où les moyens techniques sont limités et où la force musculaire reste de loin la plus utilisée, donnant donc aux animaux une fonction utilitaire primordiale pour le fonctionnement des sociétés humaines. Il en découle parfois des rapports plus récréatifs ou intimes entre les hommes et les animaux. En même temps, les hommes doivent également composer avec divers risques liés aux animaux domestiques et sauvages.

Disposer des animaux : chasse, pêche et élevage

Les hommes obtiennent les animaux sauvages par la chasse ou la pêche[51],[52]. Ces activités, préexistant au Néolithique, peuvent être exercées par des individus isolés ou en groupes, travaillant pour leur propre compte ou bien celui des institutions, notamment le palais royal, auquel cas elles constituent leur métier. À moins qu'ils ne soient dans le dernier cas, les chasseurs et pêcheurs ont laissé très peu de traces, car les grands organismes sont les principaux pourvoyeurs de nos sources écrites. L'Épopée de Gilgamesh montre un chasseur utilisant des pièges pour capturer des animaux. Mais les chasseurs les plus mentionnés sont les rois, pour qui cette activité était valorisante, en tant que préparation à la guerre mais aussi pour des raisons symboliques (voir plus bas). De toute manière, la chasse est une activité secondaire pour fournir de l'alimentation à partir du IVe millénaire, et les grands organismes la délaissent donc. Les chasseurs du Proche-Orient ancien pouvaient chasser une grande variété d'animaux sauvages[53]. On est assez bien informé sur les pêcheurs des cours d'eau et marais du sud mésopotamien vers la fin du IIIe millénaire, parce que l'État contrôlait leurs activités[54] : ils sont organisés en groupes supervisés par un chef, qui leur distribue des rations de subsistance. Les textes mésopotamiens du IIe millénaire font clairement la différence entre les pêcheurs qui travaillent en mer, dans les marais, ou dans les terres. Ils pouvaient pêcher à la ligne, avec des hameçons, ou bien avec des filets et des nasses.

Sceau-cylindre avec son empreinte : troupeau de bœufs dans un champ de blé, période d'Uruk (IVe millénaire av. J.-C.), musée du Louvre.

Développée à partir du Néolithique, peut-être après une chasse « sélective » privilégiant certains animaux qu'on a par la suite commencé à domestiquer, l'activité d'élevage des animaux domestiques (ou la simple « gestion » d'animaux comme les oiseaux de basse-cour ou les abeilles) est quant à elle plus productive pour l'homme que la chasse ou la pêche, et permet d'offrir une ressource beaucoup plus sûre, sans les aléas de la chasse, car elle organise le contrôle de toute la vie de l'animal (reproduction, croissance, déplacements, choix du moment propice pour l'abattage). Avec l'élaboration de sociétés plus complexes à partir du IVe millénaire (complexification sociale et politique avec l'urbanisation, l'apparition de l'État et le développement de l'administration) l'élevage prend une nouvelle dimension en étant plus spécialisé et systématisé, au moins dans les cercles du pouvoir[55]. C'est dans ce cadre que l'on peut dater l'émergence de divers métiers spécialisés liés aux animaux : chasse, pêche, conduite des troupeaux, engraissage, dressage, transformation de divers produits animaux, etc. ; auparavant ces activités ne faisaient pas l'objet d'une division du travail aussi poussée.

B. Hesse propose de distinguer trois formes d'élevage dans les sociétés historiques du Proche-Orient ancien[56] :

  • l'« agro-pastoralisme » est un élevage effectué dans le cadre de la communauté villageoise, avec un bétail en nombre réduit appartenant à des familles qui l'utilisent en complément des cultures, donc pour un but avant tout vivrier, et le font sans doute paître sur les terrains en jachère ou les marges incultes de leur terroir. Les différentes activités liées à la gestion des animaux n'y font pas l'objet d'une division du travail poussée ;
  • le nomadisme pastoral, qui est le fait de nomades ou semi-nomades évoluant généralement aux marges du monde sédentaire et organisés dans un système tribal (lequel regroupe souvent des sédentaires, la limite entre les deux groupes n'étant pas toujours nette). Ils échappent souvent aux sources écrites, n'étant généralement mentionnés que de façon indirecte quand ils sont au contact des sédentaires, et n'ont laissé quasiment aucune trace matérielle. Il repose sur des migrations saisonnières visant à chercher les points d'approvisionnement en eau et les zones de pâture (notamment la steppe en saison humide). Il ne s'agit pas d'un mode de vie voué à être autosuffisant, car il entre en symbiose avec les sociétés sédentaires pour effectuer des échanges (d'animaux et de leurs produits) et ententes (prise en charge de troupeaux de sédentaires, travaux agricoles de nomades sur les champs des sédentaires) vitaux pour les deux parties[57]. Des litiges pouvaient cependant survenir lors du passage des troupeaux des nomades sur les terres des sédentaires, et certains groupes nomades pouvaient commettre des exactions et rapines et devenir des éléments d'insécurité importants[58] ;
  • l'élevage encadré par l'État et géré par les scribes de son administration, surtout connu pour les « grands organismes » (palais et temples) de la Mésopotamie du sud qui ont livré une abondante documentation sur la gestion de leurs troupeaux. C'est dans ce cadre que l'on trouve le plus de têtes de bétail et la division du travail la plus poussée. Les bêtes sont engraissées par des éleveurs spécialisés dans ce domaine, rétribués par le temple ou le palais, et surveillés par l'administration de l'institution. Leur abattage et la collecte des produits qu'elles fournissent sont supervisés. Ce système peut se superposer aux structures précédentes et les met parfois à contribution, par exemple quand des troupeaux sont confiés à des pasteurs nomades. Les grands organismes avaient en effet l'habitude de confier certaines de leurs bêtes à des bergers indépendants, qui devaient les élever tout en fournissant chaque année les nouveau-nés et certains produits (laine pour les moutons, tendons des bêtes mortes). Les bovins servant au travail agricole des temples ou palais étaient pour leur part nourris dans des parcs à bestiaux ou des étables, par des rations alimentaires en grains, comme les travailleurs humains[59]. Dans le cas précis des troupeaux des temples mésopotamiens, on notera que les animaux étaient considérés comme les troupeaux de la divinité tutélaire du temple et portaient sa marque (par exemple le croissant de lune pour le dieu-lune Sîn) ; comme les rois, les dieux avaient de nombreux animaux pour subvenir à leurs besoins (les sacrifices notamment, mais aussi le travail des champs des dieux) et aussi pour leur apparat[60].
« Dis à Yasmah-Addu : ainsi parle Ishme-Dagan, ton frère : Les mules et les ânes-lagu de bonne qualité viennent du pays d'Andarig et de celui de Harbû. Renseigne-toi et on te le dira. Précédemment le Roi avait l'habitude de prendre les ânes à Andarig, chez Iluna-Addu. Précédemment Yahdun-Lîm avait l'habitude de prendre des ânes au même endroit. (Si) ânes et chiens proviennent bien du pays d'Andarig et de Harbû en revanche mes juments, qui proviennent du Haut pays, sont petites de taille. Maintenant, fais mettre en route 10 ânesses soutéennes de bonne qualité et fais-les monter vers moi. »

La sélection d'ânes de trait, d'après les archives de Mari, début du XVIIIe siècle av. J.-C.[61]

Les ovins sont de loin les animaux qui sont les plus élevés, parce qu'ils se contentent de peu de nourriture, et peuvent s'adapter à de nombreux environnements climatiques. Les chèvres sont moins présentes dans la documentation mais devaient avoir une place importante[21]. Les bovins, bien que moins nombreux, sont probablement plus utiles, car en plus de fournir des aliments en grande quantité (viande et lait) et leur peau, ils constituent une force de travail non négligeable[23]. Ce sont eux qui ont le plus de valeur financière. Les textes distinguent souvent divers types d'animaux parmi une même espèce, en fonction de leur aspect, ou bien de leur origine géographique qui implique des spécificités[62] : on trouve ainsi des moutons à queue grasse, de montagne, ou « amorrites », etc. À partir des différentes caractéristiques des animaux d'une même espèce, les éleveurs pouvaient pratiquer des croisements pour améliorer les facultés des races.

Écuyer conduisant des chevaux, bas-relief Dur-Sharrukin (Assyrie), VIIIe siècle av. J.-C.

L'élevage du cheval est celui qui a fait l'objet du plus d'attentions[63]. Cela est lié au fait que cet animal a un grand intérêt militaire et a revêtu avec le temps une fonction de prestige qui le place au-dessus des autres animaux domestiqués[64]. Les Kassites et les Hourrites semblent avoir joué un grand rôle dans le développement de l'art de l'élevage du cheval à partir du milieu du IIe millénaire. L'élevage du cheval a donné naissance à une littérature spécifique : des textes dits hippiatriques (médecine du cheval) retrouvés à Ugarit en Syrie[65], et des conseils pour bien dresser les chevaux prodigués par un spécialiste hourrite nommé Kikkuli, retrouvés dans un texte hittite[66], et aussi à Assur[67]. Des textes administratifs d'autres sites contemporains (Assur, Nippur) montrent également tous les soins portés à l'élevage des chevaux par les élites des différents royaumes du Proche-Orient ancien.

L'élevage est une activité génératrice de nombreux litiges, évoqués en particulier dans des textes législatifs qui permettent d'approcher certains aspects de cette activité. Des dégâts pouvaient ainsi être causés par des animaux domestiques : le Code de Hammurabi prévoit ainsi le cas où un bovin échapperait au contrôle de son maître et tuerait une personne, ou provoquerait des destructions matérielles. D'autres affaires pouvaient survenir lorsqu'une personne confiait des bêtes à un berger, comme l'envisagent plusieurs passages des lois mésopotamiennes, hittites ou de l'Exode, et qu'une bête était volée ou dévorée par un animal sauvage, ou mourait ou avortait par accident. Il fallait également surveiller les troupeaux de façon qu'ils n'aillent pas dégrader les zones de cultures. Dans ces cas-là, les législateurs cherchent surtout à établir s'il y a ou non responsabilité du propriétaire ou du berger à qui les bêtes sont confiées, et les éventuelles amendes et compensations[68].

Produits fournis par les animaux pour l'alimentation et l'artisanat

« Frise à la laiterie », détail : un homme trait une vache. V. 2500 av. J.-C., El-Obeid, British Museum.

Les animaux sont exploités pour les produits alimentaires qu'ils peuvent fournir aux hommes[69],[70]. La consommation de viande est occasionnelle pour la plupart des habitants du Proche-Orient ancien, et vient loin derrière celle des végétaux[71]. Elle est avant tout fournie par l'élevage à partir du IVe millénaire, la chasse devenant alors très secondaire. Il s'agit surtout de celle de moutons, mais aussi de caprins, de bovins et de porcs, voire de la volaille, et accessoirement d'animaux chassés comme les gazelles, les cerfs, les sangliers ou des oiseaux sauvages, voire certains types de souris. Les poissons se retrouvaient également au menu des anciens habitants du Proche-Orient, de même que certains crustacés, et des tortues. Certains insectes étaient également mangés (criquets, sauterelles), ce qui pouvait constituer un apport intéressant en protéines. La viande pouvait être consommée fraîche, mais pour la conserver longtemps il fallait la saler, la sécher ou la fumer. Des poissons et insectes pouvaient aussi être consommés en sauces. La graisse des porcs, et le sang de certains animaux entraient également dans la composition de certains plats. Les bovins et les caprins fournissaient du lait, qui était bu ou transformé en beurre, babeurre, petit-lait ou en fromage, dont plusieurs variétés sont connues par les textes[72]. Les nomades, qui se livrent traditionnellement à l'élevage, avaient sans doute plus facilement accès à ces produits que la majorité des sédentaires. Les œufs des oiseaux domestiques et sauvages étaient également mangés. Le miel est un produit très prisé[36]. Si on consommait généralement les animaux dans un but alimentaire, parfois ils pouvaient entrer dans la composition de produits médicinaux.

Les hommes élevaient et chassaient des animaux pour se vêtir : laine des moutons, poils des chèvres, peaux d'animaux domestiques et sauvages[73],[70]. Ils avaient développé des techniques de traitement de ces matières premières : tannage des peaux pour en faire du cuir[74], teinturerie (parfois à l'aide de murex, qui permet d'obtenir une couleur pourpre[75]). Cela constituait une alternative à la confection de vêtements en lin. On fabriquait des sacs et des outres en cuir, ainsi que des harnachements pour les animaux, des éléments de mobilier ou d'armement. La fibre de laine et les poils d'animaux pouvaient également servir à confectionner des cordes et des fils. La graisse animale était utilisée comme lubrifiant dans l'artisanat (textile, métallurgie, charrerie). Le fumier peut enfin servir de combustible, ou dans des constructions. Les tendons animaux étaient utilisés en cordonnerie, pour la couture, voire la menuiserie. Les artistes et artisans étaient également versés dans le travail de l'os, des coquillages, et de l'ivoire qui sert de matière première pour des objets de luxe : boîtes à fard, éléments de statuettes, de mobilier[76]. Il était prélevé sur des hippopotames, des éléphants, et aussi des dugongs. Des objets étaient également faits dans des cornes de caprins, ovins, ou des gazelles, notamment des récipients.

Les animaux, auxiliaires des hommes dans diverses activités

Empreinte de sceau de la période kassite (fin du XIVe siècle av. J.-C.) représentant une équipe de laboureurs conduisant un araire tiré par deux bovins.

Les animaux domestiques sont souvent des auxiliaires assurant des services essentiels pour les hommes dans des activités importantes : travaux agricoles, transport, chasse et guerre. C'est pour cela qu'il semble que les Anciens divisaient les animaux entre ceux qui étaient productifs et ceux qui ne l'étaient pas (voir plus bas). Le chien, qui est le premier animal domestiqué, est ainsi très utile pour aider l'homme à la chasse, et aussi pour conduire les troupeaux, surveiller la maison. Des rapaces apprivoisés pouvaient également servir d'auxiliaires aux chasseurs, comme on le voit dans certains textes et sur des sceaux-cylindres[77].

Les activités agricoles font appel à des animaux de trait pour tirer les araires au moment des labours, avant tout des bovins (et sans doute aussi des ânes). Ces mêmes animaux étaient mobilisés après la moisson pour le foulage des céréales et ainsi séparer l'épi des grains[78].

Déportés sur un chariot tiré par deux bœufs, d'après un bas-relief de Ninive, VIIe siècle av. J.-C.

Une autre activité majeure pour laquelle la force de travail des animaux domestiques était mobilisée était le transport, les animaux étant alors utilisés pour tirer des chariots (trait) ou porter des biens (bât). Même si des ânes ont pu être attelés pour tirer des traîneaux (avant l'apparition de la roue vers la fin du IVe millénaire) et des chariots lourds à quatre roues, cette fonction est essentiellement réservée aux bovins, puis par la suite aux chevaux, l'introduction de ces derniers au IIe millénaire permettant la réalisation de chars plus légers et rapides à deux roues[79]. Les ânes sont essentiels pour le bât, avant le développement de l'élevage des chameaux et dromadaires au début du Ier millénaire par les tribus arabes, qui entraîne des changements dans les pratiques commerciales : grâce à sa grande capacité de résistance en environnement chaud et aride, il permet aux hommes de prendre des routes plus longues à travers les déserts. Pour les transports à longue distance, des caravanes sont organisées dès les époques les plus anciennes, et sont particulièrement bien connues pour le commerce des Assyriens en Anatolie centrale au début du IIe millénaire[80]. La monte des équidés reste en revanche peu développée durant la période du Proche-Orient ancien, ne connaissant un essor qu'à partir du Ier millénaire, et surtout pour la chasse et la guerre.

Le roi urartéen Sarduri II sur un char léger tiré par deux chevaux, détail d'un casque en bronze, VIIe siècle av. J.-C.
Cavaliers assyriens armés de lances, bas-relief du Palais central de Kalkhu/Nimrud, VIIIe siècle av. J.-C. British Museum.

Dans la guerre, les animaux sont utilisés pour transporter tout l'appareil logistique suivant le principe de la caravane, mais aussi sur le champ de bataille en tant qu'animaux de trait et de monte. Les chars militaires sont connus en Mésopotamie à partir de la fin du IIIe millénaire, et sont alors des chars lourds à quatre roues pleines tirés par des ânes ou des équidés (ânes, hémiones, peut-être des chevaux ou des croisements de ces différents équidés). À partir du deuxième quart du IIe millénaire, le développement de l'élevage du cheval sous l'impulsion de divers peuples (Hourrites, Kassites, ainsi que des éléments Indo-Aryens) accompagne l'allègement des chars, qui sont alors à deux roues à rayons. Ils sont plus maniables et plus rapides, ce qui entraîne une révolution des techniques militaires sur les champs de bataille de la seconde moitié du IIe millénaire : offensives rapides, raids surprise comme l'atteste la bataille de Qadesh. L'armée assyrienne du début du Ier millénaire consacre ensuite l'organisation de chars tirés par deux chevaux et montés par trois soldats (conducteur, archer et porte-bouclier)[81]. Mais c'est aussi cette dernière qui développe la cavalerie montée, jusqu'alors peu employée, peut-être sous l'influence de ses adversaires araméens. L'invention de la martingale vers le début du VIIIe siècle permet une utilisation plus importante de la cavalerie, dont des compagnies sont organisées[82]. La place essentielle que finit par occuper le cheval dans les pratiques militaires (et son corollaire la chasse) expliquent qu'il soit rapidement devenu un animal noble et prisé, au prix élevé, faisant l'objet de traités consacrés à son élevage et son entretien, privilège dont ne bénéficiaient pas les autres animaux, avant de devenir le symbole des guerriers dans les représentations artistiques[83],[64]. La spécialisation de certains peuples et régions dans son élevage (Urartu, Mèdes, Scythes) leur conféra un avantage important sur les champs de bataille.

La circulation des animaux

Les humains ont procédé à plusieurs déplacements d'animaux. Le cas des mouvements d'animaux domestiques depuis un foyer de domestication vers de nouvelles régions est celui qui prend le plus de temps, mais couvre le plus de distances. Ainsi, la poule, domestiquée en Asie orientale vers 6000, a été introduite au Proche-Orient trois millénaires plus tard, et passée ensuite vers l'Occident[84]. Les animaux domestiqués au Proche-Orient ont été diffusés vers d'autres régions, dont l'Europe. Les restes archéozoologiques et les textes montrent en tout cas que les animaux pouvaient circuler sur de grandes distances à certaines occasions. La viande devait être fumée, séchée ou salée pour circuler sur de grandes distances. Sinon, on pouvait faire voyager des animaux vivants (y compris des poissons), pour ensuite les abattre sur le lieu d'arrivée si on souhaitait les consommer. Des poissons du golfe Persique ou de Méditerranée se retrouvent ainsi dans des sites de Haute Mésopotamie comme Tell Beydar, et des crevettes de mer en Assyrie[49].

Les déplacements d'animaux sur de longues distances pouvaient s'effectuer de façon sélective pour le bon plaisir des souverains, qui voulaient se constituer une collection d'animaux exotiques. Pour cela ils avaient plusieurs moyens à leur disposition. D'abord la voie diplomatique : le roi Zimri-Lim de Mari obtient ainsi un chat égyptien. Mais il y avait aussi des animaux offerts en tribut : les rois assyriens demandaient aux vaincus de leur offrir des animaux exotiques, quand ils ne capturaient pas eux-mêmes ces animaux au cours de leurs campagnes militaires[85].

Sur des distances moins longues mais parfois importantes, les animaux domestiques étaient parfois groupés en troupeaux qui effectuaient des déplacements du type de la transhumance pouvant être longs, pour éviter de rester dans les zones de cultures pendant les périodes de croissance des plantes, et se diriger vers des zones où les points d'eau sont plus abondants et les pâturages plus importants : les espaces steppiques en saison humide quand ils sont couverts d'herbes, les espaces de collines ou montagnes en été pour disposer d'un climat plus frais et d'une végétation plus dense[57]. Les grands organismes engageaient des pasteurs nomades pour faire faire à leurs troupeaux ces déplacements. Quand les zones traversées étaient dangereuses, les troupeaux étaient parfois accompagnés de soldats. Cela se repère dans les archives du temple d'Uruk au Ve siècle, qui dépêche des archers en plus des pasteurs pour escorter ses moutons qui vont paître vers la Haute Mésopotamie, dans la région de Tikrit, où le climat est plus doux et les terres de pâture plus abondantes[86].

Les institutions organisaient également des systèmes de redistribution des animaux, parfois à l'échelle interrégionale comme dans le système du BALA sous la troisième dynastie d'Ur : les régions disposant de beaucoup de bétail en livraient à l'État à titre d'impôt, et ce dernier pouvait le rediriger vers une autre région de son territoire, notamment vers les grands centres de culte comme Nippur où les animaux pouvaient être donnés en sacrifice au grand dieu Enlil. Il a été évalué qu'environ 60 000 ovins faisaient l'objet de tels mouvements chaque année durant la fin du règne de Shulgi (2094-2047). Ce système était cependant exceptionnel et n'a duré que quelques années[87]. Il est impossible de déterminer la part des échanges dans l'approvisionnement des communautés en bétail, les animaux étant probablement surtout élevés et utilisés localement[88]. Seuls les plus aisés devaient être correctement approvisionnés par les institutions, notamment par le biais de la redistribution des parties d'animaux abattus pour les sacrifices, et avoir accès à des circuits d'échanges.

Fonction récréative, affective et de prestige

Lion criblé de flèches lors d'une chasse d'Assurbanipal, bas-relief de Ninive, VIIe siècle av. J.-C.

Quand se pose la question de pratiques humaines récréatives avec des animaux, le problème est que les sources ne les mentionnent explicitement que rarement. Des animaux sauvages pouvaient prendre part à des fêtes organisées par les rois, notamment sous la Troisième dynastie d'Ur où se trouve la mention d'un ours montré[89]. En tout cas, il est clair que les animaux sauvages exotiques étaient très prisés par les grands souverains du Proche-Orient ancien, depuis ceux d'Akkad et d'Ur III jusqu'à ceux de l'Empire assyrien, comme vu plus haut sur la circulation des animaux dans le milieu des cours royales. On connaît les grandes finalités de ces déplacements par les sources assyriennes : la constitution de sortes de « zoos » dans les jardins royaux, regroupant des animaux exotiques[90], et les chasses qui y sont réalisées par les rois, rapportées par leurs Annales et les bas-reliefs d’un palais de Ninive montrant Assurbanipal chassant des lions[91]. Les chasses royales sont couramment représentées dans l'art du Proche-Orient ancien en tant qu'élément de glorification et de légitimation du pouvoir dans son aspect guerrier et maître du monde animal[92]. Certes, les rois et les autres participants ont pu prendre du plaisir à tout cela ; mais ce n’est pas pour rapporter une telle chose que les faits ont été mis en image et par écrit.

La cohabitation entre les hommes et les animaux domestiques ouvre la voie à des relations plus intimes, d'ordre affectif, entre ceux-ci. Cela se voit par exemple dans les attestations de noms donnés à des bovins dans plusieurs documents de la Babylonie du début du IIe millénaire et de l'époque récente, qui traduisent le fait que ces animaux, chers et très importants pour les agriculteurs en tant qu'auxiliaires de travail, pussent être considérés comme des membres à part entière de leurs familles[93]. Les équidés sont quant à eux prisés pour le prestige qu'ils dégagent lors de manifestations publiques de la puissance d'un souverain ou d'un dieu. Dans la Syrie amorrite (début du IIe millénaire), c'est l'âne ou mulet qui a la plus forte valeur de prestige, et le roi Zimri-Lim de Mari reçoit le conseil de faire son entrée dans une ville sur cet animal (ou sur une chaise à porteur) et non sur un cheval, animal qu'il préfère manifestement mais qui est alors jugé moins digne que le premier[94]. Mais par la suite ce sont les chevaux qui sont incontestablement les animaux de prestige associés à la puissance des rois et des dieux, qui disposent de haras où les étalons les plus remarquables (parfois choisis par le dieu lui-même à la suite d'une procédure de divination) bénéficient de soins de choix, et sont sortis pour les grandes parades, comme les chevaux blancs tirant le char du dieu Assur lors de la fête du Nouvel An[60]. Il est en revanche difficile d'aller plus loin et de parler d'« animaux de compagnie » dans les sociétés du Proche-Orient ancien, car il n'y a pas vraiment de preuves démontrant qu'il y avait des animaux élevés pour le simple plaisir de leur maître dans son intimité[95].

Risques liés aux animaux

Élément de mobilier en ivoire de style phénicien représentant un homme saisi à la gorge par une lionne, trouvé à Nimrud, IXe et VIIIe siècles av. J.-C., British Museum.

Les sociétés humaines sont régulièrement soumises à des risques liés aux comportements de certains animaux sauvages, avec lesquelles elles rentrent en interaction. Ainsi, plusieurs lettres de Mari mentionnent des attaques de lion contre les hommes et leurs bêtes dans la Syrie du XVIIIe siècle[96]. Les scorpions et les serpents (notamment la redoutable vipère à cornes) représentent des menaces fortes. Plusieurs incantations, parmi les plus anciennes connues, visaient à combattre ces maux ; les serpents d'airain de la Bible avaient pour but de guérir les morsures de serpent[97].

Certaines des dix plaies d'Égypte présentées dans la Torah sont directement provoqués par des animaux sauvages et renvoient à des fléaux pouvant toucher les sociétés du Proche-Orient ancien, en particulier les invasions de moustiques et surtout de criquets pèlerins et autres insectes proches[98]. La documentation assyrienne mentionne également les dégâts qui peuvent être causés par les mites, notamment sur les étoffes[99]. Plusieurs méthodes avaient été mises au point pour y faire face : aérer les tissus attaqués par les mites, noyer les larves de criquets dans des canaux. Mais bien souvent les Anciens s'en remettaient à des prières et des incantations face aux menaces causées par des insectes[47].

D'autres risques étaient liés à la pratique de l'élevage domestique au contact des hommes, et sont évoqués dans les textes de lois. Le Code de Hammurabi évoque ainsi les dégâts ou les blessures (parfois mortelles) que pouvaient infliger des bœufs, ou encore les attaques de troupeaux par des bêtes sauvages, ainsi que les cas d'épizooties et autres maladies survenant dans des enclos[68]. Ces épidémies apparaissent également dans des textes de la vie quotidienne, comme les lettres de Mari[100].

L'animal, « objet » symbolique

Notes et références

Voir aussi

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