Autocanon De Dion-Bouton
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L'autocanon De Dion-Bouton[N 1] est un véhicule antiaérien français, conçu par l'atelier de construction de Puteaux peu avant la Première Guerre mondiale. Il associe un châssis fabriqué par De Dion-Bouton (type FZ) à un canon de 75 mm modèle 1897. Le transport des munitions est assurés par un auto-caisson également fabriqué par De Dion-Bouton.
| Autocanon De Dion-Bouton | |
Un auto-canon modèle 1913 sur châssis De Dion-Bouton FZ de l'Armée française en 1919. | |
| Caractéristiques de service | |
|---|---|
| Type | véhicule antiaérien |
| Service | 1913 - 1940 |
| Utilisateurs | |
| Conflits | Première Guerre mondiale Seconde Guerre mondiale |
| Production | |
| Concepteur | Atelier de construction de Puteaux |
| Année de conception | 1910 - 1913 |
| Constructeur | De Dion-Bouton |
| Production | 1913 - 1918 |
| Unités produites | environ 270 |
| Caractéristiques générales | |
| Équipage | 12 (au total) |
| Longueur | 4,80 m |
| Largeur | 1,90 m |
| Hauteur | 2,20 m |
| Masse au combat | 5,6 t |
| Armement | |
| Armement principal | Canon de 75 mm modèle 1897 |
| Mobilité | |
| Moteur | De Dion-Bouton V8 |
| Puissance | 60 ch |
| Vitesse sur route | 30 km/h |
| modifier |
|
Historique
Prototypes

À partir de 1908, l'artillerie considère « l'installation du canon contre ballon sur camion plate-forme automobile »[1]. Un premier prototype d'auto-canon est produit en 1910 par l'atelier de construction de Puteaux, sur châssis De Dion-Bouton six cylindres 25 HP. Il est essayé avec des munitions à blanc en lors des grandes manœuvres de Picardie, où il se révèle apte à viser tous les dirigeables et les aéroplanes visibles. Le mois suivant, il mène une première campagne de tirs au camp de Châlons, sur des planeurs tractés par des automobiles[2]. Non blindé, il est légèrement modifié en 1911, tandis que sort la même année un modèle d'auto-caisson[3], également sur châssis De Dion six cylindres[4]. L'auto-caisson est plus un démonstrateur qu'un véritable auto-caisson : il transporte 60 obus dans une boîte métallique mais la boîte en bois placée derrière est factice[2].
En 1912, le système est testé contre des planeurs remorqués par des torpilleurs à Toulon et à Calais. Après d'autres modifications, donc l'ajout d'un blindage, il est adopté sous le nom d'auto-canon et d'auto-caisson modèle 1913[N 1] et, en , est commandé à l'atelier de Puteaux en 20 exemplaires[1],[3]. Après quelques hésitations sur le choix d'un châssis à « adhérence totale », l'atelier de Puteaux choisit de conserver des châssis De Dion-Bouton, à moteur huit cylindres. En 1914, l'inspection de l'artillerie augmente la commande à trente exemplaires[3].
Production

Le premier exemplaire modèle 1913 sort des ateliers de Puteaux en [3]. Les quantités produites augmentent à partir d'octobre[1], jusqu'à un total de 199 exemplaires de série sortis en . Une nouvelle commande de 100 exemplaires est passée en mais ils sont livrés après l'Armistice[5], à 70 exemplaires environ[6]. Toutefois, la production est ralentie en 1915 par le manque de nouveaux tubes de campagne[7]. Quelques châssis De Dion-Bouton FZ ne seront pas utilisés comme auto-canons mais comme voitures de liaison torpédo ou berline, dont une utilisée personnellement au général Joffre en 1915[7].
La sortie du modèle définitif d'auto-caisson est plus lente. Le premier auto-canon modèle 1913 est associé à un auto-caisson sur châssis de camion De Dion-Bouton FR[N 2]. Onze (ou dix) de ces modèles sont produits, ainsi qu'un (ou deux) auto-caissons sur châssis de camion/autobus De Dion-Bouton DV[N 2]. Ensuite sont produits quatre ou cinq auto-caissons sur châssis De Dion-Bouton GM (empattement long) à capot blindé[2]. Enfin, à partir de [7], sort le modèle définitif d'auto-caissons sur châssis De Dion-Bouton GO, également blindé[2].
- Un auto-canon et son auto-caisson sur châssis De Dion-Bouton DV[N 2], photographiés début 1915.
- Un auto-caisson sur châssis De Dion-Bouton GM, vers 1915.
- Vue d'un auto-caisson type GO restauré, au salon Rétromobile 2014.
Modernisation
En 1933 et 1934, l'Armée française étudie la modernisation de l'auto-canon modèle 1913 : un exemplaire reçoit un canon de 75 modèle 1928 à grande vitesse initiale et un autre un appareil central de tir direct moderne[1]. C'est cette seconde modification qui sera adoptée à partir de 1934 sur tous les auto-canons[1],[8],[9].
Conception
L'auto-canon modèle 1913 est constitué par un canon modèle 1897 placé sur une plateforme pivotante à l'arrière d'un châssis De Dion-Bouton.
Canon et tir

Pour le tir, des vérins de stabilisation sont abaissés[1]. Le canon peut pivoter horizontalement sur 240°. L'angle mort de 120° correspond à la zone où la culasse serait positionnée au-dessus du capot moteur mais deux butées bloquent la rotation. Le canon peut tirer de 0 à 70° en site[9]. Le frein du canon se règle automatiquement selon l'inclinaison du tube[11].
Les canons disposent de plusieurs types d'obus : obus à balles modèle 1897, 1897-1911 et 1897-1917 (le premier avec une fusée 22/31 donnant une portée 6,5 km, les seconds avec une fusée 30/55 donnant une portée 8 km[2]), obus traceurs modèle 1913, obus explosifs modèles 1900, 1915 et 1917 et obus éclairants modèle 1916[5].
Au total, chaque pièce dispose d'une équipe de 12 artilleurs dirigés par un sous-officier chef de pièce[9].
Initialement, la pièce dispose de trois hommes en tourelle : un pointeur pointe la pièce, un pointeur régleur corrige l'angle entre le tube et la lunette de visée en fonction de la distance et un servant règle la hausse du tube[12]. À partir de 1916, la tourelle reçoit un télémètre d'altitude placé près de la culasse du tube et lu par un servant à terre, ainsi qu'un quatrième siège pour un second régleur de visée. En 1916 apparaissent également un goniographe de dérive et un sitogoniographe placés près de la lunette du pointeur et surmontés de deux voltmètres après l'ajout du correcteur électro-magnétique Brocq en 1917. Ces appareils adoptés en 1916-1917 reçoivent le millésime 1913[5] et sont remplacés dans les années 1920 par les appareils de pointage modèle 1918[13], avec des systèmes d'optiques légèrement différents[14].
- Vue arrière d'un auto-canon de début de guerre, avec un siège pour un seul régleur à gauche du canon.
- Vue arrière d'un auto-canon en 1919, avec les voltmètres, le goniographe de dérive et le sitogoniographe ajoutés autour de la lunette.
- Notice présentant les appareils de pointage adoptés pendant la guerre. Les abaques de réglage sont visibles sur le goniographe (situé entre les voltmètres et la lunette) et sur le sitogoniographe (à gauche de la lunette).
Véhicule type FZ

Un blindage protège le moteur et le radiateur de l'auto-canon[9]. Le moteur est un De Dion-Bouton V8, huit cylindres 94 × 140 mm, de 35 CV (puissance réelle 60 ch)[11],[7]. La vitesse maximale est de 30 km/h[11].
L'auto-canon est long de 4,80 m (longueur du châssis 4,31 m[2]), large de 1,90 m et haut de 2,20 m[15]. L'empattement est de 2,98 m[2] et la voie de 1,50 m[15].
D'abord dotés de roues en bois à bandages, les châssis De Dion-Bouton FZ sont produits à partir de 1915 avec des roues en acier coulé et bandages. Le pare-brise blindé présent initialement est supprimé et l'axe avant est renforcé[2].
Auto-caissons
Les auto-caissons sur châssis FR et DV ne sont pas blindés et disposent de quatre caisses en bois transportant chacune 48 obus. Dotés d'un capot blindé, les auto-caissons sur châssis GM et GO reçoivent deux caisses métalliques de 80 obus[2].
Utilisation au combat
Première Guerre mondiale

Unités d'auto-canons
Le prototype de 1910 et un exemplaire sorti en 1913 sont les seuls en service dans l'Armée de terre française au déclenchement de la guerre[4]. L'unique auto-canon modèle 1913 (no 1), affecté au 13e régiment d'artillerie de campagne et accompagné d'un auto-caisson sur châssis FR, est utilisé pour la protection antiaérienne du Grand Quartier général français. Il est rejoint fin août par le prototype de 1910-1912[N 3], également accompagné d'un auto-caisson sur châssis FR[2]. En , la pièce no 1 est envoyée défendre Anvers mais doit se replier en octobre[11]. Les pièces nos 2 et 3 sortent en . À cette date sont constituées deux sections d'auto-canons (SAC), chacune constituée de deux auto-canons[N 4], deux auto-caissons et d'automobiles de soutien[2]. Au fur et à mesure de la production de nouveaux auto-canons, de nouvelles sections sont mises sur pied. Leur organisation est fixée en : les deux auto-canons et les deux auto-caissons sont accompagnés d'un véhicule d'allégement[11].
En , onze sections sont en position, dont six affectées au camp retranché de Paris[7]. En , l'Armée française compte 182 auto-canons en service : 142 servent aux armées sur le front français (71 sections), dix-huit servent à l'Armée française d'Orient (neuf sections), vingt-et-un (dont le prototype) sont en réserve à Puteaux et une pièce sert à la mission militaire française en Russie[2].

C'est un auto-canon de la 17e section qui est la première unité des Alliés à abattre un Zeppelin : le au soir, assisté d'un projecteur antiaérien, il abat le Zeppelin LZ 77 (en) venu bombarder Revigny-sur-Ornain[16],[17]. Parmi tous les matériels d'artillerie antiaérienne de la guerre, les auto-canons français détiennent le record du nombre d'aéronefs abattus[2], revendiquant la destruction de 283 avions, deux Zeppelins et un Drachen[5],[18], pour la perte totale de cinq pièces (dont une coulée pendant son transfert vers la Grèce)[5].
Méthodes de réglage et de préparation
Le réglage des tirs est initialement très compliqués à réaliser, faute de règlements adaptés[19]. Le , l'atelier de Puteaux sort un « règlement provisoire de manœuvre » pour les auto-canons. Suivant l'orientation de l'avion, des tableaux donnent les corrections de pointage à apporter[20]. La méthode est perfectionnée sous le nom de « vitesse propre - orientation », en supposant que la vitesse de l'avion et son altitude ne changent pas pendant le réglage du tir, contrairement à son orientation qui influe sur la distance future[21]. Sous l'impulsion du commandant Eugène Pagézy de nouvelles méthodes sont développées, d'abord pour prévoir les positions futures de l'aéronef ennemi plutôt que régler le tir à partir des observations passés[22]. Dès 1916, les auto-canons commencent à recevoir un sitogoniographe et un goniographe de dérive, qui permettent au régleur de site et de dérive d'obtenir plus précisément les corrections[5].

Fin 1916, la production en série de tachymètres électromagnétiques Brocq permet au commandant Pagézy de faire appliquer la « méthode tachymétrique » conçue en août : en mesurant la vitesse de l'aéronef ennemi en azimut et en site on peut facilement calculer sa position future, sans devoir estimer son orientation[23]. Les tachymètres Brocq ne sont pas montés sur la tourelle mais la mesure est faite par un viseur à terre et les corrections sont transmises aux régleurs par affichage sur voltmètre[24], placé au-dessus du goniographes et du sitogoniographe. Ceux-ci reçoivent des abaques dédiées pour l'usage de la « méthode tachymétrique »[23]. Le tachymètre Brocq entre en service en 1917 et tous les auto-canons sont mis à jour par des équipes mobiles[5].
Camouflages
Les véhicules sont initialement peint en « gris artillerie », couleur de base des canons français en 1914[2]. À partir de 1916, ils reçoivent au front une peinture de camouflage pour empêcher leur repérage par les observateurs aériens allemands. Les véhicules peuvent également être protégés par des filets de camouflage et certains servants reçoivent des blouses et des combinaisons à cagoule conçues par Lucien-Victor Guirand de Scévola[5].
- Autochrome (couleurs réelles) de Jules Gervais-Courtellemont montrant une section d'auto-canons en 1916.
- Pièce camouflée avec filets et feuillage en juin 1917.
- Servants d'un auto-canon en tenues camouflées en 1918.
Avec les Alliés
Premiers parmi les canons automoteurs produits en série, les auto-canons De Dion Bouton sont considérés comme « probablement parmi les meilleurs modèles de véhicules de combat de la guerre, pour leur usage »[N 5],[25]. Sa conception et les méthodes de tir développées pour les auto-canons français sont reprises par les Alliés[2],[26], qui reçoivent quelques exemplaires de fabrication française[5].

À l'automne 1915, quatre auto-canons et un auto-caisson sont livrés à la Royal Naval Reserve britannique pour la défense de Londres, le premier auto-canon étant directement rapporté de France le par le lieutenant commander Alfred Rawlinson[27],[25]. Les Britanniques souhaitent acquérir plus d'autocanons mais la France ne peut en fournir. Elle livre cependant des tubes de canons modèle 1897, que l'usine Coventry Ordnance Works monte sur divers châssis automobiles[27],[28]. Les auto-canons De Dion-Bouton passent en sous la responsabilité de l'Armée de terre britannique mais poursuivent leur mission de défense antiaérienne de la Grande Bretagne[25].
Quatre auto-canons et probablement autant d'auto-caissons sont fournis à l'Armée belge et utilisés au nord du front[5].

À partir de 1917, les American Expeditionary Forces arrivées en France reçoivent également cinq auto-canons et leurs auto-caissons. Un auto-canon sert pour l'instruction et les autres forment deux sections disposées en protection du front américain. Ces véhicules ne sont que prêtés à l'Armée américaine[5], qui a officiellement adopté le canon antiaérien de trois pouces M1917 (en)[29].
Entre-deux-guerres
Dans l'entre-deux-guerres, les auto-canons De Dion-Bouton restent un des principaux matériels des régiments de la défense contre-aéronefs française[1] : chaque régiment de DCA dispose d'un groupe d'auto-canons modèle 1913[9].
En 1919, des auto-canons sont fournis à la Pologne.
Seconde Guerre mondiale
En 1940, 57 batteries françaises sont toujours équipées d'auto-canons modèle 1913-1934[8].