Bataille de Lierre
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La bataille de Lierre désigne des affrontements ayant eu lieu du au autour de la ville belge de Lierre entre les forces armées du royaume uni des Pays-Bas et les volontaires de la révolution belge, dans le cadre de la guerre belgo-néerlandaise et plus précisément de la campagne d’Anvers.
| Date | - |
|---|---|
| Lieu | Lierre |
| Casus belli | Révolution belge |
| Issue | Victoire belge |
| Charles Niellon Herman Kessels |
François de Lens Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach Ghisbert Martin Cort Heyligers Clément de Favauge E. Reuther Hermanus Adrianus de Hart |
| 1er corps d'armée des forces armées belges Légion belge-parisienne Corps-francs de volontaires belges |
Corps d'armée mobile des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas |
| 2110 hommes (initialement) | 2400 hommes [1] >3000 hommes [2] |
Guerre belgo-néerlandaise
Campagne d'Anvers
Batailles
Bataille de Duffel
Bataille de Lisp
| Coordonnées | 51° 07′ 52″ nord, 4° 34′ 12″ est | |
|---|---|---|
Elle a pour objectif la prise de la ville et de ses ponts sur la Nèthe, dans le but de poursuivre la progression vers Anvers afin de repousser l'armée au-delà de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.
Contexte
Lierre en 1830

En 1830, Lierre est une ville industrielle de taille moyenne, située dans la province d'Anvers, l'une des dix-sept provinces du royaume uni des Pays-Bas, créé en 1815 après la période française de l'histoire de la Belgique. Elle est bordée par la Nèthe et compte environ 13000 habitants qui parlent le dialecte local, le flamand, tandis que la bourgeoisie parle le français, comme c'est le cas partout ailleurs dans les Pays-Bas méridionaux. Elle dispose toujours de son enceinte (nl) de fortifications médiévales, percée de plusieurs portes.
Lorsque la révolution belge éclate avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, Lierre reste relativement calme par rapport aux évènements révolutionnaires, mis à part l'une ou l'autre révolte ouvrière, comme à l'usine de textile De Heyder en Co (nl) fin août[3]. Cela conduit au rassemblement de la schutterij, à la création d'une garde bourgeoise sous les commandement de Georg Ludwig Friedrich Bergmann, fervent orangiste[4]. Le roi Guillaume envoie ses fils, les princes Guillaume et Frédéric, tenter de reprendre le contrôle de ce qui devient rapidement une insurrection généralisée dans les provinces du Sud.
Après les échecs diplomatiques, le chef d'état major des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, le général Jean-Victor Constant de Rebecque, est chargé de préparer une riposte militaire et il forme un « corps d'armée en campagne » dans le but de déloger les révolutionnaires des villes qu'ils occupent. Dans l'attente de l'assaut, il place ainsi à Lierre 507 hommes du régiment de cuirassiers no 10, commandés par le colonel Célestin Juste Joseph de Posson[5] qui logent en ville jusqu'au déclenchement des hostilités. Il passe à l'attaque le mais est sèchement battu devant Louvain le jour-même et ne parvient à occuper que la partie haute de Bruxelles pendant quatre journées avant de devoir se retirer, finissant de soulever les « Belges » dans ce que l'histoire retient comme les Journées de Septembre. Parmi les nombreux corps-francs de volontaires qui se portent à la rescousse de la capitale, l'un d'eux vient de Lierre et comporte une soixantaine de combattants qui arrivent le [6].
Après la débâcle militaire, le colonel Pieter Reuter tente de reconstituer la 2e brigade à Lierre en rassemblant les restes des trois bataillons de la 15e afdeeling dès le [7]. Le vendredi , les élections communales ont lieu et l'on remarque un taux d'abstention relativement important : sur 670 votants, seuls 211 bulletins valides sont comptabilisés[8]. Le bourgmestre est alors Frans Karel Van den Brande depuis 1829. Le , plusieurs représentants de la régence de Lierre s'en vont à Anvers, accueillir le prince héritier Guillaume d'Orange, que son père a proclamé « gouverneur général des provinces méridionales » depuis la veille[9].
Le début de la campagne d'Anvers
Fin , les combattants volontaires victorieux après les Journées de Septembre accourent en nombre vers la capitale et se lancent dans la guerre belgo-néerlandaise, afin de bouter l'armée royale hors de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, officialisée depuis la déclaration d'indépendance de la Belgique du . La dernière place forte majeure des provinces francophones, la citadelle de Liège, étant prise dès le , il reste à « libérer » les provinces néerlandophones. Trois grands axes de campagne militaire se profilent d'ouest en est :
- la campagne des Flandres avec pour objectif la conquête de la Flandre zélandaise ;
- la campagne d'Anvers avec pour but la ville et le port d'Anvers, puis le Moerdijk[10] ;
- la campagne du Limbourg avec pour objectif Venlo et le contrôle de la Meuse.
Le , le gouvernement provisoire de Belgique décide de lancer la campagne d'Anvers en divisant les hommes engagés en deux corps d'armée, composés chacun d'environ 900 hommes et quatre canons de 6 livres initialement, mais gonflés au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux volontaires[11],[12]. Le premier corps doit se porter sur Lierre sous les ordres du colonel Pierre-Joseph Parent, tandis que le second doit se diriger vers Malines sous les ordres d'Anne François Mellinet. En effet, les rapports indiquent que l'armée royale est retranchée derrière la Dyle, les deux Nèthes, le Rupel et l'Escaut[13]. Ces différents cours d'eau bloquent la route d'Anvers et les seuls ponts, permettant de se projeter vers le nord, sont alors situés à Walem, Duffel et Lierre[11]. Le plan du général est de faire effectuer une diversion vers Aarschot au premier corps, feignant de se diriger vers le Limbourg, avant de virer à gauche et de foncer vers Lierre par Heist-op-den-Berg. Plus au sud, le deuxième corps doit prendre Malines puis s'emparer du pont de Walem (ce qui est chose faite le ) afin de permettre d'approcher Anvers par ce côté.
Le , le colonel Parent est démis de ses fonctions à Louvain et remplacé par Charles Niellon, nommé lieutenant-colonel pour l'occasion[14]. Ce-dernier dirige alors sa troupe vers Aarschot, franchit le Démer le et établit son quartier général à Schriek[15]. Il se prépare à prendre Lierre et demande des renforts, notamment aux chasseurs Chasteler, venus de Bruxelles, mais aussi aux volontaires venus de la Campine, soulevée par Pierre-Égide Peeters, envoyé par le comte Frédéric de Merode qui revient avec plusieurs corps-francs issus de cette région[16].
Niellon estime que la ville est le seul point d'attaque qui lui offre des chances de succès. Il écrit plus tard dans ses mémoires[17] :
« C'est le lieu où l'isthme de la presqu'île se resserre le plus sur Anvers ; l'extrême gauche de l'armée ennemie y avait ses cantonnements. Je comprenais que ce poste une fois conquis et maintenu, la quadruple ligne de défense du front deviendrait inutile ou fortement compromise.
Le coup de main, quoique hardi, ne me parut pas impossible à être tenté, tout en ne me dissimulant pas que l'ennemi ferait tous ses efforts pour reconquérir un point qui était la véritable clef de la combinaison politico-stratégique dont j'ai parlé plus haut. La seule chose qui me faisait hésiter encore était la crainte d'un premier échec qui aurait pu amoindrir considérablement l'enthousiasme de nos volontaires, ainsi que cela arrive toujours dans les corps irréguliers, lorsque les succès sont subitement arrêtés par un revers. »
Forces en présence
Armée royale
Les restes du corps d'armée mobile des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas qui avait lancé l'attaque des Journées de Septembre sont disséminés un peu partout autour de Bruxelles et ont les plus grandes peines à faire jonction pour se reformer. Ainsi, on trouve à Lierre environ 2400 hommes logés chez les citoyens par groupes de huit à dix[18], et placés sous le commandement du colonel François de Lens. On y trouve essentiellement des soldats d'origine belge[19] ayant participé aux Quatre Jours de Bruxelles, dont au moins[20] :
- trois bataillons d'infanterie de la 15e afdeeling ;
- deux escadrons de hussards ;
- une batterie d'artillerie.
Lors de la première tentative pour reprendre la ville, le , le contingent compte environ 2250 hommes sous le commandement de Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, répartis comme suit[21] :
- Cavalerie :
- Régiment de hussards n°8 : 400 hommes ;
- Régiment de cuirassiers n°9 : 200 hommes ;
- Artillerie :
- 6 pièces, soit une demi-batterie, arrivée d'Anvers.
Ces troupes sont renforcées par une colonne arrivant par Duffel après la bataille éponyme de la veille, et composée des forces ayant quitté Malines sous le commandement du colonel Reuther, à savoir le 2e bataillon de la 5e afdeeling ainsi que les bataillons de flanqueurs des 7e, 9e et 13e afdeeling[22]. Une quatrième colonne, sous les ordres du général Clément de Favauge, se joint également à l'attaque.
Volontaires belges
Avant la bataille, Charles Niellon estime ses forces à environ 2100 hommes, composés [23] :
- du 1er corps d'armée, mis sur pied à Louvain et fort d'environ 800 hommes, dont de nombreux volontaires louvanistes de 1830 ;
- de la légion belge-parisienne, composée de 900 hommes ;
- de plusieurs corps-francs de volontaires venus d'un peu partout, dont des compagnies d'Aarschot, de Diest[24], de Namur dirigés par Isidore Gillain[25], de Nivelles[26] ou encore de Tirlemont.
- D'une demi-batterie d'artillerie, commandée par Herman Kessels, secondé par le lieutenant Cohen, composée de deux canons de 6 livres, d'un obusier de quinze centimètres et de trois caissons de munitions, le tout traîné par des chevaux de paysans.
À cela il faut ajouter les habitants de la ville de Lierre qui se soulèvent dès le jour de l'attaque, le , dont des hommes menés par Charles Van der Wee[27].
Déroulement
Préludes
Le , Charles Niellon informe André Jolly, alors « chef du comité de la guerre du gouvernement provisoire de Belgique » de son plan d'attaque de Lierre[28]. Ce-dernier l'accepte et fait superviser la manœuvre depuis Bruxelles par le général Lambert Nypels, qui envoie ses ordres à Niellon dans la lettre suivante, datée du [29] :
« Le rapport que vous avez adressé au membre du gouvernement provisoire chargé du département de la guerre m'a été transmis, et, en vertu du pouvoir dont je suis revêtu par le commandement en chef provisoire des troupes belges , j'ai l'honneur de vous informer :
- 1) Que les volontaires parisiens commandés par le sieur Parent sont mis immédiatement sous vos ordres ;
- 2) Que le sieur Kessels est aussi mis à votre disposition. Il prendra avec lui une demi-batterie, hormis l'obusier, pour seconder vos opérations ;
- 3) Que je fais partir d'ici une autre demi-batterie pour remplacer celle de Louvain, en mettant aussi à votre entière disposition l'escorte que j'y joins et que vous réunirez à vos forces ;
- 4) Que j'informe M. Deneef de l'ordre que je vous transmets en l'invitant de vous seconder de tous ses moyens pour la réussite de vos opérations.
Avec tous ces moyens et comptant sur le talent que vous déployez, j'ose espérer voir couronner d'un plein succès le mouvement que vous avez si bien projeté et développé dans votre rapport. Vous voudrez, monsieur le lieutenant-colonel, dorénavant m'adresser directement vos rapports et ne correspondre qu'avec moi pour tout ce qui est relatif au service de l'armée. »
Le , Niellon quitte Louvain et établit son quartier-général à Aarschot. Il fait traduire une publication en dialecte flamand, langue vernaculaire de la région à l'époque, contresignée par Herman Kessels, à l'attention des Campinois et des habitants de la province d'Anvers, les incitant à se révolter et à rejoindre les patriotes belge. Il y adjoint une autre publication provenant de Jean de Neef, révolutionnaire louvaniste de la première heure qui l'accompagne.
« Brave Kempenaers en Inwoners der Provintie Antwerpen.
Het Provisionneėl Gouvernement heeft met zorg het oog op u geslaen. Het bestiert groot geweld tegen den vyand, die uwe landstreéken nog verdrukt ; in 't kort zult gy van zyn haetelyk jok verlost zyn. Vergaedert u rondom den Standaerd die in het midden der volks-legioenen waeyt, die u komen bijstaen. Indien de Hollanders die legioenen durven verwagten, doet het alarm-geklep in uwe steden en in uwe gemeyntens luyden, en komt u vervoegen by degeéne die gereed zyn hun bloed te storten om u tot de vryheyd te geleyden; waer van reeds al uwe broeders van andere gedeeltens van het Belgenland genieten.
In het Kwartier-Generael van Aerschot den 14 October 1830.
Den Luytenant-Colonel belast met het commandement van de derde byeengevoegde colonne. NIELLON.
De Commandant der Artillerie van voornoemde colonne Chev. H. KESSELS.
Den Commandant der Burgerlyke en Mobile Wachten , Inspecteur der onderzoekingen, roep tu onder de waepens. Hy heeft zich vervoegd by de groote macht van het dapper Belgische volk , die zich, in uwe landstreéken begeéft, om de Hollanders die u nog verdrukken aen te tasten. Reeds heeft hy den volk Standaerd , in verscheydene uwer gemeyntens doen planten ; Kempenaers en alle waere Vaderlanders der provintie Antwerpen , komt tot hem en den zegenprael kont gy voor zeker houden. Aenwakkert de Belgen die nog in hollandschen dienst zijn , de gelederen te verlaeten van een volk dat doór zyne begaene grouwelykhedenin onze Hoofd-stad, ons Vaderland bedroefd heeft, zy zullen by ons met open armen ontvangen worden en zy zullen konnen mede werken tot den uytval onzer verlangde zaek.
Aerschot den 14 October 1830. J. DENEEFF »
Le , le premier corps d'armée se met en mouvement et passe le Démer[31]. Niellon envoie un détachement faire diversion sur son flanc gauche et attaquer l'armée près de la Dyle puis installe son quartier-général à Schriek, faisant mine de menacer Malines[15]. Il est rejoint ce jour-là par les renforts de la Campine et les chasseurs Chasteler venus de Bruxelles, dont Frédéric de Merode et Jenneval, que Niellon garde comme chef d'état-major[32]. Les forces belges font jonction à Heist-op-den-Berg mais Niellon garde le secret quant à la destination finale de leur assaut afin de conserver l'effet de surprise[15].
Pendant ce temps à l'intérieur de Lierre, le moral des troupes est au plus bas. Le , le colonel François de Lens écrit une lettre au nouveau commandant en chef de l'armée, le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, dans laquelle il dit vouloir quitter la ville car il ne fait plus confiance à ses hommes qui menacent de se révolter à tout moment et envisage lui-même de démissionner[33].
« Monseigneur !
Mon honneur et mon devoir m'ont ordonné ce matin de me rendre a Anvers pour, par un rapport verbal, faire connailre la situation de la division. Je me suis rendu deux fois chez votre Altesse sérénissime pour lui le faire. Ayant point eu le bonheur de le trouver je le communiquerai ici par écrit.
Lors de mon départ de Lisp, près de Lierre, une agitation sérieuse s'est propagée dans la division. Un cri général s'esl répandu chez les soldats que le gouvernement et moi les trompaient. Cet agitation était si violente que je m'attendais à une révolte. Volre Altesse sérénissime en a été le témoin occulaire par les décharges continuelles qu'elle a enlendue. Il n'y a que mon calme et vigueur qui les ont retenus de la révolte. Cet agitation continue encore ; il n'y a que ma parole sacré de la séparation qui les a retenu. Le moindre mouvement pourrait les mettre en émeute. Ils ont même déjà parlé de se mettre en colonne mobile. J'ai soumis lont cela a S. A. R. le Prince D'ORANGE. J'eus même l'audace d'insister prés d'elle de vouloir bien faire commencer l'organisation par ma division. On peut encore former avec les Hollandais et Suisses un bon bataillon.
J'ai aussi soumis à S. A. R., que d'après sa proclamation je ne servirai plus contre les Belges, ce que j'ai l'honneur de soumettre par ceci à votre Altesse sérénissime ; il serait douloureux qu'après avoir conduit depuis cinq ans la 15e avec honneur, de finir ma carrière par un déshonneur. J'ai pris la ferme résolution de ne l'amener à l'ennemi.
Veuillez, monseigneur, me faire la dernière grâce de vouloir s'occuper de ce point et prévenir les malheurs.
C'est en demandant cette grâce que je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, Votre très-humble serviteur,
(signé) CTE DE LENS. »
En effet, les publications de Niellon, Kessels et de Neef sont distribuées secrètement[35] puisque le prince héritier d'Orange, fraichement nommé « gouverneur général des Pays-Bas méridionaux » et le duc de Saxe-Weimar visitent la ville[36]. Ils arrivent vers 7 h, sont reçus à l'hôtel de ville de Lierre, inspectent les troupes et repartent vers 9 h en direction de Duffel[8]. Les habitants, quant à eux, s'attellent aux préparatifs la fête de Saint-Gommaire de Lierre et la grande majorité des gens ignorent alors l'arrivée des volontaires[18]. Toutefois, des cocardes et rubans aux couleurs du nouveau drapeau de la Belgique sont préparées discrètement.
16 octobre

Le la ville de Lierre se révolte après l'appel aux armes de Ferdinand Cools[37]. À Heist-op-den-Berg, Charles Niellon réunit ses forces vers 5 h du matin et leur dit[23] :
« Soldats de la liberté ! Nous allons attaquer Lierre ; le courage que je vois briller dans vos yeux m'est un sûr garant de la victoire. Lierre est la clef de défense de l'ennemi ; tant que cette place restera en son pouvoir, notre patrie ne sera pas affranchie. Vainqueurs sur ce point, aucun étranger ne souillera bientôt plus notre sol ; vaincus, nous retombons sous le joug de l'étranger : c'est assez vous dire qu'il faut mourir sous les murs de la place ou nous en rendre maîtres. »
Il forme sa colonne en mettant les volontaires de la Campine en avant-garde, suivi des hommes de la légion belge-parisienne et de l'artillerie d'Herman Kessels. Sur les côtés, les flanqueurs de droite sont fournis par les volontaires d'Aarschot et la gauche par ceux de Louvain, demandant expressément de garder le silence dans les rangs afin de pouvoir approcher les murailles derrières les haies sans éveiller les soupçons[38]. Il décrit[24] :
« J'empêchai les tambours de battre et nous avançâmes sur la route de Lierre. C'était un spectacle à la fois majestueux et bizarre de voir cette colonne bigarrée marcher silencieusement sur le point d'attaque avec tous les signes d'une résolution ferme ; on eût dit de vieux soldats déguisés dont la discipline seule trahissait l'origine.
Le pays, très-fourré alors et dépourvu de chaussées, nous permit d'approcher de la place sans que notre mouvement fût remarqué. Tout semblait conspirer pour nous ; le soleil lui-même, qui était éclatant ce jour-là, se mettait de la partie. Arrivé aux dernières haies qui masquaient encore notre marche sur la ville, je déployai la colonne et j'assignai à chacun son ordre de bataille. Les volontaires de la Campine devaient flanquer l'artillerie et mon bataillon en colonne serrée lui servir d'appui et de réserve; à gauche, je formai en bataille la légion belge parisienne, composée de deux bataillons ; à droite, je formai aussi deux bataillons avec les volontaires de Louvain, de Diest, d'Aerschot, de Tirlemont, etc.
(...) De nombreux soldats garnissaient les remparts et la porte était occupée par une garde considérable qui faisait bonne contenance ; tout présageait une résistance sérieuse qui aurait pu nous coûter cher dans la position trop aventurée où toutes nos masses s'étaient laissé emporter contre mes ordres ; nous aurions infailliblement perdu beaucoup de monde si les expéditions destinées à franchir les points qu'on m'avait indiqués comme accessibles avaient échoué dans une première tentative. »
Des volontaires sont envoyés en éclaireurs sur chaque flanc pour s'emparer des bateaux sur le bras extérieur de la Nèthe et traverser la rivière pour aller se poster dans les jardins bordant les remparts de la ville (nl)[39]. Au signal donné, le corps entier débouche en rase campagne et l'artillerie d'Herman Kessels se met en batterie devant la porte de Louvain avec pour objectif d'empêcher de faire sauter le pont et fermer l'entrée. La révolte interne ayant déjà eu lieu, le drapeau belge est alors hissé sur le Gasthuismolen et le tocsin se met à sonner. Les Belges sont accueillis par un Lierrois qui leur annonce que les portes leurs sont ouvertes et que le colonel François de Lens, commandant les forces royales, souhaite capituler pour « éviter l'effusion inutile de sang, attendu qu'il ne croit pas pouvoir défendre utilement la place avec le peu de forces dont il dispose contre un corps aussi considérable que celui qui se présente pour l'attaquer ». Niellon pénètre alors en ville afin de parlementer et il trouve une partie des troupes régulières rangées en ordre de bataille sur la Grand-Place de Lierre. Le comte de Lens met pied à terre et l'accueille, demandant un quart d'heure pour terminer de plier bagages. Niellon acquiesce et demande en retour d'autoriser les soldats d'origine belge à sortir des rangs. Le colonel lui répond qu'il « ne peut accorder pareille autorisation, mais qu'il ne s'opposera pas au départ de ceux qui manifesteraient le désir de se retirer ». Satisfait, Niellon scelle l'accord et en profite pour s'adresser aux soldats : « Vous l'entendez, Belges ! Monsieur le commandant ne s'oppose pas à ce que vous quittiez le drapeau orange qui n'est plus le vôtre ; le drapeau belge vous attend aux portes de la ville ; que ceux qui aiment leur patrie me suivent ! » Il retourne ensuite rejoindre ses hommes hors des murs afin de préparer la prise officielle de la ville, accompagné par environ 200 à 400 déserteurs[39] qui se joignent aux forces belges avec armes et bagages dont plusieurs officiers comme les capitaines Bernard Coussement et Emmanuel Paris[40]. Ceux-ci arrivent juste à temps avant que les volontaires, inquiets par la durée de l'absence de leur chef et craignant qu'il soit tombé dans un piège, ne lance une attaque en règle.

Niellon et ses hommes laissent une heure aux forces royales pour évacuer Lierre puis pénètrent dans la cité vers 14 h. Il décrit la scène comme suit[41] :
« Notre marche à travers la ville fut véritablement triomphale, mais dans un genre tout à fait nouveau : je crois que toutes les femmes de la ville se trouvèrent sur notre passage et aux fenêtres pour nous jeter des fleurs, des rubans, les coiffes même volaient en l'air ; au lieu du tintement sinistre du tocsin, les cloches sonnaient à toute volée comme aux plus beaux jours de fête. »
Il charge Frédéric de Merode et Jenneval de se rendre à l'hôtel de ville de Lierre afin d'y composer une nouvelle « régence » où le bourgmestre, Frans Karel Van den Brande est bientôt remplacé par Charles Mast-De Vries (nl), à l'instar d'autres fonctionnaires orangistes remplacés par des « patriotes ». Ils sont également chargés d'organiser la police de la ville et de mettre sur pied une commission de sûreté publique. Ceci étant porté à la connaissance des habitants par la proclamation suivante[42] :
« Au nom du Gouvernement provisoire,
Nous soussigné lieutenant-colonel commandant en chef.
Vu l'urgence des circonstances qui exigent de pourvoir au plus vite à la sureté intérieure de Lierre, avons nommé, pour organiser une nouvelle administration municipale, la commission ci désignée : Comte FREDERIC DE MÉRODE . A. JENNEVAL. BERCKMANS FILS.
LIERRE, ce 16 Octobre 1830. Niellon »
À 16 h, une revue des troupes a lieu sur la Grand-Place lors de laquelle Niellon assigne à chacun son poste et son rôle dans la défense de la ville, s'attendant à une contre-attaque. Il ordonne la construction de plusieurs barricades, de creuser des trous au pied des remparts pour y cacher les tirailleurs. Il charge le major Kessels de l'installation de l'artillerie, renforcée de plusieurs pièces qui se trouvent en ville. Il fait également mener des reconnaissances jusqu'à une demie-lieue autour de la cité mais ne trouve aucune trace de l'armée[43]. Il établit une relève de la garde pour la nuit avec un veilleur en haut de la tour de l'église Saint-Gommaire de Lierre, chargé de sonner le tocsin en cas d'attaque.
Du côté de l'armée, les troupes du colonel de Lens arrivent à Mortsel par Boechout et la route reliant Lierre à Anvers[44]. Sans avoir eu connaissance des évènements, le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach reçoit l'ordre de se diriger vers Lierre à 19 h avec environ 2250 hommes répartis dans le 1er bataillon d'infanterie coloniale, deux compagnies de la 10e afdeeling, le 9e régiment de cuirassiers, le 8e régiments de hussards et six pièces d'artillerie[21]. Il arrive à Mortsel vers 23 h où il rencontre les deux bataillons restant de la 15e afdeeling. Philippe de Lens lui explique alors la situation, tandis qu'ils sont rejoints par une colonne du général Ghisbert Martin Cort Heyligers qui opère également sa retraite vers Anvers. La décision est prise de faire bivouaquer les unités le long de la route entre Mortsel et Boechout, et de créer une ligne renforcée depuis l'écluse de Kampenhout, où des canons étaient encore en place, jusqu'à leurs positions en faisant sauter les ponts sur la Dyle[21]. Cela apour effet de couper les communications entre les deux corps d'armée belges, celui de Niellon dans Lierre et celui d'Anne-François Mellinet qui menaçe Malines.
17 octobre
Le dimanche à 6 h, Charles Niellon se rend sur les remparts de Lierre (nl) pour y inspecter les positions et trouve ses hommes à leurs postes comme prévu. Il fait mener des reconnaissances plus loin que la veille, qui se révèlent être rassurantes, mais il reçoit des rapports lui annonçant que l'armée est encore maîtresse de Malines et occupe toujours les bords de la Dyle, la petite Nèthe et le Rupel[43].
Quarante-sept notables se réunissent à l'hôtel de ville de Lierre et organisent une commission de sûreté publique composée de sept membres. Niellon fait publier une proclamation appelant les habitants de Lierre à se rassembler sous la bannière belge et à prendre les armes, ce qui a pour effet la création d'un corps franc de volontaires sous la houlette de Ferdinand Cools. Ceux-ci se portent immédiatement au combat dans les environs, et font hisser le drapeau belge à Broechem et à Emblem, après avoir chassé les soldats d'une ferme avoisinante sous la conduite de Jean-Baptiste Crabbe, un ouvrier lierrois qui recevra la croix de fer pour ce fait d'armes[45].
De leur côté les Lierrois se préparent également à l'attaque. Les arbres sont abattus et utilisés comme palissades, des bastions érigés devant les portes et des barricades sont dressées dans les rues. Les citoyens sont exhortés à entreposer pavés et objets divers dans leurs greniers au cas où l'armée parviendrait à entrer en ville, afin de les utiliser comme projectiles sur les soldats comme ce fut le cas avec efficacité lors des Quatre Jours de Bruxelles. Ils fournissent également du ravitaillement aux volontaires, et les approvisionnement en matière première pour confectionner ou réparer les armes. Les petits canons de la ville et de l'Harmonie d'Orange sont saisis et placés sur les remparts, pour se joindre aux batteries de Kessels. La traditionnelle procession de Saint-Gommaire est annulée et seules des célébrations religieuses ont lieu dans l'église, où l'ont retire les plaques d'argent du reliquaire par précaution. Les portes de la ville restent fermées toute la matinée et l'alarme est sonnée à deux reprises, sans qu'aucune attaque ne soit menée. Le soir venu, les habitants sont invités à illuminer leurs façades et laisser portes et fenêtres ouvertes, tandis que le tocsin continue de sonner jusque tard dans la nuit[46].
L'armée envisage en effet de reprendre le contrôle de la ville et le duc Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach échafaude son plan. De son côté, le général Ghisbert Martin Cort Heyligers envisage de joindre ses troupes à l’attaque mais se résigne en voyant le faible moral de ses hommes[21]. L'opération est finalement annulée aux alentours de minuit en raison de la révolte qui gronde à Malines ce jour-là[47].
« Inwooners der stad Lier,
Welk gevoelen,jonge Lierenaers, brengt u op de Markt ? Is het enkel nieuwsgierigheyd ? Zekerlyk neen. Want men zou u dan onder de vrouwen moeten rangschikken. Het is dan het belang , dat gy in de zaek der onafhankelykheyd stelt , het is het verlangen van haer te zien zegepralen. Het ware u beleedigen , kloeke Lierenaers , hieraen een oogenblik te twyfelen. Ja , gy allen zyt Belgen ; gy allen wilt dat deze staet van onrust eyndige ; maer uwe wenschen zouden ydel zyn, byaldien gy geen werkelyk deel naemt in het verdedigen van uw land.
Teedere vaders , toegenegene zonen, driftigege liefden , voor al wat u dierbaer is , te wapen !
Komt u vereenigen met de kloekmoedigen , die zich aen uwe schoone zaek hebben toegewyd !
Komt met hen verdedigen uwe vrouwen , uwe dochters , uwe zusters, uwe eigendommen !
Komt deel nemen in hunne glorie , komt uwe namen onsterfelyk maken , komt en snelt te wapen !
De kommandant van 't Belgisch leger te Lier. »
Combats de Duffel
Vers 13 h, le major Herman Kessels est chargé d'effectuer une reconnaissance sur la route de Malines et rencontre des hussards du 6e régiment de cavalerie néerlandaise avec lesquels il engage une première escarmouche avant de les poursuivre[49]. Arrivé à hauteur de Duffel, où les militaires se sont réfugiés, il décide de prendre la ville avec la quinzaine d'hommes qui l'accompagne, sans en avoir reçu l'ordre et sans en avoir averti le commandant en chef, Charles Niellon, resté à Lierre[50]. La contre-attaque de l'armée est violente et force les Belges, qui n'ont pas reçu de renforts, à évacuer la cité et à se retrancher dans une auberge où ils sont menacés d'être assiégés. Seuls trois d'entre-eux parviennent à s'échapper, dont Kessels et son fils, le reste étant fait prisonnier ou massacré par les soldats[51],[52].
18 octobre
Stratégie de l'armée

Après le report de la contre-attaque néerlandaise la veille, l'ordre de marche est donné à 6 h au matin du par le général Cort Heyligers, avec pour objectif initial d'attaquer les avant-postes situés devant Lierre puis de revenir et de lancer l'attaque principale vers midi[47]. La manœuvre doit s'opérer en quatre colonnes, supervisées par le duc de Saxe-Weimar :
- La première a pour objectif de prendre le faubourg de Lisp puis de mener l'attaque sur la porte éponyme. Pour ce faire, elle emprunte le chemin qui part du hameau de Halfweg, traverse celui de Hagenbroek et rejoint la route venant de Bois-le-Duc, en face de la chapelle d'Emblehem, qu'elle atteint vers 10 h 30[53]. Elle est placée sous les ordres du colonel François de Lens et est composée :
- La seconde doit attaquer la porte d'Anvers et suit donc la route principale depuis Boechout[55]. Elle est placée sous le commandement du lieutenant-colonel Hermanus Adrianus de Hart, est composée :
- deux compagnies de la 10e afdeeling en avant-garde ;
- la 1re afdeeling ;
- d’un escadron de cuirassiers ;
- deux pièces d’artillerie.
- La troisième arrive depuis Duffel avec pour objectif la prise de la porte de Malines, ville que ces troupes ont quitté le matin-même. Elle est commandée par le colonel Reuther et composée du [55] :
- 1er bataillon de la 5e afdeeling ;
- 3e bataillon de la 7e afdeeling ;
- 3e bataillon de la 9e afdeeling ;
- 2e bataillon de la 13e afdeeling.
- La quatrième, sous les ordres du général Clément de Favauge, doit attaquer la porte de Louvain[56].
Première attaque
Pendant la nuit, Charles Niellon apprend les préparatifs de la contre-attaque. Selon ses sources, l'armée se concentre à Vieux-Dieu et place des avant-postes sur la route menant à Lierre[46]. Dès lors, il fait accélérer la mise en place des défenses de la ville, ordonnant notamment, avec l'accord des autorités ecclésiastiques locales, d'abattre une chapelle et les murs d'un cimetière situés hors des murs d'enceinte (nl) et derrière lesquels les soldats auraient pu s'abriter[57]. De son côté, Herman Kessels fait barricader les portes et en élevant des abattis à l'extérieur des remparts[58].
Vers 9 h, les Belges voient arriver au loin la deuxième colonne, qu'ils estiment à 7000 hommes, et s'approche de la porte d'Anvers, cavalerie en avant, suivie d'une batterie d'artillerie et de l'infanterie[59]. Celle-ci s'avance dans les champs bordant la chaussée mais est repérée par le scintillement de ses baïonnettes[60]. Kessels demande l'autorisation d'attaquer mais Niellon refuse, estimant que les soldats sont encore trop loin. La colonne de cuirassiers s'ouvre alors et laisse place à un canon de 12 livres qui ouvre le feu en lançant une cinquantaine de boulets sur les remparts, dont un seul fait mouche, tuant un belge.
Vers 11 h, le bombardement s'arrête et une demi-batterie se porte en avant avec un bataillon d'infanterie avant d'ouvrir le feu sur la porte d'Anvers. Mais à peine sont-ils arrivés à 200 pas, que l'artillerie belge, composée alors de quatre pièces réparties judicieusement sur les remparts, réplique à la mitraille, faisant un carnage et désorganisant les troupes. L'artillerie royale réplique à son tour, tirant une trentaine de coups, dont deux seulement atteignent le parapet, avant de se replier[61]. Les défenseurs décident alors de tenter une sortie afin de poursuivent l'ennemi. Niellon organise plusieurs pelotons de ses meilleurs tireurs et leur donne des consignes claires afin d'attaquer les artilleurs dans leur retraite. L'infanterie tente de défendre ses compagnons mais, en tirant sur les belges, les soldats dévoilent leur position dans les champs, permettant aux canons de Kessels d'ajuster leurs tirs, faisant des ravages et galvanisant le moral des défenseurs[62].
Deuxième attaque
Début d'après-midi, une nouvelle attaque est lancée, cette fois sur plusieurs portes de la ville simultanément. L'opération menée à la porte d'Anvers est repoussée par l'artillerie belge mais les autres portes sont menacée, dont la porte de Lisp et la porte de Malines. L'armée se retranche dans le faubourg de Lisp d'où elle parvient à approcher Lierre en s'abritant dans les bois et derrière les arbres le long de la route. Les Belges les repèrent et les canons d'Herman Kessels manœuvrent pour venir renforcer la porte, parvenant à repousser l'assaut en tirant à la mitraille.
Vers 15 h Charles Niellon se rend compte que l'état-major « hollandais » est établi dans un cabaret du faubourg, appelé La Maison Blanche, qui permet une bonne vue sur la ville[63]. Il confectionne dès lors une attaque et demande à deux des pièces d'artillerie et à Kessels de se porter hors des murs sans chevaux, se cachant derrière l'infanterie afin de pouvoir être à portée du bâtiment. Arrivés à distance suffisante, Kessels fait ouvrir le feu par trois fois, ce qui éventre le bâtiment et tue, entre autres, le cabaretier dans l'attaque[64]. Le commandant en chef, le duc de Saxe-Weimar, est lui-même également blessé[62], et ordonne la retraite des troupes. Kessels décrit la scène comme suit[65] : « (...) s'ils n'avaient pas sur le champ évacué le cabaret, je n'y aurais pas laissé pierre sur pierre, tant mes coups portaient juste ; lorsqu'ils furent dehors je continuai à tirer sur eux à ricochets, et un seul boulet tua un officier et douze soldats, qui s'étaient adossés obliquement contre un mur, et alla tuer également le cheval de Saxe-Weimar, sous son cavalier, celui-ci perdit alors l'envie qu'il avait eue de nous attaquer sur ce point, et il se retira prudemment jusques hors du faubourg. »
Retrait des troupes
Le 5e bataillon de la 15e afdeeling arrive à dix-huit heures mais il était trop tard : les combats cessent avec la tombée du jour et la retraite est sonnée[55]. À dix-huit heures, les troupes se mettent en marche pour regagner les postions qu'elles avaient quittées le matin-même, aux alentours de Boechout, laissant toutefois un détachement pour occuper le faubourg de Lisp. Les hommes de la 15e sont envoyés directement à Wijnegem, tandis que les deux colonnes initiales, celles venant d'Anvers et de Duffeyl, entament leur retraite par la route principale.
Voyant cela, Niellon profite de la confusion pour se mettre lui-même à la tête d'un bataillon de volontaires et effectuer une nouvelle sortie pour harceler les militaires[66]. Frédéric de Merode dit alors à Jenneval « suivons ces braves ! », ce qu'ils font, en n'ayant de cesse de crier aux soldats belges présents parmi troupes royales de déserter[67]. Arrivée près d'un moulin à vent, probablement le Den Steenen Molen (nl), l'avant-garde de la deuxième colonne, commandée par le lieutenant-colonel De Hardt, est prise sous le feu de l'artillerie belge. Elle s'arrête et envoie ses tirailleurs pour établir le contact avec la première colonne. Ce-faisant, deux compagnies, prennent position derrière une maison située au virage de la route tandis que l'artillerie se met en place à 500 pas en arrière, à droite de la route, et que la réserve se positionne près du moulin[55]. Les canons tentent de contenir les attaques belges et de couvrir la retraite de leurs hommes[66]. C'est ainsi que l'un des derniers boulets tirés atteint soudainement Jenneval au bas-ventre[68], le blessant mortellement alors qu'il se trouve à hauteur de l'auberge de Papegaai[64], près de l'actuel parc du manoir du Vijverhof, sur l'Alexander Franckstraat[69].
Après le repli des Belges, une relève de l'armée arrive vers 21 h sous le commandement du général Clément de Favauge, permettant aux soldats ayant mené la bataille de regagner leur bivouac. Selon les rapports de l'armée, celle-ci ne déplore que dix blessés, dont deux grièvement[55].
Bulletin officiel
Le bulletin officiel suivant est publié par le général commandant en chef des jeunes forces armées belges, Lambert Nypels, eu égard aux combats du à Lierre[70],[71] :
« La journée du 18 octobre a été glorieuse pour nos armes. Attaqué dans Lierre, sur quatre points à la fois, par les colonnes composées de toutes armes, commandées par le duc de Saxe-Weimar, M. le lieutenant-colonel Niellon, sut, par des dispositions sagement combinées, et sa bravoure connue, les refouler successivement.
L'artillerie dirigée par M. Kessels, a porté les plus grands ravages dans les rangs de l'ennemi ; le feu de l'infanterie lui a fait éprouver une perte considérable. Des sorties faites à propos, déterminèrent promptement sa retraite.
La perte du côté des Hollandais, a été de trois cents hommes, tant blessés que tués ; parmi ces derniers se trouve le colonel de la 10e division. La nôtre ne s'élève pas à 30 hommes mis hors de combat.
La troupe s'est conduite avec bravoure ; plusieurs traits d'héroïsme ont signalé cette journée. Par estafette partie de Malines, à 6 heures du soir, M. le général Mellinet fait connaître que cette ville est dans un calme parfait ; que le général Van Geen vient d'arriver à Anvers, et qu'il donne l'ordre à toutes les troupes de se retirer au-delà du Moerdyk.
Le général de brigade, commandant provisoirement, en chef, les troupes belges.
Nypels »
19 octobre

Le au petit matin, Charles Niellon monte en haut de la tour de l'église Saint-Gommaire de Lierre pour observer les positions de l'ennemi. Il voit une forte colonne de cavalerie précédée d'un bataillon d'infanterie provenants de Duffel, depuis la route d'Anvers, un bataillon d'infanterie avec une demi-batterie d'artillerie et une barricade érigée devant le faubourg de Lisp derrière et autour de laquelle se trouvent quatre bataillons d'infanterie, une batterie d'artillerie et une colonne d'attaque composée d'infanterie serrée en masse, flanquée de deux escadrons de cuirassiers[72]. Il les interprète comme suit[73] :
« Par ces dispositions, il ne me fut pas difficile de deviner le plan de l'ennemi, que je résumai ainsi : tentative de diversion par la route de Duffel sur mon extrême gauche ; fausse attaque sur le centre par la route d'Anvers. Attaque sérieuse et assaut tenté à la porte de Lips. Je me hâtai donc de quitter mon observatoire pour aller porter mes instructions aux chefs de corps qui étaient chargés de défendre les différents points du front d'attaque. »
L'armée attaque simultanément sur ces trois points dès 8 h, insistant particulièrement sur la porte de Lisp. Après deux heures de bombardement, le feu cesse pendant une demi-heure, permettant aux Belges de renforcer leurs défenses alors que l'infanterie approche à découvert[74]. Les soldats sont repoussés par les tirailleurs sur les remparts et doivent battre une première fois en retraite. La pluie de boulets provenant de la barricade de Lisp reprend ensuite de plus belle parvient finalement à créer une brèche en faisant s'écrouler un pan de mur de la porte. Les cuirassiers y entrevoyant une possibilité, tentent une charge de cavalerie, suivis par l'infanterie et s'engagent sur le chemin étroit qui mène à la ville. Les Belges les laissent s'y engouffrer avant d'ouvrir le feu sur leurs flancs, renforcés par un obusier et la mitraille des canons qui font un carnage, stoppant la manœuvre et menant à une déroute complète des cavaliers qui piétinement les soldats en tentant de faire demi-tour, bientôt poursuivis par la réserve belge sortie de la ville[75].
Pendant ce temps, une attaque est menée simultanément sur la porte de Malines. Herman Kessels fait tirer son artillerie mais ne parvient pas à être efficace façe à l'avancée des troupes. Charles Niellon ordonne alors une sortie de l'infanterie afin de déloger les soldats du cimetière et de la chapelle qu'ils occupent et d'où ils tirent[76]. Une violente fusillade éclate mais la manœuvre fonctionne et permet de gagner le temps nécessaire pour faire rapatrier les canons, à bras d'hommes, depuis la porte de Lisp et les mettre en batterie pour mitrailler les assaillants. Les belges se mettent alors à leur poursuite et font plusieurs prisonniers. Ceux-ci racontent que les deux bataillons étaient composés de soldats de l'armée coloniale de la composés ainsi que de miliciens étrangers à qui les généraux avaient promis de pouvoir piller la ville s'ils entraient[77].
Lambert Nypels, général en chef des forces belges, fait publier la proclamation suivante dans le bulletin de l'armée au sujet des évènements du à Lierre[78] :
« Les Hollandais ont eu la témérité de douter du courage persévérant de nos braves volontaires ; ils ont osé attaquer de nouveau ces derniers dans leur position de Lierre, le 19, à quatre heures de l'après-midi : un combat opiniâtre s'est engagé ; il n'a pas été un instant douteux. Culbuté sur tous les points, l'ennemi s'est retiré après avoir essuyé une perte considérable. Les paysans ont rapporté avoir été obligés de leur conduire sept voitures de morts. Le nombre des blessés est incalculable ; le prince de Saxe-Weimar figure parmi ceux-ci. De notre côté, nous avons à regretter la perte de douze à quinze hommes.
Dans les fréquents engagements qu'ont les volontaires de la colonne de Malines, on les voit déployer une bravoure et un sang-froid tout à fait admirables. Ils ont planté depuis hier le drapeau tricolore sur la tour de Waelhem. Les communications sont ouvertes avec Lierre.
Bruxelles, le 21 octobre 1830, à midi. »
20 octobre
Dans la nuit du au les gardes de la porte de Louvain ouvrent le feu vers minuit sur des mouvements qui s'avèrent une fausse alerte[77]. Au petit matin, Charles Niellon effectue une nouvelle reconnaissance et constate que les positions de l'armée sont inchangées mais ne les estime pas menaçantes. En effet, aucune attaque n'est lançée ce jour-là, ce qui permet aux Belges de rendre les honneurs aux dépouilles de Jenneval et de Jules Niellon[79]. Ils en profitent également pour nettoyer leurs armes et renforcer leurs défenses avant de lancer quelques obus sur la position fortifiée de Lisp afin de montrer à l'armée qu'ils sont toujours prêts au combat[80].
21 octobre
Le , Charles Niellon décide de prendre l'initiative de l'attaque et envoie une colonne de 500 hommes et deux pièces d'artillerie vers Lisp, sous le commandement d'Herman Kessels[81]. Ceux-ci parviennent à prendre la barricade et mettent l'armée en déroute, occupant ses anciens postes et faisant définitivement flotter le drapeau belge sur le faubourg. Ils choisissent de la poursuivre mais Niellon trouve qu'ils poussent leur élan trop loin des murs de Lierre et de ses canons et les fait rappeler[82].
Suites directes et conséquences

22 octobre
Le , Charles Niellon décide de poursuivre sur sa lancée et prend le commandement de 1200 hommes qu'il mène en personne sur la route d'Anvers. Dans le même temps, il engage deux colonnes pour couvrir ses flancs : l'une à gauche sur la route de Duffel avec 500 hommes et deux canons, et l'autre sur sa droite, au-delà de Lisp, avec ses volontaires venus en renfort depuis la Campine, dirigés par Frédéric de Merode[83].
Les forces de Niellon arrivent sans encombre aux abords de Vieux-Dieu, où l'armée s'est réunie, à quelques kilomètres au sud d'Anvers. La bataille éclate lorsque les Belges se trouvent bloqués par de nombreux arbres de gros diamètre abattus expressément sur la chaussée, empêchant le passage des canons. Tandis qu'ils déblaient la route, l'artillerie royale ouvre le feu et Niellon décide de répondre en envoyant son infanterie qui contourne les obstacles. Celle-ci essuie une charge de cavalerie des régiments de lanciers, qu'elle repousse en formant un carré, avant que l'artillerie d'Herman Kessels ne parvienne à mettre les troupes en déroute. Pendant ce temps, les Campinois se glissent le long des haies et dépassent le flanc gauche de l'armée, semant l'incertitude dans ses rangs et accélérant sa retraite[84]. Niellon sonne alors la charge et entre dans Vieux-Dieu où il prend l'ancien quartier-général de Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach, observant par la même occasion qu'une division entière de cavalerie et d'infanterie se trouve non-loin. La nuit tombant et la chaussée n'étant pas encore dégagée, il choisit de faire replier ses hommes à Lierre afin de reporter une nouvelle attaque au lendemain, tout en laissant un poste important derrière une redoute érigée devant la zone de travaux de déblaiement, afin de la défendre le cas échéant[85].
Revenu en ville, il apprend que la colonne de gauche n'a pas rencontré d'obstacle majeurs et est à un quart de lieues de Duffel, tandis que celle de droite a poussé jusqu'au moulin de Vremde sans difficultés. Il en déduit donc que le plan de l'armée est de se retirer à Anvers, à l'abris de sa citadelle, ce qui lui est confirmé par un courrier du commandant du deuxième corps d'armée belge, Anne-François Mellinet, qui lui annonce avoir pris Malines et se lancer dans la bataille de Walem afin de passer la Nèthe et de poursuivre à son tour vers le nord.
Lambert Nypels, général en chef des forces armées belges, fait proclamer le bulletin suivant en date du [86] :
« Bruxelles, 22 octobre 1830, à 7 heures du soir.
Le lieutenant-colonel Niellon ayant fait la levée en masse des braves Campinois, résolu le 21, a dix heures du matin, de débusquer l'ennemi des positions qu'il s'obstinait à conserver sur la rive gauche de la Nethe, vers Lierre. Il l'attaqua vivement, le culbuta sur tous les points et le poursuivit bien avant sur la route d'Anvers. L'ennemi dans sa retraite a abandonne tous ses effets de campement. Sa perte en tués et blessés a été très-grande. On n'aperçoit aucun Hollandais à 2 lieues de Lierre.
La colonne de Malines après avoir rétabli le pont de Walhem a suivi l'ennemi dans son mouvement rétrograde. Elle le harcèle constamment. Nos courageux volontaires avaient pris position à Contich, ce jour, à quatre heures de l'après-midi. »
23 octobre
Au matin du , vers 6 h, Charles Niellon quitte définitivement Lierre avec 2500 hommes et une demi-batterie d'artillerie afin de se projeter vers Anvers[87]. Il laisse 500 hommes et une pièce de quatre livre en ville au cas où, puis rejoint le poste avancé qu'il avait laissé la veille et où les opérations de déblaiement de la chaussée se continuent. Arrivé là, il lance une attaque de part et d'autre de la redoute et poursuit son engagement dans la bataille de Vieux-Dieu. Les Belges sont initialement stoppés par les soldats de Bernard de Saxe-Weimar-Eisenach[88], mais un renfort des Campinois de Frédéric de Merode parvient à enfoncer le flanc droit de l'armée et conduit à la victoire après quatre heures de combats acharnés[89]. Dans le même temps, le deuxième corps d'armée belge a pu passer la Nèthe et est également victorieux lors de la bataille de Kontich le même jour.
24 octobre et prise d'Anvers

Les deux corps d'armée font jonction lors de la prise du village de Vieux-Dieu dès le [90]. S'engagent alors les derniers affrontements de la campagne d'Anvers, notamment à Berchem, Wilrijk ou à Borgerhout, avant que l'assaut final ne soit donné sur l'enceinte d'Anvers, qui est prise le après de violents combats suivis d'un terrible bombardement qui fait 85 morts et des dégâts considérables.
La prise Lierre est une victoire stratégique majeure pour le 1er corps de l'armée des volontaires belges, qui s'empare de la dernière ville importante sur le chemin d'Anvers, après que le 2e corps ait pris Malines dans le même temps, leur ouvrant ainsi la voie vers la seconde plus grande ville de Belgique et son important port maritime et fluvial à l'embouchure de l'Escaut.
Elle contribue ainsi à l'action de « libération » des Pays-Bas méridionaux entamée depuis la déclaration d'indépendance de la Belgique, le , et menée en parallèle avec la campagne des Flandres et la campagne du Limbourg, au début de la guerre belgo-néerlandaise. Celle-ci fait rage jusqu'au premier armistice imposé par les puissances européennes réunies lors de la conférence de Londres le , mais qui n'est que peu respecté. C'est ce jour-là que le comte Frédéric de Merode meurt à son tour des suites de blessures reçues lors de la bataille de Berchem. Il faut attendre la convention de Zonhoven, signée trois ans plus tard, pour mettre définitivement fin aux combats entre ce qui est devenu l'armée belge, et les forces armées des Pays-Bas, tandis que l'indépendance de la Belgique et la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas ne sont reconnues par Guillaume Ier que lors de la signature du traité des XXIV articles, le .
Bilan humain
Belges

Parmi les pertes belges, on trouve notamment :
- Alexandre Dechet, dit « Jenneval » ;
- Jules Niellon, sergent et neveu de Charles Niellon, commandant des forces belges.
Néerlandais
Réactions
Belges
Charles Niellon commente la bataille de Lierre dans ses mémoires en disant[87] :
« Certes, la prise de Lierre était un échec capital pour les plans de l'ennemi ; mais je ne pouvais pas m'imaginer que l'effet s'en ferait sentir sitôt. Comment aurais-je pu le penser après les détails que je possédais sur les forces de l'ennemi, forces qui se trouvaient alors rassemblées entre le Rupel et Anvers ? Pouvais-je m'imaginer que la démoralisation des chefs et des soldats fût assez complète pour les forcer à quitter ces magnifiques positions après avoir seulement tenté deux assauts, avec plus de bravoure que d'intelligence, contre une bicoque défendue par 2,000 volontaires sans instruction militaire et ne possédant pour artillerie que quatre pièces de canon traînées par des chevaux de paysans? Ce qui me rendait cette énigme encore plus indéchiffrable, c'est que l'armée hollandaise était peuplée de braves officiers supérieurs qui tous avaient fait leurs preuves dans l'armée française sous l'empire. »
Hommages
- Pour sa participation à la révolution belge, Lierre est l'une des communes récipiendaires de l'un des cent Drapeaux d'Honneur octroyés par le premier roi des Belges, Léopold Ier, en guise de « reconnaissance de la patrie ».
Voir aussi
Bibliographie
Français
- Achille Charpiny, Les Combattants volontaires de 1830 devant l'Histoire : Bataille de Lierre, Bruxelles, Imprimerie J. Ph Van Assche, (lire en ligne).
; - Comité administratif de la Société centrale des décorés de la Croix de fer, Liste nominative des citoyens décorés de la Croix de fer, Bruxelles, Imprimerie et lithographie de P-M Michelli, (lire en ligne).
; - Herman Kessels, Précis des opérations militaires pendant les quatre mémorables journées de septembre, et dans la campagne qui s'ensuivit, Bruxelles, J. P. Meline Librairie, (lire en ligne).
; - Charles Niellon, Histoire des événements militaires et des conspirations orangistes de la révolution en Belgique de 1830 à 1833, Bruxelles, Alliance typographique M-J Poot et compagnie, (lire en ligne).
; - Gustave Oppelt, Histoire générale et chronologique de la Belgique, de 1830 à 1860 : Campagne de 1830, dite « Campagne d'Anvers », Bruxelles, Hayez, (lire en ligne), « VIII ».
; - Pierre Peeters, Journal de campagne du comte Frédéric de Merode pendant la guerre de l'indépendance de la Belgique en 1830, vol. 1 à 2, Bruxelles, Imprimerie A. Greuse, coll. « Souvenirs du Comte de Mérode-Westerloo, Sénateur du Royaume », (lire en ligne).
; - Charles Emmanuel Poplimont, La Belgique depuis 1830., Gand, Désiré Verhulst, (lire en ligne).
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Néerlandais
- (nl) Anton Bergmann, Geschiedenis der stad Lier, Lierre, E. J. van Mol, (lire en ligne).
; - (nl) W. Goudriaan, Geschiedenis van het 5e Regiment Infanterie, 's-Hertogenbosch, Gebroeders Muller, (lire en ligne).
; - (nl) Militaire Spectator, Dagverhaal betrekking hebbende op de gebeurtenissen in Belgie in 1830 en 1831., vol. 3, Breda, Broese & Comp., (lire en ligne), chap. 3, p. 163.
; - (nl) Julius Van In, De Omwenteling van 1830 te Lier, Lierre, L. Taymans-Nezy, .
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