Boualem Sansal
écrivain algérien naturalisé français en 2025
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Boualem Sansal (en arabe : بوعلام صنصال, en tamazight : Buɛlam Senṣal; ⴱⵓⴰⵍⴰⵎ ⵙⴻⵏⵚⴰⵍ), né le 1944 à Theniet El Had (Algérie), est un écrivain algérien naturalisé français.
| Membre de l'Académie française | |
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| depuis le | |
| Naissance | |
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| Nom dans la langue maternelle |
ⴱⵓⴰⵍⴰⵎ ⵙⴻⵏⵚⴰⵍ |
| Nationalité |
Algérienne Française (depuis 2024) |
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| Père |
Abdelkader Sansal (d) |
| Mère |
Khadidja Sansal (d) |
| Conjoint |
Naziha Sansal (d) |
| Enfants |
| Membre de | |
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| Distinction |
prix du premier roman prix Tropiques prix Michel-Dard grand prix RTL-Lire grand prix de la francophonie prix Nessim-Habif de l'Académie royale de Belgique prix Louis-Guilloux prix de la paix des libraires allemands prix du Roman-News prix du roman arabe prix Édouard-Glissant (2007) chevalier des Arts et des Lettres (2012) grand prix de la francophonie de l'Académie française (2013) grand prix du roman de la Société des gens de lettres (2008) médaille d'or de la Renaissance française (2014) docteur honoris causa de l'ENS Lyon (2013) grand prix du roman de l'Académie française (2015) prix international de la laïcité (France, 2018) membre associé de l'Académie des sciences d'outre-mer (2020) prix Méditerranée (2021) membre de l'académie franco-allemande à Paris prix de la Licra Paris (2023) prix Constantinople (2023) Prix mondial Cino-Del-Duca et Prix Renaudot du livre de poche (2025) |
Le Serment des barbares, Poste restante : Alger, lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes, L'Enfant fou de l'arbre creux, Le Village de l'Allemand, 2084 : la fin du monde |
Il est le lauréat du grand prix du roman de l'Académie française en 2015 pour son roman 2084 : la fin du monde.
Il est incarcéré le pendant près d'un an en Algérie, après avoir obtenu la nationalité française en , et quelques semaines après avoir contesté les frontières actuelles du pays avec le Maroc dans le média français d'extrême droite Frontières. Le , il est condamné à une peine de cinq ans de prison ferme et à une amende de 500 000 dinars. Il est gracié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le , sur demande de l'Allemagne.
Il est élu au fauteuil no 3 de l'Académie française le .
Biographie
Famille et formation
Boualem Sansal est né dans un village des monts de l'Ouarsenis en Algérie. L'année de sa naissance est incertaine. Selon son éditeur Antoine Gallimard, bien que Sansal déclare être né en 1949, il se serait en réalité « retranché cinq ans », « par coquetterie »[1].
Son père, Abdelkader Sansal, est d'origine marocaine et issu d'une famille de la région du Rif au Maroc, laquelle s'installe en Algérie[2]. Sa mère algérienne, Khadidja Benallouche, a reçu une instruction et une éducation occidentale[3]. Il passe une partie de son enfance dans le quartier Belcourt à Alger[4].
Boualem Sansal a une formation d'ingénieur de l'École nationale polytechnique d'Alger ainsi qu'un doctorat en économie. Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien[4].
Vie personnelle
Boualem Sansal rencontre sa première femme Anicka, une étudiante tchèque en anthropologie, dans le cadre d’un échange universitaire avec la Tchécoslovaquie dans les années 1960. Ils se marient et s'installent à Boumerdès, une ville côtière située à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alger, où naissent leurs deux filles, Nawal, en 1971, et Sabeha en 1975, qui ont toutes deux quitté l'Algérie dès leur plus jeune âge pour s'installer en Tchécoslovaquie, à la suite de la séparation de leurs parents. Nawal a vécu en Algérie avec sa mère jusqu'à l'âge de 5 ans, tandis que Sabeha déclare qu'elle a résidé un an et demi[5],[6].
Il épouse ensuite Naziha[7], enseignante de mathématiques à Boumerdès, qui est poussée à démissionner quand Boualem Sansal est limogé en 2003, suite à ses prises de positions contre le gouvernement[8], et vilipendée après la venue de l'écrivain au Salon du Livre de Jérusalem en 2012[9]. En 2024, elle est gravement malade et reçoit des soins en France[10].
En , il est arrêté et incarcéré à Alger, jugé et condamné à cinq ans de prison. Un an plus tard, le , il est gracié suite aux interventions diplomatiques de l'Allemagne. Libéré, il est transféré le jour même à Berlin pour y recevoir des soins médicaux[11] avant de rentrer en France le [12].
Il annonce, en , être atteint d'un cancer de la prostate « traité de manière tout à fait remarquable » pendant son emprisonnement en Algérie mais souffrir de séquelles physiques et psychologiques à la suite de cette incarcération[13].
Débuts littéraires
Boualem Sansal, bien que grand lecteur, ne se voue pas à l'écriture mais sous les encouragements de son ami Rachid Mimouni, il commence à écrire en 1997, en réaction contre le terrorisme islamiste, alors que la guerre civile algérienne (la « décennie noire ») bat son plein. Il cherche à entrer dans l'esprit de ses compatriotes pour tenter de comprendre puis d'expliquer ce qui a mené à l'impasse politique, sociale et économique de son pays, et à la montée de l'islamisme[4].
Son premier ouvrage, Le Serment des barbares, connaît un succès de librairie : Sansal est invité au printemps 2000 au Festival du premier roman de Chambéry et, en été, au festival Les Nuits & les Jours de Querbes.
Consécration littéraire et tensions avec le pouvoir algérien
Sansal a exercé des fonctions au sein de la haute administration algérienne jusqu'en 2003, ayant compté parmi les partisans d'une ligne ferme du régime face à l'islamisme durant la décennie noire[14].
En 2003, Boualem Sansal est l'un des rescapés du séisme meurtrier qui touche sa région à Boumerdès. Après avoir été porté disparu pendant un certain temps, il est retrouvé à la suite d'un appel lancé par la télévision algérienne.
La même année, c'est en France qu'est publié son troisième roman, Dis-moi le paradis, description de l'Algérie postcoloniale, à travers les portraits de personnages que rencontre le personnage principal, Tarik, lors de son voyage à travers ce pays. Le ton est très critique envers le pouvoir algérien, se moquant de Boumédiène, dénonçant ouvertement la corruption à tous les niveaux de l'industrie et de la politique, l'incapacité à gérer le chaos qui a suivi l'indépendance, et attaquant parfois violemment les islamistes. Il critique également l'arabisation de l'enseignement[15].
Selon El Hachemi Djaâboub, alors ministre de l'Industrie, Boualem Sansal a été limogé en raison de son absence fréquente et de ses déplacements à l'étranger non justifiés[16]. Il ne s'est pas retiré de ce ministère par opposition à la politique menée par le gouvernement algérien[17].
En 2005, s'inspirant de son histoire personnelle, Sansal écrit Harraga[18] (harrag signifie « brûleur de route », surnom donné à ceux qui partent d'Algérie, souvent en radeau, dans des conditions dramatiques, pour tenter de passer en Espagne).
En 2006, son livre Poste restante, Alger, une lettre ouverte à ses compatriotes, est censuré en Algérie. Après la publication de ce pamphlet, il est menacé et insulté[15], mais il décide de rester en Algérie. En 2007, il publie Petit éloge de la mémoire, récit épique de l'aventure berbère.
Son roman Le Village de l'Allemand, publié en , est également censuré en Algérie, car il établit un parallèle entre islamisme et nazisme. L'ouvrage raconte l'histoire de Hans Schiller, un ancien membre de la SS qui fuit en Égypte après la défaite allemande et se retrouve ensuite à soutenir l'Armée de libération nationale (FLN), avant de devenir un héros de guerre et de se retirer dans un petit village isolé[19]. Le livre s'inspire d'une histoire authentique, découverte dans les années 1980[20].

Ses livres, publiés en France, sont librement vendus en Algérie. Cependant, l'auteur y déclenche une controverse, notamment depuis sa visite au Salon du livre de Jérusalem (he) en 2011[21]. Cette participation suscite de nombreuses critiques dans le monde arabe[22].
Lors de la Berlinale 2012, il est membre du jury de Mike Leigh. Il y côtoie Barbara Sukowa, François Ozon, Jake Gyllenhaal, Charlotte Gainsbourg, Asghar Farhadi et Anton Corbijn.
En 2015, son roman 2084 : la fin du monde se vend à 400 000 exemplaires[23] et obtient le Grand prix du roman de l'Académie française ainsi que le prix de livre de l’année par la revue Lire[24].
En 2018, il participe à l'écriture d'un ouvrage commun, Le Nouvel Antisémitisme en France, sous la direction de Philippe Val, dans lequel il écrit que le gouvernement français participe « au plan de conquête de la planète par la soumission de ses habitants à l'islam », ce que lui reproche Nicolas Lebourg[25], chercheur et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès[26].
Il est naturalisé français par le président de la République, Emmanuel Macron, en 2024[27]. Selon son ami Xavier Driencourt, il cherche alors à « s'installer en France »[28], où son épouse est hospitalisée[10].
Prises de positions politiques
Alors que l'hebdomadaire français Télérama le décrit comme un intellectuel issu « de la gauche laïque algérienne », en 2024 il est porté aux nues par une partie de l'extrême droite française[29]. D'après le média RFI, Boualem Sansal aurait même fait partie du comité éditorial du média français d'extrême droite Frontières[30],[21], mais l'écrivain dément cette information, à sa sortie de prison en . Il affirme qu'il a effectivement été invité par son ami Xavier Driencourt à participer au « comité stratégique », mais qu'il ne connaissait pas le journal Frontières. Il a participé à une seule réunion. « C’est seulement plus tard que j’ai découvert ce que c’était. Je n’ai fait aucun scandale ; je n’y suis plus jamais retourné, c’est tout[31]. ». Cinq mois après sa libération, il figure cependant toujours dans le comité d'experts du journal, contredisant ses déclarations parues dans Le Monde du 28 novembre 2025[14].
Depuis sa libération en novembre 2025, les prises de position de l'écrivain suscitent une controverse croissante. Ses déclarations dans plusieurs médias proches de l'extrême droite et ses postures jugées fluctuantes désorientent jusqu'à ses proches, chez qui remontent des déclarations anciennes et troublantes, notamment ses mises en garde aux accents apocalyptiques sur les menaces d'islamisation pesant sur la France, ainsi que sa critique sévère de la France. Son changement d'éditeur a par ailleurs contribué à accentuer ce trouble[14].
Selon la revue Moyen-Orient, les liens de l'écrivain avec les courants xénophobes sont plus anciens. Son premier ouvrage bénéficie d'un accueil favorable dans une partie de la presse conservatrice. Dès ses premiers entretiens accordés à la presse française, Boualem Sansal dresse un portrait très critique de la jeunesse algérienne, qu'il décrit comme confrontée à la drogue, à la violence, à l'islamisme et à une « arabisation à marche forcée ». Il exprime, dans Le Quotidien d'Oran, son soutien aux privatisations et au renforcement des liens avec la France[32].
L'écrivain participe à plusieurs événements organisés par des milieux nostalgiques de l'Algérie française. En 2006, il intervient au Forum algérianiste du livre à Toulouse, organisé par le Cercle algérianiste. En 2010, il participe à une rencontre à Béziers aux côtés de Frédéric Pons, alors rédacteur en chef de Valeurs actuelles. En 2012, il reçoit des lecteurs de cet hebdomadaire à son domicile, après y avoir accordé un entretien[32].
Certaines de ses prises de position sont saluées par des figures de la droite et de l'extrême droite françaises. En 2013, Éric Zemmour fait l'éloge de son essai Gouverner au nom d'Allah dans Le Figaro. Après les attentats de janvier 2015, Sansal publie une tribune dans ce même quotidien, dans laquelle il exprime ses inquiétudes sur l'islamisme et l'avenir de la société française. Dans son roman Le Village de l'Allemand, il reprend le parallèle entre islamisme et nazisme qu'avaient déjà tracé plusieurs auteurs algériens durant les années 1990 (Voir par exemple Tahar Djaout, Les Vigiles, Editions du Seuil, Paris, 1991 ; Rachid Boudjedra, Fis de la haine, Denoël, 1992 ; Rachid Mimouni, De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier, Le Pré aux clercs, 1992). Ce positionnement est interprété par le philosophe Pierre-André Taguieff comme une description directe de ce qu'il considère être un processus d'islamisation de la société française[32].
En , alors que le Salon du livre de Paris met à l'honneur l'État d'Israël, il dénonce dans Le Figaro les appels au boycott[33]. En , il est l'invité d'honneur du Festival international des écrivains à Jérusalem[34]. En octobre 2012, il retrouve à Strasbourg l'écrivain israélien David Grossman, rencontré lors de son séjour en Israël. Les deux hommes co-écrivent alors une tribune en faveur de la réconciliation israélo-palestinienne [35].
Dans Le Monde des livres en 2018, il assume une convergence de vues avec la Britannique Bat Ye'or, autrice de Eurabia : l'axe euro-arabe[36]. Certains médias font régulièrement un rapprochement entre ses positions et celles de l'essayiste français Eric Zemmour, avec lequel il partage un diagnostic de « déclin » de l'Europe et des inquiétudes liées à l'islamisme. Sansal déclare que ce dernier dit « des choses d’une justesse parfaite » au sujet de l'islam et de l'islamisme[32].
En avril 2026, il fait la une du Journal du dimanche aux côtés de Philippe de Villiers[37].
Arrestation en Algérie en 2024
À sa descente d'un avion à l'aéroport d'Alger, le , Boualem Sansal est arrêté par la police algérienne et placé sous mandat de dépôt dans une unité pénitentiaire de l'hôpital Mustapha-Pacha d'Alger[38].
Procédure judiciaire et condamnation
Une information judiciaire est ouverte contre l'écrivain pour « atteinte à l'unité nationale ». Il est poursuivi en vertu de l'article 87 bis du Code pénal algérien, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif tout acte visant la sûreté de l'État, l'intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions »[39]. Cette inculpation est liée à des déclarations faites au média d'extrême droite Frontières, où il reprend la thèse marocaine selon laquelle une partie de l'Ouest algérien aurait historiquement appartenu au Maroc[40] : « Quand la France a colonisé l'Algérie, toute la partie ouest de l'Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu'à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume[41],[42]. »
Le , la demande de libération de Boualem Sansal est rejetée par la cour d'appel d'Alger[39].
Son avocat français, François Zimeray, ne parvient pas à obtenir de visa pour l'Algérie afin de rendre visite à son client, ni avoir accès à son dossier et considère que « la défense de Boualem Sansal est aujourd’hui impossible ». Il veut en appeler à l'ONU et saisir l'Union africaine à ce sujet[43],[44]. Victime d'une violente campagne antisémite de dénigrement par la presse algérienne, il est déconsidéré par les autorités algériennes qui conseillent à Boualem Sansal de prendre « un avocat français non juif » pour le défendre, qui aurait plus de chance d'obtenir un visa[39],[45].
Le , Boualem Sansal comparaît devant un juge du tribunal de Dar El Beïda. Selon plusieurs médias, un second chef d'inculpation est ajouté : « intelligence avec des parties étrangères ». D'après Ennahar, il est accusé d'avoir transmis à des ambassadeurs de France en Algérie des informations sensibles d'ordre sécuritaire et économique[46].
Le , le parquet requiert dix ans de prison et une amende d'un million de dinars (environ 6 887 euros)[47]. Lors des audiences, Boualem Sansal apparaît en bonne condition physique et assume sa propre défense[48]. Il ne nie pas les faits qui lui sont reprochés, mais conteste leur qualification pénale, estimant qu'ils relèvent de sa liberté d'expression. Les échanges retrouvés dans sa messagerie avec deux ambassadeurs français sont également évoqués[48],[49].
Le , Sansal est condamné à cinq ans de prison ferme et à 500 000 dinars d'amende (environ 3 500 euros)[50]. Le , François Zimeray annonce que l'écrivain interjette appel[51]. L'avocat précise que « L'appel ne fait pas obstacle à l'application du droit de grâce, en vertu de l'article 91 de la Constitution algérienne »[52].
Le procès en appel se tient le . De santé fragile, jugé seul après avoir refusé les avocats commis d'office, il est de nouveau requis dix ans de prison contre lui. Sansal déclare à la barre : « La Constitution garantit la liberté d'expression et de conscience et pourtant je suis là. »[53]
Le , défendu par l'avocat Pierre Cornut-Gentille, la cour d'appel d'Alger confirme la peine de cinq ans de prison[54].
Le , Boualem Sansal est gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, à la suite d'une demande du président allemand Frank-Walter Steinmeier et immédiatement libéré[55].
Réactions
Sphère politique


Le , le président Abdelmadjid Tebboune commente pour la première fois l'affaire, qualifiant Boualem Sansal « d'imposteur envoyé par la France »[56]. Le , le président Emmanuel Macron estime que l'Algérie « entre dans une histoire qui la déshonore » en maintenant en détention l'écrivain âgé et malade[57].
Interrogé par L'Opinion, le président algérien affirme qu'il ne s'agit pas « d'un problème algérien », mais d'une affaire relevant de « ceux qui l'ont créé ». Il juge que cette mobilisation vise à « mobiliser contre l'Algérie », et rappelle que Boualem Sansal ne pouvait recevoir une visite consulaire puisqu'il est « avant tout algérien »[58]. Il précise que l'écrivain bénéficie d'un suivi médical et qu'il peut communiquer régulièrement avec sa femme et sa fille[58].
En Belgique, la Chambre des représentants adopte à l'unanimité, en , une résolution demandant sa libération immédiate et inconditionnelle[59].
En , le président français Emmanuel Macron appelle le président algérien Tebboune pour relancer le dialogue entre les deux pays et notamment, évoquer le sort de Boualem Sansal[52]. En août de la même année, Emmanuel Macron appelle à des mesures de rétorsion plus fortes contre l'Algérie, invoquant notamment l'incarcération prolongée de Boualem Sansal et celle du journaliste Christophe Gleizes[60].
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier sollicite officiellement la libération de l'écrivain[61]. Le , Abdelmadjid Tebboune annonce accepter cette demande « en raison de sa nature et de ses motifs humanitaires »[62].
Société civile et ONG
En Algérie, l'annonce de l'arrestation suscite peu de réactions. TSA estime que nombre d'Algériens reprochent à Sansal ses prises de position perçues comme proches de l'extrême droite française ainsi qu'un alignement sur les thèses marocaines, dans un contexte de tension croissante entre les deux pays[63],[64]. Sur les réseaux sociaux algériens, il est « diabolisé » et considéré comme un « ennemi public »[43]. Le journal El Watan accuse l'écrivain d'avoir symboliquement « cédé » une partie du territoire algérien dans ses déclarations, et affirme qu'il aurait servi d'indicateur pour « sonder » la fermeté de l'État concernant la souveraineté nationale[65].
En , l'écrivain Yasmina Khadra demande sa libération lors d'un entretien avec le président Tebboune[66]. Début juin, l'écrivain Rachid Boudjedra le qualifie d'« homme du système algérien choyé en bureaucrate docile » et affirme qu'il a bénéficié d'avantages pour construire une villa dans un site protégé à Zemmouri[67].
Amnesty International, le Pen Club et Reporters sans frontières condamnent son arrestation et réclament sa libération[68]. Pour Bassam Khawaja (Human Rights Watch), l'affaire Sansal « illustre bien la répression qui sévit en Algérie, contre ceux qui critiquent les autorités ou expriment des opinions qui leur déplaisent »[69].
Monde littéraire
Dès , les éditions Gallimard, son éditeur de longue date, ont appelé publiquement à la libération de Boualem Sansal et exprimé leur inquiétude face à sa détention. Dans un communiqué, elles dénoncent l'arbitraire de son incarcération et rappellent l'importance de la liberté d'expression et de création pour la littérature francophone[70].
Le , l'Académie française publie un communiqué exprimant son « espoir » de voir Boualem Sansal libéré rapidement. Elle rappelle avoir déjà récompensé l'écrivain à deux reprises et souligne que sa « voix singulière » lui est précieuse[71].
La Société des gens de lettres (SGDL) se joint en au mouvement de soutien, appelant à la libération de Boualem Sansal. Elle dénonce également un emprisonnement « arbitraire » et rappelle que la liberté d'expression et la liberté de création sont « au fondement de notre démocratie et de notre modèle culturel »[72].
En , les éditions Gallimard et l'Institut du monde arabe organisent une soirée de solidarité en faveur de Boualem Sansal, rassemblant des écrivains et personnalités du monde littéraire et culturel[73]. À cette occasion, un livret de 64 pages est publié, regroupant les prises de parole d'auteurs tels que Sylvain Tesson, Laure Adler, Amélie Nothomb et Daniel Pennac, sous la bannière « Libérez Boualem Sansal »[73].
À de multiples reprises, dans Le Figaro, sur France Info TV et d'autres chaînes de télé, Lina Murr Nehmé, historienne et politologue, appelle également à la libération de Boualem Sansal[74],[75].
L'écrivain algérien Kamel Daoud apporte également son soutien à Boualem Sansal. Il rappelle l'attachement de ce dernier à la France « des Lumières », qu'il décrit comme « pas sa terre seulement, mais toute sa légende universelle »[73].
En , l'organisation internationale des auteurs PEN International lance une campagne dédiée intitulée Boualem Sansal case file. L'organisation dénonce l'usage de chefs d'inculpation liés à la « sécurité nationale » qu'elle considère comme détournés pour viser des critiques du gouvernement, et appelle les gouvernements étrangers à intervenir pour obtenir la libération de l'écrivain[76]. C'est également l'avis de François Zimeray, l'ancien avocat français de Sansal, qui considère que son client est « clairement l’otage de la relation dégradée entre Paris et Alger » et « l’objet d’une persécution[43]. »
Après sa libération
Passage par l'Allemagne
À la suite de sa libération par les autorités algériennes, la présidence fédérale allemande affrète un avion du gouvernement pour aller le chercher à Alger. Dans la soirée du , il est acheminé vers Berlin en compagnie de Wolfgang Dold, le conseiller aux affaires étrangères de M. Steinmeier. Il y séjourne quelques jours dans un hôpital militaire pour y recevoir des soins médicaux[77]. Le , il est de retour en France où il est reçu brièvement par le président de la République au palais de l'Élysée[78].
Premières interviews

Après son retour, il accorde sa première interview à France Télévisions où il raconte son arrestation, ses conditions de détention et sa libération, évoque ses problèmes de santé et mentionne le sort de Christophe Gleizes[79].
Lors de son interview le par le quotidien Le Monde, il se montre préoccupé par sa situation matérielle : « Mon téléphone, mon ordinateur, mes archives, vingt ans de travail… toutes mes affaires sont restées en Algérie, certaines sont encore considérées comme des pièces à conviction, donc aux mains de la justice. Ma femme et moi allons nous installer ici, en France, mais il faut qu’on trouve quelque chose, un endroit où habiter, ça prend du temps. Et mes comptes sont bloqués[80]. »
Désactivation de son passeport algérien
Le , deux semaines après sa libération, son passeport est désactivé par les autorités algériennes, après des déclarations jugées controversées sur l'Algérie dans des médias français, contraignant l’écrivain, qui détient la double nationalité algérienne et française, à solliciter un visa pour entrer dans son pays d’origine[81]. Dans ses déclarations il évoque son souhait de revenir en Algérie pour, selon ses mots, « corriger l’injustice subie », ce qui est interprété par les autorités comme un défi ouvert. Sur le plan juridique, la désactivation technique du passeport n’équivaut cependant pas au retrait de la nationalité algérienne[82],[83],[84]. Néanmoins, il n'envisage pas un retour immédiat : « Si j’y allais maintenant, ce serait une provocation inutile. Je préfère attendre que tout se tasse, que Christophe sorte, et que le pouvoir comprenne qu’il doit arrêter d’emprisonner les gens »[85]. Ses comptes bancaires sont bloqués, entraînant la cessation du versement de sa retraite de haut fonctionnaire de l'État algérien, tandis qu'il se trouve privé de l'accès à sa villa de Boumerdes[14].
Le , Boualem Sansal déclare dans un premier temps qu’il n'est plus citoyen algérien. Puis il indique qu'il ne peut pas le confirmer car, selon lui, ce sont « des rumeurs qui circulent en Algérie »[86].
Arrivée chez Grasset
Après sa libération, il est hébergé dans un appartement de quatre pièces mis à sa disposition par son éditeur Antoine Gallimard, situé au dernier étage de l'hôtel particulier abritant la maison d'édition dans le 7e arrondissement de Paris. À la suite d'un différend avec son éditeur sur la durée de l'occupation des lieux, il quitte ce logement pour s'installer dans un grand appartement du 6e arrondissement de Paris, dont le loyer est pris en charge par le groupe Bolloré[14].
En , il quitte Gallimard, son éditeur historique[87], pour rejoindre Grasset, détenu et contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré[88]. Il explique dans une tribune cette décision par une « divergence » avec son ancien éditeur née pendant sa détention en Algérie[89]. Son arrivée chez Grasset coïncide avec un désaccord sur la date de publication de son prochain ouvrage ; certains médias évoquent un lien avec le départ d'Olivier Nora[90].
En avril 2026, sa réception à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique suscite une polémique. L'académicien Jean-Luc Outers, chargé du discours d'accueil, aurait « préféré » que la cérémonie n'ait « pas lieu dans le climat actuel de tensions », tandis que l'écrivain Jean-Philippe Toussaint annonce qu'il n'y assistera pas, estimant que « les conditions ne [sont] pas réunies pour le recevoir sereinement »[37].
Distinctions
Le , sous la coupole de l’Académie française, il reçoit le prix mondial Cino-Del-Duca, qui célèbre une œuvre qui porte « un message d’humanisme moderne ». Le , une remise symbolique du prix y avait déjà été organisée alors qu'il était encore détenu en Algérie[80]. Doté de 200 000 euros et presidé par le secrétaire perpétuel de l'Académie française, ce prix compte parmi les plus lucratifs au monde. L'écrivain fait par ailleurs partie du jury de ce prix[14].
Le , il est décoré de la Légion d’honneur[91].
Le , il reçoit en main propre la médaille d'honneur de la Ville de Strasbourg, récompense qui lui avait été attribuée le à la fin de l'année Strasbourg Capitale mondiale du livre de l'Unesco[92]. Présent à l'inauguration en et parrain de l'évènement, sa détention à partir de par les autorités algériennes l'empêche de participer à la suite de la manifestation. Remise en son absence lors de la cérémonie de clôture en , la médaille est confiée provisoirement à son ami Kamel Daoud jusqu'à sa libération[93].
Élection à l'Académie française
Le , il est élu à l’Académie française par 25 voix sur 26 pour le fauteuil numéro 3, laissé vacant depuis le décès de Jean-Denis Bredin en 2021[94]. Le , une première élection, à laquelle il ne participait pas, avait déjà eu lieu pour ce fauteuil. Aucune majorité ne s'était dégagée après trois tours et l’élection avait été reportée. Sansal s'était porté candidat par écrit le auprès d'Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie. Il a également envoyé à chacun des 35 membres « la meilleure lettre de candidature possible »[95],[96].
Décorations
Chevalier de la Légion d'honneur (promotion du [97],[91]).
Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres (2012)[98].
Œuvres
Romans
- 1999 : Le Serment des barbares, Gallimard, coll. « Folio » (no 3507)prix du premier roman 1999, prix Tropiques 1999
- 2000 : L'Enfant fou de l'arbre creux, Gallimard, coll. « Folio » (no 3641)prix Michel-Dard
- 2003 : Dis-moi le paradis, Gallimard, coll. « Blanche » (ISBN 978-2-0707-6772-4)
- 2005 : Harraga, Gallimard, coll. « Folio » (no 4498).
- 2008 : Le Village de l'Allemand ou Le Journal des frères Schiller, Gallimardgrand prix RTL-Lire 2008, grand prix de la francophonie 2008, prix Nessim-Habif (Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique), prix Louis-Guilloux[15]
- 2011 : Rue Darwin, Gallimardprix du Roman-News 2012[99]
- 2015 : 2084 : la fin du monde, Gallimard
- 2018 : Le Train d'Erlingen, ou La métamorphose de Dieu, Gallimard, 250 p. (ISBN 978-2-07-279-839-9)[100],[101].
- 2020 : Abraham ou La Cinquième Alliance, Gallimard, coll. « Blanche »
- 2024 : Vivre : le compte à rebours, Gallimard, 234 p. (ISBN 978-2-07-304477-8).
Nouvelles
- 2001 : La Voix, Gallimard / Le Monde[102].
- 2004 : La Femme sans nom, Littera et l’Aube.
- 2005 : « La vérité est dans nos amours perdues », dans Des nouvelles d'Algérie, éd. Métailié.
- 2005 : « Homme simple cherche évènement heureux », Le Monde, (lire en ligne).
- 2006 : « Tous les bonheurs ne valent pas le déplacement », Beaux Arts Magazine, no 259, , p. 146-147
- 2006 : « La terrible nouvelle », Le Monde.
- 2008 : « Ma mère » in Ma mère (collectif), Chèvrefeuille étoilée.
- 2008 : « Rendez-vous à Clichy-sous-Bois : Mohand ou la mort au coin de la rue » in Des nouvelles de la banlieue (collectif), Textuel/Ivre d'images.
Essais
- 2006 : Poste restante : Alger : lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes, éd. Gallimard, « Folio » no 4702.
- 2007 : Petit Éloge de la mémoire : Quatre Mille et Une Années de nostalgie, éd. Gallimard, « Folio » no 4486.
- 2013 : Gouverner au nom d'Allah : Islamisation et Soif de pouvoir dans le monde arabe, éd. Gallimard.
- 2017 : L'Impossible Paix en Méditerranée, avec Boris Cyrulnik, dialogue animé par José Lenzini, éditions de l'Aube.
- 2020 : France-Algérie, Résilience et Réconciliation en Méditerranée, avec Boris Cyrulnik, dialogue , éditions Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-5168-1).
- 2021 : Où va la France ?, tribune publiée dans Le Figaro[103].
- 2021 : Lettre d'amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre, Gallimard.
- 2024 : Le Français, parlons-en !, éditions du Cerf.
Livres techniques
Autres
- 2001 : La Médiation dans l’art contemporain, musée du Jeu de Paume, Paris.
- 2002 : « Alger, mon amour », dans Amours de villes, villes africaines, coéd. Fest’Africa / Dapper littérature.
- 2003 : « L’âge de raison », dans Journal intime et politique, Littera-l’Aube.
- 2003 : « Souvenirs d’enfance et autres faits de guerre », dans L’Algérie des deux rives, coéd. Fayard / Mille et une nuits, Paris.
- 2005 : « L’odyssée de la mémoire », Senso Magazine, Paris.
- 2006 : Les Guerres d’Algérie, université de Berkeley.
- 2006 : La Question linguistique en Algérie, Lyriades.
- 2007 : C’était quoi, la France, éd. Gallimard, Paris.
- 2012 : Manifeste pour l'hospitalité des langues, Gilles Pellerin, Henriette Walter, Wilfried N'Sondé, Boualem Sansal, Jean-Luc Raharimanana et Patrice Meyer-Bisch, éd. La Passe du vent.
- 2017 : « La France, État altéré »[104], dans The New York Times.
- 2024 : Sous la dir. Daniel Salvatore Schiffer L'Humain au centre du monde - Pour un humanisme des temps présents et à venir. Contre les nouveaux obscurantismes, Éditions du Cerf, 392 pages.
En revue
- Contributions à la revue Front populaire[105]
Distinctions
Prix littéraires
- 1999 : Prix du premier roman et prix Tropiques pour son roman Le Serment des barbares
- 2007 : Prix Édouard-Glissant[note 1]
- 2008 : Grand prix RTL-Lire pour son roman Le Village de l'Allemand
- : Prix de la paix des libraires allemands, pour la manière dont il « critique ouvertement la situation politique et sociale de son pays[106]. »
- 2012 : Prix du roman arabe pour le livre Rue Darwin[107],[note 2] ; prix du Roman-News pour ce même roman
- 2013 : Prix Jean-Zay pour son essai Gouverner au nom d'Allah
- : Grand prix de la francophonie de l'Académie française[note 3]
- 2014 : Médaille d'or de La Renaissance française pour l'ensemble de son œuvre
- 2015 : Grand prix du roman de l'Académie française pour son roman 2084 : la fin du monde
- : Prix Méditerranée pour son roman Abraham ou La cinquième Alliance[note 4],[108]
- : Prix Constantinople, décerné à Paris pour l'ensemble de son œuvre
- : Prix Jiří Theiner[note 5],[109],[110],[111]
- : Prix Renaudot du livre de poche pour Vivre : le compte à rebours (Gallimard)[112]
Hommage
- : Prix international de la laïcité de l'association française Comité Laïcité République[113]
- : Prix de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra)[114]
- : Le conseil municipal de Cholet dans le Maine-et-Loire décide de donner le nom de Boualem Sansal à une place de la ville[115]
- : Prix mondial Cino-Del-Duca[80],[116]
- : Prix SGDL pour les libertés d'expression et de création[117],[111]
- : Médaille d'honneur de la ville de Strasbourg[118]
Membre d'académies
- : Élu membre associé de l'Académie des sciences d'outre-mer[119]
- : Élu membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique[120]
- : Élu à l'Académie française[94]