Breton
langue celtique parlée en Bretagne
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Le breton (en breton : brezhoneg, souvent prononcé /breˈzõːnɛk/ ou /bʁeˈzõːnək/ⓘ dans les dialectes majoritaires KLT, /ˈbrəhõ̝nək/ ou /br̩ˈtõ̝/ dans certains parlers vannetais[4]) est une langue celtique parlée en Bretagne. Ses locuteurs sont des brittophones ou bretonnants.
16 000 en région Île-de-France en 2007[2]
| Breton Brezhoneg | |
| Pays | |
|---|---|
| Région | Bretagne |
| Nombre de locuteurs | 207 000 sur les cinq départements de la Bretagne historique en 2018[1]
16 000 en région Île-de-France en 2007[2] |
| Nom des locuteurs | bretonnants, brittophones |
| Typologie | SVO + V2, flexionnelle, accusative, à accent d'intensité |
| Classification par famille | |
| Statut officiel | |
| Régi par | Office public de la langue bretonne (Ofis publik ar Brezhoneg) |
| Codes de langue | |
| IETF | br
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| ISO 639-1 | br
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| ISO 639-2 | bre
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| ISO 639-3 | bre
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| Étendue | individuelle |
| Type | vivante |
| Linguasphere | 50-ABB-b
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| WALS | bre
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| Glottolog | bret1244
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| État de conservation | |
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Langue sérieusement en danger (SE) au sens de l’Atlas des langues en danger dans le monde
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| Échantillon | |
| Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français) : Mellad kentañ Dieub ha par en o dellezegezh hag o gwirioù eo ganet an holl dud. Poell ha skiant zo dezho ha dleout a reont bevañ an eil gant egile en ur spered a genvreudeuriezh. |
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| Carte | |
Carte des dialectes bretons. | |
| modifier |
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Classification

Le breton appartient au groupe des langues celtiques brittoniques, plus précisément à la branche brittonique du Sud-Ouest. Il est apparenté à ses deux cousines du Royaume-Uni que sont le cornique, autre membre de cette branche, et, plus lointainement, le gallois, membre de la branche-sœur des langues brittoniques occidentales. Il est reconnu comme langue régionale ou minoritaire de France et, depuis 2004, comme langue de la région Bretagne, aux côtés du français et du gallo, par le conseil régional. Il est classé comme « langue sérieusement en danger » selon l'Unesco[5].
Pratique
Sa pratique traditionnelle est majoritairement concentrée dans l'ouest de la péninsule, au-delà d'une ligne allant de Plouha au nord jusqu'au pays de Muzillac au sud[6]. Au Xe siècle, le breton était pourtant parlé à 20 km de Rennes[7]. La Basse-Bretagne est la ligne de limitation Est du domaine brittophone est la plus discutée[8].
Selon le sondage TMO pour la région Bretagne réalisé en , il y aurait environ 207 000 locuteurs actifs de plus de 15 ans[9] dans les cinq départements de la Bretagne historique, dont 51 % dans le Finistère, ce qui représente au total 5,5 % de la population bretonne[10]. En 2024, le nombre de locuteurs est estimé à 107 000 personnes[11]. Jusqu'en 2018, le breton était après le français la première langue parlée dans la région de la Bretagne[10]. Depuis les années , il n'est plus attesté de brittophone monolingue[12]. En 2025, l'office public de la langue bretonne compte environ 225 000 locuteurs de plus de deux ans[13].
La prononciation, le vocabulaire et d'autres aspects de la forme sous laquelle la langue devrait être conservée dans le monde contemporain sont des objets de controverse. Certains sont partisans d'un breton populaire, d'autres d'une langue purifiée n’utilisant pas ou très peu d’emprunts aux langues romanes comme le gallo, voire le français. Ces controverses portent aussi sur l’écriture de la langue et l'intégration de la diversité dialectale du breton. L'orthographe officielle du breton est le peurunvan[14].
Histoire

Le breton est une langue celtique de la branche brittonique, en cela proche du gallois et plus encore du cornique[15],[16]. Son histoire en Bretagne « continentale » commence à la fin de l’Antiquité et la langue s’y implante autour du Ve siècle à la faveur des migrations de populations bretonnes vers la péninsule armoricaine. Ces “nouveaux” celtes se mélangèrent aux tribus celtes déjà présentes : les Vénètes, les Osismes et les Coriosolites[17].
Du fait de sa proximité immédiate avec le roman, puis le gallo et le français, la langue bretonne a intégré au fil des siècles de nombreux mots d'origine latine[18]. Certains termes aujourd'hui jugés fautifs ou considérés comme de récents emprunts à la langue française sont ainsi utilisés en breton depuis très longtemps. C'est notamment le cas pour les termes partout (« partout »), déjà relevé en 1575[19] et langaj (« langage »), signalé sur le Catholicon en 1499[20].
Le breton est généralement scindé en trois phases historiques :
- le vieux breton, du Ve au XIe siècle ;
- le moyen breton, du XIIe au XVIe siècle ;
- le breton moderne, du XVIIe à nos jours[21].
Cette langue est traditionnellement parlée dans la partie occidentale de la Bretagne (ou Basse-Bretagne) à partir d'une ligne allant de Saint-Brieuc (au nord) au pays de Guérande (au sud)[22].
Antiquité



Après le retrait de l'Empire romain et de ses armées de Bretagne insulaire durant la première décennie du Ve siècle, le mouvement migratoire breton s'intensifie, notamment à cause de la poussée des Pictes de Calédonie (actuelle Écosse), des scots d'Irlande, ainsi que des Jutes, des Angles et des Saxons de l'actuel Danemark et de Germanie, qui ont abordé dès 442 l'île de Bretagne. Pour combler ce vide militaire, les civitates armoricaines concluent des traités avec leurs voisins d'outre-Manche pour faire venir des tribus bretonnes menées par leurs chefs traditionnels. Ces colons mi-paysans, mi-soldats, venus du Pays de Galles (le groupe de saints le plus important partant de cette région, souvent après avoir été formés dans des écoles monastiques telles que celle de Llannilltud Fawr)[Note 2], de la Cornouaille et de la Domnonée insulaire au sud de la Grande-Bretagne, vont contribuer à répandre des cultes et des influences extérieurs. La seconde vague d'émigration est non seulement organisée mais aussi encouragée par l'Église. Les migrants bretons sont en effet accompagnés et encadrés par de hauts dignitaires du clergé breton (les « saints bretons », notamment les sept saints fondateurs)[26].
Il existe une diversité de la position de l’accent tonique dans les langues celtiques. Cela interdirait toute supposition sur la place de l’accent en vieux celtique et ne permettrait pas d’expliquer par un substrat gaulois les spécificités du vannetais[27].
Haut Moyen Âge
À la suite de la bataille de Jengland (851), la Bretagne s'agrège les Marches de Bretagne, comprenant notamment Nantes et Rennes. Ces villes romanes exerceront une influence notable dans le recul du breton parmi l’élite bretonne : dès le haut Moyen Âge, le roman de l'Ouest (ancêtre du gallo actuel) tend à remplacer le breton dans l’administration ducale et le dernier duc de Bretagne à parler breton est supposé être Alain IV Fergent (mort en 1119)[21].
Moyen Âge
Au Moyen Âge, se distingue :
- le vieux breton, jusqu'à la fin du XIe siècle, date de la fin de l'occupation normande qui marquera le début du moyen breton[29].
- le moyen breton, jusqu'à la fin du XVIe siècle[30].

Vers l’an 1000, en suivant la frontière des toponymes signifiant monastère : Mouster, Monter, Montoir (établis dans une localité à l’époque bretonnante) qui s’opposent au toponyme Moutiers (établis dans une localité à l’époque de langue romane), on s’aperçoit que le breton est usité dans une zone correspondant à peu près aux trois départements du Morbihan, du Finistère, et des Côtes-d'Armor, ainsi qu'une petite partie de celui d'Ille-et-Vilaine et le pays Guérandais dans la Loire-Atlantique.
- Au XIVe siècle, le breton était parlé à l’est de Loudéac, à Plémet (en 1350 à l’occasion du jugement de canonisation de saint Yves, un interprète était originaire de cette paroisse).
- En 1499, le chevalier allemand Arnold von Harff met par écrit quelques phrases de breton entendues à Nantes[31].
Politique linguistique des ducs de Bretagne
Dès la fin du XIIIe siècle et bien avant la réunion du duché de Bretagne au royaume de France, l'administration ducale abandonna le latin au profit du français, sans passer par le breton. Jusqu'au XIIIe siècle, les actes administratifs et juridiques sont rédigés en latin, puis le français concurrence le latin dans les actes de la chancellerie, avant de le remplacer définitivement[32],[33]. L'historien Jean Kerhervé affirme n'avoir jamais retrouvé au cours de ses dépouillements d'archives un quelconque document financier en breton[34].
Par ailleurs, aucun des derniers ducs de Bretagne ne s'exprima officiellement en breton, et leur effort de centralisation s'appuyait exclusivement sur l'utilisation du français[34].
Terminé en 1464, le Catholicon de Jehan Lagadeuc, dictionnaire trilingue breton-français-latin, est à la fois le premier dictionnaire breton, le premier dictionnaire français et le premier dictionnaire trilingue[35].
Politique linguistique des rois de France

Après l'union du duché à la France, l’Ancien Régime, faisant peu de cas des langues locales, accepta le breton comme il était : essentiellement une langue vernaculaire et utilisée pour la religion catholique. Cependant l'usage du français fut imposé dans l’administration, suivant l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui prescrivait l’emploi du français dans les cours de justice et les actes officiels. Mais cette imposition fut de portée symbolique, car le duché de Bretagne avait abandonné le latin pour le français comme langue administrative plus d’un siècle avant le royaume de France[32],[33].
Politique linguistique pendant la Révolution
En 1790, l’Assemblée nationale commence par faire traduire dans toutes les langues régionales les lois et décrets, avant d’abandonner cet effort trop coûteux[36]. En 1794, Bertrand Barère effectue une présentation au Comité de salut public de son Rapport sur les idiomes, dans lequel il déclare que « le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton » (le fédéralisme étant présenté par ce Comité comme ennemi de la « République une et indivisible »[37]).
« Je commence par le bas-breton. (...) Là, l'ignorance perpétue le joug imposé par les prêtres et les nobles (...). Les habitans des campagnes n'entendent que le bas-breton ; c'est avec cet instrument barbare que les prêtres et les intrigans les tiennent sous leur empire, dirigent leurs consciences, et empêchent les citoyens de connoitre les lois et d'aimer la République. L'éducation publique ne peut s'y établir, la régénération nationale y est impossible. »
Cet usage imposé de la langue française, principalement dans l'enseignement, est présenté aussi par ses promoteurs comme visant à élever le niveau de connaissance de la population par l'instruction ainsi que par la diffusion d'une langue commune[38]. Pour les révolutionnaires, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale est un obstacle à la démocratie et aux débats démocratiques, c'est les laisser à la merci de l'arbitraire, mais c'est également un obstacle à la diffusion des idées révolutionnaires : « La monarchie avait des raisons de ressembler à la tour de Babel ; dans la démocratie, laisser les citoyens ignorants de la langue nationale, incapables de contrôler le pouvoir, c'est trahir la patrie […] Nous devons aux citoyens « l'instrument de la pensée publique, l'agent le plus sûr de la Révolution », le même langage »[39].
De l'idée de « langue commune », on passe rapidement à l'idée de « langue unique » demandant l'éradication des autres langues. L’abbé Grégoire déclare en 1793 devant de Comité de l'instruction publique : « il est plus important qu'on ne pense, en politique, d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers, qui prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés », et l'année suivante il rend son Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française[38].
Le , une loi institue des écoles primaires d’État où les élèves apprennent le français. Le , par décret, la Convention décide que « le français sera seul en usage à l’école ». Le , un décret ordonne la nomination, dans chaque commune où on ne parle pas français, d’un instituteur francophone. Mais, vu le peu d'établissements scolaires, ces mesures ne sont pas suivies d'effets immédiats, l'instruction publique et obligatoire n'étant mise en place que sous la Troisième République[40].
Période romantique : renouveau de la langue bretonne
En 1807, Jean-François Le Gonidec publie une Grammaire celto-bretonne, dans laquelle il réforme l’orthographe du breton[41], puis en 1821 un Dictionnaire celto-breton[42].
D'après Abel Hugo, vers 1835 le langage « brezounecq » , vulgairement nommé bas-breton, est la langue maternelle de plus de 1 100 000 habitants sur les 1 556 790 qui composent la population des départements du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord[43].
En 1839, Théodore Hersart de La Villemarqué publie le Barzaz Breiz, recueil de chants traditionnels en breton[44],[45]. On sait aujourd’hui que certains des textes collectés ont été revus et modifiés par l’auteur, comme le faisaient les auteurs de contes populaires tels Charles Perrault et Grimm, et certains autres textes ont été entièrement composés par lui, mais Donatien Laurent a montré dans sa thèse soutenue en 1974 que ces arrangements ne représentent qu'une part minime du recueil[46].
L'abbé Augustin Conq traduit plusieurs fables de La Fontaine en breton[47].
En 1864, Charles de Gaulle, oncle du futur Général de Gaulle, apprend le breton et entretient des correspondances avec plusieurs écrivains bretons de l’époque. Charles de Gaulle va jusqu’à lancer une pétition pour la protection des langues régionales[48].
Politique linguistique sous la IIIe République
La lutte contre l'utilisation du breton dans les églises


La circulaire Dumay du énonce qu'« en principe le budget de l'État n'a pour but que de rétribuer des services accomplis dans la langue nationale et dans l'intérêt français ». Elle vise donc directement les membres du clergé qui, en Basse Bretagne et ailleurs, font usage d'une autre langue que le français pour la prédication et l'instruction religieuse, notamment le catéchisme[49].
La circulaire du , signée par Émile Combes, alors président du conseil, mais aussi ministre de l'intérieur et des cultes, fut appliquée : les maires devaient signer chaque trimestre en vertu du Concordat un certificat de résidence attestant de la présence des curés, desservants et vicaires dans leur commune afin qu'ils puissent recevoir leur traitement[50] ; ce certificat de résidence "modèle 5" fut modifié en fonction de la circulaire, un rajout indiquant pour chaque prêtre « et a fait au cours du trimestre qui vient de s'écouler les instructions religieuses, y compris le catéchisme, en français »[49]. Plusieurs maires refusèrent de signer un tel document, d'autres rayant ce rajout sur le certificat de résidence. En conséquence, 87 prêtres furent, dans le seul département du Finistère, frappés en 1903-1904 par des suspensions de traitement pour « usage abusif de la langue bretonne dans l'enseignement du catéchisme et la prédication » (d'autres l'étant aussi dans les parties bretonnantes des Côtes-du-Nord et du Morbihan, 127 prêtres bretons furent en tout concernés, même si la suspension de traitement ne fut pas appliquée à tous les prêtres qui auraient pu être concernés)[49].
Selon une déclaration faite par Émile Combes à la Chambre des députés le , dans trois communes du Finistère seulement, le catéchisme était alors enseigné uniquement en français : Brest, Saint-Pierre-Quilbignon et Le Relecq-Kerhuon[51].
Lutte contre l'utilisation du breton dans les écoles

Sous la IIIe République, les pouvoirs publics désirent assurer l’unité française et faciliter la promotion sociale au sein de la nation. Pour ces raisons, les responsables de l’enseignement public commencent à proscrire l’usage de tous patois ou parlers régionaux à l’école. À partir du milieu du XIXe siècle, le breton est appelé yezh ar moc'h, « la langue des oies et des cochons »[52].
Le , Émile Combes, publie une circulaire interdisant l’usage du breton pour la prédication et le catéchisme[53].
Un certain nombre de religieux au XIXe siècle, en Bretagne, organisent un enseignement du breton et de l’histoire de la Bretagne, parfois en breton, comme le montre l’Histoire de Bretagne en breton rédigée par Anna Mezmeur (br)[54].
La politique scolaire contre le breton date de la fin du XIXe siècle. Elle utilise alors deux méthodes :
- d’une part, le breton n’est plus enseigné à l’école, car les écoles en breton sont fermées[55] ;
- d’autre part, le français doit être la seule langue utilisée dans les écoles républicaines, y compris dans les cours de récréation. Comme les autres locuteurs des langues parlées en France et dans les colonies françaises d’Outre-Mer, les élèves bretonnants subissent des persécutions officielles au moyen notamment de pratiques humiliantes. Ainsi se répand la pratique du symbole, petit objet qui passe au cou d’élève à élève pendant la récréation à chaque fois que l’un d’entre eux parle breton, avec une punition pour le dernier élève à l’avoir[56].
Pour illustrer la vigueur de cette politique, certains sppuient notamment sur une phrase qui aurait été longtemps affichée dans certaines écoles primaires : « Il est interdit de parler breton et de cracher par terre », phrase qui associe deux interdictions de nature différente, une liée à l’hygiène et une à l’emploi de la langue, censée illustrer la politique d’amalgame et de dévalorisation employée pour parvenir à éradiquer le breton en Bretagne. La phrase a été popularisée par l’essayiste Morvan Lebesque et les poètes Paol Keineg et Yann-Ber Piriou dans les années 1970. Or en 2024, aucune affiche de ce type n'a été mise au jour et les exemplaires étudiés se sont révélés être des montages récents[56].
Ainsi, il a été affirmé que le Musée rural de l’éducation de Bothoa à Saint-Nicolas-du-Pélem dans les Côtes-d'Armor possédait une telle affiche, or après enquête ce musée ne possède aucune affiche portant une telle mention[57]. Fañch Broudig qui a mené une étude sur le sujet[58] a conclu à un faux pour un autre cas impliquant le Musée de l'école rurale de Trégarvan[59] :
« Autant le principe édicté en 1897 par l’inspecteur d’académie du Finistère, Dosimont, selon lequel pas un mot de breton ne devait être prononcé ni en classe ni dans les cours de récréation est couramment référencé, autant il est difficile de retrouver trace de l’interdiction « de cracher par terre et de parler breton » […] Sous réserve d’inventaire complémentaire, il faut considérer que la phrase que l’on brandit désormais comme un contre-slogan est, historiquement, une extrapolation. »
Toutefois, le ministère de l’Éducation chercha à proscrire le breton dans les écoles via plusieurs directives[60]. Le même auteur cite, en outre, le Règlement pour les écoles primaires élémentaires de l’arrondissement de Lorient, adopté et arrêté par le Comité supérieur de l’arrondissement en 1836 et approuvé par le recteur d'académie en 1842, qui dispose : « Art. 21. Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré. » S’exprimer en breton et parler « grossièrement » font l’objet de la même prohibition[61].
Cette action de l'État contre la langue a été « essentiel[le], et, […] déterminant[e] » pour son recul, selon Fañch Broudig, même s'il admet que la disparition du breton se passa dans l'indifférence des Bretons qui adoptèrent librement le français après-guerre afin d'accéder à d'autres connaissances et opportunités. L'accusation d'une « culture humiliée » par l'État est née au XXe siècle et a été développée ensuite par le Mouvement breton[62].
Entre-deux-guerres et Occupation
Régulièrement, des voix s’élèvent en faveur de l'enseignement du breton, mais elles resteront minoritaires. En particulier, de grandes pétitions (Er Brezhoneg er skol dans les années 1930, la grande pétition populaire d’Emgleo Breiz en 1967) et des manifestations régulières demanderont l’enseignement du breton[63].
À partir de 1925, grâce à Roparz Hemon la revue Gwalarn voit le jour. Au cours de ses dix-neuf années d’existence, elle tente d’élever cette langue au niveau des autres grandes langues « internationales » en créant des œuvres originales couvrant tous les genres et en proposant des traductions du patrimoine littéraire de l’humanité. Il cherche à standardiser le breton et crée l'orthographe perunvan en 1941[63].
En 1927 paraît l'Atlas linguistique de la Basse-Bretagne, un atlas linguistique, mis en chantier de 1910 à 1920 par le linguiste Pierre Le Roux, consistant en un ensemble de cartes à l'échelle de la Basse-Bretagne, qui fait état des différentes variations de la langue bretonne. Les enquêtes se sont déroulées auprès de locuteurs natifs, dans 77 communes. 600 mots ou locutions ont été recensés[64].
Dans les années 1930 et 1940, l'association Ar Brezhoneg er Skol propose des cours et des concours de breton[65],[66].
Est créée en janvier 1933 par Yann Sohier l'association Ar Falz. C'est le « bulletin mensuel des instituteurs laïques partisans de l'enseignement du breton »[67],[68].
Le linguiste François Vallée écrit le Grand dictionnaire français-breton, aidé de Joseph Ollivier, René Le Roux (Meven Mordiern) et Émile Ernault, en 1934[69].
Le régime de Vichy, influencé par le traditionalisme maurassien et barressien, se montre conciliant à l'égard des langues régionales : les premières lois en faveur de l'enseignement de ces langues sont dues au ministre vichyssois Jérôme Carcopino. L'objectif de la révolution nationale, l'idéologie officielle du régime de Vichy, est de vivifier le nationalisme français chez les enfants en développant chez eux l'attachement au sol natal[70].
Yann Kerlann crée en , une école privée bretonnante à Plestin-les-grèves[71].
En 1942, R. Panier indique dans la revue Le Français moderne, que du fait de l'école primaire, du service militaire ou bien encore de la vie administrative, la totalité de la Bretagne bretonnante est désormais bilingue[72].
Après-guerre
Après la Seconde Guerre mondiale, l’accès au collège se généralise, et le certificat d’études primaires perd de son importance. En 1972, il ne concerne plus que les adultes et il est finalement supprimé par décret en 1989. En 1951, la loi Deixonne évoque « l’étude des langues et dialectes locaux dans les régions où ils sont en usage », alors même que le déclin du breton fait planer la menace de sa disparition pure et simple à moyen terme[73].
En 1969, Armand Keravel participe, au nom d’Ar Falz, au mouvement Galv (Comité progressiste pour la langue bretonne) regroupant des associations et partis de gauche en faveur de la promotion de la langue bretonne[74].
C'est dans les années 1950 que l'abandon du breton s'est réellement développé en Basse-Bretagne, pour des motifs que Fañch Broudic analyse comme suit :
« Dans le cas de la Basse-Bretagne, le changement de langue n'a pu se faire en particulier que parce qu'un profond mouvement d'opinion s'est, à un moment donné, prononcé dans ce sens. Le pouvoir d'État, à lui seul, ne pouvait l'imposer : les violentes réactions provoquées par les décisions d'Émile Combes en 1902 le prouvent d'abondance. À peine cinquante ans plus tard, la jeunesse féminine opte ostensiblement pour le français et les familles décident de ne plus élever leurs enfants en breton : aucune injonction ne leur avait été adressée en ce sens[75]. »
Selon Broudic, c'est en définitive le désir de modernité et de changements économiques qui a conduit à l'adoption volontaire du français. Ce remplacement de langue sur quelques décennies, en favorisant les échanges, a eu pour effet de stimuler l'économie de la Bretagne et a profondément changé la société[75].
La revue littéraire Al Liamm (« le lien » en français) a édité son premier numéro en 1946[76] et propose des propose dans chaque livraison des nouvelles, de la poésie et des chroniques littéraires, le tout entièrement en breton. En 2013, elle tire à 700 exemplaires et déclare 600 abonnés[77].
En 1951, est votée la loi Deixonne autorisant l’organisation de cours facultatifs pour quatre langues « locales », dont le breton[78].
L’abbé Armand Le Calvez est le fondateur et le directeur de Skol Sant Erwan, école catholique entièrement en breton, en place de [79] à 1961[80].
La Charte culturelle Bretonne est signée en 1977 entre l’État français d’une part et l’Établissement public régional de Bretagne, les conseils généraux des Côtes-du-Nord (aujourd’hui des Côtes-d'Armor), du Finistère, d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et de la Loire-Atlantique d’autre part. En citant la charte, il s’agit d’un acte « de reconnaissance de la personnalité culturelle de la Bretagne et l’engagement d’en garantir le libre épanouissement. »[81].
En 1977 ouvre la première école Diwan et en 1982 les premières classes bilingues, dans l'enseignement public. En 1999 la France signe la Charte européenne des langues régionales, mais le Conseil constitutionnel l’a déclarée non-conforme à la Constitution. Un amendement constitutionnel permettant sa ratification est voté en 2014 par l'Assemblée nationale, mais le texte est finalement rejeté par le Sénat le [82].
Frontière linguistique
L'existence de deux Bretagnes linguistiquement distinctes est attestée de bonne heure. Au XVe siècle, la chancellerie pontificale, qui demandait au clergé de parler la langue de ses ouailles, distingue la Brittania gallicana et la Brittannia britonizans[83]. Cette limite linguistique qui définit toujours la frontière entre Basse et Haute-Bretagne a fluctué depuis l'émigration bretonne en Armorique au profit du gallo, puis du français[84].
Francis Gourvil situe cette frontière le long d'une ligne allant de Plouha (Côtes-du-Nord, à l'époque) à l'embouchure de la rivière de Pénerf (Morbihan)[85].
Cette frontière linguistique distinguait historiquement deux régions : la Haute-Bretagne et la Basse-Bretagne[84].
Situation de la langue au XXIe siècle
Locuteurs
Le nombre de locuteurs actifs de la langue sur le territoire de la Bretagne historique s'élevait à 172 000 personnes en 2009 (données officielles présentées par l'Office public de la langue bretonne et établies selon les enquêtes de Fañch Broudig. En 2007, 13 % des habitants de Basse Bretagne et 1 % de ceux de Haute Bretagne affirment parler « très bien » ou « assez bien » le breton. Par ailleurs, 22 % des habitants de Basse Bretagne et 2 % de ceux de Haute Bretagne affirment comprendre le breton (12 % très bien, et 10 % assez bien)[86].

En 1950, il n'y avait plus que 100 000 monolingues bretons[87], leur nombre est quasi nul depuis les années 1980[88]. En 1999, le breton est encore parlé et compris par 13 000 personnes[89], selon les estimations les plus basses et 350 000 personnes selon les estimations les plus hautes, essentiellement des personnes âgées (64 % des locuteurs ont plus de 60 ans). L’Unesco (2009) classe le breton parmi les langues « sérieusement en danger »[5].
Dans son livre et enquête Qui parle breton aujourd'hui ?, Fañch Broudic analyse l’enquête de TMO réalisée en 1997 ; à cette date, il y avait très précisément 0,2 % de jeunes de 15 à 19 ans capables de parler breton, soit moins de 500 personnes. En 2007, la part des jeunes de 15-19 capables de s'exprimer en breton est passée à 4 %[90]. En 1999, 27 % des parents bretonnants transmettaient leur langue à leurs enfants (Insee, Le Boëtté), ils sont en 2007 entre 35 et 40 % (F. Broudic). Fañch Broudic et l'équipe de TMO renouvellent leur sondage en 2009 et évaluent le nombre total de locuteurs à minimum 200 000, dont 60 % sont retraités[91]. La pratique occasionnelle reste prédominante : 35 000 personnes seulement parlent le breton quotidiennement[92]. En 2018, un sondage a été effectué par TMO à la demande de la Région Bretagne ; plus de 8 000 personnes ayant été interrogées, il a été possible d'avoir des données par pays. Un nouveau sondage commandé par la Région Bretagne en 2024 à l'institut TMO révèle que le nombre de locuteurs s'est fortement réduit et est désormais estimé à 127 000 personnes[93]. L'âge moyen des brittophones est néanmoins passé de 70 ans en 2018 à 59 ans en 2024. Le breton compte désormais moins de locuteurs que le gallo[93].
- Locuteurs du breton.
- Exemple de texte parlé en breton (2016).
- Vidéo réalisée pour présenter un projet dans "An Taol Lagad" sur France 3.
Difficultés administratives et législatives
En 2002, l’association des écoles Diwan a déposé une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir des autorités publiques qu’elles respectent les droits linguistiques de la population bretonne[94]. En 2009, il est encore très difficile de mettre en place ou développer l’enseignement du breton[95],[96].
Le , le lyycée Émile-Zola de Rennes renonce aux filières bilingues, et notamment la filière breton-français, qui prolongeait celle de l'école élémentaire Liberté : le , le recteur d'académie décide de supprimer l'enseignement du breton au collège et au lycée Émile-Zola à la rentrée de septembre. Il le transfère au collège Anne-de-Bretagne et au lycée Jean-Macé. L'association de parents d'élèves Div Yezh Bro Roazhon lance une procédure. Le , le tribunal administratif de Rennes annule la décision du recteur, car le Code de l'éducation précise que « tout élève admis dans un cycle de formation doit pouvoir parcourir la totalité de ce cycle dans l'établissement scolaire »[97].
Diwan et le changement des années 1980

Sont créées en 1977, les écoles Diwan, qui pratiquent la méthode par immersion pour l’apprentissage du breton[98].
En 1982, la circulaire Savary ouvre la possibilité d’une filière de classes bilingues dans l’enseignement[99].

Promotion du breton

En 1999 est fondé l'Office de la langue bretonne (Ofis ar Brezhoneg en breton), association visant à promouvoir le breton[100]. L'OLB coordonne le développement de la signalisation routières sur les axes départementaux et communaux ainsi qu'à l'intérieur des agglomérations. Il est à l'origine de la création du logo « spilhennig »[101] et de la charte « Ya d’ar brezhoneg » (Oui au breton) qui vise à promouvoir l'emploi du breton dans les organismes, entreprises et communes[102].

Le , le conseil régional de Bretagne reconnaît officiellement et à l’unanimité le breton et le gallo comme « langues de la Bretagne, au côté de la langue française ». Par ce vote, la région « s'engage, en recherchant la plus large association de ses partenaires, et en particulier des cinq départements bretons [les quatre départements de la Bretagne administrative et la Loire-Atlantique], afin de permettre la pérennisation de la langue et de la culture bretonnes »[103].

Médias
Aujourd’hui, les médias jouent un rôle important dans la diffusion de la langue bretonne. En tout cas, il s’agit, comme il est mentionné sur la page web www.kervarker.org[104] « des émissions de radio et de télévision en breton », car « il n’y a toujours pas de chaînes émettant en breton, comme en gallois au pays de Galles par exemple. »[105]
Les plus vieux enregistrements en breton
Léon Azoulay[note 1] a enregistré avec son phonographe sur 17 rouleaux de cire 40 minutes et 39 secondes de divers dialectes bretons lors de l'exposition universelle de 1900 à Paris. Cet enregistrement, découvert en 2016 par Mathilde Roquet dans les archives de la Bibliothèque nationale de France, a été analysé par Tudi Crequer qui a retrouvé le nom de certains locuteurs comme le poète Pierre Laurent (de Belz), Jeanne-Marie Le Gouill (de Quimper), Marie-Joseph Rio (de Pluvigner), le chanteur Jean Mathurin Pocard[note 2] (d'Erdeven) et le sonneur de bombarde bigouden Alain-Pierre Guéguen[note 3], ce dernier exerçait la profession de tailleur d'habits[106].
Radio
Au fil du XXe siècle, on rencontre des émissions en langue bretonne. Les premières avaient lieu pendant la deuxième guerre mondiale avec Radio Rennes Bretagne.
En 2010, un projet de radio bretonne pour toute la Bretagne nommée Brudan ha skignan est envisagé[107].
Radio France a créé une nouvelle station consacrée au breton – Radio France Bretagne Ouest, en 1982. En 2000 cette radio a changé de nom pour France Bleu Breizh Izel[108].
Est créé en 1983 Radio Kreiz Breizh[109].
L'association Radio Stalig a pour objectifs :
- Promouvoir la langue bretonne.
- Informer la population du Centre Bretagne et du Trégor.
- Donner la parole aux représentants de la vie associative, aux responsables politiques, socio-économiques et à l’ensemble des citoyens.
- Diffuser la culture bretonne, notamment grâce aux artistes locaux.
- Produire et diffuser des créations musicales et orales[110].
En 1992, le réseau Radio chrétienne de France a lancé une nouvelle Radio-Rivages qui a proposé aussi des émissions en langue bretonne[111].
Les radios entièrement bretonnantes, Radio Kerne[112] et Arvorig FM[113],[114],[115],[116], sont nées en 1998.
En 2008 est officialisé « Brudañ ha Skignañ », un réseau de radios associatives en langue bretonne. Il regroupe Radio Kreiz Breizh, Radio Bro Gwened, Radio Kerne et Arvorig FM[117].
Télévision
En 2006 est créé Brezhoweb, la première chaîne de télé intégralement en langue bretonne[118].
Les autres chaînes télévisées présentant des émissions en langue bretonne sont :
Certains[évasif] ont un sentiment négatif envers la télévision et ses émissions :
« À la télévision moins d’une heure hebdomadaire, régulièrement diminuée à l’occasion d’événements sportifs, est loin de satisfaire le public bretonnant. Il n’existe pas d’émissions pour enfants ni pour les personnes apprenant la langue. À noter que FR3 touche en plus de la redevance des subventions du conseil général du Finistère ainsi que du conseil régional pour le développement de ces émissions. Résultats : aucun. Où va l’argent[105]? »
Presse
Plusieurs journaux en langue bretonne existent. Les actualités régionales ou internationales en breton sont disponibles sur papier, telles les revues Bremañ (mensuel)[122] et Ya (hebdomadaire)[123], ou en version électronique sur Internet, comme Bremaik.
Parmi les représentants de la presse bretonne se trouvent des revues littéraires, linguistiques et culturelles : Aber, Al Lanv, Al Liamm, Brud Nevez, Hor Yezh, Kannadig Imbourc'h, Nidiad. Elles fonctionnent sur la base du bénévolat, aucun rédacteur n'étant payé.
Il est intéressant de mentionner les articles écrits en langue bretonne et paraissant dans la presse régionale française. Ils ne sont pas nombreux, mais on peut trouver des exemples dans le travail d’Annaig Renault, les articles de Lionel Buannic dans Le Télégramme et l'édition d'une page en breton le jeudi Spered ar yezh.
Quelques journaux locaux publient régulièrement des articles en breton. On trouve, ainsi des articles en breton dans des revues à faible tirage avec souvent une couleur politique, telles que An Dasson, Le Huchoèr, Le Peuple breton, Minihi Levenez, Tudjentil Breizh ou War Raok !, ou dans des journaux apolitiques comme l'hebdomadaire Le Trégor.
Vie publique
En ce qui concerne la vie publique, le breton ne dispose d’aucun statut officiel. En outre, les gouvernements français ont jusqu’à ce moment toujours refusé l’idée de négocier le statut des langues régionales. La constitution de la Ve République dit en 1992 que « la langue de la République est le français » et ajoute en 2008 que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». C’est tout en ce qui concerne le cas du breton. Cette situation est décrite par Texier, Kerrain, Sav-Heol Roazhon (maison d’édition) sur la page web du site Kervarker :
« La langue bretonne serait donc un anachronisme de l’Ancien Régime, et l’on se souviendra du discours de Barrère à la Convention : « la superstition parle bas-breton ». Le français bénéficie donc, contrairement au breton qui n’existe pas légalement, de la protection de la constitution et des lois, car si tous les citoyens sont égaux, une seule langue est plus égale que les autres[124]. »
Influence catholique
Le jésuite Julien Maunoir écrit une grammaire et un dictionnaire de breton avec de nouvelles règles orthographiques vers 1659[125].
Usage de la langue bretonne dans l’Église
Le breton est utilisé dans des serments au XVIIIe siècle[126].
En 1902, Émile Combes interdit l’emploi de la langue bretonne dans la prédication et le catéchisme[127].
Le Premier dictionnaire trilingue, breton, français et latin est écrit au XVe siècle par Jehan Lagadeuc. Il s'agit du Catholicon[128].
Grégoire de Rostrenen est chargé par le ministre provincial des Capucins de Bretagne de rédiger un dictionnaire bilingue à destination des ecclésiastiques qui étaient envoyés en Basse-Bretagne sans connaissances suffisantes[129].
En 1626, Guillaume Quiquer de Roscoff traduit en breton un manuel de conversation issu de Flandre[130].
Les publications en breton sont principalement le fait de la maison d'édition Minihi Levenez qui est liée au diocèse de Quimper et Léon ou de celles de la maison d'édition Imbourc'h, qui publie Kannadig Imbourc'h, organe de l’organisation de laïcs catholiques bretonnants Emglev An Tiegezhioù (L'Entente des familles). Le Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier organise cependant régulièrement des messes en breton, appréciées du public brittophone encore très présent[131].
Position de l’Église vis-à-vis du breton au
XXe siècle
Au moment du conflit entre l'Église et l'État sous la Troisième République (début du XXe siècle), le clergé de l'évêché de Quimper, auquel les autorités avaient interdit de prêcher et de faire le catéchisme en breton[note 4], a mené pendant un certain temps un véritable combat pour la langue bretonne[note 5].
Après la seconde guerre mondiale, l'apostolat et le catéchisme se font rarement en breton. On attribue cela au fait que l'Église avait affaire à des fidèles qui comprenaient de moins en moins le breton, et qui réclamaient souvent que la prédication et le catéchisme se fassent en français[132] ; dans un article publié en 1957 par la revue Les Cahiers du Bleun-Brug, peu de temps avant sa nomination comme évêque auxiliaire de Quimper, le chanoine Visant Favé s'inquiète de l'abandon de la langue bretonne par ses concitoyens, et observe qu'une « langue qu'on ne parle plus aux petits enfants au foyer est une langue condamnée à disparaître comme langue vivante[133] ». Vincent Favé, rappelle à ses partisans que « l'Église adopte tout simplement la langue en usage dans le pays » et qu'à une époque où les Bretons abandonnaient leur langue, le clergé n'avait pas lieu de la maintenir contre vents et marées : « Pour la conservation du breton comme langue du catéchisme, nous avons longtemps pris argument de la langue maternelle, et voilà que désormais l'argument se retourne contre le breton. »[134].
Mais l'explosion de l'enseignement bilingue, notamment dans les écoles catholiques, et l'engouement nouveau pour la langue bretonne à partir des années 1970 puis 2000, amènent l'Église à reconsidérer peu à peu la prise en compte de la langue bretonne[135],[136].
Mouvements et publications d’inspiration chrétienne avant-guerre
À la suite du conflit entre l’Église et l’État, pour réagir, il fallait mettre en place tout un système d’enseignement du breton. Il y eut quelques initiatives vers 1900-1914 dont le Bleun Brug créé en 1905 par l’abbé Perrot. Tandis que l'évêque Adolphe Duparc facilitait l'apprentissage du breton dans les écoles catholiques du diocèse de Quimper et Léon, puis y rendait obligatoire l'enseignement du breton en 1942[137].

De nombreux mouvements d’inspiration chrétienne de défense de la langue bretonne, se sont fait jour en Bretagne occidentale :
- le mensuel Feiz ha Breiz, lancé en 1865, est entièrement rédigé en breton[138] ;
- la revue Brediah er Fé, lancée en 1843, offre des traductions en breton des Annales de Propagation de la Foi[139].
Mouvements et revues d’inspiration chrétienne après-guerre
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les revues catholiques populaires en breton répandues en Léon, Cornouaille et Trégor disparurent :
- Feiz ha Breiz, dirigé par l’abbé Perrot de 1911 à 1943 ;
- Ar Vuhez Kristen (br), fondée par les Capucins de Roscoff.
Lesquelles furent remplacées pendant un certain temps par :
- Kroaz Breiz, devenue Bleun-Brug en 1951. Cette dernière revue subsista comme revue d’étude bilingue, dirigée par le chanoine François Mevellec, jusqu’en 1984 ;
- diverses revues d’étude dirigées surtout par l’abbé Loeiz Ar Floc'h, la revue de l’abbé Marsel Klerg : Barr-Heol, qui parut de 1954 à 1977[réf. nécessaire] ; la revue d’étude pédagogique intitulée Skol, entièrement rédigée en breton, de l’abbé Armand Le Calvez, qu’il fit paraître pendant une dizaine d’années.
Dans les années 1960-70, seront publiées :
- une revue d’inspiration chrétienne pour les enfants Wanig ha Wenig, au début sous la responsabilité de l’abbé Armand Le Calvez et de l’abbé Youenn Troal.
- la revue Ar Cʼhrist d'an Indianed, (Le Christ aux Indiens), inspirée surtout par l’expérience missionnaire de l’abbé Youenn Troal sous l’égide du « Fidei Donum » au Pérou ; cette revue parut au cours des années 1960. La revue Imbourc'h publia le journal de son second séjour parmi les Amérindiens à la fin des années 1980. À son retour, il fut recteur de Plounéour-Ménez, dans la région de Morlaix, et fit paraître à cette époque des textes d’inspiration religieuse dans la revue Ar Fulenn (L’Étincelle) dirigée par lui.
- la revue Kaierou Kenvreuriez ar Brezoneg eskopti Kemper ha Leon, dirigée par l'abbé Pèr-Yann Nédélec de 1969 à 1971, puis par l'abbé Job Seité jusqu'en 1979.
- la revue d’étude mensuelle Imbourc'h, liée à une initiative laïque, qui paraît régulièrement depuis 1969, et qui a publié un grand nombre d’œuvres religieuses, comme la traduction des Confessions de saint Augustin ou des écrits autobiographiques de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, ainsi qu’une version en breton du Bréviaire romain, en une dizaine de volumes.
Actuellement[Quand ?], depuis les années 1990, subsistent principalement trois associations : Minihi Levenez, installée à Tréflévénez, qui, en plus de ses activités directement religieuses (messes et récollections, pèlerinages et jusqu'au début des années 2010, catéchèse et aumônerie), est également devenu une maison d'édition publiant des ouvrages liturgiques et catéchétiques en breton[140] pour le diocèse de Quimper-et-Léon dans l'écriture dite "universitaire" ; Emglev An Tiegezhioù qui regroupe des laïcs et des prêtres qui s'occupent des éditions Imbourc'h et cherchent à maintenir une sensibilité catholique au sein de l'Emsav politique et culturel actuel ; et Tiegezh Santez Anna, installée à Roudouallec, qui allie une vie spirituelle ascétique en breton (Liturgie des Heures faite quotidiennement en langue bretonne) et la défense des traditions bretonnes, notamment les pardons et costumes bretons[141].
Ouvrages liturgiques en breton
Plusieurs religieux bretons étaient en contact avec l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et en avaient suivi les cours, avaient appris l’hébreu et formeront des groupes de travail bibliques. Ces prêtres se feront remarquer par des travaux de recherches et de traduction de la Bible qu’ils traduiront directement en breton à partir du texte original en hébreu ou du grec en breton pour le Nouveau Testament. La personnalité la plus éminente de ces groupes de travail était l’abbé Loeiz Ar Floc'h. Il faut citer aussi l’abbé Guilherm Dubourg, l’abbé Job Lec'hvien, l’abbé Pipi Gall (br). Ces deux derniers fondèrent les Éditions An Tour Tan à Kergrist-Moëlou.
Parmi les activités inspirées par la foi et s’exprimant en breton, il faut signaler :
- les retraites prêchées par l’abbé Ar Floc'h, ainsi les « carêmes » qui furent également prêchés plusieurs fois de suite en breton au cours des années 1960-1970, dans une des paroisses de la ville de Brest.
- la « Kenvreuriez ar Brezoneg » (« Confrérie du Breton »), association fondée au séminaire de Quimper en 1894 et refondée en 1942 avec les encouragements d'Adolphe Duparc comme association de prêtres chargée de « maintenir et de propager la langue bretonne dans le diocèse »[142]. Après une période de sommeil après la Seconde Guerre mondiale, la « Kenvreuriez ar Brezoneg » fut relancée après le concile Vatican II.
Sous la direction de Vincent Favé, entre 1965 et 1997, elle assurera la traduction en breton de l'Ordo Missae, du lectionnaire des dimanches et des rituels des sacrements, destinés plus spécialement au diocèse de Quimper ; elle publiera une traduction des quatre évangiles en 1982 : Aviel Jezuz-Krist, puis des autres livres du Nouveau Testament en 1988. La « Kenvreuriez ar Brezoneg » avait ainsi une sorte d’existence officielle au diocèse de Quimper[143].
À cela s'ajoutent des événements religieux régulièrement tenus en breton (pardons, messes, etc.), depuis des cérémonies entièrement en breton, jusqu'à celles contenant quelques prières ou cantiques en breton[144]. Les chrétiens rassemblés au pardon de Sainte-Anne-d'Auray pour la visite du pape Jean-Paul II le se souviennent des quelques mots qu'il a prononcé en breton (première visite d'un pape en Bretagne, et première fois qu'un pape s'exprime publiquement en breton)[145].
Jusque récemment[C'est-à-dire ?], il n’existait aucune œuvre bretonnante soutenue officiellement par aucun des évêchés bretons, sauf le centre de rencontre bretonnant de Minihi Levenez, dirigé par l’abbé Job Irien, qui publie une revue bimestrielle ainsi que des traductions de textes liturgiques, particulièrement une partie de la Prière du Temps Présent (Pedenn an deiz, 1988), un missel des fidèles (Leor an overenn hag ar zakramanchou, 1997) et une nouvelle traduction du Nouveau Testament en 2002 (An Testamant Nevez. Kelou Mad Jezuz, or Zalver). Cependant l’ensemble des activités des bretonnants catholiques du diocèse de Quimper, même soutenues par la hiérarchie, se situe actuellement[Quand ?] au niveau d’une élite.
Le , Lucien Fruchaud, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier crée officiellement une commission « foi et culture bretonne » préparée en au Guiaudet en Lanrivain, pour « se mettre à la disposition des recteurs et de tous ceux qui souhaiteraient réfléchir afin que la population bretonnante prenne conscience de sa richesse culturelle, de son patrimoine religieux et vive sa foi sans renier son identité ». « Nous ne pourrions pas prétendre être attentif à la vie des hommes sans tenir compte des racines culturelles de chacun et plus particulièrement de celles qui ont été entretenues par l'appui d'une langue particulière ». « Il se trouve qu'une grande partie du diocèse s'exprime en langue bretonne...etc ». Cette commission élaborera une charte concernant la foi et la culture bretonne que Fruchaud signera le ; elle sera actualisée et complétée le .
Le , à la demande de son conseil presbytéral, Clément Guillon, évêque de Quimper et de Léon, institue une commission diocésaine « langue et culture bretonnes » « pour promouvoir l'utilisation de la langue bretonne dans la vie de notre Église diocésaine là où c'est possible et souhaitable, par exemple dans les domaines de la liturgie et de la catéchèse, et plus largement, de prendre en compte tout ce qui touche à la culture bretonne et à ses rapports avec l'Église »[146].
En , François-Mathurin Gourvès, évêque de Vannes et bretonnant de naissance, publie une lettre pastorale intitulée « Le renouveau de la culture bretonne : un défi pour l'Église » où il rappelle l'importance de la langue bretonne comme référence culturelle et religieuse[147].
D'autre part, depuis l’année 2000 et à l'initiative de l'évêché de Saint-Brieuc et Tréguier, il existe une commission interdiocésaine mise en place par les trois évêchés de la Bretagne occidentale pour établir de nouveaux textes liturgiques et un missel à l’usage de ces trois évêchés ; les évêques de la Bretagne occidentale répondent ainsi à la demande formulée par Rome de présenter une version unique du missel pour les trois évêchés, la version antérieure ayant été établie uniquement pour le diocèse de Quimper. Ce travail pour un missel romain a reçu l'imprimatur du Vatican en 2013[148].
Histoire du recensement lexical breton
Le premier dictionnaire breton, le Catholicon, se trouve être aussi le premier dictionnaire du français. Il a été rédigé par Jehan Lagadec en 1464 et publié en 1499 ou avant. C’est un ouvrage trilingue breton-français-latin.

Les recensements suivants eurent lieu deux siècles plus tard par :
- R. P. Julien Maunoir (1659) ;
- Pierre de Chalons (1723) ;
- Grégoire de Rostrenen (1732) ;
- Claude Cillart de Kerampoul, dit l'Armerye (1744) ;
- Dom Louis Le Pelletier (1752).
- Édition d’un dictionnaire latin-breton par Alain Dumoulin en 1800.
Une date importante a été celle du Dictionnaire celto-breton de Le Gonidec (1821), augmenté par La Villemarqué vers 1847 : pour la première fois, certains mots se rapprochant du français sont systématiquement écartés, et des mots gallois, ou de vieux breton, sont incorporés au lexique sans plus de précision (cf. Controverses sur le breton).
Le colonel Troude sera plus réaliste, en 1886, en ne retenant que des mots entendus réellement (ou sinon en indiquant que le terme n’est plus en usage). Par contre, le bannissement du lexique breton d’origine latine continue. Il faut cependant remarquer que cela résulte d’un état d’esprit de l’époque, dans lequel le breton est une langue secondaire dans la Basse-Bretagne, complémentaire au français : ces dictionnaires ne prétendent pas présenter une langue universelle, mais surtout recueillir des mots originaux.
Ce « purisme celtique », expression utilisée par les détracteurs de cette attitude, sera plus ou moins général jusqu’aux années 1990, à l’exception notable du dictionnaire que Émile Ernault constitue pour le vannetais en 1904.
- Vocabulaire breton-français d’Émile Ernault, 1927
- Grand dictionnaire français-breton de François Vallée, aidé de René Le Roux (Meven Mordiern) et Émile Ernault, 1931.
Parallèlement, Pierre Le Roux travaille à un Atlas linguistique de la Basse Bretagne, paraissant à partir 1924, mais ne se focalisant que sur les variantes des vocables les plus communs.
L’après-Seconde Guerre mondiale est une période douloureuse pour la culture bretonne : le mouvement nationaliste breton, pour avoir collaboré avec les occupants, se trouve discrédité aussi bien en Bretagne que dans le reste de la France. Paraîtront depuis cette époque, entre autres :
- Les Nouveau dictionnaire Français-Breton, puis Breton-Français de Roparz Hemon, 1970,
- Dictionnaire historique du breton de Roparz Hemon, 36 tomes et 3 232 pages. Donne la première occurrence lexicale dans le contexte,
- Le Dictionnaire breton des Éditions Garnier, sous la direction de Pierre-Jakez Hélias, 1986,
- Dictionnaire classique français-breton de René Le Gléau, 1983-1994, 10 tomes et 4 064 pages, surtout fondé sur la production écrite entre 1850 et 1950, avec, en outre, des mots recueillis dans sa région natale de Saint-Renan, ou à l’écoute de la radio.
Enfin, à partir de 1992 paraît le Geriadur ar Brezhoneg a-vremañ (Dictionnaire du breton contemporain) de Francis Favereau aux éditions Skol Vreizh, sous forme papier et CD-ROM. Cet ouvrage ne rejette pas systématiquement les mots rares ou sortis de l’usage, mais les signale par un signe « - », ou les néologismes, signalés par des guillemets ; il reprend un bon nombre des termes issus des dictionnaires précédents, ainsi les mots d’origine française du Catholicon par exemple ou issus d’autres ouvrages, et les emprunts populaires (ce sont quelquefois les mêmes). Ce dictionnaire est le fruit de vingt ans de travail et de collectage dans le Poher et autour de Poullaouen particulièrement, aire où portait la thèse de l’auteur, soutenue avant qu’il ne se décide à publier son dictionnaire.
Francis Favereau a produit l'un des dictionnaires bretons les plus complets jamais créés, avec pas moins de 50 000 entrées et le double de mots composés. Malgré le manque de soutien financier pour sa création, le dictionnaire s’est tout de même bien vendu et a eu plusieurs réimpressions. Une réédition est en vue, et son contenu devrait augmenter de 25 % par rapport à l’édition actuelle.
Il existe d'autres dictionnaires bilingues anglais / breton, allemand / breton, espagnol / breton par exemple.
Chose nouvelle pour la langue bretonne, l'éditeur An Here a publié deux dictionnaires unilingues : le Geriadur brezhoneg (13 000 entrées) paru en 1995 sous la direction de Jean-Yves Lagadeg et Martial Ménard et le Geriadur Brezhoneg An Here (21 300 entrées) paru en 2002 sous la direction de Martial Ménard et Iwan Kadoret. Ils visent à extraire des textes littéraires reflétant ou non un langage populaire, les termes de la langue écrite et orale contemporaine. Ce dictionnaire sera l’objet d’une polémique connue sous le nom de l'« affaire du dictionnaire breton » menée par le journal Le Canard enchaîné. Ils incluent un certain nombre de néologismes (parfois empruntés au gallois mais le plus souvent créés à partir des racines du vieux-breton, voir Controverses sur le breton).
De même, l'Office public de la langue bretonne et des éditeurs (Preder, Ti embann ar skolioù) publient des dictionnaires plurilingues spécialisés par domaine : psychanalyse, économie[149], etc. Les mots proposés sont en général des néologismes dont c’est la première apparition sur papier, ou des mots qui ne sont connus que d’une centaine de locuteurs ; là réside leur intérêt : faire découvrir des néologismes et étendre le champ lexical du breton à des domaines où il est traditionnellement peu présent.
Depuis 1985, l'association scientifique Kreizenn ar Geriaouiñ élabore un dictionnaire des sciences et techniques[150] (brezhoneg21.com) correspondant au vocabulaire utilisé dans la scolarité jusqu'au niveau universitaire. Ce travail a permis de lancer et de conforter l'enseignement des sciences dans le réseau Diwan avant de s'élargir à d'autres applications (astronomie, terminologie de la botanique, nom de papillons, d'anodontes, de plantes sauvages...).
Par ailleurs les éditions Sav-Heol ont publié en 2004 un lexique bilingue de locutions et tournures populaires sous le titre Teurel Blaz war ar Yezh.
En 2001 et 2005 paraîtront successivement une Initiation au breton familier et argotique puis une nouvelle collecte lexicale nommée Tammoù Gwaskin Au cœur du breton légitime par Jean-Yves Plourin, aux éditions Armeline, qui fait découvrir au lecteur pas moins de 2 000 mots inédits collectés au nord-ouest et au sud-est du centre du domaine bretonnant et plus de 6 000 acceptions ainsi que des notes grammaticales et phonologiques inédites.
- La collection « Teñzor ar brezhoneg » (Trésor de la langue bretonne) chez An Alarc'h a édité des vocabulaires de domaines lexicographiques jusque-là délaissés, comme un vocabulaire des argots bretons (« argot » au sens strict du terme) (2003), ou celui du breton enfantin et des tout-petits (2005).
Frontière linguistique

L’Est de la Bretagne n'est traditionnellement pas bretonnante, mais on y parle traditionnellement gallo et français[21].
Au IXe siècle, on parlait régulièrement breton jusqu'à Dol-de-Bretagne, Montfort-sur-Meu, Blain et Donges[21]. Au XVIe siècle, la frontière linguistique semble déjà stabilisée entre Haute et Basse-Bretagne et ne reculera que très progressivement : en 1588, l'historien d'Argentré fait partir la frontière des environs de Binic au nord pour rejoindre Guérande au sud avec Loudéac, Josselin et Malestroit pour frontière occidentale[21].
En 1806, Napoléon avait ordonné une enquête sur ce sujet qui fut menée par Charles Coquebert de Montbret. La limite linguistique était alors plus à l’ouest : on parlait breton à Saint-Caradec, Questembert, Pénestin, Férel, Péaule, Bourg-de-Batz (Batz-sur-Mer) et dans une partie non définie de la presqu’île de Guérande à partir des « salines d’Herbignac », soit probablement dans la partie occidentale des communes d’Assérac et de Saint-Molf (l’étude ne portait pas sur le département de Loire-Inférieure).
En 1866, Paul Sébillot trace une ligne relativement identique partant de Plouha pour atteindre Batz-sur-Mer, reculant ainsi de quelques kilomètres seulement depuis les données d'Argenté[21]. C'est la limite actuelle du territoire du breton et la limite entre Haute et Basse-Bretagne.
Des groupes sporadiques de bretonnants existent également dans toutes les grandes villes de France, notamment à Paris où la communauté brittophone est relativement importante, ainsi qu’au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Par ailleurs, des grandes villes comme Rennes, Saint-Brieuc, Nantes[151], Vannes, Brest ou Quimper connaissaient les deux langues (par exemple, en 1636, la ville de Saint-Brieuc est indiquée comme bilingue par un voyageur[152]) et, avec le développement des écoles bilingues, ainsi que la réappropriation de la culture bretonne, des communautés bretonnantes réapparaissent dans ces villes.
En 2004, on estimait à 12 % le nombre de personnes connaissant le breton en Basse-Bretagne (pourcentage en perpétuelle diminution depuis les années 1950) et à 2 % ceux qui le connaissent en Haute-Bretagne (pourcentage en augmentation depuis les années 1970)[153].
L'existence contemporaine de la frontière linguistique est cependant discutable, du fait du brassage de la population et de l'omniprésence de la langue française. « Cependant la frontière reste encore bien concrète dans l’esprit des habitants, même ceux qui ne parlent ni le breton ni le gallo, lorsqu’ils affirment sans hésiter : « Ici, c’est le breton. Là-bas, à cent mètres, c’est le patois. » »[154].
Dialectes

Comme la majorité des langues, la langue bretonne varie d’un endroit à l’autre. En breton, ces différences dialectales touchent avant tout la prononciation et une faible partie du vocabulaire. Certains dialectes présentent aussi une syntaxe un peu différente. Les différences sont généralement faibles de proche en proche, mais plus on s’éloigne d’un point, plus le breton est différent. En règle générale, il n’y a pas de frontière nette entre dialectes, mais un changement progressif.
Traditionnellement, on liste les dialectes bretons en fonction des anciens évêchés, bien que du point de vue linguistique ces limites se révèlent souvent arbitraires :
- Le cornouaillais, parlé dans :
- les deux tiers sud du Finistère (Carhaix, Quimper, Pont-Aven, Quimperlé, Douarnenez, Pont-l'Abbé, Sein, Châteaulin, Plougastel-Daoulas…),
- dans le sud-ouest des Côtes d’Armor (Rostrenen, Saint-Nicolas-du-Pélem…)
- ainsi que dans une petite partie du Morbihan (Gourin, Langonnet, Le Faouet…)
- à Belle-Île-en-Mer[155].
- Le léonard est considéré comme le plus proche du breton littéraire. Parlé dans le tiers nord du département du Finistère (Brest, jusqu’à Morlaix, Plouguerneau, Landerneau, Saint-Pol-de-Léon, Landivisiau, Ouessant…)
- Le trégorrois, parlé dans le nord-est du Finistère (à partir de Morlaix), et dans le nord-ouest des Côtes-d’Armor (Guingamp, Lannion, Tréguier…)
- Le breton du Goëlo, parlé dans la région de Paimpol, souvent considéré comme inclus dans le trégorrois (Ses différences les plus notables concernent la prononciation /v/ des terminaisons -v là ou les autres dialectes prononcent /o/, /w/, la position de l’accent tonique (souvent placé sur le radical), ainsi que certaines nuances de conjugaison et de vocabulaire…).
- Le vannetais, parlé dans :
- toute la zone bretonnante du département du Morbihan (à l’exception de Belle-Île et des régions autour du Faouët et de Gourin) : Vannes, Pontivy, Lorient, Plouay, Guémené-sur-Scorff, Baud, Auray, Quiberon, Sarzeau, Arzon…
- la canton finistérien d'Arzano.
- Le breton nantais, dans la région de Guérande, dont les derniers locuteurs natifs sont décédés dans les années 1960-70, et que l’on commence à redécouvrir.
Le vannetais est bien différencié des autres dialectes, à de nombreux points de vue, et on peut le distinguer d’un ensemble KLT (abréviation de Kerne, Leon, Treger : Cornouaille, Léon, Trégor).
Le découpage du breton en quatre groupes dialectaux, une division religieuse et politique jusqu’à la Révolution, est contesté du point de vue linguistique. Certains linguistes, comme Jean-Yves Plourin (cf. Tammoù Gwaskin éd. Armeline) considèrent que le breton se présente sous deux formes parlées principales, celle du Nord-Ouest et celle du Sud-Est, séparées selon le système d’accentuation et la palatalisation. D’autres, comme Erwan Vallerie proposent une différenciation Est/Ouest.
D’autres, enfin, présentent la dialectisation selon une opposition entre zones archaïsantes et zone innovante. Les premières seraient constituées de deux centres de prestige (Saint-Pol-de-Léon et le vannetais), et une troisième zone autour de Quimperlé, et d’autre part une vaste zone centrale où un breton « moyen » s’est formé et où se sont opérées la très grande majorité des innovations linguistiques. Il est probable que ce sont les carrefours de route et les échanges économiques qui ont conduit à cette évolution. Ce breton est parfois appelé « breton de Carhaix ». Ce breton moyen s’est progressivement étendu, isolant le breton du Goëlo (qui par certains traits est proche des archaïsmes léonais), mordant dans le domaine du vannetais en s’infiltrant par les routes. Ce breton tend à acquérir une identité chez les bretonnants : dans le sondage sur la langue bretonne réalisé par Fañch Broudic en 2009, à la question « quel breton parlez-vous ? », certains sondés ont répondu spontanément « le breton de Centre Bretagne »[156].
Conventions orthographiques
Le breton s’écrit avec l’alphabet latin. Il n’utilise plus la lettre c mais y ajoute le digramme ch, le trigramme cʼh, des lettres accentuées ñ, ù, é, â, ê, à, ü ainsi que l’apostrophe.
Autrefois, d’autres lettres étaient utilisées, comme le digraphe ʼf qui dénotait un son intermédiaire entre f et v (ce digraphe est encore employé en écriture universitaire). De même, au XIXe siècle fut utilisée la lettre Ꝃ (« K barré ») afin d’abréger le préfixe Ker- (correspondant au substantif kêr, signifiant « ville ») des noms de famille et des toponymes, cette dernière étant fréquente dans ces types de noms. L'usage de cette lettre dans les documents officiels fut interdit afin de lutter contre la confusion chez les clercs d’état civil hors de Bretagne[157].
Histoire
Ce n’est qu’à partir du début du XVIIe siècle que des linguistes, grammairiens et écrivains ont essayé de normaliser l’écriture du breton. Plusieurs graphies ont été successivement mises au point dans ce but, dont trois sont encore utilisées :
- la première orthographe moderne, celle du père Julien Maunoir au XVIIe siècle,
- les réformes de Jean-François Le Gonidec au début du XIXe siècle,
- de 1908 à 1938, l’unifiée (peurunvan), adoptée en 1941-42,
- en 1953, l’universitaire (skolveurieg),
- en 1975, l’interdialectale (etrerannyezhel).
L’orthographe peurunvan est la plus employée aujourd’hui.
La graphie « unifiée », ou littéralement « tout à fait unifiée » (peurunvan), dite aussi KLTG (pour Kerne, Leon, Treger, Gwened, c’est-à-dire des parlers bretons en Cornouaille, Léon, Trégor et Vannetais), a été créée dans le but de faire une synthèse de ces quatre parlers. Elle est devenue largement majoritaire. La graphie dite « universitaire » (skolveurieg) est fondée sur la phonologie ; elle regroupe le KLT d’un côté et possède une variante pour le parler vannetais. Enfin, la graphie « interdialectale » (etrerannyezhel), fondée sur l’étymologie, a pour but, de la même façon que l’écriture dite unifiée, de faire une synthèse des parlers KLTG dans un système orthographique cohérent. Malgré des controverses importantes sur la norme orthographique à adopter, les querelles entre partisans des différentes graphies se sont beaucoup atténuées depuis quelques années[Quand ?][réf. nécessaire].
Valeur des graphèmes
La prononciation des lettres varie selon le contexte (notamment celle des consonnes initiales qui subissent de fréquentes mutations dont certaines, mais pas toutes, sont orthographiques).
Le trigramme cʼh, notamment, a une prononciation qui varie depuis le simple h aspiré jusqu’au son de la jota espagnole. Il se distingue du digramme ch dont la prononciation est la même que le son ch dans le mot français chien. Ces polygrammes ont parfois été écrits avec des lettres uniques, comme cela a pu être aussi le cas pour d’autres langues celtiques.
La lettre n est utilisée pour noter la nasalisation des voyelles par un digramme, de façon toutefois encore plus systématique qu’en français et en marquant explicitement celle-ci d’un tilde (ñ) dans les orthographes modernes (dans ce cas, seule la voyelle nasale se prononce, mais pas la consonne de base n elle-même).
Usages
Le digramme zh
La graphie zh est utilisée dans des mots où la prononciation est différente entre vannetais d’une part et KLT d’autre part. La prononciation est [h], [ɣ] ou [x] en vannetais, [z] ou [s] sinon. En vérité, il a deux interprétations :
- en peurunvan, il indique que la lettre était « z » dans la graphie KLT, et « h » dans la graphie vannetaise,
- en interdialectal, il indique que la lettre provient d’un ancien « th » (/θ/) sauf quand il provient d'une mutation.
Les deux systèmes se suivent, sauf dans quelques mots.
L’apostrophe
L’apostrophe est utilisée à trois fins :
- Comme lettre modificative dans le trigramme cʼh. On utilise dans ce cas U+02BC ʼ lettre modificative apostrophe [158].
- Pour noter la contraction, par exemple : da ar → d’ar, en utilisant la ponctuation apostrophe unifiée avec U+2019 ’ guillemet-apostrophe [159].
- Pour noter l’ellipse (absence d’un mot) dans le registre parlé, par exemple : me a vo → me ’vo, avec le même caractère que le précédent.
En typographie informatique simplifiée, on admet couramment dans tous les cas l’usage de U+0027 ' apostrophe [160] telle qu’elle se trouve sur les claviers hérités.
Les diacritiques
Le breton utilise plusieurs diacritiques en chef (suscrits) :
- Le tréma indique que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément et ne fait pas partie d'un digramme (par exemple : eürus, « heureux »).
- L’accent circonflexe et l’accent grave sont également utilisés pour distinguer des homonymies (par exemple : trôad /troat/ (« circuit, virée ») de troad /trwat/ (« pied »).
- Le tilde se trouve dans la graphie ‹ ñ ›, utilisée pour indiquer que la voyelle qui précède est parfois nasalisée. Ex. Avec ‹ an › et ‹ añ › :
Caractéristiques grammaticales notables
Structure de la phrase
En breton, l'ordre des éléments dans une phrase n'est pas seulement grammatical mais aussi sémantique : l'élément le plus important d'une phrase est toujours en tête, quelle que soit sa fonction (sujet, verbe ou complément). Cette première position a pour effet de le mettre en valeur.
La phrase en français « Je parle breton » pourra ainsi être traduite (le 1er élément de la phrase est entre crochets) :
- « Komz a ran brezhoneg », litt. « [Parler] je fais breton » : je sais parler breton, ou je parle habituellement breton ;
- « Komz brezhoneg a ran », litt. « [Parler breton] je fais » : ce que vous entendez là, c'est du breton ;
- « Me a gomz brezhoneg », litt. « [Je] parle breton » : c'est moi ici qui parle breton ;
- « Emaon o komz brezhoneg », litt. « [Je suis] parlant breton » : en ce moment particulier, je suis en train de parler breton ;
- « Brezhoneg 'vez komzet ganin », litt. « [Du breton] est parlé avec moi » : c'est (habituellement) en breton que je parle.
Le verbe conjugué est toujours en 2e position sauf quand il est lui-même l'élément mis en avant (il passe alors en 1re place). Souvent, les autres éléments de la phrase sont rangés aussi par ordre d'importance décroissante.
Cette souplesse dans la structure donne à la phrase bretonne une expressivité difficile à rendre en français. En Bretagne, on entend des bretonnismes, formulations de phrase en français influencées par cette structure grammaticale :
- « Du café, tu auras ? » (Voudras-tu du café?)
- « De l'argent, j'ai assez pour payer » (J'ai assez d'argent pour payer.)
Expression du nombre
Pluriel
Les substantifs forment leur pluriel par l'addition d'une terminaison spécifique. Il y a quelques règles simples pour les déterminer, mais elles souffrent de nombreuses exceptions. Par contre, les adjectifs restent invariables en nombre, quelle que soit leur fonction (épithètes ou attributs).
La terminaison la plus courante est en où / ioù
- yezh → yezhoù « langues »
- levr → levrioù « livres »
Pour les êtres animés, le pluriel est souvent en ed
- Kelt → Kelted « Celtes »
- al loened « les animaux »
Le pluriel des métiers et activités est en ien ou ion (simple différence régionale)
- kemener → kemenerien « tailleurs »
- soner → sonerien « musiciens »
On trouve aussi des pluriels irréguliers
- ki « chien » → ar chas « les chiens » (le pluriel kon est vieilli et régional)
- dant « dent » → dent « dents » (inflexion)
- karr « voiture, charette » → kirri « voitures » (inflexion + suffixation)
Certains mots ont plusieurs pluriels
- park « champ » → parkoù « champs » (quelques-uns), parkeier « les champs » (au sens général)
Contrairement à la majorité des langues européennes, le breton n'exprime qu'une fois le nombre dans le groupe nominal ainsi que dans le groupe verbal. Ainsi, on dira :
- Avec le nom au pluriel : Levrioù = « des livres ».
- Mais le nom reste au singulier avec un nombre : Daou levr = « deux livres ».
Formes duelles et collectives
Le breton connaît le duel, qui n’est pas un pluriel
- lagad « œil » → daoulagad « les deux yeux d’une personne »
Les noms collectifs sont courants. Cette forme sera souvent traduite par un pluriel en français
- al logod « les souris (en général) »
- krampouezh « des crêpes »
Pour parler d’un élément en particulier, on utilisera une désinence en -enn appelée singulatif
- logod → logodenn « une souris »
- krampouezh → krampouezhenn « une crêpe »
Ces désinences peuvent elles-mêmes être portées au pluriel quand on se situe dans un contexte précis
- logodennoù « plusieurs souris (dans un contexte précis) »
Le breton distingue plus fréquemment que le français le contenu et le contenant
- ur sac’h « un sac » → ur sac’had « le contenu d’un sac »
- ur werenn « un verre (l’ustensile) » → ur werennad « un verre (le contenu d’un verre) »
Formes verbales
Conjugaison
Quand le sujet est explicite, le verbe est invariable, ne prenant que la marque du temps : Me, te, eñ, hi, ni, cʼhwi, int a lâr gevier = « Je, tu, il, elle, nous, vous, ils dit des mensonges »
Quand le sujet est élidé, le verbe se conjugue en personne et en nombre : Gevier a lâran, a lârez, a lâr, a lâromp, a lârit, a lârint = « Je dis, tu dis, il dit, nous disons, vous dites, ils disent des mensonges »
Aspect progressif / itératif
Comme en gaélique ou en anglais, il existe en breton deux formes par temps verbal, qui se distinguent par l’aspect selon que l’action est itérative ou non. Ainsi au présent distingue-t-on la forme itérative de la forme progressive :
- Me zo o komz gant ma amezeg (« moi, je suis en train de parler avec mon voisin »).
- Emaon o komz gant ma amezeg/O komz emaon gant ma amezeg (« je suis en train de parler avec mon voisin. »)
- Me a gomz gant ma amezeg (bep mintin) (« moi, je parle avec mon voisin (tous les matins) »).
Le verbe « être » (et sa périphrase qui rend le sens de « avoir ») en revanche présente deux formes distinctes avec ou sans périphrase « verbe être + o/é + nom verbal »[161]:
- Skuizh on hiziv (« je suis fatigué aujourd’hui »).
- Da wener e vezan skuizh (« je suis fatigué le vendredi »).
- Naon am eus fenoz (« j’ai faim ce soir »).
- Naon am bez bemnoz (« j’ai faim tous les soirs »).
- Bep mintin e vezan o komz gant ma amezeg (« tous les matins je suis en train de parler avec mon voisin »).
Prépositions conjuguées
Comme dans les autres langues celtiques modernes, le breton conjugue les prépositions selon la personne (prépositions fléchies), tout comme les verbes. Souvent les pronoms fusionnent avec la préposition qui les précède.
Si l’on regarde rapidement les pronoms, on peut comparer avec les prépositions. Par exemple, le breton conjugue la préposition gant selon le même paradigme que celui des verbes, avec l'aide (ou non) du pronom personnel correspondant (forme plus ou moins emphatique), sauf aux 3es personnes du singulier et du pluriel, où le pronom est devenu la désinence[162] :
- ul levr zo ganin(-me) (mot à mot « un livre est avec-moi »),
- ul levr zo ganit(-te),
- ul levr zo gantañ (anciennement gant-hañ),
- ul levr zo ganti (anciennement gant-hi),
- ul levr zo ganeomp(-ni),
- ul levr zo ganeoc'h(-hu),
- ul levr zo gante (anciennement gant-he).
le cornique procède de la même manière avec la préposition gans [163]:
- Yma lyver genev (vy) (mot à mot « est livre avec-moi »),
- Yma lyver genes (jy) (mot à mot « est livre avec-toi »),
- Yma lyver ganso (ev) (mot à mot « est livre avec-lui »),
- Yma lyver gensi (hi) (mot à mot « est livre avec-elle »),
- Yma lyver genen (ni) (mot à mot « est livre avec-nous »),
- Yma lyver genowgh (hwi) (mot à mot « est livre avec-vous »),
- Yma lyver gansa (i) (mot à mot « est livre avec-eux/elles »),
le gallois fait exactement de même avec la préposition gan[164]:
- Mae plant gen i (mot à mot « des enfants sont avec-moi »),
- Mae plant gen ti (« Tu as des enfants »…),
- Mae plant ganddo fo (« Il… »),
- Mae plant ganddi hi (« Elle… »),
- Mae plant gennym ni,
- Mae plant gennych chi,
- Mae plant ganddyn nhw.
On retrouve le même phénomène en irlandais :
- tá leabhar agam (« j’ai un livre » ; mot à mot « est livre à-moi »),
- tá deoch agat (« tu as une boisson »),
- tá ríomhaire aige (« il a un ordinateur »),
- tá páiste aici (« elle a un enfant »),
- tá carr againn (« nous avons une voiture »),
- tá teach agaibh (« vous avez une maison »),
- tá airgead acu (« ils ont de l’argent »).
Mutations consonantiques
Comme toutes les langues celtiques modernes, le breton connaît le phénomène de la mutation consonantique, c’est-à-dire la modification du premier son du mot selon le contexte. C'est un des éléments les plus complexes de cette langue. Quelques exemples :
- tad (père) → ma zad (mon père),
- karr (voiture) → ar cʼharr (la voiture),
- kozh (vieux) → Mamm-gozh (Grand-mère).
Accent tonique
Quelques mots bretons
Emprunts lexicaux bretons en français
Mots francisés
- baragouin, baragouiner, « parler de façon inaudible ou peu compréhensible », probablement de bara (pain) et gwin (vin), en référence, dit l’étymologie populaire, au parler incompréhensible des Bretons pour les francophones, qui ne retenaient que ces mots ;
- bernique ou bernicle, qui désigne le coquillage, est issu du breton brennig ;
- bijou, de biz « doigt », dont le pluriel, bizou, signifie « anneau » ;
- binioù, la cornemuse bretonne, a été emprunté tel quel par le français ; en breton, ce mot est une des formes au pluriel de benveg, instrument (de musique ou autre).
- cohue, de koc'hu « Halle » ;
- cotriade, de kaoteriad, contenu d’un chaudron, d’une marmite ;
- darne « grosse tranche de poisson », de darn, en gallois darn, « morceau, partie », mais le mot peut être gaulois[165] ;
- goéland, du breton gouelañ (« pleurer »), en gallois gwylan (> anglais gull, seagull);
- goémon, du breton gouemon, en gallois gwymon ;
- mine « aspect », de min « museau, visage », à moins que ce mot soit issu d'un terme gaulois semblable ;
- plouc est un mot qui n’existe pas en breton. Ce terme méprisant est construit à partir des nombreux noms de lieux de Bretagne qui commencent par Plou-, il désigne un Breton à partir de la fin du XIXe siècle. Le mot est construit sur la racine plou, du latin plebs « plébéïens, bas peuple » ; elle désigne étymologiquement en breton une paroisse primitive. Aujourd'hui, le mot sert à désigner les campagnards en général ou toute personne considérée comme particulièrement ringarde[166];
- sonneur, de soner, joueur de biniou ou de bombarde : le mot est d’abord passé du français au breton avec le sens de joueur d’instrument de musique, puis est tombé en désuétude en français ; il est resté vivace en breton et revient en français en raison de la popularité de la musique bretonne ; on parle également en français de penn sonneur pour désigner le premier sonneur d’une marche (de penn tête), sur le même mode que le penn danseur d’une danse traditionnelle bretonne ;
- dolmen a été introduit par Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne au XVIIIe siècle et a été récolté en Loire-Atlantique où les mutations se font beaucoup moins, mais la forme est fautive en breton littéraire. Les formes taol-vaen et maen-hir « menhir » (maen → vaen « pierre ») existent bien en breton, en toponymie par exemple, et ceci bien avant La Tour d’Auvergne. Mais le terme le plus utilisé en breton est peulven ou peulvan (littéralement, « pieu de pierre ») ;
- troménie, dérivée de tro (tour) et minihi (qui désigne un lieu où habite un moine, au Haut-Moyen Âge).
- minihi est un sanctuaire monastique au Moyen Âge, et qui a aussi donné des noms propres.
- pote : du breton paotr (garçon) [167][précision nécessaire]. Discuté, il provient plus sûrement du français (voir plus bas la partie « Les mots qui ne viennent pas du breton »).
De nombreux prénoms en breton sont passés dans l’usage sous une forme francisée dans la plupart des pays francophones. Quelques exemples non exhaustifs : Loïc (de Laouig l'hypocoristique de Gwilhoù = Guillaume)[168], Yannick (Yannig, l’hypocoristique de Yann), Pierrick (Pêrig, hypocoristique de Pierre), Tanguy (de Tangi), Ronan, Hervé, Gwénaël(le) (de Gwenael, Gwenhael), Gildas (Gweltaz, Jildaz en breton), Gwenola, Annick (de Annaig, petite Anne), Arthur, Corentin, Soizick (de Frañsoazig, dont la forme hypocoristique est Soazig, petite Françoise), Judikael, Morgane (de Morgan), Nolwenn, Rozenn (Rose en breton), Tristan, etc. Yoann n’est pas d’origine bretonne.
Mots conservés dans leur forme initiale
- Aber, délaissé pour le galicien ria, ce mot reste d’usage local ; il reste dans la toponymie : l'Aber-Wrac'h (Bretagne), Aberdeen (Écosse), Aberystwyth (Pays de Galles)
- Ankou, personnification de la mort ; à rapprocher du gallois Angau, de même sens ;
- bagad, troupe ou meute, est passé en français pour désigner un ensemble musical de binious, de bombardes et de percussions, proche du « pipe band » écossais ; en français, on peut trouver ce mot au pluriel dans la forme correcte du breton, bagadoù ;
- chouchen ou chouchenn, nom local de l’hydromel. Autre nom : chufere, mélange de chouchenn et de cidre, ou chupites ;
- fest-noz, littéralement « fête de nuit », soirée festive de danses bretonnes accompagnées par des musiciens ;
- kabig, veste à capuchon en laine imperméable ; néologisme provenant du breton kab (cape) ;
- korrigan, sur la racine korr, nain, est une sorte de lutin ;
- corgi, mot gallois, en breton korrgi, chien nain, est une race de chien prisée à la cour royale anglaise ;
- kouign-amann, gâteau fait à base d’une pâte feuilletée, de beurre et de sucre ;
- kig-ha-farz, pot-au-feu d’origine léonarde, littéralement viande-et-far ;
- Morbihan du breton mor bihan, petite mer, qui désigne initialement différentes mers intérieures de la côte sud, notamment le golfe du Morbihan ;
- petra, « quoi », attesté dans les anciens dictionnaires est un sobriquet dont on affuble les Bas-Bretons ;
- pillig (ar billig), large plateau métallique circulaire sur lequel on fait cuire les crêpes et les galettes.
- kenavo, parfois utilisé sur le même mode que le ciao italien. Il signifie « au revoir » et ne doit être employé qu'en se quittant.
- pennti qui désigne une petite maison en Bretagne.
Le français parlé en Basse-Bretagne emprunte au moins des centaines de mots au breton[169] : fubu pour moucherons, patates krign pour pommes de terre sautées, tristik pour morose, le ribin pour le petit chemin, bruzun pour miettes, a-dreuz pour de travers, le chupenn pour la veste, des louzoù pour des remèdes, des médicaments, en riboul pour « en goguette », etc.
Les mots qui ne viennent pas du breton
- cromlech signifie en gallois « pierre courbe » ou « cercle de pierres » (même sens en français).
- L’expression que dalle (« rien »), d’origine obscure, est parfois rapprochée du mot breton dall (« aveugle ») dans l’expression « n’y voir que dalle » ; Florian Vernet[170] y voit une origine occitane, la locution que d’ala étant attestée en argot marseillais depuis 1881 et signifiant, littéralement, « que de l’aile », c’est-à-dire pas grand-chose à manger. De même, dail est attesté dans l’argot parisien depuis le début du XIXe siècle au moins.
- boëtte ou bouette, terme de pêche pour « appât » et proche du breton boued (nourriture), mouette et varech sont issus du normand, l'un d'origine anglo-saxonne ou noroise, l'autre d'origine noroise.
- granit : de l'italien granito, « grenu ».
- pingouin a une sonorité qu’on serait tenté de rapprocher de penn (tête) et gwenn (blanc), mais c’est une erreur (les pingouins ont la tête noire) ; ce mot viendrait du néerlandais, lui-même d’origine inconnue[171] ; cependant cette étymologie est discutée et l'existence du mot serait attestée dans d'autres langues britanniques à la même époque[172]. On note cependant que le grand pingouin, disparu au XIXe siècle, possédait des taches blanches sur le front.
- pote : une étymologie fait venir ce mot de paotr, « garçon », volontiers employé amicalement en breton ; il provient plus sûrement de l’abréviation de « poteau », « ami sur lequel on peut s’appuyer », usage attesté dès le Moyen Âge[173].
- kermesse : on pourrait attribuer à tort ce mot à la langue bretonne par analogie avec les nombreux noms toponymiques qu’on trouve principalement dans l’ouest de la Bretagne. En effet, Ker (lieu habité) est un mot que l’on retrouve dans beaucoup de noms de lieux, suivi d’un nom ou d’une caractéristique : Keranna, Kervaria (Maria), Kerhuon (Huon), Kersaoz (la maison de l’Anglais, francisé en Kersauce), Kervilin (milin c’est-à-dire moulin). Kermesse est en réalité un mot d’origine néerlandaise, kerkmisse c’est-à-dire « foire d’église, fête patronale ».
- triskell : du grec triskélès qui signifie à « trois jambes ».
- Les prénoms Yves et Yvon (ancien cas régime) passent souvent à tort, semble-t-il, pour des prénoms bretons, or le prénom Yves fait d'abord référence à un évêque de Chartres du XIe siècle : Yves de Chartres, antérieur de deux siècles à Yves Hélory de Kermartin, dont la popularité explique la fréquence du prénom en Bretagne de nos jours. Saint Yves de Chartres était originaire de Beauvais en Picardie et son nom est considéré comme étant d'origine germanique Ivo. En outre, le patronyme Yvon était surtout fréquent dans le département de la Sarthe avant la Grande Guerre, quant au patronyme Yves, il n'était bien représenté en Bretagne que dans le département d'Ille-et-Vilaine[174]. En toponymie, il est essentiellement attesté en Normandie : Yvetot, Yvetot-Bocage, Yvecrique, Boisyvon, La Chapelle-Yvon, etc. Ce prénom est en réalité rendu par les prénoms bretons Erwan, Youenn ou Eozen pour des raisons mal éclaircies. « Yves » a aussi été adapté au breton sous sa forme diminutive Ifig (petit Yves).
Mots courants en breton
Voir aussi Nombres dans le monde.
| Mots | Breton | Prononciation standard | Cornique | Gallois |
|---|---|---|---|---|
| terre | douar | [ˈduːar] | dor | daear |
| ciel | oabl ~ ebr | [ˈwɑːpl] | ebron | awyr |
| eau | dour | [ˈduːr] | dowr | dŵr |
| feu | tan | [ˈtɑ̃ːn] | tan | tân |
| homme | den | [ˈdẽːn] | den | dyn |
| femme | maouez | [ˈmɔwəs] | ben(yn) | dynes ~ benyw |
| manger | debriñ ~ boueta | [ˈdeːbrĩ] | dybri | bwyta |
| boire | evañ ~ evet | [ˈeːvɑ̃] | eva | yfed |
| grand | bras ~ meur | [brɑːs] | bras | mawr |
| petit | bihan | [ˈbiːɑ̃n] | byghan | bychan |
| nuit | noz | [ˈnoːs] | nos | nôs |
| jour | deiz ~ dez | [ˈdɛjs] ~ [ˈde] | dydh | dydd |
