Cahier de Douai
manuscrit d'un recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud
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Les « Cahiers de Douai », est l'une des appellations — parmi d'autres telles que Recueil de Douai, Dossier de Douai ou encore Recueil Demeny — par laquelle la critique désigne un ensemble de vingt-deux poèmes écrits par Arthur Rimbaud pendant son adolescence. Rimbaud en remet des copies, lors de deux séjours à Douai en septembre et , sous forme de liasses manuscrites sans titre à Paul Demeny, directeur d'une revue littéraire. En , sans doute vexé que Demeny ne les ait pas publiés, il lui demande de les brûler. Mais Demeny ne respecte pas ce vœu et préfère les vendre. Léon Genonceaux finira par les publier avec d'autres poèmes dans un volume intitulé Reliquaire, poésies en 1891. Ce recueil est le seul qui contienne les tout premiers écrits connus de Rimbaud, marquant ainsi les débuts de sa carrière poétique. Aux poèmes amoureux (Première soirée, Rêvé pour l'hiver) se mêlent des poèmes à visée politique (Rages de Césars, Le Mal, Les Effarés) et satirique (À la musique, L'Éclatante Victoire de Sarrebrück).
Dénomination
La dénomination de cet ensemble de vingt-deux poèmes et la question de savoir s'ils forment un recueil constitué suscite des débats au sein de la critique. Longtemps désigné comme le « recueil Demeny », terme utilisé en 1939 par Bouillane de Lacoste dans son édition critique des Poésies, il est également appelé « cahier de Douai », au singulier ou au pluriel, ou « recueil de Douai »[1].
Pour certains critiques, comme Pierre Brunel, cet ensemble constitue un véritable projet de recueil. Pour d'autres, comme David Ducoffre, ce dossier de poèmes sans titre ne constitue pas un ensemble composé[2], raison pour laquelle Alain Bardel propose de le nommer « Dossier de Douai »[1].
Composition
Ces vingt-deux poèmes ont été écrits vraisemblablement entre mars et [3] et se répartissent en deux liasses, respectivement de quinze et sept poèmes. Rimbaud n'a pas établi de table des matières. Pierre Brunel affirme en 1983 que ce défaut ne tient qu'à un manque de temps, et « il est aisé de le faire à sa place » comme suit[4] :
Premier cahier : « Première soirée », « Sensation », « Le Forgeron », « Soleil et Chair », « Ophélie », « Bal des pendus », « Le Châtiment de Tartufe », « Vénus anadyomène », « Les Reparties de Nina », « À la musique », « Les Effarés », « Roman », « Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize… », « Le Mal », « Rages de Césars ».
Deuxième cahier : « Rêvé pour l'hiver », « Le Dormeur du val », « Au Cabaret-Vert », « La Maline », « L'Éclatante Victoire de Sarrebrück », « Le Buffet », « Ma Bohême ».
Steve Murphy, dans un article de 1996, conteste cet ordre qu'on trouve pour la première fois dans une édition fac-similé de 1919, et l'attribue à Paterne Berrichon. En observant le manuscrit conservé à la British Library, il constate que l'ordre dans le volume tel que l'a relié le collectionneur Pierre Dauze avant 1914 est strictement le même que celui du Reliquaire de 1891, et invite donc à y revenir[5]. Pierre Brunel, qui reconnaît avoir été convaincu par l'argumentation de son confrère, décide dans son édition des Œuvres complètes de Rimbaud de 1999 de rétablir le sommaire suivant[6] :
- Premier cahier
- « Les Reparties de Nina » ;
- « Vénus anadyomène » ;
- « Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize… » ;
- « Première soirée » ;
- « Sensation » ;
- « Bal des pendus » ;
- « Les Effarés » ;
- « Roman » ;
- « Rages de Césars » ;
- « Le Mal » ;
- « Ophélie » ;
- « Le Châtiment de Tartufe » ;
- « À la Musique » ;
- « Le Forgeron »
- « Soleil et Chair ».
- Deuxième cahier
- « Le Dormeur du val » ;
- « Au Cabaret vert » ;
- « La Maline » ;
- « L'éclatante victoire de Sarrebrück » ;
- « Rêvé pour l'hiver » ;
- « Le buffet »
- « Ma Bohème ».
Histoire du manuscrit
Après une première fugue du au , Rimbaud est recueilli par son professeur de rhétorique Georges Izambard. Il est hébergé à Douai une quinzaine de jours chez les tantes de ce dernier, les demoiselles Gindre. Rimbaud dépose le chez le poète et éditeur douaisien Paul Demeny une première liasse de quinze poèmes. Il profite d'un second séjour en octobre à Douai, à l'issue d'une deuxième fugue, durant la guerre franco-prussienne, pour livrer à Demeny sept nouveaux sonnets. Il lui écrivit plus tard : « Brûlez, je le veux, et je crois que vous respecterez ma volonté comme celle d'un mort, brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai ». Demeny n'en fit rien. Cinq poèmes de Rimbaud, Roman, Rages de Césars, Le Mal, Le Châtiment de Tartufe, Le Dormeur du val ne sont connus que par ce recueil[7].
Demeny vendit le recueil à Rodolphe Darzens, premier biographe du poète (qui ne l'a pas connu). Le recueil passa ensuite entre les mains de l'éditeur Léon Genonceaux, du collectionneur Pierre Dauze et entre celles de Stefan Zweig, qui acheta les deux liasses aux enchères de l'hôtel Drouot en 1914 et les conserva jusqu'à sa mort en 1942 à Petrópolis au Brésil. La belle-famille de Zweig les céda à la British Library de Londres en 1985[8], où ils se trouvent depuis.
Les poèmes contenus dans ces cahiers sont édités pour la première fois en 1891, dans Reliquaire, poésies. Des fac-similés sont publiés en 1919, dans la collection « Manuscrits des maîtres » éditée par le libraire Albert Messein, sous le titre Poésies[9].