Ophélie (poème)
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Ophélie |
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« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles… » |
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Ophélie est un poème d'Arthur Rimbaud écrit en .
Le manuscrit autographe, non daté, est conservé à la British Library[1]. Il fait partie des poèmes remis à Paul Demeny et donc de ce qui est appelé le Cahier de Douai[2].
Le poème figure, dans un texte un peu différent, dans la lettre adressée par Rimbaud le à Théodore de Banville. Il existe un autre autographe, qui appartint à Georges Izambard[3].
Ce poème fait référence au personnage shakespearien Ophélie, héroïne d'Hamlet, amoureuse désespérée et délaissée qui finira par se noyer, après être tombée dans la folie. Mais il semble aussi dépeindre le tableau du même nom du peintre britannique préraphaélite John Everett Millais[4].
Ophélie a été publié pour la première fois dans Reliquaire, poésies, L. Genonceaux, 1891[2].
Le texte est connu par trois autographes : le poème fait partie des trois poèmes joints par Arthur Rimbaud à sa lettre à Théodore de Banville du , il se trouve également dans un manuscrit remis à Georges Izambard. L'autographe du recueil Demeny correspond au troisième et dernier état du texte[5]. Une des variantes principales du texte final se trouve au vers 32 : Rimbaud a remplacé le verbe « égara » (repris mais rayé sur le manuscrit) par « effara », un terme du vocabulaire hugolien[6].
I
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
― On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort, —
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile;
— Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
II
Ô pâle Ophélia! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
— C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l'Infini terrible effara ton œil bleu !
III
— Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
