Les Effarés

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Les Effarés
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Lecture du poème.

Les Effarés est un poème d'Arthur Rimbaud écrit le .

Le manuscrit autographe, daté « 20 sept. 1870 », est conservé à la British Library[1]. Il fait partie des poèmes remis à Paul Demeny et donc de ce qui est appelé le Cahier de Douai[2].

Il existe un autre manuscrit : une copie envoyée par Rimbaud à Jean Aicard le [2].

Les Effarés a été publié pour la première fois par le The Gentleman's Magazine, janvier-, p. 94[3], sous le titre Les Petits Pauvres[2] d'après une copie envoyée par Verlaine[4] ou par Camille Barrère[5].

Le , soit dix jours après avoir demandé à Paul Demeny de brûler les poèmes du cahier de Douai, Rimbaud envoie une nouvelle version de ce poème à l'écrivain Jean Aicard[2], en lui demandant en échange un exemplaire des Rébellions. Le poème a également été envoyé à Verlaine. À la différences des autres poèmes du cahier de Douai, Rimbaud ne le reniait donc pas[6].

Version du recueil Demenyversion Jean Aicard
Les Effarés

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits — misère ! —
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein.

Et quand pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain ;

Quand sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées,
Et les grillons ;

Quand ce trou chaud souffle la vie ;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre !
— Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,

Mais bien bas, — comme une prière…
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,

— Si fort qu'ils crèvent leur culotte,
— Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d'hiver…

20 sept. 70

Les Effarés

Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,

À genoux, cinq petits — misère !
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair :

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air :

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche,
Plein de dorures et de brioche
On sort le pain,

Quand sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées,
Et les grillons ;

Quand ce trou chaud souffle la vie ;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre,
Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage et disant des choses,
Entre les trous,

Des chuchotements de prières ;
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,

Si fort qu'ils crèvent leur culotte,
Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d'hiver.

Juin 1871

Accueil

Dans les Poètes maudits, Verlaine déclare, en 1884 : « Nous ne connaissons pour notre part dans aucune littérature quelque chose d’un peu farouche et de si tendre, de gentiment caricatural et de si cordial, et de si bon, et d’un jet franc, sonore, magistral, comme Les Effarés. »[7]

Bibliographie

  • Claude Jeancolas, « Les Effarés », dans Arthur Rimbaud. L'Œuvre intégrale manuscrite, vol. III, Textuel,
  • Pierre Brunel, Rimbaud. Œuvres complètes, La Pochothèque,
  • Steve Murphy, Rimbaud. Œuvres complètes, tome I : Poésies, édition critique, Honoré Champion, — contient la première édition du texte paru dans The Gentleman's Magazine
  • Philippe Rocher, « Composition et contrastes dans Les Effarés », L'Information Grammaticale, vol. 124, , p. 29-33 (lire en ligne)
  • Pierre Laforgue, « « Les Effarés », un poème misérable », Parade sauvage, vol. 31, , p. 17-30

Références

Voir aussi

Liens externes

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