Compagnie des mines de Courrières
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- 1850 : début de l'extraction à la fosse no 1[C 1]
- : obtention de la concession[C 2]
- : extension de la concession[C 2]
- : début de l'extraction à la fosse no 2[C 1]
- 1861 : début de l'extraction à la fosse no 3[A 1]
- 1865 : début de l'extraction à la fosse no 4[A 2]
- : extension de la concession[C 3]
- : début de l'extraction à la fosse no 5[A 2]
- : début de l'extraction à la fosse no 6[A 3]
- 1885 : début de l'extraction à la fosse no 7[A 3]
- 1889 : fonçage du puits no 8[A 4]
- 1896 : début de l'extraction à la fosse no 9[A 4]
- 1900 : début de l'extraction à la fosse no 10[A 5]
- : Catastrophe de Courrières
- : début de l'extraction à la fosse no 13[A 5]
- 1914 : début de l'extraction à la fosse no 21[A 6]
- : début de l'extraction à la fosse no 23[A 6]
- 1932 : début de l'extraction à la fosse no 24[A 7]
| Compagnie des mines de Courrières | |
| Création | 1849 |
|---|---|
| Dates clés |
|
| Disparition | 1946 (Nationalisation, et intégration dans le Groupe d'Hénin-Liétard) |
| Fondateurs | M. Bigo |
| Personnages clés | Charles Mathieu |
| Forme juridique | Société civile |
| Siège social | Courrières |
| Actionnaires | Messieurs Bigo, Crespel, L. Danel et Martin-Muiron |
| Activité | Extraction et transport de houille |
| Produits | Houille |
| Effectif | 15 941 ouvriers et employés en 1938[A 7] |
| Capitalisation | 2 000 actions (vers 1880)[C 1] |
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La Compagnie des mines de Courrières est une compagnie minière qui a exploité des mines de charbon dans le Pas-de-Calais, en France, et qui a également possédé des usines et des lavoirs. Elle est établie au milieu du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Elle est notamment connue pour la catastrophe de Courrières qui a causé la mort de 1 099 mineurs le .
Fondée en 1849, elle ouvre un premier puits à Courrières dont l'exploitation commence l'année suivante. La concession est accordée le , en même temps que celle de Dourges, puis une extension le . Enfin, une dernière extension le porte la superficie de la concession à 5 459 hectares. Une fosse no 2, située plus au sud, dans un meilleur gisement, commence à produire en 1856. À partir de là, les ouvertures de fosses s'enchaînent. De 1898 au début des années 1910, des puits secondaires sont ouverts auprès de la plupart des fosses de la Compagnie. Ce phénomène est accentué par la catastrophe de Courrières le , où beaucoup de mineurs survivants sont restés coincés dans les exploitations parce que les puits étaient obstrués. La fosse no 21 - 22 est ouverte juste avant la Première Guerre mondiale, durant laquelle les installations sont détruites par l'envahisseur.
La reconstruction a principalement lieu autour de 1920. En 1928, une fosse no 23, dotée d'un seul puits, est commencée, et extrait à partir de 1929. Enfin, la Compagnie ouvre respectivement en 1931 et 1935 les puits de la fosse no 24 - 25 à Estevelles, dans une partie encore inexploitée au nord-ouest de la concession, près des concessions des compagnies de Meurchin et Carvin.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Compagnie est nationalisée en 1946, et intègre, avec la Compagnie des mines de Drocourt et les fosses du sud de la concession de la Compagnie des mines de Dourges, le Groupe d'Hénin-Liétard, qui par fusion à la fin des années 1960 avec le Groupe d'Oignies forme brièvement le Groupe Centre. De 1971 à 1978, les fosses restant en activité font partie de l'Unité de production de Courrières ou d'Ostricourt, de 1978 à 1980, du Secteur Ouest, et enfin, de 1980 à 1987, du Siège no 3 de Courrières pour les fosses nos 3 - 15, 5 - 12 et 6 - 14. La fosse no 24 - 25 est elle rattachée au Siège no 10 d'Oignies. Cette dernière cesse de fonctionner en même temps que les dernières fosses du bassin minier à la fin de 1990.
De la création à 1880
Découverte de la houille à Courrières
Cinq sondages exécutés de 1846 à 1849 par la Compagnie de la Scarpe, ont démontré le prolongement du bassin houiller au-delà de Douai[C 4]. Trois autres sondages, exécutés par Mme De Clercq et par M. Mulot, plus à l'ouest encore, ont fait voir que cette prolongation s'étend d'une manière certaine et sur une grande distance[C 4].
M. Charles Mathieu, directeur des mines de Douchy, a suivi avec intérêt les recherches faites au-delà de Douai, et a été frappé de leurs résultats[C 4]. De concert avec son frère, M. Joseph Mathieu et son beau-frère, M. Carlier-Mathieu[C 4], tous deux administrateurs et fondateurs comme lui des mines de Douchy, en 1832, ils ont songé à entreprendre des recherches entre Douai et Oignies[C 5]. Ils se mettent en rapport avec quelques notabilités du haut commerce de Lille, Messieurs Bigo, Crespel, L. Danel et Martin-Muiron, pour réaliser leur projet. Ceux-ci fournissent les premiers fonds nécessaires, et agissent seuls en nom devant le public[C 5].
Dès les premiers jours d', ils établissent, sur les indications de M. Charles Mathieu, un sondage no 7 à Courrières, qui atteint au bout de quelques mois le terrain houiller à 148 mètres de profondeur, puis la houille à 151 mètres[C 5].
Convention avec la Compagnie de Douchy
La Société Bigo entre aussitôt, par l'entremise de Messieurs Mathieu, en rapport avec la Compagnie des mines de Douchy, pour obtenir de celle-ci, les capitaux, le matériel et le personnel nécessaires à l'ouverture d'un puits[C 5]. Une convention, à cet effet, intervient le , entre Messieurs Bigo, Charles Crespel, L. Danel et Martin-Muiron, représentants de la Société Bigo, et Messieurs Carlier, H. Defrance, Guilmot-Martin, Ch. Gellé, Ild. Landrieux, administrateurs de la Compagnie de Douchy[C 5].
Par cette convention il est créé 500 actions, dont 312 sont attribuées aux associés de Douchy, moyennant le versement individuellement avancé par ceux-ci d'une somme de 300 000 francs[C 5]. Cette somme doit leur être remboursée avec intérêts à 5 % au moyen d'un prélèvement d'un cinquième des bénéfices de la mine. S'il arrivait que la concession ne soit pas obtenue (ce qu'on pouvait supposer alors que la houille n'a été découverte que par un sondage), les propriétés acquises, les bâtiments construits et tous les objets d'approvisionnements reviendraient aux associés de Douchy en considération de leurs avances[C 5].
Une circulaire a été adressée à tous les sociétaires de Douchy pour leur demander leur adhésion à cette convention. Il y est dit[C 5] :
« Des faits très importants se sont passés depuis peu dans le bassin houiller du Nord de la France ; la houille a été découverte à la tête du bassin, d'abord à l'Escarpelle, près Douai, puis à Courrières, entre Douai et Lille[C 5], à cinq lieues de cette dernière ville, dans le département du Pas-de-Calais, où, jusqu'à ce jour, on avait fait de vaines recherches[C 6]. Les auteurs de cette découverte forment une Société composée de personnes haut placées dans le commerce de Lille. Cette Société, dans le but de se mettre plus promptement en mesure d'obtenir la concession qu'elle sollicite, est venue faire à la Compagnie de Douchy des propositions qui n'ont pu être acceptées par elle[C 6].
Mais, voulant favoriser la Société Bigo et utiliser les forces qui, par suite des événements, sont en ce moment d'un emploi peu fructueux pour nous, notre Compagnie a traité avec cette Société pour la location de sa machine d'épuisement et l'enfoncement d'un puits, qui, pendant quelques mois, assurera à nos ouvriers un travail qui nous manque en partie, par suite de la stagnation du commerce[C 6]. En échange de ces bons services, nous avons obtenu de la Société Bigo qu'elle nous abandonnerait 312 actions sur les 500 dont elle se compose, et cela moyennant une somme de 300 000 francs au maximum, à employer en travaux nécessaires à la mine, convenus et arrêtés entre nous[C 6].
En obtenant cet avantage, que nous considérons comme des plus capitaux, et comme pouvant avoir pour chacun de nous, même dans un avenir assez rapproché, les conséquences les plus heureuses, nous avons pensé que cet avantage devait être équitablement offert et réparti entre tous les actionnaires de la Compagnie de Douchy, qui consentiront à participer à cette acquisition[C 6]. Nous avons, en conséquence, décidé que les 312 actions dont il s'agit seront offertes, puis réparties entre les actionnaires de Douchy, possesseurs des 312 deniers dont la Société se compose, à raison d'une action par denier[C 6]. Et afin de faciliter à nos associés les moyens de faire cette acquisition sans avoir aucun sacrifice personnel à faire, l'assemblée générale de la Compagnie de Douchy, dans sa séance du , a décidé, à l'unanimité, qu'il serait fait à tous ses actionnaires, une répartition extraordinaire, prise exclusivement sur la réserve, et suffisante pour que ceux d'entre eux qui participent à l'affaire n'aient rien à débourser par suite de cette acquisition[C 6]. »
Des 188 actions réservées à la Société Bigo, il en a été attribué 56 aux demandeurs en concession, et le reste a été réparti entre Messieurs Mathieu, qui ont eu, les premiers, la pensée des recherches de Courrières ; à quelques autres personnes de Lille, intervenues dans l'affaire, et enfin à M. Casteleyn, en échange de l'admission des actionnaires ci-dessus de Courrières dans la Société de recherches de Lens[C 7]. C'est ainsi que Messieurs Bigo, Danel et Crespel sont devenus actionnaires de la Société de Lens et ont pris plus tard une part active à son administration[C 7].
Au mois d', le puits de Courrières no 1 est parvenu à la profondeur de 182 mètres, et a traversé une veine exploitable[C 7]. Deux autres veines, également exploitables, ont été découvertes par une galerie exécutée au niveau de 145 mètres. Mais la concession n'est pas obtenue et les fonds de la Société sont épuisés. Le conseil d'administration provisoire décide un appel de fonds de 93 320 francs[C 7].
Cet appel est inattendu. Aussi, dans la circulaire adressée aux associés, rappelle-t-on les dispositions de l'article no 7 du contrat provisoire de la Société, dans lequel il est dit qu'après l'épuisement des fonds mis à la disposition de la Société, que la concession ait été ou non obtenue, chaque actionnaire peut se retirer en abandonnant ses droits dans l'association, sans être tenu à aucune obligation, la Société ne pouvant faire de dettes[C 7].
Un second appel de fonds de 200 francs par action a été fait en . Les sommes ainsi avancées, comme les 300 000 francs primitivement apportés par les associés de Douchy, doivent être remboursées dès la mise en extraction de deux fosses[note 1],[C 7].
Contrat de Société
Enfin est paru le décret du , qui institue la concession de Courrières, et aux termes de l'article no 8 de la convention du [C 7], les Sociétaires ont été appelés en assemblée générale pour arrêter le contrat de Société définitif[C 8].
« Deux systèmes bien différents étaient en présence pour la constitution de la Société : d'une part, le système suivi à Douchy, d'une administration secrète, n'ayant nul compte sérieux à rendre, et de l'autre le système d'une administration ayant pour la gestion des intérêts communs les pouvoirs les plus étendus, mais ne devant rien tenir secret, devant rendre compte, chaque année, à la Société tout entière, et sous la surveillance d'un comité, de toutes les opérations, de toutes les recettes, de toutes les dépenses faites pendant l'année, des bénéfices obtenus, des dividendes répartis aux actionnaires, et devant recourir à la Société elle-même pour toute mesure sortant des limites d'une administration ordinaire, ou pouvant entraîner des dépenses considérables, hors de proportion avec les ressources de l'entreprise[1],[C 8]. »
Le système de Douchy est soutenu par un grand nombre des actionnaires de cette Société ; cependant il a été repoussé, et l'Assemblée générale du arrête le contrat de la nouvelle Société, résumé ci-dessous, avec les modifications apportées plus tard par les délibérations des Assemblées générales des et [C 8].
La durée de la Société est illimitée, le siège social est à Courrières. L'avoir social est divisé en 2 000 actions. Les titres sont nominatifs[C 8]. En cas de cession, vente, liquidation de Société, donation, legs, transmission de propriété par décision judiciaire ou par toute autre voie, au profit d'une personne étrangère à la Société, les actions sont soumises au droit de retrait dans le délai de deux mois[C 8]. Le prix du retrait est fixé chaque année par l'Assemblée générale. L'action retraite ne sera pas amortie. Elle restera la propriété de la Société qui en touchera les dividendes. Elle pourra être émise de nouveau[C 8]. En cas de retrait, le cédant pourra redevenir propriétaire des actions cédées, par une déclaration de rétrocession dans la quinzaine[C 9]. L'Assemblée générale des actionnaires se réunit de droit en séance le de chaque année, même sans convocation, à Douai[C 9].
Pour avoir entrée et voix délibérative à ladite Assemblée, il faut être propriétaire de quatre actions, qui donnent lieu à une voix. Un même actionnaire ne peut réunir à lui seul plus de cinq voix. L'année sociale commence le et prend fin le . Le Conseil d'administration est composé de sept membres nommés par l'Assemblée générale. Pour faire partie du conseil, il faut être propriétaire de huit actions[C 9]. Les administrateurs sont nommés pour trois ans. Ils sont renouvelés par tiers, à savoir deux à l'expiration de la première année, deux à l'expiration de la deuxième et trois à l'expiration de la troisième, ils sont toujours rééligibles[C 9].
Le conseil choisit dans son sein un président, un vice-président et un secrétaire. II se réunit deux fois par mois ; il ne peut délibérer si le nombre de ses membres présents ne s'élève à quatre au moins. Les administrateurs ne sont pas rétribués, mais ils reçoivent des jetons de présence dont la valeur est fixée à vingt francs[C 9]. Le directeur-gérant, d'après les instructions et sous la direction du conseil d'administration, agit au nom de la Société. Tous les employés et ouvriers sont sous ses ordres immédiats. Il est nommé par l'assemblée générale. Le capital social est fixé à 600 000 francs. Il sera versé par tous les associés à raison de 300 francs par action[C 9].
Tout actionnaire peut renoncer au profit de la Société à la propriété de son intérêt social. Cette renonciation n'aura d'effet que pour l'avenir ; il restera chargé de sa part dans les dettes de la Société, contractées avant sa renonciation[C 9]. Sur le bénéfice net de l'année, tel qu'il est arrêté par l'Assemblée générale, il est prélevé 10 % pour former un fonds de réserve, qui ne pourra toutefois dépasser 1 500 000 francs et dans ce chiffre est compris celui de 600 000 francs, importance du capital social. Toutes les fois que la réserve sera de 1 500 000 francs[C 9]. 300 000 francs seront répartis entre les actionnaires à raison de 150 francs à l'action[C 10]. Le fonds de réserve a été fixé à 3 000 000 francs. Le nombre d'actions a d'abord été fixé, comme dans la convention du , à 500, subdivisibles en douzièmes, qui doivent verser 1 200 francs ou 100 francs par douzième, soit en totalité 600 000 francs[C 10].
C'est dans l'Assemblée générale du , qu'on change le nombre des actions, et qu'on le porte à 2 000, susceptibles d'appels de fonds jusqu'à concurrence de 300 francs, soit en totalité de 600 000 francs[C 10].
Capitaux versés
Les associés de Douchy ont avancé à la Société Bigo, moyennant l'abandon de 312 actions sur 500 francs 300 000 francs. Il a été appelé, en 1850, 200 francs, et en 1851, 200 francs sur les 500 actions 200 000 francs, soit un ensemble de 500 000 francs qui doivent être remboursés sur les bénéfices[C 10]. Le capital de 600 000 francs constitué par le contrat de Société du a été appelé 75 francs par action le soit 150 000 francs, 75 francs par action le soit 150 000 francs, 150 francs par action le soit 300 000 francs, soit un cumul de 600 000 francs. Il a été donc versé en totalité 1 100 000 francs, dont 500 000 francs remboursables sur les bénéfices à venir[C 10].
En outre de ces 1 100 000 francs, il a été fait deux emprunts de 600 000 francs, chacun en obligations à 5 % soit 1 200 000 francs[C 10]. Le premier, le , remboursable en cinq ans à partir du et le second le , remboursable en cinq ans, à compter du . Le total des capitaux versés est de 2 300 000 francs[C 10].
Les importants travaux exécutés dans la concession de Courrières, 17 sondages, six puits, constructions, chemins de fer et canal, etc., ont absorbé des sommes, bien autrement considérables que celle de 2 300 000 francs, montant des capitaux versés[C 2]. Ces travaux sont en mesure de fournir une production annuelle de 500 000 à 600 000 tonnes, et d'après le chiffre de trente francs et plus par tonne immobilisé par les autres houillères du Nord, on peut admettre que les dépenses, réellement faites à Courrières jusque 1880, atteignent le chiffre de plus de quinze millions de francs, prélevés, à peu près entièrement, sur les bénéfices réalisés[C 2].
Concession

Après la découverte de la houille au sondage de Courrières, une demande de concession a été formée, le , par Messieurs Bigo, Crespel, Danel et Martin-Muiron. L'instruction de cette demande a été longue, par suite des oppositions et demandes en concurrence, d'abord de la Compagnie des Canonniers de Lille, qui a exécuté de nombreuses et dispendieuses recherches à Marchiennes et dans les environs, puis de la Compagnie Casteleyn et de Mme de Clercq, qui réclament partie des terrains demandés par Courrières[C 2].
Enfin, le , paraît le décret qui accorde aux sieurs Bigo et consorts une concession de 4 597 hectares sous le nom de concession de Courrières[C 2]. Un autre décret du même jour attribue à la dame veuve de Clercq et au sieur Mulot la concession de Dourges, limitrophe, et d'une superficie de 3 787 hectares. Ce sont les premières concessions instituées dans le nouveau bassin du Pas-de-Calais[C 2].
Un second décret du attribue à la Compagnie de Courrières une extension vers le nord et l'ouest de 720 hectares, qui n'avaient pas été compris dans les affiches primitives, et pour lesquels les formalités n'ont pas été remplies. Cette extension porte la superficie de la concession à 5 317 hectares[C 2].
Lorsque la Compagnie Douaisienne a établi, en 1855, des recherches à Ostricourt, au nord des concessions alors instituées, la Compagnie de Courrières demande une extension de périmètre[C 2]dans cette direction, et l'appuie sur l'exécution de quatre sondages à Carvin et Meurchin, mais sa demande a été repoussée[C 3]. Enfin, après l'exécution, en 1871-72, d'un sondage au sud de ses limites, la Compagnie de Courrières obtient, le , une deuxième extension de périmètre de 142 hectares. Les limites de la concession de Courrières en 1880 comprennent donc une superficie totale de 5 459 hectares[C 3].
Travaux

La Société Bigo a découvert la houille au sondage de Courrières en 1849. Elle avait aussitôt ouvert une fosse no 1, près du sondage, avec le concours financier, le personnel et le matériel de Douchy[C 3]. Dès le mois d', cette fosse a atteint la profondeur de 182 mètres et on y a rencontré, tant par le puits que par une bowette, trois veines exploitables. En , on connait cinq veines exploitables, et les galeries de reconnaissance ont acquis un assez grand développement. La Compagnie a été autorisée à vendre les charbons que fournissent les travaux d'exploration[C 3].
L'exploitation de la fosse de Courrières n'est cependant pas avantageuse : elle ne fournit annuellement que 12 000 à 20 000 tonnes de houille maigre, infestée de grisou, et quoique plus tard, par de longues galeries de recherches vers le sud, on y ait atteint des couches grasses, cette fosse n'a pour ainsi dire pas donné de résultats[C 3]. En même temps que la Compagnie Bigo poursuit ses travaux de la fosse de Courrières, elle exécute, en 1849 et 1850, six sondages pour la détermination du périmètre de la concession qu'elle sollicite, et, en 1853, un sondage no 14 par le procédé Kindt, à Billy-Montigny, en vue de l'ouverture d'une nouvelle fosse[C 3].
Le succès de ce sondage est complet. On y fait des découvertes importantes, qui décident la Compagnie à percer un puits no 2 à côté. Commencé en , le passage du niveau présente de sérieuses difficultés ; mais, dès 1857, ce puits fournit abondamment, et son extraction, jointe à celle du puits de Courrières, s'élevait de 70 à 80 000 tonnes par an[C 3]. La découverte de la houille au nord par les Compagnies Douaisienne, de Carvin et de Meurchin, en 1855-56[C 3], amène la Compagnie de Courrières à leur disputer les terrains dans cette direction, elle exécute dans ce but quatre sondages à Carvin et à Meurchin, mais sa prétention sur ces terrains a été rejetée[C 11].
Une troisième fosse (no 3) a été ouverte à Méricourt en 1858, et dès 1862, elle contribue à porter l'extraction à 110 000 tonnes d'abord, et successivement à 200 000 et 230 000 tonnes[C 11]. En 1867, est ouverte la quatrième fosse. L'extraction s'élève à 280 000 tonnes en 1868, et à 317 000 tonnes en 1869. La crise houillère de 1872-1875, la demande excessive des charbons, les hauts prix qu'ils atteignent, et les bénéfices considérables réalisés, tout engage la Compagnie à ouvrir de nouvelles fosses : le no 5 en 1872, et le no 6 en 1875[C 11].
Le creusement de la fosse no 5 présente des difficultés énormes. Un premier puits a dû être abandonné à 24 mètres. Un second a été ouvert à 50 mètres du premier, à l'aide d'une tour en tôle que l'on a descendu jusqu'à 35 mètres du sol[C 11]. On épuise jusqu'à 1 300 mètres cubes d'eau à l'heure, au moyen de trois pompes, dont deux de 55 centimètres et une d'un mètre de diamètre, marchant avec une course de trois mètres. En outre des six puits ci-dessus, la Compagnie a exécuté 17 sondages tant dans le périmètre de sa concession que sur son pourtour[C 11].
Extraction
| Année | Production. |
|---|---|
| 1851 | 4 672 |
| 1852 | 12 838 |
| 1853 | 17 420 |
| 1854 | 21 022 |
| 1855 | 18 571 |
| 1856 | 22 675 |
| 1857 | 73 028 |
| 1858 | 80 259 |
| 1859 | 73 498 |
| 1860 | 70 166 |
| 1861 | 75 206 |
| 1862 | 109 349 |
| 1863 | 139 420 |
| 1864 | 180 122 |
| 1865 | 202 944 |
| 1866 | 230 587 |
| 1867 | 227 669 |
| 1868 | 279 173 |
| 1869 | 316 904 |
| 1870 | 309 972 |
| 1871 | 289 117 |
| 1872 | 353 580 |
| 1873 | 376 621 |
| 1874 | 375 563 |
| 1875 | 435 805 |
| 1876 | 377 183 |
| 1877 | 370 475 |
| 1878 | 433 211 |
| Ensemble | 5 477 056 |
La première fosse de Courrières, commencée en 1849, entre en exploitation dans le courant de 1851. Mais le gisement de cette fosse est très accidenté, et les houilles, qu'il fournit, de qualité maigre et d'un écoulement difficile. Aussi l'extraction est peu importante, et de 1851 à 1856, elle reste comprise entre 4 000 et 23 000 tonnes[C 11]. La mise en exploitation de la fosse no 2 de Billy-Montigny vient modifier, d'une manière très favorable, cet état de chose, et de 1857 à 1861, l'extraction s'élève à 70 000 et 80 000 tonnes, pour s'accroître ensuite d'année en année. À partir de 1862 et jusqu'en 1867, avec trois fosses en activité, on produit de 109 000 à 230 000 tonnes[C 11].
L'achèvement de la fosse no 4 permet de porter l'extraction à 280 000 tonnes en 1868, à 310 000 tonnes en 1870, et en 1875 436 000 tonnes, chiffre maximum qui ait été atteint[C 11]. Les années suivantes, elle tombe à 370 000 tonnes[C 11], mais uniquement par défaut de vente, et se relève en 1878, à 433 000 tonnes[C 12]. On trouve ci-contre les chiffres de production annuelle des mines de Courrières depuis l'origine jusque 1878[C 12].
Dividendes
Le premier dividende distribué, bénéfice de 1857, et résultat de la mise en exploitation de la fosse no 2, de Billy-Montigny, a été payé aux actionnaires en 1858. Il est de 150 francs par action. Il a été payé un dividende semblable pour chacun des exercices 1858, 1859 et 1860[C 12]. et, en 1864, de 250 francs[C 13]. Il s'élève en 1865 à 400 francs, à 500 francs en 1866 et en 1867, pendant la hausse du prix des houilles, à 600 francs. Il retombe de 1868 à 1871, à 400 francs. Mais il monte pendant la crise houillère à 1 500 francs en 1872, 1 600 francs en 1873, 1 750 francs en 1874 et 1 600 francs en 1875[C 13]. La baisse du prix des houilles le fait descendre à 900 francs en 1876, 500 francs en 1877 et 600 francs en 1878[C 13].
La Compagnie de Courrières est certainement la Compagnie houillère du Nord qui a distribué les plus gros dividendes, eu égard à l'importance de son extraction[C 13]. Bien administrée, elle exploite économiquement, et ses produits très beaux et très bons se vendent cher. Il y a lieu de remarquer, toutefois, que cette Compagnie n'a en circulation que 2 000 actions, tandis que les autres Compagnies houillères en ont 3 000, 4 000, 6 000 et même plus[C 13].
Prix de vente des actions
Les 2 000 actions de la Compagnie de Courrières ont versé en totalité 1 100 000 francs, soit par titre 550 francs, dont 250 avancés par les actionnaires primitifs, ont remboursé, principal et intérêts, sur les bénéfices de 1858 à 1862, après la mise en exploitation de la fosse no 2, de Billy-Montigny[note 2],[C 13]. Les 300 francs restants, versés en 1854 et 1855, reçoivent un premier dividende en 1858. Aussi le prix de vente des actions s'élève à la fin de 1859 à 3 000 francs[C 13].
Au commencement de 1861, après l'achèvement de la fosse no 3, ces actions montent à 5 300 francs. En , elles sont offertes à 4 900 francs[C 14]. Au milieu de l'année 1866, elles valent 5 500 francs, dans le courant des années 1868, 1870 et 1871, 10 500 francs, et en 13 500 francs[C 14].
Pendant la crise houillère, les actions de Courrières atteignent un prix excessif, inouï. Ainsi, cotées déjà en à 17 250 francs, elles s'élèvent dès le mois suivant à 21 000 francs puis en 24 000 francs, en 27 000 francs, en 37 000 francs et en 52 000 francs, prix maximum qu'elles aient atteint[C 14].
En , elles descendent à 39 800 francs et en , à 25 000 francs. Dans le cours de l'année 1877, leur prix de vente oscille entre 24 000 et 27 000 francs ; elles sont en 1880 encore à 24 000 francs[C 14]. La valeur attribuée à ces actions, comme du reste à toutes les actions des houillères du Nord, a toujours été exagérée, et nullement en rapport avec les dividendes distribués. Leur taux de capitalisation ne dépasse pas 2 à 3 %[C 14].
Gisements
Dans la concession de Courrières, la formation houillère est recouverte par une épaisseur variable de 135 mètres à 155 mètres de morts terrains, composés d'alluvions, parfois d'un peu de terrain tertiaire, et surtout de terrain crétacé supérieur, dont une moitié, 80 mètres environ, renferme des nappes aquifères. La traversée de ces derniers terrains présente souvent de grandes difficultés[C 14].
Tous les puits sont cuvelés en bois de chêne sur une hauteur variant de 80 à 107 mètres. Leur section dans le cuvelage est un polygone dont le nombre de côtés est de 16 à 24, et dont le diamètre varie de 3,50 mètres à 4,50 mètres[C 14]. En dessous du cuvelage les puits sont muraillés. Ils sont tous guidés en bois. Leur profondeur varie de 210 à 310 mètres[C 15]. Le tableau ci-contre donne des détails circonstanciés sur les différents gisements reconnus et exploités aux mines de Courrières[C 15].
| Sortes de houille | Couches | Composition (cendres déduites) |
Fosses qui exploitent chaque sorte | Usages | ||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Nombre | Épaisseur totale | Carbone | Matières volatiles | |||
| Maigres | 3 | 1,90 mètre | 92 % | 8 % | no 1 | Cuisson des briques et de la chaux |
| Demi-grasses | 4 | 1,65 mètre | 86 à 82 % | 14 à 18 % | no 1 | Générateurs, chauffage domestique |
| Grasses, à courte flamme | 5 | 3,80 mètres | 79 à 76 % | 21 à 24 % | no 1 | Générateurs, verreries, puddlage, locomotives, forges, coke, usage domestique |
| Grasses, maréchales | 7 | 5,35 mètres | 74 à 70 % | 26 à 30 % | no 1 | Forges, puddlage et réchauffage, gaz, coke, chauffage domestique |
| Grasses, à longue flamme | 11 | 14,55 mètres | 66 à 64 % | 34 à 36 % | nos 2, 3, 4, 5, 6 | Gaz, forges domestiques |
| Grasses, à longue flamme | 7 | 6,55 mètres | 63 à 60 % | 37 à 40 % | nos 2, 3, 4, 5, 6 | Sucreries, brasseries, fours à réchauffer, générateurs |
| Ensemble | 38 | 33,80 mètres | ||||

L'épaisseur moyenne des veines est donc de 88,9 centimètres. Le faisceau des houilles maigres et demi-grasses est momentanément inexploité. Tous les autres le sont plus ou moins, suivant les besoins du commerce[2],[C 15]. La carte donnant l'allure des couches exploitées dans la concession de Courrières et la coupe verticale des gisements qui accompagnent ce travail sont tirées de la notice de M. Alayrac[C 15]. On a ajouté sur la carte les divers sondages exécutés dans le périmètre, et partie des gisements de Dourges et de Carvin[C 16].
Matériel et outillage des puits
Les cinq puits en exploitation sont guidés en bois. L'extraction s'opère au no 1, par des caisses de 1 050 kilogrammes suspendues à des cadres guideurs. Ces caisses sont remplies aux accrochages par trois berlines de 350 kilogrammes au moyen de petits culbuteurs ordinaires ; au no 2, par des cages à deux étages, dont l'un est destiné à la circulation des hommes et l'autre reçoit une caisse de 1 050 kilogrammes, remplie aux accrochages de la même manière qu'au puits no 1 ; aux nos 3, 4 et 5, par cages à deux étages, contenant chacun deux chariots de 400 kilogrammes, chargés directement aux tailles[C 16]. Toutes les cages sont munies de parachutes à quatre griffes agissant par couples sur les faces latérales des guides, sauf à la fosse no 4 où fonctionne le parachute Fontaine, modifié par Taza[C 16].
Indépendamment des parachutes, les fosses sont armées contre les accidents de ruptures de câbles, de tous les systèmes de précaution usités qui sont :
- Les freins à vapeur, actionnés par les cages elles-mêmes au moyen de leviers et tringles de communication ;
- Les crochets de suspension à déclinche qui abandonnent les cages lorsque par suite de fausses manœuvres, elles sont sur le point d'arriver aux mollettes[C 16] ;
- Les taquets de retenue, placés dans le chevalet, à vingt centimètres au-dessous de la position limite des cages, dont la fonction consiste à arrêter ces dernières au cas où le parachute n'aurait pas agi après le décrochement automatique ;
- Enfin le rétrécissement du guidage dans la région voisine des mollettes[C 16].
La Compagnie de Courrières emploie cinq ventilateurs du système Guibal : celui de la fosse no 1 a quatre mètres de diamètre et 1,50 mètre de largeur ; ceux des fosses nos 2, 3 et 4 ont sept mètres de diamètre et 1,75 mètre de largeur, et celui du no 5 a neuf mètres de diamètre et 2,25 mètres de largeur[C 16]. Les appels d'air se font par compartiments étanches installés dans les puits mêmes[C 17].
L'épuisement des eaux s'opère, soit par des caisses guidées en bois contenant 16 à 24 hectolitres, soit par des caisses en tôle de 15 hectolitres qu'on introduit dans les cages[C 17]. L'extraction d'eau pour les cinq puits en exploitation est de 760 mètres cubes par 24 heures. Le transport souterrain s'effectue par des chariots en bois contenant 400 kilogrammes de houille. Les rails sont à simple ou double champignon, du poids de quatre à cinq kilogrammes le mètre[C 17].
La Compagnie possède vingt machines à vapeur, à savoir, pour l'extraction :
- Puits no 1, une machine horizontale à un cylindre et engrenages, d'une force de 60 chevaux,
- Puits no 2, une machine horizontale à deux cylindres de 65 et 180 centimètres, d'une force de 120 chevaux,
- Puits no 3, une machine horizontale à deux cylindres de 65 et 180 centimètres, d'une force de 120 chevaux,
- Puits no 4, une machine horizontale à deux cylindres de 75 et 160 centimètres, d'une force de 200 chevaux,
- Puits no 5, une machine horizontale à deux cylindres de 75 et 160 centimètres, d'une force de 200 chevaux[C 17].
Ces cinq machines ont ensemble une force de 700 chevaux. la Compagnie possède en outre sept machines alimentaires de 28 chevaux, cinq ventilateurs Guibal de 150 chevaux, deux machines de fonçage de puits, dont une en réserve, de 82 chevaux, une machine d'épuisement, en réserve, de 250 chevaux[C 17]. Ces vingt machines ont une force totale de 1 210 chevaux. La vapeur est fournie à ces machines par 25 générateurs, présentant une surface de chauffe totale de 1 940 mètres carrés[C 17].
Il existe en outre cinq locomotives pour le service des chemins de fer, deux monte-charges à vapeur aux puits nos 3 et 4, trois grues chrétien au rivage, deux élévateurs au rivage, quatre machines aux ateliers de réparations de Billy-Montigny, ayant ensemble une force de 64 chevaux[3]. Un atelier important situé à Billy-Montigny exécute toutes les réparations que nécessite un aussi considérable outillage[C 17].
Canal et Chemin de fer
La ligne des houillères a été concédée a la Compagnie des chemins de fer du Nord par décret du ; mais elle n'a été livrée à la circulation qu'en 1862. Jusqu'alors les nouvelles houillères du Pas-de-Calais n'écoulent leurs produits que par voitures, ou bien par le canal de la Deûle où ils sont amenés avec des frais considérables[C 18]. La Compagnie de Courrières demande, dès 1857, à établir un chemin de fer de ses fosses jusqu'au canal ; mais elle arrête son embranchement à Harnes, sur la rivière du Souchez, et préfère canaliser cette rivière jusqu'à son embouchure dans le canal de la Deûle[C 18].
Plus tard, elle relie toutes ses fosses par des embranchements à la gare de Billy-Montigny et en 1880, elle possède 8,5 kilomètres de chemin de fer, non compris douze kilomètres de voies de garages indispensables à son service[C 18]. Elle effectue ses transports et au rivage d'Harnes et à la station de Billy-Montigny avec cinq locomotives et 160 wagons qui lui appartiennent en propre[C 18].
L'embarquement des charbons s'effectue par trois grues Chrétien et par deux élévateurs fixes à vapeur qui versent directement dans le bateau des caisses d'une et de 2,5 tonnes amenées des fosses sur des wagons-trucs[C 18]. La Compagnie de Courrières a expédié par bateaux d'après M. Micha, 155 470 tonnes, ou 49 % de son extraction, en 1869, 157 250 tonnes (50 %) en 1870, 131 600 tonnes (45 %) en 1871, 172 400 tonnes (48 %) en 1872, 182 100 tonnes (48 %) en 1873, 177 500 tonnes (47 %) en 1874, 207 000 tonnes (47 %) en 1875, 147 000 tonnes (39 %) en 1876 et 158 295 tonnes (47 %) en 1877[C 18].
Prix de revient
D'après les états des redevances, le prix de revient des mines de Courrières a été de 9,76 francs la tonne en 1873 et de 10,96 francs en 1874[C 18].
Prix de vente
Les rapports des Ingénieurs des Mines donnent les résultats suivants pour les prix moyens de vente des houilles des mines de Courrières : 9,50 à 11 francs de 1851 à 1854, 13,26 francs en 1855, et 14,38 francs en 1856[C 19]. Les prix ci-dessus ne s'appliquent qu'aux charbons secs et maigres de la fosse no 1, la seule en exploitation[C 19].
Fin 1856, on met en exploitation la Fosse no 2 de Billy-Montigny, qui donne des charbons gras de très bonne qualité. Aussi les prix de vente s'élèvent, de 1857 à 1861, à 16,30 francs et 16,93 francs. Ils descendent ensuite à 14,75 francs en 1862, et s'abaissent graduellement les années suivantes, pour tomber à 12,51 francs en 1865[C 19]. En 1866 et 1867, années de grandes demandes, les prix se relèvent à 15,09 francs et 17,64 francs. Puis ils descendent à 13,13 francs en 1868 et à 12,57 francs en 1870. En 1871, ils remontent à 13,55 francs et en 1872 à 16,02 francs. La crise houillère les porte à 21 francs en 1873, prix maximum qui ait été atteint. Ils descendent ensuite, en 1874, à 18 francs, 15,50 francs en 1877 et 14,05 francs en 1878[C 19].
En 1877, la Compagnie de Courrières a expédié 39 063 tonnes par voitures, 158 295 tonnes par bateaux, 161 880 tonnes par chemin de fer, elle a consommé 26 155 tonnes. L'ensemble est de 385 393 tonnes[C 19]. Elle a vendu 51 883 tonnes dans le Pas-de-Calais, 113 805 tonnes dans le Nord, 133 550 tonnes en dehors de la région, et ses mines ont consommé 26 155 tonnes. Le total est de 385 393 tonnes[C 19].
| Année | Nombre | Production |
|---|---|---|
| 1851 | 109 | 42 |
| 1852 | 115 | 112 |
| 1853 | 152 | 114 |
| 1855 | 285 | 65 |
| 1856 | 310 | 73 |
| 1857 | 494 | 148 |
| 1858 | 631 | 127 |
| 1859 | 647 | 113 |
| 1860 | 610 | 114 |
| 1861 | 730 | 103 |
| 1862 | 750 | 146 |
| 1863 | 797 | 175 |
| 1864 | 956 | 188 |
| 1865 | 1 084 | 188 |
| 1866 | 1 163 | 179 |
| 1867 | 1 278 | 178 |
| 1868 | 1 426 | 193 |
| 1869 | 1 575 | 201 |
| 1870 | 1 411 | 219 |
| 1871 | 1 491 | 193 |
| 1872 | 1 716 | 206 |
| 1875 | 2 236 | 192 |
| 1877 | 2 203 | 168 |
| 1878 | 2 321 | 187 |
Ouvriers et production par ouvrier
La Compagnie de Courrières a successivement occupé les chiffres d'ouvriers repris dans le tableau ci-contre, qui donne en même temps leur production annuelle[C 20]. De 1851 à 1862, la production annuelle par ouvrier ne dépasse pas 148 tonnes ; elle est même presque toujours inférieure à ce dernier chiffre. Mais, à partir de 1863, elle atteint en moyenne 190 tonnes, soit 35 % de plus que dans la période précédente. Les ouvriers des mines de Courrières se répartissent de la manière suivante :
| Année | Ouvriers du fond | Ouvriers du jour | Ouvriers des deux catégories |
|---|---|---|---|
| 1869 | 1 257 | 288 | 1 525 |
| 1871 | 1 207 | 284 | 1 491 |
| 1872 | 1 388 | 328 | 1 716 |
| 1875 | 1 800 | 466 | 2 266 |
| 1877 | 1 815 | 388 | 2 203 |
| 1878 | 1 772 | 549 | 2 321 |
La production par ouvrier du fond est de 252 tonnes en 1869, 239 tonnes en 1871, 254 tonnes en 1872, 297 tonnes en 1875, 204 tonnes en 1877 et 244 tonnes en 1878, soit une moyenne de 249 tonnes[C 21]. Le chiffre dépasse très notablement la moyenne des autres houillères du bassin, et dénote des conditions d'exploitation favorables et un bon emploi du personnel. D'après M. Alayrac, la population, qui vit exclusivement du travail des mines de Courrières, s'élève à 6 900 personnes[C 21].
Salaires
Une notice distribuée par M. Alayrac, ingénieur en chef des mines de Courrières, lors de la visite de ces mines, en , par le Congrès de l'Industrie minérale, renferme les renseignements suivants sur les salaires[C 21] :
| Année | Mineurs proprement dits | Rouleurs de tout âge | Ouvriers de toute sorte au fond |
|---|---|---|---|
| 1864 | 3,15 francs | 1,80 francs | 2,74 francs |
| 1868 à 1871 | 3,70 francs | 2,11 francs | 2,97 francs |
| 1872 | 4,08 francs | 2,20 francs | 3,03 francs |
| 1873 | 4,56 francs | 2,37 francs | 3,35 francs |
| 1874 | 4,51 francs | 2,39 francs | 3,42 francs |
| 1875 | 4,60 francs | 2,47 francs | 3,48 francs |
Il ressort de ce tableau que, de 1864 à 1875, les salaires ont augmenté aux mines de Courrières pour les mineurs proprement dits, de 1,45 francs ou de 46 %, pour les rouleurs, de 67 centimes soit 31 %, et pour les ouvriers de toutes sortes au fond, de 74 centimes soit 21 %[C 21]. D'après les rapports des Ingénieurs des Mines, la Compagnie de Courrières paye en salaires à ses ouvriers 1 311 589 francs en 1869, 1 421 294 francs en 1871, 1 169 300 francs en 1872, 1 984 149 francs en 1877, et 2 405 105 francs en 1878[C 21].
Le salaire annuel moyen des ouvriers de toute espèce est de 836 francs en 1869, 958 francs en 1871, 1 031 francs en 1872, 1 039 francs en 1873, 1 000 francs en 1874, 1 070 francs en 1875, 1 152 francs en 1876, 900 francs en 1877 et 1 037 francs en 1878[C 22].
Maisons d'ouvriers
En 1876, la Compagnie de Courrières possède déjà 646 maisons habitées par 2 601 personnes, dont 882 sont occupées dans les travaux. Elle fournit donc le logement aux deux cinquièmes de ses ouvriers. En 1878, le nombre de ses maisons est de 694, pouvant loger 2 800 personnes, dont 1 100 ouvriers de tous âges[C 22].
Ces maisons sont de trois types différents :
- Petite, avec cave, pièce au rez-de-chaussée et pièce à l'étage ;
- Moyenne, avec cave, grande pièce et cabinet au rez-de-chaussée, et deux chambres à l'étage ;
- Grande, avec deux grandes pièces au rez-de-chaussée et deux à l'étage[C 22].
À chacune d'elles est attribué un petit jardin d'un are à un are cinquante centiares. Elles sont louées à raison de deux, trois ou quatre par mois, suivant leur grandeur, jardin compris. Ces maisons reviennent en moyenne à 2 250 francs l'unité, plus le prix du terrain[3],[C 22].
Institutions de bienfaisance
Près de la fosse no 3 à Méricourt, la Compagnie a construit deux écoles et un asile pouvant contenir 700 élèves des deux sexes, et tenus par quatre instituteurs congréganistes et cinq religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. II y existe un cours d'adultes du soir pour les jeunes ouvriers, un ouvroir et une bibliothèque[C 22].
La Compagnie envoie, en outre, gratuitement aux écoles des communes 1 200 enfants[C 23]. Également, près de la fosse no 3, il a été construit une chapelle desservie par un prêtre spécial, avec un cimetière réservé juste à côté. On a obtenu la création, pour cette section de la commune de Méricourt, d'un adjoint au maire, qui remplit toutes les fonctions de l'état civil[C 23]. Le service de santé est fait par quatre docteurs et deux officiers de santé. Un docteur a sa résidence à Billy-Montigny, et est spécialement attaché à la Compagnie. On a établi une pharmacie qui délivre gratuitement les médicaments aux ouvriers et à leurs familles[C 23].
Tout le service médical est à la charge de la Compagnie, ainsi que l'alimentation des convalescents, l'instruction primaire et une partie des pensions de retraite. Une caisse de secours, alimentée par une cotisation mensuelle d'un à trois francs, suivant les salaires des ouvriers, fournit les secours en argent aux malades et blessés, aux nécessiteux, les frais de funérailles, les pensions aux veuves et orphelins des ouvriers tués dans les travaux[C 23]. Il est gardé une réserve de 15 000 francs au-delà de laquelle l'excédant de l'encaisse, arrêté au de chaque année, est partagé entre tous, au prorata des cotisations annuelles, ainsi qu'il a été dit pour Dourges[C 23].
En 1877, les dépenses de la Compagnie se sont élevées à 11 030,71 francs pour le service médical, 18 973,40 francs pour la pharmacie, 4 019,25 francs pour les secours en nature, 17 879,85 francs pour les écoles, et 8 148,39 francs pour les pensions, soit un total de 60 051,60 francs[C 23]. La Caisse de secours, dont les recettes ont atteint le chiffre de 62 683 francs, a dépensé 42 530,50 francs pour les secours ordinaires et extraordinaires et 7 241 francs pour les pensions, soit un total de 49 777,50 francs[C 23].
Épargne
La Compagnie reçoit les épargnes de ses employés et ouvriers et leur en sert l'intérêt à 4 %. Il y a 106 déposants pour 206 364,38 francs[C 24].
Société de coopération
Elle est fondée en 1866 avec des actions de 25 francs. Nul ne peut en avoir plus de cinq. Un gérant fait les opérations sous le contrôle d'un comité de neuf membres, se renouvelant chaque année par tiers[C 24]. On ne vend qu'au comptant ou payable fin de la quinzaine. Tous les six mois, on fait l'inventaire qui est soumis à une assemblée générale, laquelle décide la répartition des bénéfices. Commencée avec cent souscripteurs et avec un faible capital de 5 850 francs, dès le premier semestre, la Société réalise un chiffre de vente de 43 316,96 francs et un bénéfice net de 2 158,72 francs[C 24].
Au mois de , époque du maximum des salaires, le compte semestriel établit un chiffre de vente de 93 872,90 francs et un bénéfice net de 9 947,60 francs à répartir entre 332 actions appartenant à 245 sociétaires[C 24].
Le dernier bilan semestriel de 1877 donne les résultats suivants :
- Actif :
- capital à nouveau : 48,50 francs
- inventaire : 19 628,25 francs
- comptes courants débiteurs : 16 244,05 francs
- en caisse : 980,71 francs
- mobilier spécial : 1 198,35 francs
- total : 38 099,86 francs[C 24]
- Passif :
- capital : 8 400 francs
- comptes courants créditeurs : 14 137,40 francs
- réserve sur bénéfice antérieur : 9 402,71 francs
- profits : 6 099,75 francs
- total : 38 099,86 francs[C 24]
Le nombre des associés est de 239, possédant 336 actions. Le chiffre des ventes s'élève à 77 119,85 francs, déduction faite de l'intérêt du capital, de la bonification au comptable et des gratifications aux garçons de magasin, il reste un bénéfice net de 5 404,15 francs qui a été partagé ainsi : 4 757,32 francs pour les dividendes et 646,83 francs pour la réserve[C 24]. Le dividende équivaut à 6,2 % du montant des ventes[3],[C 24].
Après 1880
Le puits no 7 est commencé en 1882 pour une mise en service en 1885[A 3]. Le puits no 8 est commencé en 1889[A 4]. En 1890, la production de 1 290 000 tonnes est assurée par 3 886 hommes et 560 enfants[A 3]. En 1895, le directeur est M. Kolb, il est aidé des ingénieurs Bar et Frémaud. Messieurs Alfred Dupont, Schneider, Derôme, Thellier de Poncheville, Mathieu, Delcourt et Pierrard siègent au conseil d'administration[A 4]. La fosse no 9 est en préparation à Harnes, et la fosse no 10 en cours de fonçage à Billy-Montigny[A 4]. La Compagnie possède un rivage à Harnes, un réseau de chemins de fer reliant toutes les fosses et le rivage au réseau de la Compagnie des chemins de fer du Nord, une usine à briquettes, et cinq kilomètres de voies ferrées sur le canal de la Souchez. La Compagnie emploie 5 156 hommes, dont 3 739 ouvriers au fond, 1 209 au jour, et 223 employés[A 4]. le puits no 10 est ouvert le , et la fosse commence à fonctionner en 1900. À cette époque, M. Lavaurs est le directeur gérant, M. Bar l'ingénieur en chef[A 5]. En 1903, 2 190 742 tonnes de charbon sont produites grâce à 7 006 mineurs, 1 548 ouvriers au jour, et 309 employés[A 5].
Le , la Catastrophe de Courrières cause la mort de 1 099 personnes, et touche les fosses nos 2, 3, 4 - 11 et 10[A 8]. La Compagnie est mise en cause, des manifestations et des grèves dans tout le bassin minier à l'exception de la Compagnie des mines de Bruay s'ensuivent[A 9]. le travail ne reprend qu'à partir du dans le Pas-de-Calais[A 9].
En octobre, les travaux de la fosse no 13 sont commencés. Un puits no 18 est ajouté en 1909[A 5]. Le puits no 20 est ajouté au 10 en 1911[A 5]. À cette période sont creusés les puits nos 21 et 22 à Harnes. La production est en 1913 de 3 063 068 tonnes. En 1914, la Compagnie emploie 14 413 personnes, dont 11 249 mineurs au fond, 3 164 ouvriers au jour et 444 employés. Elle possède six caisses de secours, 4 757 maisons, trois écoles primaires accueillant 1 570 enfants, une consultation de nourrissons, et une goutte de lait[A 6].
L'entre-deux guerres
En 1924, 3 439 913 tonnes de charbon sont produites, ainsi que 314 000 tonnes de coke[A 7]. En 1928, le puits no 23 est commencé[A 6]. En 1930, le directeur général de la Compagnie est M. André Defline, M. Scherrer est ingénieur en chef au fond, et M. Myon ingénieur en chef au jour. Les puits nos 24 et 25 sont respectivement commencés à Estevelles le et le . Le dernier siège de la compagnie commence à extraire en 1932[A 7].
En 1928, les sociétés industrielles représentent pour la première fois trois des cinq premières capitalisations françaises et cinq des dix premières, dont deux houillères, la Compagnie des mines de Lens à la troisième place, et la Compagnie des mines de Courrières à la dixième place.
| Société | Banque de France |
Saint-Gobain | Cie de Lens | Crédit lyonnais | Citroën | Société générale | Paribas | Compagnie parisienne de distribution d'électricité |
Alais Froges | Cie de Courrières |
| Capital (en milliards de francs)[4] |
3,8 | 3,2 | 1,9 | 1,8 | 1,7 | 1,7 | 1,6 | 1,6 | 1,3 | 1,3 |
En 1938, la Compagnie produit 3 439 913 tonnes de houille et 332 537 tonnes de coke ; elle emploie 15 941 employés et ouvriers, possède 9 316 logements, seize écoles recevant 4 211 élèves et une école ménagère[A 7]. En 1939, Messieurs Portier, Parent, Boca, Mathieu, Dupont, Cartigny, Derlcourt, Bultot et Perret siègent au conseil d'administration[A 7].
Après la nationalisation le , les Compagnies de Courrières, Dourges et Drocourt forment le Groupe d'Hénin-Liétard qui s'étend sur 11 792 hectares. La production est alors concentrée sur huit sièges.













