Histoire de Strasbourg

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le blason de Strasbourg.

Strasbourg est une ville du Nord-Est de la France, située sur la rive gauche du Rhin. Fondée par les Romains en 12 av. J.-C., la ville passe sous le contrôle des Mérovingiens au VIIIe siècle avant d'être rattachée au Saint-Empire romain germanique. D'abord siège d'une principauté épiscopale, elle devient une ville impériale libre en 1262. Rayonnante durant tout le Moyen Âge, la cité-État est conquise par Louis XIV en 1681. Puis, entre 1870 et 1945, Strasbourg va changer quatre fois de nationalité. Elle est aujourd'hui une ville symbole de la réconciliation franco-allemande.

Les premières traces d’occupation humaine sur Strasbourg et ses alentours remontent à –600 000[1] et de nombreux objets du Néolithique, de l’âge de bronze et de fer ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques. Mais c’est aux environs de 1300 av. J.-C. que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers la fin du IIIe siècle av. J.-C. le site est devenu une bourgade celte du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement, les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations bâties sur la terre ferme[2].

La frontière rhénane de l'Empire romain du temps de Julien.

Les Romains arrivent en Alsace en 58 av. J.-C. Une idée reçue veut que le général Drusus, frère de Tibère, fait construire en l’an 12 av. J.-C. sur le site de Strasbourg un camp militaire sur l’emplacement d’une petite cité gauloise. Ce camp érigé entre deux bras de l’Ill prend le nom romain d’Argentoratum[3]. Les fouilles archéologiques qui ont mis au jour d’importants vestiges de bains, de résidences et d’un hôpital militaire, complétées par l’analyse des sources littéraires et épigraphiques, permettent de retracer l’histoire antique de Strasbourg-Argentorate et montrent que le camp romain sur ce site ne date que de [4]. Il abrite dans un premier temps un poste militaire surveillant des voies romaines dans la province de Germanie supérieure puis prend progressivement de l’importance. Il est caractérisée par l’installation de la IIe légion entre 15 et 43, l’absence d’une légion entre 43 et les années 90, puis par la longue présence, à partir des années 90, de la VIIIe légion Auguste qui s’établit dans un camp couvrant 19 ha[5]. Au IIe siècle, les soldats de cette légion érigent un mur d’enceinte en pierre calcaire à la place du rempart initial en terre et en bois. Promue au rang de colonie militaire où les légionnaires installent leurs familles, Argentorate est déjà un carrefour commercial, notamment pour le trafic fluvial au niveau du port de Strasbourg (installé aux abords de l’église Saint-Thomas) qui importe des amphores et des produits manufacturés, et exporte des vins d’Alsace et les poteries des ateliers de Heiligenberg[6]. La ville reste néanmoins essentiellement militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au cours des IIe et IIIe siècles, avec l’agrandissement de l'Empire romain, Argentoratum qui était un camp en retrait du limes du Rhin (zone frontière de l'empire) devient une importante base d'intendance et de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg devient un camp montant la garde du limes face aux Barbares d'outre-Rhin puis une forteresse abritant quelque 6 000 légionnaires[7],[4].

Après l’an 320, le camp n’accueille plus qu’un millier de militaires, mais de plus en plus de civils : la forteresse devient ville[4]. En 355, elle est saccagée par les Alamans. Le César Julien reconquiert la ville en 357 après une victoire décisive sur les Alamans lors de la bataille de Strasbourg. Mais en 406 les Germains envahissent à nouveau la Gaule puis, en 451, la ville est complètement détruite par Attila[8].

Moyen Âge

Une ville épiscopale en développement

Les ponts couverts du XIIIe siècle.

Elle est restaurée sous le nom de Strateburgum en 496 par les Francs qui favorisent le développement de la ville, après la conversion de Clovis au christianisme. En effet, Argentorate est l’une des rares villes de la région à être le siège d'un évêque, véritable gouverneur de l’époque[9]. En cette période de paix, la ville se développe à nouveau. Les évêques successifs étendent leur pouvoir dans toute l’Alsace. Dès le VIe siècle, sous l’impulsion de l’évêque Arbogast de Strasbourg, une première cathédrale et un couvent sont édifiés. Vers 720, la première abbaye est construite à la demande du duc d’Alsace Adalbert. La majorité des travaux d’urbanisme étaient alors effectués par les moines qui, par ailleurs, soignaient les malades et travaillaient la terre[10].

La cathédrale Notre-Dame.

Sous l’ère mérovingienne, Strasbourg devient ville royale mais reste de taille très modeste. Au VIIIe siècle, la ville compte 1 500 habitants. Les activités sont essentiellement agricoles mais on exporte déjà du vin, du blé et du bois de chêne vers l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre et la Scandinavie. En 842, la ville accueille Charles le Chauve et Louis le Germanique qui s’allient contre leur frère Lothaire pour le partage de l’Empire légué par leur grand-père Charlemagne et prononcent les Serments de Strasbourg, le plus ancien texte rédigé en langue romane (ancêtre du français, entre autres) et en langue tudesque (ancêtre de l’allemand)[11]. À l’issue de ce conflit en 843, le traité de Verdun attribue Strasbourg à Lothaire. Mais peu après sa mort, en 870, la ville revient à la Louis le Germanique. Strasbourg obtient alors le droit de justice et celui de battre monnaie. En 962, Otton le Grand fonde le Saint-Empire romain germanique et s’appuie sur l’Église en lui octroyant des pouvoirs temporels forts. Strasbourg va alors connaître une période d’expansion : une nouvelle enceinte fortifiée est construite vers 1100 et un premier hôpital voit le jour[12].

En 1160 on décide de remplacer la cathédrale Wernher (du nom de l’évêque qui demanda sa construction), qui est pourtant de dimensions imposantes, par un édifice grandiose[13]. En seulement deux siècles, la ville passe de 3 000 à 10 000 habitants et devient l’une des plus grandes villes du Saint-Empire. À partir de 1228, les quartiers maraîchers font à leur tour partie intégrante de la cité. De nombreux couvents sont édifiés et plusieurs églises reconstruites. Les franciscains arrivent en 1222 et s’installent sur l’actuelle place Kléber. Les dominicains s’implantent deux ans plus tard sur le site du Temple Neuf[14].

Le Finkwiller, le quai des bateliers, la rue des bouchers ou la rue d'or témoignent des nombreuses corporations présentes à l'époque et indispensables à la vie quotidienne des Strasbourgeois. Ces axes étaient entourés d’une enceinte fortifiée qui sera agrandie aux XIIe et XIIIe siècles. Le système défensif des ponts couverts est édifié. Les quatre tours actuelles faisaient partie des remparts (qui comptaient 80 tours) et étaient reliées par des ponts couverts d'une toiture en bois, disparue au XVIIIe siècle. Elles abritaient les corps de garde mais servaient aussi de prison. En 1201, Philippe de Souabe élève Strasbourg au rang de ville libre sous l’impulsion de riches seigneurs alsaciens. Peu après, en 1220, naît le conseil municipal. Il est alors chargé de fonctions jusque-là attribuées au clergé, notamment l’administration et la justice. La bourgeoisie acquiert une autonomie remarquable vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Mais en 1260, Walter de Geroldseck est élu évêque de Strasbourg et exige qu’on lui restitue les pleins pouvoirs. Très vite, une guerre éclate entre les Strasbourgeois et l’armée épiscopale. En 1262, le prélat est vaincu à la bataille de Hausbergen, par les troupes strasbourgeoises, bien aidées par Rodolphe Ier du Saint-Empire[15].

Strasbourg tombe alors entre les mains des plus grandes familles nobles de Strasbourg : les Zorn et les Mullenheim. Les rivalités incessantes entre ces deux familles, ainsi que le mépris des nobles à l’égard des bourgeois finissent par agacer, et en 1332 une guerre civile éclate. Le pouvoir revient alors à la classe marchande. Au milieu du XIVe siècle, la peste envahit toute l’Europe et atteint Strasbourg. Comme dans de nombreuses villes, les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. Pierre Schwarber, l'ammestre de Strasbourg, tente de protéger les juifs de la ville ordonnant notamment qu’une enquête soit menée. Mais le 9 février 1349, lui et la plupart de ses alliés sont bannis de la ville. Le 14 février de cette même année, près de 2 000 juifs sont brûlés vifs à l’endroit de l’actuelle rue Brûlée lors du pogrom de Strasbourg[16],[17].

Strasbourg, ville impériale libre

La ville en 1493.

Affranchie du pouvoir épiscopal, Strasbourg est proclamée ville impériale libre par Charles IV, empereur de 1355 à 1378. En cette période de trouble politique, la cité va cependant accroître sa notoriété et de nombreux édifices vont voir le jour. L’ancienne douane, inaugurée en 1358, est un élément essentiel du développement de la ville. En effet, le Rhin est déjà un lieu de passage majeur pour le transport des marchandises. La puissante corporation des bateliers exerce un contrôle strict sur les marchandises en transit (notamment du vin) et prélève des taxes qui participeront dans une large mesure au développement de Strasbourg[18]. À la fin du XIVe siècle, un nouvel agrandissement de la ville est entrepris. Toute la cité se transforme en un véritable chantier d'églises, fondées par des moines ou des familles nobles. Parmi les plus anciennes, Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Thomas. À côté des églises, une vingtaine de couvents voient le jour. De cet ensemble demeure le cloître de l'église Sainte-Madeleine et celui de Saint-Pierre-le-Jeune. En 1441, un nouveau grenier à blé est édifié pour faire face à la demande croissante. D’une hauteur de cinq étages, et long de 131 mètres, il peut accueillir 4 000 réseaux de grains. Le quartier de la Krutenau est intégré dans l’enceinte fortifiée de la ville[19]. En 1404, la ville de Strasbourg s'étend sur km2, mais son agglomération atteint une surface de 40 km2[20].

En 1414, deux évènements ont lieu lors de la visite du roi de Hongrie et de Germanie Sigismond : la foudre tombe sur la tour aux Pfennigs et provoque un incendie. L'empereur est toutefois plus effrayé par le rassemblement en son honneur de tous les hommes valides sur la place de la cathédrale, qu'il prend pour une émeute[21].

À cette époque, de nombreux tournois ont lieu à l’endroit de l’actuelle place Broglie. En 1390, la fête dure quatre jours et réunit quelque 3 000 visiteurs, 300 chevaliers et 2 200 chevaux. Entre 1415 et 1422 les habitants de la ville remportent contre l'évêque Guillaume II de Diest la guerre de Dachstein. En 1439, après quatre siècles de construction, la flèche de la cathédrale Notre-Dame est achevée. Elle est alors le monument le plus haut de la chrétienté et symbolise la puissance de la ville. Cinq ans plus tard, en 1444, Strasbourg compte 26 000 habitants — dont 10 000 réfugiés de la guerre de Cent Ans qui vivent extra-muros[20] — et peut soulever, à tout moment, une armée de 4 500 hommes[16]. Son enceinte fortifiée et son impressionnant dispositif d’artillerie en font une place fortifiée de tout premier plan. La ville est à son apogée[22].

S’ensuit au début du XVe siècle une période de conflits qui oppose les bourgeois strasbourgeois, qui gouvernent la ville, à la noblesse alsacienne. Ville bancaire par excellence, Strasbourg est en effet une ville riche qui suscite la convoitise. Puis, en 1469, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire se met en marche en direction de l’Alsace. Il ambitionne d’unifier ses possessions, écartelées entre la Bourgogne et les Pays-Bas, mais meurt à Nancy en 1477[23].

Page synthétisant des tracés permettant de marquer des colis.
Marques de marchands de Strasbourg servant à exporter les produits.

La vie intellectuelle est marquée au XVe siècle par la révolution de l'imprimerie. Né à Mayence et installé à Strasbourg depuis 1434, Johannes Gensfleisch, dit Johannes Gutenberg conçoit l’imprimerie à caractères mobiles. On note cependant que Gutenberg est retourné à Mayence entre 1444 et 1448 ce qui fait qu’on ignore exactement où a été finalisée cette invention majeure. Toujours est-il que Strasbourg devient très vite un des grands centres de l'imprimerie, puisque dès la fin du XVe siècle la ville compte une dizaine d’ateliers d’imprimerie, notamment la prestigieuse officine des Grüninger. De fait, Strasbourg va attirer nombre d’intellectuels et d’artistes. Sculpteurs, architectes, orfèvres, peintres, horlogers, la ville excelle dans de nombreux domaines[24]. Strasbourg était une ville très influente d'où son statut très spécial et unique de « ville libre » elle produisait sa propre monnaie avec un commerce développé et grâce à sa situation géographique pouvait exporter et importer des produits.

Époque moderne

Berceau de l'humanisme et bastion de la Réforme

Vitrail du XVIe siècle.

Le développement de l'imprimerie favorise le courant humaniste qui fait jour à Strasbourg. Jakob Wimpheling, Geiler von Kaysersberg ou Sébastien Brant sont des grands noms de l'humanisme strasbourgeois. Cependant, aucun d’entre eux n'adhère à la Réforme, mais par leur esprit critique et leur dénonciation des abus de l'Église, ils ont préparé l'avènement de la Réforme protestante. Car l’humanisme et la Réforme sont les faits marquants de l'époque et Strasbourg est une des premières villes qui appelle au changement. Dès 1519, les thèses de Martin Luther sont affichées aux portes de la cathédrale et les dirigeants de la ville, notamment Jacques Sturm, sont favorables à ce changement. La ville adopte la Réforme en 1525 et devient protestante en 1532 avec l’adhésion à la confession d'Augsbourg. Elle se donne un statut ou une constitution municipale qui servira de modèle à Jean Calvin lorsqu'il instaurera en 1540 une République à Genève.

Strasbourg accueille les dissidents religieux, et propage leurs idées grâce à l’imprimerie. La ville est alors l’un des principaux bastions de la Réforme protestante, ce qui va largement contribuer à son rayonnement. En 1605, Johann Carolus commence à publier le premier journal imprimé du monde, Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien (en français, « Communication de toutes histoires importantes et mémorables »)[25].

Le début du XVIe siècle est aussi une période de trouble. Pendant que la bourgeoisie adhère à la Réforme et se libère du pouvoir seigneurial et ecclésiastique, les paysans organisent une révolte qui est désignée comme : la révolte des rustauds. Ils sont 50 000 en 1525, issus d’Alsace et des régions alentour, excédés par les abus des nobles et du clergé. Ils parcourent la campagne mettant à feu et à sang châteaux et abbayes qui se trouvent sur leur passage. Strasbourg, effrayée par l’ampleur de la rébellion, se met en état d’alerte et prend contact avec l’armée rebelle. Devant l’échec des pourparlers, le duc Antoine de Lorraine se met en marche en direction de l’Alsace. La campagne est courte, mais sanglante ; le 16 mai 1525, la ville de Saverne est saccagée et 6 000 paysans sont brûlés. La ville de Strasbourg, n’intervint pas directement dans ce conflit mais finança néanmoins cette campagne[26].

Plan de la ville en 1572.

L'introduction de la Réforme ralentit la production artistique, partiellement privée de son mécène habituel, l'Église catholique, et plusieurs édifices mettent la clé sous la porte. La ville va alors devenir une terre d’accueil pour les huguenots, ces protestants chassés de France pour leur croyance. Parmi eux, on retiendra notamment Jean Calvin qui s’installera plus tard à Genève. Le roi de France fait pression sur Strasbourg et la ville va rapidement étudier la langue française à des fins diplomatiques. Parallèlement, l’enseignement public va se développer rapidement tout au long du XVIe siècle et, à l’aube du XVIIe siècle, la ville compte sept écoles pour garçons et deux pour filles. Malgré cela, seulement un enfant sur dix est scolarisé[27]. Par ailleurs, en devenant ville protestante, Strasbourg ne sera pas autorisée à créer sa propre université. La ville propose déjà de nombreux enseignements, notamment en médecine et en théologie depuis 1538 grâce au gymnase de Jean Sturm, mais ceux-ci ne donnent pas lieu à un grade universitaire reconnu[28].

Une période de conflits

L'Empereur Charles Quint à Strasbourg (19 septembre 1552)
(Émile Schweitzer, 1894).

Après en avoir franchi le pont, l'empereur Charles Quint traverse Strasbourg le avec son armée qui se rend à Metz dont elle doit faire le siège. L'empereur ne s'y est arrêté que le temps de l'hommage que lui rend le Magistrat de la ville de Strasbourg et n'y passe pas la nuit[29],[30].

Évêché de Strasbourg,
thaler de Jean de Manderscheid 1575.

Dans les années 1530, l’empereur Charles Quint, catholique, entre en guerre contre les princes protestants et leurs alliés et les vainc en 1547 à la bataille de Muehlberg. Parallèlement, le protestantisme gagne du terrain à Strasbourg jusqu'à la fin du XVIe siècle. La ville va alors conclure plusieurs alliances, notamment avec Zurich. En 1592, après d’interminables délibérations, la cathédrale est partagée en deux avec l’élection de deux évêques : un catholique et un protestant. Commence alors la longue guerre des évêques qui va plonger la ville dans d’importantes difficultés financières. Ce conflit qui durera jusqu’en 1604 se soldera par la victoire des catholiques et Charles de Lorraine deviendra le seul et unique évêque de la ville. Dans toute l’Europe, la tension monte entre les protestants et les catholiques et en 1618, la guerre de Trente Ans éclate. L’Alsace est ravagée une première fois en 1621 par l’armée du comte Ernst von Mansfeld, puis par les Suédois à partir de 1633. Strasbourg, est alors une ville très puissante. À l’abri dans ses fortifications modernisées par Daniel Specklin, elle n’intervient pas dans le conflit. En effet, dès 1621 la ville conclut un accord avec l’empereur Ferdinand II s’engageant à ne pas prendre part au conflit, en échange de quoi Strasbourg pourrait fonder son université[31].

Remise des clefs de Strasbourg à Louis XIV le [32] (Constantyn Francken, musée historique de Strasbourg).

À l’issue de la guerre en 1648, par les traités de Westphalie, une partie de l’Alsace (les possessions des Habsbourg) est rattachée à la France, mais Strasbourg demeure ville libre impériale. Épargnée par la guerre, la ville est néanmoins isolée, financièrement affaiblie, et n’a rien à attendre de l’empire germanique vaincu. Le 28 septembre 1681, la ville est assiégée par une armée de 30 000 hommes sous le commandement de Louis XIV et deux jours plus tard[32], après de rapides négociations, Strasbourg accepte la reddition. Le roi fait alors abattre symboliquement un pan de la fortification de la ville. L’Alsace tout entière est rattachée au royaume de France et la cathédrale est rendue aux catholiques [33].

Strasbourg, une ville du royaume de France

La maison Kammerzell, de type Renaissance rhénane.

Un accord est passé entre Louis XIV et Strasbourg visant à préserver les libertés essentielles de la cité, sur les plans politique, administratif et religieux. Par contre, elle est privée de son artillerie et de ses milices et doit accepter l'installation d'une troupe de garnison. De surcroît, un préteur royal doit veiller à ce qu’aucune décision ne soit préjudiciable aux intérêts du roi. En 1716, Strasbourg est convertie au système monétaire français. En 1725, François-Joseph de Klinglin succède à son père. Ce mégalomane se fera construire aux frais de la ville l’actuel hôtel de la préfecture (ou hôtel Klinglin) et détournera des sommes considérables à son profit. Il est emprisonné en 1752 et meurt un an plus tard[34].

Si la ville a changé de nationalité, elle reste une ville frontière et un point de passage important pour rejoindre l’empire germanique. De fait, Louis XV séjournera à Strasbourg durant la guerre de Succession d’Autriche. La société aristocratique se développe et de nombreux hôtels particuliers voient le jour. Si l’allemand reste la langue courante, Strasbourg accueille de nombreux immigrants : entre 1681 et 1697, la ville passe de 22 000 à 26 500 habitants. Par ailleurs, Strasbourg abrite environ 6 000 soldats français, basés pour la plupart à la citadelle de Vauban dont les travaux ont débuté dès 1682[35].

Sur le plan religieux, la ville prend un tournant important. En 1704, un prince de la famille Rohan devient évêque de la ville. La famille conservera le pouvoir épiscopal jusqu’en 1790 et fera construire le fameux palais des Rohan (ou palais Rohan), situé tout près de la cathédrale, sur les rives de l’Ill. Durant toute cette période, le catholicisme va se développer et six paroisses catholiques vont voir le jour. La ville reste cependant majoritairement protestante et lorsque Maurice de Saxe meurt, en 1750, Louis XV n’a d’autre choix que de le faire enterrer à Strasbourg, dans un mausolée situé à l’église Saint-Thomas[36].

Assoupie depuis l’annexion de Strasbourg à la France, l’université de Strasbourg retrouve peu à peu son éclat d’antan et entre 1721 et 1755 la ville va accueillir plus de 4 000 étudiants. L’université est déjà tournée vers l’international : les étudiants étrangers viennent généralement d’Allemagne, de Scandinavie ou des Pays-Bas mais aussi de Grande-Bretagne et de Russie. Certains d’entre eux sont devenus célèbres, comme Goethe qui y fit des études de droit. Le rayonnement universitaire de Strasbourg est important et certains enseignements comme le droit et la médecine sont très réputés[37]. Si Strasbourg possède une école de chirurgie depuis le XVe siècle, elle est longtemps restée dans l'ombre de la prestigieuse université de Bâle. Mais au XVIIIe siècle, grâce à un enseignement pratique, la ville va rapidement devenir un grand centre universitaire. Les étudiants assistent aux dissections, aux accouchements et aux soins, ce qui est exceptionnel à l'époque[38].

Durant tout le XVIIIe siècle, Strasbourg est une ville prospère et rayonnante. Cependant, l’ambitieux plan d’urbanisation dessiné par Jacques-François Blondel à la demande de Louis XV en 1765 sera partiellement abandonné, faute de moyens. Seule l’Aubette est construite, sur l’actuelle place Kléber.

Un chant pour l'armée du Rhin

Mise à sac de l’hôtel de ville de Strasbourg, le .

Lorsque le 14 juillet 1789 la Bastille tombe aux mains des révolutionnaires, la population strasbourgeoise se soulève. Le 21 juillet, l’hôtel de ville est saccagé[39]. Strasbourg perd certaines possessions, comme les villes de Wasselonne et de Barr. En 1790, les biens du clergé sont confisqués ; l'université, qui est luthérienne, perd ainsi la majeure partie de ses revenus[40].

Le calme revient très vite, jusqu’en 1792, date à laquelle la France entre en guerre contre la Prusse et l’Autriche. Le 26 avril, le jeune Rouget de l’Isle compose à la demande du maire de Strasbourg, Un chant pour l’armée du Rhin sans se douter qu’il deviendra un symbole de la Révolution française en devenant La Marseillaise. Sur le pont du Rhin, un panneau est planté sur lequel on peut lire : « Ici commence le pays de la liberté ». Pourtant, à Strasbourg comme dans toute la France, la guillotine est mise à contribution. Le maire de Strasbourg, Philippe-Frédéric de Dietrich, est guillotiné en décembre 1793. Les femmes sont contraintes de s'habiller à la française et les cultes chrétiens sont interdits[41].

En 1797, l’armée française prend plusieurs villes allemandes, notamment Kehl et Offenbourg. Strasbourg est hors de danger, mais la révolution a profondément désorganisé la ville. Deux ans plus tard, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et plusieurs institutions voient le jour : la préfecture, la bourse de commerce en 1801, la chambre de commerce en 1802. Un nouveau pont sur le Rhin est construit et les routes sont rénovées. Autant d’évolutions qui vont rapidement favoriser les activités commerciales de la ville. Sur la cinquantaine de noms qui composent la "liste des négociants et commerçants les plus distingués de Strasbourg" de 1810, cinq d'entre eux seulement appartiennent à de vieilles familles strasbourgeoises, toutes luthériennes: Franck, de Turckheim, Oesinger, Mannberger et Saum[42].

Époque contemporaine

Références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI