Histoire du terme islamophobie

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L'histoire du terme islamophobie remonte au début du XXe siècle.

Thèse d'Alain Quellien

Plusieurs chercheurs ont montré que le mot « islamophobie » est attesté en France dès le début du XXe siècle[1],[2],[3],[4].

Le FASOPO (Fonds d'analyse des sociétés politiques) indique en , dans une publication de sa revue Sociétés politiques comparées[1], signée de l'historien Jean-Louis Triaud, que le mot (et non la chose) apparaît bien, pour la première fois, dans une thèse de doctorat présentée le à la faculté de droit de Paris par Alain Quellien, jeune docteur en droit et rédacteur au ministère des Colonies. Celle-ci sera publiée sous le nom de La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française[5]. Son auteur s'inspire largement des idées de Louis Gustave Binger, directeur des Affaires d'Afrique du même ministère, publiées en 1906 dans une brochure intitulée Le péril de l'islam[6] (d'abord publiée en 1891 sous le nom Esclavage, islamisme et christianisme).

Le terme islamophobie se retrouve dans d'autres publications de la même époque[note 1],[8], comme dans l'ouvrage Haut-Sénégal-Niger de 1912 de Maurice Delafosse[9],[note 2] ou dans un numéro de 1913 de la revue L'Évolution algérienne et tunisienne[11]. Dans tous ces ouvrages, il n'a pas le même sens. Il exprime parfois la peur et parfois l'hostilité, mais toujours à propos de l'islam et non des musulmans, due à une « méconnaissance des réalités de cette croyance » véhiculée par des préjugés négatifs[12].

Jean-Louis Triaud précise dans sa publication que ni Alain Quellien, ni Maurice Delafosse, même s'ils sont tous deux « colonialistes »[13], ne peuvent être « qualifié d'« islamophobe » »[14] dans le sens d'une hostilité à l'islam et/ou aux personnes de confession musulmane, à la différence d'autres acteurs de la Troisième République comme Gabriel Angoulvant, gouverneur de Côte d’Ivoire de 1908 à 1915, pour qui l'islamophobie est « un principe d’administration indigène »[15]. Néanmoins, sans être hostile à l'islam, Quellien se montre visiblement condescendant. Il écrit, par exemple que « [...] la civilisation de l'Islam, si rudimentaire, si médiocre qu'elle soit, vaut mieux que l'état inorganique et quasi-sauvage dans lequel se débattent les peuplades païennes »[16]. Par ailleurs, il n'ignore pas les raisons qui peuvent amener ses contemporains occidentaux à craindre l'islam, sous son aspect doctrinal. Sur ce point, il écrit : « L'esclavage est conforme aux idées et aux coutumes musulmanes, avec cette restriction qu'il ne peut s'appliquer qu'à des non-croyants. »[16] ou encore « La guerre sainte est, au même titre que le pèlerinage de La Mecque, ce que les Arabes appellent une "obligation de suffisance", c'est-à-dire une obligation qui n'est pas strictement individuelle et qui peut être accomplie par mandataire »[16]. Triaud précise également que Maurice Delafosse ne peut pas être, de son côté, taxé d'islamophilie car il est hostile à l'idée d'accorder une préférence aux musulmans par rapport aux animistes.

Dans son ouvrage paru en 1910[17], Alain Quellien définit ainsi l'islamophobie :

« L'islamophobie : il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l'Islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d'aucuns, le musulman est l'ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l'Européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans[18]. »

Convaincu de l'œuvre civilisatrice de la France en Afrique occidentale, il écrit : « L'influence et l'action européenne constitueront véritablement la cause déterminante du développement matériel, moral et intellectuel des races inférieures dont nous avons assumés l'éducation et l'accession à la civilisation[19]. »

Il affirme également[20] que les valeurs morales de l'islam sont incontestables et que celui-ci sera « un des moyens favorables qui pourront améliorer les conditions d'existence des populations de ces régions », la France devant tirer parti « des éléments islamisés de l'Afrique occidentale ».

Il écrit, par exemple, dans le chapitre sur les reproches adressés à l'islam :

« La guerre sainte. Ce qui fortifie singulièrement le sentiment d'hostilité et de prévention à l'égard de l'islam, c'est que, dans ces dernières années, les européens ont eu très souvent des peuples islamisés qui les ont obligés à des luttes longues, pénibles et coûteuses. L'erreur vient du fait que l'on reporte la cause de ces guerres uniquement à l'islam[21]. »

Alain Quellien constate également que le prosélytisme des missions chrétiennes ne donnent pas les résultats escomptés  :

« À côté de ce succès incontestable de l’islamisme, le christianisme est remarquable par son échec presque absolu dans les mêmes régions. Les tentatives d’évangélisation des nègres donnent des résultats pitoyables et tout à fait disproportionnés avec les efforts considérables des missionnaires chrétiens[22]. »

L'objectif de Quellien, en développant un argumentaire pragmatique sur l'islam et les musulmans et en proposant une analyse détaillées des rapports entre la France et les « populations islamisées », était de montrer que l'islamisation des populations africaines constituait une avancée civilisationnelle en la comparant à l'état d'idolâtrie préexistante dans ces régions, afin d'emporter l'adhésion des Français à la cause coloniale.

Avant la Seconde Guerre mondiale

Les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed[2], notent l'utilisation de l'expression « délire islamophobe » dès 1925 en France. Cette occurrence attestée du mot « islamophobe » se trouve dans l'ouvrage L’Orient vu de l'Occident[23], écrit par le peintre et essayiste Étienne Dinet et l'essayiste Sliman ben Ibrahim. Les auteurs parlent alors de « délire islamophobe » au sujet d'une biographie de Muḥammad (traduit en Mahomet par les chrétiens au Moyen Âge) écrite par le père jésuite Henri Lammens.

Diffusion dans les médias au XXIe siècle

Notes et références

Articles connexes

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