Industrie minière à Taïwan
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L'industrie minière à Taïwan est l'ensemble des activités d'extraction et de transformation des ressources minérales présentes sur l'île. Son histoire s'étend de l'exploitation préhistorique du jade néphrite, dont les artefacts témoignent d'un vaste réseau d'échanges maritimes en Asie du Sud-Est, jusqu'aux formes contemporaines de « mine urbaine (en) » basées sur le recyclage des matériaux. Au fil des époques, différents minerais ont joué un rôle structurant dans l'économie locale et régionale : le jade et le soufre dans les sociétés aborigènes, l'or et le charbon à l'époque coloniale japonaise, puis le marbre et le calcaire depuis la seconde moitié du XXe siècle.
Sous la domination japonaise de 1895 à 1945, l'exploitation minière est intégrée à la stratégie d'industrialisation de l'empire du Japon, avec le développement de grands complexes aurifères et cuprifères, notamment à Jiufen et Jinguashi (en), ainsi que d'infrastructures modernes autour du charbon pour alimenter le port de Keelung. Après 1945, le charbon devient la principale ressource énergétique de Taïwan, connaissant son apogée dans les années 1960 avant de décliner dans les années 1980 sous l'effet des importations et d'une volonté politique à la suite de trois catastrophes minières successives en 1984.
L'industrie minière traditionnelle s'est fortement réduite, limitée essentiellement à l'extraction du marbre et du calcaire (ce dernier pour la production de ciment), concentrée surtout dans le comté de Hualien. Les filons d'or et de cuivre du nord de l'île sont épuisés et les mines de charbon ont définitivement cessé leurs activités en 2000. En parallèle, Taïwan développe une approche innovante d'« exploitation minière urbaine (en) », visant à récupérer et recycler les métaux contenus dans les infrastructures et les déchets électroniques, ce qui inscrit le pays dans une logique d'économie circulaire tournée vers la durabilité.
Époque ancienne
L'exploitation du jade à Taïwan remonte à la période néolithique, il y a environ 2 000 à 4 000 ans. Le principal gisement de jade néphrite, également connu sous le nom de « jade de Fengtian (zh) » ou « jade de Taïwan (en) », se situe dans la région de Ciyakang (zh), près du mont Laonao, sur le versant oriental de la chaîne des montagnes centrales. Les artefacts en jade découverts sur plus de 100 sites archéologiques à travers Taïwan témoignent de l'importance de cette ressource[1] qui a joué un rôle central dans les échanges maritimes préhistoriques en Asie du Sud-Est. Des artefacts en jade taïwanais ont été retrouvés jusqu'à Sarawak à Bornéo, à plus de 1 500 km de distance, soulignant l'étendue de ce réseau commercial[2]. Il servait notamment à fabriquer des boucles d'oreille lingling-o[3]. Cette activité extractive décline progressivement avec la disparition du site de Peinan (en) vers 300 av. J.-C et la cessation des exportations de néphrite taïwanaise vers 100 av. J.-C. L'exploitation du jade disparait finalement vers l'an 1000, concurrencée par la production d'ornements en métal, verre et cornaline[4].

Les aborigènes Basay de l'île exploitent également le soufre par creusement manuel autour des cratères volcaniques de Datun (en), depuis la phase tardive de la culture de Shihsanhang (en) (150-1450 apr. J.C.). Il sert de monnaie d'échange avec d'autres tribus et aussi avec des marchands chinois à Tamsui et Keelung[5]. En 1696, une explosion des réserves de poudre à Fuzhou, brûlant au sol environ 500 000 catties de poudre à canon au nitrate de soufre, sert de catalyseur à l'envoi officiel de Yu Yonghe (en) à Taïwan avec pour objectif explicite d'y acquérir du soufre. Arrivé dans la région de Tamsui et Peitou, il achète du soufre amorphe auprès des populations aborigènes locales puis le fait fondre pour obtenir du soufre pur. Son journal, intitulé Récits de voyage de la Petite mer (en) et parfois désigné sous le nom de Journaux d'extraction du soufre, décrit en détail l'équipement et les installations nécessaires à l'extraction du soufre, la manière dont il échange du tissu contre du minerai de soufre avec les populations autochtones, sa visite des gisements de soufre guidé par des habitants locaux, et le processus de raffinage du soufre par la méthode d'extraction par solvant[6],[5].
En raison de l'importance militaire du soufre, les gisements attirent des hors-la-loi et des criminels qui s'infiltrent dans la montagne pour exploiter illégalement le soufre et produire de la poudre à canon. Craignant que ces activités ne provoquent de plus grands troubles civils, la cour Qing interdit l'extraction du soufre après la rébellion de Lin Shuangwen (en) en 1788. Le gouvernement stationne alors des populations des plaines pour garder les gisements et envoie régulièrement des troupes brûler la montagne en février, mai, août et novembre de chaque année, imposant de lourdes punitions pour l'extraction illégale de soufre. Cependant, malgré ces mesures de contrôle strictes, l'exploitation minière illégale reste répandue parmi la population. La situation ne s'améliore qu'à l'ère Guangxu, lorsque le fonctionnaire Shen Baozhen présente une pétition à la cour Qing pour lever l'interdiction et obtenir l'autorisation officielle d'exploiter le soufre. Une Commission du soufre est alors établie à Taïwan pour superviser l'extraction et le commerce de cette ressource. C'est à ce moment que l'interdiction est véritablement levée[5].
Après l'ouverture de « Taïwan » (c'est-à-dire Tainan) et de « Taashwi » (aujourd'hui Tamsui) au commerce étranger à la suite des traités de Tianjin en 1858[7],[8], les navires étrangers ont besoin de s'y approvisionner en charbon. Celui-ci provient principalement des gisements situés près de Keelung et de Tamsui, dont le minerai est très bitumineux et brûle très vite, mais peut être utilisé par les bateaux à vapeur pour de courts trajets[9]. Les puissances occidentales identifient le potentiel du port en eau profonde de Keelung, idéal pour le ravitaillement en charbon des navires à vapeur sur les routes maritimes asiatiques[10]. En 1877, les Qing introduisent des techniques minières modernes à Taïwan en engageant l'ingénieur britannique David Tyzack pour creuser un puits de 90 mètres de profondeur à l'aide de machines modernes. Jusqu'en 1880, les seules ressources connues en quantités et en emplacements économiquement exploitables à Taïwan sont le charbon, le soufre et le pétrole[9].
Période coloniale japonaise (1895-1945)

Après la cession de Taïwan à l'empire du Japon en 1895, un impératif colonial fondamental apparait : l'exploitation des ressources pour soutenir l'industrialisation et l'économie de la métropole. Il ne s'agit pas juste d'exploiter des mines isolées, mais d'organiser de vastes territoires productifs intégrés à l'économie de l'empire, un concept nommé plus tard « théorie du territoire minier » (礦域論)[10]. Dès 1895, le gouvernement général de Taïwan établit le Bureau de la Production (殖產部) avec en son sein la section des Affaires Minières (續務課), spécifiquement créée pour gérer les questions relatives aux mines et aux relevés géologiques[11]. Tokyo expédie des techniciens pour inspecter les mines et évaluer la topographie ainsi que la distribution des veines de minerai[12]. En 1896, le gouvernement général promulgue le Règlement minier de Taïwan qui accorde des privilèges exorbitants aux compagnies minières japonaises, leur permettant de s'emparer de terres appartenant à des Taïwanais, et stipulant que les exploitants miniers peuvent « forcer » les propriétaires fonciers à louer leurs terres[10].
En 1890, pendant la construction de la voie ferrée entre Keelung et Taipei, les ouvriers avaient découvert des pépites d'or dans la rivière Keelung[13],[14], ce qui avait déclenché une véritable ruée vers l'or. Pour mettre fin aux désordres et conflits entre prospecteurs, et afin de contrôler pleinement cette ressource stratégique dans un contexte d'étalon-or, le gouvernement général impose un système de licence. En 1896, il délimite deux grands districts, Jiufen et Jinguashi (en) à Ruifang (renommé Zuihō), de part et d'autre du mont Keelung, et en confie l'exploitation par tirage au sort à deux puissants conglomérats japonais : la Tanaka (en) pour Jinguashi et la Fujita (en) pour Jiufen. L'infrastructure minière qui déploie alors ces compagnies est à la pointe de la technologie de l'époque. À Jinguashi, la Tanaka introduit des méthodes d'excavation avancées comme la « méthode des gradins ascendants », et déploie un système de transport très complexe pour relier les puits de mine, les usines de traitement et les ports d'exportation, combinant des chemins de fer à traction chevaline puis électrique, des monorails automatiques de type Tamamura et, innovation majeure, un téléphérique bi-câble de type Bleichert, le premier et le seul de ce type à Taïwan. Pour l'énergie, elle construit sa propre centrale hydroélectrique à Shueinandong, l'une des premières de l'île[10]. À la mine de Jiufen, la Fujita rationalise les anciennes excavations désordonnées de l'époque Qing et augmente méthodiquement la production d'or, élevant la mine au rang des plus importantes de l'empire[15]. En 1920, la Taiyang Mining Corporation (en), majoritairement contrôlée par des Taïwanais, est fondée pour s'occuper de la mine de Jiufen[12].
La mine de Jinguashi (renommée Kinkaseki) est réellement l'acteur central de l'extraction de l'or à Taïwan. Son filon principal s'étend sur plus de 1 500 mètres avec une largeur moyenne d'environ six mètres. Son minerai présente une teneur moyenne en or de 3 à 30 grammes par tonne et une teneur en argent de 40 grammes par tonne[10]. En 1905, à Shuinandong (zh), au nord de Jinguashi, un vaste gisement de minerai de cuivre sulfuré et arsenicé porteur d'or et d'argent, connu sous le nom de « premier gisement Changren ». Cette découverte entraîne l'ouverture de nouvelles excavations et la construction d'une nouvelle fonderie à Shuinandong (zh), conduisant à une augmentation substantielle de la production d'or[15]. En 1907, la mine de Jinguashi produit pour la première fois 47 tonnes de minerai de cuivre, devenant ainsi une mine de cuivre de renommée mondiale[16]. En 1933, la production annuelle d'or de l'île se répartit en 1 500 kg pour Jinguashi, 580 kg pour Jiufen (renommé Kyufun) et 38 kg pour les placers de la rivière Keelung (renommée Kīrun)[15]. Jinguashi atteint son apogée en 1938, avec une extraction de 2,6 tonnes, un volume qui établit cette mine comme la principale mine de métal précieux en Asie[17].
Parallèlement à l'or, le charbon constitue le second pilier de l'industrie minière coloniale[10], pour alimenter les trains, les navires et les machines dédiées au traitement de diverses ressources, telles que la canne à sucre et le bois[17], ainsi que la marine marchande. Le port de Keelung en est la plaque tournante. Le gouvernement japonais entreprend d'importants travaux d'aménagement portuaire, créant des quais en eau profonde, des entrepôts et, de façon cruciale, un terminal dédié au charbon dans la zone de Niuchougang. Ce « champ de stockage du charbon » devient le point de convergence du combustible extrait des mines du nord de Taïwan. Le charbon est acheminé vers le port par un réseau multimodal complexe : des chemins de fer miniers, des canaux comme la rivière Tianliao, aménagée en premier canal artificiel de Taïwan, et le chemin de fer à voie étroite de la ligne de chargement de Badazi. Des compagnies comme la Keelung Coal Mining Company et la Taiwan Coal Mining Company, souvent issues de capitaux japonais comme ceux du groupe Mitsui, dominent cette industrie[10]. En 1915, les mines de charbon de la région de Haishan atteignent un niveau de production remarquable avec un transit mensuel de 20 000 à 30 000 tonnes de charbon par la gare ferroviaire de Yingge (en)[17].

La main-d'œuvre dans les mines est structurellement hiérarchisée, composée d'ouvriers salariés, de journaliers, de travailleurs sous-traitants et de « travailleurs immigrés » venus du Japon[10]. Le régime colonial japonais adopte une politique distinctive concernant le travail féminin souterrain. Alors qu'en 1928, le Japon interdit aux femmes de travailler sous terre dans son archipel, les autorités coloniales semblent, au contraire, l'encourager à Taïwan. La mine d'or Jinbaoli dans le district de Wanli va jusqu'à féliciter et récompenser publiquement un couple marié pour son travail commun dans les galeries. Il y a alors de grandes inégalités salariales structurelles et ethniques : les mineurs japonais perçoivent un salaire environ 1,8 fois supérieur à celui de leurs homologues masculins taïwanais qui eux-mêmes gagnent entre 1,3 et 2,1 fois plus que les femmes. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale accentue la présence de ces femmes. La conscription de nombreux hommes dans l'effort de guerre crée une pénurie de main-d'œuvre que les femmes comblent en nombre croissant[18].
Durant la Seconde Guerre mondiale, plus de 1 100 prisonniers alliés sont réduits au travail forcé à la mine de Jinguashi dans des conditions « esclavagistes ». Ils endurent des températures estivales dépassant 40°C et, en hiver, meurent dans les puits de mine glacés. Ils ne sont nourris que de riz et d'une soupe aqueuse de légumes, ce qui provoque l'apparition du béribéri. L'administration du camp de prisonniers leur impose des quotas de production quotidiens et les gardes frappent les prisonniers qui ne les atteignent pas avec des marteaux de mineurs[19]. De son côté, le gouvernement japonais ordonne l'arrêt partiel des opérations de la mine de Jiufen en 1943, puis la cessation totale en 1945, avec la réquisition des ressources par l'armée[12].
Depuis 1945
Après la capitulation du Japon en 1945, le gouvernement de la République de Chine commence à exercer sa juridiction sur Taïwan[20]. Les droits miniers sont transférés aux Chinois après le départ des Japonais[21]. L'extraction du charbon se poursuit à un rythme soutenu et la période allant du milieu des années 1950 au milieu des années 1960 marque l'apogée de l'industrie du charbon, propulsant la croissance industrielle de Taïwan. Les mines de charbon prolifèrent dans le nord de l'île, incluant des localités désormais intégrées à la ville de Taipei, telles que Nangang, Wanlong, Jingmei (en) et Xinyi, ainsi que les vastes exploitations du district de Pingxi dans le Nouveau Taipei[17]. Dans les années 1960 et 1970, Taïwan dénombre plus de 400 mines de charbon, employant quotidiennement plus de 60 000 mineurs, produisant environ cinq millions de tonnes par an. La moitié de cette production est destinée aux centrales électriques, tandis que l'autre moitié est exportée[22]. Le charbon joue un rôle stratégique en protégeant Taïwan durant la crise pétrolière mondiale des années 1970, ce qui permet au pays de maintenir sa trajectoire de croissance économique. Les conditions de travail dans les mines de charbon sont extrêmement ardues. Les veines de charbon à Taïwan sont très étroites, mesurant entre 28 et 100 centimètres de largeur, ce qui rend l'exploitation minière particulièrement difficile[17], entrave l'utilisation de machines de grande taille et augmente ainsi les coûts d'exploitation. Les mineurs évoluent dans un environnement oppressant, caractérisé par des températures atteignant 40°C et une humidité de 90%, souvent contraints de travailler dévêtus[22].
En 1963, une grave explosion minière à Pingsi coûte la vie à deux couples, laissant onze enfants orphelins. Cet événement, ainsi que la pression exercée par la Première dame Soong May-ling après avoir constaté le nombre élevé d'orphelins dans les villes minières, conduit le gouvernement à interdire en 1964 le travail des femmes à l'intérieur des mines, afin de garantir qu'au moins les mères survivent aux accidents. Cependant, les femmes continuent à travailler en surface, effectuant des tâches exigeantes comme le transport du minerai et le lavage du charbon, bien que certaines mines continuent illégalement d'employer des femmes sous terre. Après l'interdiction, les femmes maintiennent un rôle majeur dans les opérations minières exigeantes, une fois le charbon extrait du tunnel, incluant le traitement, le chargement, le transport, l'élimination des déchets et la maintenance des machines[18].

Le déclin s'amorce dans les années 1980, sous l'effet conjugué des importations de charbon bon marché et d'une série de catastrophes minières qui entraînent la fermeture de la majorité des mines[17]. En 1984, trois explosions majeures causent la mort de 180 mineurs[22]. Une explosion à la mine de Haishan (zh) en juin 1984 tue 74 personnes et en blesse 31. En décembre de la même année, une autre explosion au tunnel n°1 de Haishan emporte plus de 90 vies. Près de 300 mineurs périssent cette année-là, ce qui pousse le gouvernement à renforcer la réglementation concernant les mines aux normes de sécurité insuffisantes et à initier un processus d'élimination progressive de l'industrie[18]. Le coût élevé du charbon taïwanais, environ trois fois supérieur à celui du charbon importé, contribue également à l'effondrement de l'industrie charbonnière à la fin des années 1980[22]. La mine de Haishan ferme ses portes en 1989[18]. En 2000, l'industrie centenaire du charbon à Taïwan s'éteint avec l'arrêt de la production de Lifong Coal Mine Corp[22]. Actuellement, 394 mines de charbon désaffectées subsistent à Taïwan[17]. L'héritage sanitaire de l'industrie minière se révèle dramatique : beaucoup de mineurs ayant travaillé plus de dix ans dans les mines développent l'anthracose, une maladie pulmonaire incurable[22].
Les filons de métaux précieux d'or et de cuivre, essentiel pour les machines industrielles et l'industrie de l'armement, dans le district de Ruifang s'épuisent progressivement, d'abord à Jiufen au début des années 1970, puis à Jinguashi (en) au milieu des années 1980, ce qui provoque un exode de la population et un déclin économique marqué[17]. Les données récentes révèlent une diminution drastique de la production d'or. En 2020, les chiffres chutent de 50% par rapport à 2019. Cette tendance se poursuit en 2021, avec une diminution de 67% par rapport à 2020[23]. Des compagnies minières australiennes et sud-africaines manifestent un intérêt pour des tests préliminaires afin d'évaluer les gisements restants. Néanmoins, les coûts de production et les impacts environnementaux élevés l'emportent sur les bénéfices potentiels, dissuadant toute nouvelle exploitation[21].
Au XXIe siècle, Taïwan compte 139 mines, dont 54 carrières de marbre, 74 autres mines et carrières de minéraux industriels, 7 champs de pétrole et de gaz naturel, et 4 mines d'or[23]. L'île se positionne maintenant comme un leader dans l'exploitation minière urbaine (en), une approche de recyclage qui récupère des matériaux à partir de sources anthropiques telles que les infrastructures et les déchets. Cette méthode vise à éliminer le besoin d'extraction de nouveaux minéraux en transformant les villes et les industries de l'île en une « mine urbaine ». Des matériaux comme le cuivre et le zinc sont récupérés des bâtiments démolis, tandis que l'or et l'argent proviennent d'anciens smartphones, puis sont recyclés et raffinés pour être réutilisés à des fins industrielles[24].
Minerais et ressources
Marbre
L'industrie du marbre est un secteur notable de l'économie minière taïwanaise, bien que son ampleur soit aujourd'hui limitée comparée à sa valeur patrimoniale et touristique. Le cœur de cette activité historique se situe dans le comté de Hualien, qui abrite les gorges de Taroko, considérées comme l'un des plus grands canyons de marbre au monde[25]. La roche extraite dans cette région est commercialisée sous plusieurs noms, dont le marbre vert de Taïwan, également connu sous les appellations Taiwan Emerald, Yuli Green ou Jade Marble[26],[27].
Le marché du marbre à Taïwan est en croissance constante. Selon les prévisions d'études de marché, le secteur, évalué à 0,89 milliard de dollars américains en 2024, devrait atteindre 1,26 milliard de dollars américains d'ici 2033, affichant un taux de croissance annuel composé de 3,83 % sur la période de prévision (2025-2033). Le segment des carreaux est le plus lucratif de l'industrie. Il a représenté la plus grande part du marché en 2024 et devrait enregistrer la croissance la plus forte pendant la période de prévision[28]. En ce qui concerne la production physique, les données officielles du ministère des Affaires économiques indiquent que la production mensuelle de marbre s'élevait à 1 459 547 tonnes en mai 2018. La production historique a connu un pic en décembre 2009, avec 3 291 315 tonnes extraites[29]. En 2024, le marché taïwanais du marbre représente 1,64 % de la taille du marché mondial. Dans la région Asie-Pacifique, la Chine devrait capturer la plus grande part de marché d'ici 2033, tandis que l'Australie est le marché à la croissance la plus rapide de la région[28].
Ciment

Les gisements de marbre de faible qualité (équivalent géologique du calcaire) du comté de Hualien constituent la matière première indispensable à la production de ciment[30]. Les principaux producteurs sont Taiwan Cement (en) et Asia Cement (en), dont l'usine de Hualien contribue à près de 29 % de la production de ciment nationale[31]. Taiwan Cement, le plus grand fournisseur, produit environ 11 millions de tonnes de ciment par an dans ses installations taïwanaises[32]. Le marché taïwanais du ciment est évalué à 2,88 milliards de dollars américains en 2024 et devrait atteindre 4,51 milliards de dollars d'ici 2033, affichant un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 5,12 % sur la période de prévision[33]. Une autre analyse prévoit que le marché atteindra 1,40 milliard de dollars US en 2025[34]. En termes de volume, la production mensuelle de ciment est volatile. Elle s'élève à 869 630 tonnes en juillet 2025, après 933 260 tonnes en juin de la même année[35]. La production moyenne mensuelle entre 1981 et 2025 est d'environ 1,36 million de tonnes, avec un pic historique à 2,20 millions de tonnes en décembre 1992[36].
L'exploitation de ces gisements de calcaire, essentiellement menée dans d'immenses carrières de marbre à ciel ouvert, a un impact visuel et écologique considérable sur le paysage. Cette activité est souvent citée comme un exemple de la destruction environnementale causée par le développement économique. La controverse est particulièrement vive autour de la mine d'Asia Cement à Xincheng (en), située en bordure du parc national de Taroko, qui a obtenu une extension de 20 ans de ses droits miniers sans nouvelle évaluation d'impact environnemental. Les critiques pointent les risques accrus de glissements de terrain et d'inondations liés à ces excavations. Face à ces préoccupations, l'industrie met en avant des efforts de re-végétalisation des sites, un processus qui consiste à reconstituer les sols et replanter la végétation native pour restaurer les écosystèmes[30].

