Industrie minière en Mongolie

From Wikipedia, the free encyclopedia

  • Mines en activités
  • Mines fermées
  • Réserves non exploitées

L'industrie minière en Mongolie constitue un secteur central de l'économie du pays depuis la transition vers l'économie de marché au début des années 1990. En 2024, elle représente environ 30 % du PIB mongol et 94 % de ses exportations, faisant de la Mongolie l'une des économies les plus dépendantes de l'extraction minière au monde.

Les activités d'extraction et de métallurgie remontent au IIIe millénaire av. J.-C., les sociétés nomades développant des savoir-faire dans le travail de l'or, de l'argent, du cuivre, du bronze et du fer. Sous la dynastie Qing, l'exploitation minière est strictement encadrée pour préserver l'équilibre territorial et spirituel, avant qu'un tournant industriel ne s'amorce au début du XXe siècle avec la création de la compagnie Mongolor (en). Durant la période communiste de 1924 à 1992, le secteur se structure autour de grandes entreprises d'État et de coentreprises avec l'Union soviétique, notamment la Erdenet Mining Company pour l'exploitation du cuivre et du molybdène.

La libéralisation économique des années 1990 transforme le secteur : une législation favorable aux investissements étrangers est adoptée en 1997, entraînant une forte croissance de la production aurifère et l'arrivée de capitaux internationaux. Cette ouverture suscite toutefois des tensions, conduisant dans les années 2000 à l'émergence d'un nationalisme économique qui se traduit par l'introduction de la notion de « gisements stratégiques » et un renforcement de la participation de l'État. Le pays possède d'importantes réserves de charbon, de cuivre, d'or, d'uranium, de terres rares et de fluorite, exploitées par des entreprises publiques comme Erdenes Tavan Tolgoi ainsi que par des opérateurs étrangers.

Le développement minier contemporain s'organise autour de mégaprojets comme Oyu Tolgoï (cuivre et or), Tavan Tolgoi (charbon) et Erdenet (cuivre), coexistant avec un secteur artisanal important (en) dont les « mineurs ninjas (en) », estimés à près de 100 000 personnes. Cette expansion soulève d'importants défis environnementaux, notamment la dégradation des ressources en eau, la déforestation et les conflits d'usage avec le pastoralisme traditionnel, ainsi que des enjeux de gouvernance liés à la corruption et à la dépendance économique vis-à-vis de la Chine, principal débouché des exportations mongoles.

Époque ancienne

Casque en bronze datant de l'âge du bronze (musée national de Mongolie).

(Note : Malgré un intérêt international croissant pour l'archéologie mongole, les études archéométallurgiques restent sous-représentées dans la littérature occidentale. Si la recherche sur la production du fer a fait des progrès significatifs, l'étude de la production du bronze est en retard, l'approche actuelle privilégiant le concept de chaîne opératoire. De plus, la compréhension de la démographie et des structures sociales de l'âge du bronze est limitée par la prédominance des fouilles funéraires, soulignant la nécessité de recherches supplémentaires axées sur l'artisanat et les aspects économiques de la production[1].)

Des sources historiques et archéologiques attestent de pratiques d'extraction métallique et de métallurgie en Mongolie remontant au IIIe millénaire av. J.-C.[2]. Des traces d'exploitation antique ont été retrouvées sur des gisements d'importance mondiale identifiés plus récemment, tels qu'Erdenetiin Ovoo (identifié en 1964) et Oyu Tolgoï (identifié dans les années 1990). La métallurgie constituait un secteur technologique et économique important pour les sociétés nomades, mobilisant l'or, l'argent, le cuivre, le bronze et le fer pour la production d'artefacts variés (armes, outils, objets cérémoniels, bijoux et équipements équestres). Ces objets donnent un aperçu des réseaux d'échanges étendus reliant la Mongolie aux régions voisines[1].

Ornemenents en or datant de la culture de Pazyryk (musée national de Mongolie).

Les recherches archéologiques sur le terrain ont mis au jour d'anciens vestiges, incluant des carrières, des fourneaux de fusion, des poches de coulée, des moules, et des marteaux en pierre, témoignant d'un ensemble d'outils diversifiés. L'étendue des activités préhistoriques est illustrée par l'identification de trente-quatre sites d'extraction du cuivre répartis dans seize localités. L'analyse des objets à base de cuivre a permis d'établir une chronologie affinée des pratiques, s'étendant de l'Énéolithique (culture d'Afanasievo) jusqu'aux périodes Xiongnu. Cette chronologie englobe l'âge du bronze ancien (culture de Chemurchek (en)), l'âge du bronze moyen (culture de Munkhkhairkhan (en)), et la transition vers l'âge du fer (cultures des tombes à dalles (en), de Chandmani (en) et de Pazyryk)[1].

Les fouilles menées à Baga Gazriin Chuluu attestent de l'existence d'une métallurgie du cuivre entièrement locale, maîtrisant l'intégralité de la chaîne opératoire, de la réduction du minerai à la fabrication des objets. L'analyse micrographique des scories confirme la nature des procédés de réduction employés sur place. Durant la période pré-Xiongnu, l'artisanat local se caractérisait par l'usage exclusif du bronze à l'arsenic, ce qui est une adaptation pragmatique à une contrainte géologique majeure : l'absence de gisements d'étain exploités localement. Bien que technologiquement autonome, des différences chimiques entre les résidus locaux et ceux des provinces voisines suggèrent une gestion complexe de l'approvisionnement en matières premières à l'échelle régionale. L'avènement de la période Xiongnu marque une évolution technologique majeure qui se caractérise par l'adoption en masse d'alliages riches en étain et en plomb. Ce changement n'est pas le résultat de nouvelles découvertes minières locales, mais témoigne de l'intensification des échanges politiques et commerciaux, introduisant des matériaux et des savoir-faire extérieurs[3].

Sous les Qing

Le mode de vie nomade des Mongols et leur croyances attachées aux esprits de la terre ont été pendant des siècles un obstacle au développement de mines dans les steppes.

L'exploitation minière en Mongolie sous la dynastie Qing se caractérise par une tension constante entre l'intérêt économique suscité par les gisements aurifères et la volonté impériale de préserver le territoire comme zone tampon stratégique. Dès le milieu du XVIIIe siècle, une structure appelée altan-u qaraγul patrouille de l'or ») est mise en place par des nobles des bannières Zasagt khan et Sain Noyon khan (en) afin de protéger les ressources naturelles contre la contrebande pratiquée par des migrants chinois et russes. Cette action s'inscrit dans une vision plus large de l'administration Qing, qui considère le sol mongol comme un espace à la fois stratégique et profitable, désigné comme li yuan source de profit »)[4].

Les enjeux de l'extraction aurifère émergent plus nettement au XIXe siècle, dans un contexte international marqué par la diffusion de la « fièvre de l'or » à partir de 1848. La perspective de découvertes dans l'Asie intérieure attire voyageurs et aventuriers, même si les récits de l'époque décrivent une interdiction stricte du travail minier dans les territoires mongols[5]. Certaines traditions locales, comme l'histoire du « royaume d'Ouniot », relatent des épisodes où la découverte d'or provoque des troubles majeurs, suivis d'interventions militaires se soldant par la mort des mineurs. Ces récits ont été interprétés par plusieurs chercheurs comme reflétant le rejet de l'extraction minière parmi les populations locales, qui y voient une ingérence étrangère et une menace pour l'équilibre spirituel du pays[6]. Le sol est perçu comme une entité animée, et l'idée de retirer l'or est associée à la perte de la « chance de la terre » et au risque de déclencher une « malédiction pour la terre et le peuple »[7].

Action émise par Mongolor (en) datant de 1911 en russe et en français, ce qui témoigne de l'intérêt à l'étranger pour les ressources de Mongolie à une époque où la Chine des Qing est très affaiblie et proche de l'effondrement.

Face à ces résistances, la cour Qing élabore une doctrine de la « pureté de la terre » destinée à préserver le mode de vie mongol (banjire doro)[7] et à contenir les migrations chinoises jugées perturbatrices. Les lieux identifiés comme aurifères sont classés comme « zones restreintes » (cayajilaysan yajar) et ne doivent pas devenir productifs. Les directives impériales insistent sur la nécessité de maintenir ces régions exemptes de dégradations telles que la surexploitation forestière, la surpêche, la chasse excessive ou l'extraction minière, qui exigent ensuite des opérations de « purification de la terre » (yajar i ariyun boly-a)[8]. Malgré ces interdictions, des tentatives de légalisation émergent ponctuellement. En 1774, le prince Lobsangdorji organise une opération minière autorisée, dans laquelle les mineurs sont regroupés par unités de dix et rémunérés en argent à hauteur du double de la valeur de l'or extrait. L'entreprise attire environ 2 000 mineurs et produit l'équivalent de 352 taels d'argent,[9]. Les autorités locales se voient confier la responsabilité de faire respecter l'interdiction, notamment après la promulgation en 1841 des premières lois explicitement consacrées à l'activité minière. Les sanctions prévues établissent une hiérarchie singulière où l'identité du mineur compte davantage que l'acte lui-même : une extraction réalisée par un migrant chinois entraîne une perte de trois mois de salaire pour le jasay (noble mongol gouvernant une bannière), tandis qu'une extraction effectuée par un Mongol lui fait perdre six mois. La collusion entre Mongols, Chinois et fonctionnaires constitue l'infraction la plus sévère, sanctionnée par une amende équivalente à deux ans de revenu[10].

Un tournant industriel s'opère en mars 1900 avec le lancement officiel de la compagnie Mongolor (en), financée par des capitaux russes, belges et Qing, et considérée comme la première compagnie minière multinationale d'envergure dans la région. L'entreprise emploie des ingénieurs français, des hydrologues américains et des mineurs locaux, chinois et russes[4], mais elle se heurte à une résistance persistante des communautés mongoles et de l'aristocratie, pour lesquelles l'extraction reste incompatible avec le mode de vie traditionnel et les croyances attachées aux esprits de la terre[11]. De 1901 à 1921, l'activité de Mongolor dans la ceinture aurifère du Nord Khentii, dominée par les investissements étrangers, voit l'exploitation des bassins de Yeröö, de Sharyngol et de la Haraa (en), pour une production totale évaluée à 9 346,4 kg, tout en étant traversée par des phénomènes de contrebande[12].

À la suite de la proclamation d'indépendance du gouvernement théocratique du Bogdo Khan en 1911, l'industrie minière est nationalisée et devient un instrument de financement de l'État. Des Règlements miniers sont adoptés en 1913 afin d'attirer des capitaux étrangers tout en maintenant la propriété publique des ressources[11]. Selon certaines interprétations historiques, la date du 25 décembre 1922 est retenue comme le point de départ symbolique de l'industrie minière moderne en Mongolie, correspondant à la mise en exploitation de la première mine du pays, la mine de charbon de Nalaikh (en), officiellement déclarée propriété d'État[2],[13].

Période communiste (1924-1992)

Après l'établissement de la République populaire mongole, le Premier Grand Khoural ratifie la constitution de 1924 (en)[14] qui est souvent citée comme le texte fondateur affirmant la propriété de l'État sur les ressources minérales, la terre et les forêts[15]. Sur le plan géopolitique, les années 1920 sont le théâtre de tensions entre les aspirations du gouvernement mongol, qui tente d'attirer des capitaux et technologies occidentales (notamment allemands) et d'accueillir des conseillers européens, et l'influence de l'Union soviétique qui perçoit ces concessions étrangères comme une forme d'exploitation capitaliste et décourage cette ouverture pour privilégier ses propres prospections géologiques[16].

La mine de charbon de Nalaikh (en) est la première mine industrielle de Mongolie. Son ouverture en 1922 est considérée comme le point de départ symbolique de l'industrie minière moderne du pays.

L'activité minière est dominée par le charbon, avec pour site emblématique la mine de Nalaikh (en), située à environ 35 kilomètres d'Oulan-Bator. Initialement opérée par des exploitants chinois, cette mine est nationalisée pour sécuriser l'approvisionnement énergétique de la capitale. En 1926, les méthodes d'extraction y sont encore rudimentaires, reposant sur l'usage de treuils manuels[17], bien que la production connaisse une forte croissance, passant de 32 millions de kilos en 1925 à une prévision de 80 millions l'année suivante. L'économie du secteur est lourdement handicapée par l'absence d'infrastructures de transport, le coût du minerai étant multiplié par quatre ou cinq lors de son acheminement par charrette ou camion[16]. Parallèlement au charbon, une activité aurifère héritée de la période d'autonomie subsiste[18], notamment à Zuun Mod[19], alors que sont découverts des minéraux précieux comme le cristal et la topaze[20]. La main-d'œuvre de ces premières exploitations reste majoritairement chinoise, les Mongols considérant le travail manuel industriel et souterrain comme indigne[18].

Objets miniers utilisés durant la période communiste (musée national de Mongolie).

Une nouvelle phase débute en 1939 avec la création d'un trust dédié aux ressources minérales et le lancement de l'extraction de placers dans la ceinture de Bayankhongor. Bien que l'activité reste modeste entre 1939 et 1954, cette période permet la production de près de 695,4 kg d'or[12]. L'exploration s'intensifie considérablement après l'adhésion de la Mongolie au Comecon en 1962, permettant de cartographier la quasi-totalité des gisements exploités ultérieurement, y compris ceux de Boroo et d'Oyu Tolgoï[21]. Cette coopération internationale aboutit, entre 1974 et 1990, à une modernisation significative des infrastructures via la création de coentreprises comme Mongolsovtsvetmet, une entité mongolo-soviétique à Tolgoit, et une coentreprise mongolo-bulgare à Bayankhongor, permettant une production conjointe de 9 084,8 kg d'or, majoritairement exportée vers l'Union soviétique et la Bulgarie[12]. L'exemple le plus marquant de cette époque est la création de la Erdenet Mining Company[22], pour l'exploitation du cuivre et du molybdène[23]. Cependant, les modalités économiques de ces partenariats révèlent une asymétrie profonde. Bien que la constitution de 1960 (en) réaffirme le monopole de l'État sur le sous-sol[24], les coentreprises mongolo-soviétiques bénéficient d'exonérations totales de taxes[21]. L'accord de 1973 sur Erdenet, imposé par l'Union soviétique, contraint la Mongolie à exporter des concentrés de minerai vers les fonderies soviétiques à des prix fixés par Moscou, sans possibilité de transformation locale. Cette configuration engendre des pertes financières considérables, la Mongolie devant subventionner l'usine pour chaque tonne exportée, atteignant un total de 932 millions de togrogs entre 1978 et 1984[25]. Néanmoins, cette période permet également de constituer une main-d'œuvre qualifiée et de développer des infrastructures cruciales, le site de Nalaikh bénéficiant par exemple de la première route pavée, de la première route goudronnée et du premier chemin de fer connectés à une mine[2].

Depuis la libéralisation des années 1990

La révolution démocratique de 1990 redéfinit en profondeur la gestion des ressources minières de la Mongolie et engage le pays dans une transition vers une économie de marché fondée sur l'exploitation de ses gisements[2]. Dès les premiers accords renégociés après 1990, la Mongolie cherche à corriger des traités hérités de l'ère soviétique, illustré par la renégociation de l'accord d'Erdenet en 1991 qui aurait permis à l'État mongol d'acquérir 51 % des parts de l'entreprise, d'instaurer une redevance sur l'utilisation du sous-sol et d'obtenir le droit de vendre sa quote-part au prix du marché, marquant le passage d'un rôle de fournisseur pour l'Union soviétique à celui d'un État capitalisant sur ses ressources[26]. Cette première phase est suivie d'un ensemble de mesures économiques visant à générer rapidement des devises étrangères, notamment le « Programme Or » (Alt khötölbör) lancé en 1991 par le président Punsalmaagiin Ochirbat[27], et d'une série d'évolutions législatives accompagnées par la Banque mondiale qui conduisent, après une première loi en 1994 jugée insuffisante, à l'adoption d'une loi minière très libérale en 1997 autorisant la pleine propriété étrangère et simplifiant l'octroi de licences. L'ouverture entraîne une forte augmentation de la production aurifère et attire d'importants investisseurs étrangers, plaçant la Mongolie parmi les destinations privilégiées pour l'exploration minière[28]. Parallèlement, l'essor de petites exploitations artisanales, qualifiées de « ninjas (en) », sur certains sites fermés comme Nalaikh (en), témoigne des tensions sociales et économiques suscitées par la libéralisation et la fermeture d'anciennes mines[2].

Oyu Tolgoï est le projet principal de ces dernières années. Exploitant le cuivre et l'or à ciel ouvert et en souterrain, elle est aujourd'hui la plus importante mine de Mongolie.

Au cours des années 2000, la montée d'un nationalisme économique conteste l'approche néolibérale initiale. L'introduction, en 2006, de la notion de « gisements stratégiques » permet à l'État de revendiquer une participation majoritaire (entre 34 % et 50 %) dans certains projets[29] et d'imposer une taxe sur les profits exceptionnels (en) (notamment 68 % sur le cuivre et l'or)[22], mesure qui coïncide avec une baisse marquée de la production aurifère officielle et une augmentation du commerce informel[30]. Le durcissement réglementaire se poursuit en 2009 avec une loi protégeant les zones de sources fluviales et forestières, entraînant la révocation de nombreuses licences et contraignant plusieurs entreprises à restructurer leurs activités[31]. La décennie suivante est dominée par le développement du gisement d'Oyu Tolgoï, dont l'expansion et les entrées de capitaux contribuent à une forte croissance du PIB (pointe d'environ 17 % au début des années 2010)[30], avant qu'une période de ralentissement et d'instabilité politique ne conduise à une nouvelle phase de relance des grands projets et à des recours à des financements internationaux (dont un soutien du Fonds monétaire international et des accords majeurs pour l'expansion d'Oyu Tolgoï)[32].

Le secteur est restructuré autour de différents acteurs : d'une part les entreprises nationales (MAK (en), Monpolymet, Bold Tumur, Eruu Gol, Energy Resources, etc.)[2] et, d'autre part, une multitude d'opérateurs artisanaux et informels répandus sur le territoire. L'exploration géologique permet d'identifier plusieurs milliers de gisements et près de cinquante minéraux[33], le charbon (lignite à sub-bitumineux)[34], l'or, le cuivre, l'uranium et les terres rares occupant une place centrale[35]. Certaines zones comme Baganuur, Sharyngol, Shivee-Ovoo (en)[2], Erdenet pour le cuivre et le molybdène[36], Boroo et Zaamar (en) pour l'or[37], constituent des pôles historiques d'extraction, tandis que des projets récents et géants (Oyu Tolgoï[38], Tavan Tolgoi[39], Gurvan tes (en)[38]) redessinent la géographie industrielle et les infrastructures de transport nécessaires à l'exportation, souvent financées ou soutenues par ses voisins que sont la Chine ou la Russie[39]. L'importance du secteur se traduit par sa contribution élevée aux recettes d'exportation et au PIB national[2], mais cette concentration expose l'économie à une forte volatilité liée aux prix des matières premières et à la dépendance commerciale vis-à-vis de la Chine[40],[39].

Stand d'information d'une initiative citoyenne contre l'exploitation minière non contrôlée à Oulan-Bator en 2006.

Sur le plan institutionnel et juridique, la transition a été accompagnée d'une transformation du régime de propriété minérale : la loi de 1997 a délégué des droits d'exploitation exclusifs au secteur privé via des licences transférables, favorisant la spéculation et une extension rapide des surfaces sous licence[41]. Les critiques ont dénoncé ce processus comme une forme d'« accumulation par dépossession »[42], et la gouvernance du secteur a été marquée par des épisodes de corruption, de conflits sur la propriété et de tensions politiques[2],[39],[35] (notamment autour de la cession et de la récupération des parts d'Erdenet)[43]. Les tentatives récentes d'améliorer la protection des droits des éleveurs et d'augmenter la régulation minière, y compris à travers des amendements législatifs, se heurtent toutefois aux difficultés d'application et à la puissance des acteurs extractifs[38]. L'extraction intensive entraîne des impacts environnementaux locaux (assèchement de nappes phréatiques, pollution, perte de pâturages)[35] et une urbanisation accélérée liée à l'afflux de travailleurs vers les zones minières[33]. Les tentatives de transformation locale des ressources (notamment pour les éléments de terres rares) butent sur les contraintes technico-économiques et la concurrence d'infrastructures étrangères, principalement chinoises, tandis que la nécessité d'un meilleur partage des revenus[44] et d'une intégration des petites et moyennes entreprises locales dans les chaînes d'approvisionnement reste une priorité récurrente des analyses de développement[40]. En 2023, seulement 45 % du territoire mongol a été cartographié géologiquement[44]. En 2024, le secteur minier mongol représente environ 30 % du PIB du pays et 94 % de ses exportations[45].

Minerais et ressources

Charbon

La Mongolie détient des réserves estimées à 33,2 milliards de tonnes selon l'Autorité mongole des ressources minérales et du pétrole, ce qui en ferait le 23e pays au monde en termes de réserves charbonnières. L'Association mongole du charbon indique par ailleurs que des réserves non découvertes pourraient atteindre 173,5 milliards de tonnes supplémentaires. Environ 80 % des réserves totales du pays sont constituées de lignite (un charbon de faible qualité)[46].

En 2024, les exportations mongoles ont atteint un niveau record de 83,7 millions de tonnes, dépassant pour la première fois dans l'histoire du pays les 80 millions de tonnes[46], ce qui représente une augmentation considérable par rapport aux 36,6 millions de tonnes exportées en 2019[47]. Les revenus d'exportation du charbon se sont élevés à 8,6 milliards de dollars américains en 2024 selon le département général des douanes mongoles. La Chine constitue le débouché quasi exclusif des exportations mongoles, absorbant environ 90 % de la production charbonnière du pays[48]. En 2023, la Mongolie a fourni la moitié de la demande chinoise en charbon à coke[46]. La part mongole dans les importations totales de charbon chinoises est passée de 9,4 % en 2020 à 15,1 % en 2024. Le charbon à coke représente 67 % des exportations totales en 2024, le reste étant constitué de charbon thermique (aussi appelé charbon vapeur)[47]. Environ un tiers de la production mongole est du charbon métallurgique de haute qualité utilisé dans les alliages d'acier, tandis que le reste est principalement du charbon thermique de type lignite[49]. Sur le plan domestique, la Mongolie consomme environ 10 millions de tonnes de charbon par an, dont 8 millions sont utilisés pour la production d'électricité et le reste pour le chauffage résidentiel et les processus industriels[50].

Tavan Tolgoi, dans le désert de Gobi, le principal site d'extraction charbonnière mongol.

Le gisement de Tavan Tolgoi, situé dans la province d'Ömnögovi dans le désert de Gobi, constitue le principal site d'extraction charbonnière mongol. Trois opérateurs exploitent ce gisement : la société d'État Erdenes Tavan Tolgoi (8,1 milliards de tonnes de réserves dans sa zone sous licence), Tavan Tolgoi JSC cotée à la bourse mongole, et Mongolian Mining Corporation (en) cotée à la bourse de Hong Kong. Ces trois projets représentent plus de la moitié des exportations charbonnières nationales[46]. Mongolian Mining Corporation (MMC), le plus grand producteur et exportateur de charbon à coke lavé du pays, a enregistré un chiffre d'affaires record de 1 039,9 millions de dollars américains en 2024. La compagnie a vendu 8,6 millions de tonnes de produits charbonniers durant cette période, dont 4,7 millions de tonnes de charbon à coke dur. MMC exploite deux mines à ciel ouvert, Ukhaa Khudag (en) et Baruun Naran (en), toutes deux situées dans le Gobi-Sud[51]. L'industrie charbonnière mongole est hautement concentrée, avec 15 compagnies responsables de plus de 95 % de la production de charbon à coke[49].

À la suite de manifestations massives contre la corruption dans l'industrie charbonnière en décembre 2022, le gouvernement mongol a introduit en 2023 un système de vente aux enchères en ligne via la bourse mongole. Les compagnies d'État comme Erdenes Tavan Tolgoi ont cessé de signer des contrats de vente directs et doivent désormais commercialiser leur charbon via cette plateforme électronique[52]. En 2023, 15 millions de tonnes de charbon ont été vendues via cette plateforme, sur un total de 70 millions de tonnes exportées. Les prix du charbon ont considérablement augmenté avec ce nouveau système, passant de 70-80 dollars la tonne en conditions départ mine à 140-190 dollars la tonne aux prix frontière incluant les coûts de transport. Plus de 240 compagnies chinoises se sont enregistrées sur la plateforme pour acheter du charbon mongol[53].

Le gouvernement mongol a lancé un programme de 14 mégaprojets pour la période 2024-2028 visant à accroître la capacité d'exportation de charbon. Les infrastructures ferroviaires constituent une priorité, notamment les connexions transfrontalières à Gashuunsukhait-Gantsmod et Shiveekhuren-Ceke, qui devraient permettre une augmentation de la capacité d'exportation de 40 millions de tonnes[47]. En 2024, Erdenes Tavan Tolgoi a mis en service la première phase d'une usine de traitement du charbon d'une capacité de 10 millions de tonnes par an. Le projet complet prévoit trois modules pour une capacité totale de 30 millions de tonnes annuelles[46]. La Mongolie compte actuellement 27 usines de traitement du charbon en exploittaion[47].

Cuivre

La Mongolie occupe une position importante dans la production mondiale de cuivre, se classant au sixième rang mondial pour la production et au septième rang pour les réserves[54]. En 2024, la production et l'exportation de concentré de cuivre ont atteint des sommets avec 1,7 million de tonnes, soit une hausse de 11,1 % par rapport à l'année précédente, tandis que la valeur des exportations a progressé de 26 % grâce à une augmentation du prix moyen à la frontière de 236 dollars par tonne[55].

La mine d'Erdenet, qui produit une part importante de la production de cuivre mongole.

La production cuprifère mongole s'appuie principalement sur deux grands complexes miniers, Erdenet et Oyu Tolgoï, qui produisent et exportent du concentré de cuivre exclusivement vers la Chine[56]. La mine d'Erdenet, entreprise publique mongole depuis 2019, traite environ 37,2 millions de tonnes de minerai par an et produit jusqu'à 600 000 tonnes de cuivre et 6 000 tonnes de molybdène en concentrés destinés au marché international[57]. Le gisement d'Oyu Tolgoï constitue quant à lui l'un des plus importants gisements de cuivre et d'or au monde. La mine est en voie de devenir la quatrième plus grande mine de cuivre au monde d'ici la fin de la décennie[58], avec une production annuelle moyenne prévue d'environ 500 000 tonnes de cuivre entre 2028 et 2036[59].

D'autres projets cuprifères sont en développement, notamment le gisement de Tsagaan Suvarga (en), qui devrait commencer la production d'oxyde en 2025, suivie de la production de sulfure en 2026. Ce projet, inscrit sur la liste gouvernementale des gisements stratégiquement importants, détient des réserves de 1,5 million de tonnes de cuivre et environ 60 000 tonnes de molybdène. Le projet Kharmagtai, développé par Xanadu Mines (en) avec le soutien financier du groupe minier chinois Zijin Mining, progresse également vers une décision finale d'investissement, avec une production anticipée en 2027[60].

Le secteur cuprifère mongol exporte la quasi-totalité de sa production sous forme de concentré brut, avec une production limitée de produits à valeur ajoutée tels que les cathodes de cuivre (en)[56]. La totalité des concentrés de cuivre est acheminée vers le marché chinois par voie routière et ferroviaire, la mine d'Erdenet utilisant la route Erdenet-Zamyn-Üüd tandis qu'Oyu Tolgoï livre via la route Oyu Tolgoï-Gashuunsukhait. Dans le cadre du programme de développement à long terme Vision 2050, le gouvernement mongol prévoit l'inauguration d'une raffinerie de cuivre d'une capacité annuelle de 124 100 tonnes près de la mine d'Erdenet, visant à développer la production nationale de cathodes de cuivre[54].

Or

La Mongolie a produit environ 14,9 tonnes d'or en 2023[61], ce qui représente une diminution de 23 % par rapport à l'année précédente[62]. Les exportations d'or brut ont atteint 11,7 tonnes pour une valeur de 738 millions de dollars américains la même année. En l'absence de raffineries commerciales dans le pays, l'or extrait est transformé localement en or brut d'une pureté atteignant 94 % dans des installations de traitement et de petits ateliers de raffinage avant d'être exporté. La Suisse et la Corée du Sud constituent les principaux marchés de destination, recevant respectivement 93 % et 7 % des exportations d'or brut mongol en 2022[61].

La mine d'or de Boroo, exploitée depuis 2004, représentait le plus important investissement étranger du pays au moment de son entrée en production.

La mine d'Oyu Tolgoï, détenue à 66 % par Rio Tinto et à 34 % par le gouvernement mongol via Erdenes Oyu Tolgoi[61], constitue le principal site d'extraction aurifère du pays avec une capacité annuelle estimée à 12 tonnes d'or[63]. Située dans la province d'Ömnögovi (à 80 kilomètres au nord de la frontière chinoise), cette exploitation combine extraction à ciel ouvert et exploitation souterraine, cette dernière ayant démarré en mars 2023[64]. Le projet souterrain devrait permettre d'atteindre une production annuelle prévue de 330 000 onces d'or comme coproduit de l'exploitation cuprifère[65].

La mine de Bayan Khundii (en), développée dans le cadre d'une coentreprise à parts égales entre Mongolian Mining Corporation (en) et Erdene Resource Development, a lancé sa production commerciale lors d'une cérémonie officielle tenue le 14 septembre 2025[66]. Située dans la province de Bayankhongor, cette exploitation devrait produire environ 85 000 onces d'or (2,4 tonnes) par an avec des réserves totales estimées à 513 700 onces (14,5 tonnes) et une teneur moyenne de 4 grammes par tonne[67]. Durant le troisième trimestre 2025, la mine a vendu 342 onces d'or (9,7 kilos) à la Banque de Mongolie et aux banques commerciales autorisées à un prix moyen pondéré de 3 805,18 dollars américains l'once[66].

Steppe Gold, qui exploite les mines d'Altan Tsagaan Ovoo et Boroo Gold à la suite de l'acquisition de cette dernière en août 2024, s'est positionnée comme l'un des principaux producteurs aurifères privés du pays[68]. La production combinée des deux sites a totalisé 17 773 onces d'or (500 kilos) au troisième trimestre 2024, et la société anticipe une production annuelle de 80 000 onces (2,26 tonnes) pour 2025[69]. Les autres exploitations aurifères notables comprennent les mines d'Ulaanbulag et de Boroo exploitées par Boroo Pte. Ltd., avec des capacités respectives de 1,5 et 1,2 tonnes par an[63].

Plomb-zinc

La Mongolie produit du zinc et du plomb principalement à partir de gisements polymétalliques situés dans les zones métallogéniques de Khentii et de l'est du pays[70]. En 2023, la production minière de zinc s'élève à environ 60 000 tonnes (contenu en zinc), tandis que celle de plomb atteint 8 000 tonnes. Cette production représente une augmentation significative par rapport à 2022 où la production de zinc était de 55 000 tonnes[71], bien que la production de plomb ait connu une baisse de 34 % la même année[62]. Les réserves minérales nationales comptent dix gisements de zinc enregistrés dans la base de données nationale des ressources minérales, avec des réserves consolidées de 52,79 millions de tonnes de minerai contenant 2,18 millions de tonnes de zinc et 259 110 tonnes de plomb[70]. Le zinc figure parmi les seize gisements minéraux stratégiques du pays, ceux susceptibles d'avoir un impact majeur sur le développement national ou de représenter plus de 5 % du PIB[62].

La mine de Tömörtiin Ovoo (en), située dans la province de Sükhbaatar dans l'est de la Mongolie, constitue le principal site d'extraction de zinc du pays. Cette mine à ciel ouvert exploitée par Tsairt Minerals, une coentreprise entre China Nonferrous Metals Group (en) (51 %) et l'État mongol (49 %), dispose d'une capacité annuelle de 50 000 tonnes de zinc. D'autres sites actifs comprennent la mine de Tsav dans la province de Dornod, exploitée par Shandong Xianglong[72], ainsi que la mine d'Altan Tsagaan Ovoo gérée par Steppe Gold, qui produit également du plomb comme sous-produit[73].

Le minerai contenant du zinc est traité par flottation pour produire des concentrés dont les teneurs varient entre 48,3 % et 53,6 % de zinc[70]. En 2024, les concentrés de zinc représentent 1,2 % des exportations totales du pays en valeur[74]. Les exportations mongoles de zinc ont néanmoins connu une baisse de 16,7 % entre 2023 et 2024[75]. Entre 2016 et 2023, les entreprises d'extraction de zinc ont généré environ 3 700 milliards de tugriks de revenus de vente annuellement et contribué pour 998,1 milliards de tugriks aux budgets nationaux et locaux. En 2023, quarante licences minières détenues par trente-quatre entreprises pour l'extraction de ressources contenant du zinc sont en vigueur, dont dix-huit entreprises possédant des études de faisabilité achevées représentant dix-neuf projets prêts au développement[70].

Argent

Le gisement d'Asgat (en), à l'extrême-ouest du pays, près de la frontière russe, représente une réserve potentielle d'argent très importante mais son développement est entravé par son accès difficile.

L'extraction d'argent en Mongolie constitue une activité minière secondaire, le minerai étant principalement un sous-produit de l'extraction du cuivre, de l'or et du plomb-zinc. En 2023, la production minière d'argent s'est élevée à 59 tonnes, ce qui représente une augmentation de 18 % par rapport à l'année précédente[72]. L'argent figure parmi les seize dépôts minéraux stratégiques identifiés par le gouvernement mongol la même année[62].

La mine d'Oyu Tolgoï représente le principal site de production argentifère du pays avec une capacité annuelle de 32 tonnes. La mine d'Erdenetiin-Ovoo, détenue à 100 % par Erdenet Mining Company, possède également une capacité de production de 31 tonnes par an. La mine d'Altan Tsagaan Ovoo, exploitée par Steppe Gold, dispose quant à elle d'une capacité de 5 tonnes annuels[63]. Entre 2013 et 2024, les opérations minières d'Oyu Tolgoï ont généré 16,3 milliards de dollars de revenus, dont 2 % provenaient de l'argent, le reste étant attribuable au cuivre (67 %) et à l'or (31 %)[76]. Le gisement d'Asgat (en), situé dans le district de Nogoonnuur de la province de Bayan-Ölgii, constitue l'une des plus importantes réserves argentifères du pays avec des réserves estimées à 2 247 tonnes. Cependant, la mine n'est actuellement pas en exploitation en raison de contraintes infrastructurelles majeures, notamment l'absence de routes, de liaisons ferroviaires, de sources d'eau et d'approvisionnement électrique. De plus, une partie du site nécessaire pour l'accès se trouve en territoire russe[77]. En 2019, l'entreprise publique Erdenes Mongol a repris la gestion du site, qui était auparavant exploitée par la coentreprise mongolo-russe Mongolrostsvetmet[78].

Fer

En 2023, la production mongole de minerai de fer (poids brut) s'est élevée à 5,332 millions de tonnes, soit une diminution notable de 30 % par rapport à l'année précédente. Cette production représente environ 3,2 millions de tonnes en contenu de fer[71]. Les exportations ont connu une évolution plus favorable, avec 5,71 millions de tonnes exportées en 2023, en hausse de 20,72 % par rapport à 2022[79]. Cette tendance s'est poursuivie en 2024 avec 7,51 millions de tonnes exportées, soit une augmentation de 31,47 % sur un an[80]. La totalité des exportations mongoles de minerai de fer est destinée à la Chine voisine[81], qui a vu ses importations en provenance de Mongolie augmenter de 39,4 % en valeur entre 2023 et 2024[82].

L'industrie du fer mongole repose sur plusieurs mines importantes opérant dans le centre et le nord du pays. L'entreprise publique Mongolrostsvetmet exploite la mine de Bargilt (en) dans l'aïmag de Khentii, capable de produire 2,4 millions de tonnes de minerai de fer par an[83]. L'entreprise privée Boldtumur Eruu Gol exploite la mine de Bayangol dans la province de Selenge, avec une capacité annuelle de 2 millions de tonnes et des réserves prouvées d'environ 132 millions de tonnes[84]. Cette société, considérée comme la première exploitante privée de minerai de fer du pays, contribue substantiellement aux exportations mongoles de fer, qui occupent le quatrième rang des exportations minérales nationales[85]. Parmi les autres sites d'extraction figure la mine de Tayan Nuur (en) exploitée par Altain Khuder dans l'aïmag de Govi-Altai, avec une capacité de 3 millions de tonnes annuelles, ainsi que deux mines gérées par l'usine métallurgique de Darkhan dans les provinces de Darkhan-Uul et Selenge[63].

Le transport du minerai s'effectue principalement par voie ferroviaire en direction des aciéries chinoises, bien que les tarifs ferroviaires pratiqués par Ulaanbaatar Railway soient relativement élevés. Pour réduire ces coûts, certaines compagnies minières ont investi dans la construction de lignes ferroviaires privées, à l'instar de Boldtumur Eruu Gol qui a construit une ligne de 85 kilomètres reliant sa mine au réseau principal[86]. Le volume de minerai de fer transporté par rail a atteint 5,44 millions de tonnes en 2023, en progression de 13,03 % sur un an[79]. Les réserves géologiques totales de minerai brut en Mongolie sont estimées à environ 1,7 milliard de tonnes réparties dans 63 gisements, dont six dépassent 50 millions de tonnes de minerai. Le minerai de fer mongol se caractérise cependant par une teneur relativement faible en fer[86].

Fluorite

La Mongolie figure parmi les principaux producteurs mondiaux de fluorite (ou spath fluor), se classant au troisième rang après la Chine et le Mexique[87]. Le pays possède des réserves estimées à 34 millions de tonnes, soit 12 % des réserves mondiales[62]. Selon l'Association mongole de la fluorite, un total de 163 gisements et 545 points de découverte minérale ont été localisés dans le pays, avec des réserves minérales de 48,3 millions de tonnes contenues dans 122 millions de tonnes de minerai[88].

La production mongole de fluorite a connu une croissance spectaculaire en 2023, avec une production de fluorite de qualité acide (environ 97 % de fluorure de calcium) atteignant environ 109 000 tonnes[61], soit une augmentation estimée de 336 % par rapport à 2022[62]. La production de fluorite de qualité métallurgique (environ 75 % de fluorure de calcium) s'est élevée à environ 1,1 million de tonnes en 2023, contre 400 000 tonnes l'année précédente, représentant une hausse estimée de 175 %[71], ce qui s'explique notamment par l'accroissement des exportations vers la Chine, favorisé par la mise en service de nouvelles infrastructures ferroviaires, des prix mondiaux élevés en réponse à la faible offre chinoise, et de la demande croissante de fluorure de polyvinylidène utilisé dans la fabrication de batteries lithium-ion[61]. En 2024, la Mongolie aurait maintenu une production d'environ 200 000 tonnes de fluorite[89].

Morceau de fluorite découverte à Choyr dans le désert de Gobi.

La totalité de la production mongole de fluorite est destinée à l'exportation en raison de l'absence de demande domestique. En 2022 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles), les principaux destinataires des exportations mongoles de fluorite étaient la Chine, qui recevait 58 % des exportations en valeur, et la Russie, qui en recevait 42 %[61]. La Mongolie s'est imposée comme le principal fournisseur de fluorite de la Chine, cette dernière ayant augmenté ses importations de fluorite métallurgique de 55 % au cours du premier semestre 2024, principalement en provenance de Mongolie. Cette hausse s'explique par les contraintes d'approvisionnement en Chine, où des inspections de sécurité à l'échelle nationale menées par l'Administration nationale de la sécurité des mines (en) entre mars et août ont conduit à la fermeture temporaire d'exploitations et à la fusion de compagnies minières[90].

La principale entreprise productrice est Mongolrostsvetmet, société entièrement détenue par l'État mongol, qui représente plus de 35 % de la production nationale de fluorite[91]. Son principal site d'exploitation est la mine de Bor-Öndör (en), située dans la province de Khentii à environ 310 kilomètres au sud-est d'Oulan-Bator, avec une capacité annuelle d'extraction de 550 000 à 600 000 tonnes de minerai de fluorite. La mine comprend des exploitations souterraines et à ciel ouvert, ainsi qu'une usine de concentration considérée comme la plus grande installation de traitement de concentré de fluorite en Mongolie, avec une capacité de traitement de 120 000 tonnes par an[92]. Après sa modernisation en 2017, qui avait été suspendue pendant plus de deux ans, la mine a repris ses activités avec une capacité d'extraction quotidienne d'environ 390 tonnes de minerai de fluorite. Le taux de récupération du traitement atteint 90 à 95 %, avec une teneur en fluorite du minerai de 26,76 %[93]. Les exploitants artisanaux et à petite échelle jouent également un rôle significatif dans la production nationale de fluorite[94].

Parmi les projets en développement figure celui de KHD Fluorite, société du groupe minier Khuree Del basée à Oulan-Bator, qui développe deux gisements principaux dans l'est de la Mongolie, Maly et Baruun Suuj, situés dans le complexe ophiolitique de Kherlen dans les provinces de Khentii et Dornod. Ces gisements sont prévus pour produire respectivement 30 000 et 60 000 tonnes par an de fluorite de qualité acide une fois en exploitation[95]. En janvier 2024, le plus grand producteur chinois de fluorite, China Kings Resources Group, a investi pour la première fois à l'étranger en acquérant une participation de 67 % dans les actifs de la société mongole Minglida pour 134 millions de yuans (18,4 millions de dollars américains), incluant des droits d'exploitation minière de fluorite dans la province de Dornogovi au sud-est de la Mongolie. La société prévoit d'atteindre une production de 200 000 à 300 000 tonnes par an de fluorite métallurgique et acide dans un délai de deux ans[96].

Phosphates

La Mongolie possède d'importantes ressources en phosphate mais ne dispose d'aucune exploitation commerciale de ce minerai en 2025. Le pays compte un gisement de phosphate classé parmi ses 16 dépôts minéraux stratégiques en 2023, catégorie réservée aux gisements susceptibles d'affecter le développement national ou de représenter plus de 5 % du produit intérieur brut[62].

Les principales ressources de phosphorite du pays se situent dans deux bassins sédimentaires. Le bassin de Khövsgöl, dans le nord de la Mongolie, constitue l'un des plus importants bassins phosphatés au monde avec une longueur d'environ 300 kilomètres et une largeur atteignant 170 kilomètres[97]. Il renferme environ 30 gisements et occurrences de phosphorite, pour des réserves estimées à 4,5 milliards de tonnes selon une étude de 2016. Le bassin de Zavkhan, situé dans l'ouest du pays, contient quant à lui environ 1,2 milliard de tonnes de réserves[98]. Les teneurs en pentoxyde de phosphore dans ces gisements varient entre 10 et 38 %[99].

Le gisement de Burenkhaan, qui fait partie du bassin de Khövsgöl avec des réserves estimées à 40 millions de tonnes, est considéré comme économiquement viable[99]. Toutefois, l'exploitation de ce gisement et d'autres dépôts situés dans la région est bloquée par leur emplacement au sein du parc national du lac Khövsgöl. En juin 2013, la Chambre administrative de révision de la Cour suprême de Mongolie a invalidé huit permis d'exploration et d'extraction qui avaient été délivrés à l'entreprise Talst Margad pour le gisement de Burenkhaan, à la suite d'une plainte déposée par des communautés locales d'éleveurs et l'organisation non gouvernementale Propriétaires du lac Khövsgöl[100].

L'absence d'exploitation commerciale des phosphates mongols signifie que le pays doit importer ses besoins en engrais phosphatés pour son secteur agricole, ce qui le place dans une position de dépendance vis-à-vis des marchés internationaux d'engrais. Des recherches menées par l'Académie des sciences de Mongolie ont exploré des méthodes alternatives de production d'engrais phosphatés par activation mécanique de la phosphorite naturelle de Burenkhaan, évitant ainsi les procédés chimiques humides traditionnels qui posent des problèmes environnementaux et sanitaires[98].

Uranium

La Mongolie ne produit actuellement pas d'uranium, bien que le pays dispose de réserves substantielles estimées à environ 192 000 tonnes, représentant environ 3 % des réserves mondiales, ce qui confère au pays la 10e place mondiale pour les réserves d'uranium[101]. D'autres estimations, remontant à l'ère soviétique, évoquent des réserves géologiques potentielles de 1,5 million de tonnes qui restent à vérifier selon les normes internationales[102]. Les découvertes réalisées par l'entreprise française Orano ont permis à la Mongolie de se classer au douzième rang mondial en termes de réserves d'uranium[103]. Le pays compte treize gisements d'uranium identifiés, dont Dornod, Gurvanbulag, Dulaan-Uul et Zuuvch-Ovoo[102]. La Mongolie a connu une courte période d'exploitation uranifère entre 1988 et 1995, lorsque la mine à ciel ouvert de Dornod, située dans l'est du pays, était exploitée par des intérêts russes qui transportaient le minerai par rail vers la Russie pour traitement. Cette production a cessé en raison des changements politiques et économiques dans la région[104].

Le 17 janvier 2025, le gouvernement mongol et l'entreprise française Orano ont signé un accord d'investissement portant sur le développement et l'exploitation de la mine d'uranium de Zuuvch-Ovoo, située dans la province de Dornogovi au sud-est du pays[105], d'une valeur totale de 1,6 milliard de dollars américains[106]. Le projet sera mis en œuvre par Badrakh Energy, une coentreprise entre Orano et l'entreprise publique mongole MonAtom, pour exploiter les gisements de Zuuvch-Ovoo et Dulaan-Uul qui contiendraient près de 90 000 tonnes de ressources en uranium[105]. L'accord d'investissement prévoit une phase préparatoire de quatre ans, suivie d'un démarrage de la production en 2028[106]. La mine de Zuuvch-Ovoo devrait avoir une capacité de production nominale d'environ 2 500 tonnes d'uranium par an sur une durée de vie estimée à trente ans. L'investissement initial s'élève à environ 500 millions de dollars avant la mise en service du gisement. Le projet utilisera la méthode d'extraction par lixiviation in situ, dont la faisabilité technique, économique et environnementale a été démontrée lors d'opérations pilotes menées à Zuuvch-Ovoo entre 2021 et 2022. La mine devrait créer 1 600 emplois directs et indirects et comprend un investissement significatif dans la formation d'une main-d'œuvre locale qualifiée. Selon les termes de l'accord d'investissement, plus de 51 % des bénéfices directs générés par le projet, garantis par les taxes, dividendes et redevances, seront perçus par l'État mongol[105].

Au-delà du projet avec Orano, la Mongolie développe également d'autres partenariats internationaux pour valoriser ses ressources uranifères. Le directeur général de MonAtom a notamment indiqué que le pays développe activement sa collaboration avec la République tchèque, la Chine, la Russie et le Kazakhstan, et prépare le développement de trois gisements dans la province de Dundgovi et un dans la province de Sükhbaatar en partenariat avec la République tchèque. La Russie a ouvert un bureau de représentation de Rosatom en Mongolie en 2024, tandis que l'Inde et la Mongolie ont tenu leur quatrième réunion du groupe de travail conjoint sur la coopération nucléaire en juin 2025[102].

Terres rares

La Mongolie ne dispose actuellement d'aucune mine de terres rares en exploitation, bien qu'environ 80 gisements d'éléments de terres rares aient été identifiés dans le pays en 2022. Les ressources en terres rares (principalement des terres rares légères) dans sept gisements majeurs sont estimées à environ un milliard de tonnes contenant 3,6 millions de tonnes d'oxydes de terres rares équivalents[91]. Selon une estimation de 2009 de l'United States Geological Survey, la Mongolie détiendrait 31 millions de tonnes de réserves d'éléments de terres rares, ce qui en ferait le deuxième détenteur mondial après la Chine[107]. Selon le ministère allemand des Affaires économiques et de la Protection du climat, la Mongolie compte plus de 280 minéralisations de terres rares recensées en 2021, mais seulement trois explorateurs actifs se consacrent à ces gisements. L'Institut fédéral allemand des géosciences et des ressources naturelles (de), en collaboration avec l'Autorité mongole des ressources minérales et pétrolières, a caractérisé quatre autres gisements d'importance économique potentielle, dont deux gisements carbonatés (Mushgai Khudag et Lugiin Gol) et deux gisements peralcalins (Ulaan del et Tsagaan Chuluut)[108].

En juin 2023, les gouvernements de la Mongolie, des États-Unis et de la Corée du Sud ont lancé un premier dialogue trilatéral sur les minéraux critiques à Oulan-Bator, visant à renforcer l'échange d'informations et la collaboration sur les chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques[62]. En novembre 2023, la Mongolie et la Corée du Sud ont créé un comité conjoint sur la coopération en matière d'approvisionnement en métaux rares et autres minéraux critiques, avec le projet d'établissement d'un centre commun de partenariats sur les métaux rares[109].

Le projet Khotgor, situé dans le Gobi du Sud (province d'Ömnögovi), constitue le gisement de terres rares le plus avancé du pays. Une estimation des ressources minérales réalisée en 2023 a délimité une ressource de deux millions de tonnes avec des teneurs moyennes en néodyme et praséodyme de 20 % en oxydes de terres rares[108]. En février 2024, l'entreprise australienne Parabellum Resources a cédé 80 % du projet à la société britannique Temarise pour 15 millions de dollars américains[110]. Le gisement se caractérise par un corps vertical cylindrique à forte plongée vers le nord, hébergé dans des syénites néphélines d'âge jurassique[111].

Le projet Khalzan Buregtei, situé dans l'ouest du pays (province de Khovd), représente le deuxième projet en développement. Il est actuellement détenu par la Mongolian National Rare Earth Corporation (MNREC), filiale de la Trade and Development Bank (en)[108]. Ce gisement est riche en terres rares lourdes, notamment en dysprosium et en terbium, et figure parmi les six gisements de terres rares enregistrés auprès du Fonds des ressources minérales de Mongolie, représentant environ 50 % du total des réserves nationales. En 2024, la MNREC a achevé une étude de préfaisabilité conforme à la norme NI 43-101, validant le concept d'une mine avec une durée de vie de production dépassant 30 ans, incluant des installations de traitement primaire[112]. En juillet 2025, le cabinet de conseil et d'ingénierie Wood a été mandaté pour réaliser l'étude de faisabilité définitive du projet[113].

La Mongolie ne dispose d'aucune installation de traitement des terres rares sur son territoire en 2025, ce qui implique que tout minerai extrait devrait être exporté, probablement vers la Chine pour traitement[108]. Les contraintes logistiques constituent un défi supplémentaire, le pays étant enclavé entre la Russie et la Chine, ce qui limite les options d'exportation. En mars 2024, le Premier ministre Luvsannamsrai Oyun-Erdene a évoqué le recours au transport aérien comme alternative au transport terrestre via la Chine pour l'exportation de minéraux critiques[114]. La MNREC envisage de produire un oxyde ou carbonate mixte de terres rares à 90 % de pureté plutôt qu'un simple concentré, afin d'augmenter la valeur du produit final et de faciliter son transport, avec une production estimée entre 15 000 et 20 000 tonnes par an[115].

Mineurs ninjas

Un mineur ninja (en) en 2009 mettant une paillette d'or dans un flacon de pilules.

Depuis les années 1990 et plus spécifiquement le milieu des années 2000, la Mongolie connaît un développement important de l'exploitation minière clandestine, souvent qualifiée de « ruée vers l'or des temps modernes ». Ce secteur informel occupe une place prépondérante dans l'économie locale, certaines estimations évaluant le nombre de travailleurs concernés à près de 100 000 personnes[116],[117]. Au total, cette activité ferait vivre environ 300 000 individus. Les travailleurs de ce secteur sont surnommés les « mineurs ninjas (en) » ou simplement « ninjas ». L'origine de ce terme est attribuée à la fois à leur mobilité et à leur capacité à échapper aux autorités[116], mais aussi en raison du baquet en plastique vert qu'ils portent sur le dos semblables à la carapace des Tortues Ninja[117].

Le profil sociologique de ces mineurs a évolué au fil du temps. Initialement, il s'agissait surtout de travailleurs du secteur minier se retrouvant au chômage à la suite de l'effondrement des activités d'exploration et d'extraction de l'État. Par la suite, la majorité des effectifs a été constituée d'éleveurs et de bergers victimes d'hivers rigoureux ayant décimé leur bétail, les contraignant à délaisser leur mode de vie semi-nomade. La précarité et la nécessité économique poussent également des jeunes sans emploi et des habitants de la capitale, Oulan-Bator, à rejoindre ces sites, attirés par des revenus potentiels jugés bien supérieurs à ceux de la vie urbaine[117]. La ville de Zaamar (en) est citée comme un exemple de localité devenue dépendante de ces activités[116]. La production annuelle d'or issue de cette filière est estimée à 7,5 tonnes, un volume significatif puisqu'il équivaut à la production combinée de toutes les compagnies minières officielles, représentant ainsi environ la moitié de la production aurifère totale du pays. Bien que cette activité ait indirectement facilité le passage du pays à une économie de marché, elle génère des tensions avec les compagnies minières formelles qui détiennent souvent les permis d'exploration des zones sur lesquelles les « ninjas » empiètent[117].

Des mineurs probablement ninjas (en), en activité dans l'ancienne mine de charbon de Nalaikh (en) fermée en 1990.

Les conditions de travail dans ce secteur sont décrites comme extrêmement dangereuses. L'activité, qui se déroule parfois dans des tunnels profonds et implique l'utilisation de mercure sans équipement de protection adéquat, expose les mineurs à des risques sévères pour leur santé et leur sécurité. Le travail des enfants est une préoccupation majeure relevée par l'Organisation internationale du travail. Ils seraient soumis à des cadences difficiles, travaillant dès 5 heures du matin et portant de lourdes charges. De plus, l'impact écologique de cette extraction est sévère, laissant des cicatrices visibles sur l'environnement[117]. Les mineurs, arguant de leur situation de fuite, considèrent souvent que le problème environnemental n'est pas le leur[116].

Concernant la réponse des autorités face à ce phénomène, il est rapporté que des responsables gouvernementaux, tels que l'ancien ministre Dashdorj Zorigt, ont parfois choisi de ne pas commenter publiquement le sujet, laissant place à des affrontements et des extorsions[116]. D'autre part, le gouvernement mongol préparerait un texte de loi visant à réglementer les activités minières informelles qui obligerait les mineurs à s'organiser en groupes, à payer des impôts et interdirait le travail des enfants de moins de 18 ans. Des organisations comme la MONEF (Fédération des employeurs mongols) et l'Association minière nationale de Mongolie (MNMA) sont impliquées dans les efforts d'intégration et d'éducation liés à ce secteur[117].

Impacts environnementaux

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI