Industrie minière au Vietnam
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L'industrie minière au Vietnam plonge ses racines dans la plus haute Antiquité, avec des preuves d'extraction et de métallurgie du cuivre, de l'étain et de l'or dès l'âge du bronze. Des cultures anciennes, comme celle de Đồng Đậu (en), développent des techniques sophistiquées de fonderie, comme en témoignent les nombreux moules découverts. Cette activité ne cesse de se développer au fil des siècles, devenant un pilier économique crucial sous les dynasties Lê et Nguyễn, avec l'exploitation à grande échelle de métaux tels que l'or, l'argent et le cuivre, souvent réalisée par des dizaines de milliers de mineurs, dont une forte proportion de Chinois.
La période coloniale française de 1887 à 1954 marque un tournant important avec une exploitation systématique des ressources pour l'exportation. Les Français identifient et mettent en valeur d'importants gisements, en particulier le charbon dans le bassin de Quảng Ninh, qui devient la principale activité minière et une source majeure de profits. Cette ère voit la création de grandes compagnies charbonnières et la construction d'infrastructures industrielles, mais elle repose sur des conditions de travail extrêmement dures pour la main-d'œuvre locale. Après l'indépendance, la république démocratique du Vietnam, avec l'aide de l'Union Soviétique et de la Chine, restaure et modernise le secteur, avant que la réunification (en) en 1976 n'ouvre la voie à la découverte de nouveaux gisements dans le Sud, notamment de pétrole et de bauxite.
L'industrie minière vietnamienne est aujourd'hui un acteur économique national majeur, dominé par des entreprises d'État comme Vinacomin et PetroVietnam. Le pays dispose d'un sous-sol très diversifié, se classant parmi les premiers producteurs mondiaux de tungstène et détenant d'importantes réserves de bauxite et de terres rares. La production actuelle inclut du charbon, du pétrole, des minerais métalliques et des pierres précieuses. Cependant, le secteur est confronté à des défis de taille, comme l'épuisement des gisements d'hydrocarbures, la nécessité d'importer pour couvrir la demande interne, les impacts environnementaux et la volonté de monter en gamme dans la transformation des minerais critiques pour s'insérer dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Époque ancienne
L'exploitation minière au Vietnam commence dès l'âge du bronze, avec l'extraction du cuivre, du zinc, de l'étain et de l'or[1],[2]. À l'époque de la culture de Đồng Đậu (en) dans la vallée du fleuve Rouge, le cuivre est extrait de plusieurs sites miniers dans l'actuel district de Đông Sơn, ainsi qu'à Da Chong et Yen Cu dans la province de Hòa Bình[3]. Il existe des preuves d'anciennes mines d'or dans le Vietnam central, à Khâm Đức (vi), où des villageois locaux signalent la présence d'anciens puits. Cette zone est reliée par la rivière aux sites protohistoriques de Gò Mã Vôi et Gò Mun, situés à soixante-cinq kilomètres au sud-ouest. Cependant, la majeure partie de l'or durant les périodes préhistorique et historique ancienne provient incontestablement du lavage des sédiments alluvionnaires. Cette technique, qui ne requiert qu'un faible investissement en équipement et aucune technologie spécialisée, n'a laissé aucune trace archéologique discernable. L'analyse d'une gemme pillée à Gò Mun révèle une teneur en or de 94% et en argent de 5%, indiquant qu'elle est fabriquée à partir d'or alluvionnaire naturel. Un des premiers récits concernant le royaume pré-angkorien de Fou-nan, rapporté par des émissaires chinois de la dynastie Jin (265-420), indique que ce royaume impose une taxe sur l'or, suggérant que le métal est facilement disponible, même s'il n'est pas forcément produit localement. Un autre texte chinois, le Livre de Qi du Sud, décrit les habitants de Fou-nan comme fabriquant des anneaux et des bracelets en or[4].
Le plus ancien moules de coulée découvert au Vietnam provient du site de Gom Mountain et est associé à une datation au carbone 14 de 3950±250 années non calibrées avant le présent. De grands nombres de moules de coulée en grès sont également mis au jour sur les sites de Đồng Đậu et de Thanh Den. Les fouilles de ce dernier site, dans la province de Vĩnh Phúc, livrent ainsi soixante moules, la plus grande concentration connue dans la région du fleuve Rouge., ce qui amène les chercheurs à conclure que Thanh Den constituait le principal centre métallurgique de cette région au début de l'âge du bronze. Ces moules, fabriqués en grès et en terre cuite, servaient à produire des pointes de flèches, des lances à douille, des haches, des ciseaux et des hameçons. Les analyses élémentaires des artefacts métalliques révèlent une sophistication croissante des alliages. Les premiers bronzes sont des alliages de cuivre et d'étain. Durant les phases plus anciennes, comme les cultures de Đồng Đậu et de Gò Mun (en), quatre alliages de base sont identifiés : le cuivre et l'arsenic, le cuivre et l'étain, le cuivre et l'antimoine, et le cuivre, l'étain et l'antimoine. La période Dong Son voit l'utilisation de cuivre pur ainsi que de onze alliages de bronze différents, combinant le cuivre avec l'étain, l'arsenic et le plomb[3]. Au site d'Óc Eo dans le delta du Mékong, l'analyse d'un lingot d'or de sept grammes montre qu'il contient 19% d'argent et 5% de cuivre, ce qui suggère une pratique d'alliage intentionnel avant la fabrication de l'objet[4]. L'activité minière s'intensifie probablement à partir du Ier siècle avant J.-C. avec l'exploitation de l'argent, du fer et de ressources non-métalliques comme le kaolin[1],[2].
À partir du XVIIIe siècle, dans les hautes terres du Nord du Vietnam, l'industrie minière devient un pilier économique crucial, stimulée par le développement minier au Yunnan voisin et les politiques ouvertes de l'État Lê-Trịnh, qui, après le retrait des compagnies commerciales européennes, cherche de nouvelles sources de revenus. En 1760, la cour instaure une politique incitative, confiant l'exploitation à des fonctionnaires utilisant des capitaux privés et accordant des exemptions fiscales initiales. Des dizaines de mines sont actives, produisant de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, du zinc, du plomb et de l'étain. La main-d'œuvre, massive, compte des dizaines de milliers de travailleurs, incluant une très forte proportion de mineurs chinois - plus de cent mille pour la seule mine de cuivre de Tụ Long. Un réseau commercial dense s'établit pour approvisionner ces centres en denrées et matériaux, provenant majoritairement du delta du fleuve Rouge et de Chine, générant d'importants revenus douaniers[5].
Au début du XIXe siècle, la cour Nguyễn, sous les empereurs Gia Long puis Minh Mạng, alterne entre un contrôle strict, incluant l'interdiction du commerce privé de métaux, et des exemptions fiscales pour les mines en difficulté. Cette période de relative stabilité voit le nombre de mines exploitées se maintenir autour de la soixantaine. Un tournant intervient dans les années 1830 avec la politique centralisatrice et fiscale agressive de l'empereur Minh Mạng. Il impose aux mines d'or de vendre une partie de leur production à l'État à un prix très en dessous du marché, provoquant la fermeture de nombreuses exploitations. Ce resserrement du contrôle, motivé par des soupçons de fraude et une volonté de marginaliser les pouvoirs locaux, déclenche la révolte de Nông Văn Vân (en) (1833-1835), rassemblant chefs tribaux locaux et mineurs chinois, qui exploite les réseaux transfrontaliers pour défier le pouvoir impérial. Bien que cette révolte soit réprimée, la tentative de Minh Mạng de gérer directement les mines se solde par un échec financier, le contraignant à restaurer le système de concessions. Finalement, en 1851, la politique de « remplacement des chefs tribaux par des fonctionnaires circulants » est aussi remise en cause, reconnaissant l'échec de la centralisation face aux réalités locales et frontalières[5].
Période coloniale française (1887-1954)

Après l'occupation française de la région en 1884[1], le gouvernement français, sous l'impulsion du gouverneur général Paul Doumer et de ses successeurs, détermine une politique économique axée sur l'extraction des richesses naturelles pour l'exportation directe au bénéfice de la métropole[6]. Les produits miniers constitueront 6,6 % de la valeur totale des expéditions de la colonie en 1930, contre 1 % en 1900[7]. Le droit minier repose sur le principe de la « mine à l'inventeur ». Toute personne autorisée par l'administration locale peut obtenir un permis de recherche sur un carré de 3 km de côté, moyennant 300 francs. Si le gisement est confirmé, la concession devient perpétuelle, assortie d’une redevance fixe (6 francs par hectare et par an) et proportionnelle (2 % de la valeur extraite)[8].
Malgré la topographie accidentée, la végétation et l'absence de routes, les Français découvrent et commencent à exploiter de vastes ressources minérales natives dès leur implantation, s'appuyant sur les anciens « trous » chinois[9]. En effectuant des explorations et des travaux miniers extensifs, ils mettent au jour d'importants gisements, en particulier ceux de charbon à Quảng Yên dans la province du Tonkin. Ils extraient également du zinc, de l'étain, de l'argent, du plomb et des phosphates dans cette même région. D'autres gisements dispersés fournissent de la wolframite, du minerai de fer, du sel et du calcaire. La province annamite de Song-wan et la vallée de Nui-Kem révèlent également la présence d'or. Cette diversité de ressources minières transforme l'Indochine en un territoire stratégique pour l'approvisionnement de la France[10]. Au début du XXe siècle, le chromite, l'antimoine, l'apatite et le talc sont également exploités[1].

Dès 1865, les Chinois exploitaient les sites de charbon de la baie d'Along et de nombreux officiers de navires de guerre signalaient systématiquement l'existence de charbons à Hon-Gay et l'importance exceptionnelle de cette région pour le ravitaillement des navires. Deux missions d'ingénieurs des mines français en 1881 et 1885 étudient le bassin houiller et réunissent les premiers documents sur les richesses minières du Tonkin. Après de longues négociations avec le gouvernement annamite et le représentant du gouvernement français à Hanoï, la Société française des charbonnages du Tonkin se constitue et acquiert la concession de Hon-Gay le [11]. La production de charbon au Tonkin et en Annam connaît une croissance uniforme à partir de 1904 qui se maintient jusqu'en 1910, moment où elle commence à augmenter de manière exponentielle[10] au point que l'on parle de « ruée du charbon »[12]. Dans le nord du Tonkin, la région de Hon-Gay emploie 5 000 travailleurs tonkinois et produit près de 300 000 tonnes de charbon par an. Près de Tourane, une autre mine de charbon produit environ 20 000 tonnes annuellement. Les chiffres illustrent cette explosion : en 1913, les Français extraient 501 000 tonnes de charbon ; ce chiffre quadruple pour atteindre 2 308 000 tonnes en 1937[10]. La houille est alors la première activité minière de l'Indochine et, après le riz, le principal produit d'exportation. Les sociétés de charbonnage françaises possèdent leurs propres installations portuaires, leur chemin de fer, leur centrale électrique, mais utilisent une technique rudimentaire où l'extraction s'effectue presque entièrement à la main[11]. Le Tonkin devient l'un des plus grands exportateurs de charbon au monde. Cela attire des dizaines de milliers de travailleurs et apporte d'énormes profits aux investisseurs[12]. Entre 1912 et 1932, la Société des charbonnages de Dong-Trieu s'impose comme la deuxième plus importante entreprise charbonnière de l'empire colonial français, tant par sa production que par son nombre d'employés et ses profits. Elle est cependant accusée de polluer les eaux d'alimentation de Haïphong et d'être la principale responsable de la déforestation d'une réserve forestière du Tonkin[13].
L'industrie minière repose fondamentalement sur une main-d'œuvre indigène[10] avec des conditions extrêmement dures[6]. La journée de travail peut durer jusqu'à quatorze heures, aucune législation sociale ne protège les mineurs en cas d'absence, de maladie ou d'accident, et ils sont entassés dans des paillotes sous-louées par des recruteurs, les cais, dans des conditions d'hygiène déplorables. L'ambiance est décrite comme « quasi féodal » où la Société des charbonnages du Tonkin possède tout : les champs, les bois, les maisons, les routes, et jusqu'aux entrailles de la terre[11]. Ces faits sont dénoncés au sein de la Chambre des députés à Paris mais malgré l'adoption d'une timide législation sociale à la fin des années 1920, celle-ci ne fait l'objet d'aucune application rigoureuse[6]. À partir de 1931, des mesures sanitaires sont mises en place, des bâtiments en dur pour les travailleurs sont construits et l'intermédiaire des cais dans les contrats de travail est éliminé[11]. En 1939, 85 000 personnes travaillent dans les mines de charbon, ce qui représente 31 % de l'emploi industriel et des plantations de l'Indochine[11].

En parallèle au charbon, le zinc est exploité au Tonkin par la Compagnie minière et métallurgique de l'Indochine, fondée en 1919, dont la production de minerais marchands passe de 4 076 tonnes en 1921 à près de 40 000 tonnes en 1926. Pour transformer le minerai, la compagnie construit à Quảng Yên la première fonderie de zinc d'Asie, opérationnelle à partir de 1924. Sa production métallurgique culmine à 4 447 tonnes de zinc en 1938. L'entreprise connaît une prospérité financière durant les années 1920, distribuant des dividendes dès 1923. Cependant, la Grande Dépression entraîne un effondrement des cours du zinc, provoquant une réduction drastique de l'activité, des pertes financières et le recours à des primes gouvernementales à partir de 1935 pour retrouver un équilibre[14],[9]. L'extraction de l'étain commence en 1906 à Tinh-Tuc[15] et atteint 332 tonnes de métal en 1926[16]. Des gisements importants de fer sont connus près de Thái Nguyên dont l'exploitation est rendue possible par le canal du Sông Cầu (vi) mais empêchée par la question commerciale des débouchés qui reste un obstacle majeur[17].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'exportation des ressources de l'Indochine se dirige intégralement vers le Japon. Parallèlement, une industrie locale des minéraux industriels se développe, produisant du ciment et des matériaux de construction[1]. Après la guerre, la production de charbon chute brutalement avec 378 400 tonnes en 1949 contre 2,3 millions de tonnes en 1938. Les causes incluent la pénurie de main-d'œuvre spécialisée, les opérations militaires de la guerre d'Indochine, les inondations causées par des typhons et les retards de livraison de matériel. Des travaux de modernisation des mines de Hon-Gay et de reconstruction de Đông Triều laissent espérer la Société des charbonnages du Tonkin qui prévoit une production de plus de 600 000 tonnes en 1950[11].
Depuis l'indépendance (1954)
Après l'indépendance en 1954, la république démocratique du Vietnam au Nord mène une exploration vigoureuse et restaure son industrie minière avec l'assistance de l'Union Soviétique et de la Chine. Cette collaboration permet la restauration de mines de charbon à Hon Gay, des mines de phosphate à Lào Cai et de l'usine de ciment de Haïphong. La construction de l'aciérie de Thái Nguyên et le début de la production de minerai de fer constituent des développements significatifs[1]. Après la réunification (en) du pays en 1976, les géologues vietnamiens poursuivent seuls l'exploration, ce qui mène à la découverte d'importants gisements dans le sud, comme la bauxite et les sables minéraux. Une collaboration soviétique dans l'exploration pétrolière (en) conduit à la découverte de pétrole en 1987 sur le champ de Bạch Hổ, et une raffinerie près d'Hô Chi Minh-Ville entre en service en 1988[1].

L'exploitation des gemmes commence véritablement en 1988, avec l'établissement d'une société d'État chargée de l'investigation, de l'exploitation minière et du commerce des matériaux gemmes. Cette initiative fait suite à la découverte de rubis de haute qualité dans le nord du pays, notamment dans les zones de Lục Yên (en) et de Yên Bái. Les gisements, souvent alluvionnaires, sont initialement récupérés par des agriculteurs lors de leurs activités routinières, déclenchant une exploitation parfois illégale. Dans le sud du pays, des gisements de saphirs sont aussi identifiés, comme dans les régions de Đắk Nông et de Bình Thuận. Au-delà du corindon (rubis et saphir), l'industrie exploite d'autres pierres précieuses. Des découvertes d'aigues-marines et de topazes dans la région de Xuan Le mènent à leur exploitation. La tourmaline, le spinelle et le zircon sont également récupérés dans divers placers. Le péridot est collecté dans des xénolithes au sein de coulées basaltiques. D'autres gemmes comme le quartz, la jadéite et l'agate sont identifiées en différents endroits du pays[18].

À l'époque contemporaine, l'industrie minière vietnamienne présente un paysage contrasté. La production actuelle inclut environ 3,5 millions de tonnes de pétrole brut par an, 10,7 millions de tonnes de charbon, 3,5 millions de tonnes de chromite, 300 000 tonnes de phosphates, 3 000 tonnes de cassitérite, environ 1 000 kg d'or, ainsi que du graphite, du kaolin et de nombreux autres minéraux. Malgré cette richesse, le secteur minier reste sous-développé en comparaison du potentiel du pays. Cependant, la situation évolue avec l'implication croissante de compagnies étrangères qui participent désormais à la prospection et, plus rarement, à l'exploitation de minerais destinés à l'exportation. Plusieurs compagnies étrangères (telles que BP et Total) sont engagées dans l'exploration pétrolière, tandis que des compagnies principalement australiennes (comme BHP) prospectent les ressources minérales[1],[2]. En 2022, la valeur de la production du secteur minier représente 2,8 % du produit intérieur brut nominal (lequel s'élève à 409 milliards de dollars américains) et emploie 196 000 personnes. Le pays se classe notamment comme le deuxième producteur mondial de tungstène (avec 5,7 % de la production mondiale), le troisième producteur de ciment (2,9 %), le cinquième producteur de spath fluor (2,7 %) et le sixième producteur de terres rares (1,4 %). Il détient également des parts significatives des réserves mondiales, détenant 17 % des réserves de terres rares et 19 % des réserves de bauxite. Les entreprises d'État (comme Vinacomin[19]) dominent la production de charbon avec 99 % de parts[20].
Le gouvernement vietnamien continue de soutenir le secteur minier, qui demeure un pilier de l'économie nationale en termes de contribution aux revenus. Cela cause cependant des défis structurels pour le pays, incluant la « malédiction des ressources », la volatilité économique, et la nécessité d'une plus grande diversité économique[21]. En 2025, l'Administration de la géologie et des minéraux du Vietnam (vi) annonce la découverte de 40 gisements d'or de trente tonnes de réserve au total, principalement dans les zones montagneuses du nord et quelques uns dans la région centrale. D'autres gisements d'argent, de cuivre et d'antimoine sont également identifiés[22].
Minerais et ressources
Pétrole et gaz naturel

L'ensemble de la filière est dominé par l'entreprise d'État PetroVietnam[23],[24]. Le pays dispose de réserves prouvées de pétrole s'élevant à 4,4 milliards de barils et de réserves de gaz naturel estimées à 600 milliards de m³, ce qui le place au premier rang en Asie du Sud-Est pour le pétrole et au troisième pour le gaz[24]. Malgré cela, il connaît une baisse constante de sa production nationale de pétrole. En 2024, la production de pétrole brut a chuté d'environ 6 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre environ 8,1 millions de tonnes[25]. Cette tendance est attribuée à l'épuisement des gisements offshore matures, tels que le champ de Bạch Hổ dans le bassin de Cuu Long (vi), qui ne produit plus qu'une fraction de son pic historique[25],[26]. Cette baisse se reflète dans l'indice de la production industrielle (en), qui a enregistré une baisse de 8,4 % en glissement annuel pour l'extraction de pétrole et de gaz en [27]. La production de gaz naturel suit une trajectoire similaire. Pour l'année 2024, elle est estimée à 6,32 milliards de mètres cubes, soit une baisse de 12,4 % par rapport à 2023[28]. Les champs gaziers vieillissants peinent à répondre à la demande, créant un déficit structurel, notamment pour la production d'électricité. Pour 2025, les approvisionnements en gaz pour les centrales du sud-est du pays ne devraient couvrir qu'un quart à un tiers de leurs besoins[29].
Une évolution majeure de l'industrie a été la transition du Vietnam d'exportateur net à importateur net de pétrole brut. Bien que le pays exporte une partie de son pétrole brut de haute qualité (notamment vers la Thaïlande et l'Australie), la valeur de ses importations a considérablement dépassé celle de ses exportations[26],[25]. En 2024, le Vietnam a importé pour 8,1 milliards de dollars américains de pétrole brut, soit une augmentation de 5 % par rapport à 2023. Le principal fournisseur est de très loin le Koweït, qui a représenté 86,2 % des importations (6,99 milliards de dollars), principalement pour approvisionner la raffinerie de Nghi Sơn (en), conçue pour traiter un mélange de brut koweïtien. D'autres fournisseurs notables incluent l'Azerbaïdjan (5,4 %) et le Nigeria (5,3 %). Dans le même temps, les exportations de pétrole brut ont chuté, tombant à environ 1,7 milliard de dollars en 2024[25]. Pour le gaz naturel, le Vietnam a commencé à importer du gaz naturel liquéfié (GNL) en 2023 pour combler le déficit croissant de la production nationale. La société PV Gas (vi), une filiale de PetroVietnam, a été la première à importer du GNL via le terminal de Thị Vải (en), d'une capacité de 1 million de tonnes par an[26],[29].
Charbon
La filière est dominée par l'entreprise d'État Vinacomin, qui pilote la majorité des activités d'extraction, de traitement et de commercialisation[30]. Sur les huit premiers mois de 2025, la production nationale a atteint 31,59 millions de tonnes, en hausse de 3,9 % par rapport à la même période de 2024[31]. Le bassin houiller de Quảng Ninh, dans le nord-est du pays, concentre l'essentiel des réserves et de l'activité d'extraction[32]. Pour l'année 2025, Vinacomin vise une production de plus de 38 millions de tonnes de charbon brut[30]. Afin de maintenir et de développer les capacités de production, l'entreprise a inauguré en plusieurs projets miniers stratégiques, dont l'extension de la mine souterraine de Ha Rang, d'une capacité prévue de 900 000 tonnes par an[32]. L'objectif de vente total de Vinacomin pour 2025 est fixé à 50 millions de tonnes, générant un chiffre d'affaires prévisionnel de 172,8 billions de dongs (soit environ 6,78 milliards de dollars américains)[30].

Malgré une production nationale soutenue, la demande vietnamienne en charbon dépasse l'offre locale, ce qui contraint le pays à recourir aux importations. Pour l'année 2025, Vinacomin prévoit d'importer 13,2 millions de tonnes de charbon[30]. Une partie de ces importations provient du Laos, avec lequel un accord a été conclu pour l'importation de 5 millions de tonnes par an sur une durée de 10 ans à partir de 2025. Pour faciliter la logistique, le groupe a proposé un projet d'entrepôt et de traitement du charbon d'un coût de 800 milliards de dongs (environ 30,32 millions de dollars) dans la zone économique du sud-est de Quảng Trị[33].
Vinacomin mène une politique de modernisation de ses activités, avec un accent sur la mécanisation et la transformation numérique pour améliorer la productivité, la sécurité et réduire son impact environnemental. Des technologies de pointe, comme des rabots mécanisés pour l'exploitation en longue taille et des systèmes de convoyage automatisés, sont déployées. En 2024, la production mécanisée représentait 13,41 % de la production souterraine totale. Le groupe pilote également le modèle de « mine intelligente » et vise à long terme le développement de « mines vertes, propres et avec peu de personnel »[34]. Mais l'exploitation charbonnière reste une activité à haut risque. Un accident mortel survenu en dans une mine de la société Duong Huy (relevant de Vinacomin) dans la province de Quảng Ninh, dû à une fuite de méthane, a coûté la vie à trois ouvriers, ce qui a conduit le gouvernement à ordonner des inspections renforcées et un réexamen des procédures de sécurité[35].
Bauxite
Le Vietnam détiendrait les troisièmes plus grandes réserves de bauxite au monde, derrière la Guinée et l'Australie[36],[37]. L'immense majorité de ces ressources se situe dans les hauts plateaux du centre, la province de Đắk Nông étant particulièrement riche[38]. Historiquement, la production vietnamienne de bauxite est restée modeste, avec environ 30 000 tonnes extraites par an au début du 21e siècle, et ce malgré l'immensité des réserves[36]. Le gouvernement a approuvé un plan directeur pour développer la filière en 2007, confiant sa mise en œuvre au groupe public Vinacomin[39]
Les deux complexes majeurs actuellement en activité sont le complexe de Tân Rai (vi) dans la province de Lâm Đồng et le projet de Nhân Cơ (vi) dans la province de Đắk Nông, construits pour produire ensemble 600 000 tonnes d'alumine par an[39]. Pour la période 2024-2025, la production d'aluminium est estimée à environ 1,5 million de tonnes par an[40]. En 2023, le ministère de l'Industrie et du Commerce (vi) a annoncé son intention d'établir trois nouveaux sites d'extraction d'ici 2030 : un dans la province de Lạng Sơn et deux dans la province de Cao Bằng, avec une capacité combinée prévue entre 1,55 et 2,25 millions de tonnes de minerai par an. Parallèlement, le gouvernement étudie la possibilité d'extraire 6,8 à 11,2 millions de tonnes de bauxite annuellement dans quatre provinces des hauts plateaux du centre[38]. Quatre nouvelles usines d'exploitation et de traitement sont également prévues dans la province de Đắk Nông, représentant un investissement en capital d'environ 8 milliards de dollars américains[41]. L'exploitation de la bauxite est présentée par les autorités comme « une politique majeure du parti et de l'État »[42]. Ces projets ont rencontré une forte opposition de la part de scientifiques, d'environnementalistes et d'une partie de la population[43] en raison des déchets toxiques de boue rouge générés par le raffinage de la bauxite et des menaces pesant sur les forêts et les terres agricoles, notamment les cultures de café et de thé. Le général Võ Nguyên Giáp s'était notamment fait l'écho de ces craintes, rappelant qu'une étude des années 1980 conseillait déjà de ne pas exploiter la bauxite en raison des dégâts écologiques sévères[44].
Terres rares
Le Vietnam dispose d'un potentiel significatif dans le secteur des terres rares, avec des réserves estimées à 3,5 millions de tonnes d'oxydes de terres rares, le classant au sixième rang mondial selon les estimations les plus récentes revues à la baisse. Malgré cette richesse géologique, la production nationale est restée jusqu'à présent très modeste, avec seulement 300 tonnes de terres rares produites en 2024, représentant moins de 1 % de la production mondiale[45]. Les gisements se situent principalement dans les hauts plateaux du nord-ouest. Le projet le plus avancé est la mine de Đông Pao (en), dans la province de Lai Châu, un gisement de bastnaésite riche en terres rares légères. Après une décennie d'inactivité, le gouvernement vietnamien a relancé les appels d'offres pour des concessions minières sur ce site. Un partenariat entre la société australienne Blackstone Minerals et la société d'État Vietnam Rare Earth vise à obtenir les droits d'exploitation et à construire une usine de séparation. D'autres gisements notables incluent Nam Xe (Lai Châu) et Yen Phu (Yên Bái), ce dernier ayant été affecté par des activités d'extraction illégales. Le gouvernement a fixé un objectif de production ambitieux de 60 000 tonnes d'oxydes de terres rares par an d'ici 2030[46]. Pour y parvenir, il s'appuie sur une nouvelle Loi sur la géologie et les minéraux de 2024, qui doit entrer en vigueur en 2025 et qui classe les terres rares comme des minéraux stratégiques du Groupe I, soumettant leur exploitation à une planification sectorielle nationale stricte. Elle encourage également les investissements étrangers, le transfert de technologies et l'adoption de pratiques minières durables[47].
En , à l'occasion d'un sommet, le Vietnam et la Corée du Sud se sont mis d'accord pour renforcer leur coopération dans la chaîne d'approvisionnement en minéraux critiques. Cet accord prévoit de combiner les ressources vietnamiennes avec la technologie sud-coréenne via un centre spécialisé qui sera établi. Des entreprises comme LS Cable & System travaillent déjà au développement d'infrastructures pour l'extraction et le raffinage des terres rares au Vietnam[48]. Par ailleurs, des accords commerciaux ont été signés avec des sociétés occidentales, comme Australian Strategic Materials, pour l'achat d'oxydes de terres rares traités, et avec des constructeurs de véhicules électriques, dont Rivian, pour des contrats d'approvisionnement futurs[46].
Tungstène
En 2024, le Vietnam est le deuxième producteur mondial de tungstène, derrière la Chine[49]. La mine de Núi Pháo (en) est la plus importante du pays, et même la plus importante au monde en dehors de la Chine, représentant près de 4,2 % de la production mondiale avec environ 3 400 tonnes de production, ce qui place le pays comme un acteur clé dans la diversification des chaînes d'approvisionnement en dehors de la Chine, qui domine le marché[50]. Le complexe minier et métallurgique de Núi Pháo comprend non seulement une mine, mais aussi une raffinerie d'une capacité de 6 500 tonnes par an, produisant des intermédiaires comme le paratungstate d'ammonium[49]. Le pays dispose aussi d'autres gisements, comme celui de Thiên Kế[51].
La position du Vietnam sur le marché mondial du tungstène s'est renforcée dans un contexte de tensions commerciales et de restrictions à l'exportation imposées par la Chine depuis [52]. En 2024, le tungstène vietnamien représentait environ 22 % des importations américaines et 8 % des importations européennes de ce minerai critique. L'importance stratégique de Núi Pháo est devenue un enjeu géopolitique à l'été 2025, des sources faisant état de l'inquiétude de diplomates occidentaux quant à un éventuel rachat du complexe par des intérêts chinois, ce qui pourrait consolider le contrôle de Pékin sur les approvisionnements mondiaux[49]. L'acteur dominant est Masan High-Tech Materials, une filiale du conglomérat privé Masan Group, qui exploite la mine de Núi Pháo[53]. La société est reconnue comme une « entreprise high-tech » par le ministère de la Science et de la Technologie et maîtrise l'ensemble de la chaîne de traitement[54].
Autres ressources métalliques
Le gisement de fer de Thạch Khê (en), dans la province de Hà Tĩnh, est considéré comme l'un des plus grands d'Asie du Sud-Est, avec des réserves estimées à plus de 500 millions de tonnes[55]. En 2024, la production nationale de minerai de fer a connu une baisse, avec un indice de production montrant une contraction de 11,2 % sur l'année. L'or est exploité dans plusieurs provinces du pays, notamment à Quảng Nam. Sa valeur sur le marché local est traditionnellement plus élevée que les cours internationaux, ce qui stimule l'exploitation et la recherche. Les gisements d'étain (dont le minerai est la cassitérite) sont principalement situés dans le sud du pays. Les gisements de plomb et de zinc sont principalement localisés dans les régions montagneuses du Nord, telles que les provinces de Cao Bằng et Bắc Kạn[40].
En 2024, l'« extraction d'autres minerais métalliques non ferreux » a enregistré une croissance de 17,0 % en production sur l'année. Le marché national des métaux non ferreux a été évalué à 4,7 milliards de dollars américains en 2024 et devrait poursuivre sa croissance, porté par la demande des industries automobile et électronique (en)[56].
Gemmes
La première découverte significative de rubis de haute qualité à Lục Yên (en) dans la province de Yên Bái en 1987 a déclenché un essor minier, conduit à l'origine par une entreprise d'État, la Vietnam Gemstones Company. Les mines de cette région ne sont plus sous contrôle étatique direct et sont aujourd'hui principalement exploitées par des agriculteurs locaux dans le cadre de petites opérations. Hormis les rubis, on y extrait aussi des saphirs roses et violets, ainsi que des spinelles dans une grande diversité de couleurs, du rouge et du rose au bleu ciel et au bleu électrique[57]. D'autres gemmes comme la tourmaline, la topaze, l'aigue-marine, le péridot et le quartz (améthyste, citrine) sont également présentes sur le marché local de Lục Yên, bien que certaines ne soient pas originaires de la région[58],[57].
Dans le sud-est du Vietnam, les provinces de Đồng Nai, Bà Rịa-Vũng Tàu et Bình Thuận abritent des gisements de saphirs, zircons, grenats et péridots, entre autres, liés géologiquement aux basaltes. Ils font l'objet d'une récolte principalement artisanale, sans exploitation minière commerciale, les pierres brutes étant souvent collectées par les populations locales après les pluies avant d'être vendues à des négociants à Hô Chi Minh-Ville[59].

