Janine Altounian
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Janine Altounian, née le à Paris, est une germaniste, essayiste et traductrice française. Elle a notamment été responsable de l’harmonisation dans l’équipe éditoriale des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse publiées aux Presses universitaires de France.
Janine Altounian naît à Paris, dans une famille d'origine arménienne. Ses parents, rescapés du génocide arménien, sont arrivés en France en 1919. Elle témoigne dans de nombreux ouvrages, articles et conférences de son rapport à son histoire personnelle et familiale, configurée par ce génocide de 1915, perpétré sous le gouvernement des Jeunes-Turcs, dans l’Empire ottoman.
Elle s'est continuellement engagée dans le témoignage d’un tel héritage avec une écriture particulière d'« analysante »[cit 1]. Elle est l'une des membres fondateurs de l'Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides (Aircrige), en 1997.
Janine Altounian est germaniste et traductrice de Freud, dès 1970, collaborant à l'édition des œuvres complètes de Freud qu'a dirigée Jean Laplanche aux Puf.
Survivance, traumatisme et transmission intergénérationnelle
Janine Altounian a investigué, dans une perspective psychanalytique, des questions liées au traumatique dans la transmission transgénérationnelle, en lien avec son expérience de descendante d'une famille de survivants à un crime de masse. La traduction et l'édition critique du journal rédigé par son père, Vahram Altounian, en 1920-1921, pour témoigner de ce qu’il a vécu de 1915 à 1919, est à replacer dans cette perspective.
Autour de cette publication, Janine Altounian mène une réflexion sur la possibilité, pour la deuxième ou troisième génération d'héritiers de survivants d'un massacre de masse, d'en élaborer la transmission traumatique. Elle fait pour cela référence aux théorisations freudiennes.
Le récit de Vahram Altounian et sa traduction

Vahram Altounian est né le à Boursa, ville du nord-ouest de la Turquie d'Asie, à 240 kilomètres de Constantinople, capitale de l'Empire ottoman. Son père, épicier, cultivait des champs de roses dont il extrayait l’huile de rose. Ses deux frères aînés vivent déjà en France au moment du génocide, lorsque Vahram, ses parents et son plus jeune frère, sont victimes des déportations et des exterminations de masse qui visaient la population arménienne de l'Empire ottoman, entre 1915 et 1916. Le [2], Vahram et sa famille sont contraints à une déportation à travers le désert anatolien, jusqu'en Syrie, au cours de laquelle son père est assassiné. Alors qu'il a trouvé refuge en France, à Lyon, Vahram met par écrit ces événements, en , dans une perspective de témoignage[3]. Son récit en langue turque transcrite en alphabet arménien, est intitulé Tout ce que j'ai enduré de 1915 à 1919, et occupe 34 pages d'un cahier reproduit en fac-similé dans l'édition critique de 2009.
C'est en 1978, après la mort de son père, que Janine Altounian apprend par sa mère l'existence de ce journal, et décide de le faire traduire[4]. La traduction, réalisée par Krikor Beledian, écrivain et professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales de Paris, est achevée en 1980. Janine Altounian a fait don de ce Journal à la BnF lors de l'événement enregistré dans la vidéo du lien : Inauguration de l'entrée du "Journal de Vahram Altounian" au Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France - 30 septembre 2022 | Janine Altounien
L'édition du journal de Vahram Altounian et autres écrits
Plusieurs textes de Janine Altounian sur son héritage de survivants arméniens sont publiés par la revue Les Temps modernes, à partir de 1975. J. Altounian a ainsi sollicité Simone de Beauvoir[5] pour que la revue publie son premier texte « Comment peut-on être Arménien ? »[6], en . « Une Arménienne à l'école » paraît en 1977[7] et « À la recherche d'une relation au père, soixante ans après un génocide » en 1978[8].
Le Journal de Vahram est ainsi le quatrième texte publié par les Temps Modernes, en 1982, avec une postface et des notes explicatives[9]. Le regroupement de ces articles des Temps modernes a donné lieu au premier livre de Janine Altounian, « Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie ». Un génocide aux déserts de l’inconscient, en 1990. Cet ouvrage, préfacé par René Kaës, avec les lectures analytiques de livres qu’elle y propose, attire l’attention aussi bien des psychanalystes travaillant sur l’héritage traumatique que des comparatistes étudiant la littérature des catastrophes historiques, Régine Waintrater, Jean-François Chiantaretto, ou Catherine Coquio. En 2009 paraît l'ouvrage collectif, Mémoire du génocide arménien, « co-signé par une vivante et un mort, Janine Altounian et son père Vahram Altounian »[10].
La collaboration à l'édition des Œuvres complètes de Freud (PUF)

En 1970, Janine Altounian, germaniste de formation, devient traductrice de Freud, en rejoignant l’équipe éditoriale dont Jean Laplanche est le directeur scientifique[11]. À partir de 1983, le projet de traduction intégrale, aux PUF, des Œuvres complètes de Freud est engagé, le premier volume, numéroté XIII, paraît en 1989, le vingtième et dernier volume de textes est paru en [12], ainsi qu'un volume XXI d'index en [13].

Dans cette entreprise, qui a réuni André Bourguignon, Pierre Cotet, François Robert et Alain Rauzy, Janine Altounian est plus spécifiquement chargée de « l'harmonisation des traductions »[14], travail qu’en compagnie de Pierre Cotet, elle poursuit par vidéoconférence avec Jean Laplanche, à partir du moment où l’état de santé de celui-ci ne lui permettait plus de venir à Paris, et cela jusqu’à son décès en 2012[15]. Elle publie, en 2003, l'ouvrage, L'écriture de Freud, où elle étudie la langue de cet auteur et les problèmes spécifiques que pose la traduction d’une écriture qui exprime la pensée de phénomènes et processus inconscients.