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La Louvière

ville de Wallonie (Belgique) From Wikipedia, the free encyclopedia

La Louvière (/la lu.vjɛʁ/ ; en wallon : El Lovire) est une ville francophone de Belgique. Elle se situe en Wallonie dans la province de Hainaut. Elle est surnommée la « cité des Loups »[2],[3],[Note 1].

Faits en bref Administration, Pays ...
La Louvière
De haut en bas, de gauche à droite : la Louve vu depuis la place de la Louve, le canal du Centre, l'ascenseur de Strépy-Thieu et le Bois-du-Luc.
Blason de La Louvière
Héraldique
Image illustrative de l’article La Louvière
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Arrondissement La Louvière[1]
Bourgmestre Jacques Gobert (PS)
Majorité PS - MR
Sièges
PS
PTB
MR
Les Engagés & Alt.
43
18
8
8
9
Section Code postal
La Louvière
Haine-Saint-Paul
Haine-Saint-Pierre
Saint-Vaast
Trivières
Boussoit
Houdeng-Aimeries
Houdeng-Gœgnies
Maurage
Strépy-Bracquegnies
Besonrieux
7100
7100
7100
7100
7100
7110
7110
7110
7110
7110
7100
Code INS 58001
Zone téléphonique 064
Démographie
Gentilé Louviérois(e)
Population
– Hommes
– Femmes
Densité
81 751 (2026)
48,79 %
51,21 %
1 266,28 hab./km2
Pyramide des âges
– 0–17 ans
– 18–64 ans
– 65 ans et +
()
20,35 %
59,46 %
20,18 %
Étrangers 16,92 % ()
Taux de chômage 21,85 % (2022)
Revenu annuel moyen 16 237 €/hab. (2021)
Géographie
Coordonnées 50° 28′ 45,19″ nord, 4° 11′ 09,53″ est
Superficie
– Terr. non-bâtis
– Terrains bâtis
– Divers
64,56 km2 (2023)
51,94 %
20,26 %
27,8 %
Localisation
Localisation de La Louvière
Situation de La Louvière dans l'arrondissement de La Louvière et la province de Hainaut
Géolocalisation sur la carte : Belgique
Voir sur la carte topographique de Belgique
La Louvière
Géolocalisation sur la carte : Belgique
Voir sur la carte administrative de Belgique
La Louvière
Géolocalisation sur la carte : Région wallonne
Voir sur la carte administrative de la Région wallonne
La Louvière
Géolocalisation sur la carte : Hainaut
Voir sur la carte administrative du Hainaut
La Louvière
Liens
Site officiel lalouviere.be
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La ville de La Louvière a été érigée par la séparation de la commune de Saint-Vaast, officiellement signée et décidée par la loi du . La Louvière est fille de la révolution industrielle ; c'est en effet le développement des industries lourdes (sidérurgie notamment) qui a entrainé son extension et son érection en commune distincte.

La Louvière comptait 23 052 habitants avant la fusion des communes de 1977.

Toponymie

La Louvière était le nom d'une ferme (La Grande Louvière, dont la chapelle est encore visible) construite sur le territoire de Saint-Vaast, qui allait donner naissance, par la suite, à la ville actuelle de La Louvière. Ce nom est toutefois le résultat de nombreuses évolutions.

L'abbaye d'Aulne possédait, sur les deux rives du Thiriau, de vastes propriétés mentionnées dans les chartes du XIIe siècle sous les noms de Menaulu ou Meneilut. Ce terme roman (meigne au leu : repère du loup) a été transformé en latin en Luperia en 1157, puis en Lovaria en 1168. Retraduit en roman, il est devenu Lovière en 1217, Le Lovière en 1284, pour finalement donner le nom La Louvière. À cette époque, le territoire actuel de La Louvière faisait partie de l'ancienne forêt charbonnière, un lieu sombre et sauvage, idéal pour les loups et le gibier chassé par les seigneurs de l'époque[4].

Géographie

Situation

La Louvière est située dans la Région du Centre, entre le Borinage et le Pays de Charleroi dans la province de Hainaut[5].

Communes limitrophes

Communes limitrophes de La Louvière
Le Rœulx Seneffe
Mons La Louvière Manage
Binche Morlanwelz

Sections de commune

Davantage d’informations #, Nom ...
#NomSuperf.
(km2)[6]
Habitants
(2025)[6]
Habitants
par km2
Code INS
1La Louvière8,9922.4112.49458001A
2Haine-Saint-Pierre5,077.7191.52358001B
3Haine-Saint-Paul3,827.4501.95058001C
4Saint-Vaast4,546.1491.35458001D
5Trivières7,463.88852258001E
6Maurage6,205.48288458001F
7Boussoit1,631.14370258001G
8Strépy-Bracquegnies7,518.7111.15958001H
9Houdeng-Aimeries7,787.68698958001J
10Houdeng-Gœgnies8,839.0571.02658001K
11Besonrieux2,741.91069758001L
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Limites de la ville

Représentations cartographiques de la commune
Mairie
Carte OpenStreetMap
Carte OpenStreetMap
Carte topographique
Carte topographique
Avec les communes environnantes
Avec les communes environnantes
1 : carte dynamique ; 2 : carte OpenStreetMap ; 3 : carte topographique ; 4 : avec les communes environnantes.

Climat

Le climat de la région de La Louvière est un climat tempéré océanique, comme pour l’ensemble de la partie occidentale de la Belgique, cela grâce à la proximité de l’océan Atlantique qui régule le temps grâce à l’inertie calorifique de ses eaux. Le climat peut être influencé par des zones humides et douces en provenance de l’océan, mais aussi par des zones sèches (chaudes en été et froides en hiver) en provenance de l’intérieur du continent européen.

Davantage d’informations Mois, J ...
Climat de la région de La Louvière
Mois J F M A M J J A S O N D Moyenne annuelle
Températures (°C) (sous abri, moyennes) -0,4 2,7 6,4 8,5 12,9 17,7 20,6 16,9 14,3 11,2 6,9 0,2 9,8
Précipitations (hauteur moyenne en mm) 36 100 49 54 66 72 78 76 70 70 66 46 783
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Géographie physique

Relief

Le relief de La Louvière, qui s'accentue progressivement de l'ouest à l'est, ressemble à un toit dont les gouttières sont le Thiriau du Luc et le Rieu de Baume. Une coupe suivant la route de Mons à Nivelles, du pont Capitte à Haut de Baume, montre une ligne partant de 105 mètres d'altitude, montant doucement, redescendant à 105 mètres, puis s'élevant assez abruptement cinquante mètres au-dessus du point de départ[7]. Une autre coupe, reliant les points extrêmes nord et sud, trace une ligne débutant à 135 mètres d'altitude au nord, descendant à 125 puis à 115 mètres, remontant légèrement, descendant brusquement, remontant à 125 mètres avant une forte pente jusqu'à 105 mètres. À l'ouest, près du Thiriau du Luc, s'étend une bande de terrain à 105 mètres d'altitude[8]. Des terres en dessous de 115 mètres se trouvent près du ruisseau de Houssu, au sud-est de La Louvière. Les terrains à 115 mètres d'altitude couvrent les zones ouest et sud, tandis que ceux situés entre 115 et 125 mètres occupent une grande superficie, en transition entre les régions de 115 mètres et les terres de 125 mètres, qui forment le centre, l'est et le nord[9]. À mesure que l'on descend dans les couches profondes, le sol devient de plus en plus composé de grès et de schiste. Entre 680 mètres et 812 mètres de profondeur, le sol est constitué uniquement de schiste et de houille. Sur une profondeur de 0 à 812 mètres, on compte 24 couches de houille, avec une épaisseur variant entre 0,3 mètre et 1 mètre. Les inclinaisons des couches se situent entre 23 et 27 degrés[10].

Géologie

La couche supérieure du sol est composée d'argile ou de limon provenant des plaines moyennes, vestige d'une ancienne inondation[9]. Ce limon se divise en deux couches distinctes lorsqu'il est suffisamment épais : le limon jaune stratifié et la terre à briques, plus brune et généralement non stratifiée[9]. Par endroits, on trouve sous cette couche d'argile des accumulations assez épaisses de sable[9]. L'analyse d'une coupe du sol louviérois révèle qu'aucun charbon n'est présent avant une profondeur de 150 mètres[10].

Quartiers

La Barette

La rue Sylvain Guyaux, au Drapeau Blanc (carte postale).

Le terme Barette est attesté pour la première fois dans un document officiel daté de 1680. Ce hameau, situé entre les communes de Saint‑Vaast et Houdeng, semble devoir son appellation à un élément vestimentaire médiéval : la barrette. Dans l’usage ancien, la barrette désignait un petit bonnet effilé, terminé par une floche, porté couramment par les serfs durant le Moyen Âge[11]. Cette coiffe, aujourd’hui comparable à un bonnet de nuit ou au couvre‑chef que les gilles portent sous leur chapeau, aurait donné son nom au hameau selon plusieurs sources[11]. Ainsi, l’étymologie de Barette s’inscrirait dans une tradition fréquente où des localités rurales tirent leur nom d’éléments du quotidien, en l’occurrence une pièce de vêtement caractéristique des populations médiévales[11]. La Barette a donné son nom à un charbonnage fondé en 1735, qui peut se targuer d'avoir installé en 1766 la première machine à vapeur dans le bassin du Centre. Il s'agissait d'une machine d'exhaure du système Newcomen[12]. Aujourd'hui, il ne reste de ce charbonnage que les bâtiments de l'ancienne auberge, désormais convertis en maisons individuelles[11].

Baume

Baume est considéré comme le hameau le plus ancien de la commune de Saint‑Vaast. Son nom, issu d’une racine celtique ou romane, renvoie à l’idée de « caverne », « grotte » ou « lieu creux ». Par extension, ce terme peut également désigner un « vallon » ou une dépression marquée du relief[13]. La partie basse du hameau, caractérisée par la présence de terre plastique, accueille une poterie ainsi qu’une fabrique de matériaux réfractaires appartenant à la famille Lecat[13]. Ces installations industrielles sont entourées de terres agricoles et de la ferme Guyaux, également connue sous le nom de ferme de Sars‑Longchamps, qui constitue un ensemble rural notable[13]. Le haut de Baume, situé à la limite de Haine‑Saint‑Paul, correspond au point culminant de La Louvière. Cette zone, plus urbanisée, s’est développée avec une vocation essentiellement commerçante, en contraste avec les activités artisanales et agricoles du bas du hameau[13].

Basse Louvière

La place Jules Mansart.

Basse Louvière doit son appellation à sa situation topographique : le hameau se trouve en contrebas des autres noyaux d’habitat louviérois, d’où l’usage ancien du terme pour désigner ce secteur. Le nom est également associé à une ancienne exploitation agricole dépendant de l’abbaye d’Aulne, connue sous l’appellation ferme de la Basse Louvière[14]. Historiquement tournée vers l’agriculture, la Basse Louvière a vu s’implanter plusieurs activités industrielles, parmi lesquelles les établissements Nicaise et Delcuve, les verreries Saint‑Laurent et des abattoirs[14]. Cette coexistence entre structures agricoles et industries constitue l’une des caractéristiques marquantes de La Louvière, où se mêlent également des formes d’habitat urbain et rural. Ce double héritage agricole et industriel contribue à la physionomie particulière du hameau, reflet d’une évolution où les activités traditionnelles ont progressivement côtoyé les développements économiques modernes[14].

Bois-de-Saint-Vaast.

Un ancien hameau de Saint-Vaast, incorporé à La Louvière en 1869[15].

Bouvy

Le nom Bouvy serait lié aux caractéristiques du sol, le terme renvoyant à « bouve », « boue » ou « fange », notions associées à des terrains humides. Dans la toponymie régionale, les mots bouvy, bouvière ou bovière désignent en effet des pâturages détrempés utilisés pour le bétail. Le hameau s’est développé en lien étroit avec l’activité charbonnière[16]. En 1841, la première cité ouvrière de La Louvière y est édifiée à l’occasion de l’ouverture de la Fosse no 1 des charbonnages de Sars‑Longchamps et Waucquez, marquant une étape importante dans l’urbanisation du secteur. Cette implantation industrielle a contribué à structurer durablement le paysage et l’organisation sociale du hameau[16].

Centre

Place de la Louve avec le monument de la Louve.

Comprenant le carrefour du Drapeau Blanc[Note 2]. Ce carrefour tire son nom d'une enseigne d'un magasin[17].

Fonds Gaillards

Fonds Gaillards est un hameau situé en contrebas de la commune de Saint‑Vaast, à proximité immédiate de Bouvy et du Mitant des Camps, deux autres noyaux d’habitat louviérois[18]. Sur le plan étymologique, le terme « gaillard » est généralement rapproché du mot « gai », mais une autre interprétation repose sur la nature du sol. Certains travaux de toponymie suggèrent en effet une origine romane, dérivée de « gal » ou « gau », signifiant « pierre » ou « caillou », ce qui renverrait à un terrain rocailleux. Contrairement à de nombreux hameaux de La Louvière, Fonds Gaillards ne s’est pas orienté vers l’industrie[18]. Il s’agit d’un espace essentiellement consacré à la culture et à l’habitat, marqué par une vie locale dynamique. Le hameau a longtemps été animé par des fêtes traditionnelles, organisées chaque premier dimanche du mois d’août, qui constituaient un moment fort de sociabilité pour les habitants[18].

Hocquet

Le Hocquet est un hameau dont l’appellation reflète directement sa position topographique. En tudesque, le terme « hoog » signifie « élevé », tandis que les formes romanes « hoge » ou « hoguette » renvoient à une élévation du sol, comme une colline ou un promontoire. Cette origine linguistique éclaire la localisation du hameau, établi sur l’ancien chemin reliant Le Rœulx à Fontaine‑l’Évêque, un tracé aujourd’hui intégré aux rues des Rivaux, du Hocquet, du Moulin et de Longtain. Pendant une longue période, l’agriculture a constitué la seule ressource économique des habitants[19]. En 1802, le hameau ne comptait que 33 habitations, témoignant d’un habitat clairsemé et d’une organisation rurale traditionnelle. La situation évolue au XIXe siècle : l’ouverture des embranchements du canal en 1839 puis la mise en service d’une ligne de chemin de fer en 1850 stimulent fortement le développement local. Ces nouvelles infrastructures attirent de nombreux travailleurs flamands, notamment des charpentiers de marine employés aux chantiers navals Van Pract, ainsi que des ouvriers chargés des travaux de terrassement[19]. Avec l’industrialisation croissante de La Louvière, le Hocquet voit apparaître de nouveaux quartiers résidentiels. Ses rues, cours et impasses accueillent alors une diversité d’habitations, allant des maisons ouvrières aux demeures bourgeoises, illustrant la transformation progressive d’un hameau agricole en un espace marqué par la mixité sociale et l’urbanisation[19].

La Croyère

La Croyère tire son nom de la nature marécageuse de son terrain : le terme « croyère » désigne un sol détrempé et vaseux, caractéristique des zones humides utilisées autrefois comme pâturages. À partir de 1867, le hameau connaît une industrialisation marquée et se structure en deux ensembles distincts : La Croyère‑haut, organisé autour des rues de La Flache et Parmentier, et La Croyère‑bas, centré sur la place Keuwet[20]. Cette période voit l’implantation d’un large éventail d’activités industrielles : laminoirs, brasserie, scierie, sidérurgie, glacière, fonderies et constructions métalliques, témoignant de la diversification économique du secteur[20]. Malgré cette industrialisation, le hameau conserve un tissu agricole important. Plusieurs exploitations y jouent un rôle notable, dont la ferme Petit, la ferme Delplancque, la ferme Hainaut (remplacée ultérieurement par les laminoirs Boël), la ferme Balasse (rue des 25 Francs) et la ferme Mengal (rue de La Flache)[20]. Ces domaines illustrent la coexistence entre agriculture et industrie, caractéristique de l’évolution louviéroise. En 1923, le Foyer Louviérois acquiert plusieurs hectares dans le hameau afin d’y édifier la future cité Reine‑Astrid, marquant une nouvelle étape dans l’urbanisation et l’aménagement résidentiel de La Croyère[20].

Longtain

Longtain est un hameau situé entre Haine‑Saint‑Paul et Bois‑d’Haine, dont l’appellation est directement liée à l’histoire de l’exploitation charbonnière locale. Le nom provient d’un charbonnage fondé en 1756 par Philippe Joseph André, à la suite d’une concession octroyée par Ferdinand VI de Croÿ (1720‑1767), comte du Rœulx et haut justicier de Saint‑Vaast. Sur le plan étymologique, l’origine du terme Longtain fait l’objet de plusieurs interprétations[21]. Une hypothèse repose sur l’usage du mot « longtemps » dans le vocabulaire des mineurs, évoquant le long temps passé au fond de la fosse et la pénibilité d’un travail souvent associé à des conditions difficiles[21]. Cette lecture s’inscrit dans une tradition où les noms de lieux reflètent l’expérience quotidienne des communautés ouvrières. Le hameau s’est ainsi développé autour de l’activité charbonnière, qui a façonné son identité et son évolution, tout en l’intégrant à l’histoire industrielle plus large de La Louvière[21].

Mitant des Camps

Le Mitant des Champs littéralement « milieu des champs » est un hameau dont l’appellation reflète son implantation originelle. Le nom servait d’abord à désigner un petit groupe d’habitations isolées situées entre Bouvy, Houssu et Baume, au cœur d’un paysage essentiellement rural[22]. Ce toponyme illustre une forme courante de nomination géographique dans la région, où les lieux‑dits décrivent directement la configuration du terrain ou la fonction du site. Dans ce cas, il renvoie à un espace agricole dispersé, structuré autour de quelques foyers établis au centre des terres cultivées[22].

Hydrographie

La Louvière appartient au bassin de l'Escaut. La commune ne compte que deux ruisseaux : le Thiriau du Luc et le Rieu de Baume, tous deux affluents de la Haine. Le Thiriau du Luc, le plus important, prend sa source à quelque distance du point le plus oriental de la commune, près du parc de l'Hospice Notre-Dame de la Compassion à Jolimont. Il fait la limite avec Bois-d'Haine et La Louvière, traverse la commune dans une direction nord-ouest, sud-est, puis de limite naturelle entre Houdeng-Gœgnies et La Louvière. Le Rieu de Baume prend sa source au sud de La Louvière et fait la limite entre La Louvière et Haine-Saint-Paul. Ce petit ruisseau, dont les eaux alimentaient jadis une petite forge et un moulin au Fonds Coppée, en contrebas des Fonds Gaillards, s'engouffre sous les jardins du bas de Baume et du Pré Joily puis se jette dans la Haine[23].

Démographie

Démographie: Avant la fusion des communes

  • Source: DGS recensements population

Démographie : Commune fusionnée

En tenant compte des anciennes communes entraînées dans la fusion de communes de 1977, on peut dresser l'évolution suivante :

Les chiffres des années 1831 à 1970 tiennent compte des chiffres des anciennes communes fusionnées.

  • Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1er janvier[24]

La commune de La Louvière est classée comme étant la dix-septième ville de Belgique (au ).

Histoire

Origines jusqu'à l'Époque contemporaine

La région de La Louvière conserve des traces d’occupation humaine allant de la Préhistoire au haut Moyen Âge. Des objets néolithiques, découverts dans les terres labourées après les pluies, témoignent de la présence des premiers agriculteurs installés dans la vallée de la Haine dès le Ve ou le IVe millénaire av. J.-C., notamment autour de Haine‑Saint‑Pierre, Houdeng‑Aimeries et Strépy‑Bracquegnies[25]. L’époque romaine est également attestée par des trouvailles isolées : fragments de tuiles, monnaies, vestiges de maçonnerie et poteries, relevés dans des secteurs comme la Closière, le bois du Luc ou Houdeng‑Goegnies, où un hypocauste fut mis au jour en 1905[25]. La proximité de l’ancienne voie BavayTongresCologne renforce l’hypothèse d’une occupation structurée du territoire. La période mérovingienne constitue toutefois la phase la mieux représentée[25]. Les nécropoles découvertes le long de la plaine alluviale de la Haine révèlent une implantation privilégiant les fonds de vallée, adaptés à l’élevage. Le mobilier funéraire armes, bijoux, céramiques a suscité l’intérêt de collectionneurs tels que Raoul Warocqué, dont les collections de Mariemont conservent plusieurs pièces issues de fouilles locales. Des ensembles importants ont été mis au jour à Haine‑Saint‑Paul, Maurage, Saint‑Vaast et Trivières, datés principalement du VIIe et du VIIIe siècle[25].

L'origine du nom de la ville

La région qui deviendra La Louvière, bien que longtemps pauvre et marginalisée, possédait un élément déterminant pour son inscription dans l’histoire : un nom. Celui-ci, « Menaulu », issu du roman et signifiant « repaire du loup »[26], reflétait fidèlement la configuration sylvestre et sauvage du site[27]. L’évolution linguistique du toponyme témoigne de son ancienneté : le terme roman « Menaulu » fut latinisé en « Luparia », puis mentionné sous les formes « Luparin » en 1157 et « Lovaria » en 1168. Retraduit ensuite en roman, il donna « Lovière » en 1217, « Le Lovière » en 1284, avant de se fixer sous la forme actuelle « La Louvière »[27]. Les spécialistes de la toponymie ont souligné l’importance de l’animal dans la formation de nombreux noms de lieux. Albert Dauzat, dans ses travaux sur les noms de lieux, relève que le loup a laissé une empreinte notable dans la toponymie gallo-romaine et romane, comme en témoignent des formes telles que Lupara, Louvres, Louviers ou encore Loubière[27]. De son côté, A. Vincent, étudiant les toponymes de Belgique, rappelle que le Moyen Âge a fréquemment intégré les noms d’animaux dans les appellations locales, parfois isolés, parfois dérivés par suffixation latine, ou encore associés à des verbes dont la forme impérative s’est progressivement obscurcie. La mention « Lovaria » de 1168, citée dans les sources monastiques, s’inscrit dans cette tradition[27].

L’histoire documentée du lieu commence véritablement au XIIe siècle, lorsque les moines de l’abbaye d’Aulne établirent une exploitation agricole sur une parcelle alors rattachée à la commune de Saint-Vaast. Ils lui attribuèrent le nom de « Menaulu », soit parce que cette appellation était déjà en usage, soit parce que la topographie boisée et isolée évoquait naturellement un territoire fréquenté par les loups[28]. La présence de ces animaux, abondants dans les forêts médiévales, est indissociable de l’origine du toponyme : la zone constituait vraisemblablement un refuge privilégié pour les louves et leurs portées[29].

La légende des loups
Le nom de la ville tire son nom de la présence de loups dans les bois de la région au XIIe siècle[30] et depuis lors, le loup est devenu un des symboles de La Louvière.

La tradition populaire a enrichi cette réalité d’éléments légendaires. Certains récits locaux évoquent la découverte supposée des restes d’une louve allaitant un enfant, motif qui rappelle à la fois des récits littéraires tels que ceux du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling et des mythes fondateurs comme celui de Romulus[29]. Bien qu’aucune source historique ne confirme cette anecdote, elle illustre la manière dont l’imaginaire collectif a cherché à magnifier les origines du lieu[29]. Au-delà des légendes, la région était effectivement propice à la chasse au loup, activité courante dans les vastes forêts de l’époque. Les seigneurs et souverains en déplacement y trouvaient un terrain favorable[29]. Pépin de Herstal, roi d’Austrasie, séjourna en 698 à Waudrez et à Estinnes-au-Mont, non loin de ces bois, et il est plausible qu’il ait participé à des chasses dans la vallée du Thiriau, alors densément boisée[29]. Les souverains francs et leurs compagnons, tout comme plus tard Charles de Lorraine lors de ses séjours au château de Mariemont au XVIIIe siècle, ont probablement fréquenté ces espaces pour s’adonner à la chasse, activité noble par excellence[29]. Ainsi, l’origine du nom « La Louvière » s’enracine dans un environnement forestier où la présence du loup était suffisamment marquante pour laisser une trace durable dans la toponymie, avant d’être relayée par la tradition érudite et les récits populaires[29].

Le territoire de La Louvière au Moyen-Âge

La Louvière et l'abbaye d'Aulne

Le christianisme s’implanta dans la région dès le Ve siècle, porté par des moines venus de diverses contrées d’Europe occidentale. Leur action missionnaire entraîna la fondation de nombreux monastères, dont l’influence grandit progressivement au point de rivaliser avec le pouvoir des seigneurs féodaux[29]. La Louvière doit son origine au développement de l’abbaye d’Aulne, institution dont l’histoire se confond durant plusieurs siècles avec celle du territoire[31]. Le monachisme occidental fut profondément marqué par Benoît de Nursie, né vers 480 en Ombrie, fondateur en 529 du Mont-Cassin et de la règle bénédictine. Celle-ci imposait aux moines la prédication, l’instruction, le travail agricole et l’essor des techniques, afin de christianiser et civiliser des populations encore imprégnées de traditions païennes[31]. L’abbaye de Lobbes, fondée en 660 par Landelin ancien brigand converti suivit cette règle et prospéra rapidement grâce à l’afflux de moines et aux donations seigneuriales. Elle devint l’un des centres religieux les plus riches du Hainaut, comptant plus d’un millier de moines sous Clotaire III[32]. Les dérives morales qui touchèrent certains monastères entraînèrent plusieurs réformes, dont celle du concile d’Estinnes-au-Mont en 743, convoqué par Boniface de Mayence, visant à restaurer la discipline bénédictine[33]. Une réforme plus profonde encore naquit en 1098 avec la fondation de Cîteaux, d’où émergea l’ordre cistercien, réputé pour sa rigueur et son exigence spirituelle. Lobbes adopta cette règle, et son prieuré d’Aulne, établi près de Thuin, connut une expansion notable[34]. Ce n’est qu’au XIIe siècle que les moines d’Aulne s’implantèrent durablement dans la région de La Louvière, grâce aux donations des seigneurs de Houdeng et du Rœulx, notamment celle d’Eustache de Rœulx en 1189, date qui marque l’origine de l’occupation permanente du site[35]. À cette époque, les environs n’étaient qu’un ensemble de clairières au sein d’une vaste forêt, où vivaient de petites communautés rurales. Les moines, tenus de travailler, défrichèrent les terres, enseignèrent l’agriculture et organisèrent une colonie monastique autour de Saint-Vaast[35]. Les premières constructions consistaient en cellules de bois pour les religieux et en habitations de torchis pour les manants. L’abbaye, bâtie sur un peu moins de deux hectares, suivait le plan classique des établissements cisterciens : église, cloître, réfectoire, infirmerie, logements pour l’abbé et les hôtes, ateliers, brasserie, étables et jardins, le tout ceint d’un mur[35]. Une chapelle extérieure, mentionnée dès le XIIe siècle et décrite en 1719 comme un édifice ancien doté d’un petit clocher et de marques de consécration, complétait l’ensemble de la Grande Louvière[35]. De 1189 à la dispersion des moines en 1794 lors de la Révolution française, l’histoire locale demeure étroitement liée à celle de l’abbaye d’Aulne, dont l’activité agricole, spirituelle et économique structura durablement le territoire qui deviendra La Louvière[35].

L’abbaye d’Aulne, dirigée par une communauté de moines à la fois agriculteurs et formateurs, développa progressivement un vaste domaine sur les terres de Saint‑Vaast et de Houdeng. Elle y organisa des exploitations agricoles où serfs, manants et affranchis travaillaient autour de fermes monastiques[36]. En 1189, grâce à une donation du seigneur du Rœulx, elle établit la ferme de la Basse‑Louvière à Houdeng‑Gœgnies, bientôt suivie de la ferme de Tout‑y‑Faut, puis de celle de Sartiau, située près du Bois‑de‑Saint‑Vaast. Cette dernière, bien que plus modeste architecturalement, exploitait près de 95 hectares, notamment consacrés à la culture du houblon destiné à la bière monastique. L’ensemble de ces possessions justifiait pleinement le surnom d’« Aulne‑la‑Riche »[37]. La forêt originelle couvrant La Louvière fut progressivement défrichée au fil de plusieurs siècles, transformant profondément le paysage. Les terres fertiles, les prairies et le bétail témoignaient du travail acharné des manants et de l’organisation des moines. Le domaine, appelé « Grande Louvière », possédait déjà une identité propre, bien que les sources ne permettent pas d’évaluer précisément la population monastique ou civile[38]. Les travaux de défrichement et de mise en culture nécessitaient probablement plusieurs centaines de travailleurs, un nombre supérieur aux 39 feux recensés à Saint‑Vaast‑La Louvière en 1473, ce qui laisse supposer des apports de main‑d’œuvre extérieure[39]. Autour de la ferme‑monastère se regroupaient des habitations très simples, faites de terre battue et couvertes de chaume, tandis que les moines vivaient dans des cellules austères, consacrant leur temps au travail agricole, à la gestion du domaine ou à la rédaction de chroniques[40]. Les écrits de religieux tels que Nicolas et Jacques de Guise, Warichez ou Vinchant ont permis de reconstituer l’histoire régionale, bien que les archives propres à la Grande Louvière aient été en grande partie perdues lors de la dispersion des moines en 1793[41]. Les habitants vivaient d’une alimentation frugale composée de légumes, de gruaux et de pain noir, cuit dans un four banal situé près du Thiriau. Les moines avaient également construit un moulin sur la Haine, la vallée du Thiriau ne permettant pas l’installation d’un tel ouvrage[42]. Leur action favorisa l’introduction de nouvelles pratiques agricoles, la culture des céréales et du houblon, ainsi que la diffusion de moulins à vent et à eau, contribuant à l’essor de la production de pain et de bière[43].

Pendant six siècles, les Cisterciens d’Aulne exercèrent une autorité seigneuriale complète sur La Louvière, qui formait un domaine autonome malgré son inclusion administrative dans la commune de Saint‑Vaast[43]. L’abbé d’Aulne, détenteur des droits féodaux, y nommait un bailli chargé de la justice et de la gestion, comme en témoigne la désignation d’Anthoine en 1693. Le dernier abbé, Dom Herset, auteur d’une histoire de l’abbaye et d’un cartulaire, mourut en 1806 après avoir assisté à la destruction du monastère par les troupes du général Charbonnier[44]. L’abbaye d’Aulne constitua progressivement son vaste domaine de La Louvière grâce à une série de donations foncières consenties par la noblesse locale, motivée par la recherche de faveurs spirituelles et d’indulgences[45]. Dès le milieu du XIIe siècle, plusieurs lignages notamment les seigneurs de Houdeng, de Gœgnies[Note 3], de Péronnes, de Strépy ou encore de Ville-Pommerœul cédèrent à l’abbaye des terres, des bois, des alleux, des dîmes et divers droits seigneuriaux situés principalement à Saint‑Vaast, Houdeng et Gœgnies. Parmi les plus significatives figure l’acquisition, en 1219, du bois de Sainte‑Marie, autrefois dépendance de Saint‑Denis, assortie d’un cens annuel en céréales à verser dans la grange de La Louvière[45].

XIIe, XIIIe et XIVe siècles

Au tournant des XIIe et XIIIe siècles, les donations s’intensifièrent autour du lieu‑dit Mane‑au‑Leu, futur noyau de plusieurs exploitations agricoles. Gilles du Sart, personnage majeur de cette période, offrit successivement pâturages, terres et bois, parfois en quantités considérables, en échange d’obligations liturgiques perpétuelles célébrées par les moines d’Aulne[46]. Ces libéralités permirent l’implantation de fermes telles que Sartiaux ou Tout‑y‑Faut. En 1291, Jean II d’Avesnes, comte de Hainaut, confirma la possession par l’abbaye d’environ trente‑quatre bonniers du bois de Saint‑Vaast, consolidant définitivement l’assise territoriale de La Louvière[46].

Ces terres, intégrées à la vaste forêt charbonnière, furent cependant loin d’être épargnées par les troubles. Depuis le haut Moyen Âge, la région vit passer des armées en marche : Pépin de Herstal traversa la forêt en 698, suivi au VIIIe siècle par Charles Martel, puis par Charlemagne empruntant la chaussée romaine reliant Bavay à Cologne[47]. Les invasions normandes du IXe siècle, puis les incursions hongroises de 955, provoquèrent incendies, pillages et misère durable dans tout le Hainaut. Les seigneurs locaux multiplièrent alors les fortifications, et les populations se réfugiaient dans châteaux et monastères lors des périodes d’insécurité[48].

XVe et XVIe siècles

La forêt de La Louvière, réputée pour ses loups, servit aussi de repaire occasionnel à des bandes armées. Au XVe siècle encore, des compagnons du seigneur de La Roche y trouvèrent refuge lors de chevauchées destinées à enlever notables et chanoines pour rançon. En 1421, une troupe venue de Maubeuge dut même fouiller les bois pour tenter d’intercepter ces pillards[49]. Les populations établies sur le territoire correspondant à l’actuelle La Louvière vécurent longtemps en marge des grands conflits qui ravagèrent le Hainaut. Leur faible densité et l’isolement naturel des lieux expliquent l’absence totale de traces matérielles des guerres médiévales et modernes[50]. Les affrontements du XVIe siècle opposant Charles Quint à François 1er, puis la politique religieuse rigoureuse de Philippe II et l’action du duc d’Albe, eurent peu d’impact direct sur cette zone. Au siècle suivant, les campagnes militaires de Louis XIV bouleversèrent en revanche l’ensemble du Hainaut[50]. Une enquête menée en 1695 dans la prévôté de Binche décrit des villages entièrement pillés, des récoltes confisquées, des habitants dépouillés de leurs biens et souvent contraints à l’exode, incapables de cultiver leurs terres tant la région était ruinée[50].

XVIIIe siècle

Le traité d’Utrecht (1713) rattacha les Pays-Bas espagnols à la Maison d’Autriche, avant que les victoires françaises de Jemappes, Neerwinden et Fleurus n’entraînent l’annexion de la Belgique à la République française. Après la chute de Napoléon, la période hollandaise s’ouvrit en 1814, jusqu’à l’insurrection de 1830 qui mena à la création d’un État belge indépendant et neutre[51]. La Révolution française avait déjà entraîné la confiscation des biens monastiques, dont les domaines de l’abbaye d’Aulne situés à La Louvière, avant l’incendie de l’abbaye en 1794[52].

À la fin du XVIIIe siècle, la seigneurie de La Louvière formait un territoire bien délimité, identifiable encore aujourd’hui par des repères topographiques. Au nord, la limite suivait le Thiriau du Luc, frontière avec Houdeng, depuis la Barette jusqu’à Tout-y-Faut. À l’est, elle s’étendait en diagonale depuis le Drapeau Blanc[Note 2] jusqu’aux futurs hauts-fourneaux des usines Boël[52]. Au sud, elle correspondait à l’actuelle rue de Bouvy, prolongée vers Saint-Vaast. À l’ouest, elle rejoignait le chemin reliant la Barette à la Paix, puis obliquait vers le lieu-dit Wazoir, également à Saint-Vaast[52].

Les routes et chemins

L’essor des charbonnages du Centre au XVIIIe siècle se heurta moins à l’extraction du minerai qu’à son transport. Malgré la multiplication des exploitations de Bois-du-Luc à Mariemont en passant par Bracquegnies, Houssu, Péronnes ou Haine‑Saint‑Paul la rentabilité demeurait faible[53]. Les formalités administratives, les exigences des concessionnaires et surtout l’absence de débouchés locaux, dans une région encore dépourvue d’industrie métallurgique, entraînaient une accumulation des stocks. Le principal obstacle restait l’isolement : seules la route Mons‑Bruxelles et la vieille chaussée romaine de Binche existaient, trop éloignées des fosses et difficilement accessibles[54]. Dès 1739, les États du Hainaut reconnurent la nécessité de relier les houillères à un axe pavé menant vers Bruxelles. Les premières études restèrent sans suite jusqu’en 1756, lorsqu’un tronçon reliant les carrières des Écaussinnes à Braine‑le‑Comte fut réalisé[54]. Le gouvernement provincial voulut prolonger cette voie vers les charbonnages, mais les maîtres de fosses proposèrent un tracé alternatif passant par Le Rœulx et rejoignant Soignies. Malgré leurs démarches, les autorités imposèrent d’abord la route directe par les Écaussinnes, provoquant une longue opposition entre exploitants et administration[55]. Les divisions internes entre charbonniers compliquèrent encore le dossier, certains soutenant le tracé officiel, d’autres appuyés par le duc de Croÿ défendant la variante par Le Rœulx[56]. Après des années de requêtes répétées, ils obtinrent finalement gain de cause : un octroi impérial du autorisa la construction d’une chaussée reliant La Louvière (au « Cerisier ») à Naast, près de Soignies, avec possibilité d’installer deux barrières de péage. Le comte du Rœulx renonça même temporairement à percevoir le droit de winage pour favoriser l’entreprise[56].

Les travaux commencèrent aussitôt, mais la faillite de l’entrepreneur entraîna l’arrêt du chantier. Incapables de financer seuls la suite, les charbonniers sollicitèrent l’intervention des États du Hainaut, qui obtinrent en 1773 l’autorisation de poursuivre la route[56]. Les exploitations durent en assumer un tiers du coût, remboursé par un droit prélevé sur chaque muid de charbon extrait. La section reliant Soignies à La Louvière fut ouverte en 1775, pour un coût total dépassant 445 000 livres, dont les houillères mirent près de dix‑huit ans à s’acquitter[57]. Pour répondre pleinement aux besoins industriels, la chaussée fut prolongée en 1785 jusqu’à Baume et la ferme de Raidemont, complétant ainsi l’axe qui deviendrait la « Chaussée » connue aujourd’hui[58]. Cette nouvelle infrastructure transforma profondément la région : les exploitations minières s’y raccordèrent rapidement, et d’autres routes furent créées dans son sillage. Une carte dressée en 1804 par le géomètre Josué‑Joseph Ballieux témoigne de l’impact de cette voie sur la physionomie de la cité au début du XIXe siècle[58]. Au début du XIXe siècle, le centre de La Louvière présentait un relief nettement plus accidenté qu’aujourd’hui. Une colline dominait l’actuel cœur urbain, son point culminant se situant dans l’axe reliant la rue Kéramis à Maugrétout et Longtain. Les pentes formaient un large arc descendant plus bas que le niveau actuel, ce qui imposa d’importants travaux de nivellement[59]. La Chaussée fut rehaussée d’environ deux mètres entre le Thiriau et la rue Kéramis, tandis que la zone comprise entre cette dernière et la rue du Temple fut abaissée. Plus loin, vers l’actuelle rue Hamoir, le sol dut également être relevé[60]. L’implantation ultérieure de l’église de Baume entraîna de nouveaux ajustements, notamment l’abaissement de la place et la surélévation des rues du Marché, des Déportés et du Travail. L’ancienne déclivité demeure perceptible dans la rue Vital Roland, l’une des plus anciennes voies du noyau louviérois[60].

La cartographie de 1804 révèle un territoire encore largement rural. On y distingue le « Pavé des Houillères », sentier reliant l’actuelle rue de Bouvy à la fosse d’extraction de la Société de Charbonnage de La Louvière, fondée en 1735 par Gaspard Thiriar, près de du château Gilson[60]. Plus bas apparaissait le chemin reliant Saint‑Vaast à la Grande Louvière, bordé par la ferme et la chapelle du même nom. L’actuelle rue de Bouvy, prolongée par les rues du Temple et Achille Chavée, portait alors le nom de chemin des Longues Haies ou chemin de Saint‑Vaast au Hocquet[61]. Le hameau du Hocquet était traversé par un ancien itinéraire désigné comme chemin de Binche à Braine‑le‑Comte, bien qu’il reliait surtout Longtain, La Hestre, Jolimont, Houdeng et Le Rœulx avant d’être rectifié. Un autre chemin menait du Hocquet à Tout‑y‑Faut et Besonrieux, supprimé plus tard lors de l’extension des usines Boël[62].

Entre la Chaussée et le chemin du Hocquet s’étendaient des pâturages appartenant à la cense monacale de la Grande Louvière, d’où le nom de chemin des Bœufs pour l’actuelle rue des Rivaux. Au‑delà s’étendaient les terres de la Haute et de la Basse‑Croyère. Le ruisseau Rye Brabant, issu du bois de La Louvière et coulant vers le Bois de Saint‑Vaast, fut ultérieurement absorbé par le canal[62]. La carte mentionne également le moulin à vent du Hocquet, propriété de M. Renaud, situé vers l’actuelle rue du Moulin, accompagné de la maison du meunier. Plus haut, neuf petites habitations appelées « maisons du Petit Profit » bordaient la montée. Le chemin des Diables, approximativement l’actuelle rue Louis Bertrand, reliait alors directement Bracquegnies au grand chemin de Binche à Braine‑le‑Comte[63]. Les terres environnantes portaient des appellations aujourd’hui disparues : l’actuel quartier de La Closière était nommé « enclos Staquet » en 1802 et « Pachy des Bœufs » en 1783[64]. L’entrée actuelle des usines Boël occupait une parcelle appelée « les Sept Bonniers », prolongée par une vaste propriété agricole de 25 hectares nommée « les Onze Bonniers », complétée par le « Pré de Saint‑Jean » et « les Quatre Bonniers ». Au‑delà de la rue des Rivaux s’étendait le « Grand Pachy »[64].

Les archives du département de Jemappes (1802) permettent de dresser un tableau démographique précis. Le territoire comptait plusieurs hameaux : Outre‑la‑Haye du Rœulx (22 familles), Placquez ou les Bois (18 familles), La Fontaine ou Tonnia (26 familles), proche du charbonnage de Longtain ; le Hocquet (33 familles) ; Baume (66 familles plus 13 dépendant spirituellement de Haine‑Saint‑Paul) voisin du charbonnage du Sars‑Longchamps employant environ 300 ouvriers ; la Grande Louvière, avec deux fermes et un charbonnage à machine à feu occupant une centaine d’ouvriers ; Mitant des Camps (9 familles) et Fonds Gaillards (13 familles)[65]. L’essor de ces noyaux est directement lié à l’activité charbonnière, qui imposa la création des premières voies de communication. Celles‑ci restaient toutefois rudimentaires : chemins boueux ou poussiéreux, difficilement praticables, où chevaux, bœufs et ânes tiraient péniblement des charges lourdes. Même en 1860, le Conseil communal constatait encore l’état impraticable de la place du Marché et décidait d’y déposer des scories de hauts‑fourneaux pour l’améliorer[66]. En 1845, l’atlas cadastral d’Henri Heuschling offre une vision plus structurée du territoire, bien que toujours divisé entre La Louvière et Saint‑Vaast pour des raisons de format[67]. Le paysage reste celui d’un hameau en expansion, où quelques routes principales, des chemins secondaires et des sentiers se mêlent à un habitat encore dispersé, représenté par des taches sombres sur le plan. La Louvière apparaît alors comme un ensemble en pleine mutation, où l’industrialisation naissante commence à transformer un espace jusque‑là essentiellement agricole[67].

Le territoire décrit ne présente que quelques habitations éparses, mais il est structuré par quatre voies majeures les chemins nos 1, 2, 7 et 9 auxquelles s’ajoutent une soixantaine de sentiers aux noms souvent pittoresques. Le chemin no 1, correspondant à l’ancienne chaussée charbonnière reliant Soignies à Mariemont, suit l’axe des actuelles rues Gustave Boël, Sylvain Guyaux, Hamoir et de Baume[68]. À partir de la Basse Louvière, il longeait la chapelle et la ferme monacale de La Louvière, l’auberge Saint‑Laurent[Note 4], puis la vaste ferme‑auberge Pary, dont les terres s’étendaient jusqu’au lieu‑dit Saint‑Hubert. Une carte de 1783 montre la chaussée bordée d’arbres, la fosse no 1 dite « fosse d’in haut » et, à l’horizon, la ferme Mathee, futur Drapeau Blanc[69]. En 1828, André Pary obtint l’autorisation officielle d’y construire une habitation, soumise à des prescriptions strictes concernant l’alignement, les matériaux et la finition. Agrandie vers 1890, la ferme fut démolie en 1909 lors de la liquidation des biens Nicaise et Delcuve[70]. Plus loin s’élevèrent la faïencerie Kéramis (1844), la ferme‑auberge Mathee et deux maisons appartenant à Augustin Demaret, avant que la chaussée ne traverse un long espace dépourvu de constructions jusqu’à Baume, alors le hameau le plus densément peuplé, doté de nombreuses maisons, de la houillère et de la ferme du Sars‑Longchamps, ainsi que de la première poterie Lecat exploitant l’argile locale[71]. Le chemin no 2, ancien axe Mons–Nivelles, croisait la chaussée charbonnière près de la ferme Mathee. Sur le territoire communal, il correspond aux actuelles rues de Bouvy et du Temple, où se trouvaient une maison appartenant à Joseph Pourbaix, un charbonnage et l’auberge de Constant Pary[72]. Le tracé gagnait ensuite le Placard du Hocquet, suivait l’actuelle rue Conreur, franchissait l’embranchement du canal, puis empruntait la rue des Bois vers Bois‑d’Haine[72].

Le chemin no 7 reliait Le Rœulx à Fontaine‑l’Évêque. Il quittait la chaussée à la Basse Louvière pour rejoindre Hocquet et Longtain par le chemin des Bœufs. Ces hameaux comptaient de nombreuses cours et ruelles, et accueillirent dès 1830 des familles flamandes attirées par les chantiers du canal, les lignes de chemin de fer, les verreries et les charbonnages[73]. Le Hocquet regroupait une trentaine de maisons, un grand moulin et une brasserie passée de Pierre Cordier à François Liénaux‑Delatte vers 1850. Le hameau de Longtain, alors appelé « Bouly », alignait quelques habitations le long de l’actuelle rue de Longtain. Aux abords du futur Tivoli‑Haut, une dizaine de maisons complétaient l’ensemble[73]. Le chemin no 9, reliant Saint‑Vaast à Crolière, correspond approximativement aux rues Mitant des Camps, des Champs, Machine‑à‑Feu, au boulevard Reine Astrid et à la rue de la Flache, où il rejoignait le chemin no 12, l’actuelle rue de la Franco‑Belge[74]. Ce dernier comptait vingt‑et‑une maisons et l’atelier abandonné de Marc Parmentier, directeur des forges, à l’emplacement des futures usines Anglo‑Franco‑Belge. Plus loin, le chemin no 2 menait au Bois de Saint‑Vaast, où se trouvaient la ferme de Sartiau et trente‑six habitations. Les secteurs de Mitant des Camps et Fonds Gaillards n’étaient alors que terres cultivées ponctuées de quelques maisons isolées[74]. L’Atlas ancien, minutieusement établi, offre ainsi la première vision complète de La Louvière : un territoire encore largement rural, structuré par un réseau de routes et de chemins, ponctué de rares habitations, de charbonnages et des berges rectilignes des embranchements du canal, au milieu des cultures, vergers et zones marécageuses[74].

Époque contemporaine

XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, plusieurs sociétés charbonnières exploitent les gisements du sous‑sol de Saint‑Vaast, notamment les charbonnages de La Louvière, ceux de La Paix et la société de Sars‑Longchamps. La prospérité de ces entreprises, ainsi que celle des exploitations voisines, favorise un développement rapide des infrastructures de transport[30]. Une chaussée charbonnière est aménagée pour faciliter l’acheminement de la houille, suivie en 1832 par l’ouverture d’un embranchement du canal Charleroi‑Bruxelles, puis en 1846 par la mise en service d’une ligne de chemin de fer Mons–Manage[30]. Ces équipements structurants encouragent l’implantation de nombreuses industries consommatrices de houille, en particulier les verreries et les entreprises de construction métallique, qui contribuent à l’essor industriel de la région[30]. Au début du XIXe siècle, l’essor industriel de la région s’accompagne de l’apparition d’une nouvelle élite socio‑économique, composée des fondateurs d’entreprises et de leurs dirigeants. Pour affirmer leur réussite, ces notables font édifier des demeures prestigieuses, qui deviennent des marqueurs visibles de leur statut[75]. En 1839, La Louvière est reliée au canal Charleroi‑Bruxelles, inauguré quelques années plus tôt, en 1832[76]. À cette époque, La Louvière n’est encore qu’un hameau de Saint‑Vaast, mais son développement s’accélère. En 1851, une église est construite sur l’actuelle place Jules Mansart, grâce à un double don de Lucie Boch et Abel Warocqué, figures influentes de la région. L’édifice, conçu pour accueillir environ 400 fidèles, constitue alors un élément structurant du paysage urbain. Il est toutefois démoli en 1873, dans le cadre des transformations qui accompagnent l’urbanisation croissante du centre louviérois[77],[78].

Forges, fonderies et laminoirs Boucquéau.

La première grande entreprise à s’implanter dans le hameau de La Louvière est la faïencerie Boch Frères, fondée en 1844. Cette installation industrielle joue un rôle déterminant dans l’essor démographique du secteur : l’arrivée d’ouvriers et de cadres stimule la croissance urbaine et attire rapidement d’autres établissements le long du chemin de fer et du canal Charleroi‑Bruxelles[30]. Entre le milieu des années 1850 et la fin des années 1860, une série d’industries s’installent successivement, contribuant à la transformation du hameau en un pôle industriel majeur[30]:

  • Verreries Daubesse (1851), spécialisées dans la production de verre creux.
  • Fonderie et laminoirs Boucquéau (1853), acteurs importants de la métallurgie locale.
  • Haut‑fourneau Cambier (1854), premier haut‑fourneau de la région du Centre, marquant une étape clé dans l’industrialisation sidérurgique.
  • Fonderie Parmentier et Libotte (1856), spécialisée dans les pièces moulées.
  • Verreries Fabry, Houtart et Cie (1859), renforçant le secteur verrier déjà très présent.
  • Compagnie Belge pour la Construction de Machines et Matériel de chemin de fer (1859), illustrant l’importance croissante des industries mécaniques.
  • Poterie Lecat (1860), exploitant les terres plastiques locales.
  • Boulonnerie Nicaise (1863), produisant boulons et pièces de fixation pour les industries métallurgiques.
  • Compagnie des laminoirs du Centre (1867), participant à l’expansion du secteur sidérurgique.
  • Laminoirs et fonderies de La Croyère (1867), implantés dans un hameau voisin en pleine mutation industrielle.

À ces établissements s’ajoutent diverses activités complémentaires : brasseries, fours à coke, minoteries, et autres ateliers liés à la transformation des matières premières. L’ensemble forme un tissu industriel dense, caractéristique de l’essor de La Louvière au XIXe siècle, où la proximité des voies de communication joue un rôle déterminant dans l’attractivité du territoire[30]. C'est à La Louvière que fut fondée la maison Dewachter[Quoi ?] en 1865[79]. L’essor charbonnier du Centre conditionna profondément l’aménagement du territoire : routes, canaux et voies ferrées furent conçus pour soutenir l’extraction, mais servirent rapidement à attirer d’autres activités industrielles[80]. La présence immédiate de la houille, ressource essentielle qualifiée de « pain de l’industrie », facilita l’implantation rapide d’usines diverses et transforma La Louvière et ses environs en un foyer industriel en expansion fulgurante[80]. Dès les années 1830, de nombreux établissements se répartissent entre Morlanwelz, Carnières, Haine-Saint-Paul, Haine-Saint-Pierre, Houdeng-Aimeries, Fayt, Péronnes-lez-Binche et Bracquegnies. Parmi les plus significatifs pour La Louvière figurent la brasserie Brogniez (1836) et la première sucrerie de betteraves du canton du Roeulx, fondée la même année à Saint-Vaast par Faignart-Boucqueau[81]. En 1840, l’autorisation royale permet l’installation des Verreries Saint-Laurent, spécialisées dans le verre à vitre et la fabrication de carbonate de soude, à proximité du Thiriau. Cette implantation entraîne la construction de logements ouvriers le long de la Chaussée[81]. La décennie suivante voit naître la faïencerie Boch Frères (1844), puis la verrerie Daubresse (1851) établie près du canal. En 1853, Ernest Boucqueau obtient l’autorisation de créer une usine métallurgique comprenant fonderies et laminoirs au bas du Hocquet, site repris en 1880 par Gustave Boël, donnant naissance aux futures Usines Boël[82]. Le premier haut-fourneau du Centre est érigé en 1854 pour Cambier Frères, suivi en 1855 par douze fours à coke de la société charbonnière de La Louvière[83]. Les années suivantes voient s’ajouter les ateliers métallurgiques Parmentier et Libotte (1856), un second haut-fourneau Cambier (1858), une verrerie à bouteilles et fours à coke fondée par Fabry et Houtart (1859), ainsi que les fours à coke de Pillette et Cie la même année[84]. La poterie Lecat s’installe en 1860 le long du chemin de fer de Houssu, exploitant l’argile locale, tandis qu’une fabrique de céramique s’établit rue Fonds des Eaux. En 1861, la société charbonnière obtient l’autorisation d’ériger trois nouveaux groupes de fours à coke[84]. En 1863, Houtart et ses associés ajoutent une verrerie à vitres à leurs installations, et Charles Nicaise ouvre une fabrique de boulons, future origine des Boulonneries et Étamage de La Louvière, transférée en 1870 vers le Hocquet[84].

L’année 1867 marque l’entrée en activité des Laminoirs du Centre, situés derrière la Maison communale, tandis que Parmentier et consorts fondent à La Croyère une usine de laminoirs et fonderies[84]. En 1869, la Compagnie belge pour la construction de matériel ferroviaire ouvre ses ateliers à La Croyère, futurs établissements de la Société Franco-Belge[85]. À ces industries s’ajoutent encore plusieurs moulins et brasseries. Les habitants se fournissaient autrefois au moulin à eau de Saint-Vaast ou aux moulins à vent du Hocquet et de Bois-d’Haine, avant que le bourgmestre Amand Mairaux n’installe vers 1850 une minoterie à la Chaussée, devenue plus tard le moulin Dambot[86]. Les premières brasseries locales incluent Brogniez, la brasserie du Moulin et la brasserie Duby du Hocquet. Cet ensemble d’implantations industrielles, étroitement lié à la disponibilité du charbon et aux infrastructures de transport, constitue la matrice du développement de La Louvière et de son identité industrielle[86].

Développement du chemin de fer à La Louvière

La ligne de chemin de fer reliant La Louvière à l’Etoile‑Bascoup, communément appelée par la population locale « Chemin de fer des Anglais », fut construite et exploitée par The Namur and Liège Railway Company with its extensions, société fondée à Londres en 1845. Par arrêté royal du , cette compagnie fut déclarée concessionnaire des lignes de Namur à Liège ainsi que du réseau destiné à relier les charbonnages du Centre à Manage et à Mons[87]. L’objectif principal de ce dernier ensemble ferroviaire était d’assurer la communication entre les charbonnages du Levant de Mons et du Centre notamment ceux de Sars‑Longchamps, Mariemont et Bascoup et le réseau de l’État, via Manage et Mons. L’infrastructure comprenait la ligne double voie de Mons à Manage et l’embranchement de La Louvière à l’Etoile, qui prit rapidement dans la région l’appellation de Chemin de fer des Anglais[88]. Les travaux de construction débutèrent le et furent menés avec une rapidité remarquable pour l’époque. Ils furent achevés en moins de deux ans, malgré les difficultés techniques que représentaient notamment le remblai nécessaire pour franchir le ravin du Rieu de Beaume et la réalisation du plan incliné de l’Etoile, long de six cents mètres et présentant une pente de neuf centimètres par mètre[88]. La ligne fut ouverte au transport des marchandises pondéreuses le , puis au transport des voyageurs le . Elle mesurait environ treize kilomètres et demi[88]. Depuis La Louvière, l’embranchement suivait le raccordement des charbonnages de Sart‑Longchamps, franchissait la branche de Bouvy sur un pont mobile, traversait le ravin du Rieu de Beaume et atteignait les installations des charbonnages de Houssu[88]. Il coupait ensuite à niveau la chaussée de Mons à Nivelles, contournait les verreries de Mariemont, desservait les charbonnages de Haine‑Saint‑Pierre, longeait le parc et les ruines de l’ancien château de Mariemont, puis se développait en courbes jusqu’aux exploitations du même nom[88]. À l’Olive, en pleine forêt de Mariemont, la voie s’élevait par un plan automoteur jusqu’à l’Etoile, avant de longer la ligne concédée à la Société des embranchements du canal de Charleroi et de se terminer au viaduc de Bascoup[88].

Le transport des voyageurs s’effectuait uniquement jusqu’à la halte de l’Olive. Sur ce parcours, cinq stations intermédiaires étaient desservies : Houssu, Beaume, La Verrerie, Saint‑Adolphe et Mariemont. Le trajet durait environ vingt‑cinq minutes. Les tarifs étaient de 55 centimes en première classe, 40 centimes en seconde et 30 centimes en troisième, des montants modestes comparés aux prix contemporains du transport ferroviaire. La ligne eut toutefois une existence relativement brève : la section principale Mons‑Manage fut reprise par l’État belge le , tandis que l’embranchement La Louvière‑Olive semble avoir été exploité encore quelques années, jusqu’à l’ouverture par l’État de la ligne de Beaume à Marchienne, concédée le [89]. Le tracé ancien peut encore être partiellement reconstitué. Depuis les abords du canal, il suivait l’actuelle rue du Gazomètre puis la rue de l’Olive, dont le nom rappelle l’ancienne ligne. Le remblai franchissant le ravin du Rieu de Beaume constitue l’un des rares vestiges visibles, menant à l’emplacement de l’ancienne station de Houssu, dont subsistent deux bâtiments en briques caractéristiques des gares du milieu du XIXe siècle[90]. Plus loin, les haltes de Beaume et de La Verrerie ont disparu, tandis que la gare de Mariemont (Saint‑Adolphe) se situait à proximité immédiate du parc et des ruines du château royal. La halte de l’Olive, dont les bâtiments subsistent encore, marquait la fin du parcours des voyageurs[91]. Au‑delà, seuls les wagons de charbon poursuivaient vers le plan incliné menant à l’Etoile et aux puits de la Société des charbonnages de Bascoup. C’est sur ce plan incliné que l’ingénieur Émile Parent, de Haine‑Saint‑Pierre, trouva la mort le lors de l’essai d’un système de freinage automatique de son invention[92]. L’Olive et son plan incliné demeurent aujourd’hui des témoins silencieux des débuts du chemin de fer dans la région du Centre, bien que leur mémoire s’efface progressivement[92]. Aucun vestige du tracé ne subsiste désormais sur le territoire de La Louvière. Le rôle des chemins de fer dans le développement de la cité fut néanmoins déterminant, et leur histoire se poursuit dans la suite des événements ferroviaires de la région[92].

Développement du hameau de La Louvière

Au milieu du XIXe siècle, La Louvière connaît une mutation fulgurante. L’exploitation du charbon, l’ouverture des routes, du canal et du chemin de fer, ainsi que l’implantation d’usines métallurgiques et verrières, transforment en quelques années un territoire encore rural en un centre industriel dense[93]. Cette croissance attire une main‑d’œuvre abondante venue de diverses régions du pays et de l’étranger, mais la plupart de ces travailleurs doivent parcourir quotidiennement de longues distances, parfois deux heures de marche, faute de logements disponibles à proximité des sites de production[93]. La pénurie d’habitations devient critique : les loyers atteignent ceux des grandes villes, les maisons libres sont immédiatement prises d’assaut et certaines demeures sont occupées avant même leur achèvement[93]. Les archives communales témoignent d’une situation où plus de 4 000 ouvriers répartis entre les charbonnages, les hauts‑fourneaux, les laminoirs, les verreries et les ateliers ferroviaires travaillent chaque jour dans la localité, un chiffre confirmé par les statistiques officielles de 1865[93].

La pression démographique se manifeste partout : l’école prévue pour moins d’une centaine d’élèves en accueille plus de deux cents, l’église paroissiale ne peut contenir qu’une fraction des quelque 7 000 habitants[Note 5], et même les séances du conseil communal se déroulent dans une salle de cabaret[94]. Sous l’impulsion du bourgmestre de Saint‑Vaast, Amand Mairaux, l’administration décide alors d’agrandir le quartier de La Louvière[94]. Un avant‑projet, rédigé par les architectes Cluysnaert, Beyaert et Hubert, prévoit la construction d’écoles, d’une nouvelle église, d’une maison communale, d’un presbytère, ainsi que la création de rues et de places destinées à structurer une véritable cité[95]. Le choix de l’emplacement suscite un débat. Plusieurs zones sont envisagées, mais Mairaux défend la plaine du Hocquet, vaste de seize à dix‑sept hectares, légèrement surélevée, proche de la station ferroviaire et du canal, et surtout épargnée par les anciens travaux miniers susceptibles de fragiliser les constructions. Il souligne que ce site constitue un lien naturel entre La Louvière existante et les pôles industriels du Hocquet, tout en rapprochant les hameaux de La Croyère, Longtain et des Bois[96]. Les critiques évoquant un terrain marécageux, des fumées industrielles ou l’impossibilité de creuser des puits sont réfutées par l’administration, qui rappelle l’absence d’inondations, la rareté des vents poussant les fumées vers la future cité et la réussite d’un puits récemment creusé sans difficulté. Pour Mairaux, les objections relèvent davantage de rivalités locales que d’arguments sérieux, et l’intérêt général commande de fixer l’agrandissement sur cette plaine stratégique[97].

La séparation

Le projet d’agrandissement de La Louvière, au milieu du XIXe siècle, provoqua une vive agitation au sein de la commune de Saint‑Vaast. Dès 1865, les habitants du vieux noyau villageois et ceux du hameau de Baume exprimèrent une opposition farouche, matérialisée par une pétition de plusieurs centaines de signatures dont un grand nombre de simples croix dénonçant un projet jugé inéquitable[98]. Leur principal grief tenait à l’idée que les fonds communaux serviraient exclusivement à doter La Louvière d’infrastructures publiques, alors que Baume, pourtant plus ancien et longtemps plus peuplé, ne possédait ni église[Note 6], ni écoles, ni équipements collectifs. Les opposants accusaient La Louvière de vouloir concentrer à son profit les institutions et les investissements, au détriment des autres hameaux[98]. La controverse prit rapidement un tour passionné : brochures, manifestes et pétitions se multiplièrent, chacun avançant arguments et répliques dans un climat de rivalité locale. Les habitants de Baume soutenaient que l’extension projetée relevait davantage d’intérêts privés que d’un véritable besoin public, insinuant que certains conseillers communaux, propriétaires de terrains stratégiques, cherchaient à tirer profit de l’opération[98]. Le Conseil communal répliqua en affirmant vouloir organiser rationnellement l’urbanisation, éviter la dispersion des habitations et préparer l’avenir démographique de la localité. Il défendit également l’intégrité morale des élus mis en cause, dénonçant les attaques personnelles et les accusations de spéculation[98]. À ces tensions s’ajoutèrent les protestations d’industriels dont les installations auraient été traversées ou amputées par les nouvelles rues prévues. Certains, comme Victor Boch, proposèrent des concessions à condition de modifier l’emplacement des aménagements, tandis que d’autres, tels les Laminoirs du Centre, engagèrent des actions judiciaires pour bloquer certaines percées urbaines[99]. Les commerçants du Vieux Saint‑Vaast, déjà affectés par le transfert de l’administration communale vers La Louvière, redoutaient quant à eux les « dépenses somptuaires » et la perte d’activité que provoquerait le déplacement des pôles de vie. Leur ressentiment fut tel que la place abandonnée fut ironiquement surnommée « place des Martyrs »[100]. Malgré l’ampleur des oppositions, le Conseil communal valida définitivement le projet le . L’épisode, marqué par une succession de conflits d’intérêts, de rivalités locales et de débats passionnés, illustre la transition délicate d’une commune rurale vers une organisation urbaine moderne, où chaque hameau cherchait à préserver son influence et ses avantages historiques[101]. Au milieu du XIXe siècle, le Conseil provincial du Hainaut examina longuement le projet d’extension de La Louvière, alors simple hameau de Saint‑Vaast[102]. Après environ six mois d’étude, la Députation permanente entendit le bourgmestre Amand Mairaux, ainsi que des représentants industriels tels que ceux des Laminoirs de Baume et de la firme Boch frères. Les opposants, menés par Adolphe Lecat et le notaire Coppée, furent également reçus[102]. Malgré leurs objections, la Députation valida à l’unanimité, le , la décision du Conseil communal favorable au développement du hameau[102]. Cette approbation suscita des manifestations populaires, dont une procession aux flambeaux accompagnée d’une aubade de l’Harmonie locale, saluant ce qui fut perçu comme la victoire politique de Mairaux et la garantie de l’essor futur de La Louvière[102].

Le , un arrêté royal entérina la délibération du Conseil communal de Saint‑Vaast du précédent. Ce texte officialisait l’adoption d’un plan général d’alignement destiné à structurer un réseau de rues et de places, ainsi que l’acquisition amiable ou par expropriation des terrains nécessaires à la construction d’une église, d’un presbytère, d’une maison communale et de deux écoles. L’année 1866 vit également une élection locale qui, malgré l’arrivée d’une opposition renforcée, laissa intacte la majorité favorable à Mairaux[102]. Le , le Conseil approuva les premières acquisitions foncières et autorisa le recours à l’expropriation judiciaire pour les propriétaires récalcitrants. Les plans de l’architecte Hubert pour l’église et la maison communale furent adoptés, avec des devis respectifs de 160 000 et 60 000 francs[103]. Le Conseil valida aussi l’ouverture et le nivellement des nouvelles voies sur la plaine de Maugrétout, en attribuant des noms aux rues et places projetées parmi lesquelles la Grand‑Place, la place Communale, la rue du Commerce, la rue de la Loi, la rue Kéramis, le boulevard du Marais (futur boulevard Mairaux), la rue des Forgerons, la rue de la Paix, les rues de l’Union et de la Fraternité, ainsi que les rues du Curé et de l’École[103]. Une impasse proche de la maison communale reçut ironiquement le nom d’Impasse de l’Opposition. Un droit de façade, variant de 15 à 50 francs selon l’emplacement, fut instauré et approuvé par arrêté royal le . La même année, une nouvelle rue reliant Mathée à Tin‑Venant fut décidée afin de connecter directement Mitant des Camps au centre communal[104]. À mesure que La Louvière se développait, son dynamisme industriel surpassa rapidement l’importance du village agricole de Saint‑Vaast. Les intérêts divergents des deux communautés devinrent de plus en plus difficiles à concilier. Dès 1866, une partie des habitants de Saint‑Vaast considéra la séparation comme inévitable et organisa une pétition en ce sens[105]. Contrairement à une idée répandue, Mairaux tenta d’éviter ce morcellement et fit voter à deux reprises, en 1865 et 1866, des motions défavorables à la scission. Ses efforts restèrent toutefois sans effet[105]. Le , le baron de Macar présenta à la Chambre des représentants un rapport exposant clairement, dans un style administratif dépouillé, la situation devenue intenable entre les deux entités[105].

Indépendance

La commune de Saint‑Vaast se composait au XIXe siècle de deux noyaux distincts : un centre rural, Saint‑Vaast, et un pôle industriel en pleine expansion, La Louvière[106]. Dès 1865, plusieurs habitants réclamèrent la séparation des deux territoires, invoquant l’éloignement entre les sections, le manque d’attention accordé à la partie agricole par l’administration locale et la crainte de devoir financer des projets d’urbanisation profitant presque exclusivement à La Louvière[106]. Le conseil communal et le conseil provincial du Hainaut reconnurent la légitimité du principe de séparation, mais divergèrent sur la délimitation précise du futur territoire communal[106]. Six tracés successifs furent envisagés sans qu’aucun ne satisfasse pleinement les autorités. Le gouvernement proposa finalement une frontière proche de celle retenue par le conseil provincial, mais attribuant environ dix‑sept hectares supplémentaires à La Louvière afin de garantir à chaque nouvelle entité un espace jugé suffisant. L’enjeu principal concernait le hameau de la Paix, zone industrielle en devenir, dotée d’une station ferroviaire liée au charbonnage de La Louvière[107]. Le gouvernement considérait que rattacher ce hameau à Saint‑Vaast priverait la future commune industrielle d’une part importante de ses ressources fiscales, notamment celles provenant des activités houillères et des taxes locales sur les établissements industriels[108]. La commission parlementaire interrogea le ministre de l’Intérieur sur les conséquences financières d’un éventuel transfert du siège d’exploitation minière vers un territoire relevant de Saint‑Vaast[108]. Le gouvernement répondit que les taxes locales ne pourraient plus être perçues par La Louvière si l’exploitation se trouvait administrativement située dans une autre commune, sauf cas exceptionnels prévus par la loi[109]. Il souligna que la future commune industrielle devait conserver les moyens de financer des charges administratives plus lourdes que celles d’une commune rurale[110].

La place Maugrétout et l'église Saint-Joseph, (carte postale).

Malgré une pétition des huit chefs de famille du hameau de la Paix souhaitant rester rattachés à Saint‑Vaast, la commission estima équitable que la zone industrielle soit intégrée à La Louvière, considérant que ceux qui bénéficieraient des investissements devaient aussi en supporter les charges[110]. Deux membres s’abstinrent, jugeant que la modification proposée par le gouvernement n’était pas suffisamment justifiée par rapport au projet provincial[110]. La délimitation retenue suivait des repères naturels et ferroviaires, et les deux communes apparaissaient viables : La Louvière comptait environ 7 630 habitants pour 868 hectares, Saint‑Vaast près de 996 habitants pour 451 hectares[110]. Chacune disposait déjà des infrastructures essentielles église, presbytère, cimetière et école et les budgets prévisionnels montraient des finances équilibrées[111]. Le principe de séparation fut adopté à l’unanimité par la commission, et le projet de loi fut approuvé à la majorité. La Louvière devint officiellement une commune par le vote du [112], sanctionné par arrêté royal le [113], suivi d’un arrêté fixant la classification administrative des deux nouvelles entités[114]. Le , le premier conseil communal de la commune indépendante de La Louvière a eu lieu dans un café situé près de l'actuelle place Jules Mansart[115].

La création de la commune de La Louvière marque la clôture d’un long chapitre partagé avec Saint‑Vaast, dont elle s’émancipe désormais pour devenir une entité administrative autonome inscrite dans l’histoire nationale[116]. Cette naissance institutionnelle posa toutefois d’importants problèmes de tracé, car toute délimitation territoriale réveille intérêts locaux, rivalités politiques et querelles personnelles, rendant l’accord final presque miraculeux[116]. En théorie, la nouvelle commune aurait dû adopter un périmètre simple et régulier ; en pratique, elle hérita d’un contour irrégulier, fruit de compromis laborieux[116]. Au nord‑est, les frontières avec Houdeng‑Goegnies, Bois‑d’Haine et Haine‑Saint‑Paul suivent des lignes sinueuses. Le territoire de Houdeng franchit le canal et s’étire jusqu’aux abords de La Croyère et de Bois‑de‑Saint‑Vaast, où la rivière du Thiriau tente tant bien que mal de justifier une démarcation particulièrement capricieuse[117]. Plus au sud‑est, la limite avec Haine‑Saint‑Paul devient encore plus incohérente : au lieu de retenir la Chaussée de Mariemont, axe rectiligne et logique, on adopta un tracé en zigzag qui place parfois deux maisons voisines dans des communes différentes, phénomène visible tant sur la Chaussée que dans la rue des Rentiers[118]. La situation se complique encore au Tierne du Bouillon, étroite bande de terre où La Louvière et Haine‑Saint‑Paul se frôlent, tandis que certaines habitations de la rue Ferrer, officiellement situées à Haine‑Saint‑Paul, relèvent pourtant de La Louvière[118]. Vers le sud, le quartier de Fonds Gaillards constitue une autre anomalie : enclavé dans Saint‑Vaast et privé depuis la disparition du pont Maugin de liaison directe avec La Louvière, il ne communique plus avec celle‑ci que par un chemin traversant Saint‑Vaast[118]. Son rattachement à La Louvière se justifiait par l’éloignement du centre de Saint‑Vaast, mais il n’en demeure pas moins une curiosité administrative[118].

À l’ouest enfin, le quartier de la Barette forme un point de rencontre complexe où se rejoignent les territoires de Trivières, Houdeng‑Goegnies et Houdeng‑Aimeries, configuration dont le nom même de « Barette » évoque le caractère éclaté et pittoresque[118]. La fusion des communes en 1977 a largement effacé ces incohérences, mais l’étude historique de La Louvière impose de rappeler l’étonnante mosaïque territoriale qui caractérisait la situation antérieure[119]. La création officielle de La Louvière fut marquée par une coïncidence tragique : la veille du vote qui érigeait le hameau en commune autonome, son principal artisan, Amand Mairaux, mourut subitement[120]. Le , alors qu’il participait au Conseil de révision de la milice à Soignies, il fut terrassé par une apoplexie dans la maison de Maximilien Demaret Demeulde, en présence de son ami Jules Derideau. Le lendemain devait lui être remis l’acte officialisant la naissance de la nouvelle commune, qu’il ne gouvernerait jamais[121]. Né à Frasnes-lez-Couvin le , fils de Célestin Mairaux et de Marie‑Agnès Gilliaux, Amand Mairaux mena des études brillantes avant de s’établir dans la région du Centre comme négociant en vins. Installé à Haine‑Saint‑Pierre puis à Saint‑Vaast, il épousa en 1842 Marie‑Philippe Thiriar, héritière d’une lignée liée aux premiers charbonnages locaux[122]. Il développa ensuite un moulin moderne sur les bords de la Haine et fit construire une demeure qui correspond aujourd’hui à l’emplacement du lycée de la rue de Bouvy. Dès lors, il résida à La Louvière, alors simple hameau dépendant de Saint‑Vaast[123].

Personnalité affable et très populaire, il fut élu conseiller communal en 1853, puis nommé bourgmestre de Saint‑Vaast en 1854. Son installation fut célébrée avec éclat, mais déjà transparaissaient les tensions entre le vieux village et le hameau en pleine expansion[124]. On lui reprochait de favoriser La Louvière, notamment lors des débats sur l’agrandissement du centre urbain. Ses adversaires l’accusèrent même d’agir pour des intérêts fonciers personnels, accusations démenties par la situation précaire dans laquelle il laissa sa famille : malgré son rôle moteur dans le développement local, il mourut sans fortune[125]. Sa vie publique fut également marquée par des polémiques, comme lorsqu’il défendit publiquement la danse contre un sermon du curé local, déclenchant une violente réaction anticléricale[126]. Sa vie privée fut endeuillée par la mort successive de ses quatre enfants, disparus entre cinq et vingt‑quatre ans. Après son décès, son épouse, incapable de maintenir l’activité du moulin, dut vendre progressivement tous les biens familiaux avant de finir dans une situation de grande pauvreté[127]. Figure fondatrice de La Louvière, administrateur intègre et visionnaire, Mairaux fut reconnu après sa mort comme l’un des artisans essentiels de l’émancipation de la commune[128]. Une souscription publique lancée en 1894 permit d’ériger un monument en son honneur, consacrant la mémoire d’un homme dont l’action avait profondément façonné l’avenir du Centre[129].

Les grèves au XIXe siècle à La Louvière et dans la région

Les premières grandes tensions sociales du bassin du Centre éclatèrent en 1864 aux charbonnages de Bois‑du‑Luc, où une grève de sept semaines, déclenchée par divers griefs ouvriers, se solda par un échec. Le lendemain de la reprise, l’arrestation du mineur Vital Maréchal ralluma la contestation : les patrons obtinrent finalement un non‑lieu, et sa libération fut célébrée en cortège, signe d’une solidarité ouvrière encore dépourvue d’organisation formelle[130]. En 1868, un mouvement similaire surgit au charbonnage d’Houssu, non pour des revendications salariales mais pour exiger la libération d’un mineur, Bertinchamps, arrêté après une altercation avec des travailleurs venus remplacer les grévistes[131]. Les cinq cents ouvriers cessèrent immédiatement le travail et défilèrent en chantant jusqu’à obtenir sa remise en liberté, accueillie triomphalement à Haine‑Saint‑Paul, où un cortège symbolique le fit traverser les localités voisines monté sur un âne, image volontairement provocatrice de la cohésion du monde minier[132].

La première maison du peuple à Jolimont.

Dans ces mêmes années, les premières structures syndicales se mirent en place autour d’une cotisation modeste et du journal L’Internationale, tandis que l’Union des Métiers, fondée en 1871, lança une campagne pour la journée de dix heures, obtenue en 1872 après une manifestation d’ampleur régionale[133]. Les conflits restaient cependant fréquents : en 1871, les forgerons de la Franco‑Belge à La Croyère cessèrent le travail durant sept mois pour obtenir le départ d’un contremaître réputé brutal, Berlique. Celui‑ci, revenu un an plus tard comme simple ouvrier mais à un salaire inférieur au tarif syndical, provoqua une nouvelle crise ; les trente‑quatre forgerons qui l’avaient sommé de partir furent condamnés à deux mois de prison, tandis que l’intéressé quittait discrètement l’usine, évitant de justesse une seconde grève[134]. Le premier congrès des mineurs, réuni à Jolimont en , décida d’opposer une grève générale à la réduction de 20 % des salaires imposée par les compagnies. Le mouvement s’étendit rapidement : sept mille mineurs sur dix mille quittèrent les puits, plongeant la région dans une atmosphère quasi militaire[135]. Après deux mois d’un bras de fer perdu d’avance, les ouvriers durent accepter la baisse salariale, et l’Union des Métiers ne survécut pas à cette défaite[135]. Mais cette période de luttes, marquée par des grèves répétées, des arrestations, des cortèges et les premiers embryons d’organisation collective, annonçait déjà les affrontements sociaux plus vastes qui allaient structurer durablement l’histoire ouvrière du Centre[135].

La nouvelle maison du peuple de Jolimont devenue une maison de repos.

L’année 1886 fut marquée, dans le bassin industriel du Centre, par une crise sociale d’une rare intensité. Les émeutes nées de la faim et du chômage dans le pays de Charleroi gagnèrent La Louvière, où l’armée fut déployée et où la ville vécut pratiquement en état de siège[136]. Le Conseil communal, réuni le , entérina des arrêtés interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes ainsi que tout déguisement, tandis que des patrouilles nocturnes étaient organisées[137]. Les industriels locaux, consultés sur le cantonnement des troupes, décidèrent de prendre à leur charge l’indemnité journalière destinée à l’entretien des soldats, répartie équitablement entre eux par l’administration[138]. L’agitation de 1886 favorisa l’émergence, dès 1887, des premiers syndicats structurés du Centre, dont la cotisation mensuelle oscillait entre 25 et 50 centimes[139]. Cinq organisations virent d’abord le jour, notamment aux puits Saint‑Abel et Saint‑Arthur, à Haine‑Saint‑PierreLa Hestre, à Houssu ou encore à Sars‑Longchamps et La Louvière[140]. Leur effectif resta toutefois limité, autour de 500 à 600 membres, mais ces groupements posèrent les bases d’un mouvement ouvrier organisé[140]. En 1890, un conflit emblématique éclata à Strépy‑Bracquegnies autour de la « Warocquière », un appareil vétuste utilisé pour la descente des mineurs. Le syndicat, invoquant l’insécurité de l’engin, exigea le retour aux cages d’extraction. La grève fut brève : une enquête de l’Administration des Mines confirma le danger, et la compagnie dut céder[140]. Les ouvriers réclamèrent ensuite l’indemnisation d’une semaine perdue ; le litige, porté devant le Conseil de prud’hommes de La Louvière, fit date. Après deux ans de procédure, le tribunal civil de Mons confirma la victoire ouvrière : 10 000 francs de salaires furent accordés, ainsi que les frais de justice[141]. Parallèlement, les laminoirs de Baume furent le théâtre d’un autre affrontement. Les ouvriers, soumis à un travail continu y compris le dimanche, revendiquèrent le repos hebdomadaire[142]. Une grève éclata après la menace de licenciement des absents du dimanche ; elle dura une dizaine de jours et se solda par la reconnaissance du repos dominical, malgré une tentative patronale ultérieure de revenir en arrière[142]. En 1891, une nouvelle grève éclata aux mêmes laminoirs après une double réduction salariale de 7 % puis 5 %. Malgré la présence de gendarmes et plusieurs condamnations, le mouvement dura neuf semaines et obtint le retrait de la seconde diminution[142].

XXe siècle

La développement du réseau vicinal
Tram de la ligne 90 à Bouvy en 1981.

La création de la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux en 1884 s’inscrit dans un contexte de crise profonde où agriculture, commerce et industrie s’enfoncent dans la stagnation. L’État voit dans un réseau secondaire de transport à bas tarif un moyen de revitaliser les localités et de compléter les infrastructures existantes[143]. Les premiers trams à vapeur du Centre, mis en service à La Louvière le , deviennent aussitôt un symbole de modernité malgré leurs performances médiocres : machines bruyantes, fumigènes, incapables de gravir correctement les côtes de Houdeng ou de Baume, elles accumulent retards et pannes au point d’inspirer des satires populaires comme la revue « N’avez nin vu l’tram ? »[144]. Leur fonctionnement reste pourtant essentiel, notamment durant la guerre de 1914‑1918, lorsque le tram à vapeur constitue l’unique liaison entre La Louvière et Bruxelles, au prix de trajets interminables, de descentes forcées pour pousser la motrice et de fouilles allemandes visant le trafic clandestin de beurre[145]. En 1893, le réseau du Centre totalise 20 km répartis sur trois lignes, transporte environ 1 100 voyageurs par jour et fonctionne avec seulement douze agents, mais il accumule des déficits croissants qui menacent sa survie[146]. Sous l’impulsion d’administrateurs comme Augustin Gilson ou Edmond Peny, une réorganisation technique et financière s’engage : amélioration du matériel, extension des lignes et surtout adoption de la traction électrique, seule capable d’assurer la prospérité durable des vicinaux du Centre[147]. L’électrification du réseau vicinal du Centre, confiée à l’Union Elektricitats Gesellschaft de Berlin, entra en service en et marqua le début d’une phase d’expansion rapide. Les rapports de l’époque soulignent une fréquentation spectaculaire, surtout le dimanche, où les motrices étaient prises d’assaut[147]. Dès 1905, les voitures furent équipées de chauffage et, entre 1906 et 1911, les principales lignes actuelles furent progressivement ouvertes. En 1907, on comptait déjà près de 180 passages quotidiens devant le Drapeau Blanc[Note 2], signe d’une activité intense[148]. En 1911, le réseau reliait La Louvière à Rœulx, Bracquegnies, Familleureux, Manage, Fontaine-l’Évêque ou Trazegnies, tandis que survivait encore la dernière ligne à vapeur entre Binche et La Louvière. Un projet singulier, jamais concrétisé, envisageait même une boucle urbaine reliant les rues principales de la ville sous le nom de « Circuit de La Louvière »[148].

L’entrepreneur Gustave De Witte, figure du cinéma local, introduisit dès 1925 des trams spéciaux permettant aux spectateurs des salles louviéroises de regagner tardivement les communes voisines. La multiplication des lignes compliquait toutefois l’orientation des voyageurs, au point que les conducteurs étaient constamment sollicités. Ce n’est qu’en 1926 que l’indication frontale des destinations fut généralisée[149]. L’amélioration du réseau avançait lentement : la modification du terminus de Bouvy, envisagée en 1927 pour supprimer des manœuvres dangereuses, ne fut réalisée qu’après trois décennies. Les règles de voyage évoluaient également : en 1928, le fumoir pouvait se trouver soit dans la motrice, soit dans la remorque selon les lignes, avant qu’une interdiction générale de fumer ailleurs que sur les plates-formes ne soit imposée en 1929 pour préserver la propreté des voitures[150]. En facilitant les déplacements et en densifiant les échanges entre localités, les Vicinaux jouèrent un rôle majeur dans la cohésion et la prospérité du Centre[151]. Consciente de la concurrence croissante de la route, la société modernisa continuellement son matériel et compléta son offre par un service d’autobus inauguré en 1948 entre Jolimont et Mont-Sainte-Aldegonde via Haine-Saint-Pierre, Péronnes, Binche et Leval[151]. Ce premier itinéraire de 22 km, cadencé toutes les deux heures, fut étendu en 1953 vers Cronfestu d’un côté et Pont-à-Celles de l’autre, portant la longueur totale à 57 km avec une fréquence horaire[151].

L'envol d'un dirigeable en 1907

Un ballon dirigeable fit sensation à La Louvière le , à une époque où les grandes puissances, engagées dans la « paix armée », suivaient de près les progrès de la navigation aérienne. Les succès de Santos‑Dumont et des Lebaudy avaient popularisé les dirigeables, et l’annonce d’une ascension locale suscita un enthousiasme considérable[152]. Dès juin, la presse détailla les caractéristiques de l’aérostat : un ballon cylindro‑biconique d’environ 500 000 litres, équipé d’un moteur de 50 CV, d’une grande hélice, de ballonnets compensateurs et d’un gouvernail. Le programme prévoyait le lancement de ballons précurseurs, une salve de 500 détonations, un salut à la ville et, si le temps le permettait, un vol de 25 à 30 km avant retour au point de départ[153]. Quelques sceptiques furent rassurés par une lettre du Directeur de l’Institut aéronautique de Paris, J.-M. Dubois, confirmant la venue d’un dirigeable, tout en rappelant qu’il ne pouvait évoluer qu’en atmosphère calme. L’attente demeura néanmoins immense : les habitants louaient leurs fenêtres, les cartes illustrées se vendaient, et des milliers de voyageurs avaient réservé leur trajet vers La Louvière[154]. Le , dès le matin, les préparatifs commencèrent sur la place Maugrétout. Le gonflement révéla un ballon de forme sphérique prolongé de deux cônes, sans trace visible des équipements spectaculaires annoncés. Malgré un vent capricieux, l’opération attira une foule considérable, marquant durablement la mémoire locale[155].

Un vaste public, estimé à près de cinquante mille personnes, se rassembla sur la place Maugrétout pour assister à l’ascension d’un dirigeable présenté comme une prouesse technique. Les toits, fenêtres et rues voisines étaient noirs de monde, tandis qu’un ballon captif flottait au-dessus des immeubles et qu’un orchestre tentait de maintenir l’attention générale[156]. Après de longs préparatifs, l’appareil, accompagné de ballons-pilotes décoratifs, fut déclaré prêt. Le bourgmestre de La Louvière, Sylvain Guyaux, prit place dans la nacelle, déclenchant un silence solennel. Au signal, le dirigeable s’éleva lentement sous les applaudissements, drapé d’un oriflamme national et salué par la Brabançonne[157]. Après une montée presque verticale, il sembla hésiter au-dessus de la place avant de dériver doucement vers Longtain, puis de disparaître au loin. L’engin atterrit finalement, après une demi‑heure de vol, dans une prairie de Pont‑à‑Celles, d’où il fut discrètement rapatrié en voiture. Seul le bourgmestre, qui avait rassuré sa famille par télégramme, se déclara satisfait de l’expérience[158]. À La Louvière, la déception fut immense. Les spectateurs venus parfois de loin quittèrent la ville en maugréant, et l’épisode devint rapidement un sujet de moqueries régionales[158]. L’événement, pourtant indépendant de la volonté des organisateurs, jeta longtemps une ombre sur les festivités locales, au point que tout spectacle inédit était ironiquement comparé au « dirigeable »[158]. Malgré les progrès aéronautiques ultérieurs et l’organisation de concours prestigieux comme celui de la Coupe Gordon‑Bennett, l’affaire demeura un symbole durable, inspirant chansons satiriques et souvenirs amers[158].

Manifestations et grèves

En 1910, La Louvière fut le théâtre d’un affrontement hautement symbolique entre le Parti catholique et le cartel libéralsocialiste, épisode resté dans les mémoires sous le nom de « bataille du bleu et du rouge ». Une grande manifestation catholique, organisée malgré les mises en garde du curé Bourgeois, quitta le patronage de la rue Milcamps pour rejoindre l’Institut Saint‑Joseph. Alors que le cortège avançait, il croisa une contre‑manifestation descendue de la Chaussée, issue du Drapeau blanc[159]. Au carrefour des rues Kéramis, Basse et Guyaux, les deux groupes se rencontrèrent et les catholiques furent aspergés de poudres colorées bleues et rouges, projetées en nuages visibles de loin. La scène, à la fois burlesque et tendue, se transforma en poursuite jusqu’à l’Institut, où les manifestants trouvèrent refuge, tandis que plusieurs prêtres gagnèrent précipitamment la gare[160]. L’épisode inspira même l’idée d’une plaque commémorative rappelant que « la calotte y reçut plus de couleur que d’honneur ». Cette agitation reflétait le ressentiment d’une commune jugée délaissée par les autorités catholiques, contrairement à Binche ou Soignies, mieux dotées en infrastructures publiques, et donna lieu à des semaines de commentaires et de railleries[161]. L’année suivante, en , éclata la « grève des ménagères », vaste mouvement populaire né sur le marché louviérois en réaction à la vie chère. Refusant d’acheter beurre et œufs à des prix jugés abusifs, les femmes bloquèrent dès l’aube le pont de Bouvy pour empêcher l’accès aux laitiers de Saint‑Vaast et Trivières[161]. Plus de quatre cents manifestantes, munies de pancartes exigeant une baisse des prix, firent rebrousser chemin aux marchands, privant la population de lait pour la journée. Le mouvement s’étendit rapidement à toute la région du Centre et prit pour cible, après les produits laitiers, le prix de la viande[162]. Le , un rassemblement de plusieurs milliers de femmes se déroula dans les rues de La Louvière : cortèges venus des communes voisines, prises de parole publiques, slogans, incidents mineurs et intervention de la police rythmaient la journée. Les revendications, clairement affichées, réclamaient une baisse générale des denrées essentielles et annonçaient la poursuite de l’action jusqu’à obtenir satisfaction[163].

La grève des bouchers de la région du Centre éclata après qu’un meeting à La Louvière eut dénoncé les pratiques jugées douteuses de certains professionnels, accusés de vendre des bêtes malades ou de contribuer à l’enchérissement de la viande. L’orateur Eugène Rousseau appela pourtant les bouchers à maintenir leur mouvement, estimant qu’il favoriserait une baisse du prix du bétail. Il les invita aussi à s’allier aux ménagères, dont les plaintes sur le coût de la viande étaient jugées légitimes[164]. Les bouchers décidèrent alors d’adresser une circulaire aux bourgmestres, affirmant reconnaître les revendications des consommateurs et expliquant que seule une diminution des prix imposés par les fermiers permettrait de stabiliser le marché. Ils annoncèrent qu’ils cesseraient d’acheter du bétail sur les marchés bruxellois tant que les tarifs resteraient excessifs, espérant provoquer une baisse générale. Ils demandèrent également au gouvernement de supprimer les droits d’entrée sur le bétail étranger afin d’atténuer la crise[165]. Quelques tensions persistèrent entre bouchers et ménagères, mais la situation se calma. Toutefois, La Louvière fut bientôt confrontée à de nouveaux conflits sociaux. À la suite du scrutin contesté du , les ouvriers déclenchèrent une grève politique dès le lendemain pour réclamer le suffrage universel, dénonçant les injustices du vote plural et d’une représentation proportionnelle jugée manipulée[166]. Le mouvement s’étendit durant plusieurs semaines et fut pris en compte par le Congrès extraordinaire du Parti Ouvrier Belge, qui décida de préparer une grève générale. Celle-ci fut lancée le et paralysa la région du Centre, où 52 000 travailleurs cessèrent le travail, dont 25 000 mineurs, 20 000 métallurgistes, 3 500 verriers et faïenciers et 3 000 carriers[167]. Certains patrons libéraux soutinrent le mouvement en organisant des aides alimentaires pour les familles ouvrières. Le , la Chambre adopta à l’unanimité une motion ouvrant la voie à la révision des lois électorales, imposant ainsi aux partis réticents l’examen du suffrage universel, dont la conquête entrait alors dans une phase décisive[167].

Première Guerre mondiale

La Louvière entra dans la Première Guerre mondiale sous le signe d’un drame sans lien direct avec l’invasion allemande. Le , un incendie accidentel éclata dans l’église Saint‑Antoine de Bouvy, où se tenait une messe en l’honneur des mobilisés[168]. Une affichette enflammée provoqua un mouvement de panique : la foule se rua vers la sortie, des femmes et des enfants tombèrent, et la cohue les piétina[169]. L’intervention du colonel Semaille et d’un garde tirant en l’air pour calmer les fidèles permit de rétablir l’ordre, mais on déplora quinze morts et de nombreux blessés, presque tous très jeunes[170]. Durant les quatre années d’occupation, la population vécut sous la contrainte quotidienne des réquisitions et de la pénurie. La question alimentaire domina toutes les préoccupations[170]. Un Comité régional d’alimentation, bientôt intégré à la Commission for Relief in Belgium présidée localement par le bourgmestre Sylvain Guyaux, tenta d’organiser le ravitaillement malgré la rareté des denrées. Des magasins communaux furent ouverts, notamment place Maugrétout, où l’on distribuait riz, légumes secs ou sel en quantités limitées[171]. L’élevage, les cultures collectives et diverses initiatives locales comme la fabrication de substituts alimentaires visaient à éviter la famine. Les autorités allemandes multipliaient les exigences, allant jusqu’à réclamer l’inventaire des caves à vin, auxquelles les habitants répondirent par une résistance discrète mais tenace[172]. La vie quotidienne fut aussi marquée par des gestes symboliques d’attachement national. Le , une centaine d’enfants défilèrent en chantant la Brabançonne, coiffés de bonnets militaires et armés de sabres de bois, sous les regards médusés des soldats allemands. L’occupant interdit aussitôt ces démonstrations et même le port d’éléments d’uniforme par les enfants[173]. Le , pour la fête nationale, la ville entière se ferma volontairement : volets clos, cafés et commerces barricadés, rues désertes. Cette grève silencieuse irrita profondément les autorités, qui renforcèrent les restrictions lors du premier anniversaire de la guerre, le , en imposant couvre‑feu et interdiction de rassemblement[173].

Malgré les privations, les Louviérois firent preuve d’une remarquable endurance. Des initiatives comme le restaurant économique La Croix Verte, qui servait chaque jour des milliers de repas au prix coûtant, contribuèrent à soutenir les plus vulnérables[174]. Entre résignation, solidarité et petites formes de résistance, la ville traversa l’occupation en préservant autant que possible sa cohésion et son identité[175]. En , l’occupant allemand transforma les anciens magasins des Coupons Primes, rue Hamoir, en un lieu de divertissement militaire inauguré avec fracas : fanfare assourdissante, décorations impériales, consommation ostentatoire de bière et chants martiaux autour du portrait de Guillaume II[176]. Les habitants de La Louvière, témoins de ces excès, baptisèrent ironiquement l’endroit « le vomitorium »[177]. L’année suivante, le , la ville fut frappée par l’une des mesures les plus brutales de l’occupation : les déportations d’ouvriers belges imposées par l’arrêté allemand du . Incapable de briser la résistance civile, l’autorité militaire décida d’envoyer de force les travailleurs dans les usines du Reich. La veille du départ, chaque foyer prépara dans l’angoisse un maigre baluchon mêlant vêtements et substituts alimentaires[177]. À l’aube glaciale, la population se rassembla près du parc de la Closière ; les hommes valides furent alignés par usine, sous la surveillance de soldats en armes, tandis que les familles, massées derrière les barrières, tentaient d’apercevoir une dernière fois les leurs. Le crieur public, Thadée Duvivier, appela un à un les noms des requis, escortés ensuite vers le train en partance pour l’Allemagne[178]. Plus de douze cents Louviérois furent ainsi emmenés, chantant la Brabançonne au moment du départ. Leur calvaire se poursuivit dans les camps de travail de Meschede, Münster, Soltau, Cassel et d’autres encore : baraquements glacés, nourriture insuffisante, maladies, coups, punitions disciplinaires et travaux épuisants[179]. Le plus jeune déporté louviérois, Gustave Antoine, âgé de seize ans, y contracta la tuberculose qui devait l’emporter quelques années plus tard. Vingt‑deux habitants de La Louvière moururent dans ces camps ; dix-neuf dépouilles furent rapatriées en 1926 pour être inhumées au cimetière communal[179].

À partir de , un autre drame frappa la région : la destruction systématique des usines Boël. Après avoir vidé les ateliers de leurs matières premières, machines et outillages, les autorités allemandes firent dynamiter méthodiquement les installations, autrefois employeuses de plus de deux mille ouvriers[180]. Trois chantiers de démolition, surveillés par des officiers allemands, réduisirent les bâtiments à un amas de murs disloqués, de ferrailles tordues et de gravats. Au total, 221 moteurs électriques, 166 machines‑outils et 19 ponts roulants furent envoyés en Allemagne. En , le roi Albert visita discrètement les ruines, accueilli par les autorités communales et par Pol Boël, témoin direct de la dévastation[181]. Dans ce contexte d’épreuves, plusieurs figures louviéroises incarnèrent l’héroïsme civil, notamment Omer Lefèvre et Madame Pol Boël, dont l’engagement symbolise la ténacité patriotique de la population[182]. Aux côtés des 959 Louviérois mobilisés sous les armes, des 1 200 déportés et de la multitude d’anonymes ayant résisté dans l’ombre, ils représentent la mémoire collective d’une cité profondément marquée par la guerre[182].

L'entre-deux-guerres
Le carrefour du Drapeau Blanc dans l'entre-deux-guerres.

L’affaire Sassenbach éclate en , lorsque la Commission syndicale de Belgique organise à Morlanwelz une semaine d’études consacrée au contrôle ouvrier, réunissant plusieurs figures étrangères, dont Johan Sassenbach, représentant syndical allemand. Sa présence, encore proche du traumatisme de la Grande Guerre, provoque l’hostilité d’associations d’anciens combattants, qui dénoncent l’invitation d’un « ennemi d’hier » et appellent à manifester[183]. Le , lors d’un cortège se rendant à la Maison du Peuple de La Louvière, des opposants tentent de bloquer l’accès et une rixe éclate, typique des affrontements politiques locaux de l’époque : bousculades, drapeaux piétinés, fanions arrachés, mais sans blessés graves. Les emblèmes confisqués sont ensuite restitués par l’administration communale, qui regrette l’implication du drapeau national[184]. L’incident est amplifié par la création d’une Ligue du Drapeau, regroupant notables catholiques et libéraux, qui accuse les socialistes d’avoir « souillé » les couleurs nationales et organise une « Journée expiatoire » le [185]. Ce jour-là, un cortège solennel parcourt la ville et de nouveaux drapeaux sont remis aux anciens combattants, tandis que les orateurs dénoncent la présence de délégués allemands, jugée prématurée dans un climat encore marqué par la guerre[185]. La riposte socialiste survient le , lors d’une grande manifestation où les combattants ouvriers inaugurent un nouvel étendard orné du fusil brisé, symbole pacifiste international. Ce motif, représentant un soldat brisant son arme, est interprété par les adversaires politiques comme un appel à l’indiscipline militaire[186]. La présence du ministre socialiste Édouard Anseele, venu soutenir l’événement, déclenche une crise gouvernementale : le ministre libéral de la Défense, Albert Devèze, démissionne, suivi par les ministres socialistes, après que le Premier ministre a jugé incompatible avec la discipline nationale le patronage officiel d’un drapeau jugé subversif[187].

La rue Sylvain Guyaux dans les années 1930.

Le , La Louvière célèbre avec faste le centenaire de l’Indépendance belge. Un comité local, rassemblant les figures marquantes de la cité, orchestre une journée conçue comme un spectacle total, destiné à émerveiller une foule annoncée comme immense[188]. Dès l’aube, la ville apparaît métamorphosée : façades pavoisées, guirlandes, mâts décoratifs, lanternes vénitiennes et estrades monumentales composent un décor éphémère qui souligne l’ambition de l’événement[188]. Dans la matinée, plusieurs régiments rejoignent la cité pour participer aux festivités, tandis que l’après‑midi voit l’arrivée triomphale du duc et de la duchesse de Brabant, Léopold et Astrid, accueillis par une population dense et enthousiaste[188]. Le moment central de la journée est un vaste cortège historique, conçu pour retracer par tableaux vivants l’ensemble de l’histoire nationale. Plus de deux mille figurants, rejoints par environ deux cent cinquante cavaliers de l’armée costumés pour l’occasion, défilent aux côtés de vingt‑cinq chars spécialement construits[188]. L’un d’eux se brise en cours de route, projetant au sol les membres du Gouvernement provisoire reconstitué, tandis que le personnage de Jenneval poursuit imperturbablement l’interprétation de la Brabançonne, détail qui marquera durablement les mémoires. Les gilles participent également au défilé, et la princesse Astrid s’attarde avec bienveillance auprès d’un jeune gille de huit ans, scène qui émeut les spectateurs[189]. Avec le recul d’un demi‑siècle, ce cortège peut sembler naïf, mais il témoigne de la volonté sincère des organisateurs de créer un spectacle grandiose à la hauteur de l’anniversaire national. Leur ambition et l’enthousiasme populaire qu’ils suscitèrent justifient pleinement le souvenir qu’en conserve la ville[190].

Vue de la rue Hamoir dans les années 1920.

La Louvière fut profondément marquée par les grandes grèves de 1932, déclenchées dans un contexte d’effondrement économique, de chômage massif et de baisses salariales successives. Dès le , les mineurs de Bray et du Levant de Mons cessèrent le travail en solidarité avec les Borains, et le mouvement s’étendit rapidement à l’ensemble du bassin industriel du Centre[191]. En quelques heures, charbonnages, usines métallurgiques, faïenceries, verreries et ateliers mécaniques se retrouvèrent paralysés, tandis que des cortèges de grévistes, parfois composés de plus d’un millier de cyclistes, se dirigeaient vers Charleroi[191]. Le nombre de participants atteignit bientôt 25 000. Face à l’ampleur du soulèvement, le gouverneur du Hainaut, Damoiseaux, décréta l’interdiction de toute manifestation et plaça la commune en état de siège[191]. La police locale fut dessaisie au profit de la gendarmerie, qui dispersa les attroupements, notamment place Mansart, où des wattmen attendaient des instructions. Les charges se multiplièrent devant la Maison du Peuple et dans les communes voisines comme Binche, Péronnes ou Houdeng. À Houdeng-Gœgnies, un cortège d’un millier de grévistes fut dispersé à cheval, entraînant de nombreuses arrestations[192]. Le , une nouvelle ordonnance interdit la circulation des bicyclettes et motos dans toute la province, tandis que les automobiles étaient soumises à un contrôle strict. L’arrivée de soldats, l’occupation militaire du dépôt des trams et la présence d’auto‑mitrailleuses accentuèrent un climat de peur et de tension. La population, inquiète, gardait les enfants à domicile, et l’ensemble de la région sombra dans une atmosphère d’angoisse[192]. Le , le Parlement adopta des mesures d’urgence : suppression de l’impôt sur le pain, partage du travail, étude d’une réduction de la journée de travail, arrêt des diminutions salariales et amélioration des aides aux non‑assurés. Malgré cela, la détermination des grévistes demeura intacte et l’arrêt complet du travail se prolongea jusqu’au , après plus de deux mois de paralysie[193]. Cette crise sociale s’inscrivait dans un contexte mondial de désillusion et de pessimisme, nourri par la littérature, le cinéma et les analyses sociologiques de l’époque. En Belgique, la situation continua de se dégrader : chômage persistant, radicalisation politique et montée du rexisme fondé par Léon Degrelle. Les salaires furent encore réduits et la misère sociale atteignit des niveaux insupportables, faisant de 1932 l’une des années les plus sombres de l’histoire sociale du Centre[194]. Du 13 au , se tient l'Exposition Surréaliste de La Louvière organisé par le groupe surréaliste wallon Rupture avec l'aide de l'écrivain E. L. T. Mesens[195].

Deuxième Guerre mondiale

Dès le , l’entrée en guerre se manifeste à La Louvière par le passage incessant d’avions allemands et par le vacarme désordonné des sirènes, dont les signaux contradictoires témoignent de l’effondrement rapide de la Défense passive. Les troupes françaises traversent la ville dans un climat de tension croissante, tandis que les rumeurs d’espions et de parachutistes alimentent une véritable psychose collective[196]. Le , un ordre d’évacuation imposé aux hommes de 16 à 35 ans provoque la stupeur et précipite l’exode, entraînant la population dans un départ chaotique comparable à celui vécu dans tout le pays. Beaucoup fuient à pied, chargés d’objets hétéroclites, d’animaux domestiques ou de simples valises, tandis que les plus vulnérables restent bloqués, incapables de quitter leur domicile[197]. À l’hôpital civil, une colonne sanitaire française s’installe dès le , puis une seconde, beaucoup plus importante, occupe totalement les lieux le 15 mai[197]. L’établissement est militarisé, les services civils écartés, et les habitants du quartier sont encouragés à partir, ce qui renforce la panique générale[198]. L’avancée allemande, fulgurante, rattrape rapidement les évacués, laissant derrière elle une ville vidée, marquée par la peur, les bombardements et les nuits d’alerte qui rythmeront toute l’occupation[199]. À l’Hôtel de Ville, un état-major français prend place dès le . L’atmosphère y est tendue, les soldats menaçant quiconque approche des locaux réquisitionnés[200]. Dans ce contexte de suspicion extrême, où la police arrête indistinctement rexistes, communistes, juifs, nationalistes flamands ou simples ressortissants allemands, un drame se produit dans les sous-sols du bâtiment : quatre hommes un ouvrier louviérois, Maurice Carpentier, et trois Allemands dont l’activité reste obscure sont exécutés par des militaires français autour du 17 ou [201]. Les inscriptions retrouvées sur les murs des cellules constituent les seuls témoignages directs de cet épisode tragique, emblématique du désordre et de la peur qui marquèrent les premiers jours de la guerre à La Louvière[202].

Durant la Seconde Guerre mondiale, La Louvière, comme l’ensemble du pays, subit les effets d’une occupation allemande marquée par la pénurie, le rationnement et les arrestations massives[203]. La répression frappa durement la résistance locale : des milliers de Belges furent déportés vers les camps nazis, où nombre d’entre eux périrent[203]. On dénombra 40 238 résistants arrêtés, dont 6 770 morts, tandis que la région du Centre devait aussi affronter les violences et les exactions de collaborateurs acquis à l’occupant, notamment la tristement célèbre Bande Duquesne[204]. Le , l’administration allemande imposa la création du Grand La Louvière, regroupant la ville et seize communes sous une autorité unique favorable au régime nazi[205]. Présentée comme un projet de modernisation urbaine nouveaux bâtiments publics, infrastructures rénovées, disparition des particularismes locaux cette réorganisation se révéla un échec complet, minée par l’opportunisme et l’incompétence de dirigeants inféodés à l’ennemi[205]. À partir de 1944, la ville fut durement touchée par les bombardements alliés visant les installations industrielles et la gare de formation de Haine‑Saint‑Pierre. La Louvière subit huit attaques aériennes, causant 139 morts, 141 blessés graves, 165 blessés légers et la destruction totale ou partielle de près de 1 000 immeubles. En élargissant aux communes voisines, le bilan atteignait 210 morts, 213 blessés graves et plus de 8 500 bâtiments endommagés[206]. Le bombardement du fut l’un des plus dévastateurs : les quartiers Matteotti, du Parc, Omer Lefèvre, Arthur Warocqué, Hamoir, Paul Pastur, Paul Janson, Rêve d’Or et Gambetta furent ravagés. Plusieurs bombes n’explosèrent toutefois pas, leur mécanisme n’ayant pas eu le temps de s’armer en raison d’un largage trop bas, ce qui évita une catastrophe encore plus meurtrière[207].

Malgré ces destructions, la population continua de subir d’autres attaques en avril, mai et , dont un bombardement nocturne de la RAF le , qui anéantit la gare de Haine‑Saint‑Pierre et fit de nouvelles victimes[208]. À la Libération, les principaux membres de la Bande Duquesne furent arrêtés et exécutés, symbole de la fin d’une période marquée par la violence, la collaboration et les souffrances infligées à la région du Centre[209]. La résistance à La Louvière prend forme dès 1940, rassemblant des volontaires issus de milieux sociaux, convictions et sensibilités politiques variés, unis par la volonté de restaurer la liberté nationale. Leur action consiste notamment à structurer des réseaux clandestins, diffuser des consignes, organiser le sabotage et maintenir le moral de la population face à l’occupation allemande[209]. Cette lutte souterraine expose ses membres à des dangers constants : arrestations, tortures, exécutions, déportations. Beaucoup de résistants belges, opérant sans uniforme et souvent munis d’émetteurs dissimulés dans des valises qu’il faut déplacer de cache en cache, ne verront jamais la Libération à laquelle ils ont pourtant contribué[209]. À La Louvière, de nombreux habitants s’engagent dans ces activités clandestines et plusieurs y laissent la vie. Leurs noms figurent aujourd’hui sur le monument commémoratif aux côtés de ceux des soldats tombés, des déportés et des victimes civiles[209]. La ville comptait 2 027 militaires mobilisés durant le conflit, dont 732 furent faits prisonniers, rappelant l’ampleur du sacrifice consenti par la communauté louviéroise[209]. Le , en milieu d’après-midi, les premiers véhicules militaires américains font leur entrée à La Louvière, mettant fin à 52 mois d’occupation[210]. Très vite, la foule afflue pour les libérateurs. Prévenus de l’arrivée imminente des troupes alliées, les résistants intensifient leurs actions[210].

L'immigration
Carte postale qui montre une vue aérienne de La Louvière.

L’immigration à La Louvière s’enracine dès le XIXe siècle, comme en témoigne le premier registre communal consacré aux étrangers. On y voit apparaître les premiers contingents venus d’Allemagne et du Luxembourg, attirés par la Faïencerie Boch et les usines Boucqueau, futurs établissements Boël. Beaucoup de ces pionniers s’installèrent durablement et leurs descendants devinrent des familles louviéroises à part entière, malgré des patronymes parfois inattendus[211]. Le registre mentionne aussi divers professionnels venus de l’étranger pharmacien, horloger, institutrice, chimiste, cordonnier ainsi que la première prostituée déclarée, originaire de France. Le nombre d’étrangers augmenta régulièrement, malgré les interruptions provoquées par la Première Guerre mondiale, la crise économique des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale[212]. Entre 1914 et 1918, les mouvements migratoires diminuèrent fortement, jusqu’à devenir négatifs en 1917, conséquence directe du conflit. L’après‑guerre vit au contraire un afflux marqué, avec un pic de plus de trois mille arrivées en 1919, puis un second en 1930[213]. La fermeture du dernier charbonnage louviérois cette même année entraîna toutefois un renversement de tendance : les mineurs se déplacèrent vers les communes voisines et les nombreux travailleurs étrangers Tchèques, Roumains, Polonais, Français, Russes, Italiens se dispersèrent dans tout le bassin industriel. Beaucoup étaient arrivés dans une extrême pauvreté, parfois pieds nus, fuyant la misère et destinés au travail des mines[213].

La Seconde Guerre mondiale interrompit à nouveau les flux, mais dès 1945, la ville accueillit de nombreux anciens prisonniers de travail libérés par les armées alliées, principalement Ukrainiens et Polonais[214]. Une nouvelle vague débuta en 1947 avec l’arrivée massive d’Italiens, initialement recrutés pour les mines mais rapidement absorbés par d’autres secteurs économiques. Leur installation familiale progressive fit naître une importante communauté italienne, forte d’environ deux mille personnes en 1955[215]. Lorsque cette immigration se ralentit, La Louvière reçut en 1956 des Grecs et des réfugiés hongrois, dont beaucoup ne s’adaptèrent pas au travail minier et repartirent. À partir de 1957, des travailleurs espagnols furent sollicités pour combler la pénurie persistante de main‑d’œuvre[216]. En 1959, la commune comptait 2 620 étrangers issus de 19 nationalités, dominées par les Italiens, suivis des Grecs, Français, Polonais, Espagnols, Allemands et Hongrois[216]. Dix‑sept ans plus tard, au moment de la fusion des communes en 1976, La Louvière recensait 6 117 étrangers représentant 41 nationalités, dont plus de 5 000 Italiens[216]. Ceux‑ci, particulièrement nombreux, s’étaient profondément intégrés à la vie locale, contribuant durablement à l’identité sociale et culturelle de la ville[216].

Les grèves des années 1960

La contestation provoquée par la Loi unique éclate dès 1960 et s’étend rapidement à tout le pays. Présenté comme un programme d’austérité et de redressement, le projet est perçu dans le Centre et le Borain comme l’aggravation d’une politique économique déjà jugée défaillante depuis 1953[217]. L’annonce de nouvelles fermetures imposées par la CECA pousse les mineurs à manifester à Bruxelles en octobre, tandis que les délégués syndicaux dénoncent, en novembre, une réforme qui compromettrait toute perspective d’expansion[217]. À partir du , la mobilisation devient générale : les travailleurs de Boël ouvrent la voie, suivis par l’ensemble des secteurs[217]. Réunions massives, arrêts de travail successifs, entrée en grève des services communaux, des cheminots et des métallurgistes transforment la région en foyer majeur du mouvement[218]. Les bourgmestres refusent de transmettre au gouvernement la liste des grévistes, ce qui entraîne la suspension du gouverneur intérimaire du Hainaut[219]. Le , plus de 40 000 personnes se rassemblent à La Louvière pour écouter les dirigeants syndicaux. La crise charbonnière frappe alors avec une violence extrême : entre 1956 et 1961, l’emploi minier chute de 22 200 à 7 600 travailleurs, et une série de sièges Saint-Julien, Saint-Henri, Saint-Emmanuel, Sainte-Élisabeth, Houssu, Sars, Mariemont ferment définitivement[220]. L’industrie du matériel roulant perd 2 500 emplois, la confection ferme seize ateliers, les carrières licencient, et l’ensemble du tissu industriel s’enlise[220]. Entre 1947 et 1961, les arrondissements de Soignies et de Thuin enregistrent une émigration nette de 8 000 habitants, aggravée par des infrastructures de transport insuffisantes[221].

La chute du gouvernement et la perspective d’élections mettent fin au conflit, mais la récession continue. La faillite des Usines Gilson en 1965 marque une nouvelle étape[221]. En , 20 000 personnes répondent à l’appel de la Conférence économique et sociale du Centre pour réclamer 10 000 emplois. Au même moment, les Ateliers Germain-Anglo sont menacés : les travailleurs occupent l’usine, hissent le drapeau noir le et organisent une gestion collective minutieuse[222]. Une grève générale de 24 heures suit l’échec des premières négociations avec le gouvernement Van den Boeynants. Après 17 jours d’occupation, la reprise du travail est décidée à une très courte majorité, sur base d’engagements écrits concernant les préavis, le reclassement et les commandes industrielles[223]. Cette lutte, inscrite dans la dynamique de la Conférence économique et sociale, accélère la réflexion régionale sur la reconversion. En , une délégation obtient des assurances concernant l’implantation de Petrochim à Feluy et d’autres projets industriels[224]. Mais le déclin est déjà enclenché : 150 nouveaux préavis tombent en juin, et Germain-Anglo ferme en [225]. Les bâtiments, rachetés puis démolis, laissent place au centre commercial Shopping Cora, symbole d’une mutation économique imposée par la disparition progressive de l’industrie lourde[225].

Le centenaire de La Louvière

La Louvière, devenue commune autonome par la loi du , célébra en 1969 le centenaire de son érection avec une ampleur exceptionnelle. L’année jubilaire s’ouvrit symboliquement le à minuit par des feux d’artifice tirés simultanément dans plusieurs quartiers, annonçant une longue série de manifestations culturelles, académiques et populaires[226]. Le , une séance solennelle au Théâtre communal lança officiellement les festivités : sous la direction de Simon Poulain, l’Harmonie Royale de Mariemont, la chorale « Les Crampons », les chœurs du Conservatoire et un groupe de gilles offrirent un programme artistique très applaudi, tandis que le bourgmestre Fidèle Mengal rendait hommage à Amand Mairaux, fondateur de la ville, et dévoilait le calendrier des célébrations[227]. L’un des événements majeurs fut une vaste exposition intitulée La Louvière, hier‑aujourd’hui‑demain, réunissant archives, documents urbanistiques et une maquette prospective de la ville en l’an 2000 conçue par les architectes Jean‑Paul Demolin et Jacques Roch. Dans le même esprit, un colloque international sur les questions urbaines rassembla de nombreux spécialistes étrangers[228]. Le , l’inauguration du Monument de la Paix fut accompagnée d’une Fête internationale de la Jeunesse réunissant des ensembles folkloriques venus d’Italie, de Pologne, de Tunisie, de Roumanie ou d’Indonésie, en présence notamment de Giorgio La Pira et Jean‑Marie Bressant, figures du mouvement des villes jumelées[229]. Le , un hommage solennel fut rendu aux universitaires nés à La Louvière, dont la renommée donna un éclat particulier à la cérémonie[230].

Tout au long de l’année, la ville accueillit une multitude d’activités : démonstrations sportives réunissant des milliers d’élèves, rallyes touristiques, compétitions dans toutes les disciplines, festival des cercles dramatiques wallons, expositions artistiques dont une introduction au surréalisme et un hommage à Anna Boch, Eugène Boch et Paul Leduc ainsi que des concerts prestigieux, parmi lesquels les Cosaques du Don, l’Orchestre National de Belgique et l’Orchestre de Chambre de Sofia[231]. Une médaille commémorative, frappée en tirage limité par l’Administration des Monnaies et Médailles de Paris, porta au droit les armoiries accordées à la commune en 1954 et au revers une représentation d’un autel du feu inspiré d’une monnaie romaine d’époque antonine, symbole des industries métallurgiques et céramiques qui ont façonné l’identité louviéroise[232]. S’y ajoutèrent encore une exposition populaire de souvenirs locaux organisée par Fernand Lienaux, un congrès international consacré à l’enseignement audio‑visuel des langues vivantes, un colloque sur le rôle nouveau des villes dans l’éducation permanente, des compétitions cinématographiques nationales et internationales, ainsi qu’une semaine dédiée à la ville jumelle de Saint‑Maur‑des‑Fossés[232]. L’ensemble des événements traditionnels de 1969 du Carnaval aux festivités communales fut intégré à cette célébration, faisant du centenaire un véritable fil conducteur de la vie louviéroise durant toute l’année[233].

La catastrophe ferroviaire du

La catastrophe ferroviaire survenue à La Louvière le , année du centenaire de la ville, demeure l’un des accidents les plus meurtriers du rail belge. À 6 h 21, le train 1805, parti de Binche et chargé d’environ 350 voyageurs se rendant majoritairement à Bruxelles, franchit un signal fermé quelques centaines de mètres après son départ de la gare de La Louvière[234]. Circulant à près de 40 km/h, il s’engagea sur la voie 3 où arrivait en sens inverse le train 2106 en provenance de Charleroi, qui approchait de la gare à faible allure avec une centaine de passagers[234]. Les deux locomotives s’encastrèrent frontalement à hauteur du passage à niveau du Hocquet, face aux usines Gustave Boël, provoquant un chaos immédiat : les premiers wagons du 1805 furent littéralement comprimés dans la motrice, plusieurs bogies déraillèrent et les voitures du convoi opposé furent projetées hors des rails[234].

Le choc fit quinze morts, dont les deux mécaniciens, Pol Goelens et Maurice Gailliez, ainsi qu’une dizaine de voyageurs décédés sur place ou peu après leur transfert à l’hôpital. Près de soixante-dix personnes furent blessées, certaines grièvement. Les premiers témoins, ouvriers des usines voisines, décrivirent une scène d’une violence extrême : wagons disloqués, passagers ensanglantés tentant de s’extraire, amas de corps mêlant survivants et victimes[234]. Les médecins dépêchés sur place durent pratiquer des gestes d’urgence dans des conditions proches de celles d’un champ de bataille. Le mécanicien du train 1805, coincé dans sa cabine broyée, agonisa durant plus de quatre heures malgré les efforts des sauveteurs qui découpaient la tôle pour l’atteindre[235]. L’enquête conclut à une erreur humaine, sans pouvoir déterminer si le franchissement du signal rouge résultait d’une distraction ou d’un malaise[236]. L’accident, relayé comme une tragédie nationale, marqua durablement la mémoire collective du Centre et révéla la vulnérabilité du réseau ferroviaire face aux défaillances individuelles[237].

La fusion des communes

La réforme communale qui entra en vigueur le transforma profondément l’organisation administrative belge et modifia le destin de La Louvière. Bien que l’ouvrage initial s’arrêtât au , il serait impossible, dans une mise à jour ultérieure, d’ignorer un événement d’une telle portée. Cette réorganisation trouve son origine dans la loi du , qui autorisait le Roi, sous contrôle parlementaire, à fusionner des communes limitrophes[238]. Les partisans de la réforme rappelaient que le cadre communal belge reposait encore sur la loi de 1836, elle‑même héritière des anciennes paroisses du XVIIIe siècle. Ce modèle convenait à une Belgique rurale de quatre millions d’habitants, aux communications limitées et aux villes modestes. Mais en 1972, le pays comptait plus de neuf millions et demi d’habitants, des agglomérations dépassant le million, une économie urbanisée et des besoins publics devenus complexes[239]. Les petites communes ne disposaient plus des moyens humains, techniques ou financiers nécessaires pour répondre aux attentes croissantes en matière de logement, mobilité, santé, éducation, aménagement du territoire ou équipements collectifs. Les limites communales, souvent inchangées depuis des siècles, entravaient en outre toute politique cohérente à l’échelle des bassins de vie[240]. Dans ce contexte, un premier document de travail du Ministère de l’Intérieur, publié en et connu sous le nom de Plan Costard, proposait de réduire les 2 359 communes belges à 595[241]. Pour la région du Centre, il envisageait un vaste regroupement autour de La Louvière, reconnue comme unité urbaine de niveau élevé, susceptible d’assumer un rôle d’animation régionale comparable à Bruges, Verviers, Courtrai ou Louvain. D’autres hypothèses suivirent, certaines plus ambitieuses, d’autres plus limitées[242]. Face à ces projets, plusieurs communes choisirent la voie des fusions volontaires. Le , La Louvière et Saint‑Vaast votèrent leur union, bientôt rejointes par Familleureux () puis Bois‑d’Haine ()[243]. Les quatre conseils communaux célébrèrent ensemble cette décision commune, et les dossiers furent transmis au Ministère… où ils restèrent sans suite[244].

Un nouveau bouleversement survint début 1975 avec le Plan Michel, qui redessinait entièrement la carte communale. Il proposait une entité centrée sur La Louvière, Saint‑Vaast, Houdeng‑Goegnies, Houdeng‑Aimeries, Haine‑Saint‑Paul et le hameau de Besonrieux, tout en laissant à Haine‑Saint‑Pierre le choix entre La Louvière et Morlanwelz. Familleureux et Bois‑d’Haine, pourtant engagées dans un processus volontaire, en étaient exclues[245]. Le Conseil communal de La Louvière rejeta unanimement ce projet le [Note 7], dénonçant l’abandon du principe des fusions consenties, l’incohérence avec les précédents du Grand Bruges ou du Grand Mons, et la perte du soutien économique essentiel que représentaient les industries de Bois‑d’Haine et le zoning pétrochimique de Familleureux[246]. Il soulignait aussi que la région du Centre risquait de demeurer la seule du pays dépourvue d’une grande entité administrative capable de défendre ses intérêts, alors que Charleroi et Mons bénéficiaient d’importantes restructurations[247]. La décision du Conseil communal fut largement diffusée grâce à deux brochures détaillées Les fusions de communes et l’avenir de la région du Centre et Contribution à l’étude du projet de regroupement distribuées dans toute la région. Malgré de nombreuses prises de position au niveau national, mêlant protestations et refus, il devint rapidement évident que la réforme était irréversible[247]. Le , un arrêté royal officialisa la fusion des communes, regroupant La Louvière, Boussoit, Haine‑Saint‑Paul, Haine‑Saint‑Pierre, Houdeng‑Aimeries, Houdeng‑Goegnies, Maurage, Saint‑Vaast, Strépy‑Bracquegnies et Trivières en une seule entité portant le nom de La Louvière[247]. Le hameau de Besonrieux, détaché de Seneffe, y fut également rattaché, la limite étant fixée selon l’axe de l’autoroute A501. La nouvelle commune fut intégrée à l’arrondissement administratif de Soignies, et la loi des fusions du ratifia définitivement ces dispositions[247].

Titre de Ville

La Louvière ne possède pas officiellement le titre de ville, une situation héritée non d’un incident royal mais de l’évolution administrative belge. Au XIXe siècle, le statut de ville relevait d’un système instauré sous le royaume des Pays-Bas : la loi fondamentale de 1815 divisait chaque province en trois ordres noblesse, villes et campagnes et seul le roi pouvait conférer ce titre[248]. Un arrêté du fixa la liste des cent localités reconnues comme villes, en tenant compte d’anciens privilèges et de traditions parfois archaïques. La Louvière, encore inexistante comme commune autonome à cette date, n’y figurait naturellement pas[248]. La légende selon laquelle Léopold II aurait refusé ce titre après l’accueil houleux reçu lors de l’inauguration du premier ascenseur du canal du Centre en 1888 ne résiste pas à l’examen : l’événement se déroula à Houdeng-Goegnies, et rien n’indique que la Cour aurait entretenu une telle rancune. De plus, les profondes transformations politiques et sociales du pays auraient rendu caduc tout éventuel veto symbolique[249].

Après l’indépendance belge, la Constitution ne mentionna plus les villes comme catégorie juridique distincte. Toutes les localités furent uniformément désignées comme communes, qu’il s’agisse de Bruxelles, d’Anvers ou de La Louvière. Avec le temps, certaines bourgades de 1825 sont devenues de grands centres urbains, tandis que des « villes » historiques ont conservé une importance modeste[250]. Aujourd’hui, la distinction n’a plus aucune portée légale, et La Louvière n’a jamais été concernée par un refus royal, mais simplement par l’histoire administrative qui précéda sa création[251]. Précisons que ce n'est qu'en 1985 que La Louvière a reçu l'autorisation de porter le titre de ville[115].

XXIe siècle

Le , la ville a célébré son 150e anniversaire[252],[253],[254].

Armoiries et logotype

Armoiries

Les armoiries de La Louvière correspondent aux armoiries de l'Abbaye d'Aulne surchargées d'une louve, attribut particulier de la cité. Les armoiries de la nouvelle entité sont identiques à celles octroyées par Arrêté royal à l'ancienne commune le [255].
Blasonnement : D’azur à la fasce d’argent, accompagnée en chef de trois merlettes du même, rangées, et en pointe d’une louve romaine au naturel[256].



Logotype

Logo actuel de la ville depuis 2017.

Le logo de la ville de La Louvière représente son nom, dans lequel se cache une tête de loup stylisée[257]. Le slogan est « Vous êtes au centre de tout », le « O » stylisé représente un cœur d'une cible représentant la centralité de la ville[257].

Politique

Composition du collège communal

Davantage d’informations Résultats des élections de 1994 ...
Résultats des élections de 1994
Parti Voix Sièges (sur 41)
PS 16 569 (44,13 %) 21
PRL 5 723 (15,24 %) 6
FN 5 420 (14,43 %) 6
PSC 5 383 (14,33 %) 6
Ecolo 2 523 (6,72 %) 2
Fermer
Davantage d’informations Résultats des élections de 2000 ...
Résultats des élections de 2000
Parti Voix Sièges (sur 41)
PS 22 581 (55,99 %) 29
PSC 5 260 (13,04 %) 5
PRL-MCC 4 960 (12,29 %) 5
Ecolo 2 851 (7,06 %) 2
Fermer
Davantage d’informations Résultats des élections de 2006 ...
Résultats des élections de 2006
Parti Voix Sièges (sur 41)
PS 17 969 (41,71 %) 20
MR 7 218 (16,75 %) 7
cdH 5 958 (13,83 %) 6
Front Nat 3 693 (8,57 %) 3
Ecolo 2 822 (6,55 %) 2
UDSC 2 504 (5,81 %) 2
PTB+ 1 826 (4,24 %) 1
Fermer
Davantage d’informations Résultats des élections de 2018 ...
Résultats des élections de 2018[258]
Parti Voix Sièges (sur 43)
PS 18 750 (43,41%) 24
PTB 6 713 (15,54%) 7
MR-IC 5 679 (13,15%) 6
PLUS & CDH 3 875 (8,97%) 4
ECOLO 2 980 (6,90%) 2
Fermer

Conseil et collège communal 2024-2030

Ci-dessous, le tableau des résultats des élections communales de 2024[259].

Davantage d’informations Parti, Voix (2024) ...
Parti Voix (2024) Voix (2018) % (2024) % (2018) +/- Sièges +/- Collège
LES ENGAGÉS &ALTERNATIVES 8.440 - 20,21% - en stagnation 0.0 %
9  /  43
en augmentation 9.0 Non
PS 15.938 18.750 38,17% 43,41% en diminution 5.23 %
18  /  43
en diminution 6.0 Oui
PTB 8.081 6.713 19,35% 15,54% en augmentation 3.81 %
8  /  43
en augmentation 1.0 Non
MR 8.233 5.679 19,72% 13,15% en augmentation 6.57 %
8  /  43
en augmentation 2.0 Oui
CC 341 - 0,82% - en stagnation 0.0 %
0  /  43
en stagnation 0.0 Non
LUTTE OUVRIERE 720 - 1,72% - en stagnation 0.0 %
0  /  43
en stagnation 0.0 Non
ECOLO - 2.980 - 6,90% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en diminution 2.0 Non
PLUS & CDH - 3.875 - 8,97% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en diminution 4.0 Non
DéFI - 1.293 - 2,99% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
PP - 1.056 - 2,44% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
AGIR - 806 - 1,87% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
LuttOuvrière - 623 - 1,44% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
CUM LUPIS - 1.176 - 2,72% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
U.C.B - 245 - 0,57% en stagnation 0.0 %
-  /  43
en stagnation 0.0 Non
Total 41 753 43 196 100 % 100 % 43
Fermer
Davantage d’informations Collège communal ...
Collège communal[260]
BourgmestreJacques GobertPS
1er ÉchevinOlivier DestrebecqMR
2e ÉchevinAntonio GavaPS
3e ÉchevinNicolas GodinPS
4e ÉchevinMichel Di MattiaPS
5e ÉchevineLeslie LeoniPS
6e ÉchevineLaurence ZanchettaPS
7e ÉchevinePauline TremerieMR
Président du CPASPascal LeroyPS
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Administration

  • Arrondissement judiciaire de Mons.
  • Arrondissement administratif de La Louvière.

Liste des bourgmestres de La Louvière

Davantage d’informations Bourgmestres, Mandat ...
Bourgmestres Mandat Parti
Alfred Fagniart 1870-1872 Libéral
Charles Nicaise 1872-1881 Libéral
Gustave Boël 1881-1883 Libéral
Désiré Grégoire ff 1884-1887 Libéral
Victor Lechien ff 1888-1890 Libéral
Augustin Gilson 1891-1896 Libéral
Jules Mansart ff 1896-1898 POB
Augustin Gilson 1898 Libéral
Jules Mansart ff 1899-1903 POB
Sylvain Guyaux fils 1904-1918 Libéral
Victor Ghislain ff 1918-1921 POB
Victor Ghislain 1922-1940 POB
Camille Deberghe ff 1940 Libéral
Raoul Goutier 1940-1942 ?
Jean Gorain 1942-1944 ?
Victor Ghislain 1944-1952 PSB
Fidèle Mengal 1953-1977 PSB
Léon Hurez 1977-1984 PS
Michel Debauque 1984-2000 PS
Willy Taminiaux 2000-2006 PS
Jacques Gobert 2006- PS
Fermer

Amand Mairaux est souvent considéré comme le fondateur de La Louvière en tant que commune, bien qu'il n'ait jamais été élu bourgmestre. Malheureusement, il décède d'une crise d'apoplexie la veille de la reconnaissance officielle de La Louvière comme commune[261].

Proposé comme bourgmestre en 1869, Charles Nicaise n'est finalement élu qu'en 1872. En 1869, un article injurieux écrit par Jules Derideau à l'encontre du conseil communal paraît, et Nicaise décide d'en assumer la responsabilité par dignité. Il démissionne alors et ne devient pas bourgmestre. Il quitte la scène politique jusqu'aux élections suivantes, en 1872, où il est nommé bourgmestre par arrêté royal le [262].

Camille Deberghe est l'un des quatre derniers conseillers communaux encore actifs à La Louvière pendant l'Occupation. Bien qu'il ait été élu bourgmestre, il n'exerce jamais cette fonction. Arrêté par les Allemands pour ses activités antinazies, il est assassiné en 1944. L'ouvrage de référence Histoire et Petite Histoire de La Louvière ne le renseigne pas dans les bourgmestres officiels[263],[264].

Il est considéré, en dépit de sa démission entre 1940 et 1944 sous l'Occupation, que Victor Ghislain est resté le seul bourgmestre de La Louvière entre 1921 et 1952[265]. Raoul Goutier (1940-1942) et Jean Gorain (1942-1944) sont des « bourgmestres » mis en place par l'occupant nazi après la mort de Camille Deberghe mais il ne leur a pas été reconnu le statut officiel de bourgmestre ou de bourgmestre faisant fonction.

Jumelages

La ville de La Louvière est jumelée avec[266] :

En outre, un pacte d’amitié a été officiellement signé avec[266] :

Ces pactes d'amitié ont été signés à l’occasion des « Fêtes de la Paix » organisées par la ville de La Louvière en 1987 dans le cadre des fêtes de Wallonie16 villes ont signé un pacte d’amitié au terme duquel elles se sont solennellement proclamées « Villes de Paix ».

Enfin la ville décide d’adopter le village de[266] :

  • Drapeau de la Roumanie Șoarș (Roumanie) depuis le dans le cadre de l’opération « Villages Roumains » organisée sur le plan national.

Patrimoine et culture

Patrimoine architectural et sites

Liste du patrimoine immobilier classé de La Louvière.

Religieux

L’église Saint-Joseph
L'église Saint-Joseph en 2011.

L’édifice, établi sur la place Maugrétout, trouve son origine dans une chapelle dédiée à Saint‑Joseph, devenue paroissiale lors de la séparation de La Louvière et de Saint‑Vaast[267]. Ce changement entraîna au XIXe siècle une controverse autour du patronage, en raison de la présence conjointe de Saint‑Vaast, de Saint‑Joseph et d’un autel consacré à Sainte‑Barbe[268]. En 1866, l’avis du chanoine Bouvry confirma le maintien de Saint‑Vaast comme patron traditionnel, tout en reconnaissant Saint‑Joseph comme titulaire de l’église, sans rôle liturgique pour Sainte‑Barbe[268]. La construction d’un nouveau bâtiment, conçu par l’architecte Hubert de Mons dans un style roman, fut adjugée en 1867 pour 149 800 francs[269]. La première pierre fut posée le lors d’une cérémonie officielle, et l’église fut ouverte au culte le [270]. Sa tour, particulièrement haute, ne reçut d’abord que la cloche de l’ancienne chapelle et l’intérieur ne comportait aucune œuvre d’art notable. En 1969, une secousse sismique fragilisa le clocher, entraînant sa démolition pour des raisons de sécurité[271]. Depuis 1958, le clocher abrite un carillon de 47 cloches[272]. L’église est mise à l’honneur durant l’opéra urbain « Décrocher la Lune », lorsque Sancho grimpe jusqu’au sommet de la tour pour rejoindre le satellite de la Terre[272]. À l'intérieur de l'édifice, au fond du collatéral nord, une céramique d'Ernest D'Hossche Le baptême du Christ de 1955. Ernest D'Hossche était conseillé artistique à la faïencerie Kéramis et l'auteur de la fresque de la gare de La Louvière-Centre[270].

L’église Saint-Antoine de Padoue
L'église Saint-Antoine.

L’église Saint‑Antoine de Bouvy, élevée à la fin du XIXe siècle[272], fut conçue comme monument commémoratif belge pour le septième centenaire de la naissance de Saint‑Antoine de Padoue. Le projet, initié par l’éditeur Coppin‑Goisse après avoir obtenu une bénédiction pontificale, prit forme grâce à une souscription nationale[273]. L’édifice fut implanté à Bouvy sur un terrain offert par la famille Visart de Bocarmé, au sein d’un nouveau lotissement[274]. Conçue par l’architecte Constant Sonneville dans un style gothique, l’église est consacrée en 1903 par l’évêque Walravens[275]. Deux cloches avaient été offertes en 1901, l’une par Anna Boch, l’autre par le notaire François Bastin. La paroisse, dirigée par l’abbé Houtart, comptait alors près de 3 800 habitants et devint rapidement un lieu de pèlerinage célébré le [276]. L’édifice se distingue par ses deux clochers symétriques et par un intérieur soigné comprenant un déambulatoire menant à la chapelle de Saint‑Antoine, des vitraux remarqués, une chaire illustrant la vie du saint, un banc de communion de l’École Saint‑Luc de Tournai et des fonts baptismaux Renaissance provenant de l’église Saint‑Martin d’Ath[277]. Il conserve aussi une toile de Deligne représentant la Descente de croix et une reproduction de Notre‑Dame du Bon Conseil, offerte à Rome en 1896 et installée en 1903 dans le transept gauche. L’église fut enfin marquée par un épisode dramatique en , mentionné dans l’histoire locale de la guerre[277].

L’église du Sacré-Cœur

L’église du Sacré‑Cœur de La Croyère fut créée à l’initiative du prêtre allemand Steffens, qui proposa l’établissement d’une paroisse pour le quartier de Longtain, projet soutenu par le curé Duwez. L’évêché donna priorité à La Croyère et acquit un terrain de 1,20 ha pour 15 000 francs[278]. Une collecte permit de réunir près de 16 000 francs avant le départ de Duwez en 1891, mais son successeur Bourgeois jugea la réalisation prématurée. L’entreprise fut relancée en 1899 par l’abbé Waubert, et la paroisse fut officiellement reconnue par le gouvernement le , dans le contexte de l’Année Sainte, sous le patronage du Sacré‑Cœur[278]. Le Conseil de fabrique fut installé en chez Zénon Dupont, tandis que Waubert en devint secrétaire. Les plans de l’architecte Louis Cus furent approuvés par la Commission royale des Monuments le [278]. L’adjudication du attribua les travaux à l’entrepreneur Jenet de Seneffe pour 51 902,94 francs. Le chantier, lancé le , comprenait simultanément l’église, la cure et le patronage. L’édifice fut inauguré le [279] et ouvert au culte début juillet, avec une première messe à 7 h et une grand‑messe en musique à 10 h[280]. La cloche, offerte par Mlle Hirsch, pesait 560 kg pour un diamètre de 3,04 m et fut fondue par Causard à Tellin pour 2 020 francs. Bénite le 21e dimanche de novembre, elle sonna pour la première fois le à l’arrivée des missionnaires[281].

L'église Notre-Dame des Sept-Douleurs

L’église Notre‑Dame des Sept‑Douleurs de Longtain fut projetée au début du XXe siècle, à une époque où ce hameau industriel, dominé par les Laminoirs, restait éloigné du centre de La Louvière[282]. Face à l’essor démographique, les autorités religieuses envisagèrent dès 1900 l’établissement d’un lieu de culte, avec l’avis favorable des curés de Jolimont et de Saint‑Joseph ainsi que de l’aumônier de l’Hospice de Jolimont, l’abbé Bataille[283]. Les motivations relevaient autant du souci pastoral que de la volonté d’offrir à l’aumônier un statut officiel reconnu par l’État, ce qui facilita les démarches[283]. Les pans furent signés par l'architecte Hector Leborgne originaire de Gilly[279]. Les fonds furent réunis en 1902 et l’abbé Bataille dirigea lui‑même le chantier : l’édifice fut couvert avant l’hiver, puis achevé intérieurement au début de 1903[283]. Il ouvrit au culte le [282]. Entre‑temps, un arrêté royal signé par Léopold II le érigea Longtain en succursale paroissiale et confia à Bataille la charge de premier curé provisoire[283]. Cette église a été désacralisée en 2012.

Le monastère Notre-Dame des Anges des Sœurs de Sainte-Claire

Le monastère Notre‑Dame des Anges, situé rue Gustave Boël à La Louvière, fut fondé le par la Révérende Mère Marie‑Agnès, abbesse des Clarisses de Saint‑Servais à Namur, après l’obtention de l’autorisation romaine du . Des terrains appartenant aux familles Dal et Pierreux furent acquis, tandis qu’un premier groupe de religieuses s’installa provisoirement rue de Bouvy[284]. Mère Marie‑Agnès élabora elle‑même les plans du futur monastère, confié à l’entrepreneur Renoir d’Orp‑le‑Grand, dont les fondations furent rapidement entamées. La première pierre fut posée le en présence du clergé local. Les travaux avancèrent lentement, notamment en raison des préparatifs du centenaire de l’indépendance[285]. En , le couvent fut ouvert aux visiteurs avant la bénédiction officielle : le , l’évêque Rasneur consacra la chapelle gothique et les espaces conventuels. Le , l’abbé Prélat procéda à l’intronisation de Notre‑Dame de Grâce, devenue protectrice spirituelle du quartier[286]. En 1949, à la demande du clergé paroissial et de l’Institut Saint‑Joseph, la chapelle fut ouverte au public pour les habitants de la Basse‑Louvière, prolongeant la présence des Clarisses dans la vie religieuse locale[286]. Aujourd’hui, il est fermé au culte et occupé par une ASBL venant en aide aux personnes en difficulté[287].

Temple protestant

La première communauté protestante à La Louvière remonte à 1858[288]. Le temple protestant situé dans la rue éponyme a été construit en 1863[282],[289].

Civils

L'hôtel de ville
L'hôtel de ville et le monument de la Paix.

La première maison communale est étroitement liée à l’histoire de la ville, à l’époque où celle-ci est devenue une commune indépendante[290]. Dès 1855, les services communaux, comprenant les archives et la maison communale, sont transférés dans le hameau de La Louvière, où le centre de la commune de Saint-Vaast avait été déplacé. Cette maison communale fut installée à l'étage d'un café, avec le risque que le propriétaire puisse l’expulser à tout moment[290]. C’est dans ce contexte que les édiles communaux décidèrent de construire un nouvel hôtel de ville, prévu dans le cadre de l’agrandissement du hameau de La Louvière[290]. Les plans de ce premier édifice furent réalisés par l'architecte Hubert et adoptés par le conseil communal le . Les travaux commencèrent rapidement et se terminèrent en 1869[291], l'année que La Louvière devient une commune indépendante[292]. Dès 1911, les autorités communales de La Louvière envisagent déjà de construire un nouvel hôtel de ville, plus spacieux et fonctionnel[291]. Le , le conseil communal approuve le projet définitif. Le , la Députation permanente du Hainaut donne son accord. Moins de six mois plus tard, la démolition de l’ancien bâtiment commence. Le de la même année, la première pierre du nouvel édifice est posée, et celui-ci sera inauguré le [293]. Devenu trop petit pour accueillir les services administratifs, il a fait l’objet d’un projet d’agrandissement au début du XXIe siècle, aboutissant à la création d’une cité administrative ouverte en 2015. Reliée à l’hôtel de ville par une passerelle, elle abrite un centre d’accueil et d’informations ainsi qu’un département de la citoyenneté[294].

Le théâtre et le conservatoire de musique

Le premier théâtre de La Louvière voit le jour vers 1882 dans la rue Charles-Nicaise, dans un bâtiment appartenant à la famille Boël[295]. En 1958, la commune décide de construire un nouveau théâtre sur la place Communale[296]. Inauguré en , il peut accueillir plus de 1 000 spectateurs pour une grande variété de représentations[295]. À droite du théâtre, le conservatoire de musique, le premiers conservatoire fut fondé en 188 par Émile Sadin qui a ouvert une école de musique privée situé place de la Louve. À la suite du décès de Sadin, l'école fut reprise par Nicolas Jeumont, dès 1905, l'école est passée dans le giron de l'administration communale[297]. Dans le courant des années 1920 et 1930, divers aménagements furent entrepris sur la place communale et durant cette période, l'école va porté le titre d'académie et sera classé parmi les conservatoire de première catégorie[297]. Dans les années 1950, l'ancien édifice a été démolie et les cours furent dispensé quelques temps dans le château du parc Gilsoco, rue Conreur. Le nouveau conservatoire à été inauguré le , ce bâtiment est l'œuvre de l'architecte Paul Emonts, cet inauguration coïncide avec le 75e anniversaire de l'institution[297].

Le château de la Closière.
Le château de La Closière (dit Château Boch) (1857-1862).

Le château de style Renaissance édifié en 1857 pour Victor Boch, propriétaire de la faïencerie Keramis, constituait l’élément majeur du vaste parc familial. Conçu d’après les plans de Joseph Poelaert, alors déjà affaibli par la maladie, l’édifice ne fut achevé qu’après 1862 sous la supervision directe de son commanditaire[298]. L’architecture, dominée par des ornements abondants tels que festons et astragales, suscita rapidement la critique : Anna Boch elle‑même qualifiait en 1862 la demeure de « monstrueux château », reflet d’un goût jugé excessif et dépourvu de véritable valeur artistique. Implantée au cœur du parc Boch, la construction perdit son cadre originel lorsque, après la mort de Victor Boch en 1920, ses héritiers vendirent la propriété[298]. Le domaine fut morcelé, les arbres abattus et un nouveau quartier, la Closière, s’y développa rapidement. Le château, réaménagé au XXe siècle, accueille depuis de longues années la Chambre de Commerce et d’Industrie du Centre ainsi que des services de l’Office National de l’Emploi[298].

Le château Gilson

Le château Gilson, bâtiment classique à façade sobre et symétrique, s’intègre harmonieusement aux pelouses et au parc qui l’entourent. Son élévation arrière, dominant les parterres, lui donne une allure particulièrement élégante[299]. Il fut construit dans le courant du XIXe siècle par Évariste Julien Omer Coppée sur un terrain qu'il avais acquis en 1857 à Louis Waucquez puis ses héritiers la cède à Henri Félix Gravez, directeur-gérant de la Société des Charbonnages de Sars-Longchamps et Bouvy le . En 1912, la demeure est acquise par le bourgmestre Auguste Gilson[300]. Acquis par l’Administration communale, il a successivement servi d’Hôtel de ville provisoire durant la construction du nouvel édifice, puis de musée communal, alors très actif dans la vie culturelle locale[299]. Par la suite, il abrita la Médiathèque de la Communauté française, les bureaux du Port autonome, le centre de jeunes Indigo et l'Agence locale pour l'emploi. Au début des années 2000, l'édifice est rénové et il devient un lieu culturel à la suite de la convention signée entre la ville et le Centre culturel régional du Centre en 2011[300].

Le domaine et le château Boël

Ce domaine, peu connu des Louviérois, est enclavé entre la zone industrielle au nord et la ville au sud. Caché derrière une épaisse ceinture arborée, il constitue un bel îlot de verdure de 30 hectares, abritant des biotopes variés et un parc paysager pittoresque avec un étang, une île boisée, une cascade et des fabriques rustiques[301]. Le château, de style néo-renaissance, a été construit en 1885[302] sur les plans de l’architecte Mahieu de Binche[301]. En 1897, Gustave Boël annexe les parcelles de l'ancienne verrerie Saint-Laurent, fermée en 1881 et convertit la voirie en chemin privé. En 1996, après le départ du dernier membre de la famille Boël, le domaine fut racheté par le groupe italien Duferco. Le château fut affecté en hébergement et à la réception des cadres et des visiteurs de l'entreprise[301].

L'Ascenseur de Strépy-Thieu

Commencé en 1982 et inauguré en 2002, il permet de franchir une dénivellation de 73,15 mètres. Il était jusqu'en 2016 le plus grand ascenseur à bateaux du monde. Il remplace désormais six ouvrages, les quatre ascenseurs à bateaux du canal du Centre et deux écluses. Il constitue la fin d'un programme de mise au gabarit de 1 350 tonnes des voies navigables belges et permet le passage de bateaux de ce gabarit entre le bassin de la Meuse et celui de l'Escaut.

L'ancien palais de justice

La croissance industrielle de La Louvière à la fin du XIXe siècle entraîne une augmentation notable des affaires civiles et judiciaires, alors encore traitées au siège de la Justice de paix du Rœulx. Face à l’essor démographique et économique, les communes de Houdeng-Goegnies et de La Louvière revendiquent le transfert du siège cantonal. Soutenue par Jules Derideau, La Louvière obtient gain de cause en 1882, et un arrêté royal de 1892 confirme l’établissement du nouveau canton, regroupant plusieurs localités voisines[303]. La commune décide en 1893 de construire un bâtiment destiné à accueillir la Justice de paix. Le projet, conçu par l’architecte Ernest Draily, prévoit un édifice néoclassique à trois niveaux, associant briques de Lobbes et petit granit de Soignies[304]. L’adjudication est remportée par l’entrepreneur Jean‑Philippe Nalinnes, et les travaux, menés en 1900, aboutissent à un palais de justice dont la façade austère et symétrique s’inscrit dans l’esthétique institutionnelle de l’époque. La réception provisoire intervient en octobre 1900, et les services judiciaires s’y installent en février 1901[301]. Le bâtiment fonctionne sans interruption durant les deux guerres mondiales, malgré une brève occupation allemande en 1945. Il abrite également un logement de concierge jusqu’en 1977[304]. À partir des années 1970, son état de dégradation conduit au transfert des services judiciaires vers des installations provisoires, tandis que la démolition est un temps envisagée[296]. Finalement restauré, l’édifice est converti en musée en 1987 et accueille depuis lors la donation du sculpteur Idel Ianchelevici[294].

Le centre hospitalier de Tivoli

La clinique des Mutualités socialistes, implantée à La Hestre, constituait durant une grande partie du XXe siècle l’un des principaux établissements médicaux de la région. Fondée en 1921, elle fut conçue pour offrir aux affiliés des services hospitaliers et de soins adaptés aux besoins sociaux de l’époque[305]. L’infrastructure demeura en activité pendant plus d’un demi‑siècle, jusqu’à ce que l’ensemble des services médicaux soit transféré en vers le nouveau complexe hospitalier de Tivoli, marquant la fin de l’exploitation du site historique de La Hestre et l’intégration des activités dans une structure plus moderne et centralisée[305]. Le nouvel hôpital a été inauguré le [306], conçu par le bureau d'architecture Hoet et Minne, l'hôpital comprend dix niveaux et totalise une superficie de 54 000 m2. Il possède 515 lits agréés, des polycliniques et une unité de dialyse extrahospitalière[307]. Un nouveau bâtiment, directement relié à la structure principale, a été ajouté en 2004 pour abriter un service de dialyse entièrement rénové[308]. Une nouvelle aile baptisée « Cœur du Hainaut », d'une superficie de 4 000 m2, est inaugurée en 2024[309].

L'ancienne piscine communale

Elle fut inaugurée en 1956. À l'intérieur ont trouvait deux bassins distincts. Le premier bassin peu profond de douze mètres de côté réservés aux enfants et aux personnes ne sachant pas nagé et le second qui possédait une dimension de 25 mètres de long, de 12 mètres de large, de 1 à 3,50 mètres de profondeur[310]. Une fresque en mosaïque réalisé par l'artiste Taf Wallet qui est situé en face de l'emplacement des gradins qui pouvait accueillir jusqu'à 700 spectateurs[311].

Autres édifices
  • Une maison de style Art-nouveau situé aux numéros nos 70-72 décoré par de la céramique de l'entreprise concurrente de Boch, les Manufactures Céramiques d'Hemixem près d'Anvers. Cette maison a été construite en 1908, elle est composée de deux travées asymétrique, de trois niveaux dont un toit mansardé, la travée gauche comprend deux étages avec une loggia dont celle du premier est décorée par des motifs bucolique et la second par des motifs géométrique. Cette maison a été classée en 1996 et elle se situe rue Warocqué[312].
  • La maison et l'atelier du peintre Fernand Liénaux de style Art déco, aujourd'hui reconvertis en Maison de la Laïcité. Elle se situe rue Warocqué aux numéros 124-126[312].

Industriel

L'ascenseur de Strépy-Thieu.
  • Ascenseurs à bateaux du canal du Centre.

Les ascenseurs à bateaux du canal du Centre sont quatre ascenseurs hydrauliques pour bateaux construits en Belgique entre 1888 et 1917. Ils permettent de compenser ensemble une dénivellation de 66 mètres. De ces quatre ascenseurs, l'un permet de rattraper une dénivellation de 15,40 mètres de dénivellation, les trois autres 16,93 mètres chacun. Les ascenseurs se trouvent sur un canal de liaison entre le bassin de la Meuse et l'Escaut, dénommé canal du Centre, à proximité de la ville de La Louvière, dans la province de Hainaut en Région wallonne.

  • Bois-du-Luc.
    Le Bois-du-Luc à Houdeng-Aimeries.

Bois-du-Luc est l'un des plus anciens charbonnages de Belgique se situant à Houdeng-Aimeries, actuelle commune de La Louvière, et dont l'activité a cessé en 1973. La cité ouvrière a été construite entre 1838 et 1853. Le site a fait l'objet d'une réhabilitation et d'une mise en valeur culturelle (2002). Le site est classé patrimoine exceptionnel de Wallonie (1996) et a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO (2012).

Monuments

La Louve
La statue de la Louve.

Situé place de La Louve, rappelle l'origine de la ville, issue d'une légende liée aux loups. Inauguré le , il est l'œuvre de l'architecte Jacques Depelsenaire et du sculpteur Alphonse Darville, originaire de Charleroi[315]. Cette statue s'inspire de la célèbre louve romaine et de la légende des loups qui symbolise l'origine de la ville[315].

Le monument d'Amand Mairaux

Le monument Mairaux, érigé d’abord sur la place Communale puis installé boulevard Mairaux, rend hommage à l’action sociale et philanthropique de l’homme dont il porte le nom. Conçu par Victor Rousseau, jeune sculpteur de Feluy alors en pleine ascension, il fut inauguré le à l’issue d’une souscription publique lancée deux ans plus tôt[316]. Les contemporains saluèrent unanimement la qualité de l’œuvre, louant la ressemblance fidèle et la pose naturelle de la statue, considérée comme l’un des premiers grands succès du statuaire[299]. L’inauguration se déroula toutefois dans un climat social tendu, ce qui limita la présence officielle et donna à la cérémonie un caractère plus discret que prévu, en présence surtout de proches et d’amis de Mairaux[299]. Malgré ce contexte, le monument s’imposa rapidement comme un repère civique destiné à perpétuer la mémoire d’une figure locale marquante, symbole d’engagement public et de bienfaisance[299].

Le monument aux morts de 1914-1918

Le monument aux morts de 1914‑1918 de La Louvière, érigé dans le parc communal et inauguré le par la reine Élisabeth devant près de cinquante mille personnes, est une œuvre majeure du sculpteur Alfred Courtens[317]. Le bronze, aujourd’hui patiné, met en scène une allégorie puissante du deuil national et de la résistance[318]. Courtens y représente la Patrie, endeuillée mais protectrice, tenant la main du soldat Omer Lefèvre, figure héroïque dressée face à l’aigle impérial, symbole de l’agression allemande[318]. Le combattant, droit et déterminé, incarne l’esprit d’insoumission et de sacrifice, tandis que l’aigle, prêt à fondre sur lui, évoque la violence du conflit. L’ensemble, d’une intensité dramatique marquée, exprime l’idée que si le corps peut être brisé, l’esprit d’un peuple demeure invaincu. Il se situe dans le parc Warocqué[319].

Le monument aux victimes de la guerre 1940-1945

Le monument aux victimes de la guerre 1940‑1945, érigé sur la place Mattéoti[320], est une stèle de Marcel Pochet dont les lignes sobres s’inscrivent dans un square du Souvenir conçu comme un espace de recueillement. Elle porte les 195 noms de prisonniers de guerre, de détenus politiques morts en captivité, de civils tués sous les bombardements alliés et de soldats tombés durant la campagne des Dix‑Huit Jours[321]. Inauguré le [320] en présence de nombreuses autorités, dont le lieutenant‑général Dinjaert représentant le Roi, l’ouvrage est devenu un repère mémoriel majeur, rappelant à la fois les pertes humaines locales et la complexité tragique d’un conflit où la libération s’accompagna souvent de destructions[321].

L’Appel, œuvre du sculpteur Idel Ianchelevici.

L’Appel, sculpture majeure de Idel Ianchelevici, créée en 1939 par l’artiste bessarabien installé en Belgique, fut acquise par la Ville de La Louvière peu avant la Seconde Guerre mondiale[322]. Réalisée d’abord en ciment, elle fut cachée durant l’Occupation dans les ateliers communaux afin d’éviter toute destruction. Inaugurée le à l’entrée du boulevard Mairaux, l’œuvre suscita d’abord l’incompréhension et même l’ironie du public, qui jugeait sévère cette figure tendue vers le ciel[323]. Elle incarne pourtant l’un des symboles les plus forts de l’artiste : l’effort de l’être humain pour s’arracher à l’ignorance, l’élan vers la connaissance, la dignité et les forces spirituelles[323]. La tension du visage, la mâchoire contractée, le torse rejeté en arrière, le bras disproportionné et la main ouverte composent un geste monumental d’aspiration et de lutte intérieure. Coulée en bronze en 1967, la sculpture gagna en puissance plastique et fut inaugurée dans sa forme définitive le de la même année, avant d’être déplacée en 1969 sur la nouvelle esplanade créée après les travaux autoroutiers, à la jonction de la place Keuwet[324]. Ce vaste espace offrit enfin au monument l’ampleur visuelle qu’exigeait sa silhouette tendue. Longtemps moquée, l’œuvre devint progressivement un repère identitaire de la ville et un témoignage durable de l’ambition artistique d’Ianchelevici, dont la sculpture exprime avec force l’appel de l’humanité vers un horizon plus éclairé[325].

Autres monuments
Le Loup blanc.
  • La Paix, œuvre du sculpteur sonégien Michel Sievenart, a été érigée sur la place Communale en 1969 à l’occasion du centenaire de La Louvière, première ville belge de la paix[326],[322].
  • Les Capteurs de Ciel. Œuvre de Pol Bury installée en 2005 au rond-point du Bosquet[327].
  • Le Loup blanc. Réalisée en 1996, cette sculpture représente l'ancien bourgmestre louviérois Michel Debauque (1934-2003) avec une tête de loup et portant un pardessus. Elle trône actuellement à l'entrée de l'hôtel de ville.
  • Le Scribble. Sculpture de Michel François en cuivre représentant un arbre[328].
  • Le monument Marguerite Bervoets, érigé dans la cour d'honneur du Lycée Royal (aujourd'hui athénée royal), a été inauguré le . Il est dédié à Marguerite Bervoets et Laurette Demaret, héroïnes de la guerre 1940-1945[329]. Marguerite, née à La Louvière et héroïne de la résistance, est morte en 1944 à Wolfenbüttel, en Allemagne[330]. Le monument est l'œuvre du sculpteur Brognon[331].
  • Le mémorial Albert 1er, érigé sur la façade de la Banque Nationale, rue Albert 1er, a été inauguré le [332].
  • Le mémorial Vî-Stou, dédié à la mémoire de Léopold Dupuis, auteur compositeur wallon (1859-1932)[333].
  • Le monument de la Chanson Wallonne, œuvre de l'artiste louviéroise Louise Nopère, dédiée aux conteurs et interprètes wallons du Centre. Érigé dans le parc rue Warocqué[332].
  • La stèle de Paul Leduc, dédiée à la mémoire du peintre louviérois, s'élève dans le parc de la rue Warocqué[332].
  • Un monument en forme de pyramide faite en pierre, en hommage à la coopération belgo-italienne sur le charbon, inauguré en qui se trouve place de la Concorde[334].
  • Une sculpture-fontaine, œuvre de Pol Bury a été inauguré en 1992[300].
  • L'œuvre Solidarité, de Robert Michels, placé en devant l'entrée l'entrée principale de l'hôpital du Tivoli[305].
  • Monument représentant un châssis à molette installé en 2006 sur le rond-point du Tivoli[335].

Naturel

Réserve naturelle des étangs de Strépy[336],[337],[338].

Lieux publics

Parcs

  • Parc communal Warocqué. Vers 1891, les édiles de La Louvière eurent l’idée de créer un parc public. Ils profitèrent de l’occasion pour envisager aussi un nouveau quartier derrière l’église. Des démarches furent entreprises auprès de M. Warocqué et de Mme Vve Félicien Waucquez afin d’obtenir le terrain nécessaire à ce projet. Les plantations furent réalisées en 1895-1896, selon les plans établis par M. Victor Gaudier, architecte à Houdeng-Aimeries[339].
  • Parc Gilson.
  • Parc Boël.
  • Le Domaine de La Louve à Saint-Vaast abrite des essences d’arbres originaires des continents américain, africain et asiatique, dont certaines rares comme l’érable à sucre et le tilleul argenté[340].

Culture

Façade du Centre de la Gravure.

Musées

  • Le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée.
  • Écomusée régional du centre au Bois-du-Luc.
  • Musée Ianchelevici.
  • Le centre Daily-Bul & Co (archives du mouvement surréaliste Daily-Bul).
  • Le Centre Keramis (musée et lieu d'art et de création consacré à la faïence et à la céramique).
  • Théâtre : Central Théâtre La Louvière.

Cercle d'art

Les Amis de l'Art, fondé en 1908 et actif jusqu'en 1984, organise 68 salons annuels[341].

Cinéma

Le Stuart.

Musique

Conservatoire de La Louvière.

Folklore

À la Mi-Carême, La Louvière s'anime au rythme des tambours résonnants et des sabots frappant le sol de ses célèbres Gilles[342]. Les premières mentions du carnaval remontent à 1856, dans le quartier de Baume. Entre 1875 et 1877, il a connu une évolution importante avec l'apparition des premiers Gilles, tels que ceux du Hocquet et du Mitan-des-Camps. Le premier grand cortège traditionnel du lundi de Laetare a rassemblé des sociétés de Gilles ainsi que de nombreuses troupes de fantaisie comme des Pierrots et des Marins[343]. Le carnaval a véritablement pris son essor, rassemblant de nombreuses sociétés locales et régionales. Pendant l'entre-deux-guerres, de nouvelles sociétés de fantaisie ont émergé, et un comité des fêtes communales a été formé pour organiser les événements. Chaque année, le carnaval attire toujours un large public[344].

Médias

La chaîne régionale Antenne Centre Télévision dont sont siège est à Houdeng-Aimeries.

Événements

Louvexpo

Pour accueillir des expositions, la ville de La Louvière possède Louvexpo, un espace inauguré en 2012 sur le site de l'ancien hall des expositions[345]. Ce vaste complexe, dessiné par le bureau d'architecture Carré 7, contient une surface d'exposition de 4 800 m2 modulables en cinq espaces, un espace de restauration des salles de réunion, des loges, etc.[346]. Voué aux expositions, concerts, salons et autres meetings, le bâtiment affiche une architecture contemporaine qui lui confère des allures de vaisseau spatial stationné aux abords de la ville[346].

Récurrents

Le Laetare, carnaval de La Louvière, Décrocher la lune, opéra urbain (événement triennal), Power Festival, festival de musique, Festival 5 sur 5, festival du cinéma documentaire, Fêtes de Wallonie, Les Rencontres d'Automne du Théâtre Action - Enragez-vous, Biennale Artour (événement biennal), Le jardin des Loups[347] et La Louvière Plage[348].

Isolés

1935, exposition internationale sur le Surréalisme, 1969, centenaire de La Louvière, 2001, visite princière, parade des allumeurs, 2002, inauguration de la réfection du Bois-du-Luc, inauguration de l'ascenseur de Strépy-Thieu, 2003, visite royale, , parade de Noël de RTL, 2012, durant l'année entière, La Louvière est métropole culturelle de la Communauté française de Belgique, , parade de Noël de RTL, , préouverture du théâtre de La Louvière et en , 150e anniversaire de La Louvière.

Enseignement

La ville de La Louvière est dotée d'un grand nombre d'établissements scolaires allant de l'école maternelle à l'enseignement supérieur.

L'enseignement communal y est géré par le Département de l'Éducation de la Formation (DEF) dont les bureaux sont situés dans la cité administrative de la place Communale.

Économie

Tissu économique actuel à La Louvière

Le bâtiment de la « Maison de l'Entreprise » (LME).

Le tissu économique de La Louvière se caractérise par une structure hybride où coexistent un héritage industriel encore visible, un commerce de proximité en mutation et des politiques publiques cherchant à diversifier les activités vers des secteurs plus innovants et durables. Historiquement façonnée par les charbonnages, les usines Boël et la faïencerie Boch, l’économie locale a subi un déclin marqué à la suite des fermetures industrielles successives, entraînant une fragilisation socio‑économique durable. Toutefois, la ville a engagé depuis plusieurs années un processus de redéploiement fondé sur la valorisation de ses atouts logistiques notamment le Canal du Centre, le Port autonome et une position centrale dans les réseaux routiers nationaux et internationaux qui renforcent son attractivité pour les investisseurs[349].

Ce redéploiement s’appuie sur une stratégie municipale structurée, notamment via la régie communale autonome Devllop, chargée de la redynamisation du centre-ville, de la gestion de sites stratégiques et de l’accompagnement des projets économiques. L’outil Business in La Louvière (BiLL) joue un rôle de guichet unique pour les porteurs de projets, facilitant l’implantation de nouvelles activités et orientant les investisseurs. La politique locale inclut également des incitants financiers tels que la prime Objectif Proximité, pouvant atteindre 6 000 €, destinée à soutenir l’installation ou la transformation de commerces dans le centre-ville[350].

L’économie louviéroise contemporaine se distingue par une volonté de diversification, intégrée dans la vision stratégique L.LO 2050, qui vise à accompagner la transition vers des secteurs comme le numérique, l’économie circulaire, l’industrie créative, la santé et les services à la personne. Cette stratégie repose sur un diagnostic territorial approfondi et sur une centaine d’actions programmées à court, moyen et long terme, destinées à renforcer l’innovation, la durabilité et l’attractivité urbaine[351].

Sur le plan socio‑économique, La Louvière présente un niveau de vie globalement inférieur aux moyennes hainuyère et wallonne, avec un revenu médian annuel de 25 645 € et un taux d’emploi administratif de 54,8 %. La population active connaît une légère décroissance, tandis que la densité urbaine élevée (1 265 habitants/km²) témoigne d’un territoire fortement urbanisé. Ces indicateurs soulignent les défis persistants en matière d’emploi, de formation et de cohésion sociale, mais aussi le potentiel de reconversion d’un territoire dense et bien connecté[352].

Dans son ensemble, le tissu économique louviérois apparaît comme un système en transition : encore marqué par son passé industriel, mais engagé dans une dynamique de diversification, de revitalisation commerciale et d’innovation territoriale. Cette évolution s’appuie sur des infrastructures logistiques fortes, des dispositifs publics d’accompagnement et une stratégie de long terme visant à repositionner la ville comme un pôle régional attractif et résilient.

Industries de l'époque

En 1869, lors de la création de La Louvière en commune distincte, l’activité industrielle battait son plein. Une statistique officielle du recensait 22 grandes industries employant 6 803 ouvriers, ainsi qu’un grand nombre de petits ateliers regroupant plus de 500 artisans. Certains de ces établissements ont disparu, remplacés ou absorbés par d’autres. Mais de nouveaux facteurs de prospérité sont venus s’ajouter[353]. Les moulins fondés par Armand Mairaux furent repris par Clément Dambot en 1880. Équipés d’installations modernes, ils étaient reliés aux chemins de fer et aux lignes vicinales[353]. En 1890, une usine à gaz a été installée près des moulins Dambot. Depuis, des gazomètres et des fours à gaz fournissent en énergie La Louvière et de nombreuses communes du Centre[353].

Charbonnages

La cité ouvrière « Carrés du Bois-du-Luc », à Houdeng-Ameries.

Les charbonnages de La Louvière, issus d’une association de petits exploitants fondée en 1735, obtinrent une concession perpétuelle pour l’extraction de la houille sous les terres de l’abbaye d’Aulne, concession confirmée par Napoléon en 1809[354]. Intégrée dans un ensemble de six concessions attribuées dans le Bassin du Centre après l’Ancien Régime, elle fut voisine de celle de Sars‑Longchamps, avec laquelle elle fusionna en 1897[354]. Le périmètre concédé formait un quadrilatère d’environ quatre kilomètres entre la Haine et le Thiriau du Sars, large de 500 à 1 400 mètres selon les zones, et abritait notamment la pompe à feu de la Paix, élément central du drainage minier[354].

Au milieu du XIXe siècle, les concessions voisines étaient celles du Bois‑du‑Luc et de Sars‑Longchamps, tandis que le sud de la Haine restait encore non attribué. À cette époque, la production houillère du Hainaut atteignait 4,4 millions de tonneaux, un volume presque équivalent à celui de la France entière et supérieur à celui de l’Allemagne, ce qui plaçait la province parmi les régions minières les plus productives d’Europe. Les sièges d’extraction de La Louvière, tels que représentés vers 1850, comprenaient plusieurs fosses équipées de machines à vapeur : la fosse d’En Haut, la fosse de la Croix, Sainte‑Marie, Saint‑Hubert, l’Espérance et Sainte‑Barbe, ainsi que divers puits de recherche[355]. À partir des années 1860, l’exploitation se modernisa et se réorganisa autour de nouveaux sièges, dont le siège Léopold (puits 7 et 8) et, après la fusion de 1897, le siège Albert‑Élisabeth, établi en bordure de la falaise dominant la vallée de la Haine. Ce dernier fut fermé au début des années 1960 lors de la liquidation progressive des Charbonnages du Centre[356]. Les documents iconographiques du XIXe siècle, notamment ceux issus de l’album Warocqué, témoignent de l’importance historique de la pompe à feu de la Paix, rare exemple belge de machine atmosphérique de type Newcomen, dotée d’un balancier massif en chêne, de chaudières circulaires et d’un dispositif de pompage caractéristique des premières techniques minières[357]. Ces installations, dont certaines furent abandonnées dès 1889, illustrent l’évolution de l’architecture industrielle charbonnière, marquée par l’ajout successif de bâtiments techniques, de ventilateurs, de cheminées et de structures de relevage. La machine de Newcomen, comparable à celle du charbonnage du Bois‑de‑Boussu décrite dans l’Encyclopédie, constitue aujourd’hui un témoignage exceptionnel des débuts de la mécanisation minière dans le Hainaut[358].

La pompe à feu de la Paix, installée en 1811 par le mécanicien Haurix de Quaregnon pour le charbonnage de La Louvière, constituait l’une des dernières grandes machines atmosphériques de type Newcomen encore en service en Belgique au XIXe siècle[359]. Conçue pour l’exhaure profonde, elle relevait les eaux d’environ 245 m et les rejetait dans une galerie située 30 m plus haut, contribuant à assécher la partie sud de la concession, notamment la fosse voisine de l’Espérance, avec laquelle elle communiquait par plusieurs niveaux[360]. Son cylindre de 1,775 m de diamètre et sa course de 2,45 m permettaient sept coups doubles par minute, pour une puissance théorique de 120 CV ramenée par l’ingénieur Gonot à un rendement utile d’environ 40 CV. L’ensemble actionnait neuf pompes élévatoires de 248 m de hauteur et 250 mm de diamètre[361]. L’installation utilisait deux chaudières « en champignon » de 4,8 m de diamètre, offrant 32 m2 de surface de chauffe sous une pression de 0,083 kg/cm2 ; une chaudière cylindrique supplémentaire fut ajoutée en 1860. Chaque coup de piston élevait 93 litres d’eau, pour une consommation d’environ 15 kg de charbon par cheval-vapeur et par heure. Le coût annuel d’exploitation atteignait 35 746 francs, incluant l’amortissement du capital initial[362]. La machine, autorisée en 1811 mais officiellement mise en usage en 1827, fonctionnait environ 2 555 heures par an et relevait plus de 102 000 m3 d’eau. Un accident grave survint en 1838 lorsque l’ouverture imprudente d’un robinet de décharge provoqua la mort de deux ouvriers[362]. En 1889, deux photographies furent réalisées lors d’une visite du conseil d’administration, témoignant des premiers gestes d’archéologie industrielle. L’installation, déjà inactive en 1891, fut supprimée administrativement en 1899 avec le siège no 5 de l’Espérance[362].

La pompe de la Paix appartenait à la génération tardive des machines atmosphériques de Newcomen, dont l’usage persista en Hainaut bien après leur abandon en Angleterre. En 1845, Gonot recensait encore 33 machines de ce type dans la province, dont six équipées de deux chaudières « champignon », parmi lesquelles celle de la Paix[363]. Malgré leur simplicité, leur faible coût et leur entretien aisé, ces machines souffraient d’un rendement limité, d’un vide imparfait et d’une forte consommation de combustible[364]. Haurix, constructeur actif entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, réalisa une dizaine de pompes à feu, dont celles de Saint-André (1790), de la Barette (1792), de Bonne-Espérance (1806) et celle de la Paix (1811)[365]. Ses productions, majoritairement équipées de chaudières « champignon », illustrent la persistance locale de la technologie atmosphérique jusqu’à l’essor des machines à vapeur modernes, qui, à partir de 1827, furent également utilisées pour l’extraction proprement dite[366]. Depuis le XIIIe siècle, du charbon était extrait à Houdeng et à Goegnies[367]. Le , la Société du Grand Conduit et du Charbonnage d'Houdeng qui allait devenir les Charbonnages du Bois-du-Luc est fondée par trois comparchonniers (maîtres-charbonniers) et quatre bourgeois, auxquels se joindra, la même année, François-Joseph le Danois, comte de Cernay et seigneur de Houdeng. Cette société est considérée par certains historiens comme « la plus ancienne société charbonnière capitaliste d'Europe et donc du monde »[368]. Le charbonnage a poursuivi son exploitation jusqu'en 1973.

Les charbonnages de La Louvière, dont la dernière exploitation cessa en 1930, ne prirent aucune part au « miracle du charbon » qui permit à la Belgique de relancer rapidement son économie après la Seconde Guerre mondiale. Alors que l’extraction nationale soutenait la reprise industrielle et favorisait les exportations belges dans une Europe encore soumise au rationnement, les mines louviéroises restèrent inactives[369]. Les autres charbonnages de la région, confrontés à une pénurie de main‑d’œuvre[Note 8], durent recourir à un recrutement massif : entre 1947 et 1948, plus de 40 000 travailleurs italiens et 14 000 personnes déplacées furent engagés, contribuant à une forte croissance de la population étrangère. À la veille de la fusion communale, La Louvière comptait ainsi 6 117 résidents étrangers sur 22 740 habitants, soit près de 27 %[370]. Les terrils, vestiges de l’activité minière, marquèrent durablement le paysage louviérois. D’abord perçus comme des masses stériles et sombres dominant les corons, ils furent progressivement reboisés et intégrés à l’environnement. Leur reconversion, jugée souhaitable, a conduit soit à leur valorisation comme espaces verts, soit à leur disparition au profit de nouveaux aménagements[370]. Le plan de secteur fixe désormais leur statut : le terril Sainte‑Marie est classé en zone verte ; celui de Sars‑Longchamps‑Nord en zone de parc et intégré à un complexe scolaire ; Sars‑Longchamps I est destiné à des équipements communautaires ; Sars‑Longchamps II est maintenu en zone verte ; Sars‑Longchamps III, assaini, est réparti entre zones d’habitat, tampon et artisanale[371].

À La Louvière, il y avait deux concessions[372]:

  • La Louvière-La Paix qui avait les puits : no 1 d'En-Haut, no 2 de la Croix, no 3 de Sainte-Marie, no 4 de Saint-Hubert, no 5 de l'Espérance et no 6 de Sainte-Barbe.
  • Les Charbonnages de Sars-Longchamps qui avaient plusieurs sièges : Siège no 1 Bouvy, Siège no 2 Bonne Espérance, Siège no 3, Siège no 4, Sièges no 5 et no 6.

Anciennes industries

Société anonyme des Carrelages du Centre

La société anonyme des Carrelages du Centre fut fondée en 1898, et d’autres établissements, plus modestes, virent également le jour et participèrent à la prospérité de la ville[353].

La Brugeoise et Nicaise et Delcuve

La SA La Brugeoise et Nicaise et Delcuve, issue d’une lignée d’ateliers fondés en 1855 à La Louvière, devint l’un des ensembles industriels majeurs de la construction ferroviaire belge[373]. Installés à l’origine rue de la Station, les ateliers ne comptaient qu’une centaine d’ouvriers avant de connaître une expansion rapide après 1870, stimulée par la fabrication de ponts métalliques destinés à l’étranger notamment pour la Volga, la Meuse, la Turquie ou le Brésil. Vers 1900, l’entreprise employait près d’un millier de travailleurs et s’étendit dans le quartier du Camp de Châlons, où elle se spécialisa progressivement dans le matériel roulant[373].

En 1913, la fusion de la société Nicaise et Delcuve avec La Brugeoise de Saint-Michel-lez-Bruges donna naissance à un groupe intégré, couvrant 128 hectares d’ateliers, voies et réserves[374]. La production englobait pièces de forge, essieux, charpentes, installations ferroviaires, tenders, wagons, fourgons et voitures voyageurs, du matériel ordinaire aux modèles de luxe. L’ensemble mobilisait environ un millier d’ouvriers[375]. Après la Seconde Guerre mondiale, l’intégralité du matériel fut transférée à Bruges, laissant à La Louvière des bâtiments abandonnés et en ruine, symbole d’une perte industrielle majeure pour la région du Centre[376].

Laminoirs du Centre

Les Laminoirs du Centre, fondés en 1867, formaient un important complexe métallurgique installé derrière l’actuel Hôtel de Ville de La Louvière, alors encore en construction. L’usine occupait l’emplacement aujourd’hui associé à la Faïencerie Kéramis et s’ouvrait sur la rue des Forgerons, dont le développement fut étroitement lié à l’activité industrielle[377]. Les ouvriers du quartier du Hocquet y accédaient par un passage devenu la ruelle Gaurin, tandis que le site jouxtait les laminoirs de Boucquéau, futurs Usines Boël. L’établissement, connu pour ses fumées denses et malodorantes qui suscitaient de fréquentes plaintes des riverains, cessa ses activités peu après la Première Guerre mondiale[378].

Faïencerie de Keramis
Logotype Keramis sur de la vaisselle ordinaire entre 1940 et 1945[379].

La faïencerie Keramis Boch Frères naît en 1841 lorsque les frères Eugène et Victor Boch, associés à leur beau‑frère le baron J.-B. Nothomb, décident d’implanter en Belgique la première manufacture de faïence fine, alors que le pays ne produisait encore que de la céramique commune[380]. Nothomb, ministre des Travaux publics et convaincu du potentiel industriel de la jeune Belgique, encourage Victor Boch à choisir un site stratégique[380]. Après avoir longé le canal de Charleroi, les trois hommes s’arrêtent à La Louvière, simple hameau de Saint‑Vaast, où le directeur des charbonnages de Sars‑Longchamps leur propose un terrain idéal, desservi par le canal et bientôt par la ligne ferroviaire Mons–Manage[381]. Un essai concluant de cuisson au charbon combustible jamais utilisé jusque‑là dans leurs usines luxembourgeoises convainc définitivement Victor Boch. Le terrain est acheté le , la première pierre posée le , et le premier four allumé le [382]. Comme La Louvière ne compte alors que quelques maisons, Boch fait bâtir un quartier ouvrier complet pour accueillir les artisans venus presque tous de l’usine d’Echternach. Leur migration, effectuée en roulottes à travers l’Ardenne, reste marquée par la disparition tragique d’un enfant dans la forêt de Saint‑Hubert[383]. Autour de l’usine et de ce « quartier » se développent rapidement rues, habitations et établissements industriels, donnant naissance à l’un des pôles économiques les plus dynamiques du pays. Keramis, de son côté, connaît une croissance continue : aux ateliers initiaux succèdent des bâtiments modernes, tandis que les procédés de fabrication sont sans cesse perfectionnés[384]. L’entreprise devient ainsi l’un des moteurs majeurs de l’essor de La Louvière et un acteur essentiel de l’histoire industrielle belge[384].

Démolition de l'ancienne faïencerie Keramis en 2012.

La section de peinture à la main de Keramis, maintenue parallèlement aux ateliers de décoration courante, constitue dès l’origine un pôle artistique majeur de la faïencerie[384]. Initialement consacrée à la reproduction fidèle des faïences anciennes, elle prend un tournant décisif vers 1874, lorsque Victor Boch fait venir à La Louvière des descendants de peintres de Delft, permettant de rétablir les techniques de peinture sur émail stannifère héritées de l’Italie[385]. L’atelier excelle alors dans les réinterprétations de Rouen, Moustiers et Delft, avant d’étendre son savoir-faire aux faïences persanes et de Rhodes[386]. Progressivement, Keramis délaisse les imitations pour développer des créations originales, notamment des barbotines très prisées et surtout des pièces ornées d’émaux alcalins sur terre siliceuse, réputés pour leur éclat et leur luminosité. Après la Première Guerre mondiale, l’usine s’engage résolument dans l’art moderne[386]. À l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925, ses œuvres se distinguent par la qualité des formes, la richesse des couleurs, l’usage subtil des semi-mats, des craquelés et la sobriété volontaire des grès cérames. Plusieurs pièces rejoignent alors les collections des musées de Sèvres et de Dresde[386].

Le nom Keramis, forgé par Victor Boch à partir du grec kerameus potier »), devient l’emblème d’une manufacture dont la prospérité contribue directement à l’essor de La Louvière. L’histoire moderne de l’usine se poursuit par une série d’innovations[387]:

  • 1933. Mise en service d’un troisième four‑tunnel et d’ateliers mécanisés dans un bâtiment en béton armé.
  • 1948. Passage en Société Anonyme et inauguration de nouveaux bâtiments sociaux et administratifs.
  • 1949. Création de la division sanitaire, première en Belgique à produire des appareils en porcelaine vitrifiée, et allumage d’un four‑tunnel au mazout.
  • 1952. Installation d’un four électrique pour la cuisson des décors sur émail.
  • 1954. Construction de deux fours‑tunnel supplémentaires, modernisation des ateliers de décoration et extension de la division sanitaire.

À son apogée, Keramis figurait parmi les faïenceries les mieux équipées d’Europe, employait environ 750 personnes et diffusait largement le renom artistique et industriel de La Louvière[388].

Après la Seconde Guerre mondiale, la faïencerie Boch connaît une période de prospérité, avant d’entrer dans une phase de difficultés à partir des années 1970[389]. L’entreprise se recentre alors sur la production de sanitaires, abandonnant progressivement d’autres secteurs de fabrication[389].

En 1985, à la suite d’un dépôt de bilan, l’activité est réorganisée en deux entités distinctes[389]:

  • Novoboch pour la production sanitaire, créée en partenariat avec Sphinx Sanitair ;
  • MRL Boch pour la fabrication de vaisselle, soutenue financièrement par la Région wallonne.

À partir de 1993, le site accueille également une activité touristique consacrée à la faïence, valorisant le patrimoine industriel et artistique de la manufacture. La faillite de la faïencerie est prononcée le , mettant un terme définitif à l’activité de Boch dans la région du Centre et clôturant plus d’un siècle et demi d’histoire industrielle[389]. Depuis lors, le site a été démolie à l'exéption du bâtiment abritant les trois fours bouteilles, celui-ci fut réhabilité par l'Institut du Patrimoine wallon et en 2015, un musée (Centre Keramis) a été ouvert qui valorise entre autres les réalisations artistiques de la société[390].

Usines Gustave Boël

Les usines Gustave Boël furent fondées en 1850. Elles produisaient au départ des fers marchands, des profilés et des rails en fer. En 1884, elles comprenaient une aciérie Bessemer, des fours à puddler, des laminoirs à fer et à acier, ainsi qu’une boulonnerie et une fabrique de fers à cheval. Un programme d’agrandissement fut alors planifié méthodiquement[391]. De 1884 à 1900, pour améliorer les laminoirs, un blooming[392] indépendant à deux cages avec machine à vapeur réversible fut installé, accompagné d’un train trio à rail, de deux trains moyens, d’un train de 300 et de deux petits trains de 250 avec un train d’aisance séparé[391]. Les usines Gustave Boël figuraient parmi les plus grands établissements métallurgiques de Belgique. Elles comprenaient alors : deux hauts-fourneaux produisant 400 tonnes par jour, 81 fours à coke, une aciérie Thomas avec trois convertisseurs, des laminoirs blooming indépendants, un gros train et un train universel, deux trains moyens de 500, deux trains de 250 avec train d’aisance indépendant, un train de 300 avec dégrossisseur, un train d’aisance, un laminoir à fils, une aciérie Martin équipée d’une enfourneuse électrique, une fonderie d’acier avec deux convertisseurs et un four Martin, une fonderie de fonte (quatre cubilots) et de bronze, une boulonnerie, des ateliers de construction de trains montés et de cuvelage, ainsi que tous les services annexes : moulins à scories, atelier de dolomie, réparations, parachèvement, menuiserie, centrale, tours à cylindre, magasins modernes, et deux ponts roulants à chevalets de cinquante mètres de portée[393]. Pendant la guerre, comme la plupart de ses consœurs belges, les usines Gustave Boël furent presque entièrement détruites par les armées occupantes[394]. Dès 1919, la reconstruction commença et se poursuivit jusqu’en , date à laquelle les usines reprirent leur activité. Le , les aciéries de La Louvière prirent officiellement le nom d’usines Gustave Boël, société anonyme[394]. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Usines Gustave Boël de La Louvière connaissent une modernisation continue destinée à suivre l’évolution rapide des techniques sidérurgiques internationales[395]. Dès 1945, l’entreprise engage un vaste programme d’extension qui, sur trois décennies, transforme profondément ses capacités de production : la fabrication annuelle d’acier passe progressivement d’environ 400 000 tonnes à près de deux millions de tonnes, grâce à l’installation régulière d’équipements nouveaux[395].

Entre 1947 et la fin des années 1970, les infrastructures se multiplient : nouvelles batteries de fours à coke, trains continus pour billettes et fil, modernisation des sous‑produits, mise en service de hauts‑fourneaux de grande capacité, développement de l’aciérie Thomas puis de l’aciérie LD, enrichissement de l’air en oxygène, unités d’agglomération, installations de déchargement et de broyage des minerais, trains à larges bandes, coulée continue et équipements de finition comme le skin‑pass. L’ensemble aboutit à un complexe sidérurgique intégré parmi les plus importants de Wallonie[396]. À la fin des années 1970, l’entreprise occupe environ 3 500 ouvriers et 350 employés. Sa production couvre un large éventail : laminés (tôles, plats, ronds à béton, rails, demi‑produits), aciers moulés, essieux et bandages, boulonnerie (boulons, écrous, rivets) ainsi que produits de tréfilerie (fils, treillis, pointes). Environ 60 % des laminés sont écoulés sur les marchés de la CECA, dont une part importante en Belgique, tandis que le reste est exporté vers des pays tiers[397].

La cokerie, implantée le long du canal Bruxelles‑Charleroi, comprend trois batteries en activité, dont la plus récente (1978) est équipée de systèmes automatisés d’inversion, de graissage centralisé, de régulation calorifique et d’aspiration des gaz, améliorant à la fois la sécurité, la maintenance et la réduction des émissions[398]. L’ensemble constitue alors un élément majeur du développement industriel de La Louvière et de sa région[398]. Les batteries de fours à coke peuvent fonctionner au gaz de haut fourneau, à ce même gaz enrichi par du gaz de cokerie ou du gaz naturel, ou encore exclusivement au gaz de cokerie. Le coke produit est trié par classes granulométriques allant de 010 mm à plus de 60 mm. Les gaz issus de la cokerie permettent la récupération de goudron, de sulfate d’ammonium et de benzol[399]. Une installation traitant 75 000 tonnes de charbon par mois fournit environ 53 000 tonnes de coke métallurgique, 1 900 tonnes de goudron, 750 tonnes de sulfate d’ammonium, 700 tonnes de benzol et près de 24 millions de m2 de gaz à 4 250 kcal/m3, entièrement réutilisé pour le chauffage industriel, notamment dans les fours à coke alimentés principalement en gaz de haut fourneau enrichi[400]. Les Usines Gustave Boël furent les premières en Belgique à adopter l’agglomération de minerais, dès 1928. Modernisée à plusieurs reprises, l’installation comprend une bande Dwight‑Lloyd de 3,6 m sur 57 m, dotée d’une aspiration de 15 400 m3/h à 175 °C sous 7 500 Pa[400]. L’automatisation complète de l’ensemble a permis d’améliorer la productivité des hauts fourneaux et la qualité de la fonte[400].

La division des hauts fourneaux compte six unités alignées est‑ouest, dont les creusets varient de 4,5 m à 6,5 m de diamètre. Le haut fourneau no 6, mis en service en 1972, possède un creuset de 6,5 m, un ventre de m et un gueulard de 6,15 m[401]. Il dispose de 16 tuyères à vent et 3 à laitier, pour un volume utile de 837 m3 et une production journalière de 1 300 à 1 800 tonnes de fonte. Il fonctionne sous contre‑pression jusqu’à 1,5 bar, avec un vent maximal de 132 000 Nm3/h à 2,6 bar et un débit de gaz de 150 000 Nm3/h[401]. L’aciérie LD, opérationnelle depuis 1967, élabore l’acier par soufflage d’oxygène pur sur la fonte liquide dans des convertisseurs de 90 m3, chacun capable de produire 85 tonnes par coulée[402]. Conçue pour traiter différents types de fontes, elle atteint une capacité annuelle d’environ 2 millions de tonnes. Une installation de désulfuration complète l’ensemble[402]. Pour augmenter la capacité de laminage, une machine de coulée continue de brames a été installée. Elle comprend une ligne unique à rayon de courbure de 10,5 m, produisant des brames de 180 mm d’épaisseur et de 875 à 1 725 mm de largeur[403]. L’équipement s’étend sur trois halles regroupant les opérations de transfert, de coulée, de refroidissement, de redressage et de découpe[403]. Les installations industrielles comprennent, outre les trois halles principales, divers bâtiments destinés à l’évacuation et au stockage des coils, aux sous‑stations électriques et au traitement des eaux[404]. La production du train continu à larges bandes est commercialisée sous forme de coils ou de tôles découpées[404]. Pour assurer le parachèvement des produits laminés à chaud, une ligne de déroulage mise en service en 1967 réalise en continu le planage, le cisaillage, le contrôle et l’emballage[404]. En 1975, les Usines Gustave Boël inaugurent une division de laminage à froid fondée sur des procédés modernes et dotée d’une capacité annuelle d’environ 400 000 tonnes[404]. Elle regroupe notamment un décapage à l’acide chlorhydrique avec régénération en circuit fermé, un train quarto réversible utilisé pour le laminage et l’écrouissage, une batterie de fours de recuit et une cage skin‑pass duo installée en 1978. L’unité est conçue pour limiter les rejets, la régénération de l’acide ne produisant aucun résidu nocif[404].

La ligne de décapage fonctionne en continu grâce à une soudeuse électrique à étincelage produisant une soudure laminable, tandis qu’un accumulateur de 120 m assure la réserve de bande[405]. Le décapage s’effectue dans trois bacs peu profonds totalisant 50 m, avec circulation d’acide à contre‑courant et réchauffage par échangeurs en graphite. La bande est ensuite lavée, neutralisée, huilée, cisaillée et réenroulée en coils prêts pour les étapes suivantes[406]. Le train quarto réversible permet le laminage de bandes de 600 à 1 650 mm de large, pour des épaisseurs allant de mm à 0,5 mm, à une vitesse pouvant atteindre 1 000 m/min. Il est équipé d’un serrage hydraulique et d’un système informatique de pilotage garantissant des tolérances élevées[406]. Les fours de recuit, au nombre de quarante, fonctionnent sous atmosphère contrôlée grâce à une production interne d’hydrogène par craquage de l’ammoniac et à un apport externe d’azote[406]. La cage skin‑pass dispose de deux dérouleurs adaptés aux coils noirs, décapés ou recuits, d’un mandrin de sortie interchangeable, d’un serrage hydraulique à charge constante, d’un dispositif de huilage double face, d’une cisaille double et d’une ligne d’évacuation équipée pour le pesage et le cerclage semi‑automatique[407]. Les usines Gustave Boël sont rachetées en 1999 par la société Duferco[314] qui s'allie avec le géant russe Novolispetk (NLMK) pour subsister. Ce mariage d'entreprises est cependant rompu en 2011, contraignant Duferco à fermer définitivement ses portes en 2013[302].

La Tréfilerie de Trébos

La tréfilerie de Trébos, implantée près de Louvain, fut fondée en 1951 sous le nom de Tréfilerie du Hambos. Elle devenait en 1957 une division intégrée des Usines Gustave Boël, ce qui lui assurait un soutien technique complet et une coopération constante avec les installations de La Louvière[408]. Le site industriel couvrait plus de vingt hectares et comprenait un vaste parc de stockage du fil machine ainsi que plusieurs halls destinés aux opérations de décapage, tréfilage, recuit, galvanisation, fabrication et conditionnement[409]. L’usine produisait notamment du treillis soudé, du field fence, des fils barbelés, du treillis galvanisé, du fil clair, du fil galvanisé pour câbles et du fil plastifié. En constante modernisation et en expansion régulière, elle atteignait une capacité mensuelle d’environ 8 000 tonnes de produits finis[409].

Hauts fourneaux et fonderie de La Louvière société anonyme

Fondés en 1853 à La Louvière par Cambier et Compagnie, les Hauts‑Fourneaux et Fonderies de La Louvière connus localement sous le nom d’Ateliers Cambier installent dans le quartier du Hocquet le premier haut‑fourneau de la région du Centre, accompagné d’une fonderie spécialisée dans la production de tuyaux et d’appareils destinés aux réseaux d’eau et de gaz[410]. Devenus Société Anonyme en 1884, ils atteignent vers 1900 une capacité quotidienne d’environ 80 tonnes de fonte adaptée à la fabrication de conduites, tandis que la production mensuelle de tuyaux avoisine 750 tonnes, dont près de la moitié est exportée[411]. Confrontée en 1911 au manque d’espace pour poursuivre son expansion, l’entreprise renonce à ses hauts‑fourneaux pour concentrer ses activités sur la fonderie et les ateliers de finition, engageant la modernisation de ses installations de coulée verticale. La Première Guerre mondiale interrompt toutefois ce programme : les équipements neufs sont démontés et réquisitionnés par l’occupant[412].

Dès l’armistice, un vaste chantier de reconstruction est lancé et, en deux ans, l’usine est entièrement rééquipée selon les standards techniques les plus récents, permettant de répondre à la forte demande d’après‑guerre[413]. Après 1945, la coulée verticale est remplacée par la coulée centrifuge, tandis que de nouveaux fours de fusion et des lignes mécanisées élargissent la gamme de production : tuyaux en fonte centrifugée, raccords, appareils de distribution d’eau, fontes spéciales, lingotières et diverses pièces moulées. L’entreprise emploie alors plus de 250 personnes[414]. Victime de la récession et d’une adaptation insuffisante aux évolutions industrielles, elle cesse ses activités[415]. Une société française tente brièvement de reconvertir le site sous le nom de « Plastiques de la Louve »[415]. Dans ce contexte, la ville prévoit la construction d’une halle d’exposition sur son territoire et, à la fin de l’année 1966, envisage de l’installer sur le terrain occupé par la Société louviéroise de Manutention, au niveau de l’embranchement du canal longeant la faïencerie Boch. En 1971, un plan particulier d’aménagement, conçu par l’urbaniste Alfred Ledent, est adopté ; il prévoit notamment la suppression d’un embranchement du canal ainsi que la création d’une voie express reliant l’autoroute à l’ouest et au sud de l’agglomération[416]. En 1980, la commune de Manage acquiert auprès de l’Association intercommunale pour le Développement économique et l’Aménagement des Régions du Centre et du Borinage (IDEA Hennuyères) les terrains destinés à accueillir un futur espace d’exposition. Grâce à un contrat de leasing conclu avec le Crédit communal de Belgique, la municipalité obtient les moyens nécessaires pour construire un hall destiné aux manifestations publiques et commerciales[416]. Conçu par l’architecte Paul Emonts Paul Emonts, l’édifice offre une surface utile d’environ 6 600 m². Il est inauguré le , lors de la 36e foire commerciale de La Louvière, marquant l’aboutissement d’un projet communal visant à doter la région d’une infrastructure moderne dédiée aux expositions et événements de grande ampleur. Cet hall a été démolie en 2010 et le nouveau bâtiment a été inauguré en 2012[416].

Usines, Boulonneries et Étirage de La Louvière société anonyme

Fondée en 1879 par Charles et Évariste Nicaise, Alexandre Benoit et Charles Thomssin, la Société Anonyme Usines, Boulonneries et Étirage de La Louvière prolonge l’activité de la maison Charles Nicaise et Cie créée en 1875. D’abord spécialisée dans la boulonnerie, elle élargit progressivement son champ industriel : un étirage à froid est inauguré en 1913, suivi en 1945 d’une division de mécanique[417]. L’entreprise, modernisée de manière continue, est alors considérée comme l’une des mieux équipées d’Europe et exporte sa production à l’échelle mondiale[417]. Ses ateliers couvrent l’ensemble des opérations métallurgiques liées à l’étirage des métaux, à la fabrication de boulonnerie, de pièces estampées ou finies, ainsi qu’à la conception d’appareils de manutention : palans à engrenages, chariots hydrauliques pour palettes, monorails tubulaires, convoyeurs à chaînes ou ponts roulants, dont certains modèles sont produits en exclusivité en Belgique. L’usine employait en 1959 environ 350 ouvriers et employés, constituait un pôle industriel majeur de La Louvière[418].

Société anonyme Usines Gilson

La SA Usines Gilson, fondée en 1883 par Augustin Gilson à La Croyère, développa d’abord une petite boulonnerie d’une cinquantaine d’ouvriers avant de s’imposer comme un complexe métallurgique complet. Rebaptisée Boulonneries de La Croyère, l’entreprise prospéra jusqu’au tournant du siècle, puis se diversifia avec l’installation d’un premier train de laminoir en 1903 et d’un four Martin en 1910, moment où elle adopta le nom d’Usines Gilson. Sous l’impulsion de son fondateur, elle se dota progressivement de plusieurs trains de laminoirs, d’un blooming, d’une aciérie Martin et d’une fabrique de fers à cheval. Sa boulonnerie, forte de 325 ouvriers, produisait environ 800 tonnes mensuelles d’accessoires ferroviaires crampons, tirefonds, boulons d’éclisses largement exportés vers l’outremer, ainsi que des rivets et boulons pour wagons, locomotives, ponts et charpentes. Titulaire de la licence du boulon indesserrable DDG, l’usine participa à l’évolution des systèmes de fixation soumis aux fortes vibrations. À son apogée, elle employait près de 1 650 personnes et atteignait une production annuelle d’environ 120 000 tonnes[419].

À partir des années 1930, l’entreprise fut confrontée à des crises répétées, aggravées par la concurrence des matières plastiques, un outillage devenu obsolète, un manque d’espace empêchant les modernisations nécessaires, des coûts de transport élevés et une main-d’œuvre surdimensionnée jusqu’à 70 à 80 ouvriers sur un train marchand où 15 auraient suffi. Malgré plusieurs restructurations, la fusion de 1962 avec les Laminoirs de Baume, de Namur et d’autres sociétés ne put enrayer le déclin. La fermeture définitive en 1964 entraîna le licenciement d’environ 1 500 travailleurs. Les témoignages d’anciens ouvriers, comme Ghislain Eugène et Yvan Sauvage, illustrent les reconversions difficiles qui suivirent. L’histoire de l’usine est également marquée par plusieurs accidents, dont celui de 1939, lorsqu’un ouvrier fut mortellement électrocuté par un four électrique de 3 000 V, tandis qu’un autre survécut à une projection violente provoquée par un courant de 30 000 V[420].

Société anonyme des Laminoirs de Longtain
Passage à niveau à l'entrée des anciens laminoirs de Longtain.

Les Laminoirs de Longtain, fondés le par le groupe Gilson, formaient un complexe sidérurgique situé à la limite de Bois‑d’Haine et de La Louvière. L’usine se spécialisa dans la production de petits aciers marchands et surtout de profils spéciaux, poursuivant le développement du châssis métallique après l’abandon de cette fabrication par Châtillon‑Commentry‑Biache en France[421]. Dès les années 1940, l’entreprise ouvrit une division de profilage à froid afin de concurrencer les produits laminés à chaud. Cette diversification se renforça avec l’installation de générateurs de soudure, permettant la fabrication de profils soudés puis de tubes de construction, appréciés pour leur rigidité et leur usage architectural, au point de remplacer progressivement certains aciers marchands traditionnels. Confrontée aux mutations du secteur, la société fut finalement fermée en 1983[422].

Société Anglo-Franco-Belge de Matériel de chemin de fer à La Croyère

La société Anglo-Franco-Belge de matériel de chemins de fer, dont les usines se trouvent à La Croyère, porte ce nom depuis environ 1928, mais ses origines en font l’une des plus anciennes entreprises de construction de matériel roulant[423]. La société trouve ses origines en 1859, lorsque la Compagnie Belge pour la construction de matériel ferroviaire fut créée par la fusion des Ateliers Ch. Evrard, à Bruxelles, et des Établissements Parmentier, à La Croyère. Les usines gagnèrent vite une solide réputation, fournissant locomotives, voitures et wagons à de nombreux pays d’Europe[423]. En 1881, un grand changement eut lieu : les usines de Bruxelles fermèrent, leur outillage fut transféré à La Croyère, et une nouvelle usine vit le jour à Raismes, en France[424]. La Compagnie belge de construction de matériel ferroviaire devint alors une entreprise française, sous le nom de Société Franco-Belge pour la construction de machines et de matériel ferroviaire, avant de changer à nouveau en 1911 pour devenir la Société Franco-Belge de matériel ferroviaire[424]. Au début de 1967, la situation des commandes et de la trésorerie devint catastrophique. Des préavis furent remis au personnel. L’usine fut occupée à partir du et ferma ses portes pendant trois semaines[425].

Commerces

Entrée du magasin de vêtements C&A, rue Albert 1er.

Le commerce à La Louvière se caractérise par un tissu dense et diversifié, structuré autour d’un centre‑ville qui rassemble environ 400 commerces, mêlant indépendants, franchises nationales et services de proximité. Cette concentration commerciale s’inscrit dans une stratégie municipale visant à renforcer le centre comme « centre de vie », avec des espaces piétonniers, des marchés réguliers et des animations destinées à soutenir la fréquentation[426].

Le cœur commercial de La Louvière s’organise autour de son hyper-centre, où se concentrent boutiques indépendantes, enseignes nationales et services de proximité. La municipalité met en avant un dispositif structuré comprenant un annuaire des commerces, un réseau d’accompagnement aux entreprises et un programme de revitalisation du centre-ville destiné à en faire un véritable « centre de vie »[427]. Les marchés locaux, qui occupent une place traditionnelle dans l’économie urbaine, contribuent également à l’animation commerciale et au maintien d’un lien direct entre producteurs et consommateurs.

Façade et enseigne du magasin Brico Plan-it.

La ville s’inscrit dans un mouvement de renouveau économique, marqué par une transition vers les secteurs des services, du numérique et du commerce diversifié. Cette évolution s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation urbaine et de reconversion post‑industrielle, où le commerce joue un rôle structurant dans la redynamisation des quartiers et dans l’amélioration du cadre de vie. Les projets de développement à long terme, tels que ceux envisagés dans la vision « La Louvière 2050 », prévoient un soutien accru aux activités commerciales, une intégration renforcée des mobilités douces et une mise en cohérence des pôles économiques afin de consolider la résilience du tissu marchand local[351].

L’activité commerciale est soutenue par plusieurs dispositifs institutionnels. Business in La Louvière (BiLL) joue le rôle de guichet unique pour les investisseurs, commerçants et porteurs de projets, facilitant les démarches administratives et l’accès aux aides financières. La régie communale autonome Devllop, créée en 2003, agit comme moteur du développement économique local en gérant des projets à vocation commerciale et industrielle. Elle pilote notamment Lovaria, un pôle mixte en centre‑ville combinant horeca, commerces, artisanat, activités culturelles et bureaux, conçu pour renforcer l’attractivité du cœur urbain[426],[428].

La ville encourage également l’entrepreneuriat via des dispositifs tels que les Boutiques Tremplin, qui offrent des cellules commerciales à loyer évolutif permettant de tester une activité pendant trois ans. Ces initiatives s’inscrivent dans une politique plus large de redynamisation du commerce local, appuyée par des enquêtes d’attractivité, des salons consacrés à l’entrepreneuriat et des aides financières régionales et communales[426].

La vie commerciale louviéroise est rythmée par des événements populaires qui renforcent le lien entre commerçants et habitants. La Braderie de La Louvière, organisée chaque année, transforme le centre-ville en zone piétonne et propose des réductions importantes ainsi que des animations variées. Le Week‑End du Client constitue un autre moment fort, marqué par des rencontres, animations et initiatives commerciales. Ces événements contribuent à l’identité dynamique de la ville et à la valorisation de son commerce de proximité[426].

La vie commerciale à La Louvière à l'époque

La rue Albert 1er dans les années 1950.

La création de La Louvière en 1869 s’inscrit dans un contexte où la commune dépend presque entièrement de son bassin industriel et charbonnier. Avec un peu plus de 7 000 habitants, la population est alors majoritairement composée d’ouvriers d’usine et de mineurs, et le seul charbonnage de La Louvière emploie environ 1 200 travailleurs logés sur place[429]. L’essor continu des exploitations industrielles attire une main‑d’œuvre toujours plus nombreuse, entraînant une croissance démographique rapide et durable[429]. L’industrie apparaît comme la véritable matrice de la ville, et le commerce se développe à son tour au rythme de cette expansion. En 1959, on y recense 1 107 commerces pour 7 439 habitations, soit une densité commerciale nettement supérieure à la moyenne nationale, signe de l’importance prise par ce secteur dans l’économie locale[429]. Un retour aux années 1900‑1915 montre déjà une cité commerçante dynamique, dont les vitrines témoignent de la diversité des activités[430]. Les magasins spécialisés se concentrent naturellement dans le centre : porcelaines et verreries de qualité, fourrures et vêtements féminins, charcuteries réputées pour leurs préparations raffinées, boutiques de cigares, chapelleries, magasins d’ameublement ou de décoration proposant les matériaux les plus modernes, opticiens renommés, pâtisseries, quincailleries industrielles capables de rivaliser avec les fournisseurs bruxellois, ou encore échoppes de jouets et d’articles de fantaisie[431]. Cette mosaïque de commerces, immortalisée par les photographies d’époque, illustre une ville où l’activité marchande accompagne étroitement la vitalité industrielle et contribue à façonner l’identité urbaine de La Louvière[432]. La Louvière du début du XXe siècle offrait un paysage commercial pittoresque, mais celui‑ci ne peut servir de modèle pour décrire la situation contemporaine, tant l’évolution fut profonde[433]. Devenue une véritable plaque tournante du Centre, la ville s’est hissée au rang des pôles commerciaux majeurs du pays, comme en témoigne l’étonnement récurrent des visiteurs face à la densité de ses enseignes lumineuses, à la qualité de ses vitrines, à la vitalité de ses cafés, de son théâtre, de ses garages modernes et de ses nombreuses manifestations publiques[434].

À la veille de la fusion des communes en 1976, le commerce louviérois avait été analysé par Claude Richoux‑Dubus à partir d’une étude menée en 1973 par l’Institut économique et social des Classes moyennes[434]. Celle‑ci définissait les établissements commerciaux comme des points fixes de distribution de biens et services, identifiables par une vitrine et fondés sur une transaction directe entre vendeur et consommateur[434]. L’analyse spatiale reposait sur la surface occupée, la largeur de façade et divers critères qualitatifs type d’assortiment, mode de vente, niveau de prix, état d’activité permettant de distinguer commerces primaires (quotidiens), secondaires (périodiques) et tertiaires (rares)[434]. La Louvière comptait alors 526 commerces, soit un magasin pour 45 habitants, un ratio supérieur à la moyenne belge. L’alimentation (86 établissements) et la confection (48) dominaient, mais les secteurs du textile, de l’habillement et du cuir jouaient un rôle structurant dans l’attractivité régionale[435]. Les services commerciaux étaient nombreux, notamment les bureaux à guichets. Le secteur HORECA se caractérisait par une forte présence de cafés (151) mais très peu d’hôtels (5), contrastant avec Mons ou Tournai[436]. Les grandes surfaces étaient représentées par quatre grands magasins, deux supermarchés et un discount[435]. L’ensemble révélait la prépondérance du commerce secondaire, tandis que le tertiaire plus spécialisé contribuait fortement au rayonnement de la ville et à l’afflux de la clientèle du Centre[435].

La Louvière présente un indice qualitatif global de 3,13, supérieur à Mons (3,05) et nettement au‑dessus de Tournai (2,82). Environ 63% des commerces dépassent la cote 3, principalement dans les secteurs secondaire et tertiaire[213]. Les surfaces de vente sont généralement modestes : la majorité oscille entre 25 et 50 m2, tandis que 15% seulement dépassent 100 m2, proportion légèrement supérieure à celles de Mons et Tournai[213]. La surface moyenne atteint 70 m2, contre 56 m2 à Mons et Tournai et 58 m2 à Charleroi. Les prix restent populaires, les méthodes de vente traditionnelles, et les façades étroites dominent : 17% seulement dépassent 10 m, surtout dans le commerce primaire[213]. La structure spatiale du commerce louviérois repose sur une continuité linéaire supérieure à 75%, concentrée sur deux axes majeurs : rues Sylvain‑Guyaux et Hamoir, ainsi que rues Albert 1er et Joseph‑Wauters[213]. Les secteurs HORECA et services commerciaux se regroupent autour des places Mansart et Communale et le long de la rue Sylvain‑Guyaux. Quatre noyaux se distinguent[213]:

  • Noyau A, cœur commercial, spécialisé en textiles, habillement et cuir ;
  • Noyau B, prolongement vers Anatole‑France et J.‑Wauters, dominé par l’alimentation et les équipements du foyer ;
  • Noyau C, correspondant à Cora‑City, atypique par l’absence de quincaillerie et de commerces automobiles ;
  • Noyau R, ensemble dispersé de commerces de proximité à fonction primaire.

La qualification de La Louvière comme centre régional demeure discutée : la Commission nationale de l’aménagement du territoire la place au niveau de Mons et Charleroi, tandis que l’Atlas de Belgique la classe un échelon plus bas[437]. Pourtant, son développement tertiaire la situe favorablement, notamment dans le commerce, les banques, l’HORECA et les services privés[437]. Son équipement commercial est jugé satisfaisant pour une ville encore marquée par une forte vocation secondaire, avec une prédominance du commerce périodique[437]. Les pertes de pouvoir d’achat sont estimées à 400 millions de francs, au profit des centres voisins. Pour renforcer son attractivité, la surface de vente devrait passer de 36 702 m2 à 39 200–41 200 m2[437]. L’appareil de distribution, déjà solide, gagnerait à être densifié, surtout dans le centre, où l’augmentation du trafic automobile et les routes rapides pourraient élargir le rayonnement urbain[437]. Les magasins à rayons multiples ont suscité de vives protestations lors de l’ouverture de Sarma (1933) puis Priba (1937), accusés de menacer la survie des détaillants[438]. Avec le recul, leur présence apparaît paradoxalement bénéfique, attirant quotidiennement une clientèle extérieure et contribuant à la vitalité commerciale locale[438].

Centres commerciaux

  • Le centre commercial Cora.
    Shopping Cora, ouvert ses portes le [439]. Ce centre commercial possède 60 boutiques et restaurants[440].
  • La Strada. C'était un projet d'un complexe commercial de 38 000 m2 pouvant accueillir 90 enseignes sur le site des anciennes faïenceries Boch et d'un pôle de logement de 600 appartements[441]. Cependant, le projet a rencontré de nombreux obstacles et retards. Initialement prévu pour ouvrir en 2017[442], il a été gelé à plusieurs reprises en raison de litiges financiers et de tensions entre le promoteur et la ville[443]. En 2021, le conseil communal a finalement mis un terme définitif au projet[444].

Santé

Les services de santé à La Louvière forment un réseau dense et structuré, articulé autour d’infrastructures hospitalières majeures, d’un maillage de centres médicaux pluridisciplinaires et d’initiatives locales de promotion de la santé. La ville s’appuie sur deux pôles hospitaliers d’importance régionale : le CHU Tivoli, situé avenue Max Buset, établissement ouvert 24h/24 offrant un large éventail de soins spécialisés[445], et le CHU HELORA – site Jolimont, également accessible en continu et reconnu pour ses services cliniques diversifiés[446]. Ces hôpitaux sont complétés par des polycliniques périphériques, notamment à Houdeng-Goegnies et Manage, qui assurent des consultations spécialisées et des examens ambulatoires[447],[445].

Le territoire louviérois est également marqué par une forte présence de centres médicaux pluridisciplinaires, tels que le Centre Médical Azarias, qui regroupe médecine générale, psychologie, psychiatrie, dentisterie et autres disciplines paramédicales[448], ou encore le Centre Médical de Saint-Vaast, qui propose un système de rendez-vous structuré et des services de prélèvements sanguins en semaine[449]. D’autres structures, comme Médecine pour le Peuple, participent à l’offre de soins de première ligne en médecine générale[450].

La Louvière dispose également d’un réseau étendu de professionnels de santé indépendants, comprenant médecins généralistes, dentistes, kinésithérapeutes et spécialistes, répartis dans les différents quartiers de l’entité. L’annuaire local recense de nombreux cabinets et centres de consultations, notamment le Centre de consultations du groupe Jolimont ou le Centre Léon Dulière, qui renforcent l’accessibilité aux soins spécialisés et paramédicaux[451].

En parallèle de l’offre curative, la ville développe une approche intégrée de la santé via Louv’Santé, un projet communal qui conçoit la santé dans sa globalité physique, mentale et sociale et fédère divers partenaires autour d’actions de prévention, de sensibilisation et de promotion du bien-être. Cette initiative met l’accent sur les déterminants sociaux de la santé et encourage une collaboration transversale entre acteurs locaux[452].

Le paysage des maisons de repos à La Louvière se caractérise par un ensemble d’établissements publics, privés et associatifs offrant un accueil résidentiel aux personnes âgées en perte d’autonomie. Ces structures, réparties sur le territoire louviérois et ses entités, proposent des services de soins, d’accompagnement social et d’animation adaptés aux besoins des résidents. Elles se distinguent par leur capacité d’accueil, leur niveau de médicalisation et leur gestion institutionnelle, tout en s’inscrivant dans le cadre réglementaire wallon des maisons de repos et de soins.

À La Louvière même, plusieurs établissements jouent un rôle central dans l’offre gériatrique locale. Le Progrès, situé chaussée de Jolimont, constitue une maison de repos et de soins reconnue, ouverte en continu et disposant d’une équipe pluridisciplinaire assurant un encadrement médical permanent[453]. Home Le Laetare, rue du Moulin, propose un cadre résidentiel plus réduit, apprécié pour son atmosphère familiale et son accompagnement personnalisé[454]. La Séniorie de Longtain, implantée rue des Rentiers, accueille également des personnes âgées nécessitant un suivi quotidien, avec une offre de soins adaptée aux profils plus dépendants [455].

Tourisme

Le tourisme à La Louvière s’articule autour d’un patrimoine industriel exceptionnel, d’une identité culturelle forte et d’un réseau de sites classés qui en font l’une des destinations les plus singulières de Wallonie. Cinquième ville de la région, elle doit une grande partie de son attractivité à l’héritage de la Révolution industrielle, dont plusieurs témoins majeurs notamment les ascenseurs hydrauliques du Canal du Centre historique et le site minier de Bois‑du‑Luc sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO[456]. Ces infrastructures, construites entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, constituent un ensemble technique unique au monde, encore animé par des mécanismes d’origine pour certains ascenseurs, et offrent un panorama rare sur l’ingénierie hydraulique et le transport fluvial de l’époque[456]. La ville se distingue également par la richesse de ses institutions culturelles. Le centre Keramis, installé sur le site de l’ancienne manufacture Royal Boch, conserve les fours-bouteilles emblématiques et expose à la fois les productions historiques de la faïencerie et des créations contemporaines, faisant de La Louvière un pôle majeur de la céramique en Belgique. Le musée Mill, aménagé dans l’ancien palais de justice, présente quant à lui la plus importante collection d’œuvres du sculpteur Idel Ianchelevici, témoignant du dynamisme artistique local[456],[457].

Le tourisme louviérois est également marqué par un folklore vivant, notamment les carnavals et traditions régionales, ainsi que par une offre de tourisme fluvial qui profite de la présence du Canal du Centre et de l’ascenseur funiculaire géant de Strépy‑Thieu, l’un des plus hauts du monde. Ces infrastructures permettent des croisières, des promenades le long des voies d’eau et des découvertes guidées du patrimoine industriel[458]. La ville propose en outre un ensemble varié d’activités : musées, promenades urbaines, circuits patrimoniaux, événements culturels et gastronomiques. La Maison du Tourisme du Pays du Centre (Centrissime), située au cœur de La Louvière, coordonne l’accueil des visiteurs et met en valeur les atouts de la région, qui s’étend jusqu’aux communes voisines et offre un large éventail de découvertes complémentaires[459],[457]. Enfin, La Louvière se distingue par sa capacité à conjuguer mémoire industrielle, créativité contemporaine et accessibilité : située à proximité des grands axes et bien desservie par le rail, elle constitue une destination facilement accessible pour les voyageurs souhaitant explorer l’histoire industrielle wallonne, découvrir une scène artistique singulière ou profiter d’un patrimoine fluvial rare en Europe.

Transports

Les canaux

L'embranchement de La Croyère.

Le canal de Charleroi à Bruxelles, inauguré le , connut rapidement de nouveaux projets. À la demande des charbonnages, le gouvernement belge étudia des travaux complémentaires et en déclara l’urgence par arrêté royal le [460]. Il s’agissait alors de construire deux embranchements reliant le canal de Charleroi à Bruxelles à la grande route charbonnière du Rœulx à Chapelle-lez-Herlaimont, avec Seneffe comme point de départ[460]. L’embranchement ouest se divise en trois branches encore existantes. La première mène à La Croyère et devait être reliée à la chaussée par un chemin à ornières de fer. Les deux autres aboutissent à la chaussée, l’un à Houdeng-Gœgnies et l’autre à La Louvière[460]. Entamés en 1833, ces deux embranchements furent achevés en 1839 et ouverts à la navigation le de la même année. Ils furent inaugurés à Seneffe le sous le règne de Léopold 1er[460]. Le canal du Centre fut décidé en 1877, mais les difficultés rencontrées pour sa construction furent telles qu’il n’ouvrit à la navigation qu’en , soit quarante ans plus tard[461].

Le canal du Centre

L'ancien canal du Centre à Houdeng-Aimeries.

La construction du canal du Centre fut décidée en 1877 pour pallier le manque de voies navigables que les deux embranchements mentionnés n’avaient pas réussi à compenser[462]. Bien avant que ne soit décrétée la création d’un canal reliant le Borinage au Pays de Charleroi, on constatait déjà l’isolement des charbonnages de la région du Centre, dépourvue de toute rivière ou fleuve navigable[462]. Alors que Mons, grâce à un large canal, trouvait un débouché vers l’Escaut, et que Charleroi, avec la Sambre et la Meuse, expédiait sans difficulté son charbon et ses produits manufacturés, la région du Centre, elle, restait dépourvue de moyens de communication et de transport vraiment efficaces. Les lignes ferrées, toujours coûteuses, ne pouvaient pas tout assurer[462]. Le canal du Centre avait été conçu pour accueillir des péniches de 300 à 350 tonnes. Après la Seconde Guerre mondiale, il fallait repenser l’ensemble du réseau des voies navigables pour le rendre plus cohérent. Un plan d’aménagement fut alors élaboré, prévoyant notamment d’adapter le canal du Centre au gabarit de 1 350 tonnes[463]. Ce canal constitue un maillon clé de la transversale reliant Dunkerque à Liège, en passant par Valenciennes, Mons, Charleroi et Namur. La loi du a déclaré d’intérêt national et urgent la modernisation ou la construction d’un réseau de voies navigables de 1 350 tonnes, comprenant le canal Nimy-Blaton-Péronnes, le canal de Charleroi-Bruxelles et le canal du Centre[463]. Les travaux de la section Nimy-Obourg, longue de 4,5 km, ont débuté en et se sont achevés en . Elle incluait l’écluse d’Obourg à Wartons. Quant à la section Obourg-Havré, les travaux ont été réalisés entre et , avec l’écluse d’Havré mise en service le [464].

L’écluse de jonction de Thieu, inaugurée en 1990, assure la liaison entre l’ancien canal du Centre et son tracé modernisé, à proximité immédiate de l’ancien ascenseur no 4[465]. La modernisation de la voie d’eau s’inscrit dans un chantier entamé en 1982 à la limite de Strépy‑Bracquegnies et de Thieu, aboutissant à la construction de l’ascenseur funiculaire de Strépy‑Thieu. Celui‑ci est inauguré le , lors d’une cérémonie marquée par la mise à l’eau et le passage de la première péniche[466]. Propulsé par l’électricité, l’ouvrage haut de 117 mètres remplace les quatre ascenseurs hydrauliques historiques ainsi que deux écluses. Il permet de franchir une dénivellation de 73 mètres en environ six minutes, constituant l’un des équipements les plus emblématiques du nouveau canal du Centre[467]. Les différences de niveaux du canal avaient été compensées, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, par la construction de quatre ascenseurs hydrauliques, aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’humanité. Leur préservation témoigne de l’importance historique et technique de ces ouvrages dans l’évolution de la navigation intérieure en Wallonie[76].

Routes

Vue du boulevard Michel Debauque.

La Louvière se situe à 50 km au sud de la capitale Bruxelles, à environ 260 km au nord-est de Paris, à 90 km à l’est de Lille, à environ 160 km à l’ouest d’Aix-la-Chapelle, à 20 km à l’est de Mons et à 30 km au nord-ouest de Charleroi. La Louvière se situe au centre d’un carrefour autoroutier européen, notamment avec la E19 (Amsterdam-Anvers-Bruxelles-Paris) et E42 (Lille-Charleroi-Liège-Francfort-sur-le-Main).

La Louvière est contournée par la R54 dénommée le contournement de La Louvière. En 2017, un projet de contournement, depuis renommé boulevard Urbain, voit le jour[468] a pour but de désengorger le centre-ville et de faciliter l'accès aux hôpitaux de la région depuis l'autoroute A501[469]. L'ouverture de la route est prévue en 2025[470].

Train

La Louvière dispose aujourd’hui de deux gares principales : La Louvière‑Centre et La Louvière‑Sud. La première, située au cœur de la ville, se trouve à la jonction des lignes 112, 116 et 118, reliant notamment Manage, Marchienne‑au‑Pont et Mons. Elle est desservie par des trains InterCity, Suburbains (S62), Omnibus et d’Heure de pointe, ce qui en fait un nœud régional important. Son altitude est de 119 mètres et elle comporte quatre voies desservies par deux quais centraux.

La Louvière-Sud, dont le bâtiment a été construit en 1999.

La Louvière-Centre.

La première gare de La Louvière a été construite en 1851 en style néo-classique d'après les plans de l'architecte Payen[471]. Au début du XXe siècle, la gare montre des signes évidents de vétusté[472]. La nouvelle gare est construite en 1966 en style « Expo 58 »[472],[473],[474].

Bus

La Louvière est sillonnée par les lignes des TEC Hainaut : ligne 23, Manage - SNCB - Familleureux - SNCB terminus partiel - Manage - SNCB - Seneffe - Centre ; ligne 25, Bois-d'Haine-Brique d'Or - Jolimont Hôpital terminus partie à Manage SNCB ; ligne 26, La Louvière Tivoli - Bois-d'Haine - Noir Cerisier terminus partiel à Manage SNCB Coq d'Inde terminus partiel ; ligne 30, Anderlues Monument - La Louvière Gendarmerie terminus partiel Strépy-Bracquegnies Pont Tournant - Thieu Ascenseur ; ligne 31, Thieu - La Louvière ; ligne 32, Maurage Cité Marie-José - Le Rœulx Centre ; ligne 33, Manage - La Louvière - Besonrieux - Familleureux ; ligne 35, Manage - Jolimont - La Louvière-Bois d'Haine; ligne 36, Seneffe - Manage - Haine-Saint-Pierre - La Louvière-Tivoli ; ligne 37, Houdeng-Aimeries - La Louvière ; ligne 38, La Louvière - Trivières ; ligne 40, La Louvière - Houdeng-Gœgnies ; ligne 82, Mons - Trazegnies ; ligne 84, Chapelle-lez-Herlaimont Cité - La Louvière ; ligne 85, Maurage - La Louvière ; ligne 107, Jolimont - Écaussinnes terminus partiel - Braine-le-Comte; ligne 133, La Louvière via Binche ; ligne 134, Jolimont - Soignies ; ligne 136, Anderlues - La Hestre ; ligne 167, La Louvière - Jolimont - Luttre - La Louvière - Godarville - Chapelle - Pont-à-Celles et la ligne 822, Maurage - Morlanwelz.

Sports et vie associative

Sports

Infrastructures sportives

Stade communal de Tivoli.
  • Piscine : le Point d'eau. Inaugurée en 2008[475],[476],[477], en remplacement de la piscine construite en 1956 à la rue Joseph Toisoul[307].
  • La Maison du Sport de La Louvière.
  • Stade du Tivoli. Construit en 1972, dessiné par l'architecte Robert Charles, le stade contient un terrain de football ceinturé d'une piste d'athlétisme et des tribunes pouvant accueillir 17 000 spectateurs. Le stade a été rénové entre 2003 et 2005[307].
  • Hall omnisports de Bouvy.
  • L'Easi Arena, le nouveau stade de la RAAL, il a été construit en 14 mois et inauguré le comprenant 8000 places[478].

Vie associative

La vie associative à La Louvière se distingue par une densité et une diversité remarquables, reflétant l’histoire industrielle, culturelle et sociale de la ville. Elle s’organise autour d’un réseau d’acteurs institutionnels, culturels, sportifs et citoyens qui structurent le quotidien des habitants et participent à l’animation du territoire. Le Département de la Vie associative, culturelle et touristique de la Ville constitue l’un des piliers de cette dynamique : il regroupe notamment l’Accueil Temps Libre, le Service Jeunesse, la Cellule Culture, le Plan de Cohésion Sociale et les Conseils consultatifs, qui coordonnent un large éventail d’initiatives locales[479]. Cette organisation municipale favorise l’émergence de projets collaboratifs, l’accès à la culture et la participation citoyenne, dans une perspective d’inclusion et de cohésion sociale.

Le tissu associatif louviérois est particulièrement varié : il comprend des associations sportives, culturelles, sociales, éducatives ou encore environnementales. Des plateformes locales recensent des organisations allant des clubs sportifs (comme le Royal La Louvière Hockey Club) aux associations d’aide à la personne, en passant par des collectifs culturels ou des écoles organisées en ASBL. Cette diversité témoigne d’un ancrage associatif fort, où coexistent initiatives citoyennes, structures professionnelles et bénévolat organisé[480].

Un rôle central est joué par la Maison des Associations – L‑Carré, qui constitue un véritable pôle de ressources pour les acteurs associatifs. Elle met à disposition des espaces de réunion, accompagne les projets locaux et coordonne des actions dans le cadre de la Politique des Grandes Villes. En travaillant en partenariat avec les services communaux et un réseau de partenaires locaux, elle contribue à structurer et professionnaliser la vie associative tout en soutenant l’innovation sociale et la participation citoyenne[481].

Personnalités liées à la ville

L'archevêque Maurice Baudoux.
Marguerite Bervoets.

Notes et références

Voir aussi

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