Le Pays de Charleroi se présente comme une entité géographique structurée autour de la vallée de la Sambre, au cœur du sillon houiller wallon. Cette région, située dans la province de Hainaut, s’inscrit dans un synclinal étroit où affleurent les veines de charbon qui ont façonné son paysage et son développement. La topographie y est caractérisée par une alternance de plaines urbanisées, de terrils issus de l’exploitation minière et de zones boisées, notamment vers l’Entre-Sambre-et-Meuse, qui marque la transition vers un relief plus vallonné[2].
Le bassin carolorégien occupe une position stratégique entre plusieurs pôles urbains: il est limité au nord par l’aire d’influence bruxelloise, à l’est par celle de Namur et à l’ouest par La Louvière. Cette situation en fait un carrefour économique et de communication, renforcé dès le XIXesiècle par l’ouverture du canal reliant Charleroi à Bruxelles, infrastructure majeure permettant l’exportation du charbon et des produits métallurgiques.
La géographie humaine du Pays de Charleroi se caractérise par une forte densité urbaine dans la vallée, où se concentre l’essentiel de la population et des activités industrielles. Les communes périphériques, plus rurales, s’étendent vers le sud et témoignent d’une transition progressive vers des paysages agricoles et forestiers. L’ensemble forme une aire urbaine dépassant les 400 000 habitants, structurée autour de Charleroi, principale agglomération de Wallonie[2].
Le territoire est également marqué par la présence de nombreux terrils, devenus aujourd’hui des éléments identitaires du paysage. Ces reliefs artificiels, colonisés par la végétation, constituent des points d’observation privilégiés sur la vallée et participent à la biodiversité locale. Leur répartition témoigne de l’intensité passée de l’activité minière et de son emprise sur l’espace[2].
Hydrographie
Le réseau hydrographique, dominé par la Sambre, joue un rôle structurant. Le rivière traverse la région d’est en ouest et a conditionné l’implantation des infrastructures industrielles, des voies de communication et des quartiers ouvriers. Les canaux qui s’y greffent prolongent cette organisation linéaire du territoire, renforçant l’importance de la vallée comme axe majeur de circulation et de développement[2]. Ses affluent sont l'Eau d'Heure et le Piéton.
Le territoire est également marqué par la présence du canal Charleroi‑Bruxelles, infrastructure hydraulique majeure reliant la Sambre au bassin de la Senne. Conçu en plusieurs phases entre le XIXeet leXXesiècle, il franchit la ligne de partage des eaux entre l’Escaut et la Meuse grâce à des ouvrages d’art remarquables, dont la Grande Tranchée de Godarville. Ce canal joue un rôle essentiel dans le transport fluvial, la gestion de l’eau, la prévention des inondations et l’alimentation hydraulique de la région[3].
La Sambre à Marchienne-au-Pont en 2005.
Le canal Charleroi-Bruxelles.
Histoire
Le territoire aujourd’hui désigné comme Pays de Charleroi correspond à une construction relativement récente, ce qui complique toute tentative de reconstituer son passé sans projeter sur les siècles antérieurs une réalité contemporaine. Dans son acception géographique la plus courante, il s’étend à l’intérieur du bassin houiller compris entre Fontaine‑l’Évêque, Aiseau, Courcelles et Fleurus, cadre auquel se limite l’étude historique[4]. Les découvertes préhistoriques attestent une présence humaine plurimillénaire, bien que l’état actuel des fouilles ne permette pas de retracer avec précision l’évolution des premières communautés installées sur ce territoire. L’histoire documentée commence véritablement avec l’intégration de la région dans l’espace gallo‑romain. À l’arrivée des Romains, le secteur se situait à la frontière entre les Nerviens et les peuples voisins, séparés par la vaste forêt charbonnière. Cette limite naturelle fut reprise par l’administration impériale pour distinguer la Belgique seconde de la Germanie seconde. Les vestiges de villas, de nécropoles et d’établissements ruraux témoignent d’une romanisation avancée, marquée par une agriculture développée et des activités artisanales, notamment dans la métallurgie et la céramique, comparables à celles des régions voisines. La grande voie reliant Bavay à Cologne évitait toutefois la zone carolorégienne[4].
La transition entre l’Antiquité tardive et l’époque franque ne bouleversa pas profondément l’organisation locale. Les exploitations germaniques s’implantèrent à proximité des anciennes villas, et les activités agricoles et artisanales se poursuivirent. Une transformation majeure intervint après l’éclatement de l’empire carolingien. En 843, le traité de Verdun rattacha la région au royaume de Lothaire, entité fragile qui devint rapidement l’enjeu de rivalités entre les souverains de Francie occidentale et orientale. L’affaiblissement du pouvoir central permit aux princes lotharingiens de constituer des principautés quasi autonomes[5]. À partir du XIesiècle, la Basse‑Lotharingie se trouva morcelée en plusieurs entités féodales. Le territoire correspondant à l’actuel Pays de Charleroi fut partagé entre le comté de Namur, la principauté de Liège, le comté de Hainaut et, dans sa partie nord‑ouest, le duché de Brabant. Ce découpage, loin d’être simple, était complexifié par une multitude d’enclaves, de chevauchements de juridictions et de droits seigneuriaux concurrents. Le système féodal accentua encore cette fragmentation, créant un réseau dense et souvent incohérent de possessions laïques et ecclésiastiques[6].
Malgré cette mosaïque politique, l’aspect général du pays restait celui d’une région essentiellement rurale. L’économie reposait presque exclusivement sur l’agriculture. Autour des châteaux, des abbayes et des domaines seigneuriaux, une population paysanne exploitait la terre en échange de redevances en nature, en argent ou en corvées. De vastes massifs forestiers couvraient encore une grande partie du territoire, avant de reculer progressivement sous l’effet des défrichements monastiques, particulièrement actifs au XIIesiècle. Si le Moyen Âge fut marqué par les rivalités entre principautés, il vit également les premiers développements d’activités pré‑industrielles, annonçant les évolutions économiques ultérieures de la région[7]. Le territoire correspondant à la future région carolorégienne ne connut pas, au Moyen Âge, l’essor urbain des grands centres industriels tels que Liège, Bruxelles ou Gand. Aucun pôle majeur n’y prit forme, si ce n’est quelques bourgs d’importance secondaire qui obtinrent tardivement des privilèges urbains. Parmi eux figurent Gosselies, passée du duché de Brabant au comté de Namur, Châtelet ou encore Fontaine‑l’Évêque, dont la situation frontalière entre principauté de Liège et comté de Hainaut favorisa l’affirmation d’un statut de ville libre. L’essentiel de l’activité économique demeurait toutefois rural, et c’est dans les campagnes que se manifestèrent les premiers signes d’industrialisation[7].
L’Entre‑Sambre‑et‑Meuse poursuivait l’exploitation de ses gisements de fer, transformés grâce au bois des forêts locales dans des fourneaux progressivement perfectionnés. La sidérurgie restait cependant limitée par la nécessité de proximité entre minerai et bois, dans un contexte où les communications demeuraient difficiles. La métallurgie, en revanche, se diffusa plus largement grâce à l’usage du charbon de terre, exploité dans le pays de Charleroi dès le XIesiècle, voire le Xesiècle. Les forgerons, souvent paysans durant la belle saison, utilisaient la houille issue de petites veines découvertes localement et travaillaient le métal fourni par les fourneaux de la Sambre et de la Meuse. Parmi ces activités, la clouterie familiale, très répandue, devint l’un des traits caractéristiques du folklore régional[7]. Avant cette période, une autre activité industrielle propre à la région avait émergé: la verrerie. Bien que le verre fût connu et produit dans les principautés belges depuis l’époque romaine, c’est à la période bourguignonne que l’existence d’un atelier à Fontaine‑l’Évêque est attestée. À Leernes, dépendance de cette localité, s’établit Jean Colinet, membre d’une famille de verriers réputée, longtemps considérée à tort comme d’origine vénitienne, mais vraisemblablement issue de Thiérache et du Hainaut. Aux XVIeetXVIIesiècles, d’autres verreries s’implantèrent à Jumet et à Gilly, dont la production acquit une renommée internationale[7].
Au milieu du XVIIesiècle, la région restait essentiellement agricole, mais plusieurs activités industrielles métallurgie et verrerie notamment s’étaient développées grâce à l’exploitation de la houille. Leur dispersion géographique, l’absence de centre urbain structurant et la persistance de particularismes provinciaux limitaient toutefois leur essor. Malgré l’unification politique sous les ducs de Bourgogne puis sous la monarchie espagnole, les frontières internes demeuraient nombreuses et contraignantes. La principauté de Liège, attachée à sa neutralité, conservait son indépendance, et les droits de passage, tonlieux et taxes provinciales entravaient la circulation des marchandises[8]. Dans la seconde moitié du XVIIesiècle, une décision stratégique prise par le pouvoir espagnol transforma durablement le paysage urbain du centre de la région sambroise. Sur ordre de Charles II, souverain des Pays-Bas méridionaux, il fut décidé d’établir une nouvelle place forte destinée à renforcer le dispositif militaire espagnol. Dès 1660, des ingénieurs au service de la monarchie parcoururent la vallée de la Sambre, de Maubeuge à Pont‑de‑Loup, afin d’identifier un emplacement pouvant accueillir une fortification conforme aux principes défensifs de l’époque, fortement influencés par les conceptions modernes de l’architecture militaire, notamment celles qui seront plus tard associées à Vauban[9].
Les sites du hameau de Monceau et de La Docherie, situés à Marchienne, auraient constitué des positions idéales en raison de leur domination naturelle sur le carrefour formé par les vallées de la Sambre, de l’Eau‑d’Heure, du Piéton et de l’Ernelle. Leur situation aurait favorisé l’organisation d’un réseau de communications cohérent avec les axes naturels du relief. Toutefois, ces terrains relevaient de la principauté de Liège, indépendante des Pays‑Bas espagnols, ce qui conduisit les ingénieurs à écarter ces options pour des raisons politiques autant que militaires[9]. Le gouverneur Francisco de Castel Rodrigo choisit alors le village de Charnoy, situé dans une boucle de la Sambre et naturellement protégé par un éperon barré, pour y établir une forteresse moderne. La première pierre est posée le , événement consigné dans un registre paroissial conservé aux Archives de l’État à Mons, où apparaît un chronogramme affirmant la fondation de la ville en 1666[10]. Conçue pour protéger Bruxelles et le Brabant, la forteresse adopte un plan hexagonal embastionné, entouré de fossés, d’escarpes et de zones inondables. Elle constitue alors une ville militaire neuve, baptisée Charleroi en l’honneur du jeune roi d’Espagne Charles II[11]. À peine achevée, elle est abandonnée par les Espagnols en 1667 face à l’avancée française durant la guerre de Dévolution. Turenne s’en empare sans combat le , profitant du retrait des troupes espagnoles quelques jours plus tôt.
Sous domination française, Charleroi est profondément remaniée. Les ingénieurs Choisy et Vauban redessinent la place forte dès 1668, lui donnant une structure radioconcentrique dont la place Vauban conserve encore aujourd’hui la trace. La ville se développe alors autour de la forteresse, avec l’installation progressive d’une population civile et la construction d’une chapelle en 1667, ancêtre de l’actuelle église Saint-Christophe[12]. Au cours des décennies suivantes, Charleroi change plusieurs fois de souveraineté: française, espagnole, puis autrichienne après 1713. Chaque puissance modifie ou entretient les ouvrages selon ses besoins militaires. Après la chute de l’Empire napoléonien, la forteresse est intégrée en 1816 au système défensif de la barrière Wellington par le royaume uni des Pays-Bas, qui la modernise une dernière fois avant son obsolescence progressive. Après l’indépendance belge, la forteresse perd toute utilité stratégique. Désarmée par étapes, elle est démantelée à partir de 1867, puis définitivement en 1871, ouvrant la voie à l’urbanisation industrielle qui efface presque toutes ses traces. Seuls subsistent aujourd’hui quelques éléments symboliques: la forme hexagonale de la place Charles II, la pierre de fondation fleurdelisée de 1667 et la topographie héritée des anciens remparts[12].
Prise de Charleroi - 12 juin 1667, montre le siège de Charleroi par les armées de Turenne pendant la guerre de Dévolution.
Les autorités françaises comme espagnoles comprirent l’intérêt stratégique et économique d’un centre urbain dans cette zone. Louvois fit établir un plan d’urbanisme, et divers privilèges furent accordés pour attirer artisans et commerçants, à la manière des fondations urbaines médiévales. Malgré l’insécurité liée aux guerres, la population augmenta régulièrement: environ six cents habitants en 1674, plus de treize cents vingt ans plus tard. Les activités industrielles houillères, fenderies, clouteries, verreries ainsi que le commerce et l’artisanat se multiplièrent, favorisant une prospérité intermittente lors des périodes de paix[13]. Les frontières provinciales demeuraient toutefois un obstacle majeur. Au XVIIIesiècle, les provinces des Pays‑Bas autrichiens conservaient une large autonomie, tandis que la principauté de Liège restait indépendante. Les taxes de passage restaient nombreuses: le charbon de Courcelles payait encore le grand tonlieu de Brabant en 1750, et les échanges entre Hainaut, Namurois et principauté de Liège étaient lourdement taxés. Les débouchés industriels dépendaient des guerres, orientant tour à tour les exportations vers la France ou vers les Pays‑Bas. Ce n’est qu’avec les bouleversements de la Révolution française que le pays de Charleroi acquit une véritable cohésion territoriale et que la ville s’affirma comme centre administratif et économique de la région[13].
Gravure d'Albert Doms montrant la démolitions des fortifications de Charleroi parue dans le numéro du 18 octobre 1872 de l'hebdomadaire belge L'Illustration européenne.
À la fin du XVIIIesiècle, la réorganisation administrative opérée par la loi du 14 fructidor an III intégra Charleroi ainsi que les cantons de Gosselies et de Châtelet au département de Jemappes, fixant ainsi les limites du Hainaut contemporain. Cette décision plaça Charleroi dans une position stratégique nouvelle, propice à l’affirmation de son rôle au sein du Pays Noir. Alors que la région s’était longtemps tournée vers Namur, l’orientation administrative et économique se déplaça progressivement vers Mons, un mouvement confirmé par la loi du qui ordonna le prolongement de la route reliant Mons à Binche jusqu’à Charleroi et Fleurus. Les travaux, entamés en 1810, ne furent achevés qu’en 1819, marquant l’entrée de la région dans le XIXesiècle industriel[13].
Les décennies suivantes virent l’émergence des infrastructures qui allaient transformer profondément le bassin carolorégien. De nouvelles voies de communication rapprochèrent les communes voisines de Charleroi, tandis que de grands axes routiers ouvrirent la région vers l’extérieur. La canalisation de la Sambre en 1830, suivie de l’ouverture du canal de Bruxelles en 1832, facilita le transport des marchandises. L’arrivée du chemin de fer en 1843 renforça encore cette dynamique. Parallèlement, l’adoption du haut‑fourneau à coke permit à la sidérurgie de quitter les zones forestières d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse pour s’implanter au plus près des gisements houillers. L’extraction du charbon se modernisa grâce aux machines à feu, puis aux machines à vapeur, rendant possible une exploitation plus profonde et plus rapide, adaptée aux besoins croissants de la métallurgie, de la verrerie et de la sidérurgie[13]. Dans le domaine du verre, les grands bassins industriels tels que ceux de Fourcault, Morel ou Jonet remplacèrent les anciens ateliers artisanaux. Jumet, Lodelinsart, Dampremy, Gilly et Courcelles devinrent l’un des principaux centres européens et parfois mondiaux de la production de verre à vitre. Les innovations techniques visant à mécaniser le soufflage du verre annoncèrent la disparition progressive de métiers traditionnels, appelés à se déplacer ou à se transformer. De nouvelles productions industrielles prirent ensuite le relais, inscrivant la région dans une modernité économique en constante évolution[13].
Le Monde illustré du , illustrant le pillage des verrerie et le château Baudoux à Jumet.
L’histoire industrielle du pays de Charleroi illustre ainsi la manière dont l’activité manufacturière a progressivement supplanté l’agriculture dans un territoire où rien ne laissait présager une telle mutation. Si certains y voient l’effet du déterminisme géographique ou du hasard historique, le rôle décisif des acteurs humains entrepreneurs, ouvriers, inventeurs demeure incontestable. Leur action collective, depuis l’intuition des pionniers jusqu’à l’effort organisé de l’ère moderne, a façonné l’un des pôles économiques les plus dynamiques du Hainaut[14]. Le , journée décisive des émeutes ouvrières du bassin de Charleroi, voit l’extension du mouvement de grève aux verreries de l’agglomération industrielle. Les ateliers et usines de Charleroi, Dampremy, Lodelinsart, Gilly, Jumet et Marchienne sont envahis, plusieurs verreries Brasseur, Jonet, Discipline sont sabotées ou détruites[15]. À Jumet, les établissements d’Eugène Baudoux sont incendiés, ainsi que son château, événement qui marque durablement la mémoire sociale régionale. Dans la soirée, la glacerie de Roux est pillée puis incendiée. L’intervention des Chasseurs à pied provoque cinq morts et de nombreux blessés, ouvrant une phase de répression sévère. Le lendemain, de nouvelles fusillades à Roux, Châtelineau et Carnières font plusieurs victimes, mettant fin à l’insurrection et paralysant l’activité industrielle[16]. L’enquête judiciaire vise rapidement l’Union Verrière et son dirigeant Oscar Falleur, arrêté avec Xavier Schmidt. Leur procès s’ouvre à Mons le : reconnus coupables de provocation au pillage et d’atteinte à la liberté du travail, ils sont condamnés à vingt ans de travaux forcés et à la déchéance civique. Malgré un rejet en cassation, une mobilisation en faveur de l’amnistie et la loi Lejeune permettent leur libération l’année suivante, suivie d’un exil en Amérique[17]. Les juridictions civiles évaluent ensuite les dégâts considérables causés aux industries : les indemnisations atteignent des montants exceptionnels, notamment plus d’un million de francs pour Eugène Baudoux. Plusieurs communes, dont Lodelinsart, sont condamnées à de lourds dommages-intérêts, clôturant l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire sociale carolorégienne[18].
Au XIXesiècle, la Wallonie connaît une grave crise économique touchant à la fois l’industrie et l’agriculture. La baisse des salaires, la hausse du coût de la vie et les épidémies agricoles poussent de nombreux ouvriers, notamment des verriers, à émigrer vers les États‑Unis, où les salaires sont nettement plus élevés. À partir du milieu du siècle, plusieurs centaines de familles wallonnes dont plus de deux cents originaires de Jumet s’installent principalement au Wisconsin et en Pennsylvanie[19]. Le long de la ligne Pittsburgh–Greensburg, une nouvelle communauté verrière se forme autour d’une usine fondée par l’Américain H. S. Mackee. La localité, d’abord surnommée New-Jumet, est officiellement nommée Jeannette en 1888, en hommage à l’épouse jumétoise du fondateur de la verrerie, devenu maire. L’immigration wallonne se poursuit jusqu’au début du XXesiècle, laissant une forte empreinte culturelle et onomastique dans la région, où de nombreux habitants portent encore des noms d’origine jumétoise[20]. Une autre ville fondée en 1890 sur la rivière Monongahela du nom de Charleroi, à 65 km au sud de Pittsburgh. Elle doit son nom à Charleroi, alors centre majeur de l’industrie verrière belge. Le choix est proposé par le verrier américain Dr. A. F. Chandler, en hommage aux nombreux immigrés wallons spécialisés dans le verre qui s’installent dans la région à partir du milieu du XIXesiècle[21]. Avant sa fondation, le site n’est qu’une plaine agricole appartenant aux familles McKean, McMahan et Redd. L’essor industriel de la vallée charbon et verre entraîne la construction d’une gare, McKean Station, puis la mise en vente des terrains en mars 1890, permettant l’émergence d’une ville nouvelle autour de Fallowfield Avenue. Dès les premières années, Charleroi PA accueille plusieurs verreries et attire une immigration européenne importante, principalement belge, française et allemande: entre 1890 et 1892, on y recense 184 verriers qualifiés venus d’Europe[21]. La croissance rapide de la cité lui vaut le surnom de «Magic City». Sa population atteint environ 9 000 habitants en 1908, avant de décliner au fil du XXesiècle. Aujourd’hui, Charleroi PA compte près de 5 000 habitants et entretient toujours des liens symboliques avec sa ville homonyme wallonne, notamment à travers les Belgian Days, célébration annuelle de son héritage belge. Quelques descendants d’immigrés wallons y parlent encore occasionnellement le wallon[21].
Angle du boulevard de l'Yser (à l'époque le boulevard Audent) et la rue de la Montagne (anciennement rue Charles II à cet endroit). Emplacement des Grands Magasins Raphaël. Maisons incendiées lors de l'invasion allemande en août 1914 à Charleroi.
La région de Charleroi, au début de la Première Guerre mondiale, se trouve au cœur des opérations militaires qui marquent l’invasion allemande de la Belgique en août 1914. Entre le 21 et le , le bassin industriel carolorégien devient le théâtre de la bataille de Charleroi, également appelée bataille de la Sambre, affrontement majeur de la bataille des Frontières. Les troupes françaises de la 5e armée du général Lanrezac, déployées le long de la Sambre, tentent de contenir l’avancée des IIe et IIIe armées allemandes engagées dans un vaste mouvement tournant à travers la Belgique. L’offensive allemande, appuyée par une artillerie lourde particulièrement efficace, submerge les positions françaises après des combats d’une intensité exceptionnelle dans les villages, les faubourgs industriels et jusque dans les rues de Charleroi, Tamines ou Gozée. Les pertes sont considérables : près de 40 000 soldats français sont tués, blessés ou portés disparus en trois jours, faisant de Charleroi l’un des épisodes les plus meurtriers du début du conflit[22].
Monuments commémorant le traité de Couillet signé le 23 août 1914 et les soldats français morts à Couillet lors de la Bataille de Charleroi. Situé rue de Villers à Couillet.
La défaite française entraîne une retraite générale et ouvre la voie à l’occupation allemande de la région. Celle-ci s’accompagne de réquisitions, de destructions et d’exactions contre les civils, dans un contexte où les combats ont déjà ravagé de nombreuses localités. La bataille, qui résulte de la rencontre brutale entre les forces françaises et l’aile marchante allemande, marque durablement la mémoire locale : elle illustre l’effondrement des doctrines offensives françaises face à la guerre industrielle moderne et annonce la longue stabilisation du front plus à l’ouest. Par son intensité, son impact humain et ses conséquences stratégiques, l’épisode de Charleroi constitue un moment clé de l’entrée de la Belgique et du nord de la France dans la Grande Guerre[23].
La région de Charleroi durant la Seconde Guerre mondiale se présente comme un vaste bassin industriel stratégique, dominé par la sidérurgie et le charbonnage, où travaillent près de 40 000 mineurs et 15 000 ouvriers sidérurgistes au début du conflit. L’invasion allemande du provoque l’exode immédiat d’une grande partie de la population, tandis que la ville, bombardée dès la première nuit, tombe sous occupation le . Les autorités locales, traumatisées par les violences de 1914, signent la non‑résistance afin d’éviter de nouveaux massacres, ouvrant une période d’administration militaire marquée par la mise sous tutelle des communes, les réquisitions, le rationnement et l’instauration du Service du Travail Obligatoire[24]. Dès 1941, l’occupant supprime les conseils communaux et impose une centralisation autoritaire culminant en septembre 1942 avec la création du Grand Charleroi, entité regroupant 31 communes et dirigée par le bourgmestre rexisteProsper Teughels, puis par Oswald Englebin. Cette structure administrative, conçue pour renforcer le contrôle policier et éliminer les élus jugés peu fiables, encadre une population d’environ 340 000 habitants. Malgré cette emprise, les usines continuent de fonctionner, la production retrouvant rapidement un niveau proche de celui d’avant‑guerre, même si les difficultés d’approvisionnement persistent[25]. La région devient parallèlement un foyer important de résistance. Les sabotages, attentats et actions clandestines se multiplient à partir de 1942, portés notamment par des réseaux communistes très implantés dans le bassin industriel. La communauté juive, forte d’environ 3 000 personnes en 1940, subit les mesures antisémites : recensement, liquidation des commerces, création d’une section locale de l’Association des Juifs en Belgique et présence d’un Judenreferent du Sipo‑SD. Toutefois, Charleroi se distingue par une rafle avortée en 1942, due à l’action coordonnée de la résistance judéo‑communiste et du Comité de Défense des Juifs, épisode unique en Belgique occupée[26]. Le quotidien de la population oscille entre résignation, débrouille et solidarité. Les services municipaux, malgré un personnel réduit, assurent tant bien que mal l’approvisionnement en eau, l’évacuation des déchets et la continuité des infrastructures essentielles, comme en témoigne le récit du commis Arthur Roisin pour la période 1940‑1941. Les bombardements alliés, sporadiques mais parfois destructeurs, touchent certaines localités comme Nalinnes ou Châtelineau. La libération intervient en septembre 1944, mettant fin à quatre années d’occupation, mais laissant une région éprouvée, marquée par la répression, les privations et l’engagement résistant[27]. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la région de Charleroi apparaît comme l’un des pôles industriels majeurs de la Wallonie, bénéficiant d’un appareil productif largement préservé par rapport à d’autres régions européennes. L’industrie lourde charbon, acier, verre et chimie redémarre rapidement, soutenue par une demande européenne forte dans le cadre de la reconstruction d’après‑guerre. Cette vigueur initiale s’inscrit dans un contexte wallon plus large où la reprise industrielle est rapide, les infrastructures ayant été relativement peu atteintes par le conflit[28].
La catastrophe du Bois du Cazier, le .
Durant les années 1950, Charleroi participe pleinement à l’«âge d’or» de la sidérurgie wallonne, intégrée aux dynamiques de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) fondée en 1951. Les charbonnages et les aciéries du Pays Noir alimentent la croissance nationale, tandis que la ville demeure un centre ouvrier dense, structuré par de puissantes organisations syndicales et un tissu social marqué par les luttes ouvrières. Toutefois, dès la fin de la décennie, les premiers signes d’essoufflement apparaissent: la Belgique perd du terrain face à ses voisins, et la Wallonie, dont Charleroi est un bastion industriel, voit sa part dans la production nationale diminuer progressivement[28]. Les années 1960 marquent un tournant. La crise charbonnière et les mutations technologiques fragilisent les bassins industriels traditionnels. L’accident du Bois du Cazier en 1956, qui fait 262 victimes, symbolise à la fois la dureté du travail minier et la fin d’une époque industrielle florissante[29]. La grande grève de l’hiver 1960‑1961, très suivie dans la région carolorégienne, exprime les tensions sociales croissantes et nourrit l’essor du mouvement fédéraliste wallon, porté notamment par André Renard[28].
L'ancien haut fourneau no4 symbole de la métallurgie du Pays de Charleroi.
À partir des années 1970, la désindustrialisation s’accélère. La sidérurgie et les charbonnages déclinent, entraînant chômage structurel, exode démographique et dégradation du tissu urbain. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement national où la Wallonie subit une crise profonde tandis que la Flandre se réoriente vers une économie post‑industrielle[30]. Charleroi, longtemps prospère, entre alors dans une période de reconversion difficile, marquée par la fermeture progressive des sites miniers et métallurgiques. Malgré ces difficultés, la région amorce à la fin du XXesiècle un processus de transformation fondé sur la diversification économique, la culture et la revalorisation du patrimoine industriel. Les terrils, les anciens charbonnages et les infrastructures sidérurgiques deviennent des marqueurs identitaires réinvestis dans des projets urbains et culturels, tandis que l’agglomération se tourne vers les technologies, les services et la logistique. Cette transition s’inscrit dans une dynamique wallonne plus large de modernisation et de reconversion économique[30].
L’hôtel de ville, est construit en 1936 par l'architecte Joseph André, de style art-déco. Il possède un beffroi de 70 mètres de haut. L'église Saint-Christophe, à l'origine, ce n'est qu'une chapelle construite en 1667 sur l'ordre de Louis XIV et placée sous l'invocation de Saint-Louis. Elle était destinée aux besoins religieux de la garnison française[32]. L'église est agrandie de 1955 à 1957. Le Palais des Expositions, il est inauguré en 1954. Le Palais des Beaux-Arts, inauguré en 1957, la salle de spectacle peut contenir 1800 personnes. Le passage de la Bourse, galerie couverte édifiée de 1890 à 1893[33]. Elle se situe à la Ville-Basse. La gare, édifice inauguré en 1874 en style éclectique[34]. La caserne Caporal Trésignies, style néo-médiéval édifié en 1887[35]. L'église Saint-Antoine de Padoue, édifice néo-classique édifié en 1830 par l'architecte J. Kuypers[36].
L'église Saint-Laurent, église principalement du XVIesiècle[37]. L'église Saint-Basile, construite en 1865 à 1867 par l'architecte Auguste Quinet[38]. Fermée en 2000 pour cause de vétusté. L'Amicale Solvay, imposant bâtiment construit en 1937 à 1939 par l'architecte Cozac[39]. Les châssis à molettes de l'ancien puits no25 dit du «Pêchon».
L'église Saint-Rémy, édifice classique construit en 1775[41]. L'ancienne abbaye de Soleilmont, abbaye affiliée à l'ordre des Cîteaux dès 1237 et incendiée en 1963[42].
L'église de la Sainte-Vierge, construite en 1876 par l'architecte Emile Riez[51], aujourd'hui démolie pour cause d'écroulement[52]. La Ruche Verrière, bâti en 1926, siège de la Nouvelle Union Verrière premier association des ouvriers verriers[53].
L'église Saint-Martin, la tour élevée au XIe et au XIIIesiècle et plusieurs fois agrandie[56]. Le Charbonnage du Bois du Cazier, c'est sur ce lieu où avait dérouler le drame du causa la mort des 262 mineurs. Le charbonnage est définitivement fermé en 1967. L'hôtel de ville, construit en 1963 par Joseph André. L'église du Sacré-Cœur dite du XII, construite par Joseph André en 1927-1928[57]. La Cité de l'Enfance, ancien orphelinat de type pavillonnaire construit en 1938 par l'architecte Leborgne[57]’[58]. La résidence Albert construit par l'architecte Leborgne dans les années 1930[57].
Monceau-sur-Sambre
L'église Saint-Louis de Gonzague, édifice néo-classique construit par Jean Kuypers en 1836 et 1838 le clocher a été construit en 1914[59]. Le château et son parc. La villa La Rustique bâtie en 1923, dans un style très fantaisie[60].
L'église de la Sainte-Vierge (Notre-Dame de l'Assomption) à Roux.
Ransart
L'église Saint-Pierre, édifice néo-gothique bâti en 1888 par Emile Tirou[64]. L'ancien hôtel de ville, édifice style éclectique à tendance néo-baroque bâti à la fin du XIXesiècle[65].
L'église Saint-Pierre-et-Paul, bâtie de 1867 à 1871 par l'architecte Eugène Carpentier, l'église fut partiellement incendiée en 1937 et reconstruite en 1941[70]. La maison espagnole, bâtie au début du XVIIesiècle[71]. L'ancien château Pirmez, bâti en 1833, par Victor Pirmez, devenu orphelinat en 1903[72]. La maison communale, fut bâtie en 1923-1924, représentant les fresques de Paulus sur la façade[73]. La chapelle Saint-Roch, bâtie en 1626[74]. La maison natale du peindre surréalisteRené Magritte.
L'église Saint-Lambert, édifice néo-classique construit de 1834 à 1838 par l'architecte J. Kuypers. L'ancien château de Rianwelz, appartenait à la famille de la Hamaide au XVIesiècle puis au Chasteler au XVIIesiècle[78]. La Posterie, ancien relais de poste du XVIIIesiècle[79]. L'hôtel de ville, construit en 1907 par les architectes Simon et Bridoux[80].
Gouy-lez-Piéton
L'église Saint-Martin, édifice agrandie au XVIIIesiècle et restaurée en 1926[81].
Souvret
L'église Saint-Barthélemy, un édifice néo-gothique, a été construite en 1882 d'après les plans de l'architecte Simon[82].
L'église de l'Assomption de la Vierge, édifice néo-classique construit entre 1834 et 1836 par l'architecte Branquart[84]. Le château de Farciennes. Des maisons de style art-nouveau sur la grand'place.
Fleurus
L'église Saint-Victor, XVIIIeetXIXesiècle[85]. L'ancien moulin Naveau, lieu d'observation de Napoléon le . Le château de la Paix, fin du XVIIIesiècle[86].
Fontaine-l'Évêque
Le château de Fontaine-l'Évêque.
L'église Saint-Christophe, édifice de style gothique hennuyer du XVIesiècle[87]. La chapelle de la Briqueterie. Le château Bivort. L'ancienne église Saint-Vaast, bâtie en 1785 et restaurée en 1864 et 1933[88].
Forchie-la-Marche
Le château de la Marche, forteresse médiévale du XVIe – XVesiècle[89].
Leernes
L'église Saint-Martin, édifice de style gothique hennuyer, bâti au 2emoitié du XVIesiècle[90].
L'église Saint-Hubert, édifice mononef bâti de 1724 à 1772[92].
Les Bons Villers
Frasnes-lez-Gosselies
L'église Saint-Nicolas, édifice néo-classique bâti en 1834[93].
Mellet
L'église Saint-Martin XVIesiècle et restaurée en 1666, 1877, fin du XIXesiècle, 1911 et 1992[94].
Pont-à-Celles
L'église Saint-Jean-Baptiste, milieu du XIXesiècle[95].
Thiméon
L'église Saint-Martin, reconstruite en 1674 et 1678 et restaurée en 1894-1895[96].
Culture
Façades de la salle de spectacle et espace culturelle Rockerill installé dans les anciens bâtiments industriel des Forges de la Providence à Marchienne-au-Pont.
Au cœur de cette culture se trouve une tradition populaire façonnée par l’histoire charbonnière et métallurgique. Les anciens sites industriels, tels que les forges de La Providence réhabilitées en Rockerill, sont devenus des lieux emblématiques où se mêlent musique alternative, arts visuels et mémoire ouvrière. Ce centre culturel, installé dans une friche sidérurgique, illustre la manière dont le Pays de Charleroi transforme son patrimoine en espaces de création vivants, témoignant d’une continuité entre passé industriel et expression contemporaine[97].
La ville se distingue également par une offre institutionnelle remarquable. Le Palais des Beaux-Arts, fondé en 1957, constitue un pôle majeur des arts de la scène en Wallonie, accueillant chaque saison des productions internationales de théâtre, danse, musique ou cirque, pour un public annuel avoisinant les 140 000 spectateurs. Cette institution contribue à ancrer Charleroi dans un réseau culturel transrégional et international[97].
Le palais des Beaux-Arts à Charleroi.
La danse contemporaine occupe une place singulière grâce à Charleroi danse, centre chorégraphique de la Fédération Wallonie‑Bruxelles. Sa programmation, structurée autour d’événements comme la Biennale internationale de la danse, fait de la ville un point de référence pour la création chorégraphique européenne[97].
Le tissu culturel carolorégien repose aussi sur une constellation de lieux intermédiaires et alternatifs. L’Eden, centre culturel reconnu par la Fédération Wallonie‑Bruxelles, joue un rôle essentiel dans la diffusion des cultures urbaines, citoyennes et participatives. Sa programmation éclectique concerts, débats, scènes ouvertes, spectacles attire chaque année plus de 55 000 personnes et contribue à la vitalité sociale du territoire[97].
La culture locale s’enracine également dans un patrimoine matériel et immatériel dense. Les musées tels que le Musée de la Photographie, le Musée du Verre ou le Bois du Cazier, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO participent à la transmission d’une mémoire ouvrière, artistique et scientifique. Ces institutions, réparties dans l’ensemble du Pays de Charleroi, témoignent de la diversité des savoir‑faire et des trajectoires historiques qui ont façonné la région[98].
Maison de la Poterie à Bouffioulx.
La Maison de la Poterie de Bouffioulx est un centre d’interprétation installé dans l’ancienne poterie Guérin, au 4, rue Général Jacques, dans l’entité de Châtelet. Elle constitue un lieu patrimonial majeur consacré à l’histoire du grès de Bouffioulx, matériau réputé pour sa résistance et produit localement depuis le Moyen Âge. Le site met en valeur un savoir‑faire ancestral attesté dès 1595, date de la Charte du franc‑métier des potiers, et perpétué aujourd’hui encore par plusieurs ateliers artisanaux actifs dans le village. À travers une scénographie immersive, le visiteur y découvre les différentes étapes de fabrication du grès du choix de la terre à la cuisson ainsi que les outils, les émaux et les usages traditionnels de ces productions. L’exposition retrace également l’évolution des filières industrielles locales et l’importance économique et culturelle de la poterie dans la région de Charleroi. La Maison de la Poterie, qui comprend aussi un espace polyvalent accueillant expositions temporaires, ateliers pédagogiques, centre de documentation et boutique, s’inscrit dans une dynamique touristique plus large visant à valoriser le patrimoine de Châtelet et de Bouffioulx. Elle constitue ainsi un point de départ vers d’autres sites culturels et naturels du territoire, tout en offrant un témoignage vivant d’un artisanat wallon unique en Belgique[99],[100],[101].
Maison de René Magritte, rue des Gravelles à Châtelet. Elle fut construite par le père de l'artiste en 1911, dans le style art nouveau[102]. Cette maison constitue un lieu essentiel pour comprendre les premières années de Magritte, qui y vécut à partir de 1911 et y réalisa ses premiers essais artistiques. Le bâtiment, aujourd’hui propriété de la Ville de Châtelet, a été restauré et transformé en espace muséal et culturel. Il accueille des panneaux didactiques retraçant l’enfance du peintre, des expositions temporaires, ainsi que diverses animations pédagogiques destinées aux particuliers, aux familles et aux groupes scolaires. La cuisine, entièrement recouverte de faïences de Bouffioulx, constitue un élément patrimonial rare, ces productions n’existant plus aujourd’hui[103],[104].
Le folklore du Pays de Charleroi se caractérise par une densité exceptionnelle de traditions populaires où se mêlent héritages religieux, pratiques communautaires et réinterprétations contemporaines. Au cœur de cet ensemble, les Marches folkloriques de l’Entre-Sambre-et-Meuse occupent une place centrale: elles rassemblent chaque année plusieurs dizaines de villages de la région carolorégienne, mobilisant plus de 10 000 marcheurs vêtus d’uniformes inspirés des 1er et 2e Empires. Ces cortèges, structurés autour d’une procession religieuse escortant des reliques notamment celles de sainte Rolende à Gerpinnes s’accompagnent de batteries de tambours, de fifres, de milices armées symboliques et d’un protocole minutieux transmis de génération en génération. Leur dimension identitaire est forte : elles constituent un moment de cohésion sociale où familles, pèlerins, habitants et visiteurs se retrouvent dans un rituel qui rythme la vie locale depuis des siècles[105],[106].
À côté de ces marches, le Carnaval de Charleroi représente un autre pilier du folklore régional. Manifestation populaire façonnée par des centaines de bénévoles, il se distingue par son caractère participatif et par une esthétique propre : Gilles, Géants, Spirous, Climbias et autres figures locales défilent au son des fifres et des tambours, tandis que les oranges, confettis et serpentins marquent la fête. Le carnaval se clôt traditionnellement par le brûlage du Corbeau, un rituel symbolique destiné à chasser les « idées noires » de la population. Cette célébration, qui se déroule entre février et mars, s’inscrit dans une dynamique de réappropriation culturelle où la population contribue activement à la création des décors et des costumes, notamment au sein de la Grande Fabrique du Centre culturel régional l’Eden[107].
Cortège de la Marsaude, la confrérie de la Marsaude à Dampremy.
Dans le contexte post-industriel de Charleroi, ce folklore connaît également des formes de néofolklore, où traditions anciennes et créations contemporaines se combinent pour nourrir un récit identitaire renouvelé. Le Carnaval de l’Eden, par exemple, illustre cette hybridation : il mobilise des éléments traditionnels tout en les réinterprétant pour répondre aux enjeux culturels actuels, renforçant ainsi l’imaginaire collectif carolorégienne. Cette évolution témoigne d’un folklore vivant, capable de se transformer tout en conservant ses fonctions sociales fondamentales : rassembler, transmettre et célébrer une identité commune[108].
Parmi les marches et carnavals de la région ont note notamment la cavalcade de Fleurus, la cavalcade de Marchienne-au-Pont, le tour de la Madeleine à Jumet, marche Saint-Laurent de Couillet, marche Saint-Louis de Gonzague à Monceau-sur-Sambre, marches Saint-Louis et du Sacré-Cœur à Marcinelle, tour Saint-Jean à Gosselies, bal des Climbias à Lodelinsart le dimanche après le Mardi-Gras, marche Saint-Roch à Châtelet, marche impériale de la Grande Terre à Châtelineau, ducasse Saint-Remy et cortège de la Marsaude à Dampremy, Pardon de la Batellerie à Marchienne-au-Pont et marche Sainte-Rita de Jumet-Hamendes.
Vue de Charleroi au matin, vue panoramique du terril des Piges.
Le terril des Piges.
Économie
Usine de fabrication de satellites d'Aerospacelab à Marcinelle.
L’économie du Pays de Charleroi se caractérise aujourd’hui par une transition profonde, marquée par la reconversion d’un ancien bassin industriel vers un ensemble d’écosystèmes technologiques, logistiques et entrepreneuriaux en expansion. Longtemps dominé par la sidérurgie, le charbonnage et les grandes manufactures, le territoire a vu émerger depuis les années 2000 une stratégie de diversification structurée autour de pôles innovants, d’investissements publics ciblés et d’un tissu de PME en croissance.
Au cœur de cette mutation, plusieurs écosystèmes sectoriels jouent un rôle moteur. Le Biopark de Gosselies, spécialisé dans les biotechnologies et les sciences du vivant, constitue l’un des pôles les plus dynamiques, regroupant entreprises, laboratoires et acteurs de la recherche. À ses côtés, l’aéronautique et le spatial connaissent un essor notable, illustré par l’implantation d’Aerospacelab et la construction d’une « Megafactory » dédiée aux minisatellites sur l’ancien site des ACEC, symbole de la réutilisation productive des friches industrielles.
La logistique représente un autre pilier stratégique, renforcé par la reconversion du site Caterpillar à Gosselies, dont une partie a été cédée au groupe Heylen Warehouses pour accueillir des activités logistiques, industrielles et un parc PME. Cette dynamique s’inscrit dans une politique régionale de réactivation des grands sites industriels, pilotée notamment par la Soresic et Igretec.
Le Siège Social TechnoCampus à l'Aéropôle.
Parallèlement, le territoire bénéficie d’un entrepreneuriat local en expansion, soutenu par des structures telles que Charleroi Entreprendre, qui a accompagné plusieurs centaines de projets récents. Cette vitalité se manifeste dans des secteurs variés : construction, audiovisuel (avec des acteurs comme Dirty Monitor), impression textile, logistique spécialisée ou encore artisanat de niche. Ces PME, souvent innovantes, constituent un maillage économique essentiel, même si elles demeurent sensibles aux fluctuations énergétiques et à l’incertitude macroéconomique[109].
L’économie carolorégienne reste toutefois confrontée à des défis structurels. Le taux d’emploi demeure inférieur à la moyenne wallonne, et la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée constitue un enjeu majeur. Les autorités locales et régionales ont engagé des politiques de formation et d’adaptation des compétences, notamment via le Campus Charleroi Métropole, afin de mieux répondre aux besoins des entreprises[110].
L'usine Thy-Marcinelle.
Sur le plan institutionnel, la ville et la métropole ont dû composer avec une pression budgétaire importante, liée à l’augmentation des dépenses obligatoires et à la nécessité de rétablir l’équilibre financier. Le recours au plan « Oxygène » du gouvernement wallon a imposé des mesures d’austérité, mais a également permis de stabiliser les finances locales et de maintenir la capacité d’investissement, condition indispensable au développement économique[111].
Dans son ensemble, le Pays de Charleroi apparaît aujourd’hui comme un territoire en recomposition, où les héritages industriels coexistent avec des pôles d’innovation en pleine croissance. Cette économie en transition, encore marquée par des fragilités sociales et budgétaires, s’appuie néanmoins sur des dynamiques entrepreneuriales fortes, des projets structurants et une stratégie métropolitaine visant à consolider un modèle de développement diversifié et résilient.
L’un des piliers contemporains de l’industrie à Châtelet est la sidérurgie inoxydable, incarnée par le site aujourd’hui exploité par Aperam. L’histoire de cette implantation remonte à 1973, lorsque la société Hainaut‑Sambre construit un laminoir automatisé sur le port de Châtelet. Ce site, d’abord connu sous le nom de Carlam, se spécialise progressivement dans le laminage de l’acier inoxydable en collaboration avec le site de Genk. Les restructurations successives intégration dans Cockerill‑Sambre, puis Usinor, puis Arcelor conduisent à la création d’une aciérie moderne en 2003 et à la naissance de Carinox en 2004, avant l’intégration dans le groupe Aperam en 2011. Cette activité, tournée vers l’innovation et la durabilité, constitue aujourd’hui l’un des moteurs industriels majeurs de Châtelet[112].
Transports
Le système de transports dans la région de Charleroi forme un ensemble dense et multimodal structuré autour d’axes routiers, ferroviaires, fluviaux et aériens, auxquels s’ajoutent un réseau important de bus et un métro léger. Située au cœur d’un nœud stratégique en Wallonie, la ville bénéficie d’infrastructures variées permettant aussi bien les déplacements locaux que les connexions nationales et internationales[113].
Le port de Landelies.
La navigation fluviale repose principalement sur la Sambre, canalisée au XIXesiècle, et sur le canal Charleroi‑Bruxelles, modernisé au gabarit européen de 1 350 tonnes. Le Port autonome de Charleroi regroupe vingt-neuf sites portuaires, totalise environ 8 km de quais et traite près de cinq millions de tonnes de marchandises par an, incluant minéraux, matériaux de construction et produits métallurgiques. Il constitue également un point d’accès au réseau de plaisance reliant Namur, Thuin, Erquelinnes et la France via le canal de la Sambre à l’Oise.
Le réseau ferroviaire s’est développé dès le XIXesiècle et s’appuie aujourd’hui sur un maillage de 43 gares dans la métropole, facilitant les liaisons vers les principales villes belges. Ce réseau complète un ensemble routier très structuré, où convergent plusieurs autoroutes et voies rapides, renforçant l’accessibilité régionale[113].
Les transports en commun urbains et suburbains sont assurés par la Business Unit Charleroi du TEC, intégrée à l’Opérateur de Transport de Wallonie. Le réseau comprend quatre lignes de métro léger héritage du vaste projet de métro de Charleroi et 81 lignes de bus desservant près de 1 748 arrêts dans une vingtaine de communes. Le métro léger relie notamment Charleroi‑Central à Anderlues ou Gilly selon les branches, tandis que les bus assurent la couverture fine du territoire, complétée par des services spécifiques comme le City‑Bus.
L'aéroport de Charleroi.
La mobilité active (marche et vélo) occupe une place croissante dans les politiques locales, soutenue par des aménagements dédiés et par le Plan de Mobilité de Charleroi Métropole, qui vise une mobilité plus durable à l’horizon 2030. Ce plan, couvrant trente communes et 580 000 habitants, oriente les investissements futurs et encourage des solutions telles que le covoiturage et l’autopartage[113],[114].
Enfin, l’aéroport de Charleroi Bruxelles‑South, deuxième aéroport de Belgique avec plus de huit millions de passagers annuels, assure la connexion de la région à près de deux cents destinations dans plus de cinquante pays, renforçant le rôle de Charleroi comme plateforme de mobilité d’envergure européenne[113].
Santé
L'hôpital des Viviers à Gilly.
Les services de santé dans la région de Charleroi s’organisent autour d’un réseau hospitalier dense, d’infrastructures publiques et privées variées, ainsi que d’un ensemble d’acteurs institutionnels engagés dans la prévention, la promotion du bien‑être et l’accompagnement social. Le Grand Hôpital de Charleroi constitue l’un des pôles majeurs de soins, regroupant un large éventail de disciplines médicales et chirurgicales, allant de la cardiologie à la biologie clinique, en passant par l’algologie, la chirurgie spécialisée, la réadaptation ou encore un centre de traitement des brûlés. L’établissement assure également des services d’accompagnement social, de médiation hospitalière, de suivi à domicile et de soutien spirituel, illustrant une approche globale du patient[115].
Le CHU de Charleroi, intégré au réseau HUmani, complète cette offre par un plateau technique de pointe et une diversité de cliniques spécialisées couvrant notamment la chirurgie cardio‑thoracique, la médecine fœtale, la gériatrie, l’oncologie, la néonatologie, la santé mentale ou encore la médecine hyperbare. L’institution développe également des services innovants tels que l’hospitalisation à domicile pour certains traitements oncologiques, témoignant d’une évolution vers des soins plus personnalisés et plus proches du patient[116].
La politique de santé locale est coordonnée par la Ville de Charleroi, labellisée «Ville Santé» par l’Organisation mondiale de la santé. Cette dynamique fédère un large réseau d’acteurs services communaux, CPAS, mutualités, associations, institutions hospitalières, structures de prévention autour d’actions ciblant les déterminants sociaux de la santé: conditions de vie, éducation, comportements, environnement. Les initiatives comprennent des conférences, des projets thématiques, des outils d’information, ainsi qu’un comité de pilotage chargé de coordonner les actions de terrain[117].
Le Service Santé de la Ville met à disposition un répertoire des services médicaux et sociaux, une carte géolocalisant les aides de première ligne, ainsi que des ressources thématiques (Alzheimer, alimentation, bien‑être). Il assure la coordination du label OMS, répond aux sollicitations des partenaires et accompagne les projets de santé publique[118].
Enfin, l’Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi (ISPPC) joue un rôle structurant en gérant cinq hôpitaux, plusieurs polycliniques, trois maisons de repos et de soins, sept crèches et un vaste pôle Enfance & Adolescence. Cette organisation intercommunale, soutenue par les communes du bassin carolorégien et divers partenaires institutionnels, garantit une continuité des soins allant de la petite enfance à la fin de vie, tout en intégrant des services sociaux et éducatifs[119].
Tourisme
Le tourisme dans la région de Charleroi se caractérise par une combinaison singulière d’héritage industriel, de paysages naturels contrastés et d’une offre culturelle en pleine effervescence. Territoire post‑industriel devenu destination touristique à part entière, Charleroi Métropole regroupe 29 communes et propose un éventail d’expériences allant des explorations urbaines aux immersions en pleine nature. La ville-centre, longtemps associée à son passé charbonnier, attire aujourd’hui les amateurs de street art, d’architecture moderniste et d’atmosphères urbaines atypiques, tandis que sa périphérie offre plateaux verdoyants, vallées boisées et villages au patrimoine classé[120].
Charleroi se distingue également par plusieurs sites culturels d’envergure, dont le Musée de la Photographie, le BPS22 (musée d’art de la Province de Hainaut) et le Bois du Cazier, lieu de mémoire inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces institutions participent à la renommée internationale de la région et témoignent de son histoire sociale et artistique[121].
Les terrils, emblèmes du passé minier, sont aujourd’hui reconvertis en espaces de randonnée et d’observation de la biodiversité, offrant des panoramas inattendus sur la ville et ses environs. Le territoire valorise également un terroir gastronomique composé de spécialités locales telles que les vitoulets, l’escavèche ou les bières carolorégiennes, renforçant l’identité culinaire de la région[122].
Enfin, la région se distingue par un agenda culturel dense, comprenant festivals, événements urbains, marchés et animations saisonnières, qui contribuent à son attractivité tout au long de l’année. L’ensemble de ces éléments fait de Charleroi Métropole une destination touristique plurielle, mêlant modernité, mémoire et nature dans un cadre en constante transformation[121].
Tourisme vert
Les terrils
Vue sur La Docherie, ancien quartier ouvrier au nord de Marchienne-au-Pont. Vue depuis le terril Bayemont-Saint-Charles.
Le paysage carolorégien post-industriel est ponctué par de nombreux terrils qui sont désormais colonisés par une flore parfois abondante et deviennent des refuges de biodiversité. L'on trouve ainsi des pelouses pionnières, friches fleuries, mares temporaires, roselières, zones boisées, etc. Un réseau de sentiers entretenus relie un certain nombre de terrils et constitue un corridor écologique. Ces terrils sont traversés par le Réseau RAVeL qui permet des promenades à pied, à cheval ou équipé d'un vélo. La Maison du Tourisme du Pays de Charleroi organise régulièrement des promenades guidées (dont une promenade photo le long du chemin de halage)[123]. Parmi les terrils les plus représentatifs, l'on trouve la chaîne des terrils de la porte ouest (Saint-Théodore ouest et Bayemont). Au-delà de leur dimension écologique, les terrils constituent des repères identitaires majeurs. Leur silhouette, isolée ou en chaînes comme celle reliant Dampremy à Marchienne-Docherie raconte l’histoire industrielle du Pays Noir. Depuis leurs sommets, les panoramas dévoilent la transformation du bassin sidérurgique et minier, offrant un point de vue privilégié sur les mutations économiques et sociales qui ont marqué Charleroi depuis les années 1950. Ces lieux, autrefois associés à la pénibilité du travail minier, sont aujourd’hui investis par des artistes, des guides nature, des photographes et des habitants qui y trouvent un espace de mémoire, de contemplation et de réappropriation du territoire[124].
Le terril du Martinet à Roux.
Un grand itinéraire de randonnée balisé GR 412, la Boucle noire, a été tracé dans les années 2000. Il chemine sur 22 km en passant par les terrils, où la nature a repris ses droits[125],[126] et par le chemin de halage en bord de Sambre le long des anciens sites industriels de Marchienne-au-Pont. Le long du chemin de halage, l'on chemine ainsi à côté de l'ancienne aciérie de Carsid[127] et du haut fourneau numéro 4 qui a été préservé ainsi que trois cheminées, symboles de la sidérurgie à Charleroi[128],[129],[130].
Le terril Bayemont-Saint-Charles à Marchienne-au-Pont.
Après la fermeture progressive des charbonnages la dernière en 1984 à Farciennes ces masses minérales, longtemps perçues comme stériles, ont évolué en véritables milieux naturels. La Ville de Charleroi souligne qu’une trentaine de terrils sont aujourd’hui considérés comme des « monuments » naturels, couvrant plus de 500 hectares sur un territoire communal de 10 207 hectares[131]. Leur substrat pauvre, chaud et instable a favorisé l’installation d’une flore pionnière remarquable : pelouses sèches, friches fleuries, éboulis schisteux, roselières et zones humides temporaires composent une mosaïque d’habitats. Certains sites, comme le terrils du Martinet, abritent une biodiversité exceptionnelle, incluant des amphibiens menacés tels que le crapaud calamite et l’alyte accoucheur, ainsi que des espèces végétales rares comme la petite pyrole, recensée par dizaines de milliers d’individus[132].
D’autres terrils, tels que le terrils des Hiercheuses à Marcinelle, sont devenus de véritables laboratoires écologiques. Culminant à 220 m, ce terril conique présente un versant sud schisteux et mobile, un flanc nord boisé, et une flore recensant plus de 130 espèces vasculaires, dont l’oseille ronde, la carline vulgaire ou encore l’épilobe lancéolé. Il accueille également une faune entomologique riche et des amphibiens d’intérêt communautaire, témoignant de la capacité de ces milieux anthropiques à générer une biodiversité inattendue[133].
Le Ravel
Le Ravel de la ligne 119 à Gilly. Vue vers Châtelineau.
Le réseau RAVeL dans la région de Charleroi constitue un maillage continu de voies réservées aux usagers non motorisés, aménagé principalement sur les anciens chemins de halage de la Sambre et sur plusieurs lignes de chemin de fer désaffectées. Il s’inscrit dans le Réseau Autonome des Voies Lentes, un ensemble de plus de 1 500 km en Wallonie destiné aux piétons, cyclistes, cavaliers et personnes à mobilité réduite, offrant un cadre sécurisé et séparé du trafic motorisé[134].
Autour de Charleroi, le RAVeL suit notamment la vallée de la Sambre, constituant un axe structurant qui traverse l’agglomération et relie les communes riveraines. Ce tronçon, issu des chemins de halage, présente un profil plat et régulier, caractéristique des voies hydrauliques utilisées pour le réseau. Il permet de parcourir la ville et sa périphérie en continuité, tout en reliant les itinéraires régionaux et internationaux qui traversent la Wallonie[134].
L'ancienne ligne 112 devenu un sentier du RAVeL à Goutroux.
Le réseau carolorégien comprend également des sections issues d’anciennes lignes ferroviaires, réaménagées pour offrir un revêtement confortable et une déclivité faible, conformément à la définition officielle du RAVeL. Ces voies, intégrées progressivement au réseau depuis la fin des années 1990, participent à la constitution d’un ensemble cohérent de liaisons lentes couvrant l’ensemble du territoire wallon[135].
Le RAVeL à Charleroi joue un rôle à la fois utilitaire et touristique : il facilite les déplacements quotidiens à vélo ou à pied tout en offrant un accès direct à des paysages industriels reconvertis, des zones naturelles et des quartiers urbains en transformation. Relié à plusieurs itinéraires régionaux et internationaux, il permet de rejoindre d’autres grandes villes wallonnes et de s’inscrire dans des parcours de plus longue distance[136].
Les parcs
Le parc Bivort à Jumet.
Les parcs de la région de Charleroi forment un ensemble d’espaces verts variés, mêlant héritage historique, biodiversité remarquable et aménagements urbains contemporains. Le parc Nelson Mandela, anciennement parc de Monceau-sur-Sambre, constitue l’un des plus vastes domaines paysagers de la ville avec ses 67 hectares organisés autour du château féodal de Monceau. Il se distingue par ses zones boisées, son étang riche en amphibiens et libellules, ainsi que par ses infrastructures sportives et familiales, témoignant d’une volonté municipale d’associer patrimoine et loisirs modernes[137].
Le parc de la Serna, situé à Jumet, offre un paysage semi-sauvage de 16 hectares où se côtoient essences rares, étangs et sous-bois. Sa particularité réside dans la floraison saisonnière de la jacinthe des bois, qui transforme le site en un tableau naturel éphémère. Cet espace, maintenu volontairement dans un état proche de la nature, illustre la place importante accordée à la biodiversité dans l’agglomération carolorégienne[137],[138].
Le parc Jacques Depelsenaire, implanté au cœur du centre-ville, se distingue par son orientation artistique. Aménagé entre le Palais de Justice et l’ancien Palais du Verre, il présente sculptures et œuvres contemporaines en hommage à l’architecte Jacques Depelsenaire, figure marquante de l’urbanisme local. Cet espace de 72 ares illustre la manière dont Charleroi intègre l’art public dans son tissu urbain[138].
Au-delà des parcs urbains, la région accueille également des sites naturels protégés, tels que la réserve du Brun Chêne à Montigny-le-Tilleul. Installée sur d’anciennes carrières de calcaire, elle abrite mares, roselières et zones rocheuses où prospèrent amphibiens, papillons et rapaces. Ce type de réserve illustre la reconversion écologique de friches industrielles typiques du Pays Noir[139].
Enfin, l’étang de Launoy, à Pont-à-Celles, constitue une zone humide de dix hectares bordant le canal Bruxelles–Charleroi. Refuge pour de nombreuses espèces d’oiseaux, d’amphibiens et de petits rapaces, il témoigne de la diversité écologique présente en périphérie immédiate de l’agglomération[139].
Sports
Le stade du Pays de Charleroi.
Le sport dans le Pays de Charleroi constitue un ensemble dense et structurant d’activités, d’infrastructures et de pratiques populaires qui reflètent à la fois l’histoire industrielle du territoire et son évolution contemporaine. La région se distingue par une concentration exceptionnelle d’équipements majeurs, par la présence de clubs ayant marqué le sport belge et européen, et par une politique municipale visant à démocratiser l’accès à l’activité physique.
Au cœur de cette dynamique se trouve le football, discipline emblématique incarnée par le Royal Charleroi Sporting Club, club fondé en 1904 et installé depuis 1939 au Stade du Pays de Charleroi, anciennement Stade du Mambourg. Cette enceinte, modernisée pour l’Euro 2000 et aujourd’hui dotée d’une capacité d’environ 15 000 places, demeure l’un des symboles sportifs de la ville et a accueilli plusieurs rencontres internationales majeures[140]. Le football amateur est également très présent, avec une quarantaine de terrains répartis dans l’ensemble des communes du Pays de Charleroi, témoignant d’un ancrage populaire profond Ville de Charleroi[141].
Le Dôme ou Palais des sports du Pays de Charleroi. Salle polyvalente.
Le basket-ball occupe une place tout aussi centrale grâce au Spirou Charleroi, club phare du championnat belge, résidant au Palais des sports du Pays de Charleroi (ancien Spiroudome). Cette salle polyvalente de 6 300 places, inaugurée en 1992 puis reconstruite en 2002, a accueilli des événements internationaux tels que la finale de la Coupe ULEB, la Fed Cup ou encore des phases de l’Euro de volley-ball, confirmant le rôle de Charleroi comme pôle sportif d’envergure européenne.
La politique sportive locale, portée par la Ville de Charleroi, vise à articuler sport de haut niveau et sport pour tous. Le territoire dispose d’un réseau très étendu d’infrastructures : complexes multisports, piscines, pistes d’athlétisme, terrains de tennis, salles polyvalentes et espaces de quartier. Des programmes tels que le Passe-Sport ou les activités du Pôle Sport Pour Tous encouragent la pratique régulière pour tous les âges, tandis que des événements populaires comme le Trophée du Pays de Charleroi (joggings) ou les randonnées cyclistes structurent un calendrier sportif accessible et fédérateur[141].
Le Six Périer Funday est un événement annuel dédié à la jeunesse courcelloise, organisé sur le site du Six Périer à Souvret, dans l’entité de Courcelles, en Belgique. Créé pour promouvoir les activités sportives, culturelles et associatives locales, il rassemble en une seule journée un large éventail de clubs, d’associations et de services publics engagés dans l’enfance et la jeunesse. L’événement se déroule sur l’ancien site minier du Six Périer, aujourd’hui réaménagé en un vaste parc de 30 hectares, accessible et propice aux activités de plein air[142].
Le Funday propose traditionnellement un programme dense comprenant des démonstrations sportives (judo, karaté, boxe, capoeira, flag-football américain, arts martiaux divers), des activités ludiques (châteaux gonflables, grimage, simulateurs, ateliers créatifs), des initiations variées (équitation, spéléologie, plongée, sports collectifs) ainsi que des animations assurées par les services de police, de secours et des mouvements de jeunesse. Des expositions de véhicules, des spectacles équestres, des concerts en soirée et un feu d’artifice clôturent généralement la journée. L’accès à l’événement est gratuit et attire un public familial venu de Courcelles et des environs[142].
Le Six Périer Funday s’inscrit dans une démarche de valorisation du tissu associatif local et de mise en avant des opportunités offertes aux jeunes en début d’année scolaire. Il constitue également un moment de convivialité intergénérationnelle, soutenu par de nombreux bénévoles et partenaires institutionnels. Sa tenue récurrente témoigne de son succès et de son ancrage dans la vie culturelle et sociale de la région[142].
Jules Destrée (1863-1936), homme politique, natif de Marcinelle, publie sa Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre (1912).
Jean Duvieusart (1900-1977), Premier ministre belge et Président du Parlement européen, né à Frasnes-lez-Gosselies.
Thomas Dermine (1986- ), économiste et homme politique. Secrétaire d’État pour la Relance et les Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique au sein du gouvernement fédéral d’Alexander De Croo et bourgmestre de Charleroi depuis 2024, né à Charleroi.
Paul Magnette (1971-), homme politique et professeur de sciences politiques, né à Louvain, il s'illustre notamment par son opposition à l'accord de libre-échange CETA. Bourgmestre de la ville de Charleroi de 2012 à 2024, Ministre-président wallon et président du Parti socialiste.
Paul Pastur (1866-1938), homme politique, fondateur de l'enseignement provincial du Hainaut, né à Marcinelle.
Jean-Jacques Desandrouin (1681-1761), maître de verrerie, de forges et de houillères, bailli de Charleroi.
Émile Fourcault (1862-1919), ingénieur, directeur des Verreries de Dampremy où il met au point son procédé d'étirage mécanique du verre à vitres. Le berceau de sa famille est originaire de Charleroi.
Ernest Solvay (1838-1922), chimiste, industriel et mécène, fondateur de la Société Solvay & Cie, fonde à Couillet la première soudière de son vaste empire industriel (1864).
Hubert Guyot, Lodelinsart, pages d'histoire: Relation des principaux événements historiques depuis le IXesiècle jusqu'à nos jours, Lodelinsart, Éditions Londot, , 2eéd., 29p., p.235
Hubert Guyot, Lodelinsart, pages d'histoire: Relation des principaux événements historiques depuis le IXesiècle jusqu'à nos jours, Lodelinsart, Éditions Londot, , 2eéd., 293p., p.235-236
Hubert Guyot, Lodelinsart, pages d'histoire: Relation des principaux événements historiques depuis le IXesiècle jusqu'à nos jours, Lodelinsart, Éditions Londot, , 2eéd., 293p., p.235-237
Hubert Guyot, Lodelinsart, pages d'histoire: Relation des principaux événements historiques depuis le IXesiècle jusqu'à nos jours, Lodelinsart, Lodelinsart, , 2eéd., 293p., p.238-239
Hubert Guyot, Lodelinsart, pages d'histoire: Relation des principaux événements historiques depuis le IXesiècle jusqu'à nos jours, Lodelinsart, Éditions Londot, 1951,, 2eéd., 293p., p.239
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