Anderlues

commune de Wallonie (Belgique) From Wikipedia, the free encyclopedia

Anderlues /ɑ̃.dɛʁ.ly/ (en wallon Andèrlûwe[2]) est une commune francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Hainaut.

Faits en bref Administration, Pays ...
Anderlues
Anderlues
La maison communale.
Blason de Anderlues
Héraldique
Image illustrative de l’article Anderlues
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Arrondissement Thuin
Bourgmestre Hadrien Polain (Les Engagés)
Majorité ANDERLUES j'y crois (AJC)
Sièges
ANDERLUES j'y crois (AJC)
Parti Socialiste (PS)
Pour Anderlues ! (MR)
23
12
7

4
Section Code postal
Anderlues 6150
Code INS 56001
Zone téléphonique 071 - 064
Démographie
Gentilé Anderlusien(ne)[1],[Note 1].
Population
– Hommes
– Femmes
Densité
12 955 (2025)
49,57 %
50,43 %
753,38 hab./km2
Pyramide des âges
– 0–17 ans
– 18–64 ans
– 65 ans et +
()
20,46 %
60,18 %
19,37 %
Étrangers 9,26 % ()
Taux de chômage 20,01 % (2022)
Revenu annuel moyen 17 195 €/hab. (2021)
Géographie
Coordonnées 50° 24′ 29″ nord, 4° 16′ 11″ est
Superficie
– Terr. non-bâtis
– Terrains bâtis
– Divers
17,2 km2 (2023)
66,18 %
20,46 %
13,37 %
Localisation
Localisation de Anderlues
Situation de la commune dans l’arrondissement de Thuin et la province de Hainaut
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Anderlues
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Anderlues
Liens
Site officiel anderlues.be
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En 1796, les deux villages indépendants d'Ansuelle et de Gognies furent rattaché au territoire anderlusien. La commune, n’ayant participé à aucun regroupement, fait partie des deux seules communes de la province de Hainaut à avoir échappé à la fusion.

Le passé industriel d’Anderlues est dominé par l’exploitation du charbon et par sa cokerie, active de 1904 à 2002. L’extraction houillère, développée dès 1857 avec la Société des Houillères d’Anderlues, marque profondément la commune et est notamment marquée par la catastrophe du , qui cause 162 morts. Après la fermeture des charbonnages en 1967, la cokerie reste un pôle industriel majeur jusqu’à son arrêt définitif, faisant d’Anderlues l’un des derniers sites carbochimiques du bassin du Centre. Les vestiges miniers et les friches industrielles témoignent aujourd’hui de cet héritage.

La commune est surtout connue pour son ancienne église Saint-Médard, dont la nef a été démolie en 2006, et dont le clocher, la tour de la Bourlette, est un symbole emblématique du patrimoine local.

Toponymie

Le nom bien du celtique Ander-Lubja, qui est composé de « andera », la génisse et de « lubja » l'herbe, qui se traduit par « l'herbe aux génisses »[3][4].

Géographie

Situation

Située sur un des bas plateaux entre les bassins de l'Escaut et de la Meuse, Anderlues, avec ses 1 703 hectares et ses 12 195 habitants, fut, jusqu'au , la commune la plus peuplée du canton de Binche et de l'arrondissement de Thuin dont elle dépend administrativement[5].

Avec son nord marqué par l’héritage industriel des anciens charbonnages, des fours à coke et des terrils, et ses hameaux comme Ansuelle, Gognies, Lalue, le Vanériau ou le Brûle aux paysages typiquement ruraux, Anderlues s’affiche comme une zone de transition entre les deux grands bassins industriels du Centre et de Charleroi, à mi-chemin entre La Louvière et Charleroi[5].

Sa situation est donc idéale, d'autant plus que le nœud routier stratégique du « Roi des Belges » est situé à seulement à km de Binche, à 8,5 km de Thuin, à 25 km de Mons, à 13 km de Charleroi et à 52 km de Bruxelles. En outre, la modernisation de la nationale 6 relie rapidement la localité à la capitale et, via l'autoroute de Wallonie, à Liège et à l'Allemagne d'un côté, ainsi qu'à Paris, Lille et Dunkerque de l'autre[5].

Communes limitrophes

Localités limitrophes

Anderlues est entouré par les anciennes communes, à l'est par Forchies-la-Marche, Fontaine-l'Évêque et Leernes, au sud par Mont-Sainte-Genevièvre, à l'ouest par Buvrinnes et Leval-Trahegnies et au nord par Mont-Sainte-Aldegonde, Carnières et Piéton[5].

Relief

Le relief d’Anderlues s’organise autour de deux ensembles principaux : un plateau méridional et des vallées qui l’entament vers le nord[6].

Le plateau

Le plateau occupe la moitié sud du territoire et se prolonge vers le nord par plusieurs crêtes (rues du Château d’Eau, des Combattants, Jules Destrée, route de Bascoup). Il constitue la zone de naissance des ruisseaux de la Haine, du Marais, de la Haie et du Piéton. Son altitude varie de 212 à 185 m, avec une pente douce vers le nord et le sud‑est, et un début de descente vers Leval‑Trahegnies. Le relief y est faiblement ondulé[7].

Le point culminant de la commune et de la moyenne Belgique se situe au Planty (212,24 m), à la limite de Buvrinnes, où se trouvent un signal géodésique et un centre d’émission de la RTBF[7].

Les vallées

Dans la partie nord, plusieurs vallées entaillent le plateau avec des pentes de 3 à 6 %. Elles drainent les ruisseaux locaux, dont la vitesse augmente sous la cote 185 m. À la sortie du territoire, les altitudes atteignent : 124 m pour la Haie, 136 m pour la Haine, 164 m pour le Piéton[7].

Observations géographiques

Borne géodésique du Planty[Note 2].
  • Dénivellation maximale : 88 m entre le Planty (212 m) et le chemin de Warimez (124 m)[7].
  • Profil est‑ouest : la route de Mons franchit transversalement les vallées de la Haie (Pont d’Arcole) et du Marais (près de l’ancienne brasserie Ponselet devenue par la suite le centre de loisir Booba City)[7].
  • Sources nombreuses sur les versants, favorisées par la pente (Saint‑Médard, Djenne Guyle, Hospitau, Guèrnadie, Trou Lechat, Ronche, Chénois, Marais, Puisoir, Houdous, Saint‑Laurent, Tierne, Hulcu, Bois Garouille…)[7].
  • Zone marécageuse dans la haute vallée du Marais, où le drainage naturel est insuffisant[7].
  • Plaines étroites dans les fonds de vallée du Piéton, de la Haie et de la Haine, constituant les points les plus bas du territoire[7].

Le sol et le sous-sol

Le territoire d’Anderlues repose sur des sols limoneux et sablo‑limoneux favorables aux cultures, encore largement présents malgré l’urbanisation et l’industrialisation. Les principales productions agricoles concernent les céréales, la betterave, le maïs et la pomme de terre, tandis que de vastes pâturages structurent le paysage. Quelques bois subsistent sur les versants des vallées[8].

Une couche de limons éoliens de 2 à m, particulièrement adaptée à la fabrication de briques, a favorisé l’implantation de nombreuses briqueteries jusqu’au milieu du XXe siècle. Les limons alluviaux se rencontrent dans la vallée du Piéton supérieur et, plus localement, dans celles du Marais et de la Haine. Des colluvions récentes occupent les flancs et replats des vallées[8].

Le sous‑sol est dominé par les terrains tertiaires : l’étage bruxellien, épais de 7,9 à 11,2 m, couvre environ quatre cinquièmes du territoire et constitue un filtre externe de la nappe aquifère. L’étage yprésien, épais de 21 à 27 m, forme une assise argileuse imperméable[8].

Les recherches menées dès 1835 ont permis d’atteindre le terrain houiller à des profondeurs variables selon les puits, de 39 à 136 m. Divers sondages ont confirmé la succession de couches tertiaires, crayeuses et marneuses avant d’atteindre le houiller. Les gisements identifiés contiennent des charbons gras et demi‑gras (22 à 24 % de matières volatiles), adaptés aux usages métallurgiques, verriers, céramiques et domestiques. Leur forte grisoutosité a toutefois classé les charbonnages anderlusiens en 2e et 3e catégorie[9].

Climat

Avec une altitude moyenne de 168 m, une distance de 150 km de la mer et une latitude de 50°26 nord, le plateau d'Anderlues bénéficie d’un climat tempéré et humide caractéristique de la Belgique moyenne. Les températures annuelles moyennes avoisinent 9,5° C, avec juillet comme mois le plus chaud à 16,5° C de moyenne et janvier le plus froid à 3° C[10].

Les précipitations atmosphériques, qui atteignent environ 850 mm par an, sont bien réparties sur l'année et liées aux vents maritimes humides du sud et sud-ouest, responsables de 74 % des précipitations annuelles à Anderlues. Cette pluviosité modérée favorise la culture, l'élevage, les zones boisées et l'alimentation des nappes phréatiques[11].

Hydrographie

Le territoire d’Anderlues est partagé entre deux bassins fluviaux, séparés par une ligne de faîte orientée sud‑nord correspondant approximativement à la route de Bascoup[12].

Bassin de l’Escaut (4/5 du territoire)

Il regroupe la Haine et ses affluents le ruisseau du Marais et la Haie, elle‑même alimentée par le ruisseau du Puisoir. Ces cours d’eau prennent naissance sur le plateau d’Anderlues et s’écoulent vers le nord, entaillant des vallées profondes en raison de pentes marquées[12].

Les principales caractéristiques sont[13]:

  • Haine : 2 100 m de cours à Anderlues, chute de 44 m, pente moyenne de 2,19 m/100 m ;
  • Ruisseau du Marais : 3 200 m, chute de 47 m, pente moyenne de 1,47 m/100 m ;
  • Haie : 4 250 m, chute de 73 m, pente moyenne de 1,67 m/100 m ;
  • Puisoir : 480 m, chute de 31 m, pente moyenne de 6,50 m/100 m.

Ces valeurs masquent toutefois de fortes variations locales : certaines sections présentent des pentes très faibles, notamment la Haie en amont (0,59 m/100 m) et le Marais près de son confluent (0,20 m/100 m). La vigueur des écoulements a permis l’implantation précoce de moulins, notamment à Lalue[Note 3] et aux Trieux[14].

Bassin de la Meuse

Il concerne la partie orientale et méridionale de la commune, drainée par le Piéton, le ruisseau de la Forêt et le ruisseau du Coulby[14]:

  • Piéton : issu de la fontaine du Poria, il parcourt 800 m sur Anderlues, avec une chute de 11 m (1,36 m/100 m). Il marque en partie la limite avec Fontaine‑l’Évêque ;
  • Ruisseau de la Forêt : petit bassin de moins de 100 ha, constitué de fossés longeant Leernes ; il correspond à l’ancien système de viviers aujourd’hui asséchés ;
  • Coulby : né près du château des Loges, à la limite de Mont‑Sainte‑Geneviève, il traverse une zone marécageuse en résorption avant de s’écouler vers la Sambre.

La nappe aquifère d’Anderlues

La commune d’Anderlues repose sur une nappe aquifère de grande ampleur, constituant l’un de ses principaux réservoirs d’eaux souterraines. Son extension correspond à la limite supérieure de l’argile yprésienne, plus élevée au sud qu’au nord, et profondément entaillée par l’érosion des vallées. Le point culminant de la nappe coïncide avec la zone de relief séparant les deux bassins fluviaux locaux. L’écoulement des eaux souterraines s’effectue depuis cette ligne de partage vers le nord et le sud, avec des déviations latérales en direction des vallées. La faible profondeur du réservoir est attestée par les zones marécageuses situées aux sources de la Haie et du Marais, ainsi que par la multiplication des sources sur les versants, indicateurs directs du niveau de la nappe[15].

Quartiers

Le centre d'Anderlues en septembre 1999.

L’Alû, au Moyen Âge, était un hameau dépendant du Dieu du Soleil[16] et il était un ancien fief du comte de Fontaine-l'Évêque[17], Ansuelle, et fut rattaché à Anderlues en 1796[5]. On y trouvait aussi Marais, Le Douaire, Vanériau, Bouchénie, Plein de Chênes, Blancs Trieux, Les Viviers, Bruyères nom venant du celtique brwg, du gaulois brugo et du latin populaire brugaria[18], ainsi que Saint-Médard, Les Pavillons, Polvez, Le Viaduc, Les Trieux (du francique « thresk »)[18], L’Arbiette, La Viole et Gognies, ou localement Gognîe, également rattaché à Anderlues en 1796[5].

Cités

Cité Nouvelle, cité des Aulniats, cité de la Ferme, cité des Pavillons et cité jardin du Fief.

Lieux-dits

Quatre Pavés, Viviers à Tailles, Résistance, Le Viernois, Timopréa, Parapette, Au Roi des Belges, la Reine des Belges et Warimé.

Terrils et bois

Terril no 6, bois des Vallées et bois de Warimé.

Démographie

Les chiffres des années 1831 à 1970 tiennent compte des chiffres des anciennes communes fusionnées.

  • Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1 janvier[19]

Évolution démographique d’Anderlues depuis la préhistoire jusqu'à la fin du XXe siècle

L’occupation humaine du territoire d’Anderlues remonte à la préhistoire, les premières communautés s’établissant sur les têtes de vallée de la Haine et du Marais. Au XVe siècle, la localité apparaît comme un petit village agricole de 250 à 300 habitants. La croissance reste modérée jusqu’à la fin du XVIIe siècle (environ 1 300 habitants). Les premiers chiffres précis proviennent des recensements révolutionnaires : en 1803, Anderlues compte 1 956 habitants, incluant les anciens villages d’Ansuelle et de Gognies. En 1829, selon Vandermaelen, la population atteint 2 662 personnes réparties en 516 maisons[20].

Le XIXe siècle marque une phase d’expansion continue, portée par l’essor charbonnier : de 3 572 habitants en 1860, la commune passe à 9 340 en 1900 (+154 %). La croissance se poursuit jusqu’à un premier maximum de 11 222 habitants en 1917. Les deux guerres mondiales provoquent des stagnations ou reculs temporaires, accentués en 1918 par la grippe espagnole. Après 1946, l’arrivée massive de travailleurs immigrés entraîne un nouveau bond démographique, culminant à 13 549 habitants en 1957, densité record de 796 hab./km². À partir des années 1960, la population amorce un déclin durable : 13 070 habitants en 1961, 11 333 en 1984[20].

Les naissances, très élevées jusqu’en 1930 (317 en 1901), diminuent fortement après 1955, au point de devenir presque nulles dans la commune dans les années 1970-1980. Les décès connaissent des pics liés aux catastrophes minières de 1880 (49 morts) et 1892 (162 morts), ainsi qu’à la période 1914-1918. En 1984, Anderlues compte 2 046 étrangers (18 % de la population), principalement italiens, suivis d’Algériens, Français, Marocains et Grecs. Le recensement de 1981 dénombre 11 705 habitants et 4 254 maisons[21].

En résumé, la démographie anderlusienne se caractérise par : une forte croissance entre 1830 et 1930 (+345 %) ; un essor exceptionnel lié au charbon entre 1860 et 1900 ; des reculs après les deux guerres ; un pic historique en 1957 grâce à l’immigration ; un déclin continu depuis les années 1960, lié à la baisse des naissances et à la désindustrialisation[22].

Sobriquet

Alors qu'officiellement, les habitants d'Anderlues sont nommés Anderlusien(ne)s, la plupart des citoyens préfèrent se laisser appeler Bourlèti. Ce nom provient du clocher, appelé Bourlette, qui se situe sur la place Paul Pastur. Ses habitants sont surnommés les Bourlètis[23][24].

Histoire

Préhistoire

Paléolithique et Mésolithique dans la vallée de la Haine

Les premières occupations humaines du territoire d’Anderlues remontent au Paléolithique ancien, il y a plus de 150 000 ans. Ces groupes de chasseurs-cueilleurs, probablement venus d’Asie, vivaient en campements temporaires installés près des cours d’eau et exploitaient les ressources naturelles : chasse du mammouth, du renne, de l'ours ou du cheval, pêche et cueillette. Ils maîtrisaient la taille du silex et l’usage du feu, mais ignoraient l’agriculture[25].

Les découvertes paléolithiques locales quelques pièces de silex taillé trouvées près des ruisseaux de Saint-Médard, de la Haie et du Marais restent limitées. En revanche, les sites voisins d’Épinois, Leval-Trahegnies, Ressaix et Haine-Saint-Pierre témoignent d’une industrie lithique très développée dans la haute vallée de la Haine, où une population dense exploitait les gisements de silex. Les déplacements répétés de ces groupes ont contribué à fixer les tracés de plusieurs anciens chemins, dont certains correspondent aux actuels chemins no 1[Note 4] de Mont-Sainte-Geneviève à Carnières et de Thuin à Nivelles (chemin no 2)[Note 5]. Au cours du Mésolithique, les hommes de Cro-Magnon remplacent progressivement les populations plus anciennes. Leur présence dans la vallée de la Haine est discrète mais attestée, et leur culture matérielle s’inscrit dans le prolongement des traditions magdaléniennes[26].

La révolution néolithique

La révolution néolithique, qui succède au Mésolithique (-10 000 à -4 000), correspond à l’apparition de la pierre polie, de l’agriculture et de l’élevage. Le réchauffement climatique provoque le recul des glaciers, l’extension des forêts et la disparition progressive de la faune froide (rennes, mammouths), remplacée par cerfs, sangliers et chevreuils. Vers le Ve millénaire avant notre ère, des groupes venus de l’Orient méditerranéen, rattachés à la culture de Michelsberg, s’installent dans la vallée de la Haine et sur le plateau d’Anderlues. Ils y trouvent des sols fertiles, des ressources en eau et d’abondants gisements de silex, favorisant l’implantation de communautés agricoles sédentaires[27].

Ces populations, de petite ou moyenne stature, maîtrisent le polissage de la pierre, la domestication animale, le défrichement et la construction de maisons en bois et torchis. Elles développent également le tissage, la poterie, la céramique et la vannerie, dont les productions circulent jusqu’en Europe centrale. L’exploitation du silex devient rapidement intensive : lorsque les ressources superficielles s’épuisent, les Néolithiques ouvrent puits et galeries, annonçant les techniques minières ultérieures. Un atelier de façonnage a été identifié près de l’ancienne piste Anderlues–Nivelles, où furent retrouvés grattoirs, racloirs, couteaux en silex de Spiennes ou d’Obourg, ainsi que percuteurs et nucléus. Les communautés néolithiques sont également à l’origine des mégalithes (dolmens, menhirs), dont la fonction reste discutée. Une tradition locale signale l’existence d’un menhir dans le bois d’Ansuelle, renversé et enfoui à une époque indéterminée, peut‑être lors de la christianisation. Les tentatives d’extraction rapportées au XIXe siècle ont alimenté une légende persistante[28].

Antiquité

Invasion celtique et Nerviens

L'invasion des Celtes au milieu du premier millénaire avant notre ère marque l'introduction de l'âge du fer dans la région. Vers 250 avant Jésus-Christ, des populations originaires de Germanie, regroupées sous le nom de Belges, poussent les Celtes vers le sud, cédant aux envahisseurs la Gaule située entre la Seine, la mer du Nord et le Rhin. La tribu des Nerviens occupe alors le territoire délimité par l'Escaut, le Rupel, la Dyle et la Meuse et exerce une hégémonie sur plusieurs petites tribus celtiques. Physiquement proches des Germains par la stature et la chevelure, les Nerviens parlent un dialecte celtique et adoptent les mœurs gauloises. Ils vivent en villages de huttes coniques en bois, torchis et chaume, groupées près des sources et des cours d'eau[3].

Éleveurs, agriculteurs et guerriers, ils cultivent suffisamment pour approvisionner, lors de la conquête romaine, les armées de Jules César. Les fouilles de la Tène dans le Hainaut ont livré des sépultures riches en vases, armes et parures attestant d'une civilisation matérielle développée. La toponymie locale conserve des traces du dialecte nervien. Le nom Ander-Lubja est interprété comme un composé celtique signifiant l'herbe aux génisses, et plusieurs lieux-dits conservent des racines celtiques ou franques. Enfin, un réseau de voies anciennes reliant les pagi nervien et aduatique traverse le territoire et a facilité les communications et les succès militaires romains lors de la conquête de la Gaule[29].

Histoire romaine d'Anderlues

La conquête de la Gaule belgique, menée par Jules César entre 58 et 50 av. J.-C., rattacha durablement les régions nerviennes à l’Empire romain. Sous Auguste, la romanisation s’accentua : organisation administrative unifiée, développement des voies de communication, diffusion du latin, assimilation religieuse et adoption progressive du mode de vie romain. La Gaule fut divisée en trois provinces : Aquitaine, Celtique et Belgique. Cette dernière comprenait la Belgica Prima et la Belgica Secunda, elles‑mêmes subdivisées en civitates. Le territoire d’Anderlues relevait de la civitas Nerviorum, dont le chef‑lieu était Bagacum (Bavai), relié à Cologne et à Boulogne par une grande chaussée stratégique, future « chaussée Brunehaut ». Plusieurs diverticula reliaient directement Anderlues à cet axe majeur[30].

Comme ailleurs en Gaule du Nord, l’essor des villae rurales au Ier siècle suggère l’existence d’une exploitation agricole importante sur le territoire d’Anderlues, bien que son emplacement exact reste inconnu. Une hypothèse situe cette villa Anderluvia dans la couture du Douaire, près de l’actuelle rue Paul Janson, sans confirmation archéologique. Deux nécropoles belgo‑romaines découvertes au XIXe siècle témoignent d’une occupation notable durant la Pax Romana. La première, mise au jour en 1838 au chemin du Chênois, contenait une quarantaine d’urnes cinéraires. La seconde, trouvée en 1893 au « Champ du Saule », livra dix urnes, des vases d’accompagnement et un petit bronze à l’effigie de Claude. Ces ensembles funéraires illustrent les rites nerviens : crémation, dépôt des cendres en urne et mobilier funéraire destiné à accompagner le défunt[31].

À proximité d’Anderlues, une importante villa belgo‑romaine fut également découverte en 1943 dans le bois de la Houssière. Le site, partiellement détruit avant étude complète, semble avoir été incendié lors des invasions germaniques du IIIe siècle. D’autres vestiges régionaux tombes de Buvrinnes, du bois des Quarante Bonniers, d’Ansuelle à Épinois, de Mont‑Sainte‑Aldegonde ou de Leval‑Trahegnies confirment une occupation dense et structurée de la région durant la période romaine[32].

Domination romaine finissante et avancée franque

À la fin du IIIe siècle, l’Empire romain renforça la chaussée Bavay-Cologne par une ligne de défense ponctuée de fortins, dont un établi près du lieu‑dit Le Placard à Morlanwelz, au croisement d’un diverticulum venant d’Anderlues. Ces aménagements ne suffirent pas à contenir les incursions germaniques[33].

En 358, l’empereur Julien autorisa une tribu franque salienne vaincue à s’installer en Toxandrie (Campine), aux marges de la cité des Nerviens, afin d’assurer la défense contre les Saxons. Vers 430, les Francs de Toxandrie, en expansion, progressèrent vers l’ouest sous Clodion, conquirent les régions entre Escaut et Somme et firent de Tournai leur centre politique. Cette avancée marqua l’effondrement définitif de l’autorité romaine dans le nord de la Gaule[33].

Colonisation franque dans le bassin de la Haine

Lorsque les Francs atteignirent les régions de la Haine vers 430, les villae gallo‑romaines, prospères durant la Pax Romana, étaient pour la plupart ruinées ou abandonnées à la suite des invasions et du dépeuplement rural. La progression franque prit la forme d’une colonisation : prise de possession du sol, reconstruction de domaines et défrichements[34].

Le partage des terres profita principalement au pouvoir royal et à l’aristocratie franque : les rois s’approprièrent les terres fiscales romaines, tandis que les leudes et antrustions reçurent de vastes domaines. Les hommes libres obtinrent des manses, petites exploitations destinées à assurer leur subsistance[35].

Dans le pays de la Haine, les implantations franques se fixèrent souvent sur de nouveaux sites, en bordure de vallées. Les défrichements permirent la remise en culture d’espaces redevenus friches. À Anderlues, deux villae mentionnées au IXe siècle dans les biens de l’abbaye de Lobbes (Anderlobia et Haincueles) pourraient être issues de cette phase de colonisation. Les toponymes en ‑sart témoignent des défrichements, tandis que plusieurs lieux‑dits (Gognies, Bouchenies, Beugnies, Herchies, Warimez) conservent des anthroponymes francs. La rivière Haine, dont le nom dérive du francique Hagino rivière des bois »), et le toponyme Lalue (du francique alód, « propriété libre ») rappellent également l’empreinte linguistique et sociale de cette implantation[35].

Moyen-âge

L'abbaye Saint-Pierre de Lobbes représentée par une gravure de Remacle Le Loup[36].

L’abbaye de Lobbes et ses possessions à Anderlues (VIIe XIIe siècles)

L’abbaye bénédictine de Lobbes, fondée vers le milieu du VIIe siècle par Landelin, s’inscrit dans le vaste mouvement de création monastique qui accompagne l’évangélisation des campagnes de la Belgique romane. Rapidement dotée de vastes domaines fonciers, elle devint l’un des établissements religieux les plus puissants de la région[37].

Constitution du temporel lobbain

Dès le VIIIe siècle, l’abbaye possédait un ensemble territorial étendu comprenant, outre son noyau autour du ruisseau Hlodosa (le Rabion), les villae d’Anderlobia (Anderlues), de Mons-Martini (Mont‑Saint‑Martin), d’Alsonia (Ossogne), de Wiscenelata (Wihéries) et de Hantas (Hantes). Selon la tradition rapportée au XIIe siècle par la Fundatio Monasterii Lobiensis, un certain dux Hydulphe aurait été son principal bienfaiteur, lui attribuant plus d’une centaine de villae dans les diocèses de Cambrai et de Maastricht. Bien que la documentation primitive manque, Anderlobia et Haincueles (Ansuelle) figurent parmi les 184 villae recensées dans le polyptyque de l’abbaye rédigé en 868‑869 par Jean, évêque de Cambrai, preuve de leur intégration ancienne au domaine lobbain[38].

Organisation des villae d’Anderlobia et de Haincueles

Comme toutes les grandes exploitations du haut Moyen Âge, les villae étaient divisées en deux parties[39]:

  • la réserve seigneuriale (mansus indominicatus), exploitée directement pour l’abbé, comprenant manoir, bâtiments agricoles, chapelle, terres labourables, prés, bois et dépendants ;
  • les manses tenanciers, petites exploitations concédées à des colons libres ou à des serfs, assorties de redevances et de corvées.

La toponymie locale (La Grande Couture, Gembleux, Purefontaine, Sablon, Vaulx d’Or, Douaire, Foyau, Maraiseau, etc.) conserve la trace des culturae et des espaces communs (bruyères, trieux, communia, waressaix) issus de cette organisation[39].

Formation des villages d’Anderlues et d’Ansuelle

Les centres bâtis des deux villae, situés le long d’axes de circulation, devinrent les noyaux des villages actuels[40]:

  • À Anderlues, le site du « Village », autour de l’église et des anciennes censes de la Clef, de l’Hospiteau et de la Cour Leroy, correspond vraisemblablement au cœur du mansus indominicatus. L’église médiévale, dont subsiste le clocher, remplaça probablement la chapelle primitive ;
  • À Ansuelle, les censes de Gembleux et de Bourgogne marquent l’emplacement du centre de la villa Haincueles, desservie par un chemin ancien menant à Lobbes. Une chapelle dédiée à saint Laurent succéda à l’oratoire monastique, et les terres du cantuaire mentionnées en 1502 perpétuent cette origine.
Les Bancroix et les obligations envers l’abbaye de Lobbes

Les Bancroix (ou processions du ban) constituaient une obligation imposée par l’abbaye de Lobbes aux habitants d’Anderlues et de nombreuses paroisses voisines. Chaque 25 avril, jour de la Saint‑Marc, un représentant de chaque ménage devait se rendre en pèlerinage à l’église Saint‑Pierre de Lobbes pour y déposer un pain et une obole. Soixante‑douze paroisses étaient soumises à cette coutume[41].

Certaines communautés, dont Anderlues, devaient en outre des redevances supplémentaires [42]:

  • les consortiae, contributions en nature proportionnelles à la superficie des terres cultivées (mesurées en setiers d’avoine) ;
  • les maillae, redevances monétaires équivalant à une obole.

Ces offrandes constituaient une ressource importante pour les moines de Lobbes : le pain et l’obole étaient partagés entre les moines et les chanoines de Saint‑Ursmer, tandis que l’avoine servait notamment à la fabrication de bière. L’obole des maillae revenait au coustre chargé de fournir pain et vin pour la messe. Face à la lassitude croissante des paroissiens, les religieux instaurèrent une forme de compétition : la paroisse arrivant la première à l’autel recevait les félicitations de l’abbé, et son prêtre une paire de gants blancs[43].

L’exemption militaire et les contestations d’Ansuelle et Gognies

Le , l’abbaye de Lobbes passa de la tutelle impériale à celle de l’évêque de Liège, entraînant l’abandon des obligations militaires (ost et chevauchée) dues jusque‑là à l’empereur. Cette exemption fut accueillie favorablement par les hommes libres du domaine[44].

Bien que ces charges militaires aient été progressivement adoucies au cours du Moyen Âge, les communautés relevant de Lobbes défendirent fermement leur privilège d’exemption. À la fin du XIIIe siècle, les habitants de Gognies et d’Ansuelle refusèrent ainsi de payer le cens de remplacement exigé par le comte de Hainaut, estimant que le diplôme d’Arnoul de Carinthie leur garantissait toujours l’exemption du service militaire. Ils reconnaissaient les autres droits seigneuriaux (mainmorte, décès), mais rejetaient toute obligation d’ost ou de chevauchée, rappelant que leurs terres relevaient de Saint‑Pierre de Lobbes et, par son intermédiaire, de Saint‑Lambert de Liège[45].

Origine de la rente due par le seigneur de Hainechueles à l’abbaye de Lobbes

À partir de la fin du XIIe siècle, l’abbaye de Lobbes, autrefois l’une des plus prestigieuses du diocèse de Liège, entra en déclin. Les difficultés économiques, aggravées par une gestion interne défaillante, laissèrent l’institution lourdement endettée. Parmi les responsables figure Olbaud, prévôt de l’abbaye et ancien archidiacre de Cambrai, connu pour avoir détourné dîmes, terres et revenus au profit de sa famille[46].

Son gendre, Gislebert de Hainechueles, bénéficia probablement de ces abus, recevant en fief la villa et les biens d’Ansuelle. À la mort de Gislebert II, son héritage fut partagé entre ses cinq enfants, dont plusieurs firent don de leurs parts à l’abbaye. Ces donations successives terres à Goisnies et Hainechueles, alleux et revenus permirent à Lobbes de reconstituer une grande partie du patrimoine détourné. Seul Johannes, l’un des fils, conserva sa part et demeura vassal loyal de l’abbaye. Son successeur, Johannes dit le Cornut, rompit toutefois cette fidélité : vers 1160, profitant des troubles internes du monastère, il s’empara illégalement des possessions de Lobbes à Ansuelle et Gognies[47].

L’abbé Werric, élu en 1181, entreprit de rétablir les droits de l’abbaye. Après confrontation, Johannes le Cornut dut reconnaître la suzeraineté de Lobbes et garantir pour lui et ses héritiers une rente annuelle de six muids de froment due pour les domaines de Hainechueles et Goisnies. Cette rente demeura en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. En 1785 encore, le censier d’Ansuelle, Jean Dayvier, était tenu de livrer chaque année à l’abbaye trois muids de froment et trois de seigle, en plus de son rendage[48].

La chapelle primitive de la villa Anderlobia

La première chapelle d’Anderlues fut probablement fondée au IXe siècle par l’abbaye de Lobbes, qui y possédait un vaste domaine. Comme dans de nombreuses villae carolingiennes, un petit groupe d’habitations suffisait à justifier l’édification d’un oratoire destiné à structurer la vie religieuse locale. L’édifice, typique des églises rurales franques, était un modeste bâtiment rectangulaire en torchis sur ossature de bois, posé sur un radier de pierres locales. Son plan suivait la norme liturgique médiévale : chœur à l’est, entrée à l’ouest. Les murs, enduits et chaulés, étaient rehaussés de tentures et d’orfèvreries prisées par les Francs. Cette chapelle constitua le premier centre religieux de la communauté anderlusienne. Comme beaucoup de constructions similaires, elle disparut sans doute à la suite d’un incendie ou de la vétusté, avant d’être remplacée par un édifice plus durable. La tour actuelle, classée depuis 1979, pourrait en être le dernier vestige[49].

L’église-halle médiévale d’Anderlues et sa tour romane

L'ancienne église Saint-Médard et son clocher, appelé tour de la Bourlette.
Carte postale illustrant l'église du XXe siècle.

L’église primitive d’Anderlues, issue de la villa Anderlobia, n’est connue que par sa tour romane, datée du début du XIIe siècle. Faute de sources et de vestiges, l’aspect de la chapelle qui succéda à l’oratoire initial reste hypothétique. Comme ailleurs dans la région, la crainte des incendies conduisit à remplacer les structures en bois par une construction en moellons et des voûtes en pierre, formant un édifice de type église-halle à plan rectangulaire, chœur orienté à l’est[50].

Transformations du Moyen Âge à l’époque moderne

L’édifice connut plusieurs campagnes d’agrandissement. Au XVe siècle, deux chapelles gothiques furent ajoutées pour constituer un transept et donner au plan la forme d’une croix latine. Une reconstruction complète de la nef intervint vers 1780, dotée de bas‑côtés séparés par des colonnes toscanes et de fenêtres en anse de panier. Ces travaux, dirigés par le procureur de Bonne‑Espérance, rompaient stylistiquement avec les parties anciennes. L’intérieur, peu orné, comportait trois autels en boiseries et des tableaux du début du XIXe siècle. La chaire datait de 1741 et les orgues de 1829. L’ensemble fut démoli en 1930[51].

La tour romane, clocher, beffroi et refuge

Seule survivante de l’édifice médiéval, la tour romane, massive et carrée, occupait un angle du chœur sans en faire structurellement partie. Son appareil irrégulier et son implantation confirment son antériorité. Elle servit successivement de clocher, de beffroi communal et de tour fortifiée en période de troubles. Une tradition locale attribue à la guerre franco‑hollandaise des années 1670 les dommages qui auraient nécessité une restauration vers 1650, possiblement avec des matériaux du manoir des Loges. Sous l’Ancien Régime, la tour était flanquée de quatre éperons surmontés de clochetons, supprimés à la Révolution. La flèche en charpente, couverte d’ardoises, portait une boule, un coq et une croix. Avant 1930, la tour mesurait environ 34 m ; le dégagement de ses fondations lors de la démolition de l’église l’a portée à plus de 36 m[52].

Les cloches et l’horloge

À la fin du XVIIIe siècle, le clocher abritait trois cloches formant une sonnerie réputée. Deux furent confisquées en 1797 par l’administration révolutionnaire pour être fondues ; la troisième, datée de 1781 et appartenant à la communauté, fut conservée pour les usages civils avant d’être volée en 1943 par l’occupant allemand. L’horloge communale, entretenue par le clerc, complétait l’équipement du clocher[53].

Le monde féodal et la situation d’Anderlues

Le régime féodal, apparu au IXe siècle dans le contexte des invasions sarrasines, normandes et magyares, résulte de la fusion du bénéfice germanique et de la recommandation romaine. Il repose sur un lien personnel entre un seigneur (dominus) et un vassal, fondé sur la protection, l’octroi d’un fief et le serment de fidélité. Ce système, reproductible à tous les niveaux sociaux, engendre une hiérarchie de fiefs et d’arrière‑fiefs ainsi qu’une forte fragmentation de la propriété[54].

Dans le Pagus Hainoensis, où les comtes consolidèrent leur autorité après l’effondrement carolingien, la multiplication des tenures aboutit à un enchevêtrement complexe de droits seigneuriaux. C’est dans ce cadre qu’un comte de Hainaut de la dynastie des Régnier créa, probablement au XIe siècle, le fief dignitaire de Fontaine, incluant les terroirs d’Anderlues et de Lalue, et relevant directement des comtes de Hainaut parmi les vingt‑six terres bannerées du pagus[54].

Anderlues, un territoire morcelé

Les barons de Fontaine, grands vassaux hainuyers, procédèrent à une vaste sous‑inféodation de leurs terres d’Anderlues et de Lalue. Les fiefs concédés, parfois réduits à une maison, un jardin ou une rente, témoignent d’un morcellement extrême, confirmé par de nombreux actes de relief. Un dénombrement de 1502 illustre cette diversité, mentionnant des fiefs allant de quelques journels à plusieurs bonniers de terres, prés, pâturages, bois, rentes et droits seigneuriaux[55].

Ce système, en constante évolution au fil des aliénations, héritages et partages, compliquait la lecture des droits fonciers. Tout changement de tenancier impliquait un relief devant le bailli de Fontaine, chargé d’enregistrer les mutations, de convoquer les hommes de fief et de percevoir les droits seigneuriaux. Un exemple daté du signale ainsi le relief effectué par Jeanne le Fébvre et Théodart de Bray pour un fief de sept journels à Anderlues[56].

Les alleux : terres libres dans l’ordre féodal

Les alleux étaient des terres libres ne relevant d’aucun seigneur et exemptes de toute obligation féodale (foi, hommage, redevances, services). Leur indépendance était traditionnellement expliquée par l’idée qu’elles « mouvaient de Dieu et du Soleil ». Dans une société où toute terre était normalement intégrée à un fief ou à une censive, l’alleu constituait une anomalie juridique et un enjeu de pouvoir. Du IXe au XIIe siècle, de nombreux petits alleutiers, cherchant protection, intégrèrent volontairement leurs terres dans le système féodal. C’est probablement dans ce contexte que Lalue, mentionné comme Allodium au XIe siècle, passa sous la dépendance du seigneur de Fontaine, tout comme certains alleux de Gognies, cédés au chapitre de Sainte-Waudru[57].

Malgré cette tendance, des francs alleux subsistèrent à Anderlues jusqu’au XVIe siècle. Un acte du atteste l’existence d’un alleu situé aux Trieux, entre la ferme du Tierne et le bois de la Haie. D’autres actes de 1529 confirment la présence d’alleux dans la partie ouest du territoire, notamment au hameau de L’Alouette (déformation d’alluet, « petit alleu »). Les actes relatifs à ces terres étaient systématiquement passés devant des francs alleutiers, signe du caractère autonome de ces propriétés. Leur nombre, encore notable au XVIe siècle, témoigne de la persistance d’un régime foncier indépendant au sein du paysage féodal anderlusien[58].

Les courtils unités d’habitat et d’exploitation au Moyen Âge

Le courtil désignait l’enclos d’un manant, comprenant une maison basse, un jardin, un verger et parfois de petites dépendances. Entouré d’une haie vive, il constituait l’élément central de la tenure paysanne. Les courtils jouèrent un rôle important dans la mise en valeur des terres et l’installation durable de populations rurales. À Anderlues, ils furent nombreux et répartis dans presque tout le territoire, à l’exception des Bruyères. Le site de Lalue en conserve encore aujourd’hui le tracé : les courtils y formaient une petite agglomération entre le chemin de Nivelles et la voye deseur les courtis. Un acte de 1502 mentionne un fief jouxtant ces parcelles[59].

Les sources médiévales et modernes signalent des courtils dans divers hameaux[60]:

  • XIIIe siècle : courtil de Jehan Nochet.
  • XVe siècle : courtils à Lalue, Beugnies et Anderlues.
  • XVIe siècle : courtils à Haineçuelles, Lamériau, la Grande Couture, les Trieux, Lalue, près de la grange aux dîmes, etc.
  • XVIIIe siècle : courtils d’Audridon, de l’Avocat, Gillot, Oudin, Barbette, ainsi que les « Trois Courtils ».

Avec le temps, le terme en vint à désigner non seulement l’enclos mais aussi les constructions qui s’y trouvaient, au point que coutume et pratique interdisaient de les vendre séparément. Certains courtils furent toutefois convertis en prairies ou terres labourables après disparition des bâtiments. Le droit coutumier imposait l’entretien strict des haies, afin d’éviter tout empiètement. Un record du XVe siècle rappelle que l’occupant devait maintenir son courtil « si bien à enclosure que nul autre n’y prenne dommage », sous peine d’amende[61].

Histoire des seigneuries d'Anderlues

Aux Xe – XIe siècles, les seigneurs d’Anderlues apparaissent d’abord comme de simples propriétaires fonciers tirant profit des terres et des tenanciers. À partir du XIe siècle, dans le contexte d’affaiblissement du pouvoir royal post‑carolingien, plusieurs d’entre eux acquièrent des prérogatives jusque‑là réservées au souverain : justice, perception de la taille, banalités, corvées et contrôle de l’activité économique. L’exercice du bannum transforme progressivement les anciennes seigneuries foncières en seigneuries « banales », cumulant droits territoriaux et pouvoirs de commandement[62].

Cette évolution engendre une grande diversité de statuts : certaines seigneuries demeurent strictement foncières, d’autres sont exclusivement banales, et plusieurs cumulent les deux dimensions. Il en résulte une superposition d’autorités pouvant soumettre les paysans à la fois au seigneur foncier et au seigneur banal. Le régime seigneurial reste particulièrement développé à Anderlues jusqu’en 1794, avec neuf seigneurs y exerçant des droits. Parmi eux, le baron de Fontaine, le comte de Hainaut et le seigneur de Peissant détiennent la justice banale, tandis que d’autres Bonne‑Espérance, Crohin, Gembleux, Huleu ne possèdent que des droits fonciers[63].

La seigneurie d'Anderlues

La seigneurie d’Anderlues relève depuis l’époque médiévale de la terre de Fontaine‑l’Évêque, elle‑même tenue des comtes de Hainaut. Les dénombrements des XVe – XVIIe siècles décrivent une seigneurie étendue, dotée de la haute, moyenne et basse justice, et générant d’importants revenus : cens, rentes en argent, avoine, froment, chapons, lin, cire, droits de bourgeoisie, corvées, ainsi qu’un moulin banal et plusieurs viviers. L’ensemble constitue une source de profits substantiels pour le seigneur‑baron de Fontaine. Au XVIIIe siècle, la seigneurie d’Anderlues comprend un village à clocher, la pleine juridiction, un moulin banal et divers cens et rentes, incluant le poulage de Mont‑Sainte‑Geneviève[64].

Les barons de Fontaine et seigneurs d’Anderlues

La seigneurie de Fontaine et d’Anderlues apparaît au XIIe siècle avec Wautier de Fontaine, cité en 1172 parmi les vassaux du comte de Hainaut Baudouin IV. Son successeur, Wautier II de Fontaine, est attesté en 1201 comme témoin d’une charte de Baudouin VI et reste connu pour la charte de 1212 octroyée à la ville de Fontaine. La seigneurie passe ensuite à Nicolas de Fontaine, futur évêque de Cambrai (1248‑1278), qui ajoute à son nom le surnom « l’Évêque ». À sa mort, sa sœur Mahaut de Fontaine, dame de Boussu, transmet par alliance Fontaine et Anderlues à la maison de Hennin, qui les conserve durant trois siècles[65].

À la mort de Baudouin IX de Hennin (1527), la seigneurie échoit temporairement aux de Croÿ avant de revenir aux Hennin par Marie de Hamal. Décédée sans héritier en 1596, elle laisse la seigneurie à Philippe 1er de Herzelle, descendant des Hennin. Ses fils mourant sans postérité, l’héritage revient à leur sœur Alardine de Herzelle, épouse de Charles‑Chrétien de Rodoan. La famille de Rodoan conserve Fontaine et Anderlues jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Le dernier seigneur féodal est Charles‑Amour‑Joseph‑François‑Régis‑Jean‑Népomucène de Rodoan, cumulant de nombreux titres nobiliaires[66].

La seigneurie du Roi ou de Bourgogne

Les terres d’Ansuelle, relevant de la Cour féodale de Mons, donnaient au comte de Hainaut divers droits seigneuriaux (mortemain, ost, chevauchée, estaplerie, cens, poursuite des serfs, justice). Plusieurs de ces droits étaient affermés au XVIIIe siècle, comme l’attestent les comptes du domaine de Binche (1785‑1786)[67].

Les terres d’Anderlues, Ansuelle et Gognies, formant la seigneurie de Bourgogne, furent intégrées en 1450 au domaine de Binche, attribué en 1477 en douaire à Marguerite d’York, veuve de Charles le Téméraire. Une tradition locale lui attribue la construction de la ferme de Bourgogne à Ansuelle[67].

La seigneurie de Gognies (dite de Peissant)

Selon la tradition rapportée par Théophile Lejeune, Gognies aurait été une seigneurie primitive partiellement donnée au chapitre de Sainte‑Waudru de Mons au début du XIIIe siècle. Le chapitre y acquiert encore des terres en 1285 et règle en 1337 un conflit de juridiction avec Godefroid de Naast[68].

À partir du XIVe siècle, Gognies apparaît comme un fief partagé entre plusieurs seigneurs, notamment les Rumignies, puis les Peissant, qui en conservent la seigneurie jusqu’au XVIIe siècle. Leur succèdent successivement Jean Tamison (1641), Jacques‑François Deppe (1664), puis Pierre Petit, mentionné en 1721. En 1739, Jérôme‑François de Sterling, officier au service du roi, relève le fief mais doit le vendre en 1743. Le dernier seigneur connu est Louis‑Joseph de Grethovus, qui en fait relief en 1769[69].

La seigneurie d'Hannechoelles ou de Gembleux
Au XVIIIe siècle, le château des Loges, demeure seigneuriale des familles de Leuze et de Molembaix, aurait été érigé, selon la tradition locale, à l’emplacement d’un ancien manoir ayant appartenu dès le XIe siècle à la famille de Niverlée[70].

La seigneurie d’Hannechoelles, plus tard appelée Gembleux, constituait un fief relevant de la cour féodale de Mons et situé sur le territoire d’Ansuelle. Elle apparaît au début du XIIe siècle, tenue par Gislebert, miles et dominus de Hainechueles, redevable envers l’abbaye de Lobbes d’une rente de six muids de froment. Au XIIIe siècle, la seigneurie passe à Godefroid de Winchi, qui fonde en 1288 une chapelle dédiée à saint Laurent dans sa demeure d’Ansuelle, avec l’accord de l’évêque de Cambrai. Son successeur, Godefroid de Naast, confirme en 1311 la dotation de cette chapelle, composée de 13 bonniers de terres dites Les Saint-Lorin[71].

En 1410, la seigneurie est tenue par Colars de Gemblues, tandis que l’abbaye de Lobbes y conserve divers droits. En 1456, elle appartient à Estievène de Gemblues, puis passe en 1497 à Corneil Cordier, haut justicier. À cette époque, elle comprend maison seigneuriale, dépendances, terres, prés, pâtures, rentes en argent et en nature, droits de justice, de mainmorte et de succession sur serfs et aubains[71].

L’obélisque érigé en mémoire du baron Xavier de Leuze, tombé lors du siège de Lille en 1792[72].

En 1767, Jacques‑François de Leuze est seigneur de Gembleux. La seigneurie, dotée de justice moyenne et basse, de droits seigneuriaux et d’une cense de douze bonniers, rapporte alors 300 livres par an. Une partie de l’ancienne ferme servira plus tard de première école d’Ansuelle. La terre des Loges, arrière‑fief de Fontaine, appartient dès 1502 à Jean de Niverlet par mariage avec Barbe de Peissant. Elle intègre les fiefs Babusiaux et Houssier. Le dernier titulaire, François Bonier, meurt sans héritier vers 1765. Le domaine est vendu aux demoiselles de Leuze, qui le transmettent à leur neveu Athanase‑Ghislain de Leuze, baron d’Irchonwelz (1750). À la mort de Jacques‑François de Leuze, la terre des Loges et la seigneurie de Gembleux se trouvent réunies entre les mains d’Athanase‑Ghislain[73].

La seigneurie foncière de Bonne-Espérance
L'abbaye de Bonne-Espérance à Vellereille-les-Brayeux.

La seigneurie foncière de Bonne-Espérance désigne l’ensemble des droits, terres et rentes que l’abbaye de Bonne-Espérance constitua à Anderlues du XIIe au XVIIIe siècle. L’implantation locale résulte en partie de la faiblesse financière de l’abbaye de Lobbes et des donations initiales liées à la fondation des Prémontrés au début du XIIe siècle. L’abbaye reçut dès 1177 des autels et des biens ecclésiastiques dans l’archidiaconé de Hainaut et multiplia ensuite acquisitions et donations de dîmes, prairies, jardins, granges et maisons. Ces revenus comprenaient des dîmes importantes et de nombreuses rentes et cens achetés ou reçus en dotation entre le XIIIe et le XVIe siècle[74].

Les dîmes firent l’objet de fréquentes contestations entre institutions religieuses et seigneurs locaux. Les litiges étaient souvent tranchés par le seigneur de Fontaine ou par des sentences judiciaires, comme en 1597 pour l’annulation d’une vente préjudiciable au monastère. La politique foncière de l’abbaye se traduisit par une accumulation continue de terres et de droits. Les acquisitions, parfois mal négociées, entraînèrent des procès et des annulations, mais elles augmentèrent sensiblement le temporel de Bonne-Espérance à Anderlues. En raison de la distance et de l’état des voies, l’abbaye confia l’exploitation de ses terres à des fermiers. Le bail et la mise en fermage devinrent le mode de gestion dominant jusqu’à la Révolution, assurant des revenus réguliers au monastère. Les comptes de la fin de l’Ancien Régime montrent l’importance des recettes foncières. Au XVIIIe siècle, les fermages de grandes censes produisaient des sommes substantielles en argent et en grains, témoignant de la valeur économique de la seigneurie anderlusienne[75].

Seigneuries et droits seigneuriaux

Les seigneurs laïques et ecclésiastiques exerçaient, du Moyen Âge à l’Ancien Régime, un ensemble de prérogatives seigneuriales qui frappaient tant la personne que les biens des habitants. Ces droits, appliqués localement (ex. Anderlues, Gognies, Hainechuelle), comprenaient des prélèvements fiscaux, des obligations personnelles et des juridictions propres[76].

Justice seigneuriale

La justice seigneuriale se déclinait en basse, moyenne et haute justice, permettant au seigneur de juger des litiges civils, de la police locale et des crimes punissables, parfois de la peine capitale. Les revenus provenaient des amendes, des droits de scel et des confiscations ; les peines entraînaient souvent des dommages et intérêts au profit du seigneur[77].

Tailles et aides

Les tailles comprenaient des prélèvements réels (sur la terre) et personnels (sur les individus), ainsi que des tailles serviles spécifiques pour les serfs. Des aides exceptionnelles pouvaient être levées pour des événements particuliers (rançon, adoubement, mariage)[78].

Droits casuels et ressources

Les seigneurs percevaient des droits divers : aubaine et bâtardise (successions des non‑bourgeois), droits de carrière sur l’extraction du sous‑sol, et droit d’épave sur objets ou bêtes trouvés. Ces prélèvements complétaient les revenus seigneuriaux tirés du domaine[79].

Mainmorte et droit d’issue

La mainmorte liait la succession des serfs au seigneur, limitant leurs héritiers et permettant la perception d’un « meilleur catel » ou d’une somme compensatoire. Le droit d’issue autorisait le prélèvement sur les natifs d’une communauté même s’ils s’établissaient ailleurs[80].

Cens, rentes et autres prélèvements

Le cens (redevance foncière) et la rente (paiement en nature pour courtils) étaient des redevances régulières. S’ajoutaient des taxes spécifiques comme le dixième denier sur les transactions immobilières, les douzain/sizain annuels et le droit de bourgeoisie exigé pour l’agrément en qualité de bourgeois[81].

Droit de mariage (maritagium)

Le maritagium était une redevance due au seigneur par tout habitant souhaitant se marier, quelle que soit sa condition sociale. Héritier d’une coutume mérovingienne interdisant autrefois le mariage hors de la seigneurie, ce droit subsista sous la forme d’un congiet (autorisation seigneuriale), obtenu contre un paiement fixe, souvent un muid d’avoine[82].

Droit de poursoin

Le poursoin était une contribution destinée à couvrir les frais liés au séjour du seigneur lors des plaids généraux. Avec le temps, il devint une taxe annuelle perçue même en l’absence du seigneur. À Anderlues, il consistait en dix-neuf deniers et un poulet par foyer. À Ansuelle-Gognies, il pouvait être payé en nature ou en argent et concernait un nombre limité de maisons[83].

Afforage et cambage

L’afforage frappait la vente au détail des boissons (bière, cervoise, vin). À Anderlues, il prélevait trois pots par tonneau de vin et un pot par brassin de bière, dont deux tiers revenaient au seigneur. Les bières étrangères furent soumises à un double afforage dès 1502. Le cambage taxait la production de bière dans les brasseries. À Gognies, afforage et cambage étaient partagés entre le comte de Hainaut, le chapitre de Sainte-Waudru et le seigneur local[84].

Hallage, tonlieux et contrôle des mesures

Le hallage était un monopole seigneurial portant sur l’exposition et la vente des marchandises dans les halles, foires et marchés. Les tonlieux désignaient divers impôts sur la circulation ou l’entreposage des biens (dont les vinages pour les vins). Le contrôle obligatoire des poids et mesures constituait également une source importante de revenus seigneuriaux[85].

Terrage et dîme

Le terrage prélevait une part des récoltes (froment, seigle, avoine) sur les terres tenues en héritage. La dîme, impôt ecclésiastique correspondant initialement au dixième des produits agricoles, se divisait en grosse dîme (grandes cultures), menue dîme (foin, fruits, volailles, etc.) et dîme des novales (terres nouvellement cultivées). Si elle revenait en principe au curé, la grosse dîme d’Anderlues était en grande partie perçue par l’abbaye de Bonne-Espérance, ce qui donna lieu à de nombreux conflits avec d’autres institutions religieuses[86].

Corvées

Dans la seigneurie d’Anderlues, les habitants possédant chevaux et charrettes devaient au seigneur deux corvées annuelles de transport, dites corvées de harnois. Ceux dépourvus d’attelage fournissaient seize corvées de bras (fourcq en prets), consistant en travaux agricoles ou forestiers. Ces prestations, gratuites et obligatoires, étaient sanctionnées en cas de refus. Les corvées apparaissent régulièrement dans les descriptions féodales des XIVe XVIe siècles. Dans certains domaines du comte de Hainaut, elles pouvaient être rachetées en argent selon un tarif annuel[87].

Banalités

Les habitants étaient tenus d’utiliser les installations seigneuriales : moulins banaux (Lalue, La Haie), fours banaux et brasseries (cambes). Ces monopoles donnaient lieu à des redevances en nature ou en argent. Toute infraction par exemple moudre son grain hors du moulin banal entraînait des amendes lourdes, parfois la confiscation du produit[88].

Condition des serfs

Aux Xe XIe siècles, les serfs formaient la majorité de la population rurale. Non libres, attachés à la glèbe et considérés comme partie du patrimoine foncier, ils pouvaient être vendus ou partagés avec la terre. Ils étaient soumis à la mainmorte, à la taille, aux corvées et à diverses obligations. La condition servile était héréditaire par la mère. Certains serfs furent affranchis pour motifs religieux ou économiques, obtenant alors la liberté de mouvement et l’exemption des charges serviles. L’affranchissement s’accompagnait souvent d’un assainteurement, plaçant l’ancien serf sous la protection d’une église moyennant redevances symboliques.[89]

Ost et chevauchée

Les vassaux devaient un service militaire au seigneur ou au prince. Ce service fut progressivement converti en paiement monétaire. Des contestations apparurent parfois, notamment lorsque des tenanciers revendiquaient relever d’une autre autorité seigneuriale ou ecclésiastique[90].

Droits d’usage des Anderlusiens dans les bois seigneuriaux

Du Moyen Âge au XIXe siècle, ces droits d’usage constituèrent des ressources essentielles pour les communautés rurales d’Anderlues, d’Ansuelle et de Gognies. Leur disparition progressive au XIXe siècle accompagna la privatisation des espaces forestiers et la transformation des économies villageoises.

Grand bois de Fontaine

Le grand bois de Fontaine, ancien « bois de Binche », couvrait près de 400 bonniers sur le territoire de Mont‑Sainte‑Geneviève. Donné en fief en 1262 au seigneur de Fontaine, il resta néanmoins soumis à la juridiction des comtes de Hainaut. Les seigneurs de Fontaine y détenaient la propriété, mais la comtesse de Hainaut conserva longtemps un droit de glandée, finalement cédé en 1681. Les habitants d’Anderlues obtinrent pour la première fois des droits de pacage et de glandée dans ce bois en 1429, en contrepartie de la vente du Grand Vivier. Ces droits représentaient un apport économique majeur pour la communauté. D’autres villages notamment Ansuelle, Gognies et les manants du domaine de Binche y exerçaient depuis longtemps des usages similaires, confirmés par Charles Quint en 1532. Malgré son statut de fief, le bois demeurait sous la justice de Binche, comme l’illustre une enquête criminelle menée en 1721 après un homicide commis dans le bois[91].

Bois de Bourgogne

Situé à Leval‑Trahegnies, le bois de Bourgogne couvrait 26 hectares avant son défrichement en 1848. Intégré au domaine de Binche sous l’Ancien Régime, il offrait aux habitants d’Ansuelle et de Gognies des droits d’usage étendus : pâturage, herbage, cueillette, coupe de végétaux, ramassage du bois mort. Ces droits furent exercés sans interruption jusqu’à l’acquisition du bois par deux négociants binchois en 1845. Ceux‑ci obtinrent en 1847 de la commune d’Anderlues le rachat des usages pour 4 500 francs, ouvrant la voie au défrichement[92].

Bois des Étroits

Le bois des Étroits, d’une superficie de 24 hectares, appartenait également au domaine de Binche avant la Révolution. Les manants d’Ansuelle y détenaient des droits limités au pâturage et à la prise de l’herbe à la main, moyennant une rente annuelle en avoine. Devenu propriété du baron de Molembaix, le bois fit l’objet de longues négociations visant à supprimer ces servitudes. Le rachat des droits d’usage fut finalement approuvé par la commune d’Anderlues le , pour 2 000 francs[93].

Temps modernes

Les guerres et dévastations dans la Prévôté de Binche (XVe XVIIe siècles)

Du XVe au XVIIe siècle, les villages d’Anderlues, Ansuelle et Gognies, intégrés à la prévôté de Binche, furent gravement affectés par les conflits qui ravagèrent les Pays-Bas bourguignons puis espagnols. Leur proximité immédiate de la place forte de Binche et leur position frontalière en firent des zones de passage et d’opérations militaires répétées, entraînant destructions, pillages, incendies et lourdes impositions. Les guerres opposant les ducs de Bourgogne à la France au XVe siècle, les conflits franco‑espagnols et les guerres de religion au XVIe siècle, puis la guerre de Trente Ans au XVIIe siècle, provoquèrent des dévastations récurrentes. Les villages furent notamment saccagés en 1477 par les troupes de Louis XI, puis en 1489 par les Nivellois alliés au roi de France. En 1543, lors du siège de Binche, les armées de François 1er infligèrent de nouveaux ravages, poussant de nombreuses familles à se réfugier dans les bois[94].

Le , le bombardement de Binche par les forces d’Henri II de France et l’incendie du château de Marie de Hongrie à Mariemont marquèrent un nouvel épisode de destruction dans la région. La situation des populations fut telle que l’administration du domaine accorda exceptionnellement des allégements fiscaux. Les comptes rendus à la Chambre des Comptes en 1558 témoignent de l’ampleur des pertes subies par les communautés de la prévôté[95].

Les ravages militaires à Binche au XVIe siècle

Au XVIe siècle, les communautés rurales de la région de Binche furent lourdement affectées par les conflits opposant successivement les armées espagnoles, françaises et orangistes. Malgré certaines exemptions fiscales accordées par le souverain, les villages durent multiplier les tailles pour financer les opérations militaires, notamment lors de l’arrivée du duc d’Albe en 1567[96].

Les années 1567‑1571 furent marquées par des passages répétés de troupes qui ravagèrent Anderlues, Carnières, Mont‑Sainte‑Aldegonde, Ansuelle et Gognies. Les comptes du domaine de Binche témoignent de pertes agricoles considérables, dues à la fois aux intempéries, aux réquisitions, aux logements forcés de soldats et aux affrontements entre les armées de Guillaume d’Orange et celles du roi. La reprise des hostilités en 1595 entraîna de nouvelles destructions, touchant notamment la cense de Bourgogne à Ansuelle, décrite comme entièrement ruinée par les cantonnements militaires. Outre les troupes régulières, des bandes de soldats mutinés ou déserteurs aggravèrent l’insécurité. Retranchés dans les bois d’Anderlues, ils rançonnaient les habitants et pillaient les fermes. Leur présence ne disparut qu’au XVIIIe siècle, sous l’administration autrichienne, après la promulgation d’édits autorisant leur poursuite armée[97].

Réfugiés anderlusiens au XVIIe siècle

L'église Saint-Christophe de Fontaine-l'Évêque, où les Anderlusiens s'étaient réfugiés.

Au XVIIe siècle, le Hainaut fut durablement affecté par les conflits opposant la France de Louis XIV à l’Espagne et aux puissances européennes coalisées. Les États du Hainaut signalèrent alors des destructions généralisées, des réquisitions massives et l’abandon de nombreux villages. Face à l’insécurité, les habitants d’Anderlues se réfugiaient fréquemment dans les bois voisins ou à Fontaine‑l’Évêque, terre franche de leur seigneurie, où l’église Saint‑Christophe offrait un abri. Plusieurs baptêmes d’enfants anderlusiens nés sur place y furent enregistrés, notamment en 1640 lors des opérations du duc de Lorraine. Les lacunes observées dans les registres paroissiaux d’Anderlues en 1643‑1644 témoignent également de l’évacuation de la population[98].

En 1645, un acte mentionne même la naissance d’une enfant « dans un bois » en raison des mouvements de troupes. Les décennies suivantes furent marquées par de nouvelles charges imposées aux communautés locales. Durant la guerre de Hollande (1672), la prévôté de Binche fut lourdement taxée par la monarchie espagnole. En 1689, une ordonnance française imposa la livraison de bétail aux troupes du duc d’Humières, Anderlues devant fournir vingt vaches. En 1690, une nouvelle contribution financière fut exigée par l’intendant Voisin. Une tradition locale attribue au même siècle le démantèlement du château des Loges et de l’église d’Anderlues par les troupes françaises, mais aucune source certaine ne permet de confirmer cet épisode[99].

Conflits territoriaux autour de Fontaine-l’Évêque

Au XVIIe siècle, la seigneurie de Fontaine-l’Évêque et d’Anderlues se caractérisait par une situation juridique singulière : la ville de Fontaine-l’Évêque, enclavée entre le Hainaut et la principauté de Liège, ne relevait d’aucun de ces deux États, tandis qu’Anderlues et Lalue appartenaient au Hainaut. Cette position de « terre franche », exemptée d’impôts et non représentée aux États, suscita durablement les ambitions concurrentes des comtes de Hainaut et des princes-évêques de Liège. Les tensions territoriales entre les deux puissances sont attestées dès 1353, lors d’un conflit opposant Englebert de La Marck, prince-évêque de Liège, à Marguerite de Bavière, comtesse de Hainaut, chacun revendiquant des portions de la ville et de ses fortifications. Les arguments portaient notamment sur les limites paroissiales, les obligations militaires et l’usage du droit liégeois[100]. Ces rivalités récurrentes furent régulièrement ravivées par les interventions des seigneurs locaux et par les sympathies proliégeoises d’une partie de la population. En 1620, un différend entre Gabriel de Herzelles, seigneur de Fontaine, et un habitant d’Anderlues prit une ampleur exceptionnelle et faillit provoquer un nouvel affrontement entre les deux principautés. La situation ne fut définitivement clarifiée qu’en 1780, lorsque la principauté de Liège renonça formellement à ses prétentions sur Fontaine-l’Évêque[100].

L’affaire de Villers et les abus de pouvoir au XVIIe siècle

L’« affaire de Villers » met en lumière les abus de pouvoir commis au début du XVIIe siècle par Gabriel de Herzelles, l’un des barons de Fontaine et seigneur d’Anderlues et de l’Allué. Connu pour ses violences, ses extorsions et son mépris des autorités souveraines, Herzelles s’illustra notamment par des sévices infligés à plusieurs habitants, dont Jean de Villers. Après avoir été battu à deux reprises par son seigneur, Jean de Villers se réfugia à Mons, où il porta plainte auprès du gouvernement des archiducs Albert et Isabelle. Outre les violences personnelles subies, il dénonça divers actes répréhensibles attribués à Herzelles et à son bailli : entrave aux édits monétaires, braconnage dans les domaines princiers, opposition armée aux officiers de Binche et violations répétées des placards souverains. Cette plainte, qui dépassait largement le cadre d’un conflit individuel, prit rapidement une dimension politique. Elle offrait au Hainaut un prétexte pour relancer le contentieux de juridiction avec la principauté de Liège et pour envisager une intervention dans la terre franche de Fontaine-l’Évêque. La démarche de Jean de Villers, risquée dans un contexte où défier un seigneur haut justicier équivalait souvent à une condamnation certaine, laisse supposer qu’il bénéficiait de protections ou de soutiens politiques[101].

En juin 1620, le gouvernement des archiducs porta devant la Cour de Mons l’affaire dite « de Vilers », entraînant l’ouverture d’une enquête et l’envoi de commissaires à Fontaine‑l’Évêque. La population locale, traditionnellement favorable à Liège et influencée par le seigneur Gabriel de Herzelles, s’opposa vivement à cette intervention hainuyère. Des émeutes éclatèrent dans la ville, mettant en danger les commissaires. Face à la dégradation de la situation, les archiducs dépêchèrent un détachement militaire afin d’assurer la protection de la commission et de rétablir l’ordre. Le prince‑évêque de Liège, Ferdinand de Bavière, n’intervint pas, étant confronté à des troubles internes dans sa principauté. Cette absence de réaction facilita l’action des archiducs, bien que l’affaire de Vilers reposât sur un prétexte contesté du point de vue hainuyer[102].

L’évolution de l’affaire opposant Jean de Vilers au baron Gabriel de Herzelles se poursuivit durant plusieurs années, indépendamment du sort personnel du plaignant, alors établi à Mons dans l’attente d’une décision judiciaire et de l’exécution des engagements pris envers lui. En 1623, une première sentence fut finalement prononcée. Elle condamna Gabriel de Herzelles à une amende de trois mille florins, non pour les violences exercées à l’encontre de son sujet d’Anderlues, mais pour avoir procédé à une évaluation arbitraire du taux des monnaies. L’existence d’autres condamnations éventuelles demeure inconnue, tout comme le devenir de Jean de Vilers, dont les sources cessent de mentionner le nom après cette période. Il est possible sans certitude qu’il se soit établi durablement à Mons, cherchant à s’éloigner des exactions attribuées à son seigneur. Gabriel de Herzelles mourut le . Conformément à l’usage, il fut inhumé dans l’église Saint‑Christophe de Fontaine‑l’Évêque, où il avait fait ériger quelque temps auparavant un autel dédié à saint Hubert, en signe de rémission de ses fautes. Les témoignages contemporains laissent supposer que sa disparition ne suscita qu’un écho limité parmi les populations de Fontaine‑l’Évêque, d’Anderlues et de l’Allué, localités où son autorité avait longtemps été associée à un climat de crainte et de coercition[103].

Les épidémies de pestes dans le Hainaut et à Anderlues

Les grandes épidémies, en particulier les vagues de peste, ont profondément marqué l’histoire du Hainaut. Entre le XIVe et le XVIIe siècle, la « mort noire » frappa le comté à plus de vingt reprises, provoquant des pertes démographiques considérables. Les chroniques et les comptes de mortes‑mains témoignent de l’ampleur des mortalités, malgré certaines exagérations dues à l’effroi des contemporains. La pandémie de 1348‑1352 atteignit la région durant l’été 1349 et entraîna d’importantes ponctions humaines. D’autres épisodes furent tout aussi destructeurs : la peste bubonique de 1398 aurait éliminé près de la moitié de la population de Binche et ravagé les villages voisins ; en 1578, Fontaine‑l’Évêque et les localités environnantes, dont Anderlues, furent à leur tour sévèrement touchées. La vulnérabilité des populations médiévales affaiblies par les famines, les guerres, des conditions de vie précaires et l’absence de traitements efficaces favorisa la propagation du fléau. L’ignorance des causes de la maladie alimenta pratiques religieuses, processions expiatoires, flagellations publiques et persécutions antijuives, souvent instrumentalisées par certains princes[104].

Faute de registres antérieurs à 1618, l’impact précis des épidémies sur Anderlues reste difficile à établir. Toutefois, la proximité de foyers récurrents comme Binche et Fontaine‑l’Évêque laisse supposer de lourdes pertes. Les données relevées par le professeur Arnould confirment un déclin marqué : à Anderlues, les 95 feux recensés en 1365 tombent à 65 en 1406 puis à 40 en 1424 ; des diminutions similaires sont observées à Haynechœlles et Gognies. Si les guerres ont également contribué à cette régression démographique, la peste en demeure l’un des principaux facteurs[105].

Au tournant du XVIIe siècle, la peste, devenue endémique depuis la fin du XVIe siècle, demeurait une menace constante. Dans nos régions, trois épidémies majeures marquèrent le début du siècle, dont celle de 1634‑1636, particulièrement meurtrière. À Anderlues, l’été 1636, aggravé par les opérations militaires du général Piccolomini et une chaleur exceptionnelle, constitua le point culminant du fléau. Les registres paroissiaux de Saint‑Médard, seules sources disponibles, décrivent un bourg paralysé : rues désertes en pleine moisson, habitants confinés, maisons signalées par des croix et de la paille, cloches réduites au silence, et une fosse commune creusée derrière l’église. Les autorités interdirent offices et processions ; les sacrements furent réduits au strict minimum, au point que certains baptêmes, comme celui de Jeanne Cayphas le , furent administrés dans le cimetière. Le récit s’interrompt brusquement, l’auteur ayant lui‑même succombé à la peste. On apprend toutefois, en 1638, que les parents de Jeanne survécurent, probablement grâce à leur robustesse plutôt qu’aux traitements rudimentaires alors en usage[106].

Maladreries à Anderlues et Gognies au Moyen Âge et aux Temps modernes

La présence de lépreux étant attestée dans tout le Hainaut médiéval et moderne, l’existence d’une maladrerie à Anderlues a souvent été envisagée. Faute de sources, aucune confirmation n’est possible, bien qu’un toponyme local, L’Hospitau, puisse suggérer l’ancien emplacement d’un établissement d’accueil ou d’un hospice reconverti. En revanche, une ladrerie est clairement mentionnée à Gognies dans le cartulaire terrier du chapitre de Sainte‑Waudru (vers 1400‑1410), décrite comme « la maladrie qui fut aux pauvres des trois villes à Goesnies ». Cette indication laisse penser que l’institution desservait les communautés d’Anderlues, d’Ansuelle et de Gognies. Rédigé au cœur d’une période marquée par une violente épidémie de peste, le document suggère que cette maladrerie avait pu être créée pour accueillir les pestiférés des trois villages partageant alors le territoire anderlusien[107].

Époque contemporaine

Réunion du Hainaut à la France en 1793

Au lendemain de la victoire de Jemmapes (), le général Dumouriez invita les localités du Hainaut à remplacer les autorités d’Ancien Régime par des administrateurs provisoires élus, ce qui permit aux habitants d’Anderlues de choisir pour la première fois leurs représentants. En application du décret du , les communes furent convoquées en assemblées primaires afin de se prononcer sur la forme de gouvernement. Sous l’impulsion des commissaires de la Convention et de militants locaux favorables à la France, les assemblées hennuyères votèrent presque unanimement la réunion du Hainaut à la République française. Les villages furent regroupés en cantons pour faciliter l’organisation du vote : Anderlues fut appelé à se prononcer le à Fontaine‑l’Évêque, tandis qu’Ansuelle‑Gognies votait la veille à Binche. L’abstention importante à Anderlues due à la lassitude politique, à la nostalgie de l’Ancien Régime ou au désir d’indépendance laissa le champ libre aux partisans de la réunion, qui proclamèrent l’adhésion du village par acclamation. Le , la Convention ratifia la décision et fit du Hainaut le département de Jemmapes, refusant l’appellation « département de la Haine » jugée contraire à l’esprit fraternel de la Révolution. Le nouveau département fut organisé dès le 20 mars en trois districts : Mons, Binche et Ath. Le district de Binche comptait dix cantons, dont celui de Fontaine‑l’Évêque, où fut intégrée Anderlues[108].

Réorganisation administrative en Belgique après 1794

Après la défaite française de Neerwinden (), les Autrichiens rétablirent l’Ancien Régime et supprimèrent les autorités républicaines. La situation fut renversée dès la victoire française de Fleurus (), qui assura durablement l’intégration de la Belgique à la République. Dans le département de Jemmapes, les autorités françaises réorganisèrent rapidement l’administration afin d’effacer les structures de l’ancienne magistrature. Le commissaire civil Jasmin Lamotze appela, par un arrêté du 21 vendémiaire an III (), à renouveler les municipalités encore issues de l’Ancien Régime, jugées hostiles à la Révolution et compromises dans les réquisitions[109].

Les autres provinces belges furent officiellement réunies à la France par le décret du 9 vendémiaire an IV (). Dès la fin de l’année, la nouvelle organisation administrative prévue par la Constitution de l’an III entra en vigueur : les communes de plus de 5 000 habitants reçurent une municipalité propre, tandis que les plus petites furent regroupées en administrations cantonales, chacune représentée par un agent municipal et son adjoint. Un commissaire du Directoire était attaché à chaque municipalité pour en surveiller l’action et assurer l’exécution des lois. Le village d’Anderlues, qui avait absorbé la communauté d’Ansuelle‑Gognies et comptait 1 956 habitants, fut intégré à la municipalité cantonale de Fontaine‑l’Évêque, aux côtés de Bellecourt, Carnières, Forchies‑la‑Marche, Haine‑Saint‑Pierre, Landelies, Leval‑Trahegnies, Marchienne‑au‑Pont, Montigny‑le‑Tilleul, Mont‑Sainte‑Aldegonde, Mont‑sur‑Marchienne et Piéton[110].

Vente des Biens Nationaux à Anderlues

À Anderlues, la vente des biens nationaux toucha les possessions historiques de l’ordre de Malte, de l’abbaye de Bonne‑Espérance, du domaine impérial, ainsi que les biens de cure et de la paroisse. Plusieurs exploitations agricoles et un bois communal furent ainsi aliénés entre 1797 et 1798[111]:

  • Cense du Viernois. Ancienne propriété de l’ordre de Malte, située à Piéton en limite d’Anderlues, la cense comprenait bâtiments d’exploitation et 113 bonniers de terres et prairies. Affermée à Jean‑Joseph Demeuldre, elle fut mise en vente le pour 75 000 livres, sans enchère. Lors de l’adjudication, les offres montèrent jusqu’à 200 000 livres, somme à laquelle elle fut attribuée au citoyen Charles Ghillenghien, membre de l’administration départementale de Mons ;
  • Cense de la Clef. Propriété de l’abbaye de Bonne‑Espérance, affermée à Pierre‑Joseph Durbecq, la ferme comptait 85 bonniers et était estimée à 70 000 livres. Mise à prix à 52 500 livres le , elle ne trouva acquéreur qu’après huit feux lors de la séance d’adjudication définitive ;
  • Biens de cure et bénéfice Saint‑Jean. Confisqués après le décret du 5 brumaire an VI, ces biens formaient un lot comprenant le presbytère, ses dépendances et environ 26 bonniers de terres. Estimé à 22 000 francs, l’ensemble suscita une forte surenchère : lors de l’adjudication, les offres atteignirent 356 000 francs, montant auquel le citoyen Fontaine‑Fonson de Mons devint acquéreur. Il revendit ensuite le presbytère à Auguste Maghe, qui le céda à la commune en 1823 ;
  • Cense de Bourgogne. Située à Ansuelle et rattachée au domaine impérial, la cense comprenait un vaste ensemble de bâtiments et 102 bonniers de terres. Mise à prix à 57 300 francs, elle fut adjugée le pour 231 000 francs au citoyen François‑Xavier Rousseau, agissant pour la veuve Ferdinande Raymond de Namur ;
  • Bois de la Haye. Ce bois de 12,68 hectares, provenant du domaine impérial et cédé à la Caisse d’amortissement en 1808, fut estimé à 12 680 francs. Il fut finalement acquis pour 20 100 francs par le négociant montois Joseph Beghin.

Réorganisation administrative sous Napoléon

Après le coup d’État du 18 brumaire an VIII (), Napoléon Bonaparte, devenu Premier consul, engage une profonde réorganisation administrative fondée sur un centralisme renforcé. La Constitution de l’an VIII supprime les élections locales instaurées sous le Directoire et confie désormais au chef de l’État la nomination de l’ensemble des autorités administratives. La loi du 28 pluviôse an VIII () institue une nouvelle structure territoriale : chaque département est dirigé par un préfet, assisté d’un conseil de préfecture et d’un conseil général composé de notables acquis au régime. Les arrondissements sont confiés à des sous‑préfets, eux aussi entourés d’un conseil d’arrondissement. Les administrations municipales de canton sont supprimées ; toutes les communes reçoivent un maire, un adjoint et un conseil municipal, nommés par le gouvernement dans les localités de plus de 5 000 habitants et par le préfet dans les autres[112].

À Anderlues, la transition est progressive. Dans l’attente des nominations définitives, le préfet confie provisoirement la mairie à Léopold‑Alexis Tison, ancien agent municipal, apprécié pour ses compétences. Celui‑ci se désiste toutefois lorsque les nominations officielles tombent : le baron Auguste Deleuze devient maire et Pierre‑Joseph Durbecq est nommé adjoint. Cette désignation marque l’entrée d’un membre de l’ancienne noblesse dans la vie administrative locale, rendue possible par la loi du 4 nivôse an VIII (), qui réadmet les nobles et parents d’émigrés dans les fonctions publiques. Le sous‑préfet Troye adresse aux nouveaux édiles une circulaire définissant leur rôle : une magistrature locale simple et paternelle, en relation directe avec le sous‑préfet, et exercée dans l’esprit de confiance attendu par le gouvernement consulaire[113].

Résumé de l'Occupation Alliée en 1814

À la fin de 1813, la situation politique et militaire de Napoléon était gravement compromise. L’Empire avait perdu l’Espagne, l’Italie et la Hollande, tandis que Murat, pour conserver le royaume de Naples, négociait avec l’Autriche. Le pape Pie VII, renvoyé à Rome, avait recouvré ses États. L’échec des pourparlers de paix entraîna l’Autriche à rejoindre la coalition formée par la Prusse, la Russie et le Royaume‑Uni. La campagne d’Allemagne de 1813 se solda par un désastre, ouvrant la voie à l’invasion de la France et de la Belgique au début de 1814. Le , le duc de Saxe‑Weimar et le général prussien von Bülow publièrent à Bruxelles une déclaration aux habitants de la Belgique, annonçant une occupation présentée comme libératrice. Celle‑ci se révéla rapidement marquée par des réquisitions, des violences et des pillages, suscitant un profond désenchantement parmi les populations, y compris celles hostiles à la domination française[114].

Dans le département de Jemmapes, plus des quatre cinquièmes des voitures avaient été réquisitionnés au printemps 1814. Située sur la route de Binche à Charleroi, Anderlues, déjà éprouvée par la retraite française, subit de lourds abus de la part des troupes russes, prussiennes et saxonnes : réquisitions massives, violences, cantonnements onéreux et indiscipline chronique. Les Cosaques et Baskirs laissèrent un souvenir particulièrement pénible dans la région. Les autorités communales durent supporter le coût du logement des troupes : en mars 1814, l’hébergement de 1 700 cavaliers russes à Anderlues nécessita l’octroi exceptionnel de 1 000 francs sur les fonds communaux. Les conditions imposées aux habitants témoignent d’une occupation lourde, où les soldats alliés vivaient nettement mieux que les populations locales qu’ils mettaient à contribution[115].

Réunion de la Belgique et des Pays-Bas en 1814-1815

À partir de février 1814, il devint évident pour les élites belges que l’Autriche renonçait définitivement à ses anciennes possessions des Pays-Bas méridionaux et que celles‑ci seraient intégrées dans un ensemble politique plus vaste, aux côtés des Provinces‑Unies. Cette perspective suscita une vive opposition dans le pays. L’Angleterre soutenait activement la création d’un État néerlandais élargi, motivée par des considérations stratégiques : il s’agissait à la fois de constituer un rempart contre une éventuelle résurgence française et de contenir l’expansion prussienne. En contrepartie, Londres conservait les anciennes colonies hollandaises, notamment la colonie du Cap, acquises durant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes[116].

Le traité de Paris du confirma la souveraineté de la maison d’Orange sur la Hollande et prévoyait un accroissement territorial destiné à assurer la solidité du nouvel État. Le texte attribuait « à perpétuité » aux Pays‑Bas les territoires situés entre la mer du Nord, la frontière française et la rive gauche de la Meuse, tandis que le sort des régions de la rive droite, revendiquées par la Prusse, était renvoyé à une décision ultérieure. La conférence de Londres du précisa ces dispositions dans un protocole secret définissant les conditions de la réunion des anciens Pays‑Bas autrichiens et de la principauté de Liège avec les Provinces‑Unies. L’objectif était la formation d’un État unitaire, régi par la Constitution néerlandaise (Grondwet), adaptée d’un commun accord aux nouvelles circonstances. En attendant les décisions définitives du Congrès de Vienne, Guillaume d’Orange reçut le gouvernement provisoire de la Belgique au nom des puissances alliées. Installé à Bruxelles le , il publia une proclamation destinée à rassurer la population belge, en insistant sur les avantages supposés de la future union et sur sa volonté de gouverner dans l’intérêt du pays. Conscient de la méfiance d’une population majoritairement catholique envers un prince calviniste, Guillaume adopta plusieurs mesures conciliantes : rétablissement du repos dominical et des fêtes religieuses, réintroduction de l’invocation de Dieu dans les serments judiciaires, augmentation du traitement du clergé et caractère facultatif de l’usage du néerlandais. Ces décisions contribuèrent à améliorer sensiblement son image[117].

Le Congrès de Vienne, ouvert officiellement le , réunit les principales puissances européennes dans un contexte mondain marqué par de nombreuses festivités. Les représentants belges, non invités aux négociations, ne purent empêcher la cession à la Prusse des territoires d’Eupen, de Malmedy et d’une partie du Luxembourg. Paradoxalement, la France, représentée par Talleyrand, participa activement à ces tractations. L’union des Pays‑Bas septentrionaux et méridionaux fut arrêtée le , sous une forme encore provisoire, en attendant l’acte final du Congrès, signé le . La situation fut bouleversée par le retour de Napoléon, évadé de l’île d’Elbe et débarqué en France le . Profitant du désarroi général, Guillaume d’Orange proclama unilatéralement, le 16 mars, son accession au titre de roi des Pays‑Bas et de grand‑duc de Luxembourg, imposant ainsi le fait accompli aux puissances européennes. Une nouvelle proclamation fut adressée aux Belges le même jour. À Anderlues, l’événement fut accueilli favorablement, dans un contexte marqué par le souvenir encore vif de la domination française et par l’inquiétude suscitée par le retour de Napoléon. Le procès‑verbal du conseil municipal du témoigne de la publication solennelle de la proclamation royale, conformément aux instructions de l’intendant du département de Jemappes[118].

Évolution de l'administration communale d'Anderlues après 1815

Après la chute de Napoléon en 1814‑1815, les autorités locales furent provisoirement maintenues par le gouvernement général des Hautes Puissances. À Anderlues, le baron De Leuze et Philippe‑Joseph Sadin furent confirmés comme maire et maire‑adjoint, de même que les membres du conseil municipal alors en fonction. Ils durent gérer les difficultés liées à la présence de troupes d’occupation stationnées dans la commune. À la suite du Congrès de Vienne, la Belgique fut intégrée au Royaume uni des Pays‑Bas. Le système administratif centralisé instauré sous l’Empire fut conservé, et la nomination des mayeurs demeura une prérogative royale. Le , le roi Guillaume 1er confirma le baron De Leuze dans ses fonctions[119].

Le , les États‑Députés du Hainaut désignèrent les nouveaux conseillers communaux parmi les « individus les plus propres » à exercer cette charge : Sadin, Huwart, Monnoyer, Hachez et Marchand, rejoints par Houssier, Lebrun et Plaisant. Les conseillers prêtèrent serment le 19 décembre. Sadin et Huwart furent ensuite présentés comme échevins et nommés le . En mars 1819, Sadin fut également nommé secrétaire communal, fonction cumulée avec celle de premier échevin. La charge de receveur communal fut confiée à Pierre‑Joseph Houssier, remplacé au conseil par Pierre‑Philippe Copin ; Jean‑Philippe Campion succéda quant à lui à Jean‑Joseph Marchand, décédé. Le mandat des conseillers était de six ans, avec un renouvellement par tiers tous les deux ans, déterminé par tirage au sort. Les reconductions successives de Sadin, Campion et Copin lors des renouvellements de 1823‑1824 illustrent ce fonctionnement. Ce système institutionnel présentait plusieurs caractéristiques : un renouvellement partiel du conseil, les membres étant rééligibles ; l’absence d’élection populaire directe ; la cooptation interne des candidats ; la nomination finale par les États‑Députés, renforçant le centralisme du régime. À partir de 1824, les mayeurs prirent officiellement le titre de bourgmestres et les échevins celui d’assesseurs ; le sceau communal adopta la mention néerlandaise Plaatselijk bestuur van Anderlues – Henegouwen[120].

Crise économique à Anderlues après 1815

À la suite de la bataille de Waterloo () et de la séparation d’avec la France, la Belgique fut frappée par une crise économique profonde. La fermeture des débouchés industriels, notamment pour la clouterie activité principale à Anderlues entraîna la disparition de nombreuses forges et une forte augmentation du chômage et de la mendicité. En 1817, la situation fut aggravée par une disette provoquée par le pillage des réserves alimentaires et les réquisitions des troupes d’occupation. Dans plusieurs régions, les récoltes durent être coupées avant maturité. À Anderlues, le conseil communal et le bureau de Bienfaisance sollicitèrent l’autorisation de mettre en culture le « bois des Pauvres » afin de répondre aux besoins d’une population affamée. Les finances communales furent régulièrement mises à contribution pour l’achat de grains destinés aux indigents[121]. La flambée des prix le froment atteignant 24 francs le demi-hectolitre et les pommes de terre 20 francs le sac accentua encore le paupérisme. Face à l’afflux de mendiants, les autorités imposèrent des restrictions strictes à la mendicité et ordonnèrent l’expulsion des indigents étrangers. Malgré ce contexte, l’administration d’Anderlues tenta d’atténuer la crise en affermant à bas prix des terres communales jusque-là incultes. Cette politique fut critiquée par les États-Députés du Hainaut, qui jugeaient les loyers trop faibles. Le mayeur et les échevins défendirent leur décision en invoquant la faible qualité des terrains, la baisse générale des prix agricoles et la nécessité de ne pas aggraver la misère locale. Leur argumentation convainquit finalement les autorités provinciales[122].

Lutte contre le choléra à Anderlues au XIXe siècle

Le choléra, endémique en Inde depuis des siècles, se propagea en pandémie à partir de 1817 avec l’essor du commerce mondial. Entre 1832 et 1837, il toucha l’ensemble de l’Europe, atteignit l’Amérique du Nord et fit le tour du globe. Ses différentes vagues laissèrent des traces mesurables dans les registres d’état civil : à Anderlues, les décès passèrent ainsi de 49 en 1832 à 79 en 1834, puis de 78 en 1865 à 104 en 1867 lors d’une nouvelle poussée. La grande épidémie de 1848‑1849, particulièrement meurtrière en Belgique (25 000 victimes), frappa Binche dès juin 1849 mais semble avoir été moins sévère à Anderlues. Les autorités locales attribuèrent cette relative protection aux mesures préventives qu’elles avaient imposées et aux travaux d’assainissement réalisés dans les écoles et la voirie. Une commission de salubrité publique fut créée pour anticiper l’arrivée du fléau. Dirigée par le bourgmestre Louis Campion et composée du docteur Auguste Ponselet, du maître des postes Philippe Druart et du cultivateur André Seghin, elle mena une action énergique auprès des foyers les plus pauvres, particulièrement exposés. Ses membres visitèrent les habitations, diffusèrent des conseils d’hygiène et veillèrent à l’application stricte des prescriptions : badigeonnage à la chaux, renouvellement des paillasses, nettoyage des fosses d’aisance, évacuation des fumiers, interdiction des animaux dans les pièces d’habitation. Malgré un budget limité à 400 francs, la commission assista 144 familles en leur fournissant toile, calicot, paille et en faisant exécuter divers travaux d’aération et d’assainissement. Le rapport du 15 août 1849 témoigne de l’ampleur de la misère locale et du dévouement de ces responsables, confrontés à des conditions de vie particulièrement précaires dans les logements ouvriers[123].

Épidémie de variole à Anderlues en 1887

La maison communale au siècle dernier avant les transformations.

En 1887, une violente épidémie de variole toucha Anderlues et l’ensemble du bassin carolorégien, malgré l’usage répandu de la Varioline, un élixir préventif promu par le pharmacien Mahy. Les rapports détaillés du directeur des houillères, Ménétrier, permettent de suivre la progression du fléau dans les corons durant deux mois. Le foyer initial apparaît début février autour de la place Gouvion, causant rapidement plusieurs décès, surtout parmi les enfants. Face à l’extension de la contagion, Ménétrier transforme la cantine du charbonnage en infirmerie et y fait venir trois religieuses de Mons. Les cas se multiplient dans les différents hameaux Lalue, Gognies, Trieux puis dans toute la commune, tandis que d’autres localités voisines (Leval, Mont‑Sainte‑Aldegonde, Thuin, Lobbes, Forchies) sont à leur tour touchées. Les rapports de février et mars décrivent une situation dramatique : décès d’enfants, formes hémorragiques ou scrofuleuses, familles entières atteintes. La vaccination apparaît comme le seul rempart efficace, aucun vacciné n’étant frappé mortellement, ce qui conduit la direction à exiger un certificat pour les nouveaux locataires. Après une brève accalmie, une recrudescence survient fin mars, aggravée par le retour du froid. L’infirmerie reste saturée et les convalescents peinent à guérir. Ce n’est qu’à la fin du mois que les corons du charbonnage semblent enfin épargnés. Les religieuses procèdent alors à une désinfection complète des locaux. L’infirmerie ferme le 9 avril, marquant la fin d’un épisode particulièrement meurtrier. Cette crise met en lumière la faiblesse des moyens sanitaires communaux : fontaines et puits insuffisants, literies insalubres, puits contaminés dans certains hameaux comme Ansuelle. Malgré quelques initiatives (construction de puits, renouvellement des paillasses), l’hygiène publique reste déficiente, aggravée par la négligence d’une partie de la population[124].

Explosion de grisou à la fosse de l’Aulniat le

Le , une violente explosion de grisou survient au puits no 3 de l’Aulniat, appartenant à la Société houillère d’Anderlues. L’accident, signalé dès le lendemain par la presse carolorégienne, se produit vers 2 h du matin dans la voie Saint‑Auguste, à l’étage 370 m, où travaillent alors la majorité des 106 mineurs descendus au service du soir. L’explosion, suivie d’une colonne de flammes jaillissant du puits, détruit les installations du n° 3 et rend toute descente impossible. L’ingénieur Ménétrier organise immédiatement les secours en passant par le puits no 2, relié au même étage par une galerie. Les équipes de sauvetage progressent difficilement dans des galeries effondrées et envahies de gaz. Un premier survivant, François Godeau, 19 ans, est retrouvé grièvement blessé mais décède quelques heures plus tard. Au total, 23 ouvriers échappent à la catastrophe, notamment ceux travaillant dans une taille protégée par un courant d’aérage qui a empêché l’accumulation du grisou. Les mineurs des étages supérieurs, indemnes mais bloqués, sont retrouvés après plusieurs heures d’attente. Les opérations de secours permettent également de dégager plusieurs victimes, toutes décédées. Les corps sont transférés au puits no 2, où des locaux improvisés servent à l’identification et aux formalités. La catastrophe provoque une vive émotion dans la population, rassemblée en nombre autour de la fosse. Les témoignages des sauveteurs confirment rapidement qu’il n’y a plus d’espoir de retrouver d’autres survivants. Parmi les victimes figure notamment Auguste‑Philippe Guerlement, dont la disparition marque profondément sa famille et la communauté minière[125].

L’explosion survenue au charbonnage de l’Aulniat à Anderlues, le , provoqua une vive émotion dans tout le pays. Les causes exactes du coup de grisou demeurèrent indéterminées, malgré diverses hypothèses avancées, notamment l’inflammation du gaz au moment de l’allumage d’une mèche. Aucune version ne fut officiellement confirmée et l’enquête judiciaire se conclut par un non‑lieu, comme souvent dans les catastrophes minières du XIXe siècle. Ce drame, qui fit 49 victimes, s’inscrivait dans une série d’accidents meurtriers touchant les bassins du Hainaut, après ceux de Frameries en 1875 et 1879. La presse nationale relaya largement l’émotion publique et dénonça l’inaction parlementaire en matière de sécurité minière. À la Chambre, le député Paul Janson relança le débat sur la publication des rapports techniques relatifs aux accidents précédents et sur la révision du règlement minier. La catastrophe entraîna également un mouvement social : dès le 8 avril, les ouvriers des charbonnages des Français se mirent en grève pour réclamer la réduction d’une heure de travail au fond. L’Administration des Mines prit enfin certaines mesures, dont l’interdiction de la poudre au puits no 2 et la suppression du rallumage des lampes au fond, pourtant toléré jusque‑là. Sur le plan humanitaire, le bourgmestre Victor Ponselet organisa dès le 4 avril un comité de secours regroupant plusieurs communes touchées. Une vaste souscription publique permit de réunir 59 610,50 franc, dont une part importante provenant d’institutions et de personnalités, parmi lesquelles le roi Léopold II. Les aides furent réparties sur cinq ans, et les orphelins reçurent des versements sur livret d’épargne jusqu’à leur majorité[126].

Les événements de 1886 à Anderlues

En mars 1886, la Belgique est secouée par une vaste insurrection ouvrière née à Liège et rapidement propagée dans les bassins industriels du Hainaut. La crise économique qui frappe le pays depuis 1884 effondrement des prix agricoles, chômage massif, baisse des salaires nourrit un profond sentiment d’injustice au sein du prolétariat. La création du Parti Ouvrier Belge en 1885 et sa campagne pour le suffrage universel renforcent encore les tensions. La grève générale dégénère en violences, nécessitant une véritable opération militaire pour rétablir l’ordre. De nombreux militants socialistes et anarchistes sont arrêtés et lourdement condamnés, tandis que certains dirigeants, comme Alfred Defuisseaux, choisissent l’exil. À Anderlues, malgré la présence active du POB. et des Chevaliers du Travail, les troubles restent limités. Le bourgmestre Lambot décrète rapidement des mesures d’exception : interdiction des rassemblements, mobilisation de la milice citoyenne et appel à la troupe pour protéger les charbonnages. La commune se retrouve de fait en état de siège, occupée par gendarmes, lanciers, chasseurs et gardes civiques[127].

Les mineurs anderlusiens rejoignent néanmoins la grève, parfois sous la contrainte, et organisent des collectes forcées pour soutenir les caisses de résistance. Quelques désordres sont réprimés sans ménagement, tandis que plusieurs militants locaux participent aux actions menées dans la région de Charleroi. Le premier condamné est un houilleur d’Anderlues, Bénoni Charron, écopant de trois mois de prison. Après le retour au calme, la commune doit assumer une lourde facture liée à l’occupation militaire. Le conseil communal décide alors de la faire supporter par les établissements industriels, décision qui provoque la colère du directeur des charbonnages mais marque une affirmation nouvelle de l’autorité communale face aux intérêts miniers[128].

Les tensions sociales de 1887 à Anderlues et le rôle du directeur Ménétrier

En mai 1887, le bassin industriel du Hainaut est touché par un nouveau mouvement de grève, lié à la campagne en faveur du suffrage universel et à la création du Parti socialiste républicain après l’exclusion d’Alfred Defuisseaux du Parti Ouvrier Belge. À Anderlues, ces événements ravivent les tensions entre le patronat et un mouvement ouvrier en pleine structuration. Le directeur des charbonnages, Auguste Ménétrier, se distingue alors par une hostilité constante envers les revendications sociales. Opposé à toute forme de progrès politique ou social, il interprète les grèves comme une menace directe contre l’ordre établi. Ses rapports rédigés durant les troubles de 1887 témoignent d’un climat de suspicion généralisée et d’une vision profondément négative du socialisme naissant. Dans un premier rapport daté du , Ménétrier décrit avec force détails souvent invérifiables un prétendu complot anarchiste attribué à Defuisseaux et à ses partisans locaux. Il affirme avoir pris diverses mesures pour prévenir une insurrection, allant jusqu’à évoquer la fabrication de dispositifs explosifs destinés à dissuader les grévistes d’approcher des installations minières. Cette rhétorique alarmiste révèle autant la tension réelle qui règne alors dans la commune que les méthodes parfois extrêmes employées pour justifier la répression[129].

Les documents de Ménétrier mettent également en lumière le rôle ambigu joué par les informateurs et provocateurs infiltrés dans les organisations ouvrières, un phénomène courant dans les milieux industriels du XIXe siècle. Malgré l’arrivée des troupes chargées de maintenir l’ordre, la grève se poursuit dans la région. À Anderlues, toutefois, les travailleurs reprennent le travail sous la pression du directeur, faisant des fosses françaises un enjeu stratégique pour les militants du Parti socialiste républicain et des Chevaliers du Travail. L’analyse de ces rapports montre que Ménétrier n’hésite ni devant la délation, ni devant la menace ou le chantage pour briser le mouvement. Convaincu que seule une répression exemplaire pourrait mettre fin durablement aux grèves, il se place résolument du côté d’un patronat disposant alors de l’essentiel des leviers juridiques et institutionnels. Ses écrits constituent ainsi une source révélatrice de la conflictualité sociale à Anderlues dans les années 1880 et des stratégies patronales face à l’essor du mouvement ouvrier[130].

À la fin du XIXe siècle, les mineurs des charbonnages d’Anderlues demeuraient faiblement intégrés au mouvement ouvrier socialiste, principalement par crainte des représailles du directeur Auguste Ménétrier. Le paternalisme très poussé de l’entreprise caisse de secours et économat créés dès 1868 maintenait les ouvriers dans une dépendance étroite, freinant toute mobilisation collective. Les rares tentatives d’organisation syndicale furent sévèrement réprimées. Jean‑Baptiste Louvrier, fondateur en 1890 de L’Union syndicale des Mineurs d’Anderlues, fut licencié, dénoncé comme agitateur et brièvement emprisonné sur la base d’accusations infondées. Ses camarades Feuillen Marneffe et Florian Comet subirent le même sort pour avoir soutenu ses initiatives et revendiqué de meilleures conditions de travail. Les rapports internes de Ménétrier témoignent de méthodes coercitives destinées à empêcher les grèves, notamment par le contrôle de l’économat. Malgré ces pressions, l’influence socialiste progressa lentement dans les fosses des Français. En octobre 1890, le directeur constatait lui‑même l’adhésion croissante des ouvriers à l’Union des Mineurs et l’affaiblissement de son autorité. Cette évolution marqua le début du déclin du pouvoir de Ménétrier sur un personnel désormais plus conscient de ses droits et de la nécessité de s’organiser collectivement[131].

Catastrophe minière de l’Aulniat en 1892

Le , la fosse de l’Aulniat à Anderlues fut le théâtre de la plus grave catastrophe minière qu’ait connue la Belgique avant Marcinelle (1956). Ce matin-là, 270 ouvriers dont de nombreux adolescents et plusieurs jeunes filles travaillaient dans les chantiers du puits no 3, notamment à l’étage des 500 m, zone déjà frappée par une explosion de grisou en 1880. Malgré des mesures de sécurité strictes, un dégagement brutal de grisou provoqua vers 8 h une explosion d’une violence exceptionnelle. La déflagration, entendue à plusieurs kilomètres, détruisit les installations de surface et ravagea les galeries, rendant l’accès aux étages inférieurs extrêmement difficile. Les premières équipes de secours, composées de porions et d’ouvriers volontaires, ne purent atteindre les zones sinistrées qu’après plusieurs heures d’efforts[132].

Les premiers survivants une quinzaine, tous grièvement brûlés ou blessés furent remontés vers 13 h par la fosse no 2. Parmi eux figuraient cinq jeunes filles âgées de 14 à 17 ans. Un second groupe fut sauvé vers 17 h, mais plusieurs moururent peu après leur remontée. Les témoignages des rescapés décrivirent un souffle irrésistible, des projections de pierres et de charbon, puis une boule de feu qui les projeta au sol. À la surface, une foule de proches, d’ouvriers et d’habitants se pressa autour du puits, dans une atmosphère de détresse et de colère. La tension fut telle que les autorités craignirent une émeute, nécessitant l’intervention de délégués syndicaux pour apaiser la situation. Au fil des heures, l’espoir de retrouver des survivants s’éteignit. Les premiers corps remontés révélèrent l’ampleur du drame : ouvriers asphyxiés derrière une porte bloquée, victimes carbonisées ou méconnaissables. Le Tribunal de Charleroi inscrivit officiellement, le , le décès de 125 mineurs restés prisonniers des galeries, dont les corps ne purent être récupérés qu’après plus de trois ans[133].

Malgré l’inondation partielle, l’incendie continue de s’étendre et menace les communications avec le puits no 2, dont les chevaux sont évacués par précaution. Les tentatives d’obturation des puits no 3 par des bouchons d’argile se révèlent insuffisantes en raison des multiples galeries reliant les deux sièges. À partir de mars, plusieurs explorations montrent que le feu reste localisé autour de 500 m, mais que des zones du 260 m demeurent anormalement chaudes. La ventilation est modifiée et des serrements en maçonnerie sont construits pour isoler les secteurs incendiés. L’accès aux étages inférieurs nécessite également l’exhaure des eaux accumulées. Entre 1892 et 1893, les équipes établissent de nouveaux serrements aux étages 260, 330, 370 et 420 m, permettant la réparation progressive des galeries. Treize corps sont retrouvés à l’étage 420, dont celui du porion Decroly, initialement soupçonné d’être à l’origine de la catastrophe. La persistance de points chauds conduit à une nouvelle obturation complète des deux puits du no 3, réalisée en juin 1893, par la mise en place de planchers étanches recouverts de sable. La réouverture des puits n’est autorisée qu’après vérification de l’extinction totale du feu[134].

Le , le puits d’extraction est finalement débouché. Un dernier épisode de surchauffe au 260 m, rapidement maîtrisé, confirme l’absence de foyer actif. Les travaux du midi aux étages 370 et 420 m peuvent alors être remis en état, permettant la reprise des recherches des 112 victimes restées au fond depuis le . Dans son édition du , le Journal de Charleroi annonçait le début de l’épuisement des eaux accumulées dans le puits des Aulniats à Anderlues, entre 460 et 500 mètres de profondeur, signe que l’épilogue de la catastrophe minière approchait. Malgré ces progrès, la reprise de l’exploitation du siège ne put intervenir que le , après plus de trois années consacrées à la récupération des dernières victimes. La recherche des corps, entravée par l’incendie et l’effondrement des galeries, fut particulièrement longue et dangereuse. Elle ne débuta réellement à l’étage 420 qu’à la mi‑mars 1893, soit un an après l’explosion de grisou. Les rapports de l’ingénieur-directeur Ménétrier documentent ces opérations sur plus de deux ans, intégrées à un vaste programme de réparations des installations détruites[135].

Après la catastrophe du au charbonnage d’Anderlues, l’opinion publique se retourna violemment contre la Société houillère. Pour redorer son image, le conseil d’administration annonça un don d’un million de francs destiné aux familles des victimes et confia sa gestion à un comité de secours composé de personnalités politiques, administratives et locales. Très vite, certains membres du comité cherchèrent à orienter ce fonds vers la protection du charbonnage. Sur proposition du bourgmestre Lambot, le don fut qualifié d’indemnité et non de secours, et ne devait être versé qu’aux familles renonçant à toute action civile. Cette stratégie visait à dissuader les victimes d’engager des poursuites. Cependant, les syndicats l’Union des mineurs et les Chevaliers du Travail menés par Jean Callewaert, organisèrent la résistance. Dès le 31 mars, la majorité des familles refusa la transaction et exigea le droit de choisir entre rente ou capital réservé. Leur détermination força finalement la direction à accepter ces modalités. Le conflit s’envenima lorsque la direction supprima le paiement des journées pleines après la reprise du travail du 4 avril. Les veuves protestèrent vigoureusement et envahirent le bureau du directeur Ménétrier, dont le récit ultérieur, empreint de mépris social, déforma largement les faits. Craignant des troubles, Ménétrier sollicita même l’envoi de gendarmes. Rappelé à l’ordre par son président Gouvion, Ménétrier dut finalement céder. Fin avril, la mesure contestée fut rapportée et les journées pleines rétablies « à titre gracieux », sans engagement durable. Cette première victoire syndicale renforça la volonté des familles d’obtenir le respect de leurs droits face à un patronat jugé insensible[136].

En mars 1893, un an après la catastrophe minière du , Jean‑Baptiste Louvrier, président de l’Union syndicale des Mineurs d’Anderlues, demanda l’autorisation d’organiser une cérémonie d’hommage aux victimes. Le bourgmestre Lambot, influencé par l’industriel Auguste Ménétrier, refusa la manifestation, la qualifiant de tentative de propagande socialiste et invoquant un risque de troubles publics. Malgré cette interdiction, les organisations ouvrières des bassins du Centre, de Charleroi, de la Basse‑Sambre, ainsi que des délégations de Liège et du Borinage, décidèrent de maintenir l’initiative le 19 mars. Plusieurs milliers de travailleurs convergèrent alors vers Anderlues, bravant une ordonnance municipale interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes et un important dispositif policier. La journée se déroula sans affrontements, les manifestants observant une discipline stricte. Un meeting fut tenu au lieu‑dit Lalue, où divers orateurs rendirent hommage aux victimes et appelèrent à l’unité ouvrière et au suffrage universel. Le Journal de Charleroi souligna le contraste entre le calme des organisations ouvrières et les mesures jugées excessives du bourgmestre Lambot, tandis que Ménétrier se tenait à l’écart, retranché à son domicile. Cette mobilisation marqua durablement la population locale, révélant à la fois la force du mouvement ouvrier régional et les tensions persistantes entre autorités communales, industriels et organisations syndicales[137].

Explosion de Grisou au Puits Gendebien en 1894

La rue de la Station au début du XXe siècle.

Dans la nuit du , une explosion de grisou survient au puits no 4 Gendebien des charbonnages d’Anderlues, provoquée lors de l’allumage d’un tir de mine à l’étage de 550 mètres. Cinquante‑deux ouvriers se trouvent alors au fond. L’explosion, entendue en surface, déclenche l’afflux immédiat de la population, encore marquée par la catastrophe de l’Aulniat (1892). Les premières équipes de sauvetage, dirigées par l’ingénieur Mascart, ramènent plusieurs survivants, mais découvrent aussi de nombreuses victimes grièvement brûlées ou projetées au sol par le souffle. Le bilan s’élève à sept morts Jean‑Baptiste Leurkin, Antoine Stievenart, Victor Lachambre, Émile Dechamps, Augustin Biaumet, Victor Tamar et Henri Chasseur et trois blessés graves. Les funérailles ont lieu le à Anderlues et Carnières. L’accident suscite une forte émotion publique et une campagne de presse dénonçant la fréquence des drames miniers et l’usage des explosifs dans les charbonnages de deuxième catégorie. La direction interdit dès le lendemain les tirs de mines dans tous ses puits. Une instruction judiciaire vise plusieurs agents de maîtrise, dont le porion‑boutefeu Julien Haut, accusés de négligence pour avoir miné à proximité d’une cavité susceptible de contenir du grisou. Le , le tribunal correctionnel de Charleroi prononce toutefois un acquittement général, estimant que l’organisation du travail était conforme aux règlements et que les accusations reposaient sur des suppositions[138].

De 1900 à aujourd'hui

Le carrefour du lieu-dit « Roi des Belges » dans les années 1950.

Le , une explosion de grisou survient au puits no 4 de Gendebien, à Anderlues, à 650 mètres de profondeur. L’accident est provoqué par l’inflammation du gaz par le filament incandescent d’une lampe électrique Sussmann, brisée par la chute d’une pierre. Malgré une ventilation réputée excellente, la concentration de grisou s’était trouvée momentanément suffisante pour exploser. Les secours, dirigés par l’ingénieur Lambillotte, permettent de sauver rapidement plusieurs ouvriers et d’éviter un drame plus vaste pour une équipe d’une cinquantaine d’hommes. Seize mineurs périssent néanmoins, originaires pour la plupart d’Anderlues, de Carnières et d’Aix-la-Chapelle. Trois autres sont grièvement blessés, dont deux décèdent peu après leur remontée. L’enquête conclut à une non‑application stricte de l’arrêté provincial du concernant la protection des lampes électriques, notamment l’obligation d’un globe de verre épais et hermétique. Les funérailles des victimes ont lieu le [139].

Le , la commune fut encore le théâtre d'une bataille : 70 maisons furent incendiées et de nombreux champs dévastés mais il n'y eut aucune victime parmi les civils.

Le site du charbonnage no 6 en 2018, vestige du passé minier à Anderlues.

La fermeture des charbonnages d’Anderlues s’inscrit dans le vaste mouvement de déclin de l’industrie houillère wallonne au cours des années 1960. L’exploitation, active depuis le milieu du XIXe siècle, était assurée par la SA des Houillères d’Anderlues, dont les différents sièges (notamment les puits no 1, 2, 3 et 4) avaient structuré l’économie locale pendant plus d’un siècle. Après une période d’expansion marquée par la modernisation des installations et la création d’une cokerie en 1904, la production décline progressivement à partir de l’après‑guerre. Face à la concurrence internationale, à l’augmentation des coûts d’extraction et à l’épuisement progressif des veines exploitables, les charbonnages deviennent économiquement non viables. Le dernier siège minier d’Anderlues ferme en 1967, mettant fin à l’extraction de charbon dans la commune[140]. Le , le charbonnage no 5 fait ses trois dernières victimes à en début d'après-midi, un ingénieur, un conducteur, un ouvrier de puits.

Depuis 1977, Anderlues na pas eu une fusion avec une autre commune.

Héraldique

La commune possède des armoiries qui lui ont été octroyées le 8 décembre 1992. Ce sont celles des seigneurs d'Anderlues, la famille Herzelles. Le village est devenu une possession de Philippe de Herzelles en 1605.
Blasonnement : De gueules au chevron d'argent[141].
  • Délibération communale : 6 novembre 1991.
  • Arrêté de l'exécutif de la communauté : 8 décembre 1992.
Drapeau d'Anderlues : rouge au chevron blanc couché, la pointe à la hampe[142].
DC 6 novembre 1991 - AE 8 décembre 1992


Politique et administration

Conseil et collège communal 2024-2030

Ci-dessous, le tableau des résultats des élections communales de 2024[143].

Davantage d’informations Parti, Voix (2024) ...
Parti Voix (2024) Voix (2018) % (2024) % (2018) +/- Sièges +/- Collège
PS 2.305 3.825 32,41% 52,24% en diminution 19.83 %
7  /  23
en diminution 7.0 Non
AJC 3.356 2.597 47,18% 35,47% en augmentation 11.71 %
12  /  23
en augmentation 3.0 Oui
Pour Anderlues ! 1.452 - 20,41% - en stagnation 0.0 %
4  /  23
en augmentation 4.0 Non
WI - 141 - 1,93% en stagnation 0.0 %
-  /  23
en stagnation 0.0 Non
GAUCHE - 279 - 3,81% en stagnation 0.0 %
-  /  23
en stagnation 0.0 Non
DéFI - 480 - 6,56% en stagnation 0.0 %
-  /  23
en stagnation 0.0 Non
Total 7 113 7 322 100 % 100 % 23
Fermer
Davantage d’informations Collège communal ...
Collège communal
BourgmestreHadrien Polain Les Engagés - Anderlues J'y Crois
1er ÉchevinRudy ZanolaPS - Anderlues J'y Crois
2e ÉchevineCorinne CubiMR - Anderlues J'y Crois
3e ÉchevinMichaël GuyotPS - Anderlues J'y Crois
4e ÉchevineValérie MathieuAnderlues J'y Crois
5e ÉchevinPatricia BouillonAnderlues J'y Crois
Présidente du CPASAurore DucheneAnderlues J'y Crois
Fermer

Liste des bourgmestres de 1830 à aujourd'hui

  • Le baron Auguste de Leuze de 1830 à 1836 (unioniste).
  • Louis-Joseph Campion de 1836 à 1853 (Parti libéral).
  • Louis Laloyaux de 1853 à 1877 (Parti catholique).
  • Le baron Victor de Molembaix de 1877 à 1879 (Parti catholique).
  • Victor Ponselet de 1879 à 1881 (Parti libéral), brasseur[144].
  • Emile Campion de 1881 à 1885 (Parti libéral).
  • Victor Lambot de 1885 à 1896 (Parti catholique), notaire[145].
  • Auguste Lechien de 1896 à 1904 (Parti libéral), brasseur[145].
  • Adolphe Fontignie de 1904 à 1913 (Parti libéral), brasseur[146].
  • Armand Wasterlain, ffons, de 1913 à 1919 et de 1919 à 1930 (POB), horloger-bijoutier[147].
  • Léon Tenret de 1931 à 1942[Note 6] (Parti catholique), docteur en médecine[148].
  • Marcel Brogniez de 1942 à 1944.
  • Léon Tenret de 1944 à 1947[Note 7] (PSC), docteur en médecine[148].
  • Nestor Canon de 1947 à 1952 (PSB).
  • Jean Rombaux de 1953 à 1956 (PSB), avocat[149].
  • Auguste Guerlement de 1956 à 1965 (PSB), contremaître de laminoir[149].
  • Arthur Dascotte de 1965 à 1968 (PSB).
  • Armand Eloi de 1968 à 1987 (PSB-PS).
  • José Canon de 1987[150] à 2001 (PS), député fédéral, de 1991 à 2003.
  • Philippe Tison, de 2001 à 2020 (PS).
  • Virginie Gonzalez, de 2020 à 2024 (PS).
  • Hadrien Polain, à partir de 2024 (AJC)[151],[152].

Jumelage

Drapeau de la France Gigondas (France).

Patrimoine et culture

Patrimoine architectural et sites

Vue de l'ancienne église Saint-Médard, démolie en juillet 2006.
La tour de l'ancienne église Saint-Médard appelée localement Tour de la Bourlette. Elle est classée le [153].
L'émetteur de la RTBF à Anderlues[154].
  • L'église Saint-Médard, construite au XIIe siècle, a été partiellement détruite. Elle a finalement été démolie en 1928 en raison des dommages causés par l'exploitation minière[24]. Une église temporaire a été installée en 1935 dans un bâtiment de la ferme de la Clef[155][Note 8]. Une église neuve a été édifiée en 1937 par l'architecte Leroy[156] et inaugurée le [157]. Construite dans un style néo-gothique à gauche du clocher, l'église devint instable en raison des dégâts miniers, ce qui conduisit à son abandon puis à sa démolition en juillet 2006. La première pierre de la nouvelle église fut posée en 1997 et elle fut inaugurée en 1999 sur la place Albert 1er[158][157]. La nouvelle église paroissiale sert aux offices réguliers (messes dominicales et en semaine) et l’ensemble est intégré à l’Unité pastorale Fontaine‑l’Évêque et Anderlues. L’édifice moderne est signalé comme accessible aux personnes à mobilité réduite et équipé d’une boucle magnétique pour malentendants[159].
    • La tour de la « Bourlette ». Tour construite en même temps que la première église au XIIe siècle en style roman. La toiture de la tour est en ardoise et elle est surmontée d'une sphère qui a donné le surnom au habitants[153].
  • La ferme du Coq, rue du Coq, construite au XVIIIe siècle[160], cette ferme domine les campagnes dans le hameau de Lalue[161].
  • La ferme du Tienne. Construit en 1759, il s'agit d'une ancienne dépendance de l'abbaye de Bonne-Espérance[162].
  • L'ancien moulin de la Haie. Construit au XIXe siècle[163], il se situe rue du Moulin.
  • Le château des Loges. En ruines, un ensemble de bâtiments datant en partie du XVIIe siècle, modifié au XVIIIe siècle et altéré au XIXe siècle[164]. Ancienne propriété des familles de Leuze et de Molembaix, au XVIIIe siècle à l'emplacement selon une légende locale sur un manoir appartenant au XIe siècle à la famille de Niverlée[70]. Il se situe rue des Loges.
  • Le châssis à molettes du puits no 2, installé en acier et béton par la Société Anonyme des Houères et Cokeries d'Anderlues en 1952, a continué d'exister après la fermeture du puits en 1969. Depuis 1975, il a été géré par la société Distrigaz puis par Fluxys jusqu'en 2003. Le puits sert désormais au captage de grisou et au stockage de gaz[160].
  • La chapelle Sainte-Thérèse de Lisieux, appelée aussi des Bruyères, a été aménagée dans la salle Henriet. Achetée par la paroisse en 1920, elle fut d'abord dédiée à Saint-Hubert, puis à Sainte-Thérèse de Lisieux, avant d'être consacrée en 1969[165].
  • L'ancienne chapelle Saint-Sauveur et Saint-Paul, située dans le quartier de Lalue, a été consacrée en 1962 avant d'être vendue pour devenir une salle de banquets[166].
  • L'hôtel de ville, construit en 1832, abritait autrefois l'école des garçons et a été modifié à plusieurs reprises[167].
  • L’antenne de la RTBF est l’un des principaux sites d’émission radio de la Radio‑télévision belge de la Communauté française (RTBF) pour la province de Hainaut. Il s’agit d’un pylône haubané de grande hauteur 185 mètres selon les dossiers techniques de renforcement réalisés entre 2010 et 2014 destiné à assurer la diffusion des programmes FM et, plus récemment, du DAB+[168]. Construit il y a plus d’un demi‑siècle, le pylône a fait l’objet de travaux de modernisation afin de répondre aux normes belges de résistance au vent (NBN B03‑002‑1) et de permettre l’installation d’équipements supplémentaires. Ces interventions ont notamment consisté à renforcer la structure métallique et à remplacer des éléments vieillissants[168]. En 2020, une opération d’envergure a été menée pour remplacer l’antenne principale, devenue obsolète et incompatible avec les exigences liées à la libération de certaines fréquences pour la 5G. L’intervention, nécessitant l’usage d’un hélicoptère, a entraîné une coupure temporaire de la diffusion FM et DAB+ dans une grande partie du Hainaut. La nouvelle antenne, d’environ 14 mètres et pesant 3 tonnes, a été installée au sommet du pylône[169].
  • Le monument aux morts. Inauguré en 1925, ce monument a été initialement installé au carrefour de la chaussée de Mons avant d'être déplacé dans le parc adjacent aux bâtiments du CPAS[170].
  • Le cimetière militaire de Collarmont, situé à Carnières à la limite sud avec Anderlues[Note 9]. Après le combat de Collarmont en 1914, les tombes militaires étaient éparpillées un peu partout. Comme il devenait difficile de les surveiller et de les entretenir, le comité de la Croix-Rouge de Carnières et l’administration communale ont obtenu des autorités allemandes la permission de les rassembler en un seul endroit. C’est ainsi qu’un cimetière a été créé à la limite sud de la localité, près de la lisière du bois de Chèvremont, là où de violents affrontements avaient eu lieu. L’Administration communale de Carnières s’occupa des travaux, tandis que la Croix-Rouge prit en charge les frais d’exhumation. On y enterra la majorité des soldats français venant de Carnières et des villages voisins, ainsi que des soldats allemands tombés sur place ou aux alentours, et quelques soldats anglais. Après l’Armistice, de nombreux soldats français furent exhumés et leurs restes rapatriés. Quant aux Allemands et aux Anglais, ils furent soit renvoyés dans leur pays, soit inhumés dans d’autres cimetières militaires. Aujourd’hui, le cimetière est reconnu comme un « territoire français ». Près de l’entrée, à l’un des angles, se trouve un monument en pierre à la mémoire de tous les combattants qui y reposent, tandis qu’un calvaire imposant s’élève au bout de l’allée centrale[171].

Culture et folklore

Bibliothèque communale d'Anderlues[172], rue Cardinal Mercier et le Centre culturel[173], place Albert 1er.

Folklore

Carnaval

Carnaval du Feureu, le dimanche qui suit le carnaval de Binche (Mardi gras)[174].

Culte à Saint-Médard

Saint Médard, né vers 465 à Salency près de Noyon d’un père franc et d’une mère gallo‑romaine, est l’un des saints les plus populaires du nord de la Gaule. Évêque du diocèse unifié Noyon‑Tournai, il joua au VIe siècle un rôle majeur dans l’évangélisation des populations encore païennes, notamment en Flandre, grâce à sa réputation de bonté et de thaumaturge. Il mourut à Noyon le . Son culte, très ancien en France et en Belgique, s’enracina profondément à Anderlues, où l’église paroissiale lui fut dédiée et devint un important lieu de pèlerinage. On y invoquait Médard comme protecteur des chevaux, du bétail et des agriculteurs, mais aussi comme guérisseur des maux de tête et des troubles mentaux[175].

Trois épisodes légendaires ont nourri cette dévotion[176]:

  • le miracle de Salency raconte comment un aigle protégea l’enfant Médard d’un orage après un acte de générosité envers un voyageur, à l’origine de la tradition de placer chevaux et bestiaux sous sa protection ;
  • l’exorcisme de Tosion relate la délivrance miraculeuse d’un jeune possédé, fondant la coutume d’invoquer le saint contre les affections mentales. À Anderlues, le rite du cékion une couronne métallique posée sur la tête des pèlerins perpétua cette croyance jusqu’en 1962 ;
  • enfin, une pluie bienfaisante tombée quarante jours après sa mort aurait donné naissance au dicton météorologique « S’il pleut à la Saint‑Médard… », renforçant son rôle de protecteur des récoltes.

À Anderlues, où son souvenir demeure vivace, saint Médard reste à la fois le patron des agriculteurs et une figure populaire dotée d’un caractère volontiers malicieux dans la tradition locale[177].

Traces et survivances

Le culte de saint Médard a profondément marqué la toponymie locale : l’actuelle rue des Combattants portait autrefois le nom de chemin de Saint‑Médard, tandis que la rue Saint-Médard mène encore aujourd’hui à la fontaine dédiée au saint, autour de laquelle s’est formé un hameau ancien. Une chapelle en pierre, érigée en 1752 par Pierre Campion, subsiste près de la source. La popularité du saint se reflète également dans l’usage fréquent du prénom Médard dans les registres paroissiaux, dont un exemple notable est celui d’un enfant trouvé près de la fontaine et baptisé Médard Lafontaine en 1773[178].

Reliques de Saint-Médard

La paroisse d’Anderlues conserve depuis l’époque moderne une relique de saint Médard. En 1591, un seigneur d’Esclaibes fit don à l’église d’un os de l’épaule du saint, qu’il aurait rapporté de Noyon. Cette donation fut confirmée par un acte daté du , qui confia la garde de la relique aux mayeur et échevins d’Anderlues et institua des obits annuels à la charge de la confrérie locale. La présence de la relique provoqua un conflit avec l’abbaye de Bonne‑Espérance lorsque l’abbé fit prélever un fragment pour l’offrir à l’église de Solre‑sur‑Sambre. Le différend fut porté devant le conseil du Hainaut : les édiles anderlusiens furent condamnés à un pèlerinage d’expiation et le fragment demeura à Solre, au grand mécontentement des habitants d’Anderlues. Un procès‑verbal de visite du mentionne encore « une grande relique de Saint‑Médard » conservée dans une chasse d’argent. La chasse disparut lors de l’invasion française de 1794, emportée par les révolutionnaires, mais la relique elle‑même identifiée comme un fragment osseux (os iliaque droit scié près de l’articulation sacro‑iliaque) subsiste dans les sources et la tradition locale[179].

Confréries de Saint-Médard

La paroisse d’Anderlues possédait dès le XVe siècle une confrérie dédiée à saint Médard, attestée formellement par une charte du . Cette association pieuse organisait la fête et la procession du patron, gérait des obits et veillait à la décoration de l’église[180].

Règles et pratiques[181]:

  • les confrères élisaient chaque année deux maîtres chargés de l’administration et du cérémonial ;
  • l’admission exigeait le paiement d’une cotisation et l’agrément des maîtres ; les nouveaux membres prêtaient serment d’observer les ordonnances ;
  • les obligations comprenaient la participation aux vêpres et à la procession en robe et chaperon, le port de l’image du saint par quatre confrères, l’accompagnement des mariages locaux et la célébration de messes pour les défunts ;
  • les robes suivaient un cycle de couleurs annuelles ; les vêtements des défunts revenaient à la confrérie.
Évolution institutionnelle

En 1591 l’archevêque de Cambrai, Louis de Berlaymont, érigea une nouvelle confrérie liée à la relique offerte aux Anderlusiens ; elle connut un important développement et reçut des indulgences pontificales, notamment sous le pontificat d’Innocent XI. Supprimée en 1801 par les lois de la République, la confrérie fut reconstituée conditionnellement le par Monseigneur Labis, avec de nouvelles indulgences accordées par le pape Pie IX[182].

Pèlerinages et tour Saint-Médard
Un petit drapeau-souvenir de la procession et du pèlerinage à Saint-Médard.

À Anderlues, la fête de saint Médard donna lieu, durant des siècles, à un ensemble de pèlerinages et de processions d’une ampleur exceptionnelle. Deux cortèges étaient traditionnellement organisés : le tour nocturne du 7 au 8 juin et la grande procession du dimanche suivant, tous deux suivis par de nombreux pèlerins à pied et par des cavaliers qui effectuaient rituellement trois fois le tour de l’église. L’itinéraire, très ancien, empruntait presque exclusivement des chemins d’origine celtique, reliant l’église à la fontaine Saint‑Médard en passant par les hameaux et fermes du territoire. Malgré quelques modifications au XIXe siècle dues à l’ouverture de nouvelles routes, le parcours resta remarquablement stable[183].

Au XIXe et au début du XXe siècle, la procession prit l’allure d’une marche militaire, avec la participation de compagnies de zouaves, de chasseurs et de nombreuses sociétés de cavalerie, soutenues financièrement par la commune. Un commandant de marche était désigné chaque année pour en assurer l’ordre. Les cavaliers ayant accompli le Tour recevaient boissons et primes, et des drapelets‑souvenirs étaient vendus aux pèlerins, ensuite conservés dans les fermes comme objets protecteurs. Après 1918, la procession perdit son caractère militaire mais attira encore des centaines de cavaliers. La dernière grande édition eut lieu en 1945, dans un contexte de paix retrouvée et de célébration du 1400e anniversaire de la mort du saint. La mécanisation agricole entraîna cependant la disparition progressive des chevaux, rendant la procession de moins en moins viable. Le dernier tour Saint‑Médard eut lieu le [184].

Lieux publics

Cimetières[185], rues des Combattants et du Vieux Cimetière.

Enseignement

Enseignement communal

École communale de Lalue, située rue de Nivelles ; École communale du Centre, rue Maurice Des Ombiaux ; École communale des Bruyères-Lalue, rue des Cent Bonniers.

Enseignement libre

École libre fondamentale Saint-Médard, située chaussée de Mons et ruelle de l'Hospiteau, ainsi que l’École fondamentale Sainte-Thérèse, rue du Fief.

Enseignement secondaire

École primaire et secondaire spécialisé de la Communauté Française « Le Foya »[186], rue Auguste Guerlement.

Économie

Industries et artisanat de l'époque

Le monde artisanal à Anderlues avant l’industrialisation

Jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, Anderlues demeura un village à dominante agricole, ne comptant que quelques activités artisanales limitées par les techniques de l’époque. En 1842, un rapport communal mentionne deux distilleries de genièvre, trois brasseries, plusieurs moulins à eau et à vent, ainsi que trois fabriques de chicorée, tous de faible importance. Le commerce local reposait essentiellement sur les grains, l’élevage, les produits du sol et le laitage. La production des objets de consommation courante était assurée par un vaste ensemble d’artisans ruraux : cloutiers, forgerons, maréchaux-ferrants, sabotiers, tonneliers, charrons, tisserands, cordiers, dentellières, vanniers, tanneurs, cordonniers, briquetiers, maçons, menuisiers, couvreurs, entre autres. Étroitement liés au monde paysan, ils formaient un système économique interdépendant où chaque métier complétait l’autre[187].

Travaillant dans de modestes ateliers familiaux, avec un outillage rudimentaire souvent fabriqué par leurs soins, ces artisans vivaient d’un labeur long et peu rémunéré. L’arrivée du machinisme au XIXe siècle bouleversa cet équilibre : la concurrence industrielle rendit leurs savoir-faire progressivement obsolètes. Quelques ateliers adoptèrent la machine à vapeur, sans pouvoir rivaliser avec les grandes unités de production. À l’aube du XXe siècle, l’artisanat traditionnel, longtemps pilier de la vie locale, devint marginal. Ses derniers représentants assistèrent au déclin de leurs métiers avant de rejoindre, pour beaucoup, la main-d’œuvre des usines et des charbonnages. L’évocation de ces petites entreprises d’autrefois permet aujourd’hui de retrouver la mémoire de ces « métiers perdus » qui animèrent Anderlues durant des siècles[188].

Les moulins

Moulins à ban de Lalue et de la Haie

Les moulins à eau de Lalue et de la Haie, situés dans la seigneurie de Fontaine-l’Evêque et d’Anderlues, sont attestés dès le début du XVIe siècle. Une sentence du , rendue par Marguerite d’Angleterre, confirme leur statut de moulins banaux, obligeant les habitants à y faire moudre leurs grains sous peine d’amende[189].

Le moulin de Lalue

Établi sur la Haine, il constitue le moulin banal des habitants d’Anderlues. L’obligation d’y recourir est strictement encadrée, et les contrevenants encourent confiscation et amendes. Le meunier, nommé par le seigneur, doit prêter serment et utiliser des mesures légales destinées à prévenir la fraude, fréquente malgré les règlements. Exploité en fermage jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le moulin est tenu notamment par Nicolas Dujardin (1641) puis Ursmer Delrue (†1757). Un dénombrement du XVIIe siècle mentionne un rendement de 20 muids de blé. Après 1794, le moulin perd son caractère banal et passe à des propriétaires privés, dont la famille Plaisant, puis Auguste Dufonteny, dernier meunier avant l’arrêt définitif des meules en 1898. Vendu en 1908 aux Houillères d’Anderlues, il est démoli en 1935 lors de l’extension des installations minières[190].

Le moulin de la Haie

Situé aux Trieux, il est le moulin banal des habitants d’Ansuelle-Gognies. Son existence est attestée dès 1400–1410 dans le terrier du chapitre de Sainte-Waudru. Les meuniers connus incluent Quinte Bataille (1541), Vaast Mahi (1647) et Jacques Cambier (1681). Au XIXe siècle, le moulin appartient à la famille de la Motte d’Irix et est exploité par la famille Lavendhomme, puis par Léopold-Victor Denys et enfin par François et Gérard Lavendhomme. Toujours actionné par l’eau, il atteint une capacité d’environ 1 400 kg/jour. L’électricité remplace la force hydraulique en 1936, et le moulin cesse son activité en 1956[191].

Héritage

Le moulin de Lalue a disparu, tandis que celui de la Haie, désaffecté mais préservé, a été restauré au XXe siècle par René Vandendris, devenant une demeure rurale. Ces deux moulins illustrent l’évolution des structures seigneuriales, des pratiques meunières et de l’économie rurale dans la région d’Anderlues[192].

Moulin à vent du Douaire

Le moulin à vent du Douaire était un moulin tour en maçonnerie coiffé d’une calotte d’ardoises, situé à Anderlues près de l’actuelle rue du Château. Mentionné sur l’Atlas des communications vicinales de 1840, il fut construit sous le régime hollandais par François Plaisant et exploité puis acquis par son frère Clément Plaisant; il figurait parmi les moulins éoliens du Hainaut en 1833. Le mécanisme comportait de grandes ailes en bois et toile; il fonctionnait tant que le vent le permettait et resta en activité environ soixante ans avant d’être démoli, la maison du meunier subsistant au no 27 de la rue du Château[193].

À la seconde moitié du XIXe siècle, la meunerie locale évolua vers la vapeur puis l’électricité : autorisations municipales pour des machines à vapeur furent accordées en 1851 (Auguste Campion) et 1882 (Jean‑Baptiste Blairon), et l’électrification apparut en 1911 avec le moulin Hesbain, exploité ensuite sous le nom de moulin Darras jusqu’à l’arrêt des activités en 1949. Le vocabulaire local conserve des traces de cette activité : les « cache‑monnèyes », employés chargés du transport des grains, et le toponyme chemin des Anes, qui, selon les documents anciens, dérive en réalité de chemin des Aulnes, rappelant la présence d’aulnes sur le territoire[194].

Les brasseries d’Anderlues (XIXe – XXe siècles)

Le centre d'Anderlues dans les années 1930, avec sur la gauche un café arborant l’enseigne de la brasserie Ponselet.

Après la fin du monopole seigneurial sous le régime français, plusieurs brasseries artisanales se développèrent à Anderlues. Trois établissements fonctionnaient déjà au début du XIXe siècle : ceux de Gaspard Fiévez à l’Hospitau, de Jean‑François Dumonceau dit l’Tcharli au Jeu de Balle, et de Pierre‑Joseph Fontignie au Douaire. En 1836, deux nouvelles brasseries furent fondées : celle d’Alphonse Marchant à l’Hospitau et celle du docteur Auguste Ponselet aux Dîmes[Note 10], appelée à devenir la plus durable[195].

À la fin du XIXe siècle, seules quelques brasseries subsistaient, mais d’autres avaient pris le relais. En 1902, huit établissements alimentaient encore le marché local : Ponselet, Saint‑Médard, Lechien, Saint‑Éloi, Saint‑Antoine, la brasserie de la Folie, la brasserie du Chênois et la brasserie coopérative Dumonceau. Chacune produisait une bière spécifique dont la recette, jalousement gardée, reposait sur des dosages personnels d’ingrédients tels que gingembre, réglisse ou sirop de betterave. Plusieurs bières locales Spéciale des Bruyères, Grisette, Bourlette, Triple Lechien, Saison Cow‑boy, Gloria, Zig‑Zag, Tip‑Top jouirent d’une solide réputation[196].

La consommation était alors florissante : en 1910, Anderlues comptait 306 débits de boissons, encore 209 en 1921 et 140 en 1930. Les brasseries, d’abord entièrement artisanales, modernisèrent progressivement leurs installations. Certaines utilisèrent l’énergie hydraulique du ruisseau de Saint‑Médard ou la gravité pour l’alimentation en eau ; d’autres adoptèrent la machine à vapeur dès les années 1880, puis l’électricité dans l’entre‑deux‑guerres[197].

En 1925, cinq brasseries étaient encore actives, traitant ensemble plus de 300 tonnes de malt. Mais la concurrence des grandes brasseries à fermentation basse entraîna leur disparition progressive. La brasserie Ponselet, la plus ancienne et la plus dynamique, résista jusqu’en 1971, date de son dernier brassin, marquant la fin de la tradition brassicole anderlusienne[198].

Les brasseurs jouèrent également un rôle notable dans la vie publique locale. Plusieurs d’entre eux Marchant, Ponselet, Fiévez, Lechien, Fontignie siégèrent au conseil communal ou exercèrent des fonctions d’échevin ou de bourgmestre, souvent sous l’étiquette libérale. Leur popularité tenait autant à leur statut qu’aux tournées généreuses offertes dans les cabarets du village[199].

Malteries et culture du houblon à Anderlues

Jusqu’au début du XXe siècle, les petites brasseries préparaient elles‑mêmes leur malt, obtenu par la germination puis le séchage de l’orge dans des tourailles. Ce travail manuel fut progressivement remplacé par des installations industrielles, entraînant la création de malteries modernes. À Anderlues, deux établissements dominèrent cette évolution : la malterie Ponselet et la malterie de l’Étoile. La première, annexée à la brasserie fondée en 1836, transformait dès son origine plus de 200 tonnes d’orge par mois, importée d’Europe centrale, d’Anatolie puis des produis provenant du Canada, de Californie, d'Australie, d'Algérie et du Chili. Dotée en 1925 d’une des premières malteries pneumatiques de Belgique, elle fut encore modernisée en 1950 avant de cesser ses activités en 1976, victime de la concurrence des grands groupes[200].

La malterie de l’Étoile, fondée par Auguste Lechien près de la station d’Anderlues, disposait de germoirs de 940 m2. Après son absorption par les Moulins et Brasseries de Marchienne‑au‑Pont, elle poursuivit une activité réduite jusqu’en 1935. Rachetée en 1947, elle devint le siège des Ateliers et Boulonneries Avaux. Parallèlement à la fabrication du malt, la culture du houblon connut un essor notable au XIXe siècle. Utilisé dès le VIIIe siècle comme plante alimentaire, le houblon ne prit une importance brassicole qu’à partir du Moyen Âge. À Anderlues, son développement fut tardif mais rapide : en 1840, on y recensait 47 houblonnières, principalement situées dans les vallées de la Haie et du Marais. Leur production, réputée pour sa qualité, rivalisait avec celles de Carnières et d’Havré. Cette activité déclina toutefois rapidement et avait disparu à la veille de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, seuls quelques plants sauvages rappellent l’ancienne place du houblon dans le paysage agricole anderlusien[201].

La Sucrerie Laloyaux, Leroy et Cie (1857-1885)

L’essor de la culture de la betterave sucrière, encouragé par le blocus continental (1806‑1813) et par le décret impérial du , fit d’Anderlues un centre précoce de production betteravière. La commune mit alors en valeur des terres incultes pour répondre à la demande croissante. La fondation d’une sucrerie locale n’intervint toutefois qu’en 1857, à l’initiative de notables anderlusiens : Louis Laloyaux, cultivateur et bourgmestre, Nicolas Leroy, négociant en grains, ainsi que plusieurs associés. Installée dans les bâtiments de la ferme Leluc, rue de Nivelles, l’entreprise prit le nom de Sucrerie Laloyaux, Leroy et Cie et fut dirigée par le spécialiste François Vanlierde. Dotée d’une machine à vapeur de 20 chevaux, elle traitait rapidement la quasi‑totalité des betteraves d’Anderlues et des communes voisines[202].

Pour assurer son alimentation en eau, la sucrerie fit construire une canalisation maçonnée depuis le ruisseau de Saint‑Médard, ouvrage réalisé par l’artisan Crépin Conreur. Cette prise d’eau suscita des contestations de blanchisseurs locaux, sans succès, la sucrerie ne fonctionnant qu’en hiver[202].

Durant ses vingt-huit années d’activité, l’établissement fut régulièrement confronté à des plaintes pour pollution ou nuisances. Le conflit le plus notable éclata en 1872, lorsque la commune, préoccupée par la dégradation des chemins causée par les charrois de betteraves, imposa à la sucrerie une taxe spéciale pour l’entretien de la voirie. Malgré l’opposition de Laloyaux, principal actionnaire, le conseil communal maintint cette imposition jusqu’en 1882. Affaiblie par une crise durable, la sucrerie obtint ensuite la suspension de la taxe, mais ne parvint pas à se redresser. Après plus de deux ans d’inactivité, elle cessa définitivement ses activités en 1885, mettant fin à l’épisode sucrier anderlusien[203].

Fabriques de chicorée

Le blocus continental napoléonien favorisa dans le Hainaut la culture de la chicorée, substitut du café et déjà reconnue pour ses vertus médicinales. De petites fabriques apparurent alors, équipées d’un four de séchage (èl torèye) et d’un moulin à meules, d’abord actionné à bras, puis par cheval et enfin par machine à vapeur. À Anderlues, trois moulins existaient déjà à la fin du régime hollandais, une partie de leur production étant exportée. L’activité se maintint durant tout le XIXe siècle. La plus ancienne fabrique connue était celle d’Étienne Marchant, au Roi des Belges. Félix Lebrun en possédait une autre au Village, modernisée en 1852 par son gendre Florent Dufonteny. En 1885, Jules Cobut-Cordier installa une fabrique rue de la Station. Toutes disparurent au début du XXe siècle, incapables de rivaliser avec les grandes industries[204].

La savonnerie

En 1857, Onésime Vallantin obtint l’autorisation d’établir une petite savonnerie au Village, rue du Marais (actuelle rue Babusiaux). L’entreprise, qui n’employait qu’un ouvrier, fut reprise en 1864 par Louis Lecomte et son fils Florent. Elle cessa définitivement ses activités en 1868, ne laissant que le toponyme « Cour de la Savonnerie »[205].

Les tanneries

Le tannage, nécessitant un accès direct à l’eau courante, ne comptait en 1830 qu’un seul établissement à Anderlues : la tannerie Tison, active depuis l’Ancien Régime sur le ruisseau de Saint‑Médard, aux Ruelles. La famille Douillez, bourreliers de tradition, fonda ensuite sa propre tannerie à la Couturelle, sur le ruisseau du Marais, exploitée successivement par Jean‑Joseph, Nicolas et Charles‑Joseph Douillez. En 1882, Vital Douillez établit une seconde tannerie au Village. Toutes disparurent au début du XXe siècle, même si les Douillez continuèrent à produire bourrellerie et sellerie, encore indispensables tant que le cheval dominait les transports[206].

La clouterie anderlusienne

La fabrication manuelle des clous constitua durant plusieurs siècles l’un des métiers les plus caractéristiques d’Anderlues, d’Ansuelle et de Gognies. Déjà attestée en 1524 avec le cloutier Pierre du Maffle, cette activité était probablement bien plus ancienne. Comme ailleurs en Wallonie, la clouterie se pratiquait dans de petites forges domestiques, souvent tenues par des familles de petits cultivateurs, métayers ou journaliers qui y trouvaient un revenu complémentaire, surtout durant l’hiver[207].

Le travail, extrêmement pénible, occupait hommes, femmes et enfants de l’aube à la nuit. Les registres paroissiaux et d’état civil témoignent de l’importance du métier : en 1771, plus de la moitié des pères mentionnés dans les baptêmes étaient cloutiers, et sous Marie‑Thérèse (1740‑1780), la clouterie faisait vivre près des deux tiers de la population. En 1815, 119 des 215 jeunes recensés pour la milice hollandaise exerçaient ce métier. En 1846, on comptait encore 165 cloutiers de profession, auxquels s’ajoutaient plusieurs centaines de saisonniers[208].

La production était organisée autour des martchoteûs de Fontaine‑l’Évêque, négociants qui fournissaient le fer et rachetaient les clous selon une coutume non écrite. Chaque samedi, les cloutiers d’Anderlues livraient leur production en brouette. Le salaire dépendait du rendement : 120 livres de fer devaient donner 100 livres de clous, la différence représentant la perte à la forge. Les litiges sur la qualité ou le poids expliquent le surnom de martchoteûs, réputés pour leurs marchandages. Malgré l’absence de contrats et de préavis, les ouvriers restaient souvent attachés à la même famille patronale durant plusieurs générations. La clouterie, transmise de père en fils, forma ainsi l’un des piliers économiques et sociaux d’Anderlues jusqu’au milieu du XIXe siècle[209].

La clouterie anderlusienne, salaires, essor et déclin

La fabrication manuelle des clous, pratiquée durant des siècles à Anderlues, fut un métier faiblement rémunéré. Les pan-ses brûlées, comme on surnommait les cloutiers, travaillaient de très longues journées pour des salaires de subsistance. Sous l’Ancien Régime, un bon ouvrier gagnait 7 à 8 sous par jour ; sous la domination hollandaise, entre 1,30 et 1,50 franc. Au XIXe siècle, la concurrence de la clouterie mécanique fit encore chuter les revenus. Vers 1895, certains cloutiers anderlusiens ne percevaient plus que 90 centimes par jour, soit le prix d’un litre de genièvre, pour des journées allant de 4 h du matin à 22 h[210].

Malgré cette précarité, la clouterie joua un rôle économique majeur. Sous Marie‑Thérèse, elle connut un essor remarquable : en 1763, les 160 cloutiers d’Anderlues produisirent 169 000 livres de clous, plaçant la localité parmi les principaux centres du Hainaut, derrière Charleroi et Gosselies mais devant Fontaine‑l’Évêque, Carnières ou Morlanwelz. L’activité resta florissante sous l’occupation française, comme en témoigne le rapport du citoyen Camus décrivant l’animation des forges rurales[211].

Le XIXe siècle marqua toutefois le début du déclin. La mécanisation, l’instabilité des marchés extérieurs et la concurrence des pointes de Paris entraînèrent la disparition progressive des forges. Au début du XXe siècle, la clouterie manuelle ne subsistait plus guère qu’à Anderlues et dans quelques communes voisines. En 1911, on n’y comptait déjà plus qu’une dizaine de cloutiers à temps plein. Certains ateliers se reconvertirent alors dans la fabrication artisanale de chaînes, activité proche par sa technique et son organisation[212].

Une tentative de relance mécanique vit le jour après 1918 avec la société coopérative des Clouteries et Tréfileries de la Paix, installée rue Saint‑Jean. Elle employa jusqu’à 220 ouvriers et produisit environ 2 000 tonnes annuelles en 1930, avant de disparaître lors de la crise de 1933 et d’être transférée à Hemixem. Cette fermeture mit un terme définitif à l’histoire de la clouterie anderlusienne[213].

La saboterie à Anderlues (XVIIIe – XXe siècles)

Implanté très tôt à Anderlues, l’art de la saboterie n’est véritablement documenté qu’à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque les registres paroissiaux mentionnent les premiers artisans identifiés, tels Gaspar Hecq (1763), Herman‑Joseph Houssière, Charles Fosselart (1773) ou encore les Dubrux. Sous l’Ancien Régime, la corporation reste modeste, mais elle connaît un essor marqué durant la période française[214].

Entre 1796 et 1815, les registres de l’état civil révèlent au moins vingt‑trois sabotiers actifs, souvent regroupés en lignées familiales Adant, Dubrux, Hecq, Mahieu, Navez, Josse, Berger, Rousseau signe d’une transmission héréditaire du métier. Le recensement de 1846 confirme encore vingt‑deux artisans vivant de la saboterie, répartis dans divers hameaux de la commune. À côté de ces professionnels, de nombreux cultivateurs et ouvriers du bâtiment pratiquent la saboterie en hiver pour compenser l’absence de revenus, dans un contexte dépourvu d’allocations de chômage. Le sabot, indispensable à la vie rurale, reste cependant peu rémunérateur : cinq à six paires par jour au terme d’un travail long et pénible[215].

Au XIXe siècle, la concurrence des machines et la diffusion croissante de la chaussure en cuir entraînent un déclin progressif du métier. Vers 1910, Anderlues ne compte plus que cinq maîtres‑sabotiers : Julien Delcampe, Xavier Henrard, Louis Splingard, Louis Lemaitre et Oscar Souphy. Ce dernier, établi rue Cardinal Mercier, demeure l’une des figures emblématiques de la profession, tout comme Désiré Paucot, actif rue à Dettes et fournisseur des coopératives ouvrières du Centre et de Charleroi jusqu’en 1930. La saboterie anderlusienne accueille également des artisans venus d’ailleurs, notamment durant la Première Guerre mondiale, lorsque la pénurie de bois pousse Ephrem Nival, de Momignies, à s’installer dans la commune avec ses fils, spécialisés dans la fabrication et la décoration des sabots. Il se consacrera ensuite aux sabots de gille, devenant une référence régionale. À côté des ateliers familiaux, certains sabotiers travaillent aussi pour des marchands-grossistes, comme Augustin Adant pour Léon Denis, dit « Gros Chabot ». Le souvenir de cette activité aujourd’hui disparue subsiste dans la toponymie locale, notamment au sentier du Sabotier à Bruyère‑la‑Haute[216].

Les métiers du textile à Anderlues

Jusqu’au XIXe siècle, Anderlues conserva un important artisanat textile, hérité de traditions très anciennes. Le tissage, attesté dès le XVIe siècle au lieu-dit La Foulerie, se pratiquait à domicile dans de petits ateliers familiaux. Les tisserands, travaillant sur des métiers en bois rudimentaires, produisaient chanvre, lin et laine issus de l’agriculture locale, notamment grâce à l’élevage ovin et à la culture du lin dans la vallée de la Haine. Toute la famille participait au travail : filles et garçons étaient mis à contribution dès l’enfance[217].

L’introduction du métier Jacquard au début du XIXe siècle provoqua le déclin rapide du tissage artisanal, réduit à des étoffes grossières pour l’usage paysan. En 1846, quinze tisserands étaient encore recensés, mais un quart de siècle plus tard, la profession avait disparu. Le tissage avait favorisé l’essor de petites blanchisseries saisonnières, chargées de nettoyer et dégraisser la toile écrue à l’aide de foulage et d’ingrédients traditionnels. Trois établissements fonctionnaient encore au XIXe siècle, utilisant les eaux des ruisseaux locaux[218].

La bonneterie, implantée très tôt, évolua au XVIIIe siècle vers la profession masculine de « faiseur de bas », pratiquée à Anderlues sous le régime français. Le filage du lin et de la laine demeura, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, une activité presque exclusivement féminine : la majorité des Anderlusiennes mariées ou décédées dans les années 1780 étaient fileuses, souvent jusqu’à un âge très avancé. Cette activité domestique, peu rémunératrice, s’éteignit progressivement après 1830. En 1846, seuls huit fileurs et fileuses étaient encore déclarés ; vingt-cinq ans plus tard, l’artisanat textile avait totalement disparu du paysage local[219].

La briqueterie à Anderlues

Aux XIXe et début XXe siècle, la fabrication de briques constitua un travail saisonnier essentiel mais extrêmement pénible. Chaque printemps, de nombreuses familles de mineurs ou de cloutiers sans emploi quittaient Anderlues pour « partir à briques », en Belgique ou en France, jusqu’en septembre. D’autres travaillaient dans les nombreuses briqueteries locales, permanentes ou temporaires, dont l’essor fut notable entre 1885 et 1900[220].

Le métier de briquetier se pratiquait en plein air, sur les lieux d’extraction de l’argile, travaillée entièrement à la main. L’argile était raclée, mélangée à du sable ou de la chaux, longuement piétinée, puis moulée dans des formes en bois. Après un premier séchage, les briques étaient rangées en haies protégées par des paillassons, avant d’être empilées en grandes meules de cuisson pouvant atteindre 250 000 à 300 000 pièces. La cuisson, assurée par des spécialistes appelés cûjeus, exigeait une surveillance constante pour éviter les pertes. Les conditions de travail étaient particulièrement dures : journées interminables, travail pieds nus, salaires très faibles. Les femmes et les enfants participaient à toutes les étapes, parfois jusqu’à douze heures par jour, comme le signale un rapport communal de 1895. Une réglementation plus stricte fut introduite en 1899, limitant la durée de travail des mineurs, sans pour autant améliorer réellement la pénibilité du métier[220].

À Anderlues, l’activité briquetière connut un développement important : vingt et une autorisations furent délivrées entre 1885 et 1900, dont dix pour des briqueteries permanentes exploitées par des entrepreneurs locaux ou régionaux (Polain, Dupont, Cailleaux, Conreur, Blaivie, Pettiaux, Roland, Bury, Devrieze, Tilmant). Les briqueteries temporaires, installées directement sur les chantiers de construction, disparaissaient une fois la production achevée. Malgré son importance économique, ce secteur resta marqué par la dureté extrême des conditions de travail, loin de l’image idéalisée parfois associée au « bon vieux temps »[221].

Marchandage, rémunérations et mécanisation dans les briqueteries d’Anderlues (1860‑1950)

À partir de 1860, les Houillères d’Anderlues développèrent leurs propres briqueteries pour répondre aux besoins massifs en matériaux liés aux constructions industrielles et ouvrières. Exploitées par des entrepreneurs extérieurs, ces briqueteries furent fréquemment le théâtre de tensions contractuelles. Les négociations portaient autant sur les prix payés au mille de briques que sur les avantages en nature, notamment la bière et le genièvre, utilisés comme compléments de rémunération[222].

Les difficultés d’approvisionnement en main‑d’œuvre qualifiée entraînèrent parfois des retards importants, comme en 1867 ou en 1877, lorsque les intempéries réduisirent la production à 1,3 million de briques au lieu des 2 millions attendus. Les rapports de l’ingénieur Auguste Ménétrier (1880) éclairent les pratiques de l’époque : marchandages serrés, gratification en alcool, fourniture par l’entrepreneur du matériel, du logement et des vivres, engagement saisonnier des équipes et quotas minimaux de production. Le chantage à l’emploi n’était pas rare : certains briquetiers devaient réserver leur travail aux Houillères s’ils voulaient retrouver un poste dans les fosses en hiver[223].

La mécanisation transforma progressivement le métier. Après la presse manuelle Madelon, la véritable révolution vint en 1922 avec la presse automatique à moteur conçue par l’Anderlusien Victor Blairon (1886-1951). Adoptées en Belgique, en France puis exportées jusqu’en Afrique et en Australie, ses machines presses, appareils de recalibrage, grattoirs à argile donnèrent à Anderlues une renommée internationale dans la construction de machines pour briqueteries. L’Atelier Blairon, qui compta jusqu’à 55 ouvriers, déclina toutefois après la mort de son fondateur et ferma en 1958. Les dernières briqueteries locales Glinne, Alexandre, Conreur, Quérriaux cessèrent leurs activités dans les années 1950, mettant fin à un siècle d’industrie briquetière anderlusienne[224].

Industrie du charbon à Anderlues

Début de l’exploitation houillère à Anderlues (1835-1869)
Vue panoramique au nord d'Anderlues avec le chevalement du puits no 2 des Houillères d'Anderlues, vestige du passé minier de la commune.

L’intérêt pour le sous‑sol d’Anderlues apparaît tardivement : entre 1835 et 1843, plusieurs demandes de concessions minières sont introduites, notamment par le baron Auguste de Leuze et divers notables locaux, mais toutes sont rejetées faute de preuves géologiques jugées suffisantes. L’exploitation charbonnière ne prend forme qu’en 1857, avec la création à Béthune d’une société française de recherche de houille. Après plusieurs sondages concluants, celle‑ci devient en 1858 la Société houillère des Anderlues (Bois de la Haie), qui obtient en 1861 une première concession de 634 hectares. Deux puits sont alors foncés à Mont‑Sainte‑Aldegonde, révélant plusieurs couches exploitables[225].

En 1860, une seconde société, la Société charbonnière du Midi d’Anderlues, est fondée à Arras pour explorer la zone située au sud de la route Mons‑Charleroi. Ses sondages encourageants conduisent à une demande de concession de plus de 1 000 hectares. Après de longues procédures et malgré l’opposition du Bois de la Haie, un arrêté royal de 1869 lui accorde finalement 405 hectares. Affaiblie financièrement, la Société du Bois de la Haie fusionne en 1867 avec la Société du Midi d’Anderlues pour former la Société d’Anderlues, qui hérite des puits existants et poursuit l’exploitation du gisement[226].

La jeune société charbonnière connut des débuts laborieux, marqués par des difficultés de recrutement du personnel de maîtrise et par une conjoncture particulièrement défavorable. La crise charbonnière de 1867 réduisit fortement les bénéfices à peine 2 640 francs en juillet tandis que la concurrence, tant française que belge, comprimait les prix et limitait les débouchés. Le directeur-gérant Régnier déplorait l’impossibilité de conquérir de nouveaux marchés et les échecs des tentatives de diversification de la production[227].

À ces obstacles économiques s’ajoutaient des tensions sociales croissantes. Les grèves de 1867 et 1868, motivées par la baisse des salaires et la hausse du prix du pain, perturbèrent la production. Les patrons tentèrent d’y répondre par des réductions de rendement et de nouvelles compressions salariales, suscitant l’hostilité ouvrière. La société dut également affronter des facteurs conjoncturels défavorables, comme l’hiver exceptionnellement doux de 1868‑1869, qui fit chuter la demande de charbon domestique. L’absentéisme chronique amplifié par les fêtes locales, les jours de paie, le tirage au sort militaire ou encore la Sainte‑Barbe grevait régulièrement la production malgré les amendes imposées[228].

Les départs massifs d’ouvriers, notamment de Borains retournant travailler dans leur région, aggravèrent encore la situation. En 1878, plusieurs équipes désertèrent même les fosses à la suite de sanctions disciplinaires ou de conflits internes, révélant un malaise profond dans l’encadrement. L’ingénieur Ménétrier dut intervenir pour tempérer la sévérité du chef-porion Michaux, accusée de provoquer ces départs. Malgré ces efforts, l’ensemble de la décennie fut marqué par une instabilité structurelle, où crises économiques, conflits sociaux et problèmes organisationnels compromirent durablement le rendement de la société[229].

Sécurité, accidents et conditions de travail dans les charbonnages des « Français » (1867‑1880)

L’inspection des mines, bien que théoriquement assurée par des ingénieurs de l’État, se révélait peu efficace. Les directions étaient fréquemment averties des visites, ce qui leur permettait de masquer les manquements. En cas d’accident grave, la responsabilité était presque toujours imputée aux victimes, comme l’illustre l’ingénieur Faly, pour qui « lorsqu’un homme est tué par un éboulement […] on peut toujours supposer une imprudence grave de sa part ». Les rares enquêtes judiciaires se concluaient généralement par un classement sans suite. La sécurité était également compromise par des comportements dangereux de certains ouvriers. Un rapport de novembre 1880 signale l’usage clandestin de pipes et d’allumettes, des lampes mal fermées ou encore des montées dans les cages sans signaux réglementaires. Ces imprudences, combinées à l’incompétence de certains cadres, contribuaient à la multiplication des accidents[230].

Les mines du Hainaut enregistrèrent 1 478 accidents entre 1876 et 1885, causant 1 707 morts et 391 blessés. Dans les charbonnages des « Français », les premiers accidents graves concernent des hiercheurs anonymes en 1867 et 1868. Suivent les décès de Philippe Brogniez (1877), Guillaume Mainil (1878), Emile Bertiaux (juillet 1878), Jules Godeau (septembre 1878) et Jean‑Adrien Teyssié (décembre 1878). Plusieurs incidents non mortels, comme l’explosion manquée de la taille Saint‑Marc, montrent que des catastrophes majeures furent parfois évitées de peu[230].

Face à cette situation, la direction acquit en 1878 un manuel de premiers secours, tardive tentative d’améliorer la prise en charge des blessés. Les animaux de trait, indispensables à l’extraction, subissaient eux aussi des conditions éprouvantes : rapports de 1878‑1879 décrivent chevaux et baudets épuisés, blessés ou trop âgés pour poursuivre le travail. L’ensemble de ces éléments témoigne d’un système où impératifs de production, insuffisance des contrôles et précarité des conditions de travail rendaient les accidents fréquents et souvent mortels[231].

Constructions de corons et d'un hôtel pour célibataires

Face à une main‑d’œuvre très mobile, les charbonnages d’Anderlues mirent en place dès les années 1860 une politique active de construction de logements afin de stabiliser leur personnel. La Société de Carnières‑Sud et Viernoy édifia successivement les corons Gendebien (1867), du Quartier Louise (1868) et du Quartier Léopold (1875), ainsi que les habitations des rues Lacherez et Picot. La Société du Bois de la Haie poursuivit ce programme avec les corons de l’Hôtel (1875), de l’Aulniat (1878), le « grand coron » (1881), le « Chonke » (1896) et celui du Cimetière (1912)[232].

En 1877, un Hôtel destiné aux ouvriers célibataires fut construit et ouvert le . Prévu pour 150 pensionnaires, il offrait logement, nourriture, lavage et raccommodage pour 1,30 francs par jour. Chaque occupant disposait d’un lit, d’un baquet de toilette, d’une serviette, d’une boîte à savon et d’ustensiles marqués à son numéro. Le règlement était strict : un ouvrier resté trois jours sans travailler perdait son droit aux repas, sauf paiement, et risquait l’expulsion. L’accès au réfectoire n’était autorisé qu’après s’être nettoyé, les bains‑douches n’existant pas encore aux fosses. Selon l’ingénieur Ménétrier, la nourriture servie égalait celle d’un restaurant, comprenant potage, pommes de terre, viande, pain, beurre, bière et café. Une buvette et un restaurant publics complétaient l’établissement. L’Hôtel fonctionnait aux frais de la Société et sous la surveillance directe de l’ingénieur, seul habilité à décider des admissions et exclusions. Il devint par la suite le bureau central de la Société[233].

Les loyers des maisons ouvrières, fixés entre 8 et 10 francs par mois, étaient calculés pour rapporter environ 3 % d’intérêt. Les logements restaient toutefois liés à l’emploi : quitter le charbonnage signifiait devoir quitter immédiatement la maison. En 1878, les ouvriers des fosses des Français occupant les maisons du Viernoy furent ainsi sommés de partir ou de reprendre service dans la Société propriétaire. Pour conserver sa main‑d’œuvre, le Bois de la Haie attribua alors ses logements en priorité aux familles comptant le plus de travailleurs employés dans l’entreprise[234].

Modernisation et déclin des Houillères d’Anderlues (1894‑1969)

Après la création, en 1894, de la Société anonyme des Houillères d’Anderlues, l’entreprise engage un vaste mouvement de modernisation. Dès 1904, elle construit une batterie de fours à coke de près de 100 000 tonnes, complétée par une usine de récupération de goudron et de sulfate d’ammoniaque. En 1905, un triage‑lavoir central remplace les installations dispersées des différents sièges, et en 1904-1906, l’électrification générale des services (ventilation, extraction, exhaure, éclairage) place la société parmi les plus avancées du pays[235].

La modernisation se poursuit avec la reconstruction du siège no 3 (1906) et l’ajout, en 1920, d’unités de récupération du benzol et de distillation du goudron. En 1931, une nouvelle batterie de fours à coke est érigée, suivie d’une usine d’épuration du gaz. En 1936, la société décide de concentrer l’extraction au siège no 2, entraînant la fermeture du siège no 5. La Seconde Guerre mondiale interrompt ces efforts, mais l’après‑guerre révèle l’urgence de moderniser des installations vieillissantes : puits étroits, triage‑lavoir obsolète, dispersion des sites. Un programme ambitieux vise alors à concentrer toute la production au siège no 2 et à exploiter un gisement demi‑gras encore intact. La fermeture du siège no 3 intervient en 1953, et l’exploitation du charbon demi‑gras débute en 1956[236].

Parallèlement, la société diversifie ses activités : raccordement au réseau de captage du grisou de la société Distrigaz (1952) devenu par la suite Fluxys[237], mise en service d’un nouveau triage‑lavoir à liquide dense (1954), construction d’une batterie de fours à coke portée à 28 unités 1957, puis installation d’un lavoir 0/10 moderne (1958). Certains projets, comme une fabrique à boulets, restent toutefois inachevés. La crise charbonnière des années 1960 condamne finalement l’entreprise : les Houillères d’Anderlues cessent définitivement leurs activités le , mettant fin à plus d’un siècle d’histoire industrielle locale[238].

La naissance de la fosse de l'Aulniat

La création de la fosse de l'Aulniat résulte de la fusion de deux sociétés implantées à Anderlues. Peu après la constitution de la nouvelle entité, le conseil d'administration, suivant les recommandations de ses ingénieurs, décida l'ouverture d'un troisième puits d'exploitation au lieu-dit L'Aulniat[239].

Les travaux, confiés au porion Wasterlain, débutèrent le . Ils progressèrent rapidement grâce à des conditions géologiques favorables, permettant d'achever, dès le , le cuvelage d'un premier enfoncement de 11,20 m au puits d'extraction. Le , le terrain houiller fut atteint à 20 m, découverte qui confirma la pertinence du projet et suscita de fortes espérances chez les promoteurs. Pour célébrer cette étape, le directeur-gérant Régnier accorda des gratifications : 10 franc à chaque mineur, 3 franc aux autres ouvriers impliqués et une prime de 30 franc au porion Wasterlain. Ces récompenses étaient jugées méritées au regard des journées de travail parfois longues, allant jusqu'à 15 ou 16 heures[239].

La présence du terrain houiller à faible profondeur annonçait des économies de temps et de coûts, car l'exploitation devenait possible sans creuser des puits excessivement profonds. De plus, la nature du terrain laissait présager un enfoncement ultérieur sans obstacles majeurs et une progression économique par cuvelage. Le 4 mars, une housse picotée fut posée à 1,20 m dans le terrain houiller au puits d'extraction, consolidant les prévisions optimistes. Parallèlement, le puits d'aérage atteignit lui aussi le même niveau géologique, complétant la réussite initiale du programme[239].

La fosse de l'Aulniat était ainsi constituée ; il restait à exploiter les ressources identifiées. Dans cette optique, l'approfondissement des deux puits fut entrepris le  : trois mois plus tard, le puits d'air atteignit 262 m et le puits d'extraction 222 m. Ces travaux, réalisés à l'aide de machines spéciales installées sur chaque puits, furent organisés de manière à ne pas gêner l'exploitation courante et à limiter les coûts de ravalement, ce qui permit un avancement plus rapide du puits d'air[240].

L'objectif affiché était d'atteindre, en l'espace de deux ans, une profondeur de 500 m pour chacun des puits du no 3, afin d'ouvrir un champ d'exploitation de grande richesse. Le , le puits d'air avait atteint le niveau 320 m, tandis que le puits d'extraction, principal chantier de l'année précédente, dépassait les 390 m. Un an plus tard, les profondeurs respectives s'établissaient à 362 m et 406 m. L'histoire industrielle et humaine de la fosse de l'Aulniat, marquée par succès et difficultés, commença alors et se poursuivit jusqu'en 1953[240]. Les deux puits ont été bouchés en deux étapes : celui d’entrée d’air entre 1954 et 1957, et celui du retour d’air en 1968[241].

Siège no 5 des charbonnages d’Anderlues

Le siège no 5 fut conçu en 1893 pour remplacer la fosse de l’Aulniat, dont la réouverture avait été interdite par l’Administration des Mines après la catastrophe du . À l’initiative du directeur des travaux Auguste Ménétrier, le nouveau puits fut implanté au sud de la chaussée de Mons, dans une zone jusque‑là jugée peu prometteuse. Désigné localement sous le nom d’« èl Chonke », il devait exploiter les terrains interdits au no 3[242].

Les travaux d’enfoncement commencèrent en juillet 1893. Malgré des difficultés géologiques, notamment une couche de sable mouvant aquifère, les deux puits atteignirent 66 m et 72 m en septembre 1894. Entre‑temps, l’Administration des Mines avait levé l’interdiction frappant l’Aulniat, réduisant l’utilité stratégique du no 5, mais les travaux se poursuivirent. En 1895‑1896, les principales installations de surface furent achevées. Le creusement dépassa 310 m en juin 1896, permettant la découverte de veines exploitables, dont Saint‑Élie et une autre couche rencontrée à 307 m, présentant des houilles sèches adaptées au chauffage industriel[243].

L’enfoncement prit fin en 1897 (386 m pour le puits d’air, 406 m pour le puits d’extraction). Le siège entra en production le , avec les tailles de Saint‑Charles et Saint‑Élie. Les premiers mois donnèrent 12 145 tonnes, puis 50 211 tonnes pour l’exercice 1899-1900. À partir de 380 m, le no 5 reprit les travaux abandonnés par le no 3, mais les résultats restèrent décevants. Une série d’échecs faillit entraîner l’arrêt de l’exploitation en 1903. Malgré ces difficultés, le siège demeura en activité jusqu’en 1943[244], date de sa fermeture au profit du no 6[245].

Acquisition de la fosse Gendebien (Viernoy) par la Société houillère d’Anderlues

La concession du Viernoy, attribuée en 1854 à la société Mourlon, Gendebien et Ciedevenue ensuite la Société anonyme des Charbonnages de Carnières‑Sud et Viernoy donna naissance en 1865 à la fosse Gendebien à Anderlues. Malgré un approfondissement jusqu’à 658 m en 1885, la société connut de graves difficultés financières et fut mise en liquidation en 1889, mettant en vente ses installations, sa concession et ses maisons ouvrières[246].

Voisine de la concession de la Société houillère d’Anderlues, dite « des Français », la fosse suscita l’intérêt de plusieurs groupes, dont les charbonnages de Ressaix dirigés par Coppée. Craignant une prise de contrôle concurrente, les administrateurs des Français chargèrent leur directeur, Auguste Ménétrier, d’évaluer l’opportunité d’un rachat[247].

Ménétrier conclut favorablement : l’exploitation du Viernoy permettrait d’accroître la production, de diversifier les charbons extraits et d’éclairer la géologie du puits no 2 voisin. Il souligna également les risques économiques et sociaux qu’entraînerait l’installation d’un concurrent agressif. Malgré l’état très dégradé du siège, il parvint à réduire fortement l’estimation des vendeurs. Les négociations aboutirent rapidement : le 13 juin 1890, la Société houillère d’Anderlues acquit officiellement les deux puits du Viernoy, 430 hectares de concession et 86 maisons ouvrières. Ménétrier prit possession du site dès mars 1890 et lança sa remise en état[248].

Après son acquisition en 1890 par la Société houillère d’Anderlues, dite « des Français », le charbonnage du Viernoy devint officiellement le siège no 4. Dans l’usage local, il conserva toutefois le nom de fosse Gendebien, en référence à son ancien directeur Alexandre Gendebien. La remise en état du site, très dégradé, fut longue et coûteuse. L’extraction ne reprit que le 10 novembre 1890, avec une production initiale modeste. Les rendements progressèrent ensuite : 16 983 tonnes en 1890-1891, 48 275 tonnes en 1896-1897, puis un maximum de 83 062 tonnes en 1898-1899[249].

Parallèlement, la société entreprit le renfoncement du puits d’air du no 2 afin d’établir une communication souterraine entre les deux sièges, utilisable comme galerie de sauvetage. Cette liaison fut mobilisée lors de deux catastrophes majeures[250]:

  •  : explosion de grisou (5 morts, 5 blessés graves) ;
  •  : nouvel accident meurtrier (16 victimes).

À la suite de cette dernière tragédie, l’exploitation de la fosse Gendebien fut définitivement arrêtée[250]. En 1945, le puits de retour d’air est bouché, et en 1969, ce fut au tour du puits d’entrée d’air qui a été boucher[241].

Fosse no 1 d’Oumont, réhabilitation et rôle stratégique (1892‑1896)

Longtemps marginalisée au sein de la Société houillère d’Anderlues, la fosse no 1, héritée de la compagnie du Bois de la Haie, resta presque trente ans inactive en raison de sa mauvaise localisation aux limites de la concession (acte de 1861) et de son faible potentiel de développement. La situation changea en 1892, lorsque l’éloignement croissant des travaux du siège no 2 provoqua de graves déficiences de ventilation. La solution retenue fut un aérage en diagonale, nécessitant la remise en service du puits no 1 afin d’assurer une ventilation partielle du no 2 et de permettre l’exploration du nord de la concession du Viernoy, récemment intégrée à la Société des Français[251].

Pour établir la communication entre les deux sièges, il fut décidé de creuser depuis le no 1 une galerie de 400 m à l’étage 260, solution plus sûre tant pour l’aérage que pour la gestion des eaux. La remise en état du puits débuta le  : installation d’une machine d’extraction, d’un châssis à molettes, d’une batterie de générateurs, d’un ventilateur puissant, réparation complète du cuvelage, pose d’une pompe de forte capacité à 140 m et aménagement des guidonnages et échelles de sauvetage[252].

Les travaux souterrains reprirent en 1896 : rétablissement du bouveau nord pour alimenter les générateurs en charbon de la veine Saint‑André, et percement du long bouveau sud destiné à l’aérage. En un an, 570 m furent creusés, recoupant notamment la veine Saint‑Honoré. Une vallée de 161 m dans la veine Saint‑Léonard assura finalement la jonction entre les puits 1 et 2. Un plan incliné automoteur de 120 m fut installé pour acheminer la production du no 1 vers le no 2. Par cet investissement, la Société des Français redonna une seconde vie à la fosse d’Oumont, désormais essentielle : le no 2 assurait l’extraction, tandis que le no 1 devenait le siège principal de l’exhaure et de la ventilation, justifiant pleinement sa réhabilitation[253].

Le puits no 2 dit Vieille Fosse et le puits no 6
Vue sur le site des anciens charbonnages no 6 et 2, situé rue Jules Destrée.

La concession est octroyée le . Le puits, surnommé « Vieille Fosse », est creusé en 1858 et descend jusqu’à 600 mètres de profondeur[254]. Le châssis à molettes d’Anderlues, construit en 1952, surmonte le puits no 2 des Houillères d’Anderlues. Cette superstructure, destinée à assurer la montée et la descente des mineurs ainsi que le transport des matériaux, combine une ossature en acier et des éléments en béton[255]. Le puits no 6 a été creusé en 1937, mis en service en 1943, puis rebouché en 1982[244]. En 1974, la société signe une convention avec Distrigaz (devenue plus tard Fluxys) pour que celle-ci constitue une réserve de gaz dans les vides souterrains de l’ancienne exploitation charbonnière. Cette réserve permettait d’alimenter en hiver la région de Charleroi en gaz naturel. L’activité de Fluxys prend fin en 2003 et le site est assaini en 2006. La commune d’Anderlues a toutefois souhaité préserver des traces de son passé minier en conservant le châssis à molettes du puits no 2 de l’ancienne société[237].

La Cokerie d'Anderlues
Vue sur les anciennes cokeries d'Anderlues en 2022.

La Cokerie d’Anderlues, fondée en 1906, était un important site industriel wallon spécialisé dans la production de coke destiné principalement aux hauts‑fourneaux de la sidérurgie. Le coke y était obtenu par distillation de la houille dans une vaste batterie de fours, procédé permettant d’obtenir un combustible à haut pouvoir calorifique[256]. Le complexe s’étendait sur plusieurs hectares et comprenait les principales installations caractéristiques d’une cokerie moderne[256]:

  • Tour à charbon, où la houille était stockée et préparée avant son introduction dans les fours.
  • Batterie de 38 fours à coke, cœur de la production, où la houille était chauffée en absence d’air pour produire le coke.
  • Bâtiments des sous‑produits, destinés à la récupération du goudron, du gaz de houille et d’autres dérivés valorisables.
  • Les fours de l'ancienne cokerie.
    Centrale électrique et tour de refroidissement, assurant l’autonomie énergétique du site.
  • Infrastructures périphériques : gazomètre, terril et bassin de décantation, témoins de l’ampleur des activités et de leurs impacts environnementaux.

Après près d’un siècle d’activité, la cokerie ferme définitivement en 2002, dans un contexte de désindustrialisation et de normes environnementales de plus en plus strictes. Les reportages photographiques réalisés à la fermeture montrent un site encore complet mais déjà marqué par la vétusté[257]. Au cours des années suivantes, l’abandon entraîne une dégradation rapide des bâtiments, des actes de vandalisme et une pollution persistante du sol et des structures. Certaines parties, comme l’ancien lavoir à charbon, sont démolies, tandis que d’autres restent visibles malgré leur état de ruine[256].

Le site est classé parmi les sites d’activités économiques désaffectés pollués (SAED) prioritaires en Wallonie. En 2008, un arrêté ministériel décide son expropriation pour cause d’utilité publique afin de permettre son assainissement et sa réhabilitation. Cette décision est confirmée par plusieurs arrêts du Conseil d’État en 2010[258]. Des interventions policières récentes montrent que le périmètre reste sensible, notamment en raison de dépôts illégaux de terres et de risques environnementaux.

Aujourd’hui, la Cokerie d’Anderlues demeure un site industriel abandonné, partiellement démoli, fortement pollué mais encore marqué par des structures emblématiques comme la batterie de fours et la tour à charbon. Elle constitue un lieu de mémoire de l’histoire industrielle wallonne et un sujet d’étude pour l’urbex, la photographie et la recherche patrimoniale[256].

Tissu économique actuel à Anderlues

Anderlues présente un tissu économique majoritairement composé de petites et moyennes entreprises : commerces de proximité, artisans du bâtiment, garages et prestataires de services. Les annuaires locaux recensent plusieurs centaines d’établissements actifs sur la commune, couvrant la distribution, la construction, la maintenance et les services de santé[259].

  • Commerce de détail et restauration : supérettes, boulangeries, boucheries, restaurants et cafés constituent l’ossature commerciale des centres-villes et des axes routiers. Les annuaires locaux listent de nombreux commerces de proximité et établissements de restauration[260],[261].
  • Bâtiment et travaux publics : entreprises de maçonnerie, charpente, couverture, peinture et terrassement sont bien représentées, reflétant la demande locale en construction et rénovation[262].
  • Automobile et mécanique : garages, carrosseries et concessions locales fournissent l’essentiel des services automobiles pour la population[260].
  • Santé et services sociaux : pharmacies, cabinets médicaux et services d’aide à domicile figurent parmi les employeurs de proximité[263].

Entreprises et acteurs représentatifs

Data Logging and Calibrations est une société spécialisée dans la fourniture d’équipements de laboratoire et d’instrumentation (agitateurs, compteurs de particules, congélateurs ultra-basse température, systèmes de monitoring). Elle est répertoriée comme fournisseur technique sur des annuaires professionnels pour Anderlues[262].

CarnolConstruct est une entreprise locale active dans les travaux de terrassement, excavation et fondations, citée dans les annuaires professionnels comme prestataire de travaux publics et de construction[262].

Plusieurs pharmacies et prestataires de santé (Pharmacie des Bruyères, Pharmaquet, etc.) assurent la distribution de produits pharmaceutiques et les services de santé de première ligne pour la commune. Ces établissements figurent dans les listes commerciales locales[263].

La commune compte de nombreux artisans (peintres, plombiers, menuisiers, électriciens) et petites sociétés de services (nettoyage, déménagement, imprimerie), qui forment la majorité des entreprises actives à Anderlues selon les annuaires régionaux[263],[260].

Agriculture

Activité dominante depuis la préhistoire, l’agriculture est la seule à avoir traversé sans disparaître les mutations économiques qui ont transformé Anderlues, conservant jusqu’au XXe siècle une place majeure dans l’économie locale. Malgré l’essor charbonnier et l’urbanisation, la commune a maintenu une physionomie largement rurale : en 1984, les terres agricoles couvrent encore 982 ha, soit 58 % du territoire, pour 55 exploitants. Depuis 1846, la superficie agricole a toutefois reculé d’environ 30 %, passant de 1 375 ha à un peu plus de 1 100 ha au milieu du XXe siècle. Le nombre d’exploitants a connu une chute encore plus marquée : 203 en 1846, 192 en 1950, 118 en 1978. Cette diminution s’accompagne d’une concentration progressive des exploitations[264].

L’affectation des sols évolue profondément à partir de 1880, avec la conversion massive des terres de culture en prés et prairies. Les herbages, rares au début du XIXe siècle, deviennent majoritaires : en 1846, 889 ha sont consacrés aux céréales contre 310 aux prairies ; en 1973, la tendance s’inverse nettement (307 ha de céréales pour 514 ha d’herbages). Cette orientation herbagère entraîne une forte croissance du cheptel bovin, notamment des vaches laitières, tandis que la mécanisation provoque l’effondrement du nombre de chevaux agricoles (135 en 1954, 15 en 1978). À la fin du XXe siècle, l’élevage laitier et viandeux constitue ainsi le pilier de l’agriculture locale[265].

Énergie

La commune est en effet la première en Belgique à produire de l’énergie verte à partir du gaz de mine (grisou), contribuant ainsi activement à la préservation de l’environnement et du climat[266],[Note 11].

Commerces

L’activité commerciale d’Anderlues s’est développée parallèlement à l’essor industriel et minier du XIXe siècle. Le village, situé sur un axe de circulation régional, a vu apparaître une série de commerces de proximité auberges, cabarets, épiceries, ateliers‑boutiques destinés à une population en croissance rapide. Le carrefour du Roi des Belges devint l’un des pôles les plus actifs : dès 1887, l’« Auberge‑Relais » d’Émile Rose y accueillait voyageurs et voituriers, combinant restauration, hébergement et services aux chevaux. Cette implantation marque l’un des premiers exemples d’un commerce structuré et durable dans le centre du village. Au tournant du XXe siècle, l’urbanisation progressive et la concentration ouvrière entraînèrent une diversification des activités : marchands de tissus, boulangers, bouchers, quincailliers et petits négociants formaient un tissu dense de commerces familiaux. Les jours de marché et les foires locales renforçaient encore ce rôle de centralité commerciale. L’entre‑deux‑guerres vit l’apparition de magasins spécialisés, souvent issus de lignées d’artisans ou de commerçants déjà implantés. C’est dans ce contexte que Maurice Tricot, issu d’une famille commerçante, s’installa au Roi des Belges en 1922 et, après une brève activité automobile, se lança en 1927 dans le négoce du meuble. Son entreprise, orientée vers le mobilier de qualité, s’imposa progressivement comme l’un des commerces les plus durables d’Anderlues[267].

Après 1945, la modernisation des modes de consommation transforma profondément le paysage commercial. Les petites boutiques traditionnelles demeurèrent nombreuses jusque dans les années 1960, mais l’essor de la mobilité automobile et l’apparition des premiers supermarchés régionaux modifièrent les habitudes d’achat. Anderlues, situé entre Binche et Charleroi, vit s’implanter des surfaces plus vastes en périphérie, tandis que certains commerces familiaux se spécialisèrent ou se regroupèrent pour maintenir leur activité. Les enseignes locales les plus solides comme Tricot Rose & Fils poursuivirent leur développement en misant sur la qualité, le service et la fidélisation de la clientèle[267].

À la fin du XXe siècle, le commerce anderlusien se caractérisait par un double visage : un centre‑bourg animé par des commerces de proximité (alimentation, horeca, services) et une périphérie marquée par l’implantation de grandes surfaces et de magasins spécialisés. Cette évolution reflète les mutations économiques de la région : déclin industriel, reconversion progressive et montée d’un commerce davantage structuré autour de pôles d’attraction régionaux[267].

Le commerce contemporain d’Anderlues repose sur un ensemble de supermarchés implantés le long des axes structurants, principalement les chaussées de Charleroi et de Mons :

  • Carrefour Market Anderlues, situé chaussée de Charleroi 107, constitue l’une des principales enseignes. Il propose un assortiment complet incluant produits frais, boucherie‑traiteur, boulangerie sur place et services de retrait en magasin[267];
  • Intermarché Anderlues dispose de deux implantations : l’une chaussée de Mons 225, ouverte tous les jours avec services de boucherie, poissonnerie, boulangerie et plats traiteurs[268]; l’autre rue Émile Vandervelde, également orientée vers l’alimentation générale[269];
  • Colruyt Anderlues, rue de la Station 4, complète l’offre en proposant son modèle de prix bas et de vente en vrac[270];
  • Aldi Anderlues, chaussée de Charleroi 127, renforce la présence du hard‑discount dans la commune[269]. Autour de ces grandes surfaces subsiste un réseau de petits commerces alimentaires :
    • épiceries indépendantes comme Alimentation Générale Point Shop (chaussée de Thuin 115) ou Kondre/Michel (rue de Maubeuge 351)[269];
    • boucheries locales, dont Yazar/Suleyman (rue du Vieux Cimetière 9) ou Renmans (chaussée de Charleroi 127)[269].

Ces établissements jouent un rôle complémentaire : horaires étendus, proximité immédiate, spécialisation ou produits d’appoints. Ces enseignes structurent l’essentiel des achats alimentaires des habitants et attirent également une clientèle des communes voisines, grâce à leur accessibilité et à la concentration de parkings.

Santé

Les services de santé à Anderlues s’organisent autour d’un réseau dense de centres médicaux pluridisciplinaires, de praticiens généralistes, de services paramédicaux et de structures d’hébergement pour personnes âgées. Cette offre, répartie sur l’ensemble du territoire communal, assure une prise en charge de proximité pour une population en grande partie résidentielle.

Centres médicaux et médecine générale

Plusieurs centres structurent l’accès aux soins primaires. Le Centre médical et paramédical de la chaussée de Charleroi regroupe médecins généralistes, spécialistes (cardiologie, pédiatrie, médecine sportive, orthopédie) ainsi qu’un large éventail de disciplines paramédicales, dont kinésithérapie, nutrithérapie, podologie et psychologie[271]. Le Centre de Médecine situé place de la Gare, intégré au réseau du CHU Charleroi, constitue un autre pôle important de consultations et de services médicaux de proximité[272]. À ces structures s’ajoutent de nombreux cabinets de médecine générale répartis dans le centre et les quartiers périphériques, assurant une couverture continue du territoire communal[273].

Services paramédicaux et laboratoires

L’offre paramédicale est étoffée : kinésithérapeutes, infirmiers à domicile, pédicures médicaux et psychologues exercent tant au sein des centres médicaux que dans des cabinets indépendants. Le laboratoire Synlab Anderlues, installé chaussée de Charleroi, assure les prises de sang et tests PCR, renforçant l’accessibilité aux analyses médicales courantes[274].

Maison de repos

Anderlues dispose de plusieurs maisons de repos et de soins, qui constituent un volet essentiel de l’offre sanitaire locale. La Résidence Le Marais et la Résidence Le Mallory, toutes deux situées le long des axes principaux, accueillent des personnes âgées nécessitant un accompagnement quotidien ou une prise en charge plus spécialisée. Ces établissements proposent hébergement, soins infirmiers, activités sociales et suivi médical régulier[274]. On note notamment la présence de la Résidence Le Douaire, rue du Château, Résidence Le Royale, chaussée de Charleroi.

Transports

Métro léger du TEC, près de l'arrêt « Monument ».

Transports en commun

Anderlues, constitue l’un des terminus historiques du métro léger de Charleroi, tout en étant desservie par le réseau d’autobus du TEC Hainaut et du TEC Charleroi, opérés depuis 2019 par l’Opérateur de Transport de Wallonie (OTW)[275].

Métro léger

Le métro léger de Charleroi (Métro Léger de Charleroi, MLC) est un réseau de 33 km de type métro léger / tramway rapide, organisé autour d’une boucle centrale et de trois antennes suburbaines, dont celle d’Anderlues, située à l’ouest de l’agglomération. Le réseau est exploité par le TEC Charleroi et fonctionne en écartement métrique (1 000 mm).

Le dépôt d'Anderlues.

L’antenne d’Anderlues constitue l’une des branches historiques du réseau. Elle s’étend sur 14 km, comprenant dix stations et six arrêts de tramway, et prolonge la boucle centrale vers l’ouest. Après la station Pétria, la ligne quitte les infrastructures de prémétro pour emprunter un tracé de type tramway classique, issu de l’ancien réseau vicinal.

Les services y sont assurés par les lignes M1 et M2, qui se distinguent uniquement par leur sens de circulation dans la boucle centrale de Charleroi. Ces lignes ont été mises en service sous leur forme actuelle en 1993, succédant à l’ancienne ligne vicinale 90, qui reliait autrefois Charleroi à Binche puis La Louvière. Anderlues dispose d’un dépôt pour les bus et les métros, situé rue des Déportés.

Bus
Un bus de la ligne 136 sur la chaussée de Mons.

La commune est notamment desservie par le bus 30 Anderlues - Morlanwelz - La Louvière - Strépy-Bracquenies - Thieu. Le bus 91 relie Chapelle-lez-Herlaimont à Montigny-le-Tilleul, en passant évidemment par Anderlues. Enfin, le bus 136 relie les communes d'Anderlues-Binche-La Louvière-La Hestre.

Routes

Anderlues est traversée par deux routes nationales : la nationale 90, qui relie Mons à Liège, la national 59 qui relie Seneffe (hameau de Claire Haie) à Gozée et une parie de cette route qui est la nationale 59b s'arrête à Anderlue au carrefour du Roi des Belges.

Gare

L'ancienne gare d'Anderlues.

La gare d’Anderlues, située dans la commune d’Anderlues , était une gare de la ligne 110 reliant Piéton à Bienne-lez-Happart. Mise en service le , elle fut construite selon le plan type 1873, typique des gares belges de l’État. Elle ferma au trafic voyageurs le , puis au trafic marchandises en 1989[276], date à laquelle la portion restante fut exploitée comme ligne industrielle 281.

Le bâtiment voyageurs, toujours existant, a été reconverti en habitation privée après avoir servi un temps de café, tandis que la halle aux marchandises est devenue un restaurant. L’ensemble se situe à une altitude de 193 m, au point kilométrique 4,9 de l’ancienne ligne. Aujourd’hui désaffectée, la gare constitue un témoignage du patrimoine ferroviaire wallon, et un projet de chemin RAVeL est envisagé sur l’assiette de l’ancienne ligne 110, passant à proximité immédiate du site.

Sport et vie associative

Sport

Infrastructures sportives

Anderlues possède le complexe sportif Jean-Claude Hody, rue de Maubeuge. Terrain de mini-foot et de basketball, rue Picot.

La commune d'Anderlues possédait une piscine, mais divers problèmes sont survenus : une rénovation entamée en 2000 qui a duré toute une décennie, une réouverture en 2017 suivie d’une fermeture deux jours plus tard à cause d’un excès de chlore[280], puis une fermeture définitive en raison de graves problèmes de condensation et de toiture, menaçant la sécurité des usagers et des installations électriques[281]. En 2025, la piscine est qualifiée de « piscine fantôme » : toujours fermée, coûteuse à entretenir et au cœur d’un litige impliquant la commune, l’architecte et l’entrepreneur. La Région wallonne, qui avait subsidié le projet, a demandé des comptes, poussant la commune à envisager une reconversion du bâtiment en salle multisports, la remise en état complète étant jugée techniquement et financièrement irréaliste[282]. Malgré cela, la commune garde l’espoir d’une nouvelle piscine pluricommunale, potentiellement subsidiée à 80 %, mais dépendante d’accords intercommunaux difficiles à obtenir[282].

Vie associative

Scoutisme : Unité Scoute d’Anderlues – 6TO, activités hebdomadaires, camps, jeux d’équipe, apprentissage de l’autonomie, rue des Bruyères 58.

Personnalités

Notes et références

Voir aussi

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