Mort de Renée Good

exécution d'une citoyenne américaine par l'ICE dans le Minnesota From Wikipedia, the free encyclopedia

La mort de Renée Good survient dans la matinée du à Minneapolis (Minnesota, États-Unis), lorsque cette citoyenne américaine de trente-sept ans est atteinte par plusieurs balles d'arme à feu tirées par un agent fédéral du service de l'immigration et des douanes (ICE). Les forces de l'ordre présentes ne portent pas immédiatement secours à la victime tout en faisant obstacle aux premiers soins proposés par un médecin.

Type
Attaque par tir, killing, mort filmée, abattu par des agents des forces de l'ordre (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Faits en bref Type, Localisation ...
Mort de Renée Good
Portland Avenue à Minneapolis où Renée Good a été abattue, peu après les faits.
Présentation
Type
Attaque par tir, killing, mort filmée, abattu par des agents des forces de l'ordre (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Localisation
Coordonnées
Fermer

L'événement, qui a lieu dans le cadre de l'opération de contrôle migratoire Metro Surge, fait l'objet de multiples controverses, liées notamment à la communication du gouvernement fédéral qui qualifie la victime de terroriste et prétend que le tireur a été heurté et blessé, version largement contestée par les médias, l'ONU, les ONG dont Human Rights Watch, le parti démocrate et les élus du Minnesota, après le visionnage des images tournées durant l'intervention policière.

La décision du département de la Justice (DOJ) de ne pas poursuivre l'auteur du tir, mais d'enquêter sur la veuve de la victime entraîne la démission de plusieurs procureurs.

La situation suscite d'importantes manifestations dans un contexte de confrontation politique entre les pouvoirs locaux et l'État fédéral. Quelques semaines plus tard, la mort d'Alex Pretti, un drame similaire qui implique d'autres agents fédéraux à Minneapolis, survient.

Contexte

Le , le département de la Sécurité intérieure (DHS) annonce le lancement de ce qu'il présente comme la plus vaste opération de contrôle migratoire jamais menée dans la région. Environ 2 000 agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) sont mobilisés dans l'aire métropolitaine de Minneapolis-Saint Paul (Minnesota). Molly Coleman, membre du conseil municipal de Saint Paul, qualifie la première journée de cette opération d'« absolument inédite »[1].

Parmi les agents fédéraux figurent des enquêteurs du DHS, spécialisés dans les dossiers de fraude potentielle aux droits sociaux. L'État du Minnesota a été en effet marqué depuis 2022 par une fraude sociale massive liée au détournement de l'aide aux réfugiés somaliens[2]. Cette fraude a été relayée par les réseaux sociaux, en particulier par le youtubeur américain Nick Shirley, le , dans une vidéo reprise par la sphère MAGA, dont Donald Trump lui même[3],[4].

Depuis le début des interventions des agents de l'ICE, armés et masqués, sur l'ensemble du territoire des États-Unis, les habitants tentent de s'opposer à eux en organisant des comités de vigilance de quartier, à la fois pour avertir de l'arrivée des agents et pour documenter les arrestations. D'après Keith Ellison, procureur général du Minnesota, des habitants de Minneapolis ont eu l'impression « d'avoir à faire face à un groupe paramilitaire hostile qui maltraite, insulte et terrorise leurs voisins » et ils ont réagi : « Les gens ont sorti leurs sifflets et ont mis en place un système d'alerte pour signaler la présence de l'ICE dans le quartier. Ils manifestent. Ils sont sur le terrain pour protéger leurs voisins »[5].

Déroulement des faits

Vidéo externe
Vidéo prise par une femme témoin de la scène et publiée sur YouTube par Minnesota Reformer (en)
Lien direct

L'événement se produit sur Portland Avenue, entre les 33e et 34e rues Est, au cœur du quartier Central (en) de Minneapolis (Minnesota)[6], au cours d'une opération de l'ICE. D'après les témoins présents, quatre agents de l'ICE, arrivés à bord de deux véhicules, en descendent et encerclent une automobile Honda Pilot rouge qui obstrue la chaussée[7].

Des enregistrements vidéo de la scène montrent plusieurs agents s'approchant du véhicule immobilisé en travers de la route[8]. La conductrice fait signe à plusieurs reprises aux véhicules de l'ICE de la dépasser, avant que les agents sortis de leurs véhicules ne lui ordonnent de sortir du sien[9],[8],[10],[11],[12].

Vidéo tournée au smartphone par l'auteur du tir.

Dans la vidéo dont l'auteur est le tireur lui-même (il tient alors le téléphone portable de la main droite), on voit Renée Good lui parler depuis son véhicule: « Tout va bien, mec, je ne t'en veux pas » (« That's fine dude. I'm not mad at you. »)[13]. L'agent fédéral contourne ensuite le véhicule par l'arrière et lorsqu'il se trouve du côté droit de la Honda, la compagne de Renée Good s'adresse à lui sur un ton sarcastique parce qu'il filme la plaque minéralogique de la voiture : « juste pour ton information, on ne change pas les plaques tous les matins, ça sera la même plaque lorsque tu reviendras plus tard. Tu veux t'en prendre à nous ? Va te chercher à manger, grand garçon. ». Peu après, alors qu'il passe à l'avant du véhicule, l'agent place son téléphone dans sa main gauche[14],[15].
L'utilisation d'un smartphone par l'agent est critiquée par un policier expérimenté, interviewé par CNN : « Si vous êtes vraiment préoccupé par votre sécurité, alors pourquoi se lier les mains et concentrer son attention sur son téléphone cellulaire ? Ils [Les agents de ICE] ne se sentaient clairement pas menacés »[16].

En s'appuyant sur trois vidéos différentes diffusées sur les réseaux sociaux, Joseph Cox, de 404 Media, indique que deux agents se sont avancés vers le véhicule de Good. Sur les enregistrements, on entend une personne crier : « Get out of the fucking car! » (« Sors de cette putain de voiture ! »)[17].

Pendant ce temps, deux autres agents s'approchent du côté gauche du Honda Pilot et l'un d'eux tente d'ouvrir la portière côté conducteur, puis tente de passer la main par la fenêtre dont la vitre est baissée[18]. Sur le côté droit, la compagne de Good essaie d'ouvrir la portière côté passager, mais la voiture recule alors, elle ne parvient pas à monter à bord et s'exclame : « Drive baby, drive » (« Roule, bébé, roule »). Good, après avoir légèrement reculé, braque à fond à droite pour remettre son véhicule dans l'axe de la route, s'éloignant ainsi des deux agents. Le premier agent qui a fait le tour du véhicule se trouve à cet instant près de l'avant gauche du Honda Pilot. Il dégaine alors son arme[15]. L'agent ouvre le feu à travers le pare-brise en tirant une première balle, puis tire encore à deux reprises, à travers l'ouverture de la vitre latérale qui est abaissée[18]. La voiture s’éloigne ensuite sur la gauche de l'avenue et vient percuter une Honda Accord Coupé blanche en stationnement ainsi qu'un lampadaire quelques mètres en contrebas[9],[8],[17],[18]. À la fin de la vidéo du tireur, on entend une voix (a priori celle du tireur) qui dit : « Fucking bitch! » (« Putain de salope »). Une spectatrice qui a filmé toute la scène, Caitlin Callenson, interpelle le tireur, qui vient de rengainer son arme et se dirige vers son automobile : « What the fuck did you do? You are a fucking criminal […] do you have a conscience? » (« Qu'est-ce que t'as fait, bordel ? T'es un putain de criminel […] t'as pas de conscience ? »).

Une vidéo montre un agent armé de l'ICE qui empêche un témoin de secourir la victime. Le témoin se présente comme médecin : « I'm a physician! » (« Je suis médecin ! »), à quoi l'agent répond : « I don't care » (« Ça m'est égal »)[19]. Aucun soin ne lui est prodigué pendant près de quinze minutes et, lorsque les premiers secours arrivent, leurs véhicules ne peuvent atteindre la zone à cause des voitures de l'ICE ; ils doivent donc rejoindre la victime à pied. Renée Good est touchée mortellement. Un témoin affirme que le tireur a quitté les lieux et est monté dans un véhicule de l'ICE[10],[11].

Selon le rapport établi par les pompiers de Minneapolis, Renee Good a été blessée quatre fois : deux fois dans le côté droit de la poitrine, une à l'avant-bras gauche, et une du côté gauche de sa tête. L'autopsie réalisée plus tard à la demande des avocats de la famille a établi que ces quatre blessures étaient dues à trois coups de feu[20]. Du sang s'écoulait de son oreille gauche. Les secours ont trouvé Renee Good sans connaissance à 9 h 42. Elle ne respirait plus, son pouls était faible et irrégulier[21]. Elle a été déclarée morte à 10 h 7[22],[23],[24].

Victime

Faits en bref Naissance, Décès ...
Renée Good
Photographie de Renée Good 26 secondes avant d'être abattue par Jonathan E. Ross.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 37 ans)
Minneapolis
Nom dans la langue maternelle
Renée Nicole Macklin GoodVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Renee Nicole GangerVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Formation
Université Old Dominion (bachelier) (jusqu'à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Becca Good (en) (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Fermer

La conductrice du véhicule, Renée Nicole Macklin Good, est transportée à l'hôpital où son décès est constaté. Âgée de 37 ans, elle vivait à Minneapolis-Saint Paul avec sa compagne qu'elle présentait comme son épouse sur les réseaux sociaux[25] et avait un enfant de six ans. Le père de celui-ci, Timmy Ray Macklin Jr., est mort en 2023[26]. Elle avait deux autres enfants, une fille de quinze ans et un garçon de douze ans, issus d'un premier mariage[25]. Elle était écrivaine et poétesse[26],[27]. Selon son premier mari, elle était une chrétienne fervente et avait participé à des missions humanitaires auprès de jeunes en Irlande du Nord[25]. Selon le chef de la police de Minneapolis, Brian O'Hara (en), rien ne prouve que Good « ait fait l'objet d'une enquête ou d'une action des forces de l'ordre »[6]. Sa mère, Donna Ganger, déclare qu'elle n'avait participé à aucune manifestation contre l'ICE[26]. La sénatrice du Minnesota Tina Smith a confirmé que Good était citoyenne américaine[28].

Selon les responsables municipaux, Renée Nicole Good est présente sur Portland Avenue en tant qu'observatrice légale (en) et bénévole des activités des agents fédéraux[25]. Son but est alors de contribuer à maintenir le calme, prévenir les débordements et garantir le respect des droits humains[29]. Selon son ex-époux, elle venait juste de déposer son fils à l'école et elle rentrait chez elle lorsqu'elle a croisé un groupe d'agents de l'ICE[30].

Il s'agit de la 16e personne touchée par des tirs de l'ICE depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump[31].

Auteur du tir

Faits en bref Naissance, Nationalité ...
Jonathan Ross
Biographie
Naissance
Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Richwoods High School (en) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Militaire (-), agent d'expulsionVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
ICE Enforcement and Removal Operations (d) (depuis )
United States Border Patrol (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Arme
Unité
Indiana National Guard (en) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Grade militaire
Spécialiste (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflit
Victimes
InconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Fermer

La famille du tireur, soucieuse de sa réputation, annonce à la presse qu'il se nomme Jonathan E. Ross, qu'il a 43 ans, a servi en Irak et a rejoint l'ICE en 2013[32]. Il était artilleur de la garde nationale en Irak entre 2004 et 2005, puis membre de la patrouille frontalière à partir de 2007[33],[34]. Il a été gravement blessé six mois plus tôt lors d'une interpellation qui a mal tourné et au cours de laquelle il a été traîné sur près de cent mètres par une automobile[35] conduite par Roberto Carlos Muñoz-Guatemala.

Arborant des slogans MAGA lors de la campagne présidentielle, décrit comme « chrétien conservateur » par son père, Jonathan E. Ross est marié depuis 2012 à une femme d'origine philippine âgée de 37 ans, naturalisée, avec laquelle il a deux enfants[32],[36]. La famille et les amis de Ross le décrivent comme un « chrétien conservateur pur et dur et partisan de MAGA », qui arbore le Gadsden flag et des autocollants Trump/Vance. Selon le Star Tribune Jonathan E. Ross semble avoir défendu des suprémacistes blancs en ligne et s'est disputé avec sa famille sur les réseaux sociaux au sujet du groupe suprémaciste blanc les Proud Boys[37].

Réactions de personnalités

Déclarations de personnalités politiques

Gouvernement fédéral

Réagissant immédiatement après les faits sur son réseau social Truth Social, le président des États-Unis Donald Trump décrit Good comme « très désordonnée et obstructionniste, qui a ensuite violemment, délibérément et sauvagement renversé l'agent de l'ICE, lequel semble avoir riposté en état de légitime défense ». Il ajoute « avoir du mal à croire que l'agent soit encore en vie, mais qu'il se remet actuellement à l'hôpital ». Le même jour, le président Donald J Trump affirme que « selon ses propres informations, Renée Good était une agitatrice professionnelle, un membre de ICE Watch »[38],[39]. Des journalistes ayant fait remarquer que la vidéo ne montrait pas l'agent se faire renverser, il a répondu : « Eh bien, moi… mon point de vue... », puis a ajouté : « C'est une scène terrible, je trouve ça horrible à regarder. Non, ça me fait mal au cœur[40],[41]. » Le , devant l'ampleur du mouvement de protestation, il qualifie l'événement de tragédie et affirme que parfois les policiers peuvent faire des erreurs[42],[43].

Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, à Minneapolis la veille des faits.

La secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem déclare immédiatement après les faits le à 11 h 3 (heure locale) que Renee Good était une activiste qui avait commis « un acte de terrorisme intérieur » : Good « les a attaqués, ainsi que les personnes qui les entouraient, et a tenté de les renverser avec son véhicule. Un de nos agents a réagi promptement et a tiré en état de légitime défense pour se protéger et protéger les personnes présentes »[17]. Elle soutient que les agents ont été « entourés et agressés » avant le tir fatal, que l'agent a été heurté par le véhicule, qu'il est blessé et hospitalisé ; aucune preuve n'est apportée de ce passage à l'hôpital[44]. Elle affirme encore que Renée Good a passé la journée à harceler et entraver les agents de l'ICE, alors que les tirs ont eu lieu en milieu de matinée[45] (peu après 9h30).

La porte-parole du département de la Sécurité intérieure (DHS), Tricia McLaughlin, déclare qu'un agent de l'ICE, « craignant pour sa vie », a tiré sur la femme en état de légitime défense après qu'elle a tenté de les renverser avec sa voiture, dans ce que McLaughlin qualifie d'« acte de terrorisme intérieur »[6]. Ces affirmations sont contredites par des vidéos de l'événement, selon un article du Guardian[1]. Dans une publication sur les réseaux sociaux, le DHS indique que plusieurs agents sont blessés, mais que leur état est stable. Le Guardian rapporte qu'« aucun signe visible de blessure » n'est observable chez les agents de l'ICE sur les vidéos[1].

Le , dans une conférence de presse, le vice-président des États-Unis J. D. Vance, évoquant la possibilité de poursuites à son encontre par l'État du Minnesota, affirme que l'immunité est garantie pour le tireur : « Les choses sont très simples. Vous avez un officier fédéral impliqué dans une action policière fédérale, c'est donc une affaire fédérale. Ce gars est protégé par une immunité absolue, il ne faisait que son boulot »[46]. Il accuse les grands médias de mentir en présentant l'agent d'ICE comme un meurtrier et affirme que Renée Good est victime d'une tragédie causée par elle-même : « il y a une partie de moi qui se sent très triste pour cette femme, pas seulement parce qu'elle a perdu la vie, mais parce qu'elle est victime de l'idéologie d'extrême-gauche. Quelle jeune mère décide de venir empêcher les forces de l'ordre de faire leur travail ? ». Selon lui, une des vidéos prouve que l'agent a été heurté par l'automobile, ce qui justifierait les tirs[47].

Élus locaux

Tim Walz, gouverneur du Minnesota (ici en 2025).

Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, dénonce, lors d'une conférence de presse organisée le jour même des faits, « les effets d'une gouvernance fondée sur la peur, la recherche du sensationnel et la création de conflits », avant d'ajouter : « Nous n'avons pas besoin d'un soutien supplémentaire du gouvernement fédéral ». Il impute la fusillade à l'administration Trump, rappelant la frustration des habitants face à l'intensification des contrôles fédéraux de l'immigration visant Minneapolis. « Nous alertons depuis des semaines sur le fait que les opérations dangereuses de l'administration Trump constituent une menace pour la sécurité publique et que des victimes allaient être blessées[25] ». Le lendemain, , lors d'une nouvelle conférence de presse, il révèle que les enquêteurs de l'État du Minnesota (bureau d'enquêtes criminelles du Minnesota) n'ont pas obtenu la possibilité de participer à l'enquête qui sera confiée exclusivement au FBI. Il critique par ailleurs le président Trump, le vice-président Vance et la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, les accusant d'avoir porté un jugement sur la victime avant même que les faits ne soient connus. « Ils ont jugé sur le caractère d'une mère de 37 ans qu'ils ne connaissaient même pas », déclaré Walz, ajoutant que Noem s'était comportée comme « juge, jury et, en gros, bourreau » dans ses déclarations publiques. Évoquant le fait qu'un agent de l'ICE a empêché un médecin de porter les premiers secours à la victime mourante en lui répondant « je m'en fiche », il commente : « Ce manque d'humanité m'a glacé le sang ». Enfin, craignant une escalade, il exhorte les agents de l'ICE à ne pas lancer d'opérations dans les écoles de la ville, et demande à la population de garder son calme. Il dit reconnaitre le « désir humain de se venger », mais avertit que des troubles violents ne feraient que servir les intérêts de ceux qui cherchent un prétexte pour déployer davantage de forces fédérales[48].

Jacob Frey, maire de Minneapolis (ici en 2025).

Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, réagissant ensuite aux affirmations du DHS selon lesquelles la conductrice aurait utilisé son véhicule comme une arme pour renverser l'agent, souligne que les images disponibles ne semblent pas corroborer cette version, déclarant notamment : « Ayant vu la vidéo moi-même, je tiens à dire à tout le monde que c'est absurde » et « À l'ICE : foutez le camp de Minneapolis ! »[28]. Dans une tribune publiée dans le New York Times, et titrée « Je suis le maire de Minneapolis et Donald Trump vous ment ». Jacob Frey exprime sa colère et son émotion face aux abus des forces de l'ordre fédérales déployées sur ordre de Donald Trump aux quatre coins des États-Unis. Il écrit : « Le récit mensonger du gouvernement Trump au sujet de la mort de Renee Good et la diabolisation de la victime "ne sont qu'une partie d'un mensonge plus vaste" (…) Le gouvernement veut faire croire au public américain que la répression fortement militarisée menée par l'ICE à travers le pays vise à assurer la sécurité de villes comme Minneapolis. Mais ce n’est pas le cas" ». Pour le maire, il s’agit d’une opération pour « diaboliser non seulement les immigrés, mais aussi tous ceux qui les accueillent et reconnaissent leur contribution »[49],[50]. Le , lors d’une conférence de presse et d’une intervention sur Fox News[51], Jacob Frey appelle la population au calme, après de nouvelles manifestations, certaines ayant dégénéré en affrontements violents avec les agents de l’ICE[52]. Il exhorte la population à ne pas mordre à l’hameçon de l’administration Trump[53].

Réunis le , la majorité des élus du conseil municipal de Minneapolis demandent l'arrestation de l'agent responsable de la mort de la femme de 37 ans ainsi que le départ de l'ICE. « Quiconque tue quelqu'un dans notre ville mérite d'être arrêté, d'être soumis à une enquête et d'être poursuivi dans toute la mesure permise par la loi », écrivent 11 des 13 membres du conseil municipal dans une déclaration commune[54].

Parti démocrate

Kamala Harris, l'ancienne vice-présidente, dénonce la version donnée par l'administration Trump selon laquelle un agent de la police fédérale de l'immigration aurait tué une femme à Minneapolis dans un acte de légitime défense. Elle déclare que l'explication donnée n’est que « pure manipulation » : « Plusieurs d'entre nous ont vu cette vidéo horrible et douloureuse, qui montre clairement que l'explication donnée par l'administration Trump à propos de cette fusillade n'est que pure manipulation », déclare-t-elle[54].

Eric Swalwell, élu démocrate de Californie, membre du Congrès, s'exprimant devant la Commission judiciaire de la Chambre des représentants, le , montre aux autres représentants des photos de la boite à gants du véhicule avec des gâteaux et des peluches pour signifier que Renée Good ne représentait pas une menace, qu'elle n'était qu'une maman et il qualifie sa mort de meurtre. Il accuse le gouvernement de mentir délibérément sur les faits pour défendre le meurtrier de l'ICE et demande la fin de l'impunité des agents fédéraux[55].

Le représentant démocrate du Massachusetts, Jim McGovern, écrit sur X, le , que Trump utilise l'ICE « comme une police secrète », accusant l'agence de « méthodes dignes de la Gestapo »[56].

Plusieurs pancartes brandies pendant des manifestations suite à l'événement comparent, comme Britnee Timberlake (en), l'acte de l'agent de l'ICE à la barbarie nazie.

La sénatrice de l'État du New Jersey, Britnee Timberlake (en), déclare le « Ce que le gouvernement fédéral demande à l'ICE de faire est inadmissible (...) Je suis convaincue, et j'espère qu'un jour l'histoire parlera d'elle-même, et que ceux qui commettent ces actes illégaux se retrouveront dans la même situation que ceux qui ont perpétré des actes illégaux dans l'Allemagne nazie, lors des procès de Nuremberg. »[56]

Le , le lendemain de la mort d'Alex Pretti, deux anciens présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama s'indignent des mensonges de l'administration fédérale au sujet des tirs mortels ayant atteint Renée Good et Alex Pretti, et appellent à un sursaut national pour défendre les valeurs américaines[57],[58],[59].

Parti socialiste français

Le , premier secrétaire du Parti socialiste français, Olivier Faure, adresse une lettre à Jacob Frey où il exprime la « solidarité la plus profonde » de son parti au maire, au gouverneur de l'État et aux habitants de Minneapolis et salue son attitude forte et digne qui «  résonne tout particulièrement auprès de milliers de maires et d'élus locaux dans notre pays qui, comme vous, voient dans la démocratie locale un lieu de protection des habitants, de respect de l'État de droit et de défense concrète des valeurs démocratiques »[60].

Organisations internationales, ONG et autorités religieuses.

Jeremy Laurence, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme déclare devant les journalistes à Genève le mardi « En vertu des règles internationales en matière de droits de l’homme, l’usage intentionnel de la force létale n’est autorisé qu’en dernier recours contre une personne représentant une menace imminente pour la vie (…) Nous prenons note des investigations du FBI et insistons sur la nécessité d’une enquête rapide, indépendante et transparente sur la mort de Renée Nicole Good, 37 ans, tuée par un agent de la police de l’immigration (ICE) »[61].

Selon l’ONG Human Right Watch : « L’agent se trouvait sur le côté gauche du véhicule, en dehors de sa trajectoire directe, et le véhicule s’éloignait de lui et des autres agents. L’analyse combinée des vidéos montre que l’agent ne pouvait pas craindre de manière raisonnable que sa vie était en danger, ou qu’il risquait de subir des blessures graves (…) le récit des faits présenté par le gouvernement est totalement incompatible avec toute analyse raisonnable des images vidéo »[62].

Le , lors d’une veillée en hommage à Renée Good, A. Robert Hirschfeld évêque de l'Église épiscopale du New Hampshire a exhorté le clergé à se préparer à « une nouvelle ère de martyre » face à l’escalade de la part des autorités fédérales de l’immigration « Je leur ai demandé de régler leurs affaires, de rédiger leur testament, car il se pourrait que le moment ne soit plus venu de faire des déclarations, mais d’agir concrètement, corps et âme, pour protéger les plus vulnérables des puissants de ce monde[63],[64]. »

Artistes, influenceurs et experts

Acteurs

Le , lors de la 83e cérémonie des Golden Globes, les acteurs Mark Ruffalo, Natasha Lyonne et Wanda Sykes arborent des badges « Be Good » et « ICE out » créés par l'Union américaine pour les libertés civiles en hommage à Renée Good[65],[66]. L’actrice Jean Smart déclare aux journalistes « un point de non-retour atteint dans le pays (...) Certains trouvent ça agaçant que des stars parlent de sujets politiques et sociétaux. Mais je ne suis pas une actrice là, je suis une citoyenne et une mère » puis elle est montée sur scène avec son badge pour recevoir le prix de la meilleure actrice dans une série humoristique pour son rôle dans Hacks[67].

Le , Matt Damon portant un badge « Be Good » au revers de sa veste déclare vouloir « alerter sur ce qui se passe et qui inquiète des millions d’Américains[68],[69]. »

Le , après la mort d'Alex Pretti, d'autres artistes s'expriment comme Natalie Portman[70] et Olivia Wilde[71] dénoncent les actions de l’ICE dans des interviews et arborent des badges ICE out[72].  

Chanteurs

Des chanteurs, Jesse Welles, Odin Scott Coleman, Caitlin Cook, Zach Schmidt écrivent et diffusent, dès le lendemain des faits, des chansons sur la mort de Renee Good[73].

Le , Bruce Springsteen dédie lors d'un concert sa chanson The Promised Land à Renée Good, et dénonce l'ICE qui utilise selon lui des méthodes de la Gestapo[74]. Le , quelques jours après la mort d'Alex Pretti des mains des agents de l'ICE, il met en ligne la chanson Streets of Minneapolis, écrite et enregistrée en deux jours, afin de protester contre ces assassinats[75].

Influenceurs

Joe Rogan, animateur de podcasts politiques aux États-Unis avec plus de 30 millions d’abonnés proches des thèses de Donald Trump, approuve la chasse aux immigrants illégaux mais critique vivement les méthodes de l’ICE comparée à la Gestapo de l'Allemagne nazie[76]. Commentant les vidéos, Joe Rogan contredit le récit officiel qui affirme une intention de heurter Jonathan E. Ross. Pour Rogan, la conductrice tentait de détourner sa voiture[77].

Jake Lang, militant nationaliste, suprémaciste blanc, ancien émeutier de l’attaque du Capitole du 6 janvier gracié par Trump, appelle le à une contre-manifestation en centre-ville de Minneapolis. Avec sa dizaine de partisans qui l'ont rejoint, il est chassé violemment par plusieurs centaines de manifestants[78].

Des influenceurs MAGA reprennent les éléments de langage de l'administration Trump et les diffusent à grande échelle. Le podcasteur conservateur Matt Walsh suivi par plus de 4 millions de personnes déclare sur X que sa mort n'est pas discutable, qu'elle est totalement justifiée. « Elle est responsable à 100 % de sa propre mort ». L'influenceur Nick Fuentes renchérit en qualifiant Renée Nicole Good de « pute » et qu'elle méritait sa mort[79].

Experts et universitaires

Cynthia Miller-Idriss, sociologue, professeure en affaires publiques à l’Ecole d’affaires publiques et d’éducation de l’université américaine de Washington, fondatrice du Laboratoire d’innovation et de recherche sur la polarisation et l’extrémisme (PERIL) considère que la mort de Renée Good marque une extension de la violence d’extrême droite, autrefois relayée aux marges de la société et maintenant assumée par le gouvernement fédéral[80].

Daniel Schneidermann, journaliste et essayiste français, spécialiste de la critique des médias, dénonce, le , l’absence de réaction politique en France : « le silence des politiques est assourdissant. Comme si ce meurtre ne préfigurait pas l’avenir possible de toutes les démocraties menacées de trumpisation »[81],[82].

Le professeur de droit et de théorie politique à l'université Columbia et à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) Bernard Harcourt (en) déclare « D'après les différentes vidéos prises au moment des faits et assemblées par le New York Times, cela ne ressemble pas à un cas de légitime défense (…) (Renée Nicole Good) reculait lentement et avait tourné ses roues pour descendre la rue. La personne qui a tiré se trouvait du côté gauche de la voiture[29] ».

Réactions populaires

Manifestations en mémoire de Renée Good aux États-Unis

Veillée à Minneapolis pour Renée Good le .
Manifestation à New York le soir du .
Manifestation à Columbus (Ohio) le .
Rassemblement devant la Maison-Blanche le .

Le , des rassemblements ont lieu à Chicago[83], à Washington[84] et à New York[85]. Le , de nombreuses mobilisations ont lieu dans l'ensemble des États-Unis, rassemblant des dizaines de milliers de manifestants pour dénoncer les pratiques de l'agence fédérale chargée de l'immigration et des douanes (ICE)[86],[87]. D'autres rassemblements ont lieu le même jour à Portland (Oregon), où deux personnes sont blessées lors d'un tir par arme à feu impliquant des agents fédéraux[87], dont 10 000 à Minneapolis[88].

Manifestations et actions collectives en mémoire de Renée Good à Minneapolis

Manifestations

Le , des centaines de manifestants se rendent sur les lieux de la mort de Renée Good[89]. Le gouverneur Walz appelle au calme et annonce avoir commencé à mobiliser la Garde nationale de l'État[90]. Les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogène et de gaz poivre, et les manifestants, qui lancent des boules de neige[90], subissent des violences policières[91].

Le au soir, plusieurs centaines de manifestants se regroupent devant des établissements hôteliers de Minneapolis où sont hébergés des agents de l'ICE, munis de sifflets, de systèmes de sonorisation et d'instruments de musique. D'après les autorités policières locales, la situation se détériore avec des jets de projectiles (glace, neige et pierres) visant les forces de l'ordre, et environ trente personnes sont interpellées[87].

Le maire démocrate Jacob Frey prévient que toute personne commettant des actes de vandalisme ou mettant en péril la sécurité d'autrui ferait l'objet d'une interpellation, et dénonce « les agitateurs qui tentent d'exciter les foules ». Il avertit également que « c'est ce que veut Donald Trump, il veut que nous mordions à l'hameçon ». Le gouverneur du Minnesota Tim Walz lance également un appel au calme sur les réseaux sociaux[87].

Les manifestations se poursuivent durant la semaine suivant la mort de Renée Good. Le un agent de l’ICE tire dans la jambe d’un Vénézuélien, événement qui provoque de nouveaux heurts entre manifestants et policiers[92]. Dans« La foule se livre à des actes illégaux. Des feux d’artifice ont été lancés sur les policiers et, à plusieurs reprises, des gaz lacrymogènes ont été utilisés. La police tente actuellement de disperser ce rassemblement illégal » une conférence de presse avec le maire Jacob Frey, le chef de la police du Minnesota Brian O'Hara (en) dénonce les actions des manifestants[53]. Le , le président Trump menace d’envoyer l’armée : « Si les politiciens corrompus du Minnesota ne respectent pas la loi et ne s'emploient pas à empêcher les agitateurs professionnels et les insurgés d'attaquer (...) je vais invoquer l'Insurrection Act »[92]. Il se rétracte le lendemain devant la presse : « Si j'en avais besoin, je l'utiliserais. Je pense qu'il n'y a pas de raison pour le moment de le faire[93] ». Le même jour, un agent de l’ICE fait exploser une grenade lacrymogène sous une voiture familiale revenant d’un entraînement de basket, faisant perdre connaissance au bébé qui était à bord[94],[88].

Les manifestations en hommage à Renée Good sont également des protestations contre l'action de ICE et des hommages à d'autres victimes dont la mort a été moins médiatisée faute de vidéos, comme celle de Keith Porter Jr., tué le soir du nouvel an 2026 par un agent de l'ICE qui n'était pas en service[95].

Actions contre des agents de l'ICE

Le , des manifestants perturbent un office religieux à l'église Cities Church après avoir appris que l'un des pasteurs, David Easterwood, occupait également le poste de directeur par intérim du bureau local du service américain de l'immigration et des douanes (ICE) à Saint Paul[96].

Appels à la grève

Un appel à la grève générale, s’étendant à la grève de la consommation et à la fréquentation des écoles, est lancé pour le vendredi . Il est soutenu notamment par le Service Employees Local, UNITE HERE Local, le Communications Workers (CWA) Local, la St. Paul Federation of Educators Local, la Minneapolis Federation of Educators, l’International Alliance of Theatrical Stage Employees Local, le Graduate Labor Union de l’université du Minnesota, le Transit Union (ATU) Local, le Comité des internes et des résidents (SEIU) et la Fédération syndicale régionale de Minneapolis et 90 autres organisations. Ce mouvement s’appuie sur des mouvements préexistants d’aide aux migrants ou de résistance aux violences policières nés après la mort de George Floyd en 2020, ainsi que d’autres personnes tuées par la police les années précédentes[88],[97].

Constitution de cagnottes

Le , une cagnotte pour aider la veuve de Renée Good et ses trois enfants, âgés de 15, 12 et 6 ans est lancée sur le site GoFundMe, plateforme de financement participatif. Clôturée le vendredi , la collecte de fonds récolte 1 503 533 dollars, provenant d’environ 38 000 dons, soit un peu moins de quarante dollars par personne[98].

Le , une autre cagnotte est lancée pour soutenir l'agent Ross, dont la description indique : « Après avoir vu toutes les conneries des médias sur une terroriste bénéficiant d'un GoFundMe, je pense que l'agent, qui a eu raison à 1 000 % de tirer, mérite d'avoir un GoFundMe. Les fonds l'aideront ». Environ 13 500 personnes font un don, pour un total au de 625 751 dollars, soit une moyenne d'environ 46 dollars par personne. Le milliardaire Bill Ackman admet avoir versé 10 000 $ à la cagnotte de l'agent Ross[99]. Pourtant les conditions d'utilisation de GoFundMe interdisent spécifiquement les collectes de fonds destinées à soutenir la défense juridique de personnes accusées de crimes financiers ou violents[98]. Une autre campagne de financement en ligne pour Ross, cette fois avec un montant de 186 000 dollars sur un objectif de 200 000 dollars, relayait des commentaires antisémites et anti-immigrants[100]. Une cagnotte pour l’agent de la ICE Jonathan Ross est relayée par le conspirationniste Jack Posobiec sur son compte X avec ce message : « Soutenez notre courageux héros de l’ICE. Faites un don dès aujourd’hui pour envoyer un message clair : nous soutenons les hommes qui expulsent les immigrés illégaux et les envahisseurs de notre sol. » Le , plus de 145 000 dollars sont récoltés[79].

Sondages

Plusieurs sondages, publiés jeudi , attestent qu'une majorité d'Américains juge « injustifiée » la mort de Renee Good. Ces enquêtes, notamment une de CNN, établissent également que les Américains sont largement en désaccord avec les explications données par l'administration Trump[101].

Enquête et poursuites

Actions en justice

Immunité de l'agent Ross

L'administration Trump soutient publiquement l'agent déclarant qu'il n'a commis aucune faute, la direction politique du Département de la Justice des États-Unis (DOJ) annonce qu'aucune enquête pour usage excessif de la force ne sera ouverte[102]. « Cet homme bénéficie d'une immunité absolue. Il faisait son travail », déclare J. D.Vance[103]. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, déclare que le Bureau d'enquête criminelle du Minnesota et les autorités de l'Etat « n'ont aucune compétence dans cette enquête »: les autorités fédérales FBI et le ministère de la Justice mènent seuls l'enquête sur Renée Good et sa famille, accusée d'avoir attenté à la vie de l'agent Ross[96]. A la différence de Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd qui était policier de l'Etat du Minnesota et qui a été immédiatement suspendu et poursuivi, puis condamné, l'agent Ross en tant qu'agent fédéral bénéficie en effet de l'immunité garantie aux agents fédéraux sauf s'ils « ont agi au-delà de leurs fonctions, ont violé la loi fédérale ou se sont comportés de manière flagrante ou injustifiée »[104].

La ville de Minneapolis et l’État du Minnesota annoncent, lundi , poursuivre en justice l'administration fédérale pour contester sa gestion de l'enquête[105]. Parallèlement, plusieurs juristes, évoquant la jurisprudence, contestent cette immunité et attestent que l'Etat du Minnesota est légitime pour poursuivre le tireur[106],[104].

Actions contre l'agent Ross menées par la famille de Renée Good, les autorités locales et les ONG

Le les avocats de la famille de Renée Good annoncent l'ouverture d'une enquête civile, une première étape pour une éventuelle action ultérieure contre l'État fédéral[107],[108].

Mary Moriarty (en), procureure du comté de Hennepin, où les faits se sont déroulés mène une enquête et a ouvert un portail de collecte de preuves qui a reçu un nombre important de contributions. Le , elle déclare lors d'une interview accordée à CBS Minnesota que son bureau est compétent pour examiner les preuves et prendre une décision concernant les accusations, car la fusillade a eu lieu dans le comté de Hennepin[104].

Le , la section locale de l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) intente une action contre l’administration fédérale, reprochant à ses agents sur place d’avoir «bafoué les droits humains fondamentaux »[109].

Poursuites de l'Etat fédéral contre la famille de Renée Good, les élus locaux et les manifestants

Le , le DOJ ouvre une enquête criminelle à l’encontre de plusieurs élus de l’État, dont le gouverneur Tim Walz et le maire Jacob Frey, pour entrave à l’action de l’ICE. En effet en se fondant sur les vidéos, ils contestent publiquement la thèse officielle selon laquelle le policier qui a tiré sur Renee Good était en état de légitime défense, déclarent que les agents fédéraux ne sont pas les bienvenus dans l’État et réclament une enquête indépendante, craignant que l’enquête du FBI ne soit biaisée. Tim Watz réagit sur X le même jour : « Détourner le système judiciaire contre ses opposants est une stratégie autoritaire » et Jacob Frey critique « une tentative d’intimidation évidente » sur le même réseau social[109],[110].

Le lendemain des faits, le DOJ requalifie l'affaire en enquête pour « agression contre un agent fédéral », considérant Ross comme une victime plutôt que comme l'auteur potentiel d'un usage abusif de la force et lance une enquête criminelle contre la compagne de Renée Good[111].

Le , depuis une église, Harmeet Dhillon (en), Procureure générale adjointe chargée des droits civiques du département de la Justice des États-Unis (et chargée à ce titre de démanteler la culture "diversity, equity, and inclusion"), qualifie la manifestation anti ICE d’« anti-américaine et scandaleuse » et saisit la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi et le FBI pour qu’ils poursuivent les manifestants[96]

Tentative de restreindre les pouvoirs de répression de l'ICE

Le , Kate Menendez (en), une juge fédérale américaine impose des restrictions à la police de l’immigration dans l’État du Minnesota. Elle ordonne notamment aux agents de ne pas arrêter ou détenir des manifestants dans leur véhicule qui « ne font pas obstruction » à leur action, ainsi que de ne pas utiliser de spray au poivre. Cette décision doit être confirmée par le DOJ dans les 72 heures pour être appliquée[109],[110]. Le , le DOJ annonce faire appel de cette décision de justice limitant la force que les agents de l'ICE peuvent utiliser contre les manifestants au Minnesota[96].

Démissions de procureurs et d'agents fédéraux

Quatre procureurs expérimentés de la division des droits civiques du DOJ décident de quitter leurs fonctions après avoir appris que leur unité ne sera pas saisie pour mener une enquête, alors même que ce type de dossier fait traditionnellement partie de leurs missions principales[112],[102].

Selon CBS News, le DOJ a choisi de requalifier l'affaire en enquête pour « agression contre un agent fédéral », considérant Ross comme une victime plutôt que comme l'auteur potentiel d'un usage abusif de la force. Cette requalification entraîne la démission de six procureurs du bureau du procureur fédéral du Minnesota pour s'opposer aux pressions qui les poussent à enquêter non pas sur l'agent et sur son tir, mais sur la veuve de la victime[112],[102]. Joseph H. Thompson (en), chef de la section Fraude et Corruption publique du bureau du procureur des États-Unis, célébré par les MAGA pour avoir mis en lumière le scandale sur les fraudes massives à l'aide sociale qui ont mené à l'inculpation de dizaines de citoyens du Minnesota, fait partie de ces six procureurs qui démissionnent le pour protester contre la demande du DOJ d'enquêter sur la veuve de Renée Good et non sur l'agent qui a tiré[113].

Le , le New York Times annonce la démission de Tracee Mergen, superviseur au bureau du FBI de Minneapolis, car elle aurait subi des pressions de sa hiérarchie pour mettre fin à une enquête pour violation des droits civiques visant l’agent d’immigration Jonathan Ross[114]. Cette annonce est faite avant la mort d' Alex Pretti, abattu à Minneapolis par des agents fédéraux de la Border Patrol le même jour.

Désinformation

Manipulation d'images

L'affaire suscite la diffusion d'images créées par intelligence artificielle (IA), notamment de nombreux faux portraits « sans masque » de Jonathan Ross[115] mais également des photos de Renee Good en maillot de bain ou avec des enfants[116],[117], publiés sur les réseaux sociaux dans les heures qui suivent la mort de Renée Good, et qui mènent à des confusions avec d'autres personnes[118]. Ce sont finalement des détails biographiques donnés par Kristi Noem, par J. D. Vance et par sa propre famille qui ont permis d'identifier Jonathan E. Ross comme auteur des tirs.

Interprétation des vidéos

Des montages vidéos sont diffusées, attribuant à Renée Nicole Good des faits non établis : sur certaines faites par IA, elle tente de foncer sur l’agent de la ICE[119], d’autres sont des montages des roues de la voiture en les pointant directement sur l’agent[79]. Cette dernière thèse est contredite par l'analyse des vidéos prises par les témoins et certifiées par les agences de presse, qui montrent que les roues de son véhicule étaient tournées dans la direction opposée à lui juste avant sa série de tirs[79],[120].

Le , le vice-président J. D. Vance publie la vidéo enregistrée directement par le portable de Ross et la présente comme preuve de la culpabilité de Good. Pour la droite américaine elle montre l'agressivité de la victime et de sa compagne, ce qui justifierait le tir. Pour la plupart des médias, rien ne montre une légitime défense de la part de l'agent de l'ICE[79],[121].

Blessures de Ross

Réagissant immédiatement après les faits sur son réseau social Truth Social, le président des États-Unis Donald Trump affirme que l’agent Ross a été renversé violemment, délibérément et sauvagement et ajoute « avoir du mal à croire que l'agent soit encore en vie, mais qu'il se remet actuellement à l'hôpital »[40], ces propos sont aussi ceux de Kristi Noem qui affirme que l'agent a été heurté par le véhicule, qu'il est blessé et hospitalisé[40]. CBS News, dirigée depuis par Bari Weiss, une journaliste engagée en faveur du mouvement MAGA[122] reprend cette thèse en prétendant que l’agent Ross souffre d’hémorragies internes[123].

Accusations de fausses informations sur les victimes

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) est accusé par les élus locaux, par les familles des victimes et par les militants de diffuser de fausses informations visant à diaboliser les personnes tuées par les agents ICE et de construire des récits justifiant systématiquement l’emploi de la force[95].

Événements liés

Le média Vanity Fair mentionne qu'avant la mort de Renée Good en , l’ICE est impliqué dans au moins neuf fusillades ces derniers mois. Le New York Times précise qu'à chaque fois les agents ont tiré sur des véhicules. Deux de ces tirs ont eu lieu à Chicago dans des opérations dirigées par Gregory Bovino (ce dernier est aussi présent à Minneapolis). Ainsi en , Silverio Villegas González est tué dans la banlieue de Franklin Park. Puis en octobre Marimar Martinez est blessée par cinq tirs dans le sud-ouest de Chicago[124].

La semaine suivant la mort de Renée Good, un agent fédéral tire à Minneapolis sur un migrant vénézuélien, Julio Cesar Sosa-Celis, le blessant à la jambe[125].

Mort d'Alex Pretti

Portrait officiel d'Alex Pretti (en tant qu'infirmier militaire) en 2024.

Toujours à Minneapolis, le , soit deux semaines après la mort de Renée Good, un infirmier de 37 ans, Alex Pretti qui manifestait contre une action de l'ICE, est abattu par des agents fédéraux de la Border Patrol et de l'ICE. Le Département de la sécurité intérieure (DHS) affirme le même jour que l’homme était armé d’un pistolet semi-automatique et a « violemment résisté » avant qu’un agent « craignant pour sa vie » ne tire sur lui[126]. Ces affirmations sont démenties par des images diffusées aussi le même jour, montrant que l'homme n'avait qu'un téléphone à la main, et non une arme[127],[128].

Voir aussi

Notes et références

Related Articles

Wikiwand AI