Procès de sorcellerie au Ban de la Roche
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En 1620/1621, les procès de sorcellerie atteignent un paroxysme au Ban de la Roche, emportant un minimum de 53 victimes sur une population qui pourrait être estimée au maximum à 1 200 personnes.
Vers 1620, du fait de la prospérité apportée par l'exploitation minière, le Ban de la Roche connaît un pic démographique. La population peut être estimée aux alentours de 1 200 personnes, ce qui est excessif par rapport aux possibilités nourricières physiques de cette région de montagne.
Les procès de sorcellerie atteignent une intensité particulière. Le dossier qui reste aux Archives municipales de Strasbourg dresse une liste de 48 paragraphes dont certains concernent des couples, si bien que le total qui ressort de ce décompte est de 53 personnes et non 48. Il s'agit là d'un minimum, puisque le dossier n'est pas complet.
De son côté, Nicolas Milan, qui aide aux exécutions, transmet (par l'intermédiaire de sa descendance) le chiffre de 70 innocents exécutés.
Il convient encore de tenir compte de personnes qui décèdent en périphérie des procès sans être pour autant exécutées. Par exemple, la mère de « Catharine, la femme à Philippe, le maréchal », empoisonnée par sa fille en prison, « elle, la mère, le sachant bien » ; ou bien cette meunière nommée Nicole qui fut interrogée, puis libérée et ramenée en son logis sans signe d'indisposition quelconque, mais qui fut cependant, le lendemain, trouvée morte de mort violente ; l'autorité attribua le meurtre à « son diable » et n'enquêta pas davantage.
Les procès de sorcellerie se calment dans les années 1630.
Les acteurs et les lieux
Le titulaire du droit de Haute Justice est le Comte palatin Georges Gustave de Veldenz, fils de Georges-Jean de Veldenz.
Le tribunal se compose de deux juristes qu'il a fait venir de Strasbourg, nommés Stamm et Kripschild, ainsi que des deux pasteurs du Ban de la Roche, Jean Nicolas Marmet et Hector Gsandry.
L'usage de la torture lors des interrogatoires est banalisé, même si l'on peut rencontrer dans les « confessions » (aveux) l'expression « Elle a librement et volontairement confessé que ... » (voir article connexe); dans le contexte de la justice alsacienne d'Ancien Régime, cette phrase signifie que les instruments de torture étaient rangés à l'instant des aveux.
Le bourreau en titre, Meister Bernhardt, facture 228 florins pour l'exécution de 20 personnes.
Il est aidé pour les exécutions par quatre hommes désignés par l'autorité, parmi lesquels Nicolas Milan, dont les réticences probables transparaîtront dans le récit légué par sa descendance (voir article connexe sur le Cheval gris du Comte de Veldenz).
Le sabbat est supposé se tenir au lieudit Le Chesnoy.
Le lieu des exécutions est le Col de la Perheux.
Quelques diables
Piercin est le chef des diables de la vallée.
Joli, Gerardin et Gruson sont des diables subordonnés « mariés » par Piercin à des femmes de la vallée.
Joliatte est une diablesse qui a commerce sexuel avec des villageois.
Les victimes
Les victimes sont souvent pauvres, mais pas obligatoirement.
Les hommes en forment environ le tiers, proportion nettement supérieure à ce qui est habituel.
Il s'agit principalement d'autochtones. Il n'a pas été rencontré jusqu'ici de nom de mineurs (population venue de l'extérieur) parmi les victimes connues.
Malgré les tortures endurées, les dénonciations ne sont pas très nombreuses, et plus d'une « confession » s'avère, à la lire de près, ne dénoncer que des morts ou des êtres surnaturels.
Les chefs d'inculpation

Actions avouées :
- empoisonnements (certains simplement supposés : le tribunal note que l'état d'un malade s'est aggravé après que l'accusée lui a donné un remède) ; application de « graisses » provoquant maladies, blessures et mort chez des gens et des bêtes
- participation au sabbat ; commerce charnel avec des diables ; reconnaissance de l'autorité de Piercin pour défaire des mariages et baptêmes de l'Église et y substituer les siens
- usage magique de l'hostie (surprenant en contexte protestant)
- déterrement de cadavres d'enfants généralement non baptisés
- meurtres rituels d'enfants pour en tirer des « graisses » empoisonnées
Quelques sorciers et sorcières

- Didier Hans (Didier, fils de Jean), métayer à Belmont : "il a confessé qu'il a eu à maintes fois l'envie de se convertir envers Dieu, mais le Diable, s'en apercevant, l'en détourna, et le battait extrêmement, ce qu'il a fait environ six fois, entre autres aussi pour n'avoir pas tué Claude Georges, qui avait résisté au diable." ; rien de plus ; on le connait aussi comme Didier Moictrier (Didier le métayer) : en 1620, sont vendus à Saulxures quatre bœufs et une vache provenant des biens de "feu didier Le Moictrier de bémon (= Belmont), exécuté par le feu pour crime de sortilège au lieu de Rhodes (= Rothau)".
- Madeleine, la veuve du justicier Humbert Thon, de Waldersbach : commerce sexuel avec un diable nommé Gruson
- Claudette, épouse de Jean Schmitt, de Trouchy (hameau de Fouday): "Elle a confessé qu'en allant au sabbat, elle adora le Diable en s'inclinant la tête à la renverse, et nommait le nom du Diable en révérence".
- Anonyme : "Il a confessé qu'étant à l'église, le Diable lui commanda que, lorsque le pasteur dirait l'Evangile, il devait dire à chaque parole le mot bou, comme s'il voulait dire tu as menti."
- Catherine, épouse de Philippe, le maréchal de Rothau : commerce sexuel avec un diable nommé Gérardin ; reniement du baptême et de l'Église ; baptême diabolique ; participation au sabbat au Chesnoy ; empoisonnements, dont celui de sa mère en prison "elle, la mère, le sachant bien" ; profanation de l'hostie
- Jeanne, épouse de Dimanche Georges de Neuviller : "Elle a confessé que, passé neuf ans, elle et les sorcières du Ban de la Roche causèrent une contagion pestilentielle dans le village de Belmont, avec de la poudre noire que Piercin leur donna. Dans cette même contagion, elle empoisonna son premier mari. Elle a confessé qu'au sabbat elles adorent Piercin en se mettant à genoux devant lui, le nommant par son nom et le reconnaissant comme leur maître."
- Valentine Jandon : mariage avec un diable nommé Joli ; participation au sabbat ; profanation de l'hostie
- Georgette, la femme à Jehan, le Neubourgeois, à présent à Rothau ; confesse toute la gamme des crimes possibles : empoisonnements, meurtres d'enfants, commerce sexuel avec le diable ; dénonce en apparence de nombreuses personnes, mais il s'agit de morts ; s'accuse d'avoir fait mourir le cheval gris du Comte de Veldenz
- Claudette, épouse de Vincent Janduru, de Wildersbach : commerce sexuel avec le Diable ; participation au sabbat ; empoisonnement de bêtes et de gens ; profanation de sépultures d'enfants ; a entendu la Neubourgeoise et la veuve de Didier Mathiat se venter du meurtre du cheval gris du Comte
- "Le fils de Nicolas Milan" ; listé comme en instance d'exécution en 1621 ; probablement exécuté, car Nicolas Milan (voir article connexe Le cheval gris du Comte de Veldenz) n'a pas de descendance en ligne masculine ; pas d'autre renseignement
