Journées du 31 mai et du 2 juin 1793

insurrection populaire menant à l'arrestation des députés girondins par la Convention From Wikipedia, the free encyclopedia

Les journées du et du sont deux des journées insurrectionnelles de la Révolution française, survenant alors que la France est gouvernée par la Convention nationale. L'insurrection éclate après que la Commune de Paris exige que 22 députés girondins, les ministres et les membres de la Commission des Douze soient traduits devant le Tribunal révolutionnaire. Le député et journaliste Jean-Paul Marat mène l'attaque contre les représentants à la Convention qui, en janvier, ont voté contre l'exécution du roi et, depuis lors, sont accusés de paralyser la Révolution.

Le , estampe gravée par Jean-Joseph-François Tassaert d'après une esquisse de Fulchran-Jean Harriet, Paris, musée Carnavalet.

Les deux jours d'insurrection, la Convention, qui n'a pas de troupes pour se défendre, refuse la demande. L'insurrection prend fin lorsque des milliers de citoyens armés encerclent la Convention pour la contraindre à livrer les députés dénoncés par la Commune de Paris. L'insurrection entraîne la chute de 29 représentants girondins (19 députés et 10 membres de la commission des Douze) et des ministres sous la pression de la Commune de Paris, des sans-culottes, des Jacobins et des Montagnards.

En raison de son impact et de son importance, l'insurrection est considérée comme l'une des trois grandes insurrections populaires de la Révolution française, après celles du et du . Les principaux meneurs viennent de la mouvance des Enragés (Claude-Emmanuel Dobsen et Jean-François Varlet) ; les Exagérés (le maire Jean-Nicolas Pache, Jacques-René Hébert et le procureur Pierre Gaspard Chaumette) jouent également un rôle important dans la dénonciation des Girondins.

Les insurgés l'emportent finalement : sous la menace des canons de la Garde nationale de François Hanriot, les conventionnels votent le rappel et l'assignation à résidence des députés girondins. Quelques semaines plus tard, en raison de la fuite de certains d'entre eux à Caen, de la mort de Marat () et des insurrections dans les départements rebelles, vingt-deux[Ce passage est incohérent] députés assignés à résidence sont mis en accusation, jugés et condamnés à mort. Leur exécution a lieu le .

Contexte

Radicalisation des sans-culottes au début de 1793

Au sein des sections parisiennes et provinciales, une lutte oppose depuis janvier les modérés, parfois proches des députés girondins, et les radicaux, sensibles aux revendications des Enragés, qui, dans un contexte d'effondrement de l'assignat, d'inflation, de vie chère, de récession et de travail rare, réclament la taxation, la réquisition des denrées, des secours publics aux pauvres et aux familles de volontaires, le cours forcé de l'assignat et l'instauration d'une Terreur légale contre les accapareurs et les suspects. Ce mouvement est incarné par Jacques Roux et Jean-François Varlet à Paris.

L'exacerbation des conflits

L'affaire Dumouriez

Au début du mois d'avril a lieu la défection du général Dumouriez, soutien des Brissotins : en disgrâce depuis la défaite de Neerwinden, et menacé d'arrestation, celui-ci fait arrêter le ministre de la Guerre et les députés qui se présentent devant lui le , les livre aux Autrichiens et passe lui-même dans les lignes autrichiennes le 4 à Tournai. Le , Robespierre demande à la Convention la mise en accusation des complices du général, déclaré traître à la patrie, « notamment Brissot ».

Dès l'annonce de cette trahison, Varlet fonde à l'Évêché un comité révolutionnaire central, tandis que Roux provoque la formation d'une assemblée générale des comités de surveillance de Paris, qui obtient le soutien de la Commune et de son procureur, Chaumette. Tout en étant hostiles aux Girondins, ces deux organismes s'opposent toutefois également l'un à l'autre. Du côté de la ConventionLe 6 avril, sur demande du député girondin Maximin Isnard, qui appuie le projet du député de la Plaine Bertrand Barère, le Comité de salut public, qui doit servir d'arbitre aux conflits de compétences entre les différents comités législatifs (et donc de gouvernement temporaire), est officiellement créé.

Le , Robespierre accuse Dumouriez dans un discours : « Lui et ses partisans ont porté un coup fatal à la fortune publique, en empêchant la circulation des assignats en Belgique »[1]. Soupçonnant une nouvelle trahison, Robespierre invita la Convention à voter la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier avec l'ennemi.

L'affaire Marat

Le , le club des jacobins, dont le député et journaliste Jean-Paul Marat vient d'être élu président, adresse aux sociétés affiliées une circulaire les invitant à demander la destitution des députés qui ont voté en faveur de l'appel au peuple lors du procès de Louis XVI[2].

Le , après une lecture d'un manifeste de la circulaire des Jacobins par le député Élie Guadet, et sur proposition de son collègue Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, la Convention vote la mise en accusation de Marat, par 226 voix contre 93 et 47 abstentions (373 députés étant absents). Le , 35 des 48 sections de Paris présentent à la Convention une pétition réclamant le retrait de vingt-deux députés girondins qui ont défendu le roi. Le , Marat est déféré devant le tribunal révolutionnaire, qui prononce l'acquittement (). C'est un échec pour les Girondins, qui à partir de ce moment sont en difficulté grave.

Les Girondins sous pression

Le 1ᵉʳ mai, selon le député girondin Jacques-Antoine Dulaure, 8 000 hommes armés encerclent la Convention et menacent de ne pas se retirer si les mesures d'urgence qu'ils exigent (un salaire décent et un maximum sur les prix des denrées alimentaires) ne sont pas adoptées[3],[4]. Le , à la suite d'une manifestation de 10 000 sans-culottes, il appelle les modérés à reprendre le contrôle des assemblées générales de section[5]. Le , la Convention accepte de soutenir les familles des soldats et marins ayant quitté leur foyer pour combattre l'ennemi.

Le 4 mai, désavoué par la Commune, le commandant de la garde nationale parisienne, Antoine Joseph Santerre, donne sa démission[6]. Les 8 et , au club des Jacobins, Robespierre réaffirme la nécessité de créer une armée révolutionnaire chargée de rechercher du grain, financée par un impôt sur les riches, et destinée à vaincre les aristocrates et les contre-révolutionnaires. Il déclare que les places publiques devaient être utilisées pour produire des armes et des piques[7]. À la mi-mai, Marat et la Commune le soutiennent publiquement et secrètement[8].

Le , Camille Desmoulins, un ami de Danton et de Robespierre, présente son Histoire Des Brissotins ou Fragment de L'histoire secrète de la Révolution au club des jacobins. Il y dénonce les agissements politiques des Girondins. Le , dans sa réponse à la brochure Histoire des Brissotins, publiée par Camille Desmoulins et lue au club des jacobins, Guadet dénonce les autorités de la Commune de Paris dans la Convention, les décrivant comme "des autorités vouées à l'anarchie, avides d'argent et de domination politique" — sa proposition est de les purger immédiatement. Le , une commission spéciale est instituée, la Commission extraordinaire des Douze, à très forte majorité girondine[9]. Le , la commission ordonne l'arrestation d'Hébert pour un article anti-girondin dans le 239e numéro de son Père Duchesne ;Varlet et Dobsen sont également arrêtés. Une lutte violente s'engage alors pour le contrôle des assemblées générales et des comités de section[10]. Danton tente en vain de trouver un compromis avec les Girondins.

Vers l'insurrection (25-30 mai) : le comité de l'Évêché

Le Palais de l'Archevêché de Paris.

Les événements se précipitent alors. Le , une délégation de la Commune réclame à la Convention la libération d'Hébert, Varlet et Dobsen. La Convention refuse. Le girondin Maximin Isnard, qui préside alors l'assemblée, répond par une célèbre déclaration menaçant Paris d'anéantissement au cas où d'autres insurrections auraient lieu.

Le , après une semaine de silence, Robespierre prononce l'un des discours les plus décisifs de sa carrière[11] : il appelle le club des jacobins à « se mettre en insurrection contre les députés corrompus »[12]. Isnard déclare que la Convention ne se laisserait influencer par aucune violence et que Paris devait respecter les représentants des autres régions de France[13]. La Convention décide alors que Robespierre ne sera pas entendu.

L'atmosphère devient alors extrêmement agitée : certains députés se disent prêts à en venir aux mains si Isnard ose déclarer la guerre civile à Paris ; le président est alors invité à céder son siège. Cependant, les tensions montent rapidement et, le , une foule se rassemble à l’Hôtel de Ville, réclamant à la Commune des mesures immédiates. Sous la pression croissante, la Convention est contrainte d'ordonner la libération des arrêtés du 24 mai.

Le , Robespierre, affaibli physiquement, attaque tout de même Brissot pour son royalisme[14],[15]. Il quitte ensuite la Convention sous les applaudissements de la gauche[16]. À l'Hôtel de Ville, il appelle ensuite à une insurrection armée contre la majorité de la Convention. « Si la Commune ne s'unit pas étroitement au peuple, elle viole son devoir le plus sacré », déclare-t-il[17]. Dans l'après-midi, la Commune demanda la création d'une armée révolutionnaire de sans-culottes dans chaque ville de France, dont 20 000 hommes pour défendre Paris[18],[19],[20] . La section de la Cité convoque les autres sections le lendemain à l'Évêché.

Le , Robespierre s'attelle à préparer l'opinion publique. Il attaque Charles Jean Marie Barbaroux, mais précise ensuite avoir presque renoncé à sa carrière politique en raison de ses angoisses[21]. Les délégués représentant trente-trois sections de Paris forment un comité insurrectionnel[22]. Ils se déclarent en état d'insurrection, dissolvent le conseil général de la Commune et le reconstituent immédiatement, lui faisant prêter un nouveau serment. Un comité insurrectionnel de neuf membres, connu sous le nom de « comité de l'Évêché », est formé par les délégués de trente-trois sections; Varlet et Dobsen en font partie[23].

Le , le directoire du département de la Seine se joint à l'insurrection. François Hanriot est élu au soir commandant en chef provisoire de la Garde nationale parisienne. Le député Thuriot demanda l'anéantissement de la Commission des Douze. Le comité de l'Évêché est élargi, par adjonction aux neuf membres initiaux, de quatre représentants de la Commune de Paris et de onze représentants du département[10].

Les journées insurrectionnelles

L'insurrection du 31 mai

Journées des , 1er et , estampe gravée d'après Swebach-Desfontaines, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, vers 1800.

Sous la direction du comité de l'Évêché, l'insurrection du se déroula sur le modèle de la journée du 10 août 1792. À 3 heures du matin, le tocsin retentit de Notre-Dame de Paris. À six heures du matin, les délégués des 33 sections, dirigés par Dobsen, présentent leurs lettres de créance à l'Hôtel de Ville de Paris, et suspendent temporairement les pouvoirs de la Commune légale. Le comité révolutionnaire rétablit alors la Commune dans ses fonctions.

La première préoccupation d'Hanriot était d'établir un contrôle sur les positions clés de la capitale — l'Arsenal (Bassin de l'Arsenal), le Palais Royal et le Pont Neuf. Il ordonne la fermeture des avant-postes de la ville et l'arrestation des personnes suspectes[24]. Les pétitionnaires des sections et de la Commune se présentent vers 17 heures à la barre de l'Assemblée, cependant que la foule occupe les abords du bâtiment. La pétition présentée réclame l'exclusion des chefs de la Gironde, la suppression de la commission des Douze, l'arrestation des suspects, l'épuration des administrations, la création d'une armée révolutionnaire, l'attribution du droit de vote aux seuls sans-culottes, la fixation du prix du pain à 3 sous grâce à une taxe sur les riches, la distribution de secours publics aux vieillards, aux infirmes et aux parents de volontaires aux armées. Jean-Nicolas Pache, le maire, est révoqué ou refusé[pas clair]. Ils demandent l'arrestation des trois ministres LeBrun-Tondu, Clavière et Roland. Sur rapport de Barère au nom du Comité de salut public, et malgré l'intervention de Robespierre, la Convention se borne à casser la commission des Douze.

L'insurrection du 2 juin

Journée du , estampe de Pierre-Gabriel Berthault représentant la Garde nationale devant la Convention, musée Carnavalet.

Le dimanche , une nouvelle insurrection éclate. Sur l'ordre du comité insurrectionnel, 80 000 citoyens et hommes de la garde nationale, emmenés par Hanriot, cernent la Convention, tandis qu'une députation part demander à l'Assemblée l'arrestation immédiate des chefs girondins. Après un débat confus, l'ensemble de la Convention sort à la suite de son président, Hérault de Séchelles, pour tenter de forcer le passage. En réponse, Hanriot lance un ordre : « Canonniers, à vos pièces ! » Vaincus, les députés regagnent la salle des séances.

Le décret d'arrestation des députés girondins

Les Girondins marchent à la mort.

Sur la proposition de Georges Couthon, une grande majorité des députés de la Convention décrètent l'arrestation à leur domicile des 22 représentants réclamés par les pétitionnaires, ainsi que des membres de la commission des Douze et des ministres Clavière et Lebrun-Tondu (Roland s'étant échappé). Boyer-Fonfrède et Saint-Martin-Valogne ayant été exclus de la mesure à la demande de Legendre, puis Ducos, Dussaulx et Lanthenas à la demande, entre autres, de Couthon et de Marat, c'est finalement 19 députés girondins (Barbaroux, Birotteau, Brissot, Buzot, Chambon, Gensonné, Gorsas, Grangeneuve, Guadet, Lanjuinais, Lasource, Lehardy, Lesage, Lidon, Louvet, Pétion, Salle, Valazé, Vergniaud) qui font l'objet d'un décret d'arrestation à leur domicile, avec les deux ministres, et dix membres de la commission des Douze (Bergoeing, Boilleau, Gardien, Gomaire, Kervélégan, La Hosdinière, Henry-Larivière, Mollevaut, Rabaut, Viger)[25].

Le 10 juin, le Comité de Salut public est élargi à 13 membres, dont 3 Robespierristes : Louis-Antoine de Saint-Just, André Jeanbon Saint-André et Georges Couthon qui devient le secrétaire du Comité.

Suites

Le destin des députés girondins

Placés en résidence surveillée à leur domicile, mais en réalité mal gardés[26], plusieurs députés girondins parvinrent à s'enfuir et jouèrent un rôle actif dans le déclenchement des insurrections fédéralistes en Normandie, en Bretagne, dans le Sud-Ouest et dans le Midi.

Dans le même temps, 75 députés, restés dans l'histoire sous le nom des « 73 »[Note 1], signent, entre le 6 et le , des protestations formelles contre la journée du [27]. Ces démarches visaient à alerter les départements, profondément inquiets devant ce qu'ils perçoivent comme une mise sous tutelle de la Convention par les sans-culottes parisiens. Dans ce contexte, le rapport présenté par Saint-Just le au sujet des députés détenus ou fugitifs adopte un ton volontairement modéré, destiné à apaiser les craintes provinciales et à éviter une rupture définitive avec les autorités locales. Toutefois, le coup de force est durement ressenti dans le Sud, le Sud-Ouest et l’Ouest du pays : Lyon, Bordeaux, Marseille et bien d’autres villes rompent avec Paris dès , amorçant de nouvelles insurrections, véritable « révolte des provinces » pour dénoncer l’attentat politique du et l'illégalité du pouvoir en place[28].

La répression s'intensifie toutefois à l'automne. Le 3 octobre, les « 73 » sont déchus de leur mandat et décrétés d'accusation, et 59 d'entre eux sont arrêtés. Vingt-deux députés[Ce passage est incohérent] girondins sont traduits devant le Tribunal révolutionnaire : leur procès s'ouvre le . Condamnés à mort le devant l'accusateur public Fouquier-Tinville, ils sont exécutés le lendemain. Parmi eux figurent plusieurs des principales figures du groupe, dont Vergniaud, et Brissot. Charles-Henri Sanson dirige l'exécution avec six aides.

D'autres Girondins connaissent également un sort funeste : Roland se suicide le en apprenant l'exécution de sa femme Manon ; Eustache-Benoît Asselin meurt en détention le 5 décembre suivant ; Étienne Clavière se suicide dans sa cellule le 8 du même mois. Enfin, Nicolas de Condorcet, arrêté après plusieurs mois de clandestinité, met fin à ses jours dans sa prison le .

Mesures prises par la Convention montagnarde (juin 1793)

Une figure allégorique foudroie diverses créatures (serpents, grenouilles, escargots...) en brandissant un drapeau sur lequel figure l'inscription « Rév.[olution] du  » célébrant la chute des Girondins, estampe, BnF, département des estampes.

Sur le plan social, la loi du sur le mode de vente des biens des émigrés précise qu'ils doivent être divisés en petites parcelles pour favoriser les paysans pauvres, qui pourraient bénéficier d'un délai de dix ans pour payer. La loi du sur le partage des biens communaux, autorisé à titre facultatif, indique que le partage se ferait à parts égales, pour tous les habitants domiciliés, et non les seuls propriétaires, et que chaque lot serait tiré au sort. Enfin, la loi du sur le régime féodal supprime définitivement l'ensemble des droits féodaux sans indemnité (au contraire des mesures prises la nuit du ), les titres devant être déposés au greffe des municipalités pour être brûlés. Entre-temps, le , sur demande de Billaud-Varenne, la loi martiale est abrogée par la Convention.

Sur le plan politique, la Constitution de l'an I est votée le sur le rapport d'Hérault de Séchelles, après une discussion rapide. Quant à la déclaration des droits, si elle rejette la modification de la définition de la propriété, elle reconnait le droit à l'insurrection. Soumise à la ratification populaire, la constitution est adoptée par plus de 1 800 000 oui contre environ 17 000 non, plus de 100 000 votants ne l'approuvant qu'avec des amendements modérant le texte, résultats proclamés le . Cette constitution n'est cependant jamais appliquée, et la Convention continue de siéger.

Analyse de cet épisode de la Révolution

Pour Raymonde Monnier, dans cette insurrection, les Jacobins conservent de bout en bout l'initiative ainsi que la direction politique de l'événement. Les Enragés, partisans de mesures sociales radicales et de la démocratie directe, qui avaient contribué à sa préparation, ne parviennent toutefois jamais à faire triompher leurs vues[29].

Notes et références

Filmographie

Voir aussi

Bibliographie

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