Religion au Portugal

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Religion au Portugal (Recensement, 2021)[1].

La religion au Portugal aborde les religions ou phénomènes religieux, passés et présents, des populations sur le territoire de l'actuel Portugal.

Les Portugais se revendiquent catholiques à 81 %, au recensement de 2011[2], ce qui en fait l'un des peuples catholiques les plus croyants et pratiquants d'Europe, avec la Pologne et l'Irlande. L'histoire du pays, son patrimoine, ses mœurs et sa culture sont profondément marqués par le catholicisme. L'historien Alexandre Herculano considérait le catholicisme comme l'un des trois éléments constitutifs de l'identité portugaise. Le Portugal a été l'un des pays européens ayant eu le plus grand rôle dans la diffusion du catholicisme dans le monde, par le biais de son Empire et du Padroado.

Le catholicisme portugais présente de nombreux aspects syncrétiques, que l'on peut observer dans le phénomène des antas capelas, les chapelles dolmen, dans ses nombreuses fêtes populaires d'origine païenne christianisées, dans ses rituels de fertilité et de guérison antiques, dans son culte des Saints remarquablement divers et vigoureux, ou dans certaines pratiques marquées par les influences islamiques et juives. Cette plasticité du catholicisme portugais a largement contribué à son adaptation en contexte impérial à partir du XVe siècle, et à l'intégration dans ses colonie de rites indiens ou chinois, ou de divinités africaines ou américaines sous la forme de Saints chrétiens. Ce phénomène a été formalisé au XVIe siècle dans les theories de l'adaptation des Jésuites, évoluant sous patronnage portugais. Il est l'une des composantes du lusotropicalisme. Malgré son succès, il a été activement combattu par les missionnaires francais au moment de la Querelle des Rites chinois, au XVIIIe siècle.

Le catholicisme portugais se double en outre d'une mythologie messianique unique en Europe, articulée autour de la figure du Roi Caché (o Encoberto), développée au XVIe siècle par le prophète Bandarra, du sebastianisme apparu à la fin du XVIe siècle, et du thème de Quint Empire (Quinto Império), élaboré au XVIIe siècle par le père António Vieira.

Le saint patron du Portugal est le maître de doctrine portugais et docteur de l'Eglise Santo António de Lisboa, connu en France sous le nom d'Antoine de Padoue. Le drapeau portugais est marqué du blason portugais, arborant la croix du Christ sous la forme des quinas. La croix pâtée de l'ordre du Christ est l'autre marqueur national, systématiquement associée au équipes sportives et aux Forces armées portugaises.

Préhistoire

La préhistoire de la péninsule Ibérique ne permet pas encore d'établir de connaissances détaillées sur les croyances et pratiques religieuses préhistoriques au Portugal, néanmoins les centaines de sites mégalithiques portugais témoignent de pratiques funéraires collectives, de rites de fertilité agricoles et humains corrélés à l'orientation des astres, et d'une symbologie précoce attestées par de nombreuses gravures sur pierre dans les sites existants, ayant pour thème les forces naturelles, les grands phénomènes climatiques, et diverses représentations de divinités ou héros anthropomorphiques. Parmi les principaux sites mégalithiques au Portugal, on peut citer le cromlech des Almendres, plus grand site mégalithique de la péninsule Ibérique, et parmi les plus grands et les mieux préservés d'Europe, mais aussi le menhir de Bulhoa, menhir de Outeiro, dolmen da Orca. La richesse exceptionnelle de l'art paléolithique au Portugal (pt) atteste d'une religiosité intense, qui font du territoire portugais l'un des grands pôles spirituels de l'Europe mégalithique.

Protohistoire et antiquité lusitanienne

L'arrivée des Indo-européens, qui se mélangent aux populations locales, permet un développement rapide des sociétés ibériques existantes et favorise la structuration et la complexification du panthéon local. Ces arrivées se font sans opérer de table rase ou de rupture dans les pratiques existantes. Au contraire, les nouveaux venus parviennent à s'approprier les croyances existantes, peut-être à les détourner à leur profit, en les complétant avec les leurs.

Malgré les changements en termes d'organisation sociale, d'économie et d'habitat, les sites de culte existants continuent à être utilisés[3]. L'adoration des astres, propre à certains peuples ibériques proto-historiques, continue à nourrir les cultes naturistes des Lusitaniens, qui développent une religion des montagnes, de la lune, des fleuves, de la terre, incarnés par des divinités en même temps tutélaires, peut-être totémiques, bénéfiques et guérisseuses[3]. Il est vraisemblable que la figure mythologique de Lusus et l'essentiel du panthéon lusitanien résultant de ce syncrétisme entre Indo-européens et peuples ibériques proto-historiques remontent à cette époque[3].

La religion lusitanienne est encore en richie par l'influence des groupes celtes, dont l'arrivée dans la peninsule Ibérique met un terme aux migrations indo-européennes. Cette installation des Celtes, qui se mêlent également aux populations locales, donne naissance aux differents peuples celtibères du Sud du pays, de culture celtibère (es) : Turduli, Celtici, etc., qui participent de la civilisation tartessienne, une civilisation commerciale et maritime brillante tournée vers la Méditerranée, dont l'influence remonte au-delà du Tage, jusqu'à l'actuelle Estrémadure portugaise, et développe une écriture et un panthéon propres, avec une écriture celtibère, illustrée par les plaques de Botorrita.

Les populations galico-lusitaniennes, partie des peuples pré-romains de la péninsule ibérique (en) sont connues en partie par la mythologie lusitanienne (en) (Portugal, Galicie, Estrémadure) : liste de divinités lusitaniennes (en).

La connaissance des langues paléo-hispaniques (histoire de la langue portugaise, lusitain, gallaïque) est trop réduite pour inférer dans le domaine de la religion.

Antiquité

La conquête romaine de la péninsule Ibérique (à partir de -250) entraîne une romanisation de l'Hispanie : Hispanie romaine, Lusitanie (province romaine), Gallaeci, Gallaecia, Lusitaniens, et naissance d'une langue, le galaïco-portugais.

Les présences étrangères antérieures, phénicienne, puis carthaginoise, puis grecque, ne semblent pas avoir beaucoup marqué la région dans le domaine religieux.

La période romaine est marquée par l'adoption formelle, dans les cérémonies publiques, de la religion et de la mythologie romaines. En réalité, plus qu'à un remplacement religieux, on assiste à une superposition des cultes, favorisée par le caractère ouvert et intégrateur du polythéisme des Romains, qui entraîne la fusion des deux religions en faisant eux-mêmes des parallèles, et encouragent les particularismes locaux. Ainsi, les anciennes croyances et rituels lusitaniens continuent à fonctionner sous de nouveaux noms pris à l'envahisseurs, parfois juxtaposés à leur ancien nom dans les sanctuaires de l'époque romaine[3]. Ces temples, comme le temple romain d'Évora, ainsi que l'art romain au Portugal (pt), et les toponymes romains au Portugal (pt), sont profondément marqués par les religions et cultures préromaines de l'ouest peninsulaire, sur lesquels ils s'appuient.

D'autres religions arrivent a partir du Ier siècle, avec l'armée, le commerce, l'administration : histoire des Juifs au Portugal (en), diaspora juive, christianisme dans le monde romain, christianisation avec son lot de chapelles, baptistères, basiliques, églises, nécropoles, cimetières, martyrs, dont sainte Gemma de Saintonge, São Veríssimo, Santa Máxima et Santa Júlia (martyrisés en 303 à Lisbonne).

Antiquité tardive

Comme la majeure partie sud de l'Europe de l'Ouest, le Portugal devient chrétien arien. L'arianisme, dénoncé comme hérésie à différents conciles (dont premier concile de Nicée (325), premier concile de Constantinople (381)), suscite des tensions dans tout le monde chrétien du quatrième au sixième siècles : christianisme primitif, art paléochrétien.

La péninsule connaît également l'hérésie priscilienne.

Le galaïco-portugais, matrice du galicien (au nord du Portugal) et du portugais, est la langue de prestige au Moyen Âge dans la région, en partie dans le domaine religieux.

Haut Moyen Âge

L'expansion du christianisme au Moyen Âge dans le sud-est de l'Europe dépend en partie de la chronologie des invasions barbares en Hispanie.

La principale figure historique est Martin de Braga (510/520-589), évêque de Dume, en mission d'évangélisation de la Galice, alors réputée païenne ou arienne.

Moyen Âge central et tardif : époque mozarabe et reconquête

  • Expansion de l'islam, conversion à l'islam, muladi, taqîya
    • Conquête musulmane de l'Hispanie (711-726)
    • Mozarabe, chroniques mozarabes (754), rite mozarabe, chant mozarabe, art mozarabe
    • De l'arrivée des armées omeyyades en 711 à la fin de la Reconquista portugaise en 1249, les musulmans de Gharb al-Ândalus sont majoritairement sunnites malékites, tandis que les chrétiens, principalement mozarabes, de rite mozarabe, et les juifs, dont le statut est encadré par le texte coranique et les lois islamiques, relèvent du statut de dhimmi : non-musulmans, sous protection de l'État califal, ou des taïfa sauf conversion.
    • En réaction à la crise politico-sociale et religieuse ouverte par l'effondrement du Califat omeyyade de Cordoue au XIe siècle, au sein d’une société musulmane divisée et antagonique, on voit surgir en terres ibériques un mouvement mystique se fondant à niveau spirituel sur l’Islam le plus pur : le soufisme. La raison d’être de ce mouvement se trouvait dans les écrits du Coran, base et pilier de sa doctrine, et dans les traditions prophétiques, suivant les enseignements et l’exemple du Prophète de l’Islam, « l’Homme Parfait » (al-insan al-kamil), d’où provient la Chaîne mystique[4].
    • Au XIIe siècle, la domination des Almoravides et des Almohades provoque une contre-réaction qui accentue les particularismes ibériques, et fait s'affirmer avec force une série de groupes soufis dont la première manifestation se trouve dans la ville d’Almeria avec des maîtres tels qu'Abu-l-Abbas Ahmad ibn al Arif al-Sinhayi (1088-1141), qui avait suivi la doctrine du maître soufi oriental perse, al-Ghazali. A l’époque, Almeria est le centre du soufisme ésotérique d’Al-Andalus ; c’est là qu’a lieu la plus grande protestation collective contre la condamnation théologique et la destruction par le feu des livres de l’éminent mystique et théologien, al-Ghazali, sous le gouvernement de l’Almoravide Ibn Tashfin. Rapidement, les enseignements de Ibn al-Arif se propagèrent à Cordoue, Séville et Grenade, puis à l'ensemble des villes musulmanes de la péninsule[4].
    • Forte de sa richesse économique et de ses nombreux savants et intellectuels, la région constitue un lieu de développement et diffusion précoce du soufisme au sein du monde musulman[5], conjointement avec la Perse et l'Anatolie. Cette époque est considérée comme l'un des Âges d'or de l'islam[4].
    • Dès les premières conversions d'Ibériques à l'islam au VIIIe siècle, des similitudes entre les rituels soufis et catholiques se sont développées, avec une tradition de pratiques dévotionnelles communes aux deux confessions, notamment des pèlerinages, des cultes mariaux et de cultes de Saints communs[6].
    • Au sein du monde musulman, pendant cette période, Al-Andalus et Al-Maghrib sont regroupés dans « l’Occident musulman » en général[5].
    • Art musulman au Portugal (pt), urbanisme musulman au Portugal (pt)
    • Émirat de Cordoue (756-929), Califat de Cordoue (929-1031), art des Omeyyades de Cordoue, art hispano-mauresque
    • Taïfa de Badajoz (1013-1151), Taïfa de Mértola (1033-1110)
    • Âge d'or de la culture juive en Espagne et au Portugal
    • La Reconquista
Anonyme, Ecce homo, Portugal.
Nuno Gonçalves (1420c-1490c), Polyptyque de Saint-Vincent (Paineis de São-Vicente de Fora, vers 1460-1470).

Époque moderne

Le catholicisme, depuis l'occupation mozarabe et la reconquête, paraît indissociable de l'identité portugaise. L’« Outre-mer portugais » (Ultramar português), devenu Empire colonial portugais (1415-1999), accentue cette identification.

XVIIe siècle

L'époque développe deux mythes à références religieuses fortes :

XVIIIe siècle

Au moment où les Lumières portugaises émergent, comme dans les autres pays latins et catholiques, l'écrasante majorité de la population portugaise est encore analphabète, l'Index Librorum Prohibitorum est encore en vigueur, l'enseignement est contrôlé par les ordres religieux, et les universités enseignent encore les matières de la scolastique médiévale. Les principaux appareils répressifs sont le Saint-Office, visant les ennemis de Rome, et la police politique, contrôlée par la Couronne. Les juifs et les chrétiens-nouveaux, dont le statut discriminant est encore en vigueur, sont toujours persécutés.

Époque contemporaine

XIXe siècle

La guerre péninsulaire (Invasions françaises du Portugal (1807-1814)) joue un certain rôle dans l'extension du libéralisme au Portugal et les causes de la crise de succession portugaise (1826-1834) et de la guerre civile portugaise (1826-1834).

La dissolution des monastères au Portugal (en) (1834) reste l'évènement le plus important du siècle dans le domaine de la religion au Portugal. Il s'inscrit cependant dans un grand mouvement pan-européen qui va des réformes protestantes aux interdictions religieuses des régimes dictatoriaux modernes.

XXe siècle

Le siècle est d'abord marqué par la proclamation de la République portugaise () : fin de la monarchie portugaise, décrets anti-ecclésiastiques, confiscation des biens et propriétés de l'Église, fin des jours fériés religieux, suppression de l'enseignement de la doctrine chrétienne, loi de séparation de l'Église et de l'État (1911), mais très vite aussi début de dictatures.

L'autre événement marquant du début du siècle est en 1917 l'apparition mariale au village de Fatima, principalement à six occasions, de la « dame en blanc », à trois enfants, accompagnée de la révélation de Secrets de Fátima, suivie par le Miracle du soleil le . Le tout est à l'origine d'une intense dévotion populaire, d'un pèlerinage marial chrétien catholique, depuis un siècle, au Sanctuaire de Notre-Dame de Fatima. Certaine utilisation politique est évidente : sursauts patriotiques et politiques autoritaires. Le pèlerinage rejoint en importance celui à la période médiévale de Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice, Espagne) : cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (1075), Codex Calixtinus.

XXIe siècle

Repères 2020

Notes et références

Articles connexes

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