Tourisme industriel
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Le tourisme industriel (et artisanal) désigne la forme de tourisme dont l'intérêt est constitué par les symboles d'une activité industrielle et artisanale, c'est-à-dire des unités de production (usines, fabriques, ateliers, carrières, mines, etc.) ou des édifices fonctionnels liés à cette activité (cités ouvrières, logements patronaux, etc.).
Il arrive de distinguer le tourisme industriel culturel, qui se concentre sur le patrimoine industriel révolu ou traditionnel, le « tourisme de découverte économique » qui permet la découverte d'entreprises industrielles et artisanales en activité en les abordant par leur intérêt stratégique, scientifique, éducatif, et en les croisant à la dimension ludique du tourisme, et le tourisme scientifique[1]. Cet article aborde l'ensemble des acceptions du terme, d'autant que celles-ci sont souvent confondues.
La juxtaposition de deux mots si antinomiques, l'un évoquant le loisir, l'autre le labeur, semblent pour le moins hérétique, tant le monde de l'entreprise, de la technique, et celui du tourisme se voient très différents. Pour autant, le tourisme industriel contemporain découle d'une pratique ancienne et diffuse. Celle-ci a longtemps réservé une place de choix aux activités traditionnelles, aux métiers de l'artisanat manuel et à l'agro-alimentaire ou aux spécialités « terroir » et souvent haut de gamme. C'est un domaine qui s'est beaucoup développé en France au cours des années 1980 autour du secteur de l'énergie, avec EDF et le lobby nucléaire. Depuis, ce secteur s'est continuellement développé et des régions ont fait le choix d'en faire une priorité de développement de leur territoire.
Le tourisme industriel se rapproche du tourisme culturel quand l'activité économique industrielle en question et/ou les sites, par leur architecture, sont constitutifs du patrimoine culturel de la région ou de la localité, du tourisme urbain par le fait que les sites industriels sont souvent en zone urbanisée, voire du tourisme d'affaires et même du tourisme noir quand il est motivé par des accidents industriels.
Le tourisme industriel est très développé en France, où il s'est structuré autour de l'association Entreprise et Découverte, créée en 2012. Trois mille cinq cents visites ont attiré vingt millions de visiteurs en 2023. En Suisse, la filière est en croissance, mais moins développée qu'en France[2].
Les différentes formes du tourisme industriel
Contenus et offres
L'offre émane de divers intervenants :
- entreprises : sites de production, musées d'entreprises,
- musées : publics ou privés, spécialisés ou généralistes mais comprenant dans ce dernier cas une ou plusieurs sections spécialisées,
- expositions temporaires,
- patrimoine architectural industriel et technique,
- sites archéologiques,
- parcours spécialisés.
La motivation principale des entreprises offreuses a longtemps été la vente directe, notamment pour les entreprises de l'agro-alimentaire (apiculteurs, viticulteurs, brasseurs, mais aussi nougatiers de Montélimar, biscuitiers, chocolatiers, pâtissiers, distillateurs, etc.). Cette motivation ne pouvait concerner que les entreprises produisant de l'agro-alimentaire ou des objets de consommation courante destinés au consommateur final.
Elle ne pouvait en aucun cas concerner les biens intermédiaires (ex. : produits semi-finis de la métallurgie), ni les services (ex. : épuration de l'eau). Or, les entreprises trouvent par le biais du tourisme technique le moyen de promouvoir ou de restaurer leur image de marque (ex. : les sites nucléaires d'EDF), de faire valoir leur rôle dans la protection de l'environnement (ex. une tannerie savoyarde qui produit en appliquant la Convention de Washington sur la protection de la faune) ; ou encore elles développent par ce moyen un prolongement de leur politique publicitaire (ex. : Perrier, c'est fou ! à Vergèze, Volvic, Evian, Badoit, Vichy...). Ce ne sont pas les seules motivations : on trouve aussi très souvent la fierté d'un chef d'entreprise pour son produit, pour son métier, c'est le cas de très nombreux PME et artisans. C'est aussi parfois un élément d'une politique de recrutement pour les métiers qui attirent peu les jeunes.
Les musées techniques ont acquis ces dernières années l'honorabilité qui leur faisait défaut il y a encore peu. Des collections prestigieuses ont fait l'objet de rénovations remarquables, par exemple, le Musée des arts et métiers à Paris, ou encore le Musée d'art et d'industrie de Saint-Étienne, et si on va à l'étranger le Museum of industry à Manchester, le Deutsches Museum à Munich, le Musée Leonardo da Vinci à Milan, pour s'en tenir aux plus importants.
Ce mouvement de réhabilitation des collections anciennes est de plus étayé par la création des Centres de culture scientifique et technique (CCSTI), largement consacrés aux techniques modernes, et désormais répartis sur tout le territoire français. Ils jouent un rôle muséographique moteur, un rôle d'animation technique et scientifique, dans leur environnement économique et technique régional.
Les techniques muséographiques ont considérablement évolué, mettant en œuvre plus d'interactivité, plus de participation du public. Par cet aspect, le Palais de la Découverte avait été en son temps un innovateur, dans les années 1930, mais il n'est plus rare de voir participer le public, avec parfois des techniques proches de celles utilisées dans les parcs de loisirs : jeu, expérience en groupe, enquête, exploration-aventure (ex. Destination Or à Rouyn-Noranda au Québec).
Enfin, le patrimoine industriel bâti fait l'objet de mesures de conservation en l'état et de protection avec le classement Monument historique ou même l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco (comme c'est le cas pour l'usine sidérurgique de Völklingen en Allemagne). Il est d'autres fois réaffecté à un nouvel usage (ex. la Chocolaterie Menier à Noisiel qui est désormais le siège de Nestlé France, ou encore l'Usine LU à Nantes qui est transformée en centre culturel). De nombreux sites industriels, en activité ou désormais lieux de patrimoine, sont ouverts à la visite lors des Journées du patrimoine, tous les ans en septembre, et connaissent à ce moment-là une grande affluence.
Publics visés
Cette forme de tourisme vise plusieurs publics, très hétérogènes et s'appuie sur un niveau moyen de formation technique et scientifique qui a considérablement augmenté pour l'ensemble des populations européennes, autant par l'élargissement des champs de connaissances que par le niveau moyen de formation.
Les principaux publics visés sont :
- les scolaires et étudiants, du primaire au supérieur, - les adultes en formation professionnelle continue,
- individuels et familles
- les retraités - le plus souvent en voyage organisé de groupe,
- les comités d'entreprises,
- les voyages d'affaires (professionnels du secteur),
- les touristes locaux et nationaux,
- les touristes étrangers.
Pour les plus jeunes, la mobilité professionnelle, vécue, ou pressentie comme inéluctable, amène à s'interroger sur d'autres pratiques professionnelles, sur d'autres domaines d'activité économique.
Pour les seniors, le souci d'être toujours dans la course est une motivation forte en faveur du tourisme technique, pour valider ses propres savoirs professionnels et se tenir au courant de l'évolution du monde.
Tous les intervenants du domaine soulignent que la demande n'est plus seulement le fait de voyagistes œuvrant pour des groupes de retraités et de touristes, mais que la part des individuels augmente (elle atteint jusqu'à 40 % de fréquentation pour certains sites), et que d'autre part les services, les technologies nouvelles sont de plus en plus demandées, en particulier par un public jeune, en formation ou déjà actif. D'autre part, les clientèles étrangères se diversifient sur le marché du tourisme technique avec, par exemple, l'arrivée des Japonais et des Européens en individuels, des Israéliens et des Chinois en groupe (cf. le service accueil Papillon à Roquefort).
Il faut enfin souligner que nous ignorons le plus souvent comment sont fabriqués les objets quotidiens, ceux qui font notre monde contemporain. Les entreprises ont procédé, depuis environ deux siècles, à une fermeture de leurs portes au monde extérieur : fini le bon vieux temps où chacun pouvait passer la tête par la porte de l'atelier du forgeron, de la couturière. Au lieu de cela, l'entreprise est devenu un lieu clos, où n'entre que le personnel, à heure fixe, pour une mission déterminée. Quels matériaux, quels gestes, quelles conditions de production, etc. pour produire ma voiture, mon bâton de rouge à lèvres, mes lunettes, mon électricité, mon vaccin, mon yaourt, mais aussi pour gérer mon compte bancaire, assurer la sécurité routière, etc. Autant de points souvent obscurs pour le citoyen et le consommateur qui veut comprendre et voir par lui-même.
Pour répondre à la variété des publics, l'offre d'un même site est souvent très compartimentée pour satisfaire les besoins pré-supposés des personnes concernées et s'appuie selon les cas sur un matériau, un savoir-faire, un domaine technologique, une tradition, une entreprise, un métier ; les angles d'approche sont extrêmement variés. Il s'agit d'une mise en lumière de méthodes et procédés de fabrication, production, industrialisation pour tous types de produits ou services.





