Vieux-la-Romaine
site archéologique à Vieux (Calvados)
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Vieux-la-Romaine est un site archéologique situé dans le département français du Calvados, en Normandie. Situé sur le territoire de la commune de Vieux, à une quinzaine de kilomètres au sud de Caen, il correspond à la ville gallo-romaine d'Aregenua, dont le nom signifie « devant l'embouchure » en gaulois, en l'occurrence celle de la Guigne, ruisseau qui se jette dans l'Orne.
| Aregenua | |||||
La Tutela de Vieux. | |||||
| Localisation | |||||
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| Pays | |||||
| Haut-Empire : Gaule lyonnaise, Bas-Empire : Lyonnaise seconde |
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| Région | Normandie | ||||
| Département | Calvados | ||||
| Commune | Vieux | ||||
| Type | chef-lieu de civitas | ||||
| Protection | |||||
| Coordonnées | 49° 06′ 15″ nord, 0° 25′ 53″ ouest | ||||
| Histoire | |||||
| Époque | Antiquité (Empire romain) | ||||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Normandie
Géolocalisation sur la carte : Calvados
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
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| Internet | |||||
| Site web | www.vieuxlaromaine.fr | ||||
| modifier |
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La ville antique est prospère sous l'Empire romain. Chef-lieu de la cité des Viducasses, elle possède les monuments et bâtiments qui identifient une capitale gallo-romaine de civitas.
La cité est créée au Ier siècle à l'époque augustéenne puis connaît son apogée aux IIe et IIIe siècles, avec l'achèvement du processus de romanisation. Elle subit une décadence à partir du IIIe siècle mais n'est jamais totalement abandonnée. Le territoire des Viducasses est fusionné à celui des Bajocasses et la ville appartient à la catégorie des cités gallo-romaines ayant perdu la qualité de capitale pendant le Bas-Empire. Peu d'informations sont connues entre les Ve et VIIe siècles, le site continue d'être occupé et les matériaux de la ville antique sont massivement réutilisés. Par la suite le village est mentionné dans les sources écrites au XIe siècle, mais la grande ville est désormais Caen.
Le site est fouillé à partir de l'époque de Louis XIV, mais surtout à partir du XIXe siècle grâce à l'action de la Société des antiquaires de Normandie fondée au milieu des années 1820. Les fouilles anciennes permettent la découverte de grands édifices publics, de grands thermes et d'un théâtre gallo-romain, mais ces vestiges sont ensevelis après les travaux de recherche et les espaces rendus à l'exploitation agricole. Les fouilles scientifiques sont surtout l'apanage des XXe et XXIe siècles, qui permettent de mettre au jour des éléments toujours visitables pour les plus emblématiques, comme la remarquable maison au grand péristyle, aux découvertes si riches qu'est décidée la construction du musée archéologique de Vieux-la-Romaine, ou la demeure plus modeste appelée maison à la cour en U. Les dernières fouilles, concernant une partie du forum, ont lieu dans la décennie 2010.
L'ensemble de ces travaux fait de Vieux l'une des cités gallo-romaines dont l'histoire est la mieux connue. Comme l'écrit dès 1977 Dominique Bertin, historienne et archéologue, « nous avons à Vieux la chance presque unique d'appréhender la réalité d'une petite cité gallo-romaine du nord-ouest de la Gaule ». Pascal Vipard quant à lui considère en 2006 que le site illustre « le caractère artificiel des établissements urbains de type administratif ».
Localisation


La commune actuelle de Vieux est localisée à 11 km au sud-ouest de Caen[B 1] et à 20 km de la Manche[G 1]. Le toponyme du nom latin est lié au gaulois « are » (devant) et Genua, nom de la rivière qui coule là ou alors lié au mot désignant une embouchure[B 1].
Aregenua se trouve à un carrefour de voies antiques : le chemin Haussé, identifié à l'une des voies figurant sur la table de Peutinger, reliait Bretteville-l'Orgueilleuse à Jort[1],[Q 1]. Lors de la révolte des barons normands de 1047, le jeune duc Guillaume le Conquérant aurait emprunté cette ancienne voie romaine pour rejoindre Falaise. Cet événement a durablement marqué les mémoires, donnant au chemin l’appellation de « chemin Haussé du duc Guillaume »[2].
Les axes de communication filent vers le Cotentin, vers Jublains et les pays de la Loire, vers Lisieux et vers Rouen. Une voie va vers la mer[A 1]. Certaines de ces voies forment le cardo et le decumanus de la cité. Ils ne sont toutefois pas aussi rectilignes qu’on se l’imagine habituellement.
La ville s'installe sur le versant nord de la Guigne, exposée au sud et dans un secteur non inondable[A 2].
La ville peut compter sur des ressources géologiques : grès, schistes, et surtout marbre de Vieux, une sorte de calcaire. Le limon sert également aux bâtiments en torchis[A 3],[B 2].
Histoire
Histoire ancienne et médiévale
Naissance d'une ville gallo-romaine

Créée au Ier siècle, à l'époque augustéenne[C 2], Aregenua est le chef-lieu des Viducasses, un des peuples de la Gaule lyonnaise[B 1]. La superficie du territoire des Viducasses est estimée à 2 300 km2. La cité apparaît comme une ville-étape sur la carte de Peutinger datée du IIIe et IVe siècles[A 4]. Son âge d’or se situe aux IIe et IIIe siècles, la romanisation étant achevée dans ce dernier siècle[B 3].
Le territoire des Viducasses bénéficie d'une façade maritime et d'un fleuve, l'Orne, même si les limites sont imprécises : la Seulles à l'ouest, la Dives à l'est, et au sud un paysage de forêt et de collines[B 3]. Les avantages de l'installation humaine sont nombreux, avec « une belle situation (...), une bonne exposition, du gibier en abondance (...), du poisson (...), une plaine très propice à la culture de l'orge et du blé »[B 2]. Avec un territoire varié, les Viducasses sont ouverts sur l'extérieur avec sa façade ouverte sur la Manche et le réseau viaire qui la relie surtout à des voies secondaires et peu avec le reste du monde romain tel Lugdunum, la capitale de la Gaule Lyonnaise. La cité est donc « un peu marginale »[B 3].
Le peuple est mentionné dans l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien[A 4], IV, 107[E 1]. La cité d'Aregenua est mentionnée par Ptolémée dans la Géographie[A 4], II, 8, 2 et II, 8, 5[E 1]. Le peuple des Viducasses appartient avant la conquête de la Gaule par César à la « communauté armoricaine », tournée vers la mer. Le site n'est qu'un vicus[B 4]. L'occupation du site à l'époque gauloise n'est pas prouvée[B 5]. Non loin se trouve le sanctuaire de Baron-sur-Odon, à 2,5 km à l'ouest[C 2], dont l'occupation débute à La Tène finale ou au début de l'occupation romaine[E 1]. Aucun vestige laténien n'est connu et le site de Vieux est supposé être créé ex nihilo[D 1]. La cité des Viducasses comme celle des Sagiens est peut-être liée au « démembrement du territoire des Esuvii/Atessui » qui disposent d'une agglomération importante à Fontaine-les-Bassets[F 1].
Les traces d'occupation sont attestées au Ier siècle mais surtout à l'époque claudienne, avec dès cette époque une organisation urbaine[E 2].
Apogée aux IIe et IIIe siècles

La ville se développe sous les règnes de Tibère et Claude et l'apogée date des IIe et IIIe siècles[B 5]. Le site conserve peu de traces antérieures à la fin du Ier siècle[C 3] et le noyau de la ville se situe entre la Guigne et le chemin Haussé[A 1]. La monumentalisation n'est pas antérieure à 120-140 avec la construction d'édifices publics et d'un théâtre, et dans le même temps, une augmentation de la qualité des constructions privées[C 4]. La ville s'étend au cours du IIe siècle[C 4], lors de la période qui va des Antonins aux Sévères ou aux Gordiens, empereurs pendant la période dite de l'anarchie militaire[C 4]. À son apogée la ville atteint 35 ha pour 5 000 habitants[C 4]. Dominique Bertin estimait en 1977 pour sa part la population à 2 000 ou 3 000 habitants[B 6]. L'hypothèse de 6 000 habitants est aussi avancée[D 2].
On sait grâce aux inscriptions sur le piédestal de statue trouvé sur place, le marbre de Thorigny, que la cité avait un statut privilégié du point de vue fiscal, et que ses magistrats étaient de droit citoyens romains. On y apprend la carrière d'un de ses citoyens gallo-romains jusqu'au conseil des Gaules, et la date de construction des thermes entre 220 et 238. La cité est à la fois « cité libre » et « colonie »[E 1].
Aregenua dispose à l'époque de l'immunitas, une dispense fiscale d'impôt foncier, et du droit latin. Ces avantages sont peu accordés, environ treize cités avec de tels avantages sont attestés en Gaule, et Vieux possède donc « une place éminente par rapport à ses modestes voisines ». Elle témoigne de la réussite du processus de romanisation[C 4].
Déclin de la cité au Bas-Empire

Le déclin est précoce, avec une baisse des constructions et de l'évergétisme dans la première moitié du IIIe siècle[C 5]. Très touchée par les troubles de la fin du IIIe siècle à partir de 275[B 3], la cité subit une désorganisation, mais il ne faut pas en conclure une disparition de la ville dès cette époque, le pouvoir municipal se maintenant dans le premier tiers du IVe siècle[C 5]. Vieux subit une « déchéance administrative » à la fin du IIIe début du IVe siècle[C 6].
Un autel à Mars est dédié entre 263 et 267 avec mention de deux consuls de Postume, « témoignage concret du rattachement des Viducasses à l'Empire gaulois »[3],[C 5]. L'abandon de secteurs de la cité est à l’œuvre pendant la période, même si l'archéologie témoigne un maintien d'une production de tabletterie de qualité dans le troisième quart du IIIe siècle[C 5]. La périphérie est abandonnée[E 2]. Dans la domus du Bas de Vieux les fouilles attestent d'un maintien d'« un certain standing » jusqu'à la fin du IIIe début du IVe siècle, à partir de ce moment le site est occupé par une population plus modeste[C 5]. Le fanum retrouvé sur le site du musée archéologique est édifié au-dessus de remblais datés du dernier quart du IIIe siècle[C 6]. La consommation de bœuf qui témoigne d'une population aisée continue à être supérieure à celle de porc[C 6]. La cité connaît encore « un certain dynamisme urbain » comme d'autres villes qui se rétablissent entre 289 et 325, témoignage d'une reprise en mains par le pouvoir central et de la fin de l'insécurité constatée dans la période précédente[C 6]. Aregenua ne s’entoure pas pour autant d’une enceinte[C 7] même s'il y a une occupation au IVe siècle dans un site non totalement reconstruit[B 7]. La ville change de nom et s'appelle Civitas Viducassium aux IIIe et IVe siècles[C 2].
Au temps de la christianisation, elle ne devient pas siège d’évêché à la différence de la plupart des autres cités de la future Normandie. Vieux est intégrée au territoire des Bajocasses[C 8] pour des raisons de réorganisation et de contrôle territorial[D 3], autant de signes ou de causes qui annoncent un déclin de la capitale des Viducasses. La déchéance administrative trouve une preuve par l'absence du nom de la cité dans la Notitia Dignitatum et la Notitia Galliarum[E 1] datées de la fin du IVe début du Ve siècle[D 4]. Le changement peut dater selon Pascal Vipard de la réforme de Dioclétien de 297 et s'achève en 312-313, la fusion a pu également être décidée pour des motifs militaires. D'autres cités de la Lyonnaise seconde ont fusionné au même moment, les Calètes et les Véliocasses[C 9], et la capitale est alors Rouen[F 2]. La décision administrative entraîne une accélération de l'exode urbain vers la périphérie du site ou la campagne[C 10]. Contrairement à Vieux, Corseul et Jublains restent chefs-lieux de cités au IVe siècle, Jublains étant même un temps siège d'un évêché[C 10].
L'absence de rempart plaide pour une perte administrative précoce, due peut-être au « délabrement physique de la ville »[C 7]. La réorganisation de la défense de l'Empire commence sous la Tétrarchie et se termine sous Constantin, la future Normandie étant dans une zone appelée Tractus Armoricanus. Les capitales sont placées sur l'itinéraire à partir de la mer afin de faciliter le déplacement des troupes[F 3].
Aregenua n’est toutefois pas abandonnée au Bas-Empire : les archéologues ont constaté de nouvelles constructions de maisons, des restaurations et ont retrouvé des pièces de monnaie et des produits artisanaux, indices du maintien d’un commerce à longue distance. Il y a « un regain d'activité édilitaire »[F 4]. Cependant, il est clair que la ville d'Augustodurum (Bayeux), défendue par un castrum, prend le pas sur Aregenua. Les travaux peuvent être liés à un rétablissement d'une cité devenue secondaire[C 7] dès le début du IVe siècle[E 2].
Abandon du site au Haut Moyen Âge

La situation de Vieux au Bas-Empire est mal connue[E 2] avec de nombreuses incertitudes entre le Ve et la seconde moitié du VIIe siècle[F 5]. Les sources sont « un temps muettes sur le destin d'Aregenua »[A 5]. À partir du deuxième tiers ou de la moitié du IVe siècle, les éléments matériels deviennent ténus. Les monnaies découvertes sont celles d'Arcadius et Théodose Ier, correspondant « simplement à l'arrêt des émissions monétaires en Occident ». Les céramiques accusent pour leur part une production locale. L'appréhension difficile peut être liée à la « disparition des cadres dirigeants »[C 7]. Les sources manquent à partir du Ve siècle mais la ville continue d'être un centre de peuplement pendant l'époque mérovingienne ou carolingienne[A 5]. Le manque d'informations continue jusqu'à la fin du VIe siècle[D 5].
Il peut aussi y avoir eu baisse du nombre d'habitants et déplacement des lieux d'occupation vers les sites attestés plus tardivement, au nord-ouest du site ou autour de l'église[C 11]. Les fouilles n'ont pas permis de trouver de traces datables du Ve siècle, la cité ayant perdu des habitants, sans doute la fraction la plus aisée qui se replie dans de vastes domaines ruraux compatibles avec un confort de vie et une autarcie[C 12]. Les nécropoles de Frénouville et Saint-Martin-de-Fontenay, fouillées à la fin du XXe siècle, laissent apparaître une croissance démographique au Ve siècle analysée comme résultant de migrations régionales. La population de l'ancienne capitale des Viducasses serait partie dans des sites d'habitat rural ou se serait installée dans les faubourgs de la ville[C 13]. Les recherches ont permis de mettre au jour des inscriptions chrétiennes des Ve et VIe siècles, cette adhésion précoce à la religion chrétienne étant analysée par Pascal Vipard comme « une ultime manifestation de romanité »[C 14]. Ces six inscriptions sont parfois datées des Ve – VIIe siècle[E 1]. La première « mention irréfutable » d'un évêque de Bayeux est datée de 538[E 1].

Au Haut Moyen Âge, les habitants s’installent un peu plus au nord (hameau Saint-Martin) et dans le secteur de l'église Notre-Dame[A 5], secteurs à l'origine du village actuel[C 14]. Les habitations sont alors en bois[A 5]. Les habitants utilisent les ruines gallo-romaines comme carrière pour construire leurs habitations, par exemple la maison des Gaudines est occupée au VIIe et VIIIe siècles[D 6]. Quatre nécropoles sont identifiées, des sarcophages construits dans une colonne ont été trouvés. Le site est occupé de façon importante entre le VIIe siècle et le VIIIe siècle. Une des nécropoles s'étend sur environ 5 ha et trois nécropoles sont localisées près de lieux de culte connus par la suite[D 1].
Les constructions sont surtout en bois et l'activité agricole[A 5]. La ville antique s'efface peu à peu[C 14], mais le « processus de ruralisation » est méconnu[D 7]. Aregenua n’est plus qu’un simple vicus. C’est la seule capitale de cité de Normandie, avec Lillebonne, qui ne soit pas devenue une ville au Moyen Âge. Lillebonne contrairement à Vieux se dote d'un castrum[F 5].

La présence des Francs est attestée dès le VIe siècle[C 15]. Une inscription paléochrétienne est datée par Pascal Vipard de la fin du Ve début du VIe siècle, et trois autres inscriptions chrétiennes sont connues, ces éléments constituant « un des plus anciens témoins de l'implantation du christianisme dans la partie occidentale de la province de Rouen »[D 5]. Au VIIe siècle, des colonnes, des éléments de décor du théâtre et une borne milliaire de Constantin sont transformés en éléments de sarcophages. La période correspond à « la disparition physique de la ville romaine »[C 16]. La ruralisation du site est terminée au VIIe siècle[F 5]. La christianisation des campagnes est achevée au milieu du VIIIe siècle[D 8]. Les édifices civils sont construits à nouveau en pierre à partir de la fin du VIIe début du VIIIe siècle[D 8] et l'habitat se stabilise jusqu'au Xe siècle[F 7]. À la fin du VIIe siècle un cimetière isolé est remplacé par un nouveau lieu de sépulture autour d'une église Saint-Martin[F 5]. Une église est également présente dans le hameau Sainte-Marie, laissant ouverte l'hypothèse d'une occupation bipolaire[F 7].
Au XIe siècle le site est cité dans des textes[E 2] mais n'est plus qu'« un simple village »[A 5] similaire aux autres villages de la Plaine de Caen[C 16]. Il s'appelle alors Viduca[A 5]. La ville principale devient Caen[B 8], création urbaine liée à une volonté politique forte[C 17].
Histoire des recherches et protection

Les fouilles archéologiques ont permis d’esquisser une image d'Aregenua d’autant plus facilement qu’aucune ville moderne n'a recouvert les vestiges gallo-romains. Ce type de condition est assez exceptionnel pour une ancienne capitale de cité, qui est aussi le cas de Jublains. Le marbre de Thorigny est longtemps considéré comme retrouvé en 1580 et permet de localiser la cité[B 3]. Les recherches récentes considèrent que la découverte a sans doute eu lieu au cours du XVIIe siècle.
L'intendant de la généralité de Caen, Nicolas-Joseph Foucault débute les travaux sur le site en 1697, épaulé en cela par Antoine Galland. Les premières fouilles commencent sur le site en 1697, 45 ans avant celles de Pompéi. La proximité de la capitale de la Basse-Normandie a joué un rôle dans les recherches menées sur le site[C 18]. Les fouilles du « Champ des Crêtes » débutent en 1703 et se poursuivent pendant deux ans. Les fouilleurs dégagent alors un complexe thermal et de nombreuses « médailles antiques ». Les fouilles permettent de découvrir une statue de Mercure[B 2]. Les manuscrits des travaux réalisés alors sont désormais à peu près perdus et le site est remblayé par les agriculteurs afin de remettre en culture les sols dès 1706[A 6]. Des sarcophages sont trouvés par la suite dans plusieurs secteurs, la Delle Saint-Martin, la Delle Saint-Germain et le cimetière de l'église Notre-Dame[B 2]. Des sarcophages découverts au milieu du XVIIIe siècle sont utilisés par l'agriculteur pour paver sa salle. En 1793 un monument public, une mosaïque, des inscriptions et un aqueduc sont mis au jour mais détruits[B 9].

Les travaux sur le site reprennent au XIXe siècle sous l'impulsion de la société des antiquaires de Normandie fondée par Arcisse de Caumont en 1824. Arcisse de Caumont et Antoine Charma fouillent le forum en 1840 et 1859 puis le théâtre entre 1852 et 1854[A 7]. Arcisse de Caumont fouille les thermes du Champ des Crêtes en 1839-1841 et Antoine Charma fouille un autre complexe thermal en 1859-1864[B 9]. Charles Gervais publie en 1864 le catalogue du musée des antiquaires de Normandie qui abrite de nombreuses découvertes faites sur le site[A 8]. En 1873 des sculptures et deux bas-reliefs sont découverts à l'occasion de travaux dans le chœur de l'église[B 6]. Avec la bataille de Caen la collection est perdue pour partie, certains objets conservés intègrent en 1983 le musée de Normandie puis le musée archéologique de Vieux-la-Romaine[A 8].

Les fouilles du XXe siècle se déroulent au fil des travaux dans la commune. Le département du Calvados, qui crée son service d'archéologie en 1982, achète des terrains. Des fouilles programmées sont réalisées et aboutissent à la création du musée en 2002. Des fouilles sont réalisées dans le théâtre et sur le forum. Des recherches géophysiques ont lieu à partir du milieu des années 2010[A 9]. Des prospections géophysiques ont lieu sur le site des thermes sud en 2005 et 2016, site qui avait fait l'objet de photographies aériennes dans les années 1980[A 10]. Ces travaux menés depuis les années 1980 font que la ville antique est l'une de celles dont l'histoire est la mieux connue[C 2].
L'ensemble des vestiges archéologiques retrouvés dans le Bas de Vieux sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du [4]. Les vestiges contenus au lieu-dit du Jardin Poulain sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du , alors que ceux retrouvés au lieu-dit de l'école sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du [5].
Reconstitution archéologique de la ville
Plan de la ville et infrastructures
Plan général


Le plan de la ville est défini selon les points cardinaux et un plan en damier, basé sur le cardo et le decumanus dessine des insulae[A 1]. Les nécropoles ne sont pas situées, seulement trois urnes cinéraires étant connues[E 2]. La ville a pu connaître une extension maximale de 35 ha à 40 ha mais une urbanisation certaine sur 25 ha[E 2].
Infrastructures et modes de construction
Les rues sont construites au moyen de cailloux divers avec de la terre et des éléments de calcaire, et bombées pour permettre l'évacuation de l'eau. Des blocs de marbre de Vieux permettent aux piétons de traverser. Dans certains endroits il y avait des trottoirs, voire des portiques[A 11]. Des travaux de voirie sont attestés à Aregenua jusqu'au dernier quart du IIIe siècle, et une nouvelle borne milliaire est installée sous Constance Chlore ou Constantin Ier (305 à 312-317)[6],[C 6]. Un cardo est ouvert dans le second quart du IVe siècle dans un quartier en ruines mais sans égouts ni trottoirs[C 6].

Les besoins en eau étaient couverts par des puits parfois bâtis dans les maisons, mais surtout par des aqueducs. Certains aqueducs souterrains viennent du nord de la ville et sont localisés à une profondeur de 5 m mais ils sont globalement « mal connus ». L'aqueduc dit de Saint-Martin est situé à quelques centimètres sous le sol. Les historiens n'ont pu définir si les installations sont en service de façon simultanée avec un accroissement des équipements du fait d'une augmentation des besoins[A 12]. Le réseau de canalisation est constitué de tuyaux maçonnés, de conduits en bois ou en plomb. Quelques rares demeures privées étaient reliées au réseau. De manière générale la population dans sa majorité pouvait récupérer de l'eau dans des fontaines publiques. L'eau est en grande partie destinée aux thermes de la ville[A 13]. La ville est pourvue d'un réseau d'égouts destinés aux eaux usées qui étaient envoyées dans la Guigne[A 13].
La construction de terre et de bois est beaucoup utilisée au début de l'histoire de la ville, pour l'habitat les boutiques ou ateliers. Les murs de torchis étaient posés sur des solins de pierre. Il peut y avoir un enduit de finition de chaux. Les maisons ont des sols de terre battue ou en cailloux. Les toits étaient en chaume ou en tuiles romaines[A 14]. Au moment où la ville se développe dans la seconde moitié du Ier et au IIe siècle, de nouvelles rues sont ouvertes et des constructions en maçonnerie se développent, d'abord appliquées aux monuments publics mais ensuite aux constructions des personnalités les plus riches. Les demeures aisées sont alors pourvues d'éléments de décor luxueux, fresques, mosaïques, colonnes. Le mode de construction en bois et terre reste toutefois utilisé[A 15].
Édifices politiques

Le forum d'une ville romaine est très important, cumulant des rôles administratifs, judiciaires, commerciaux et religieux au sein d'un complexe monumental[A 16].
La redécouverte scientifique du centre de la ville d'Aregenua est récente, même si la trouvaille ancienne du marbre de Thorigny a sans doute eu lieu sur son site. À partir de plans dressés par la société des antiquaires de Normandie, de récentes prospections aérienne et géophysique ont permis de confirmer, au lieudit « le Champ des Crêtes », la présence du forum de la ville et de différents édifices publics, thermes, mais aussi curie et probablement basilique civile. Le forum de Vieux est fouillé par deux fois au XIXe siècle, mais identifié formellement par les recherches réalisées au début du XXIe siècle, tant des fouilles que des prospections géophysiques réalisées entre 2005 et 2016[A 16].
Le forum d'Aregenua ne se situe pas au centre géométrique de la ville mais sur un plateau dominant la vallée, structuré par un réseau de rues, cardines et decumani[Q 2]. Le forum se développe au IIe siècle et jusqu'au premier tiers du IIIe siècle[N 1], avec un décor enrichi à ce stade[O 1]. Le site devient sur une partie un espace consacré à la boucherie dès la fin du IIIe siècle, alors que la ville connaît de grands changements avec la perte de son statut de capitale de cité, les Viducasses intégrant en partie la cité de l'actuelle Bayeux[O 1].

Le forum s’organise en un vaste complexe rectangulaire d'environ 115 m sur 51,5 m[P 1]. Le complexe s'étend alors sur 5 200 m2 avec une vaste place de 1 300 m2. La place centrale mesure 68 m sur 21 m[P 1]. La place est bordée par des boutiques et des portiques, signe d'une intense activité économique, sur les longs côtés de la place[O 2]. La place est divisée en deux secteurs, une zone publique à l'est avec les activités civiques et commerciales, et une zone religieuse à l'ouest comprenant un temple[Q 2]. Ce temple, probablement construit dans la seconde moitié du IIe siècle, pourrait être dédié à des divinités importantes comme Mercure, Vulcain, Sucellus ou au culte impérial. La présence d’un autel et d’objets liés à ces cultes confirme l’importance religieuse du lieu[Q 3].

Un bâtiment occupant un côté rassemble les rôles politiques et administratifs, et au milieu se trouvait la curie, lieu de réunion des décurions. Cet édifice figure parmi les bâtiments majeurs car c'était le siège du conseil municipal. Construite et agrandie au IIe siècle, elle atteint environ 15 m sur 14,6 m et possède un aménagement en hémicycle avec gradins pour les assemblées[P 2]. La salle de 150 m2 comprenait un hémicycle et face à cet hémicycle se trouvait un podium. La salle est pourvue d'un décor de placage de marbre et de calcaire. Il y avait en outre un décor en opus sectile de marbres polychromes parfois d'origine lointaine, provenant de différentes régions de l’Empire (Afrique, Asie Mineure, Gaule), illustrant les échanges à longue distance et le prestige de la cité[P 3]. Il y avait des panneaux de fresque et également des statues dans trois niches[A 17]. Une salle annexe est interprétée comme un possible tabularium, archives publiques de la cité. L'accès se fait par un vestibule[A 18]. Le forum comprend aussi des espaces commerciaux, boutiques d’artisans et de marchands, des galeries munies de portiques et un vestibule monumental reliant les différentes zones. Un portique avec colonnade bordait le bâtiment. Il y a une fresque avec un trompe l’œil de marbre[A 19].
À proximité immédiate du complexe se trouvent plusieurs thermes, dont certains financés par des notables locaux comme Titus Sennius Solemnis, illustrant l’évergétisme de personnages puissants, financement privé d’équipements publics[L 1].
Édifices de loisirs et spectacles
Théâtre
| Image externe | |
| Aquarelle représentant le théâtre de Vieux | |

Le théâtre est localisé au nord-est du site archéologique[B 9] et non loin de la maison à la cour en U. L'édifice est fouillé au milieu du XIXe siècle par Antoine Charma de la société des antiquaires de Normandie puis oublié par la suite[A 20]. Une prospection magnétique est réalisée par l'archéologue Christian Pilet en , permettant de préciser la localisation de l'édifice[G 2]. Une fouille très partielle au milieu des années 1990 permet de préciser la localisation du monument de spectacles de la cité viducasse[M 1]. Les fondations de l'édifice sont quant à elles retrouvées lors de fouilles au début du XXIe siècle[A 20].
Un théâtre romain, d’une taille moyenne (80 mètres de diamètre environ) et l'arène est de 35 mètres à 30 mètres de diamètre. L'édifice comportait scène, orchestre et gradins et a sa structure bâtie en bois[B 10]. La zone de gradins mesure 80 m sur 67 m[A 20]. Le marbre de Vieux et le calcaire sont aussi utilisés dans la construction[A 20]. Le soutien de l'édifice est assuré par six exèdres semi-circulaires[S 1].

Le théâtre a une capacité d'accueil de 3 500 places[B 6]. En 2021 la capacité d'accueil est estimée entre 5 700 places et 7 600 places. Les jeux sont populaires et ouverts à toutes et tous, y compris les esclaves. Les représentations ont lieu dans l'après-midi, les spectateurs pouvant aller dans les boutiques et ateliers situés dans le quartier[A 20].
Le premier édifice, qui est mal connu du fait des aménagements subis par la suite, est bâti à la fin du Ier début du IIe siècle, avec une scène de 50 m2[A 20]. Le théâtre est transformé apparemment en édifice à arène à la fin du IIe siècle[E 2] afin de pouvoir accueillir des spectacles d'amphithéâtre[G 2]. C'est un édifice mixte[B 9]. L'arène a une surface de 610 m2[A 20]. La grande inscription appelée marbre de Thorigny signale qu'au IIIe siècle un notable local finance plusieurs jours de spectacles ; Titus Sennius Solemnis prêtre de Diane, Mars et Mercure, dépense en 238 25 000 sesterces pour quatre jours de spectacles montrant ainsi l'importance sociale et politique de ces événements[R 1].
L'édifice est démantelé dès la fin du IIIe début du IVe siècle comme en témoigne l'installation d'un four à chaux à proximité[C 19]. La destruction est liée à un incendie[A 21]. Le théâtre reste présent dans le paysage et sert de carrière de pierres[A 21]. Il reste situé à seulement quelques centimètres de la surface[A 20].
Édifices thermaux

Deux édifices thermaux sont connus dans le centre monumental de la ville. D'autres édifices plus modestes devaient exister[A 22]. Les fouilles des édifices thermaux sont anciens, datables du XVIIIe et XIXe siècle[B 9]. Les édifices sont tous deux pourvus de piscines, hypocaustes et palestres, mais le premier complexe comporte un décor plus riche avec des corniches de marbre blanc et du décor en marbre rose[B 9].
Thermes du forum
La palestre des thermes proches du forum est fouillée en partie. Il y a une piscine bordée de galerie et d'une colonnade[A 23]. L'édifice est pourvu d'un système de chauffage par doubles parois dans certaines pièces ; d'autres éléments de riche décor sont présents, fresques, mosaïques, colonnes et sculptures[A 24].

La construction de l'édifice est datée de la seconde moitié du Ier siècle. Des travaux ont lieu après un incendie, mais un autre incendie entraîne la destruction de l'édifice[A 24].
Thermes sud
L'édifice qui succède aux thermes du forum couvre tout un quartier de la ville[A 10] sur 4 000 m2 : il est pourvu d'une palestre, de pièces froides et de pièces tempérées ou chaudes pourvues d'un système de chauffage par hypocauste et deux bassins dont l'un était couvert de marbre blanc et alimenté d'eau chaude[A 25].
Les thermes sud sont construits par le père de Titus Sennius Sollemnis[A 26] et sont un témoignage de l'apogée monumental de la cité[C 4]. Les thermes dégagés par les fouilles de Nicolas-Joseph Foucault font l'objet d'un dessin envoyé à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et reproduit en 1860 par Arcisse de Caumont[B 2].
Habitat
Les maisons d'habitation sont le reflet des catégories sociales et de la hiérarchie présente sous l'Empire romain[T 1]. Les fouilles récentes ont livré des constructions représentatives d'une part de l'habitat modeste et une construction d'une grande maison urbaine. Ces deux bâtisses sont mises en valeur et visitables sur le site archéologique.
Maison à la cour en U

Les flèches rouges figurent les sens de circulation entre les pièces.
La maison à la cour en U, d'une superficie totale de 197 m2 dont 112 m2 pour l'habitation et 85 m2 pour la cour[M 2], est dégagée dans le quartier nord de la ville dans les années 1990 puis mise en valeur pour le public grâce à des aménagements modernes et des travaux de restauration impliquant des programmes d'insertion. Une mise en valeur réalisée entre 2008 et 2013 relance l'intérêt pour le site et pour le musée ouvert au début des années 2000. La présentation choisie lors de la restauration est l'état final du bâtiment au IIIe siècle[O 3]. Une restitution virtuelle est réalisée en 2013 et accessible au public l'année suivante pour exposer les hypothèses de restitution[O 4].
L'édifice était construit en bois et torchis, et d'une couverture de tuiles. La façade est pourvue d'une galerie de façade avec des poteaux de bois. Un vestibule dessert cinq pièces avec des sols en béton. Un étage est possible, même si aucune preuve n'a été recueillie. Une cour en U pavée de schiste et marbre de Vieux est située à l'arrière de la bâtisse, ainsi qu'une zone de stockage[A 27]. Le sol est dans certaines pièces en béton de tuileau et des canalisations sont également présentes.
La construction est datable de la seconde moitié du IIe siècle et est abandonnée à la fin du IIIe siècle, comme tout ce secteur de la ville[A 28]. La datation n'est pas complètement assurée du fait de vestiges datés du Ier siècle. L'abandon du secteur est différencié, entre bâtiments abandonnés dès le IIe siècle mais bénéficiant d'une réfection de la voirie à la fin du IIIe siècle[M 3].
L'édifice est partagé entre un espace d'habitation et une cour en forme de U. Plusieurs aspects restent incertains, notamment la fonction exacte de la structure centrale, cave ou citerne, et l’organisation précise des installations hydrauliques. Plusieurs hypothèses de restitution sont proposées par les chercheurs[O 5]. À la fin de son occupation, le bâtiment semble avoir accueilli une activité artisanale, avant d’être abandonné et progressivement recouvert.
Ce type de construction est « représentative de l'habitat ordinaire et modeste viducasse »[A 29]. Elle est un exemple d'habitat modeste, révélateur des classes moyennes de la société antique et de la diversité sociale et des modes de vie dans une petite ville gallo-romaine[O 6]. Les façades des maisons, longeant les rues, étaient destinées à abriter des boutiques[T 1]. Les fouilles de la maison à la cour en U ne permettent pas d'avoir des preuves archéologiques d'une telle activité, l'arrière de l'édifice a livré des vestiges d'un artisanat lié aux os[M 4].
Domus du « Bas de Vieux » : la maison au grand péristyle

L'édifice appelé maison au grand péristyle est unique par son état de conservation au nord de la Loire. Elle témoigne tout à la fois de la qualité de l'habitat des élites gauloises et du rôle social et politique de cet environnement. L'histoire de l'édifice montre une évolution progressive, depuis des constructions modestes jusqu’à une demeure luxueuse, avant son déclin et sa disparition. Le site est occupé initialement par des constructions de bois et de torchis. Au milieu du IIe siècle, le site est occupé par deux maisons puis est transformé à la fin du IIe siècle en un édifice dénommé par les archéologues maison au petit péristyle, pourvue d'un plan régulier, un jardin et un décor raffiné[M 5]. L'édifice reflète l'adhésion aux codes architecturaux romains[L 2]. À la fin du IIe ou au début du IIIe siècle, l'édifice est transformé en maison au grand péristyle au sein duquel le jardin intérieur devient un élément déterminant signe du mode de vie luxueux des élites romanisées[M 5]. Dans la seconde moitié du IIIe siècle, un incendie ravage l'édifice. Après réparation, l'édifice est occupé par des activités artisanales et les éléments de luxe (chauffage, installations hydrauliques) ne fonctionnent plus correctement. Les travaux de restauration sont réalisés de façon sommaire. À la fin du IIIe et au premier quart du IVe siècle des ateliers métallurgiques s'y installent[E 2]. Après un nouvel incendie au IVe siècle, l'édifice est peu à peu abandonné. Au début du IVe siècle, les éléments de terre cuite sont retirés[C 19]. Entre le Ve et le VIe siècle, l'édifice est utilisé pour la récupération des matériaux. La maison tombe en ruines après le IVe siècle, elle est percée d'une rue, générant de nouvelles destructions, et elle est livrée aux pilleurs de matériaux de construction[A 30]. La destruction systématique et organisée des murs est datée des Mérovingiens et a été découverte une hache franque[C 20].

La maison est fouillée sous la direction de Pascal Vipard entre 1988 et 1991 qui permet d'étudier l'évolution du site[L 3]. Les fouilles sont exhaustives du fait de l’absence de constructions modernes au-dessus du site, et ces fouilles sont les plus importantes dans la commune depuis le XIXe siècle. Ce travail aboutit à une thèse de doctorat dirigée par François Hinard. Les découvertes faites sur le site sont très riches, près de 680 pièces de monnaie (avec une absence notable entre les règnes de Commode et Gallien), environ 770 kg de céramiques en 140 000 tessons, 3 500 fragments de verre, et la statue dite la Tutela. L'étude céramologique témoigne d'un circuit d'échanges commerciaux étendu, le site étant intégré dans les réseaux économiques de l'Empire. La céramique commune provient de la Sarthe, de Picardie et du Dorset, et les amphores de genre Dressel 20 ayant servi à transporter de l'huile de Bétique ou du vin de Gaule Narbonnaise[L 4]. Le site est aménagé en 1992-1993 et recherche un équilibre entre conservation et pédagogie[L 3]. Certaines restitutions s'avèrent erronées après de nouvelles études[L 5].
C’est une demeure typiquement méditerranéenne qui prouve l’assimilation de l’architecture romaine par les Gaulois du nord. La maison est construite selon un plan gréco-italique[S 2] en centre-ville de l'ancienne Aregenua, en effet l'édifice se situe à peu de distance du forum et de la Curie, elle s’organise autour d’un vaste espace central et se distingue par son caractère monumental. Avec des fondations profondes et solides en blocs de grès, ainsi que des murs en petit appareil de calcaire ou en opus vittatum, la construction utilise principalement des matériaux locaux[U 1]. La domus conserve une partie de son dallage d’origine en calcaire. Autour du jardin la galerie de colonne pouvait accueillir des panneaux de bois installés pour faire face au climat[A 31].
Une domus, exceptionnelle par son décor a un plan qui s’étend sur 1 250-1 500 m2 (ou 1 420 m2 au sol[A 32]) et s’organise autour d’une cour centrale ornée d’un bassin (impluvium) et entourée d’un péristyle. Une galerie de façade était pourvue d'une colonnade. Le rez-de-chaussée comprend une organisation complexe de quatorze pièces principales, de nombreuses pièces de service et plusieurs couloirs de circulation[V 1]. L’ensemble est structuré autour d’une cour centrale entourée d’un péristyle, agrémentée d’un jardin (viridarium) et de bassins décoratifs. Une large galerie de façade, orientée au nord, protège l’entrée et renforce l’aspect monumental de la maison[L 6]. L’accès principal, marqué par une porte imposante et un vestibule richement décoré de pilastres, est conçu pour impressionner les visiteurs et refléter le statut social du maître des lieux[L 7].
Les espaces intérieurs remplissent des fonctions variées, avec des salles de réception de grande taille destinées à accueillir invités et clients[L 7], des pièces d’habitation, ainsi que des espaces utilitaires comme la cuisine, munie d’un puits, des latrines reliées à un système d’égouts, ou encore des zones de stockage et de travail[L 8]. Certaines pièces pourraient également avoir servi de boutiques ou d’ateliers. Une partie de la maison conserve les vestiges d’un bain privé comprenant des salles chauffées par hypocauste[L 9].
Le confort est assuré par des équipements sanitaires et thermiques qui témoignent en faveur d'un habitat luxueux. Plusieurs pièces disposent d’un chauffage par hypocauste, avec un praefurnium alimentant les salles chauffées. L’eau est fournie par deux puits et par un raccordement au réseau public d'eau. Des canalisations permettent l’alimentation des bains, des fontaines et des bassins du jardin, tandis qu’un système d’évacuation prend en charge les eaux usées et pluviales[L 10].
L’étage, bien que mal conservé, est attesté par divers indices archéologiques comme l’épaisseur des murs, la présence d’escaliers et les vestiges d’effondrement. Il devait couvrir environ 570 m2 et accueillir des pièces d’habitation supplémentaires, probablement réservées aux fonctions privées ou aux chambres[L 11]. Une partie de l'étage était construite en encorbellement[A 32].
Deux ailes portaient un étage[A 32]. Elle est datée du règne des Sévères[E 2].

La maison peut être qualifiée d'aristocratique par la richesse du décor, le propriétaire était « un richissime et éminent personnage »[A 32]. Le confort est maximum : eau courante, bassins, égouts, système de chauffage par hypocauste dans plusieurs pièces, par le sol et par les murs, vitres...[A 33]. Les décors sont riches et témoignent d’un goût prononcé pour l’esthétique et la mise en scène. La salle d’apparat, la cour et le jardin sont décorés : les murs sont entièrement peints dans des couleurs vives, notamment le rouge vermillon, pigment coûteux[W 1]. On a ainsi retrouvé une fresque d’Achille et Téthys, signe d'une influence artistique inspirée des modèles italiens ; on a également dégagé des sculptures bacchiques, des colonnes ciselées de motifs végétaux, des piliers ornés de bas-reliefs et des mosaïques. Les mosaïques, principalement géométriques, ornaient les sols de certaines pièces, tandis que des stucs et des imitations de marbre complétaient l’ensemble. Le jardin lui-même est décoré, avec des bassins ornés de frises de poissons et des colonnes sculptées de motifs végétaux ou mythologiques. Une statue dite tutela a été dégagée lors des fouilles[A 34].

Les éléments architecturaux participent également au prestige du propriétaire. Les colonnes du péristyle, parfois finement sculptées, ainsi que les piliers décorés de reliefs mythologiques, rappellent les édifices publics et renforcent le caractère ostentatoire de la demeure. L’ensemble de ces aménagements ne répond pas seulement à des besoins pratiques, mais sert aussi à affirmer le rang social du propriétaire et son adhésion aux modes de vie romains. La maison est le théâtre d'« activités privées et officielles » et présente « la puissance sociale et politique de son propriétaire »[A 30].
Topographie religieuse de Vieux
La religion est importante dans la cité romaine[A 35]. Dans les édifices privés le propriétaire célèbre des rites aux pénates et aux lares. Le laraire est dégagé dans la maison au grand péristyle, même si largement détruit[A 35].
Les cultes publics sont présents sous la direction de décurions[A 35]. Quatre temples sont connus ou présumés dont deux uniquement sont certains[A 35]. Un vaste sanctuaire de 3 000 m2 comporte une vaste cour, un portique et le temple de 26 m sur 14 m au centre, pourvu de deux escaliers : il est dédié à Rome, l'empereur et Vulcain[A 36]. Le sanctuaire n'est pas fouillé et a été prospecté en 2016-2017[A 37]. Au XIXe siècle, des découvertes effectuées dans le chœur de l'église Notre-Dame, un autel à Vénus et à Mars, laissent entendre qu'un temple se trouvait à cet emplacement[B 6],[A 38]. C’est un exemple de continuité entre un lieu de culte païen et un lieu de culte chrétien.
Des sanctuaires étaient localisés dans les faubourgs[A 37]. Un fanum a été fouillé à l'emplacement du musée archéologique, dans un secteur artisanal avec également d'autres édifices cultuels[E 2]. Le temple présente un plan de « tradition gauloise » et une pièce, la cella est destinée à la statue de la divinité. La cella fait 4,80 m de côté avec une galerie. Les divinités reçoivent des ex-votos[A 38]. Le fanum est fouillé en 1999[A 38]. Cet édifice est bâti sur un remblai tardif de la fin du IIIe siècle, signe de besoins persistants de structures religieuses[C 6]. Il n'y a pas d'indications d'un autre fanum à l'ouest de la cité[A 38].
Un autre sanctuaire comportant une place de 300 m2 est situé à 500 m de la ville et connu par des photographies aériennes et des prospections[A 38].
Des édifices chrétiens sont connus à partir de la fin du VIIe siècle, Saint-Martin et Saint-Germain (édifices disparus) et Notre-Dame[E 2].
Économie et société
Artisanat à Vieux
Généralités
L'artisanat présent à Aregenua est destiné à la population locale[A 39]. Les zones d'artisanat sont identifiées à plusieurs endroits de la ville et ce dès le début de l'existence de cette dernière. Les zones se sont étendues du fait de l'extension de la ville aux IIe et IIIe siècles. Trois quartiers artisanaux sont connus[A 39].
Un quartier artisanal a été repéré au sud-ouest : un atelier de bronzier et des fours de verriers ont été dégagés. Des ateliers de tabletterie et de taille de pierre sont également connus[E 2].
Types d'artisanat identifiés
Un atelier de forgeron peut-être lié à un charron a été identifié au nord-est le long d'une route, dans une pièce de 45 m2. Une autre forge est située à environ 20 m. Ces ateliers ont été datés des IIe et IIIe siècles[A 40]. Deux ateliers sont situés non loin du forum et demeurent actifs du Ier au IVe siècle[A 41].
Un atelier de bronzier est situé à l'est du forum, et un atelier de verrier était situé dans le même secteur. L'artisanat de verre est présent également et utilise la technique du soufflage. L'atelier fouillé dans les années 1990 comportait un four d'un diamètre de 1,70 m et a été utilisé au Ier siècle et IIe siècle[A 42]. Un autre atelier a été dégagé au début des années 1980, avec deux fours, et utilisé au IIIe siècle[A 43]. Un autre atelier de verre existait peut-être dans le secteur du théâtre[A 44].
Une roche calcaire locale sert à produire de la chaux, très utilisée dans la construction et dans l'agriculture. Quatre fours à chaux mesurant 4 m à 5 m de diamètre ont été dégagés, datés de la première moitié du IIe siècle, période de grande construction dans la cité. La production a pu être exportée hors de la cité[A 45]. Un autre four plus tardif (fin IIIe -début IVe siècle) est découvert dans le quartier du théâtre pour réutiliser les matériaux de cet édifice[A 46].
Le site a livré de nombreuses traces d'activité textile, tissage, lavage, teinture : pesons, fusaïoles, aiguilles, épingles, dés, forces en fer, peignes à carder, griffes. Un atelier sans doute destiné au tissage a été retrouvé près de la maison à la cour en U, et a été daté du IIe siècle-IIIe siècle. 150 pesons ont été retrouvés dans le secteur du fanum. Près d'installations métallurgiques, un atelier du Ier siècle est identifié comme une teinturerie[A 47]. Une stèle funéraire connue dès le XVIIIe siècle évoque un marchand de tissus, un vestiarius[A 48].
Les fouilles ont livré des traces d'activité de tabletterie, des déchets ont été retrouvés dans quatre quartiers de la ville. Les ateliers semblent avoir été spécialisés dans certaines productions[A 49].
Des ateliers de décoration ont été installés dans les édifices privés ou publics. Des traces d'atelier de marbre sont présentes dans la Curie du forum lors des travaux du IIIe siècle, avec des marbres locaux mais aussi lointains. Des vestiges de déchets d'atelier ont été dégagés dans la cave de la maison à la cour en U du quartier du théâtre[A 50]. Des traces d'un atelier de peintre ont été retrouvées dans les fouilles du forum, des pots ou fragments de pots ayant contenu des pigments[A 51].
Commerce et vie quotidienne
L'alimentation des Viducasses change avec la conquête romaine, des fruits et épices (prunes, figues, dattes, céleri, fenouil, etc.) provenant de régions chaudes sont consommés à Vieux, ainsi que du pain issu de boulangeries. Les amphores ont servi au transport d'huile, d'olives, de vin ou de garum. La production locale assure la majeure partie de la consommation locale. La viande était issue d'élevages et de la chasse, jusqu'à la fin du IVe siècle. Les poissons et les fruits de mer ont été aussi consommés, particulièrement les huîtres[A 52]. Il y avait une production locale de fromage et peut-être une production viticole car on a retrouvé les traces de production d'amphores[A 53]. Le repas le plus important était celui du soir, le midi la population mange hors de son domicile. La vaisselle pouvait être en bronze ou en verre, mais essentiellement en céramique. La vaisselle de bois, si elle a pu exister, n'a pas laissé de traces[A 54].
Le forum abrite le commerce de productions issues de domaines ruraux, élevage, agriculture voire artisanat. Viande et poisson sont vendus dans le macellum, un marché fermé[A 55]. Des vestiges de bâtiments agricoles sont dégagés lors des fouilles du secteur de la maison des Gaudines[D 9].
Les boutiques occupent la façade des maisons, comme à la cour en U ou sur le côté de monuments comme les édifices religieux de l'actuel musée[E 2]. Les pièces à l'arrière sont destinées à l'habitat[A 56].
Un marchand de vêtements ou tissus est connu par l'épigraphie (CIL XIII, 3168)[E 2]. Le vin provient du sud de la Gaule, d'Italie, d'Hispanie et d'Asie mineure[A 56].
La céramique utilisée est essentiellement une production locale, mais des céramiques sont importées, de Lezoux, de La Graufesenque, de l'Argonne et sud de l'Angleterre actuelle. Des objets de verre sont également importés[A 56].
Découvertes réalisées sur le site archéologique
De nombreux artefacts retrouvés lors des fouilles anciennes sont depuis perdus en particulier lors des pertes issues de la bataille de Normandie en 1944 ou de la perte ou la dispersion des collections particulières[H 2]. Certaines œuvres, comme le marbre de Thorigny, ont pu être conservées. Pour ce dernier, l'original est grandement détérioré dans les bombardements et n'est conservé sur place que par un moulage ancien[7]. De nouvelles découvertes ont pu avoir lieu dans les fouilles récentes, en particulier la statuette dénommée Tutela[M 6].
Le musée archéologique de Vieux-la-Romaine, ouvert en 2002, montre les découvertes tandis que la maison au grand péristyle (plus exactement ses vestiges restaurés) est librement accessible[8].
Marbre de Thorigny

La première découverte, le marbre de Thorigny, est réputée longtemps remonter à 1580[B 2]. La découverte semble davantage se positionner au cours du XVIIe siècle. Elle est déposée par le maréchal de Matignon au château de Thorigny[A 57] où une partie du texte est effacée. Le marbre est ensuite installé à Saint-Lô où il est gravement endommagé par les bombardements de la ville. Restauré après la guerre et déposé à l'université de Caen, il retourne à Saint-Lô à la fin des années 1980[X 1].
Le marbre de Thorigny est le piédestal qui portait une statue de bronze disparue de Titus Sennius Sollemnis, notable de la cité des Viducasses[A 26]. Titus Sennius Sollemnis est né vers 170, sous le règne de Marc Aurèle. L'inscription comporte plus de 80 lignes. Outre l'inscription sur la face principale, le document porte des lettres officielles gravées sur les deux côtés. La date précise d'inauguration de la statue sur le forum est le [A 57].
La carrière de Titus Sennius Sollemnis peut être reconstituée par le long texte de l'inscription. Il exerce des fonctions dans sa cité avant d'être prêtre du culte impérial représentant Aregenua à Lugdunum. Titus Sennius Sollemnis est élu quatre fois duumvir, augure et flamine impériale[A 26]. Il a été en outre iudex arcae ferrariarum, « gestionnaire des mines de fer » au niveau fédéral après avoir exercé des fonctions similaires dans sa cité[A 57]. Cette fonction est un signe de l'importance économique du secteur en Gaule. Il préside le Conseil des Gaules en 219[A 57].
Il a entretenu des relations étroites avec des gouverneurs et il exerce des fonctions dans différentes régions de l'Empire dont la Bretagne inférieure ou l'Afrique du Nord. Ces relations démontrent l'importance de la clientèle et des relations de patronage sous l'Empire. Dans une des lettres gravées sur l'un des côtés est racontée la façon dont il soutient un gouverneur mis en accusation en retournant les accusations contre les accusateurs[Y 1].
Les revenus de ses domaines et de mines de fer lui permettaient de faire face à des dépenses d'évergétisme[A 58]. Il finance l'achèvement des travaux de thermes et organise des combats de gladiateurs. Il voyage à Rome peut-être en 228 rendre visite au préfet du prétoire Aedinius Lulianus antérieurement gouverneur à Lyon[A 57]. Il conseille Marcus Valerius Florus, commandant de la Legio III Augusta de Lambèse et reçoit la charge de tribunus semestris en Bretagne inférieure et reçoit des cadeaux coûteux[A 57].
Le texte évoque des personnages liés à la dynastie des Sévères et aux luttes de pouvoir qui suivent en particulier Gordien III. Le monument érigé à l'initiative du Conseil des Gaules peut trouver sa place dans une période politique troublée, peut-être en relation avec la recherche d'alliances ou de fidélités particulièrement prégnantes dans un moment d'instabilité forte[H 3].
Tutela

La découverte dite Tutela est une statue gallo-romaine fragmentaire découverte en lors des fouilles de la maison au grand péristyle. La découverte est importante car d'une part les découvertes de statuaire sont rares dans la région Normandie et elle a été découverte en contexte archéologique, permettant de mieux comprendre l’environnement d’une élite urbaine gallo-romaine[I 1].

La statue, en pierre de Caen et haute d’environ 1 m à 1,10 m à l’origine, représente une jeune femme vêtue d’une tunique et d’un manteau. Elle porte une couronne à tours évoquant une porte de ville, tient une corne d’abondance, symbole de prospérité et un objet rituel, une ptère[J 1]. Bien que plus de la moitié de l’œuvre soit manquante, plusieurs fragments ont été retrouvés (tête, mains, corne, éléments du vêtement, socle), permettant une restitution. Des traces de polychromie indiquent qu’elle est peinte[K 1]. Le style de la coiffure permet de la dater de l’époque de la dynastie des Antonins[K 2].
La statue est retrouvée dans une salle d’apparat ouverte sur un jardin intérieur[L 12], ce qui suggère une fonction représentative. Elle est brisée lors de l’incendie qui détruit la maison à la fin du IIIe siècle[J 2], avant que le site ne soit partiellement abandonné et transformé durant l’Antiquité tardive.
L’interprétation de la statue reste discutée, mais elle est très probablement une Tutela, divinité protectrice d’une cité, ou une figure proche comme Fortuna ou le Genius loci. La présence d’attributs comme la couronne de murailles et la corne d’abondance renforce cette identification. Elle pourrait même représenter la personnification de la ville d’Aregenua elle-même car les villes sont personnifiées par le Génie du lieu[K 3].
La statue illustre également le rôle symbolique du décor dans les demeures aristocratiques : elle montre que les élites locales intégraient des références religieuses et civiques dans leur espace privé, mêlant fonctions publiques et privées. La statue participe ainsi à une mise en scène du pouvoir et du statut social, tout en témoignant de l’intégration culturelle et religieuse de la cité dans l’Empire romain[I 1].