Études de Whitehall
From Wikipedia, the free encyclopedia

Les études de Whitehall (Whitehall Studies) sont des études longitudinales ayant eu une influence considérable sur la santé publique, en proposant la notion de « déterminants sociaux » comme facteurs explicatifs des différences en matière de santé des populations, ainsi qu'un « gradient social de santé ».
Bien que de nombreuses études portent sur les données et résultats issus des WhiteHall Studies, les recherches originales, débutées en 1967, ont particulièrement mis en lumière des déterminants sociaux concernant la prévalence des maladies cardiovasculaires et les différences de taux de mortalité observées dans la fonction publique britannique. Ces études font encore l'objet de recherches plus approfondies tant en médecine qu'en sciences sociales. Elles ont aussi une influence considérable en matière de politiques publiques.
Le nom de ces études provient de celui de la rue Whitehall à Londres. Elles sont dirigées par Michael Marmot, et font ressortir une forte corrélation entre la position hiérarchique au travail (dans la fonction publique) et les taux de mortalité de diverses maladies : pour les personnes occupant les emplois les moins qualifiés (courriers, portiers, etc.) le taux de mortalité est trois fois plus élevé que pour les personnes occupant les postes les plus élevés (gestionnaires). Cette corrélation sera maintes fois confirmée.
La première étude de cohorte épidémiologique, Whitehall I, porte sur près de 18 000 hommes appartenant à la fonction publique britannique. L'étude sur la seconde cohorte, Whitehall II, est menée depuis 1985 et s'intéresse à la santé de plus de 10 000 fonctionnaires britanniques âgés de 35 à 55 ans, dont un tiers de femmes.
Gradient social de santé
Les études de Whitehall ont eu des retombées considérables dans le champ de recherche en santé, en mettant en lumière l'importance de déterminants sociaux sur la santé des populations[1],[2],[3].
Un des principaux résultats généré par les études Whitehall est qu'elles ont fait apparaître un gradient social de santé[4]. « Le « gradient social de santé » désigne l'association entre la position dans la hiérarchie sociale et l’état de santé. En d’autres mots, les personnes qui jouissent d’un statut social plus élevé sont en meilleure santé que ceux qui sont juste au-dessous et ainsi de suite jusqu’aux plus démunis[5]. »
Le gradient social de santé n'est pas un phénomène limité à la fonction publique britannique[5] : « Le rapport de l’OMS nous rappelle que les données montrent que, de manière générale, plus un individu occupe une position socio-économique défavorable, plus il est en mauvaise santé. C’est ce qu’on appelle le gradient social de santé. ». Dans tous les pays développés, partout où les chercheurs ont eu des données à étudier, ils ont observé ce gradient social de santé liés aux inégalités sociales en matière de santé[6].
Une forte corrélation entre le statut social et la mortalité est démontrée par les analyses des données issues des Whitehall Studies, par de nombreux autres chercheurs, à travers le monde. Cet effet est depuis observé dans de nombreuses autres études et est nommé le « syndrome du statut social »[7].
Déterminants sociaux de la santé
Les déterminants sociaux de la santé sont des circonstances de vie qui influencent la santé des populations et qui sont du ressort des politiques publiques, principalement[8].
Sir Marmot a présidé la Commission des déterminants sociaux de la santé (CSDH) de l'Organisation mondiale de la Santé, qui a été créée en 2005 et dont le rapport final a été publié en [8].
Plus de trente ans d'études
Le nom donné à ces études fait référence à une rue de Londres vue comme l'épicentre du gouvernement britannique ; la rue Whitehall[9]. Ayant débuté en 1967, les Whitehall studies cumulent à elles seules trente ans de recherche et d'accumulation de données longitudinales à analyser[10].
Whitehall I

La première étude a comparé le taux de mortalité des personnes dans l'environnement hautement stratifié de la fonction publique britannique; étude longitudinale portée sur 10 ans, qui a débuté en 1967 et réalisée sur 17 530 hommes âgés entre 20 et 64 ans[11]. Elle a montré qu'auprès des fonctionnaires britanniques la mortalité était près de trois fois plus élevée chez ceux ayant les postes les moins élevés au sein de l'organisation, comparativement à ceux qui ont les postes les plus élevés[12],[13]. Plus le poste est élevé dans la hiérarchie en emploi, plus l'espérance de vie est élevée; elle décline en fonction d'un statut d'emploi plus bas[14]. Par ailleurs, il a été établi que d'autres facteurs de risques tels que le tabagisme, n'affectent pas cette corrélation[14].
L'étude a révélé des taux de mortalité plus élevés, toutes causes confondues, chez les hommes des catégories d'emploi inférieures. L'étude a également révélé un taux de mortalité plus élevé, dû spécifiquement aux maladies coronariennes chez les hommes ayant un statut d'emploi inférieur à ceux des hommes des classes supérieures[15].
L'étude initiale a révélé que les statuts les plus bas sont clairement associés à une prévalence plus élevée de facteurs de risque significatifs. Ces facteurs de risque comprennent l’obésité, le tabagisme, le diabète une réduction du temps de loisirs, une activité physique moindre, une prévalence plus élevée de la maladie sous-jacente, une pression artérielle élevée et une taille réduite[12]. La prise en compte de ces facteurs de risque compte pour au moins 40% des différences entre les strates de la fonction publique en matière de mortalité liée à une maladie cardiovasculaire[12]. Après contrôle de ces facteurs de risque, le niveau de risque de mortalité par maladie cardiovasculaire du risque le plus faible était toujours de 2 pour 1 par rapport au niveau le plus élevé[12].
En sommes, l'étude principale a permis de mettre en lumière une relation inverse entre la hiérarchie sociale en emploi et le risque de décès dû à une coronaropathie; les hommes du niveau d'emploi le plus bas avaient un taux de mortalité trois fois plus élevé que ceux du niveau le plus élevé au cours de la période de suivi de dix ans[11]. Le cancer du poumon et les maladies cardiovasculaires ont également suivi l'association inverse; ils sont associés davantage au statut social qu'au tabagisme[11]. L'analyse de tous les facteurs de risque possibles révèle qu'aucune des tendances considérées ne pouvait expliquer la différence du point de vue des maladies coronariennes, entre les classes d'emploi[11].
La première étude a été réalisée par le département de statistique médicale et d'épidémiologie de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Les documents de l'étude Whitehall peuvent être consultés aux archives de l'université[16].
Whitehall II
Environ vingt ans plus tard, compte tenu des retombées scientifiques, une seconde étude, la Whitehall II a été mise en place[17]. La seconde étude a pris en compte les femmes, pour vérifier si un gradient de morbidité similaire à celui chez les hommes est observable; ce qui s'est avéré[17],[18].
Le gradient social de santé[19] révélé par les Whitehall studies se confirme pour diverses maladies: maladies cardiovasculaires, certains cancers et maladies pulmonaires chroniques, maladies gastro-intestinales, dépression, suicide, absentéisme pour cause de maladie, maux de dos et malaises généraux. Un défi majeur est de comprendre les causes de cette distribution sociale de tant de troubles de santé.
Il s'agit d'une étude longitudinale et prospective portant sur 10 308 femmes et hommes, tous employés dans les bureaux londoniens de la fonction publique britannique au moment de leur recrutement pour l'étude en 1985[18]. La collecte initiale de données comprenait un questionnaire d'auto-évaluation[17],[20]. Depuis lors, plusieurs vagues de collecte de données ont été effectuées, comme l'indique le tableau suivant :
| Phase | Date | Âge |
|---|---|---|
| 1 | 1985-1988 | 35-55 |
| 2 | 1989-1990 | 37-60 |
| 3 | 1991-1994 | 39-64 |
| 4 | 1995-1996 | 42-65 |
| 5 | 1997-1999 | 45-69 |
| 6 | 2001 | 48-71 |
| 7 | 2002-2004 | 50-74 |
| 8 | 2006 | 53-76 |
| 9 | 2007-2009 | 55-80 |
| 10 | 2011 | 57-82 |
| 11 | 2012-2013 | 58-83 |
| 12 | 2015-2016 | 61-86 |
| 13 | 2019-2020 | 64-89 |
L'association entre inégalité sociale et santé a encore été démontrée comme étant plus significative que les autres facteurs de risques établis (cholestérol sérique élevé, hypertension, obésité, exercice, tabagisme et consommation d'alcool)[22].
L’équipe de recherche des Whitehall II dispose d’une politique de partage des données permettant aux chercheurs d’autres institutions d’utiliser leurs données[23].